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Sceau de Koan Yu. V. pp. 41, 275.
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OF
VARIÉTÉS SINOLÛGIQUES N' 23.
NANKIN D'ÂLÛHS ET D'AUJOURD'HUI
APERÇU HISTORIQUE
ET GÉOGRAPHIQUE
PAR
LE P. LOUIS GAILLARD, SJ.
AVEC 17 CARTES HOBS TEXTE, 29 PHOTOGBAVUBES,
* 7 PH0T0LITH0GBAPHIE8 ET PLUSIEUBS
GBAVUBE8 SUB BOIS
CHANG-HAI,
inPRIHERIE DE LA IISSIO-R CATHOLIOUE
ORPHELINAT DE T'oé-BÈ-WÈ.
1903.
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PREFACE.
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Comme «Nankin po^T-omum^pil ï^
tout rédigé dans les carto^is du P. L. Gaillard.
Tout m/L P^M5 restmt-U à remplir qu^ques blancs
laissés par le aonsciencieua^ auteur : c'était une date
à ajouter j un chiffre à préciser, une note à mettre
en place.
Son fidèle collaborateur, le P. Mathias Tchang
a vérifié les textes chinois qu'il avait du reste fournis
et commentés. Le même Père Tchang avoAt préparé
une «Carte des Sépultures Impériales à Nankin» et
une série des Monnaies anciennes, auxquelles il est
souvent fait allusion dans le cours de ce livre. Ces
deux études feront l'objet de publications ultéri-
eures et distinctes.
Quant aux autres monographies (sur Nankin),
qu'annonçait la préface du ciPlan de Nankiny>, nous
ne pouvons en promettre l'immédiate publication.
Depuis deux ans, notre Mission a été décimée et a
perdu des hommes tels que les PP. Havret, Heude,
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Son fidèle collaborateur, le P. Mathias Tchang
a vérifié les textes chinois qu'il avait du reste fournis
et commentés. Le même Père Tchang avait préparé
une «Carte des Sépultures Impériales à Nankin» et
une série des Monnaies anciennes, auxjoquelles il est
souvent fait allusion dans le cours de ce livre. Ces
deux études feront l'objet de publications ultéri-
eures et distinctes.
Quant aux autres monographies (sur Nankin),
qu'annonçait la préface du (nPlan de Nankiny>, nous
ne pouvons eyi promettre l'immédiate publication.
Depuis deux ans, notre Mission a été décimée et a
perdu des hommes tels que les PP. Havret, Heude,
II
Zottoli! Nous ne désespérons pas cependant de voir
quelque jour un de nos collaborateurs reprendre
pour son compte ces études si intéressantes, et uti-
liser les précieuses notes du P. Gaillard: il y trouvera
des chapitres entiers^ complètement rédigés sur la
cMuraille de Nankin»^ «le Temple de Confucius», «le
Tombeau des Ming», «les Tombes des Eunuques»^
etc. etc. Exoriare aliquis !
Les vues de Nankin sont toutes des clichés du
P. Gaillard lui-même. Les photogravures ont été
exécutées, avec quels longs tâtonnements! dans les
ateliers de la Mission!
La Rédaction des Variétés sinologiques
20 février 1903.
m
TABLE DES CHAPITRES.
INTRODUCTION.
5 1. — Nom. Site. — Population. — Collines. — Produits. —
Murailles 1
S 2.— Administration. — Mandarins 9
S 3. — Langage. — Noms anciens et modernes. — Europé-
anisation 13
Chapitre I. — Avant les 3 Royaumes.
S 1 . — Trois bras du Kiang. — Premières données historiques. 17
LIT
XVII
in
XVII
Chapitre II. — Les 3 Royaumes.
$ 1. — Etablissement des 3 Royaumes 35
IV
S 2. — Carte ^^^ Sous les 3 Royaumes 44
5 8.— Carte =^ (317-420) Tong Tsîn 50
S 2.— Carte ^^ (722-481) Tc/i'oen-fs'ieou 24
S 3.— Carte "-„ ("206 4^25) Sous les Han. 30
XVII
VI
XVII
Chapitre III.— Les Nan Song (420-479).
5 4.— Carte ~-, (420-583) Nan Tch'ao 71
5 1.— Ou Ti, 420.— Chao Ti, 423.— Wen Ti, 424 75
S 2.— Hiao-ou Ti, 453-465 81
Chapitre IV.— Les Nan Ts'i (479-502). 88
Chapitre V.— Les Liang (502-557) •... 96
Chapitre VI.— Les Nan Tch'en (557-590). 110
Chapitre VII.— Les Soei (590-620). 118
Carte ^^^ Sous les Soei 120
Chapitre VIII.— Les T'ang (620-927).
S 1. — Nankin sous les T'ang 122
5 2.— Heou Ou-tai (907-960) Cartes ^^^ 126
W tABLB DES CHAPITRÉS.
Chapitre IX.— Los Song (960-1280).
§1.— PéSong 135
S 2.— Nan Song {11274280) Carte 5^. 140
S 3.— Archéologie de Nankin sous les Song 145
S 4.— Les Yuen (1280-1368) Carte ^, ... 152
Chapitre X,—Les Ming (1368-1644).
S 1. — Origines de Hongou. — L\]ttes. — Il règne à N^nkii). 156
^ S 2.-- Généraux de Hong-ou. — Sa mort ^p, ilS)
S 3.— Religion de Hong-ou *. 184
S 4.— Routes, Enceintes ^. 486
' • Chapitre XI. — Suite des Ming.
§ l.— Kien-wm 71(1399*1403) OénéiMS Mêles 189
.,, S 2.-- Yoçg-lo (1403-1425) Transfert à J?ékin ^ .,.192
S 8._j^h-tsong (14Î5-14Î6). ... ... ... ... ,.. 199
. Chapjjrb XII. — Le^ Ming — Ricci,
S 1.— Ricci, 1595. — EJtablisa^mejUs. — Siu Koang-k*i. —
Persécutions 209
S 2.— Expulsion— Gal«ïidri«r ...215
' § a,— Alternatives ... 219
• 5 4.— Carte ^- MimwIL^su Pof«Ni. .„ ... ... 234
Chapitj» Xïlf .--te« W*tef, 1644.
§ 1.— OrgMiialtoft 9om 1m T»4j|g. Ourte ^^ 237
§ 2.*— Visites de K'ang-hi à Nankin: relations avec les
jésuites ... ... ., ... 243
• S 3.— K»ien.long (1736-1796) visite Nankin 248
CHAFitlUB XIV ,-»-6ftteyrf de tO^^mm^
5 i.— ifiphëtnêtîdes. Bxpédîtîon anglaise. Traita de Nankin. 254
V^»-^C!artes »v>^^ ^^^^» * .. 264
Appendices.
^ . Les 40 vues de Kin^ling. ... ,-m, .,. ... -*^ ^. .^. 271
Liste des Evêques de ^ankiii, ,^. ^.. ..^. ... ... •,..273
Notices épigraphiques — Sceau de Koan Yu * ... 275
tABLS. DES CHAPITIISS.
Stèle des Han à Li-choei
@tèle dans le temple de Tcbou-ko Lian^. .
Stèle des Ou. ... ... ...
Bambous peints par Koan Yu. ... ... ..
Cloche du temple de Koan Yu, .-.. k«. .,
Stèle de Pien-k'oen. ... ; ..
Stèle de Pao-tchc kong. ... ..^. ,.. ..
Brique des Tsin. ... ... ... ... ^,, ,.
Stèle de Song-kiang. ... ... • r ,.
Sièle de YoDg-lo. .... ,
Index .'
... 276
... 284
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... 291
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■ vv 299
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... 307
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..A. M. . D. Q,
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VI
TABLE DES PHOTOGRAVURES.
I Sceau de Koan Yu Paflf.
II Nan men »
III Sud-est de Nankin
IV Faubourg de Narï men
V Ts^n hoai à rintérieur des murs
VI TB4n hoai hors de Ohoei-si men
VII Yang-tse. Camp de Kiang-tong men
VIII Camp devaut le tribunal du Vice*Tci
IX Fort de Che-tse chan (Photolithographie).
X Pé-ki-ko. Observatoire ^
XI Canon à Long-koang chan
XII Camp de Yu-hoa t'ai
XIII Tse-kin chan
XIV Ville tartare un jour de neige
XV T'ai-p4ng men
XVI Muraille près de Ts'ing-liang chan. Lac hors ville.
XVII Portes du Ya-men du Maréchal turtare
XVIII Porte de tribunal
XIX Rationals des 4 premiers degrés (Photolithographie).
XX Coin sud-ouest. Monnaie
XXI Stèle des Han à Li-choei
XXII Stèle dans le temple de Tchou-koLiang (Photolithog.).
y — iCXlll Stèle des Ou {Photolithographie).
XXIV Bambous peints par Koan Yu (Photolithographie),
XXV Cloche du temple de Koan Yu
XXVI Stèle de Pien K'oen
XXVII Stèle de Pao-tche kong
XXVIII Statue de Pao-tche kong
XXIX Brique des Tsin (Photolithographie).
XXX Sié-kong toen
XXXI T'ai-tch'eng. Pagode de Ki-ming se
XXXII Stèle de Song-kiang (Photolithographie).
XXXIII Tombes^u de Su-ta.
XXXIV Stèle de Yong-lo
XXXV Cage des criminels
aJL/LVI I: araoe. ... ... ••• ... ... '•.. ,.. ..« .•. •..
1
8
8
9
40
40
41
248
41
56
56
57
57
88
88
89
89
248
104
217
248
288
249
104
294
295
105
168
105
184
304
184
185
185
216
L. J. 0.
APERGU HISTORIQUE
ET
GÉOGRAPHIQDE. ^
INTRODUCTION.
§ I.
NOM. — SITE. — POPULATION. — COLLINES, —
PRODUITS. — MURAILLES.
Un coup-d'œil même furtif, jeté sur notre Plan du Nankin
actuel, fait saisir la configuration d'ensemble, la situation relative
et l'assiette topographique de cette ville fameuse.
Bien qu'indigènes et étrangers lui concèdent encore, plus par
routine que par déférence, son nom retentissant de iVan-feinp,
*'Cour ou Capitale du Sud" (1); celui de Kiang-ning fou "la pré-
fecture de Kiang-ning", représente pourtant son vrai titre officiel
et administratif (2). Le vocable emphatique et pompeux de Kin-
ling, "Colline d'or", la désigne poétiquement en style littéraire (3).
(1) Dans les documents officiels, on évite ce nom de Nankin, depuis que le Gou-
vernement ne reconnaît plus qu'une seule Capitale. Chronicle and Direct. 1900 p. 226.
Le transfert officiel de la capitale à Pékin date de 1420. v. infra ch. XI. § I.
(2) Notre vocable de Nan-king daterait de 1401. Celui corrélatif de Pé-hing remon-
terait à 1403 ou 1409. Les deux seraient donc à peu près du même âge. inf. § III. Les
Liao appelèrent d'abord leur Capitale Nankin, en opposition avec leur autre capitale
située au nord dans le lAao-tong. En 1013, ce nom fut changé en celui de Yen-hing.
(C'est le Pékin actuel) M*' Favier, Pékin, p. 3.
Notons toutefois que TcJioang-tsong ^ jj; des T^ang ^ ^ établit sa Cour à
T^ai-yuenfou jfciK jfï (Chan-si) en 907 et l'appela Pê-king "capitale du Nord" en 923.
. (3) Nous constaterons plus loin que Kin-ling est un des noms antiques de Che-
t*eou tch^eng, ou TsHng-liang chan^ butte enfermée dans l'enceinte depuis six siècles,
non loin du Han-si men. De Mailla (I. p. 60) fait même remonter ce nom à la période,
à peine historique, des Tcheou. Vide etiam § III., noms anciens de Nankin.
1
2 APERÇU HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE.
Son périmètre s'inscrirait en un polygone des plus irrégu-
liers (1). Elle se développe au sud-est dans une plaine basse/et
englobe, au nord-ouest, une ligne de mamelons boisés, dominant
le canal qui longe les remparts (fort sinueux sur ce front), pour
relier, commercialement et par eau, la grande cité au Yang-tse
kiang (2). La ville en effet, ne peut aujourd'hui briguer ce nom
que dans la partie méridionale, où la population se presse, s'en-
tasse aux environs du Nan men (Phot. II et III), et un peu aux
Nan-king :
lai.
32°
4'
30"
long. or.
20
18'
Fong-yavg fou :
„
32*»
55'
30"
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1'
T^ai-pHng fou :
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31°
38'
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10'
1°
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Tien-wang se :
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31'»
44'
43'
2°
43'
(1) Voir notre "Plan de Nankin", Var. sin. n** 16.
Voir aussi 1^ s "48 vues de Nankin", petit album photolithographique chinois (en
réduction) ^ ^ H + A ;§: H» 18« ann. de Koang-siu.
(2) Position géographique de Nankin (I-fong men) : latitude 32° 4' 30', longitude
comptée de Pékin : 2° 18' 34' or. (Le méridien de Paris est distant de celui de Pékin de
114° 9'. — La liste des positions relevées par les jésuites cartographes et insérée au
Tome XII p. 181, de l'ouvrage du P. de Mailla (item, du Halde, IV p. 475.) donne: Nankin
(observatoire? Mission Catholique?) :
34'
26'
15'
50'
0'
9'
40'
Le Dictionn. de Perny (supplément p. 239) indique pour Nankin : • lat. 32^ 4' 40'
long. .116° 27', comptant Pékin à 114^ 7' 30' de Paris. Il détermine ainsi la ville de
Kiu-yong : lat. 31° 68^, long. 116° 49'.
Le North-China deak hong list place Nankin à 93 lieues de Chang-hai^ par eau;
soit de Chang-hai à Tchen-kiang 156 mHles (289 kil.), et de Tchen-kiajig à Nankin 46
miUee (86 kU.). Total 201 milles ou 375 kil.
Pauthier (Chine moderne) place Nankin à 240 lieues de Pékin. — Il donne au
Kiang-nan, E-0 163 lieues : N-S 170.
Biot, Dictionnaire des villes de l'Empire chinois, art. Kiang-ning fou^ donne : lat,
de la ville : 32' 04' 40', long. 116° 27' 00" (observ. en 1888). La " Connaissance des
Temps" pour 1897, publiée par le Bureau des Longitudes^ sept. 1897, donne simplement :
Nankin: lat. norA: 32' 4' 40' long, j ^^ ?|^^^= % %^ ^',
**Précis de la Géographie universelle'' par Malte-Bran nouvelle édition de Huot —
Paris, 1835. T. IX, p. 445. (Tableau des positions géog. observées astronomiquement).
Nankin : longii. E. 116° 39' 45' latit. N. 32° 15' 0'
D'après les "annales maritimes"— p. 369, on donne 12 lieues de tour à Nankin ("mais
la partie habitée n'occupe pas le tiers de Paris") ou plus de 5 lieues d'après Grosier; on
vante le Tsing-hai se et le Pao-ngeii se, tour de 884 degrés, on parle de bibliothèques,
ville savante etc..
Dans la carte du Kiang-nan (Nankin) de l'Atlas de Martin Martini S. J. on lit :
(échelle) "stadia sinensia, quorum 250 uni gradui respondent."
Martini dit (p. 97) à propos des instruments du Pé-ki ko, gradués aquod omnia
in sexto gradu supra trigesimum poli elevati statuerentur » «Urbs quippe Nanhi'-^
nensia in gradu jacere trigesimo secundo et quarta gradus portione, certius est quam ut
in dubium revocari possit.»
INTRODUCTION J I. 3
deux portes occidentales, Choei^si men et /fannsi men^ Des fau-
bourgs considérables (Ph.IV,V,VÏ) s'y disputent le sol aux abords
des ponts, envahis eux-mêmes et surchargés; presque partout ail-
leurs, et malgré de récents progrès, la population reste olair^semée.
Les évaluations les plus motivées des Européens, qui ont habité
Nankin, élèvent à 300.000 ou 400.000 le chiffre de sa population
totale, qui parait croître assez rapidement ces dernières années (1).
Elle comprend 3 ou 4.000 Tartares (2), peut-être 5,000. (Oundry,
Sketches, 1876). Elisée Reclus (VU p. 452) lui donne 50.000
mahométans, chiffre qui parait exagéré. Ils ont en ville une
vingtaine de mosquées, h'-pat s^ j|| ^ ^ d'extérieur chinois (mais
regardant Test). Ils ont leurs mollahs et enterrent leurs morts dans
des fosses ou caveaux d'un genre différent de celui des Chinois.
Un habitant de Nankin estimait devant moi leur nombre à 25 ou
30.000 (février 1897). Le Chinese Recorder, 1889, p. 71 compte
150.000 Mahométans dans le Kiang'^Bou et le Ngan-tioei réunis.
Comme c'est le cas de nombre de villes du Céleste Empire,
Nankin touche à peine à Timmense artère fluviale qui le rattache
à rOcéan : sa pointe septentrionale, assez effilée, est seule rive-
raine du Pleuve Bleu, au confluent appelé Hia^koan 'f H *4a
douane ou le faubourg d'aval (3)'\ là où viennent mouiller paque-
Dans le catalogua (final) longitudinum ar latitudinum locorum :
long. gr. min. laf. gr. min. pars.
Nan-king „ 1 26 „ 3*? 40
Kiuyong „ 2 „ 32 32 Orienta h' s.
Mesny'a Chinese miscella^iy, p. 315, july, 1895.
Kiang-ning fou : ■ lat, 32* 05' long, 118'* 47'
Kiu-yong : „ SI" 58' „ 119' 9*
Carte lithogr. du P. Pierre S. J. (Nankin à Tong-lieou) 1889, en partie reproduite
par le P. Havret S. J. dans son ^^Ngaji-hoei" donne :
"Longitudes et latitudes d'après la Carte marine anglaise :
Nankin (I-fong m^i) : 32* 5' 35" 118* 45' 5*
Par rapport à Paris 116' 24' 57*
Variation de la boussole (même carte) Oueat 1° 46'
plus à l'Ouest P 30^
Mayer*s "The cîties and Towns of China", Hong-kong, 1879.
Nankin : lat. 32' 05' long. 118* 47*
(1) En juin 1898, lors de la grande cherté du riis, les mandarins uous disaient
qu'il faut environ, pour nourrir Nankin, par mois dix wan de tan de riz, soit 100.(XX) t9M>,
Le tan est de 60M — Nous donnons ce renseignement sous bénéfice d'inventAire.
Le district de Changhai consomme environ 36(X) piculs de riz par jouf (juin 1898).
(2) L'élément tartare, à tout prendre, n'a pas tardé à se dissoudre dans »a con-
quête ; et utie promenade à Nankiti prouve que la dissolution est depuis longtemps pres-
que achevée.
(3) Il y a aussi Chang-koan, la douane d'amont et Tehong-koanflA douane du
milieu.
.K.'-.. ,c..^j>'-Ae c;'.C-: .*^
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PREFACE.
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IM difftcuUés 4e ViUustration ont grundement
retardé la puMiotUiôn de ce vohùmedcmil'imprç^
9wn était' termtme il y a plus d'wn^ a».. \ y
Comme «Nankin poRT-oov«àT;# ^7^a *^^
tout rédigé dans les cartons du P. L. Gaillard.
Tout cm P*ti5 restait-il à remplir quelques blancs
laissés par le agnsoiencieua: auteur : c'était une date
à ajouter, un chiffre à préciser, une note à mettre
en place.
Son fidèle collaborateur, le P. Mathias Tchang
a vérifié les textes chinois qu'il avait du reste fournis
et commentés. Le même Père Tchang avodt préparé
une «Carte des Sépultures Impériales à Nankin» et
une série des Monnaies anciennes, auxquelles il est
souvent fait allusion dans le cours de ce livre. Ces
deux études feront l'objet de publications ultéri-
eures et distinctes.
Quant aux autres monographies (sur Nayikin),
qu'annonçait la préface du c^Plan de Nankiny>, nous
ne pouvons en promettre l'immédiate publication.
Depuis deux ans, notre Mission a été décimée et a
perdu des hommes tels que les PP. Havret, Heude,
4 APERÇU HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE.
bots de commerce et navires de guerre. Ce village populeux,
auquel peut sourire un prochain avenir, sert de principal avant-
port à Nankin. L'entrée du canal profond de 30"^ (sondages de la
Comète, mai 1897) et le passage du Yang-tse, large d'un bon
kilomètre (Ph. VII et VIII), y sont commandés par les deux ou trois
forts, à batteries rasantes, de la rive sud. La rive nord, plate et
nue, est dégarnie ou à peu près (1).
Un fort plus en vue remanié en 1895, assis sur le "mont du
lion" Che-tse chan $p ■? llj (Ph. VIII et IX), dans l'enceinte même des
murailles, prétend en défendre les approches immédiates. Il croise
les feux de ses 7 ou 8 pièces, par dessus un ouvrage auxiliaire,
avec ceux de la douzaine de canons, étages en aval, sur les crêtes
des collines voisines de Mo-fou chan ^ /JÏ lU (2) et Lao-hou chan
^^ \lii falaises dominant un faux-bras du fleuve (eut of Ts'ao-
kiai'kia).
Trois ou quatre autres pitons, émergeant de l'enceinte, riva-
lisent de hauteur avec celui de Che-tse chan |$ -^ |lj. Du pont
même des steamers qui sillonnent le Yang-tse, on distingue sur-
tout deux collines, dont le galbe est plus familier aux Nankinois.
D'abord celle de Ts'ing-liang chan ^ JiS^ llj, ''la montagne de
l'air frais et pur" (3), célèbre avant les temps mérovingiens et
(1) Pauthier (Chine moderne^ vol. I, 62) qui cite le P. Trigault et le P. Le Comte,
blâme à tort ce dernier d'avoir écrit que le Kiang passe à Nankin. Pauthier veut qu'il
en soit éloigné d'une lieue. Le missionnaire jésuite savait à quoi s'en tenir sur ce détail
topographique. Voici quelques remarques sur le régime du Yang-tae inférieur :
Le Yang-tse^ comme le Nil, est sujet à uue crue annuelle d'une remarquable régu-
larité. Les vents chauds de mars fondent les neiges à la base des montagnes de médiocre
hauteur et il se produit une crue temporaire de 4 pieds à Han-k^eou à 9G0 kil. de la mer,
(600 milles). Les eaux baissent d'un pied ou deux, et en avril elles commencent à monter
de nouveau pour la crue d'été. Elles atteignent leur plus grande hauteur (environ 34
pieds anglais) en juillet; elles baissent à partir d'août et le niveau le plus bas se mesure
en décembre. En descendant le Yang-tse de IIan-k*eou, la crue annuelle se fait moins
sentir, à cause de l'élargissement progressif du lit du fleuve ; ainsi elle est de 22 pieds à
Kieou-hiang^ de 12 pieds à Nankin, et auprès de la mer, la différence est insensible. »
Sydney Skertchly, ^^ The future of the port of Shang-hai.'* — N. G. Daily NewSj 22 fév.
1894.
Ailleurs je lis : «Le Wang-tse monte de 12 à 15 pieds durant les mois d'été. La
crue et la descente de la marée est d'environ 6 pouces à Nankin.» Dennys : The treaty
porta of China and Japan^ p. 429.
Il a 1400" à Ou-hoUy 1000 ou 1200 à Nankin, moins à Tchen-kiang, encore moins
plus en aval.
(2) La carte hydrographique anglaise attribue 636 pieds (197°*) aux collines de
Mo'fou chan.
(3) TsHng-liang chan est aussi l'un des noms de Ou-Vai chan S S lU "la mon-
tagne aux cinq sommets" {tong^ ai, nan, pé, tchong ^ ? B » fflf » nu » T* ? le centre et
les 4 points cardinaux), sise dans le Ou-t^ai hien (latit. 28° 'W N. — longit. 123° 24' E.),
district de Tai-tcheou fv Jfl (Chan-si). A Nankin, c'est le plateau voisin de TsHng-
liang-chan, à quelques centaines de mètres à l'est, qui porte le nom de Ou-t^ai chan.
r
\
INTRODUCTION J ï« 5
OÙ Ton vénère une sorte deMinos hindou-chinois (1), TUtsang poussa
^ IK. Puis vient le mont du Pé-ki ko :|t ^Ël ^, "l'observatoire
de l'étoile polaire (Ph.X). Du 14® au 17® siècle, plus anciennement
peut-être, il portait un tribunal astronomique, remplacé naguère
par une mesquine pagode taoïste, flanquée d'un camp au nord.
Un misérable kiosque en bois, à triple étage, relève sa silhouette
et la signale aux regards. (Réparé en briques par le bas en
1897, il a été incendié ainsi que le camp adjacent dans la nuit
du 21 au 22 mars 1898, La stèle de K'iing-lii a été assez avariée)*
Un peu plus à l'est, des huttes arrondies et pelées, Fou-tcheoii
chan ^ Jjj- Ûj et Long-hOEnig chim || ^^ jlj encadrent la porte de
T^ai-p^ing men it^ ^ ^^l cette dernière colline-, enclavée dans
Tangle aigu du rempart et couronnée de deux pièces Armslrong
sur pivots (1895), et de 4 pièces à lir rapide (1898), se transforme
également en ouvrage militaire (Ph. XI), Au sud, mais extra muroBj
la butte du Yu^hoa rai ]^ ^ ^ (Ph. XII) en voie d'armement (2)
complète pour Finstant le système dcfeosir de la place de Nankin.
L'horÎKon est borné a Test par un mur de collines escarpées,
striées g a et la de traînées rougeâtres et verticales : carrière s de
marbre et pierre à chaux, longtemps en exploitation, presque
abandonnées, recouvrant des gisements d'anthracite (3) et de
cuivre. Enfin au nord et à toucher l'enceinte, la croupe du Mont
8* Michel, ou la sierra harmonieuse de Tse~hin chan, haut de 445
mètres (4), domine tout le paysage immédiat* Il désigne au loin,
et précise pour l'œil, la position exacte de la capitale déchue (5).
(1) Pjvutliîer (Chine mpdGmo^ 2*^ yol. p. G4)t parle de le "inontEgne de l'Iiidieni
T^fH'frhoii ckun'' ftinsi nornniéf par suite de Ift retraite qii^y occupa un bon^f ïhditin eu
^5 de noite ère (?J
(2) Elle porte quiitre eauouj^ à tir mpide^ en barbette. — Le bas YauffUe e&t àé-
fendu pai" une trentaine de forts fit plus de denx cents piëceg de gros calibre, éparpillées
snr un parcours d,e niOle kilomètres!
(3) L'aiitbrttcite flfliêiir^ dan« tout^ la périphérie do Nankin, notanuneint k Wing-
Ufiii^ chan, KonHf/n Mt^n^ Si-hia rhau^ oH Ton vit?nt d'iûnneiirer (1897) des embryona
d'tîsploitfttian par des procédés indigènes. Un a^i^e^ vaste bassin bouillîer pourrait
exister ëons les collines qni boursoTiffleut la région de Vmt Le fer existe nn pen partout,
le cuivre au eud-esfc et au sud. Cf. N. Ch. Daily News du H mai WM et les Lettres de
Voti Richtoffen. On a ouvert des mines de cuivre h Kou-Ung hen au dtlii de Meou-ieou
éJitin. — Voir auuai la carte de la p^ 377, Elisée EecluSj Asie orientale YIL Loa deuït riveg
du ¥a7iff-hry h la hauteur do Nankin, y sont figurées *' terrain carbonifère."
(4) Cf chiffre Hô à 450 résulte d'obser^^ationfi barométriq^tiÊs que j'ai pu effectuer il
diverses dates. Von Richtoffen, page 10 de la S** de ses Letters to the General Chamh&r
of Ciymmcrve d^ Clianghai, donne l.OOÛ pieds anglais à Tsf-khi chan; noxin Jugeons que
c'est trop peu.
(&) Dans les collines de Test, les voyageurs admirent encore une énorme pietr^j
demearèe dans la carrièreT et de&tinée jadlij^ affirme- ton, k orner la séptilture de MoNg-oiL
Un© autre cm-iosité est nn aéroUtho (?) de 100 pieds tubee, tombé dn eicl, au dire
des paysAiiB qui vénèrent ee bloo de minemi ferrugineux.
Ce mmm et Tht-^ je. ::i«i£«. H # li ^ mmamemit C«r tm-
^ çiài es&in.; ^ ^•:»^ .ii.]»-^a.*t * \«aii^i aa ^* &*^cm Âe^ aottv è«.
ci£«9r> <^ t-iZTic £*tg^ ^#tmn.ritr.i.' qut ]«*ir ia .«.•ur s«aur. iruft^p^e
Les |«.tfs firia.M* r-xaii^-kSi-* :.icm::israKSic m 1^.3
iiilèri<«rr «e i& i..*t. Ai. sitf-eïc. t £sc » ruit ri
se* bo«uq[ii^s « ]bA.i :••*•* fTi!»--ritf* a i-*^* mn. J^t cmxr.^
tkHtt; ses auisnires^ j^L-r^aii-i" i*-^ Dt;n»**iiTr* rt*i^r«Bi «t <
ITM^ 9a«s jur. ^ ^i*« 3a. fia. là. ^tirui:?t «
ses ^ôU8»e-}«o«s$K ^à.i.rir-.î.at«. niiii«;aaiiBv u-^esnoiss aiaofi ^ixrt
Viwtt :? ; MIS cva:v:ii> t ».î-^ d* î.:.:iiT»pi::îî* m ut jKCVnm. A î «s^
seule la ^:4fe uruj* -*i \ ûeii*Mi.*f.r* «r »e§ i»ats Mvà
ot < w i »9 t; \;lîe çua^v. ^lA^uit-'-^t. r«L 5 «11.^*^.1 «mb» uuiiaiwii ôe
rimp6l, par 1 Emi^es^eic u/ur i£f .ï-iik-iik •« tiii^»*
luî-ai^Nie^ doM à î ^xrcfcsora. j orJ».rti:*t la Z^mt jes «asiR *»»-
minisirtUon.
qUO ttMH (T4^U\*rr'^r4,T^-."^-ît:»^ii. .r ' t î- • : I^ I-Iil
Au contre à<^ iA -* - 'f u.'-'u^ c:. nu:5urf *.''•« «b^O!^ ^
moitié enccéwr rNr;4a»c-i- »i-rî os un^nf-iiii* -v^xK m^t .hoet^^ .
r>jr-ii;nï /ihv»;,- j^ $^ Ji ;;•:-•> ;a n*..»î^ ût ia -^une Jng«aiiâ* .
i?<M»C^"M >iwï jf :||. r t*i t»f*-ftr#i*i ^ 'C nu ytgti 1 iiiar it Pïl»t:s
des Kni)^iv«i^ x«m#/^*«-k -C f^ x*l f-nuàis oes Mfl^* i|| g^.
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1. :.• "-a» A "ttmi'VfTi
»' rmtrwanL
ÎNMODÛCTION i îé 1
irrémédiablement ruiné en 1864 (1). L*oeuvre d'inconscient van-
dalisme s'aggrave et s'achève d'heure en heure : il reste à peine
quelques vestiges, dépecés chaque jour (2). De larges avenues,
de marbre arraché aux collines de Test, relient ces ruines, ou-
bliées et lamentables, aux divers quartiers de la -ville proprement
dite. Ça et là, sur les rives des canaux envasés, recoupés d'une
cinquantaine de ponts en dos d'âne, se profilent les toits retrous-
sés des pagodes, aux murs rouges ou orangés, aux tuiles parfois
vernissées en jaune : pourpres par endroits, leurs tons chauds
s'harmonisent à souhait avec la verdure des bouquets d'arbres,
qui signalent surtout les temples funéraires, les kong-koan (hôtels)
des familles riches et des personnages officiels, dominés par les
portiques en charpente et les mâts à hune des t/a-men de quel-
que importance.
Vers le nord, à partir du Pé^ki ko et de Ts^ing-liang chan,
le panorama change de caractère. C'est, en ville, la campagne
et ses aspects riants, ses bosquets et taillis, ses bambouseraies
frissonnantes, ses champs de riz, d'indigo, de céleri, de gingembre,
de piments, d'ail, de concombres, d'arachides, de patates, de
fèves et pois oléagineux (3), de légumes innommés, de maïs, de
blé, de sésame, de millet ou de colza, voire même de pavots à
opium (4), de thé ou de tabac, parmi les cultures maraîchères,
les quinconces de mûriers, les tertres embroussaillés et herbus,
les étangs envahis par les nénuphars, et les mâcres (5), les colli-
nes boisées ou mamelonnées de tombes innombrables.
Ville trop spacieuse pour ses habitants, même à l'époque de
sa splendeur!
(1) Pour l'intérêt de la comparaison, rappelons que Pékin se décompose ainsi:
1*) ville chinoise au sud (15 kil. 900 de tour). — 2**) ville tartare au nord (23 K. 720 de
tour). — 3*) Cette dernière comprend : A) le Hoang tch'eng ou ville impériale (10 kil. 350
de tour), au milieu de laquelle on trouve : B) le Tae-kin tch'eng, la "ville rouge interdite."
Elle mesure 1006™ du nord au sud, et 786" de l'est à l'ouest. (Mp" Favier, Pékin , p. 337).—
A Nankin, la ville rouge, aussi large de l'est à l'ouest, a 200™ de moins du nord au sud. —
Dans les deux Capitales, cette viUe {tch'eng JS)i ^^^^ murs habillés d'un crépi rouge
{tse 55)) ®**^* réservée {kin ^) à l'Empereur.
(2) Les briques des murs de la viUe tartare ont dû servir à bâtir, après les Tchang-
mao, les maisons tartares.
(3) Imbault (L'île Formose p. 208) range aussi la ramie parmi les produits des
environs de Nankin. Hhea hœmeria nivea, le grass-cloth des Anglais, le sou-mo (Tch'ou-
rna ^ p^ ) des Chinois, sert à ces derniers pour tisser leur hia-pou ^ -^p étoffe d'été
dont on fait un grand commerce à Han-k'eou. Cf. Mesny's Miscellany, I, n** 855.
(4) La culture de Vopium persiste et gagne m'ême. J'en ai vu l'an dernier sur Ou-
trai chan, même dans les terrains de la pagode du Ti-tsang poussa, sur les flancs du
TsHng-lian chan. 11 mai 1898.
(5) Ces mâcres comestibles, ou châtaignes d'eau, Ung-kio ^ ^, eleocharis tu-
herosus (ou mieux trapahicomis) peuplent surtout les étangs qui font en partie la
richesse de la plaine alluvionnale de Kiang-tong men. Cette plaine endiguée borde tout
6 APERÇU HISrORIQin ST GftOeRAPHIQUB.
Ce nom de Tse^kin chan JK ^ [Il 'Ma montagne d'or em-
ix)urprée", remonterait à l'empereur Yuenyi^»^ (317-323) des Tsin
^ qui établit la Cour impériale à Nankin au 4* siècle de notre ère.
Il aperçut cette colline dans une brume rougeâtre et violacée. In-
digènes et étrangers témoignent que par un jour clair, tranquille
et ensoleillé, Tse^kin c/ian revêt les tons changeants d'une nuance
violette ou lilas (Ph. XIII) (1).
Les plus étranges contrastes caractérisent la physionomie
intérieure de la ville. Au sud-est, c'est la cité chinoise moderne,
avec ses rues commerçantes, étroites, encombrées, malfleurantes;
ses boutiques à multiples enseignes dorées; son luxe d'inscrip-
tions; ses masures indigentes; ses demeures retirées et enchevê-
trées» sans air, ni vue, ni eau, ni verdure; son animation bru-
yante et affairée; ses flâneurs assidus, picaresques ou élégants;
ses pousse-pousse (jinricshas) cahotants, décrépits avant d'être
vieux (2); ses convois d'ânes, de palanquins ou de porteurs. A Test,
s'étale la ville tartare (Ph. XIV) démantelée sur ses fronts nord
et ouest; ville quasi inhabitée, où s'alignent, sans économie de
terrain, les demeures silencieuses, négligées, des 3 ou 4 mille
conquérants: prétoriens désœuvrés et hautains, entretenus, sur
l'impôt, par l'Empereur, dont ils forment la famille et la garde.
Un Tsising--hiun Jff !p, ou Maréchal de camp, de leur nation,
représente le Fils du Ciel, les régente et surveille le Yioe-roi
lui-même, dont à l'oQcasion, il dénonce au Trône les écarts d'ad-
ministration.
Le ya-men (Tribunal, Prétoire, Hôtel) de ce dernier, s'élève,
ou plutôt s'étend à quelques centaines de mètres du sien, vers
le sud-est, au milieu des camps où se caserne la milice chinoise,
que tout Gouverneur-Général lève et entretient.
Au centre de la ville tartare, l'œil mesure avec surprise là
morne enceinte rectangulaire de Tancienne '^ ville rouge interdite",
Tse-kin tch'eng ^ *| ;^, jadis au milieu de la '^ville impériale",
Hoang^tch^eng £ j||, Hoang^kong ^ '^, qui renfermait le Palais
des Empereurs, Kong^tien "^ J|t) ou ^^ Palais des Ming" ^ '^,
(1) Plus loin (à Toccasion de l'enterrement de Hongrou) noua expliquerons l'origine
des autres noms de oes collines. Taicmg-wang miao jqE £ JH doit son origine à
Ou Ta Ti j^ y^ W (222-257) alors gouverneur de Nankin. Taiang-wang lui apparut en
songe et le menaça d'une grande perte s'il ne lui bâtissait une pagode à l'entrée du
village qui est au nord. La route passe sur le petit pont "de la Longévité" (Inscription
tracée sur la clef de voûte de l'arche. — Octobre 1896).
(2) Ces voitnrettes, qui envahissent tout l'Extrême-Orient, furent inventées au
Japon en 1870 et pénétrèrent à Nankin à l'automne de 1896, lors de l'achèvement de la
presiière section de la route macadamisée. Quelques jinricshas portent des caractères
(2 mots) mandchous en pendant des caractères, chinois (mai 18^7).
ÎNTOODTTCTÏON J I- 7
irrémédiablement ruiné en 1864 (1). L*œuvre d'inconscient van-
dalisme s'aggrave et s'achève d'heure en heure : il reste à peine
quelques vestiges, dépecés chaque jour (2). De larges avenues,
de marbre arraché aux collines de Test, relient ces ruines, ou-
bliées et lamentables, aux divers quartiers de la ville proprement
dite. Ça et là, sur les rives des canaux envasés, recoupés d'une
cinquantaine de ponts en dos d'âne, se profilent les toits retrous-
sés des pagodes, aux murs rouges ou orangés, aux tuiles parfois
vernissées en jaune : pourpres par endroits, leurs tons chauds
s'harmonisent h souhait avec la verdure des bouquels d'arbrea,
qiïi signalent surtout le^ temples tïinéraires, h^a kong-koan (hôtels)
defî familles riches et des personnages officiels, domin(^s par les
portiques en charpente et les mâts à hune des ya-men de quel*
que importance.
Vers le nord, à partir du Fé~hi ho et de T^Hng-Hnng chaTij,
Je panorama change de caractère. C'est, en ville, la campagne
et ses asfiects riants, ses bosquets et taillia, ses bambouaeraies
frissonnantes, ses champs de riz, d" indigo, de céleri, de gingembre,
de piments, d'ail, de concombres, d'arachides, de patates, de
fèves et pois oléagineux (3), de légumes innommés, de maïs, de
blé, de sésame, de millet ou de colza, vorre même de pavots à
opium ('i), de thé ou de tabac, parmi les cultures maraichercs,
les quinconces de mûri ers » les tertres embroussaillés et herbus,
les étangs envahis par lei^ nénuphars, et les mâcres (5), les colli-
nes boisées ou mamelonnées de tombes innombrables.
Ville trop spacieuse pour ses habitantîii, même à J 'époque de
sa splendeur!
(1) Pour l'intérêt de la compfirftiBonj rappelona que Pdkin se dêcoïiiposê ainsi:
D viUe ehinoise au md fi 5 ML î»0O tle totir). — T) ville UiHnre au nord (23 E, 720 de
toor). ^ Ti Cettt* derJnère toniprend : A) Tp Ihmnf} tah'eng ou vîlle hnpt^naJp (10 kiL 350
de totir), au milieu de Iftf]iicl]e ou trmivf: B) le TseMît tchhmg, la "ville rouge interdite/'
Elle mesure 1006'" du nord an siul, et 7S'3"^ tle Vmi a l'ouest. (Mk^ Favier. Pèkùt, p. 337).—
A Nankin, la ville rmtge, anssi largo de Vvst h ronest, a 200"* de moins du nord au sud.—
BfiTH les denx Capitales, cette ville {trh'eHtj J^), aux mura îutbiUéâ d'un crépi rougt!
(/*'' ^1, ^'tait réservée {kin ^} h TEmpereuT.
(2) Les briiiye-i des mura de la ville tartareont dû servir fl b/itir» après îea Tehang-
mooj les maiï^ani} tartare^.
(3) Imbanlt {l/tle Fornmne p. 208) rànpe u.ueei la ramie parmi les produits des
environs d<L^ Nankiu. Rfirft bœmerifj nivea, le grans-cloth deB Auglaîs, le Hmt'?no fTeh^oU'
noi *T^ H^) des Chiiioie^ sert a ces derniers pour tîi^ser leur ^iitt'pQU Jg^ 4P lî'toffe d'été
doul oîi fait un grand Ciimmerce ^ Htifi-k'ffou. Cf. Mcsny's MÎHcçllaiiy, I, ii** Hëb.
(-i) Lti culture de V'opitim perBiate et gapîitî memen J'en ai vu Tau dernier sur Oa-
i^at chânj m^me datïS Ie« terraîniB de la pagode du Ti-isituff pvUMctf ûui It's fla^nL^ii du
TsHng-Ufin chan, H mai l^é.
{^) CcB màeres comeistibles^ on châtaignes d'eau, hug-kiti ^è S» elcocharis tu-
h^TOHHit (ou mieux trajuabimmi^} peuplent atirtoiit len t^tatigfl qui font &i partie lu
richtïB&e de la plaine alluviorinale de Kiang-toug men. Cette plaine oudigueo bcude tout
4 APERÇU HISTORIQUE ET GEOGRAPHIQUE.
bots de commerce et navires de guerre. Ce village populeux,
auquel peut sourire un prochain avenir, sert de principal avant-
port à Nankin. L'entrée du canal profond de 30™ (sondages de la
Comète, mai 1897) et le passage du Yang^tse, large d'un bon
kilomètre (Ph. VII et VIII), y sont commandés par les deux ou trois
forts, à batteries rasantes, de la rive sud. La rive nord, plate et
nue, est dégarnie ou à peu près (1).
Un fort plus en vue remanié en 1895, assis sur le '*mont du
lion'' Che-tse chan |SP -? il] (Ph. VIII et IX), dans l'enceinte même des
murailles, prétend en défendre les approches immédiates. Il croise
les feux de ses 7 ou 8 pièces, par dessus un ouvrage auxiliaire,
avec ceux de la douzaine de canons, étages en aval, sur les crêtes
des collines voisines de Mo-fou chan 1^ J^ \ii {^) et Lao^hou chan
^^ \lli falaises dominant un faux-bras du fleuve (eut of Ts'ao-
kiai-kia) .
Trois ou quatre autres pitons, émergeant de l'enceinte, riva-
lisent de hauteur avec celui de Che-tse chan m ^ [il. Du pont
même des steamers qui sillonnent le Yang-tse, on distingue sur-
tout deux collines, dont le galbe est plus familier aux Nankinois.
D'abord celle de Ts^ing-liang chan j^ f^ [Iji ''la montagne de
l'air frais et pur" (3), célèbre avant les temps mérovingiens et
(1) Pauthier (Chine moderne^ vol. I, 62) qui cite le P. Trigault et le P. Le Comte,
blâme à tort ce dernier d'avoir écrit que le Kiang passe à Nankin. Panthier veut qu'il
en soit éloigné d'une lieue. Le missionnaire jésuite savait à quoi s'en tenir sur ce détail
topographique. Voici quelques remarques sur le régime du Yang-tae inférieur :
Le Yang-tae^ comme le Nil, est sujet à uue crue annuelle d'une remarquable régu-
larité. Les vents chauds de mars fondent les neiges à la base des montagnes de médiocre
hauteur et il se produit une crue temporaire de 4 pieds à Ran-h^eou à 900 kil. de la mer,
(600 milles). Les eaux baissent d'un pied ou deux, et en avril elles commencent à monter
de nouveau pour la crue d'été. Elles atteignent leur plus grande hauteur (environ 34
pieds anglais) en juillet; elles baissent il partir d'août et le niveau le plus bas se mesure
en décembre. En descendant le Yang-tse àe Hayi-k^eou, la crue annuelle se fait moins
sentir, à cause de l'élargissement progressif du lit du fleuve ; ainsi elle est de 22 pieds à
Kieou-kiangy de 12 pieds à Nankin, et auprès de la mer, la différence est insensible. »
Sydney Skertchly, ^^The future of the port of Shang-hai." — N. C. Daily News^ 22 fév.
1894.
Ailleurs je lis : «Le ^ang-tae monte de 12 à 15 pieds durant les mois d'été. La
crue et la descente de la marée est d'environ 6 pouces à Nankin.» Dennys : Th-e treaty
porta of China and Japan^ p. 429.
Il a 1400*» à Ou-hoUy 1000 ou 1200 à Nankin, moins à Tchen-hiang^ encore moins
plus en aval.
(2) La carte hydrographique anglaise attribue 636 pieds (197™) aux collines de
JdO'fou chan.
(3) TaHng-liang chan est aussi l'un des noms de Ou-t^ai chan £ S lU "la mon-
tagne aux cinq sommets" {tong^ st, nan, pé, tchong ^ ) ) m ) nu ) T* » le centre et
les 4 points cardinaux), sise dans le Ou-t^ai hien (latit. 28' 'W N. — longit. 123° 24' E.),
district de Tai-tcheou TV ffl (Chan-si). A Nankin, c'est le plateau voisin de TsHng-
liang-chauy à quelques centaines de mètres à l'est, qui porte le nom de Ou-Vai chan.
INTRODrCTION J I. 5
OÙ Ton vénère une sorte de Minos hindou-chinois (1), Ti^tsang poussa
^ IK. Puis vient le mont du Pé-ki ko ^t ^ ffl» " Tobservatoire
de l'étoile polaire (Ph.X). Du 14® au 17® siècle, plus anciennement
peut-être, il portait un tribunal astronomique, remplacé naguère
par une mesquine pagode taoïste, flanquée d'un camp au nord.
Un misérable kiosque en bois, à triple étage, relève sa silhouette
et la signale aux regards. (Réparé en briques par le bas en
1897, il a été incendié ainsi que le camp adjacent dans la nuit
du 21 au 22 mars 1898. La stèle de K'ang-hi a été assez avariée).
Un peu plus à l'est, des buttes arrondies et pelées, Fou-tcheou
chan ^ ^ |Ij et Long-koang chan f| ^^ |ll encadrent la porte de
T^ai'pHng men ^ Zp f^ ; cette dernière colline, enclavée dans
l'angle aigu du rempart et couronnée de deux pièces Armstrong
sur pivots (1895), et de 4 pièces à tir rapide (1898), se transforme
également en ouvrage militaire (Ph.XI). Au sud, mais extra muros,
la butte du Yu-hoa t'ai ^ % ^ (Ph. XII) en voie d'armement (2)
complète pour l'instant le système défensif de la place de Nankin.
L'horizon est borné à l'est par un mur de collines escarpées,
striées ça et là de traînées rougeâtres et verticales : carrières de
marbre et pierre à chaux, longtemps en exploitation, presque
abandonnées, recouvrant des gisements d'anthracite (3) et de
cuivre. Enfin au nord et à toucher l'enceinte, la croupe du Mont
S* Michel, ou la sierra harmonieuse de Tse-kin chan, haut de 445
mètres (4), domine tout le paysage immédiat. Il désigne au loin,
et précise pour l'œil, la position exacte de la capitale déchue (5).
(1) Pauthier (Chine laoderne, 2® vol. p. 04), parle de la "montagne de l'Indien,
Tien-tchou chan" ainsi nommée par suite de la retraite qu'y occupa un bonze indien en
€i75 de notre ère (?)
(2) Elle porte quatre canons à tir rapide, en barbette. — Le bas Yang-ise est dé-
fendu par une trentaine de forts et plus de deux cents pièces de gros calibre, éparpillées
sur un parcours de mille kilomètres !
(3) L'anthracite affleure dans toute la périphérie de Nankin, notamment à TsHng-
liang chan, Koan-yn men, Si-hia chan, où l'on vient d'inaugurer (1897) des embryons
d'exploitation par des procédés indigènes. Un assez vaste bassin houillier pourrait
exister sous les collines qui boursoufflent la région de l'est. Le fer existe un peu partout,
le cuivre au sud-est et au sud. Cf. N. Ch. Daily News du 12 mai 1896 et les Lettres de
Von RichtofEen. On a ouvert des mines de cuivre à Kou-ling tsen au delà de Meou-teou
chan. — Voir aussi la carte de la p. 377, Elisée Reclus, Asie orientale VII. Les deux rives
du Tang-tse, à la hauteur de Nankin, y sont figurées "terrain carbonifère."
(4) Ce chiffre 445 à 450 résulte d'observations barométriques que j'ai pu effectuer à
diverses dates. Von Richtoffen, page 10 de la 5« de ses Letters to tJie General Chamber
of Commerce de Changhai, donne 1.000 pieds anglais à Tae-kin chan; nous jugeons que
c'est trop peu.
(5) Dans les collines de l'est, les voyageurs admirent encore une énorme pierre,
demeurée dans la carrière, et destinée jadis, affirme-t-on, à orner la sépulture de Hong-ou.
Une autre curiosité est un aérolithe (?) de 100 pieds cubes, tombé du ciel, au dire
des paysans qui vénèrent ce bloc de minerai ferrugineux.
6 APERÇU HISTORIQUI KT OÉMliAPHIQUB.
Ce nom de Tse^hin chan jfK^ lU ^Ma montagne d'or em-
l>ourprée*\ remonterait à Tempereur Yuenfc^ (317-323) des Tstn
^ qui établit la Cour impériale à Nankin au 4* siècle de notre ère.
Il aperçut cette colline dans une brume rougeâtre et violacée. In-
digènes et étrangers témoignent que par un jour clair, tranquille
et ensoleillé, Tse^kin chan revôt les tons changeants d'une nuance
violette ou lilas (Ph. XIII) (1).
Les plus étranges contrastes caractérisent la physionomie
intérieure de la ville. Au sud-est, c'est la cité chinoise moderne,
avec ses rues commerçantes, étroites, encombrées, malfleurantes;
ses boutiques à multiples enseignes dorées; son luxe d'inscrip-
tions; ses masures indigentes; ses demeures retirées et enchevê-
trées» sans air, ni vue, ni eau, ni verdure; son animation bru-
yante et affairée; ses flâneurs assidus, picaresques ou élégants;
ses pousse-pousse (jinricshas) cahotants, décrépits avant d'être
vieux (2); ses convois d'ânes, de palanquins ou de porteurs. A Test,
s'étale la ville tartare (Ph. XIV) démantelée sur ses fronts nord
et ouest; ville quasi inhabitée, où s'alignent, sans économie de
terrain, les demeures silencieuses, négligées, des 3 ou 4 mille
conquérants: prétoriens désœuvrés et hautains, entretenus, sur
l'impât, par l'Empereur, dont ils forment la famille et la garde.
Un Tsiang^hiun jff !^> ou Maréchal de camp, de leur nation»
représente le Fils du Ciel, les régente et surveille le Vice-roi
lui-même, dont à roccasion, il dénonce au Trône les écarts d'ad-
ministration.
Le ya-men (Tribunal, Prétoire, Hôtel) de ce dernier, s'élève,
ou plutôt s'étend à quelques centaines de mètres du sien, vers
le sud-est, au milieu des camps où se caserne la milice chinoise,
que tout Gouverneur-Général lève et entretient.
Au centre de la ville tartare, l'œil mesure avec surprise là
morne enceinte rectangulaire de Tancienne ^Wi lie rouge interdite",
Tse-kin tch'eng ^ ^ jj)|, jadis au milieu de la ^^ville impériale",
Hoang^tch'eng ^ jd, Hoang^kong ^ '^y qui renfermait le Palais
des Empereurs, Kong-^tien '^ ff^, ou ^^ Palais des Ming" |9 ^,
(1) Plus loin (à Toecasion de renterrement de Sonff-ou) noua expIiqiMfOiDS l'origine
des autres noms de ces coUines. Tsiang-wang micto fff' £ ffî doit son origine à
Ou Ta Ti ^ ^ fS (222-257) alors gouverneur de Nankin. Tùang-wang lui apparut en
songe et le menaça d'nne grande perte s'il ne lui bâtissait une pagode à l'entrée du
viUage qui est au nord. La route passe sur le petit pont ^^de la LongéTité" (Inscription
tracée sur la clef de voûte de l'arche. — Octobre 1896).
(2) Ces voiturettes, qui envahissent tout TExtréme-Orient, furent inventées au
Japon en 1870 el pénétrèrent à Nankin à Tautomne de 1896, lors de l'achèvement de la
première section de la route macadamisée. Quelques jinricshas portent des earactères
(2 mots) mandchous en pendant des caractèrea chinois (mai 18^7).
\
ÎNTOODÛCTION J I* 7
irrémédiablement ruiné en 1864 (1). L*œuvre d'inconscient van-
dalisme s'aggrave et s'achève d'heure en heure : il reste à peine
quelques vestiges, dépecés chaque jour (2). De larges avenues,
de marbre arraché aux collines de l'est, relient ces ruines, ou-
bliées et lamentables, aux divers quartiers de la^ville proprement
dite. Ça et là, sur les rives des canaux envasés, recoupés d'une
cinquantaine de ponts en dos d'âne, se profilent les toits retrous-
sés des pagodes, aux murs rouges ou orangés, aux tuiles parfois
vernissées en jaune : pourpres par endroits, leurs tons chauds
s'harmonisent à souhait avec la verdure des bouquets d'arbres,
qui signalent surtout les temples funéraires, les kong-koan (hôtels)
des familles riches et des personnages officiels, dominés par les
portiques en charpente et les mâts à hune des ya-men de quel-
que importance.
Vers le nord, à partir du Pé-ftt ko et de Ts^ing-liang chan,
le panorama change de caractère. C'est, en ville, la campagne
et ses aspects riants, ses bosquets et taillis, ses bambouseraies
frissonnantes, ses champs de riz, d'indigo, de céleri, de gingembre,
de piments, d'ail, de concombres, d'arachides, de patates, de
fèves et pois oléagineux (3), de légumes innommés, de maïs, de
blé, de sésame, de millet ou de colza, voire même de pavots à
opium (4), de thé ou de tabac, parmi les cultures maraîchères,
les quinconces de mûriers, les tertres embroussaillés et herbus,
les étangs envahis par les nénuphars, et les mâcres (5), les colli-
nes boisées ou mamelonnées de tombes innombrables.
Ville trop spacieuse pour ses habitants, même à l'époque de
sa splendeur!
(1) Pour l'intérêt de la comparaison, rappelons que Pékin se décompose ainsi:
1**) ville chinoise an sud (15 kil. 900 de tour). — 2*) ville tartare au nord (23 K. 720 de
four). — B"*) Cette dernière comprend : A) le Hoang tch^eng ou ville impériale (10 kil. 350
de tour), au milieu de laquelle on trouve : B) le Tse-kin ich^eng, la "ville rouge interdite."
Elle mesure 1006™ du nord au sud, et 786™ de l'est à l'ouest. (Ms'Favier, P^A;Mï,p.337).—
A Nankin, la viUe rouge, aussi large de l'est à l'ouest, a 200™ de moins du nord au sud. —
Dans les deux Capitales, cette ville {tck'eng J^), aiix murs habillés d'un crépi rouge
{tse IR), était réservée {kin ^) à l'Empereur.
(2) Les briques des murs de la ville tartare ont dû servir à bâtir, après les Tchang-
maoj les maisons tartares.
(3) Imbault (L^île Fonnose p. 208) range aussi la ramie parmi les produits des
environs de Nankin. Bhea hœmeria nivea, le grass-cloth des Anglais, le sou-mo (Tch*ou-
ma ^ IP^ ) des Chinois, sert à ces derniers pour tisser leur hia-pou ^ >f5 étoffe d'été
dont on fait un grand commerce à Han-k^eou. Cf. Mesny's Miscellany, I, n° 855.
(4) La culture de Vopium persiste et gagne m'Ême. J'en ai vu l'an dernier sur Ou-
trai charij môme dans les terrains de la pagode du Ti-fsang poussa, sur les flancs du
TsHng-lian chan. 11 mai 1898.
(5) Ces mâcres comestibles, ou châtaignes d'eau, ling-kio ^ ^, eleocharis tu-
berosus (ou mieux trapabicomis) peuplent surtout les étangs qui font en partie la
richesse de la plaine alluvionnale de Kiang-tong men. Cette plaine endiguée borde tout
8 APERÇU HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE.
Plume et poil, la chasse s*y pratiquerait sans mëcomptes.
Naguère on y tuait blaireaux, loups, porcs-épics et chevreuils
(hidropotès); ils s*abritent parfois sous ses murs. Au dedans,
faisans et bécassines abondent encore, parmi les canards et les
oies sauvages. Sauf des amas de briques (cf. fin de Tlntroduc-
tion) vernissées, quelques pans de murs plus substantiels et des
ruelles aux pavages défoncés, — témoins, preuves et débris d'un
passé plus prospère, — rien n'y signale Tancienne capitale, la
glorieuse Métropole du Sud (1).
On ne peut s*y méprendre pourtant, si Ton tente de sortir.
Une puissante enceinte continue, crénelée, mais non bastionnée,
de 38 kilom. de développement, détours com{)^is, Tétreint de tou-
tes parts. Elle lui permet de rivaliser avec Paris dont le périmètre
mesure neuf lieues, et de dépasser toutes les villes murées de
Chine, sans excepter Pékin, en superficie (2). Neuf portes sur
treize ou quatorze donnent encore accès dans la campagne. Quel-
ques-unes sont de longs tunnels voûtés (Ph.XV), renforcés de trois
ou quatre arcades intérieures, ou défendues au dehors par de
spacieuses barbacanes.
La muraille, qui épouse servilement le relief du sol (Ph.XVI),
est formée presque partout de deux murs solides, bâtis généralement
le front occidental de l'enceinte, et se prolonge plusieurs lieues au sud, vers San-chan
^ llj colline à triple sommet, baignée par le Yang-tse.
Le Pé-hiaO'8ouo-yen raconte qu'à la suite d'un incendie, sous Siuen-té {Siuen-
tsonÇf 1426-1436) des Ming divers métaux or, argent, cuivre, fondirent et composèrent un
alliage merveilleux dont on fit de beaux bronzes (il y en a de faux).
(1) La meilleure branche de son industrie locale, la plus productive comme la
plus artistique, consiste en tissages de soie, velours, satins, unis ou historiés, brocards
d'or et étoffes lamées. Les saines traditions techniques du passé se transmettent encore
vaille que vaille parmi les artisans nankinois, dévideurs, teinturiers et tisseurs. Pour
reprendre un brillant essor, le commerce de la soie n'attend peut-être qu'un peu de
sécurité, de richesse et d'épargne, d'esprit d'initiative, d'émulation et de solidarité, avec
l'adoption de procédés mécaniques à vapeur, l'association des capitaux, quelques débou-
chés et facilités de communication. La concurrence que l'on voit poindre dans les villes
du littoral sera-t-elle heureuse ou fatale pour Nankin ?
A Nankin, comme à 8ou-tcheou et à Hang-tcheou, un haut mandarin tartare
occupe le poste de Directeur des Soieries impériales, à charge de faire tisser annuelle-
ment, et expédier à la Cour de Pékin, un nombre invraisemblable de pièces de soie.
(2) Du Halde l'affirmait déjà T. I. p. 135. On donne à Pékin 6. 341 hectares de
superficie, soit les ^/s de Paris, avec un périm^ètre de 33 kU. i/s (25 milles carrés, dit le
"Qtiidefor tourists to Peking and its environs," Hong-kong, China mail. 1879.
Le parc de Nan-hai tse, au sud-jest de Pékin, enclos d'un mur de 65 kil. de tour, est
trois fois grand comme cette dernière ville. Le terrain circonscrit par la grande enceinte
de Nankin équivaudrait sensiblement à celui de ce parc impérial, de 190 à 200 kU. carrés
de superficie. Le périmètre des nouveaux forts de Paris mesure 120 kilomètres.
La superficie exacte de Paris est de 7, 802 hectares, intra muros. Celle de Nankin
peut donc être évaluée à 7. 000 hectares.
I [ Krm nu'ti
INTRODUCTION $ II. 9
en grandes briques (43^ x 21^ x 12^). L'interstice est bourré de
terre tassée. Au sud, ces deux parements consistent en belles
pierres de taille, soigneusement appareillées. Le rempart, large
de 6 à 8 m. au sommet, conserve ses 10 à 12 mètres de hauteur
moyenne; il atteint même au sud près de vingt mètres, avec
largeur proportionnée. Un remblai intérieur l'épaule souvent en
plaine. Cette muraille serpente, au N. 0., le long de collines
escarpées, les contourne ou les gravit au besoin, et parfois un
fossé, au moins des lagunes, en flanquent les approches extérieures.
En outre, une digue de terre, route militaire et stratégique,
ligne gigantesque de circonvallation permanente, représente une
sorte de '^grande ceinture" de 25 lieues (180 ii) de développement,
distante parfois de 9 kilom. à compter des murs (1). La géogra-
phie locale perpétue encore la destination primitive de cet ouvrage
avancé, dans les dénominations de ses 16 portes. Ce travail date
de 1391, et fut exécuté sur Tordre de Hong-ou, le fondateur de
la dynastie des Ming. Prétendait-il reproduire en miniature la
colossale Grande Muraille? Pratiquement, au point de vue dé-
fensif, les deux ouvrages extravagants se trouvèrent aussi super-
flus l'un que l'autre (2).
ADMINISTRATION. —MANDARINS.
Ce serait trop élargir notre cadre que d'y faire entrer une
étude spéciale sur la magistrature nankinoise. Quelques remar-
ques incidentes suffiront à Tintelligence des chapitres qui vont-
suivre.
(1) Le nom populaire à Nankin est t^ou-tcW&ng j^ jjj^ "muraille, rempart de
terre", ou encore wei-tch^eng^ wei-tse ty 'f "enceinte extérieure".
(2) J'estime hors de propos de relever ici les inexactitudes des Encyclopédies et
Dictionnaires géographiques, de toute langue. Parmi les quelqties erreurs commises dans
les pages réservées à Nankin par Elisée Eeclus (T. VII, p. 452), je signalerai ceUes-ci :
D donne à la ville "une enceinte flanquée de tours," et elle n'a ni tours ni bastions. Il
omet le Kiang-ai parmi les Provinces dépendantes du vice-roi de Nankin, qui adminis-
trerait seulement celles du Kiang-sou et du Ngan-hoei. Enfin l'auteur place le Tombeau
des Ming auprès de la "Montagne de la Porte d'or", ce qui paraît un lapsus. — La carte
hydrographique anglaise du Yang-tse commet aussi plusieurs bévues, à la hauteur de
Nankin. Aucune'^édition n'est correcte sur ce point.
INTRODUCTION § II. 9
en grandes briques (43^ x 21° x 12^). L'interstice est bourré de
terre tassée. Au sud, ces deux parements consistent en belles
pierres de taille, soigneusement appareillées. Le rempart, large
de 6 à 8 m. au sommet, conserve ses 10 à 12 mètres de hauteur
moyenne; il atteint même au sud près de vingt mètres, avec
largeur proportionnée. Un remblai intérieur Tépaule souvent en
plaine. Cette muraille serpente, au N. 0., le long de collines
escarpées, les contourne ou les gravit au besoin, et parfois un
fossé, au moins des lagunes, en flanquent les approches extérieures.
En outre, une digue de terre, route militaire et stratégique,
ligne gigantesque de circonvallation permanente, représente une
sorte de 'grande ceinture" de 25 lieues (180 Zi) de développement,
distante parfois de 9 kilom. à compter des murs (1). La géogra-
phie locale perpétue encore la destination primitive de cet ouvrage
avancé, dans les dénominations de ses 16 portes. Ce travail date
de 1391, et fut exécuté sur Tordre de Hong-ou, le fondateur de
la dynastie des Ming. Prétendait-il reproduire en miniature la
colossale Grande Muraille? Pratiquement, au point de vue dé-
fensif, les deux ouvrages extravagants se trouvèrent aussi super-
flus l'un que l'autre (2).
§ II.
ADMINISTRATION. —MANDARINS.
Ce serait trop élargir notre cadre que d'y faire entrer une
étude spéciale sur la magistrature nankinoise. Quelques remar-
ques incidentes suffiront à Tintelligence des chapitres qui vont-
suivre.
(1) Le nom populaire à Nankin est t^ou-tch^eug i J^ "mnraille, rempart de
terre", ou encore wei-tch^eng^ wei-tae tj 4 ''enceinte extérieure".
(2) J'estime hors de propos de relever ici les inexactitudes des Encyclopédies et
Dictionnaires géographiques, de toute langue. Parmi les quelqties erreurs commises dans
les pages réservées à Nankin par Elisée Eeclus (T. VII, p. 452), je signalerai celles-ci :
Il donne à la ville "une enceinte flanquée de tours," et elle n'a ni tours ni bastions. Il
omet le Kiang-si parmi les Provinces dépendantes du vice-roi de Nankin, qui adminis-
trerait seulement celles du Kiang-sou et du Ngan-hoei. Enfin l'auteur place le Tombeau
des Ming auprès de la "Montagne de la Porte d'or", ce qui paraît un lapsus. — La carte
hydrographique anglaise du Yang-tse commet aussi plusieurs bévues, à la hauteur de
Nankin. Auoune'^édition n'est correcte sur ce point.
10 APBRCU HISTORIQUE BT aioaRAPHÎQUB.
La Chine compte huit vice-rois, d'importance très inégale,
et six tsiang^kiun ou maréchaux tartares, administrant le môme
territoire. Un exemple récent de cette apparente anomalie : La
Gazette de Pékin (15 août 1895) insérait un paragraphe qui a trait
à cette administration supérieure en partie double. Tchang Tche-
t'ong, vice-roi intérimaire des provinces des Deux^Kiang, et, par
intérim aussi, Maréchal tartare de Kiang^ning, rappelle que
l'Empereur lui a confié il y a quelques mois cette dernière charge,
quand le Maréchal Tartare (actuel) liong Cheng fut mandé à la
Capitale, lors du jubilé de l'Impératrice douairière. Le 7 juillet
1895, le Tsiang^kiiin est rentré à Nankin et Tchang Tche-t'ong
envoya le colonel mandchou Wen Yng lui remettre le sceau de
son office. Le signataire représente donc au Trône que sa respon-
sabilité est désormais dégagée sur ce point.
Nous disons Vice^roi pour nous conformer à Tusage (irration-
nel) : Gouverneur-Général serait le terme exact (1). A Nankin, les
troupes tartares sont astreintes à 9 jours d^exercices par mois, es-
pacés régulièrement et remplissant quelques heures matinales (2).
Le Tsiang-hiun précéderait en réalité le Vice-roi, bien que
l'autorité du premier s'exerce sur un nombre beaucoup moins
considérable de sujets ou administrés (Ph. XVII et XVIII) (3). Les
deux hauts magistrats viennent-ils à se croiser en chaise, les
satellites de leurs cortèges respectifs, porteurs d'énormes écrans
(1) Au lieu de vice-royauté ^ É. Reclus emploie assez justement l'expression de
lieutenance.
(2) Les Huit bannières (Pa-k^i /\ jpf) sont de quatre couleurs différentes et se
répartissent en trois classes : celles des Mandchous, Man-kiun jm, des Mongols, Mong-
kiun ^, et des Chinois, Han-kiun ^@|. Chacune de ces "nations" ayant ses Huit ban-
nières, le total réel s'élève à 24. Les trois premières sont dites supérieures ^ chang san-k^i
JL, ZZ. ISR, et les cinq autres iiiférieures^ hia ou-k^i r 3dL /S^. (Cf. var. sîn. n" 9. Exa-
mens militaires, par le P. E. Siu S. J.).
• En dehors des Bannières, l'armée chinoise proprement dite, sans parler des irrégu-
liers ( ^ yongyjongj braves), enrôlés ou licenciés selon les besoins, porte le nom de '*Régî-
ments verts", Lou-yng ^ S» <1^ ont un drapeau triangulaire en satin vert, bordé de
rouge à découpures, avec un dragon au centre. Cf. Mesny's Chinese miscellany^ vol. I. n<»"
528, 71fi, 678 et wg., 817 etc.). On y trouve la liste assez longue des villes où sont distribuées
les garnisons non chinoises, tchou-fang m gJgT, de diverses classes. Ce recueil contient
nombre de détails sur le recrutement, la composition et l'administration des contingents
tartares. Bien qu'ils se soient distingués au Liao-tong pendant la guerre japonaise, sous
les ordres du Général Song, théoriquement ils ne marchent point à l'ennemi. Leur rôle
est de défendre la dynastie mandchoue contre les entreprises des Chinois. Armée d'oc-
cupation, ils maintiennent le vaincu sous le joug du conquérant.
(3) Le Tsiang-hiurij qu'on désigne encore par Tappellation littéraire Ta-yuen-yong
y^ 7C iîj) exerce, en certains widroits, par cumuj administratif, une autorité à la fois
civile et militaire sur les "gens de bannières" et sur leurs familles. Cf. Mesny^ op. cit. —
Voir aussi Mayers, Chinese Government, 2<» édition by Playfair.
INTRODUCTION f II. It
en bois et carton, courent les interposer entre les deux palanquins.
Ainsi les deux puissants fonctionnaires ne s'apercevant point, en
vertu d'une fiction complaisante, sont dispensés de descendre,
comme les y obligeraient les règlements du protocole mandarinaL
Les fonctionnaires inférieurs ont à se dérober par une rue de
traverse, dès qu'ils entendent le gong de leurs supérieurs (1).
Le Vice-roi de Nankin est préposé à environ 80 ou 90 mil-
lions d'habitants, répartis dans les trois provinces du Kiang-si,
du Ngan^hoei et du Kianfif-sou. Ces deux dernières formaient
jadis la province du Kiang^nan, qui, ajoutée à celle du Kiang^si,
rend raison de l'expression consacrée provinces des Deux-Kxang,
dont le territoire équivaut à celui de telle grande puissance d'Eu-
rope, France, Autriche, Allemagne....
Et que Ton songe à ceci, que, vu le relâchement des liens
qui rattachent les vice-royautés au Gouvernement central, les
hautes autorités provinciales jouissent d'un pouvoir discrétionnaire
(Guerre, Marine, Commerce, Justice, Finances, Travaux publics)
équivalant presque à une autonomie souveraine (2).
Tchang Tche-t'ong le vice-roi intérimaire (1895-1896), aujour-
d'hui à OU'tch'ang fou (Han-k'eoxt) est académicien, ou mieux
Han^'im H ififi ; classé dans le 1*^ degré du 2® ordre, il porte,
comme globule, la pierre précieuse rouge mat, et le faisan doré dé-
core son rational {pou-tec||^). LiPouK'oen-i, le titulaire actuel,
porte le même globule et le même rational, mais il n'est que
bachelier, bien que classé dans le même ordre (Ph. XIX). Le trai-
tement officiel du Gouverneur-Général de Nankin monte au chiffre
dérisoire de 18.000 Taôls : on sait de reste comment ces intègres
magistrats sont contraints de faire face aux charges énormes qui
(1) Meany's Chinese Miscellany, I. p. 28.
(2) Il n'échoit point tous les jours à un vice-roi, qui cumule tant de charges
lucratives, de posséder aussi chacune des aptitudes et capacités, exigibles pour des offices
si divers.
Inutile de rappeler que les candidats se réunissent à Nankin par milliers pour les
divers examens. Cf. Examens littéraires et militaires du P. Siu S.J. Var. sin. n<» 5 et 9.
Bu Halde, Reclus, de Mailla, Malte-Brun, Balbi etc. vantent les Bibliothèques de
Nankin. lia parlent probablement des librairies ou bien des bibliothèques particulières.
(A Cycle of cathay by W. A. P. Martin D. IX New-york 1896. p. 28S. fait mention, auprès
du tombeau de Confucius» d'une bibliothèque sans volumes). Car dans les nombreux
Chou-yuen indiqués sur notre plan il n'y a en fait de livres que ceux qui y sont apportés,
en fraude, par les candidats aux examens. Les Chou-yuen servent aussi de classe aux
étudiants désireux de profiter des leçons de maîtres célèbres et rétribués aux frais de la
ville ou des notables. En Chine, il n'y a pas actuellement de bibliothèque publique : et
peut-être n'y en a-t-il jamais eu. La collection ES j$ ^ S éditée par K*ien-long, a été
donnée par lui à des familles de Canton, Hang-tcheou, Yang-tcheou qu'il voulait spéciale-
ment honorer. Elle compte des milliers de tomes dont le seul abrégé remplit 120 volumes.
12 APERÇU HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE.
pèsent sur leurs épaules. Les exigences avides de la Cour de Pé-
kin nécessitent plus d'une habile malversation (1).
La Chine compte 16 Fou-f'ai ou Gouverneurs (2), dont deux
dépendant de Nankin ; Tun réside à Sou-tcheou, l'autre à iVgan-
kHng. Ces deux villes possèdent aussi chacune un Fan-rai ou
Grand-Trésorier (3), et un Grand-Juge, .Vié-rai j|^ $. En outre,
un 3* /an-i'ai réside à Nankin. La province du Kiang-sou est
ainsi la seule de TEmpire à posséder deux Trésoriers, se parta-
geant (de Nankin et de Sou-tcheou) Tadministration fiscale du
Yang-tse inférieur. Le fanA'ai Joei Tchang ^ iB|t, cassé le 9 oct.
1896, pour exactions, et son remplaçant Song Tcheou arrivé à
Noël de la même année, sont tous deux des tartares (KH-jen),
comme plusieurs fonctionnaires, leurs collègues à Nankin. L*on
sait que plusieurs postes (v.g. celui de Directeur des soieries im-
périales) sont réservés à ces tartares ; les chinois (Han^jen) en
sont exclus.
Dans cette même vice-royauté, un Hio-t'ai, Grand Examina-
teur, demeure à Kiang-yn (Kiang-sou) et un autre à T'ai-pHng^
fou. Au-dessous de ces grands dignitaires, viennent les divers
tao't'ai du tribut, de la guerre, de la marine, du sel, etc (4)...
Les 7 Préfets Tche-fou, vice-préfets Tche^li-tcheou et sous-préfets
Tche-hien occupent, avec les Préfets de Police, les principaux pos-
tes administratifs, pour lesquels je renvoie à VAnnuaire officiel
mis à jour tous les trimestres. Ajoutons que Nankin compte plus
de deux cents heou-pou-tao, ou tao-t^ai titulaires en expectative,
plus ou moins besoigneux, vivant parfois d'une sorte de rente
annuelle que leur fait le vice-roi, et attendant une charge. La
Chine aussi souffre d'une pléthore et de fonctionnaires et de
candidats faméliques. '
(1) Depuis 1731 (9« an. de Yong-tcheng) le vice-roi de Nankin porte parmi ses titres
celui de ^^Taong-li yen-ou SB 3 9i ^Pv administrateur en chef de la régie des sels."
Cette charge l'oblige à assurer la perception des taxes de la gabelle. En cas de déficit
dans la rentrée de cet impôt, à lui de le combler. — Traitement de quelques mandarins :
Vice-roi de Nankin : 18 000' Fou-t*ai de Sou-tcheou : 12 000*
Trésorier de Nankin : 8 000* Fan-t'ai de Sou-tcheou : 10 000*
Grand- Juge de Sou-tcheou : 8 000* Tao-t'ai de Chang-hai : • 4 800*
Les préfets (tche-fou) descendent à 3 ou 2000* ; les sous-préfets à 800* et moins. Et ils
doivent offrir des cadeaux, à de nombreux Supérieurs, payer leur charge etc.
(2) Si le Tche-t*ai était dénommé "Gouverneur-Général", &VLfou-t^ai conviendrait
bien le titre de Lieutenant- Gouverneur.
(3) Le fan-Vai est presque l'égal du vice-roi : entre eux, ils s'appellent "frères,
ti-hiong." Le 17 août 1897, le vice-roi Lieou K'oen-i sortait de sa capitale pour recevoir au
T^se-koantHngle Général commandant la place, la première autorité après le Tsiang-kiun.
(4) Cf. Piry, Manuel de langue mandarine.
INTRODUCTION J I"- 13
§ III.
LANGAGE. — NOMS ANCIENS ET MODERNES. —
EUROPÉANISATION.
Un mot sur la langue locale. On lit dans un manuel de con-
versation chinoise : «La ville de Nankin ayant été dévastée par
les Rebelles (1853-1860), les nouveaux habitants, venus de divers
pays, parlent à présent un idiome mêlé de différents patois (1).»
La rébellion n'a pris fin qu'en 1864, mais nous relevons dans ces
lignes une méprise plus grave que ce lapsus. Le mandarin de
Nankin (ou ''central," ou "du Sud") est une forme de langage
très usité et fort répandu dans la Chine moyenne, quant à son
propre fond idiomatique. Il est parfaitement exact que l'on entend
dans les rues de Nankin presque tous les dialectes de la Chine ;
mais les immigrants, qui y affluent de chacune des Provinces, y
apportent et y conservent leurs intonations, leur vocabulaire, leurs
tournures et désinences, avec assez de fidélité pour que l'oreille
distingue la provenance des étrangers à leur simple élocution. Et
au milieu de ce cosmopolitisme linguistique, les vrais Nankinois,
nullement submergés par ce flot alluvionnal, parlent leur ancien
idiome personnel, sur lequel les (patois?) idiomes exotiques n'ont
qu'une faible action composante ou résultante. Il y a juxtaposition
d'éléments hétérogènes, isolés; il n'y a ni fusion ni confusion (2).
Les étrangers s'adjoignant émiettés, jour par jour, depuis 30 ans,
par unités et non pas en masse, subissent plutôt l'influence du
milieu et se fusionnent dans l'ensemble, si ces tard-venus ne se
montrent point réfractaires à son action. Les mandchous eux-
mêmes parlent Nankinois.
Plus loin nous verrons comment des émigrations antérieures,
libres ou forcées, rendent raison de la dissémination sporadique,
au loin, de ce ''mandarin de Pékin", ou Pékinois, plus jeune,
plus composite, en meilleure passe de diffusion désormais, parce
qu'il est celui de la Cour, du monde officiel et des Provinces du
Nord. Le "mandarin de l'Ouest" (Se-tch'oan) n'est qu'une variété.
Le R^ Edkins le remarquait fort justement : «Le mandarin de
Pékin est plus à la mode;* celui de Nankin est compris en plus
de pays (3).»
(1) s. Couvreur, S. J. — Guide de conversation français-anglais-chinois. 3® édit;
Ho-kienfou 1892. — Voir aussi "Die chinesische Sprache zu Nankin" par Von F. Kiihnert.
— Wien, 1895.
(2) Cf. Nankin Port ouvert p. 383, étrangers venant étudier le langage de Nankin.
Item Chinese Becorder passim : VII, p. 425, XIX pp. 133, 300.
(3) «The Pékin dialect is more fashionablc, but that of Nanking is more widely
nnderstood.» J. Edkins ; A Qrammar of mandarin dialect 2** édition, Shang-hai. 1864.
14 APERÇU HISTORIQUB ST aÉMKAPHIQUB.
Elisée Reclus (VII. Asie Orientale, p. 271) a dressé, d'après
Mechnikow, une séduisante ''Carte des dialectes de la Chine", où
le mandarin de Nankin est désigné par patois du sud; mais les
lignes de démarcation de chacune des aires idiomatiques ne sau-
raient viser qu'à une appproximatîon très relative. Le même
géographe ne parle évidemment que par ouï-dire, dans les asser-
tions suivantes : «Le langage de Nankin, que les Chinois du Nord
désignent eux-mêmes sous le nom de Ching^yin (1) ou de **pronon-
ciation correcte", est un dialecte du "mandarin" qui se rapproche
de ceux du Tché-kiang représentant, d'après Edkins, les restes
les mieux conservés de l'ancien chinois.»
L'on sait que d'autres sinologues revendiquent ce dernier
privilège pour les dialectes cantonais et Hakkas, L'heure n'est
point encore venue de dirimer la question; en tout cas elle resté
en dehors de notre programme.
Quant à la distribution du "mandarin", en particulier de
celui de Nankin, l'un des plus compétents spécialistes s'exprime
ainsi : «Les quatre idiomes de Pékin, de la Chine centrale (Han-
k'eou), de Yang-tcheou et du Se-tch'oan, couvrent sensiblement le
même territoire que les trois principaux systèmes de Koan-hoa
(langue mandarine] mentionnés par Sir Thomas Wade, dans la
Préface de ses Colloquial Séries, Depuis la rébellion des 7"ai-
p'ing. Nankin a grandement perdu de sa prétention à donner la
vraie prononciation, par la simple raison que son énorme popula-
tion a presque cessé d'exister ; et le modeste nombre de milliers
d'habitants qui occupent maintenant la dixième partie de la super-
ficie de la ville, est en majeure partie composé d'immigrants
illettrés, venus des autres provinces ou districts (2).»
Nous avons déjà répondu à l'ensemble de ces allégations peu
convaincantes. Il nous resterait seulement à représenter au savant
auteur que Nankin n'est ni aussi désert, ni aussi misérablement
habité qu'il l'imagine (3).
(1) C. à d. TcUeng-yn jE B , "pure, vraie prononciation". — «C'est là que les doc-
teurs les plus fameux et les mandarins hors de charge viennent ordinairement s'établir :
les bibliothèques en sont nombreuses, et les livres choisis : l'impression plus belle, les
ouvriers plus habiles, le langage plus pur et l'accent meilleur que nulle part.» V. Le
Comte cité par Pauthier, Chine moderne, 2® partie p. 61. — Decenniat reports p. 309. —
Edkins assure que Nankin reconquiert vite sa réputation de ville lettrée. 140 est le
chiffre fixé pour les admissions aux examens. «The éducation of girls is quite common;
one in ten go to the boy's schools till the thirteenth year of their âge.»
(2) E. H. Parker, article inséré à la fin du III* et dernier volume du Dictionnaire
chinois-anglais de H. A. Giles. — Part III. p. XXVII.
(3) Voir dans le China Mission Handhooh (Chang-hai^ 1896J la réimpression d'une
étude «sur les langages parlés en Chine et la classification des dialectes chinois» par
P. G. Von MoUendorff. L'auteur distingue trois catégories du "mandarin", parlé par 300
millions d'habitants: celui du nord^ celui du centre (avec la variété de Yany-tcheou)y et
celui de VOuest. Parmi les dialeoteSi ceux de Ou se subdivisent pour lui en : oeloi de
INTRODUCTION $ III. 15
Le mot Nari'-king est prononcé par les Nankinois (classe peu
lettrée) à peu près comme les deux substantifs français lin quine,
au lieu de nain quine, qui figureraient la prononciation correcte;
on y confond en effet et pratiquement, par corruption de terroir,
L et N, que l'on amalgame en une consonne complexe iuatn-
kine (1). Le résultat phonétique est quelque chose comme luan-
king ou nian-king ; la syllabe initiale du nom de ville Ngan-k^ing
^ Jjl, sur des lèvres indigènes, fournirait un exemple analogue
de prononciation mixte.
Nan-king veut dire Cour du Sud, comme Pé^king celle du
Nord, et Tong-king celle de l'Est. Au Japon, Nan^king désigne la
Chine ; To-kio est l'équivalent de Tong-king et Kyoto de Cour de
l'Ouest. Ce nom de ;^ ijr fut aussi donné à Lo-yang hien du
Ho-nan, quand, l'an 58 de notre ère, cette ville devint résidence
impériale.
Plus d'une cité du nord de la Chine se para jadis de ce titre
de Nan^king, indiquant une situation relative. Les Tartares Ki-
tan, fondateurs de la dynastie des Liao, qui prirent Yeou-tcheou
(Pékin, des T'ang, 618-907) en 986, le détruisirent et édifièrent
en sa place leur capitale, «qu'ils appelèrent d'abord iVan-feing, Ca-
pitale du Sud, en opposition avec leur autre capitale située au
nord, dans le Liao-tong^n En 1135, les Kin tartares renversèrent
les Liao et vinrent (1151) s'établir dans leur Nankin (2). «Vers
1214, Pien-liang, qui était à peu près où est K'ai-fong fou, capitale
du Ho-nan, s'appelait Nankin ou Cour du Sud (3).» Quelques au-
tres cités s'attribuèrent aussi cette désignation géographique (4).
A la page 30 du tome XII de VHistoire générale de la Chine
du P. de Mailla, figure l'énumération des 17 noms, portés succes-
sivement par Nankin à diverses époques. Cette liste, que l'on
pourrait allonger (et corriger), comprend les noms de nMo-lin,
Kien-yé, Yé^hien (?), Kien-kang, Tan-yang^kiun^ Tsiang-tcheou,
Yang^tcheou, Kiang-ning-kiunj Chin-tcheou, Kin^ling-fou, Kin-^hang
kiun (?), Kien-kang-foUj Kien^hang-lou, Tsié-king-lou, Nan-king
et Yng-ting-fou,» B. Biot en donne les principaux. Dictionn. des
villes de Chine, Paris, 1842. cf. supra p. 1.
Wen-tcheou (1 million), celui de Ning-po (25 millions) et celui de Sou-icheou Chang-hai
(18 millions).
(1) «Presque tous les mots chinois dont le premier son est une l peuvent aussi se
prononcer en n. Ainsi on dit îan ou nan "sud", na ou la "prendre", len ou nen "pouvoir."
Le mot Lolo doit pouvoir aussi se prononcer Nono en certaines régions. En tout cas, les
Chinois n'avaient que ce mot pour rendre le No indigène.» Note de la p. 70. Paul Vialy
"lies Loloa" Études sino-orientales^ Fascicule A.
(2) A. Favier, Pékin^ p. 3. — Cf, aussi : Mémoires concem. les chinois^ II. 153.
(3) Gaubil, Histoire de Gentchiscan^ p. 23.
(4) Lettres de Jersey, vol. XVI, nov. 1897. — "Les notables de Po-tcheou ont aussi
leur Pao-kirif comme ils disent, à l'imitation des Capitales du nord et du sud". Lettre du
P. Perrigaud, S. J. Yng-tcheou fou, juin 1897.
16 APERÇU HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE.
Les amateurs du pittoresque et de la couleur locale le
regretteront peut-être platoniquement : Taspect propre de Nankin,
s^européanise, lentement, mais progressivement. Les mibistres
protestants y ont construit une vingtaine de maisons en style non
chinois, à Texemple de la mission catholique (1). Sous les murailles
mêmes de la ville, fument une douzaine d'audacieuses cheminées
d'usine, au centre de deux îlots industriels ès-mains chinoises (2): la
Poudrerie et T Arsenal (Ph. XX). On débarque (janvier 1897) les chau-
dières et la machinerie anglaise d*un Hôtel des monnaies à installer
au Choei'Si men. L'on discute rétablissement d*un Château-d'eau,
pour distribution urbaine. En ville, vers le nord, on a constitué
une sorte de groupe scolaire, sous la direction de professeurs
étrangers ; il comprend une Ecole Navale (anglaise) Choei-che hio-
t'ang^ ;|Cg$$^; une Académie Militaire (allemande) Lou-chehio-
t'ang ^^^^j^^ et un Institut de langues et sciences européennes,
Tchou'ts'ai hio^Vang ^i^ Sf^ ^, avec un personnel cosmopolite.
Et nous laissons de côté les ouvrages de fortification à l'européen-
ne aussi bien que leur armement composite.
La première section de la ** route pour chevaux" ma-lou, fi-
nie en août 1895, mesure presque 6 milles anglais (9 kil. 1/2 ) du
ponton de débarquement jusqu'à la hauteur du ya-men du Vice-
roi. En octobre 1896, on la continua de ce point à la porte Tong^
tsH men, sur une longueur de 4 kilomètres Ya- Le canal de
Hia-koan est franchi par un pont de bois, à parties centrales
basculantes; il a 80™ de long (240 feet.) Le Fleuve se trouve pour
ainsi dire relié, par une voie carrossable, à la Poudrerie et à
l'Arsenal ; la gare (annexe) du chemin de fer projeté vers Tc/ien-
kiang serait construite hors ville, aux abords du Tong-ts'i men,
ou plus à l'est.
Un examen méthodique, prolongé, minutieux parfois, des lieux
cités, contrôlant les indications des ouvrages européens et indi-
gènes, — ces derniers sur tout, — nous autorise à mettre sous
les yeux du lecteur cet essai aride, compliqué. Très imparfait, il
garde toutefois sa raison d'être par les documents qu'il rapproche,
discute, analyse, met en œuvre et interprète. Nous projetons de
fournir plus tard une suite à ces données d'histoire : elles n'épui-
seront certainement pas la liste des monographies dont le vieux
Nankin et le moderne pourraient être l'objet (3).
(1) Les annonces en anglais se multiplient (surtout près des établissements protes-
tants); v.gr. carpenter, tailor, outfitter, painter, outre le "scientifio dépôt" etc. (juin 1898).
(2) Ohronicle and Dir. 1900 — p. 226 et seq. donne la liste des institutions où sont
employés des Européens. Une station de la Douane y est établie depuis le mois de mai
1899, quoique en droit le port soit ouvert depuis longtemps. Cf. Nankin port-ouvert oH
nous discutons longuement ce point de droit.
(3) A dessein et fréquemment, au cours de notre étude, nous omettrons plusieurs
particularités notables, de toute sorte et de toute nature, les réservant pour divers travaux
subséquents.
CHAPITRE L
AVANT LES TROIS ROYAUMES.
§ I-
TROIS BRAS DU KIANG, — ÉTAT GENERAL DE LA CHINE.—
PREMIÈRES DONNÉES HISTORIQUES.
Plusieurs siècles avant notre ère, alors que le Fleuve Jaune
{Hoang ho ^ J^) et le Fleuve Bleu {Yang^tse hiang ft ^p 2t) con-
fondaient occasionnellement (1) leurs flots limoneux autour du
massif de la presqu'île du Chan-tong et dans les plaines basses
du Kiang-sou, les grandes marées venaient peut-être baigner et
battre les collines de Nankin. Elles portent encore les traces
irrécusables d'érosion profonde, bien que situées à 90 lieues de
l'estuaire unique du Yang^tse. De vastes lacs boueux, des la-
gunes bourbeuses, des canaux naturels sommairement endigués
par endroits, d'immenses marécages, recouverts ou débordants, à
l'époque des hautes eaux, abandonnaient quelques lambeaux de
terre à une population à peine chinoise, très peu dense, du reste.
Elaboration séculaire du delta, affaissement ou soulèvement, ac-
tion neptunienne ou volcanique, atterrissements et érosion, plis-
sements et relevé des anciennes bouches multiples du Yang^tse
dans la région des villes actuelles du bas Kiang-nan, ce sont
problèmes que nous n'oserons qu'effleurer personnellement. Tout
au plus signalerons-nous çà et là le travail évident des agents
naturels, qui sculptèrent et modelèrent le relief actuel du sol
nankinois.
La matière, au surplus, a tenté plus d'un écrivain de mar-
que. L'on peut voir dans l'/fisfoiVe générale de la Chine (T.Lp. 60)
du P. de. Mailla, la «Carte de l'ancienne Chine telle qu'elle est
décrite dans le chapitre Yu-kong du livre canonique Chou-king.»
Cette carte utilise des documents vieux peut-être de plus d'un
(1) Cf. El. Reclus, VII, p. 359 et. seq. Déplacements du flbawg'-^. Avant 18^3, quand
le Hoang-ho se déversait à peu près vers le milieu de la distance qui sépare la péninsule
du Okan-tong de l'estuaire du Yang-tse, une petite coulée s'épanchait de lac en lac vers
ce dernier fleuve.
2
18 CH. I. AYANT LES TROIS ROYAUMES.
siècle avant notre ère. Nankin y fait partie de la Province de
Yang-tcheou (1); rangé sous la domination successive **de princes
tributaires de Ou, de Yué et de Tch'ou", il fut appelé par ces der-
niers "Kin-ling, ou Pays d'or (2)." On a figuré les trois bouches
du Yang-ise : 1**) Celle du nord, Pé kiang :|[j ^ subsistant au-
jourd'hui; — 2®) La bouche médiane, Leou kiang "^ ^1» ^^^^U© au
Wang-p'ou actuel, alimenté par la rivière de Sou-tcheou, débou-
chant à Chang-hai; — 3**) Celle du sud, Song kiang ;^î£, drainant
le bassin secondaire qui déverse ses eaux dans la baie de Hàng-
tcheou,
«Le bras sud se détachait du Fleuve à la hauteur de Tch'e-
tcheou (entre Ou-hou et Ngan-k'ing)^ passait par la préfecture de
Ning-kouo et de Koang-tè, et, après avoir mêlé ses eaux à celles
du lac T^ai'hou, se jetait dans la mer à la hauteur de Hang-tcheou.
Le bras du milieu se formait à Ou-hou, d'où il gagnait, droit vers
l'est, la plaine de Chang-hai qu'il traversait vers l'emplacement
actuel du "Soo-chow creek.'' Enfin le bras nord n'est autre que
le cours actuel du Yang-tse, qui formait de nombreuses îles sur
sa rive gauche.» P. H. Havret, notes sur le Yang-tse kiang, dans les
Annales de Géographie, 15 oct. 1893. — L'auteur a repris cette
étude avec plus d'ampleur dans sa remarquable monographie de
La Province du Ngan-hoei (Var. sin, n° 2).
Ces quelques notions sommaires déterminent suffisamment la
situation respective de la région nankinoise à l'aube de notre ère
chrétienne (3).
(1) Le Yu-Jsong -^ 1^ et le Eul-ya m ^ affirment qu'elle formait un des neuf
Tcheou Jfl clu Grand Yu, pendant la période comprise entre 2357 et 1122. T. deLacouperie
fixe à l'an 1954 le règne du Grand Yu.
(2) Cf. infrà à la date 332 av* J.-C.
(8) Cf. P. A. Colombel, les bouches du Kiang, Fleuve bleu, dans les Missions
Catholiques de 1868, p. 43C.
Ed. Chavannes «Mémoires historiq. de Sema TsHenn T. I. p. 119 à propos des 8
bouohes dn Kiang ^ renvoie à Legge et surtout ù Richtofen {Ohina I. .331). D'après ce
dernier «Le Kiang du nord était le Yang-tse kiang actuel, de Ou-hou à la mer ; le Kiang
central était une branche du Yang-tse kiang qui se détachait à Ou-Ztou, traversait le lac
T^ai hou ^ njS et se jetait dans la mer près de Hang -tcheou fou. Le 3« Kiang était le
Tché kiang i$f iX qui aboutit aussi à la baie de Hang-tcheou foun p. 119.
Comparer aussi ci-contre la carte d'Elisée Reclus, Asie Orientale^ VII. p. 406. "An-
ciennes bouches du Yang-tse kiang," La branche du milieu, ou Kiang central, contourne
le sud d'un îlot montagneux, le territoire nankinois, limité au nord par le Yang-tse actuel.
A rencontre d'une assertion cent fois réfutée et reproduite, les sinologues ne se
lassent guère de redire que Yang-tse kiang ne signifie pas le fils de la mer^ mais "le fleuve
de la Province Yang." Le nom de la ville de Y an g -tcheou fou, h quelques heures au nord
de Tchen-kiangy rappelle sans hyperbole cette dénomination très géographique. La
grande cité se nommait San-k^eou ïH P en 485 av. J.-C. Fou-t clivai 5% 3s, roi de Ow,
l'entoura alors de murs et «y creusa un canal pour faire communiquer le fleuve Hoai
$ I. ÉTAT DE LA GHIMB d'aPRÂS MT DE HARLEZ. 19
Le n® de janvier 1896 de la Revue des questions scientifiques
insérait un article de M^r de Harlez, sous le titre «Les populations
du Sud de la Chine.» (pp. 41-96).
L'auteur soutient, contre l*opinion générale, que les régions
au midi du Yang^tse n'étaient point conquises à la fin de Tère
ancienne, sous les Ts'in ^ et les Han JH (1). Quoi qu'en disent
les Annalistes chinois, leur empire aurait été, au XIIP siècle
même de notre ère, moins grand de moitié qu'aujourd'hui.
Il faut admettre en effet que ceux que nous nommons Chinois
firent longtemps partie de populations indépendantes, dans un
grand nombre des 18 Provinces, et que fort peu d'entre eux des-
cendent des tribus chinoises proprement dites, que l'on suppose
venues du centre de l'Asie (G* d'Orembourg) au XXIIP 8., sur les
bords du Hoang ho, en refoulant les autres tribus, ou eh se les
incorporant par'la violence et la persuasion.
«Au second siècle av. notre ère, dit l'auteur de l'article, la
race chinoise ne s'était étendue au midi du Fleuve Jaune, que
jusqu'au 33® degré de latitude, c. à d. à la moitié de la distance
qui sépare ce fleuve du Yang-tse kiang. Encore le terrain qu'elle
occupait ne lui appartenait-il pas tout eptier. Une grande partie
du Chan-tong et certaines enclaves étaient encore sous la puissan-
ce de tribus barbares.»
«Au delà du 33* degré s'étendaient deux états barbares: celui
de Ts'ou au centre et celui de Ou à l'est, le long de la mer; et'
au-dessous de ce dernier en venait un troisième, portant le nom
de Yuêj lequel, comme les précédents, était peuplé par des tribus
aborigènes.»
Ces trois états n'étaient que vaguement rattachés à la confé-
dération chinoise des Hia, nom que s'attribuait la race immigrante,
présidant à cette confédération.
ayeo le Yang-tae. Cette nouyelle voie devint plus tard le Canal impérial... Cette année-là,
Fou-toh^ai ne faisant pas la guerre, employa ses soldats à ce travail, afin de pouvoir par
eau communiquer avec les régions du nord, c. à d. les pays, à proprement parler, chinois.»
Alb. Tsohepe S. J. op. oit. p. 119.
(1) Terrien de Lacouperie désigne l'an 881 avant J.-C. comme la date du «premier
établissement des demi-chinois de Ts^ou au sud du Yang-tse kiang.» (Western origin..,
p. S81). D'après lui, Moang-H arriva la 15^ année de son règne (2282) de l'ouest sur
le bord du Èoang ho. En 1742, Ki-tan installa ses bandes au N. E, du Bo-nan (Wei).
Vers 680-642, des navires venus de l'Océan indien entrèrent dans la baie de Kiao-tcheou,
A ces dates remontent les établissements de Lang-ya et de Tsi-mOt au Chan-tong; d'autres
arrivages d'hindous ont lieu pendant un ou deux siècles. Ils fondent Tong-yé (Fou-tckeou)
eu 325-310. En 473 av. J.-C, le roi de Yué établit l'emporium de Koei-M aux environs de
la baie de Hang-tcheou ; des trafiquants de la Mer Kouge y affluent par mer, entre 425
et 375. Ning-po est fondé de la même manière en 327 avant notre ère, et dix ans après
arrivent en Chine les premiers émissaires bouddhistes.
20 CH. I. AYANT LBS TROIS ROTAUMBS.
En 206 av.J.-C, les Ts'in, qui avaient établi leur domination
ou suzeraineté sur les trois états barbares méridionaux Tch'^ou^ Ou
(déjà conquis par Yué) et Yué..., furent remplacés par les /fan.
Dans le bouleversement, «les Yué, c.à.d. le Koang-tong et le Fou-
kien recouvrèrent leur indépendance.»
Ou ti, des Han (140-86), aurait, grâce à ses armées nombreu-
ses, totalement soumis ces barbares. Mais «c^est une vanterie des
auteurs chinois. En réalité, Ou ti partagea le Koang-tong entre
différents princes indigènes.» Ces fiefs furent nominalement trans-
formés en provinces de TEmpire. «Ils s'étendaient même fort au
nord car celui de Ngao était au Lin^hoai, c. à d. au Kiang-nan.
Quant au Fou-kien oriental, Ou ti en transporta les habitants au
delà du Kiang,»
Peu à peu y les vrais Chinois s'assimilèrent partiellement ces
peuples, ou les inscrivirent sur la liste de leurs vassaux et tri-
butaires.
M&r de Harlez, qui professe analyser en cela Afa Toan-lin,
conclut en disant que toutes ces causes donnèrent le change sur
«rextension de la domination chinoise sur de vastes étendues de
territoires sur lesquelles elle n'avait aucune puissance.»
On voit dans quel sens, et moyennant quelles restrictions, les
populations du Nankin préhistorique possèdent des titres à ce
qualificatif de Chinois» Les Annamites et les Coréens de nos jours
n'en n'ont pas de moins fondés, sauf aux yeux des citoyens du
Céleste Empire.
Le P. Gaubil, en sa Chronologie chinoise (pp. 30 et 47), men-
tionne brièvement l'origine de notre royaume de Ou, au Kiang-
nan; d'après lui, six siècles avant notre ère, il existait, solidement
établi sur le cours inférieur du Yang-tse, jusqu'au Kiang-si inclu-
sivement. Nabuchodonosor, rappelons-le, dominait alors sur l'autre
extrémité de l'Asie ; la civilisation chinoise faisait modeste figure
auprès de la splendeur de son règne (605-562). Alors aussi les
Phocéens fondèrent leur colonie grecque de Marseille.
Dans le numéro 10 des Variétés sinologiques, le P. Albert
Tschepe 8. J. a refait avec une grande rigueur d'érudition le tableau
du premier et ancien Royaume de Ou (1122-473). Il comprenait,
d'après lui, tout le nord du Tché-kiang, tout le sud du Ngan-hoei,
la moitié nord du Kiang-'Si, et la plus grande partie du Kiang^sou
actuel (1). «Nankin n'existait pas au temps du royaume de Ou,
Cette capitale de Chine date du roi Wei (339-328) du royaume de
Tch^ou, Le fameux TsHn Che hoang-ti jugea la position favorable
pour une ville importante et l'agrandit op. cit. p.XIII. (2).» Asser-
(1) Consulter la Carte annexée à l'ouvrage; elle corrige et complète celle dcR PP. P*é
et Lorando, qui n'étend pas assez vers le sud ce royaume de Ou.
(2) Le même auteur a donné depuis l'histoire du royaume de TsHn ^ qui a
Boumi s tous ses voisins et donné naissance à l'Empire actuel de Chine. — Sous presse à
ia Mission catholique.
s I. LE GRAND YU, 2205. AV. J.-C. 21
tions très admissibles, si l'on définit bien au préalable ce qu'on
entend par le mot de Nankin.
Au demeurant, cette ville ne saurait s'arroger des origines
très reculées, et les annales chinoises ne contredisent pas en cela
les conclusions qui découlent de Texamen géologique de la
contrée (1). L'on sait que les premiers événements connus de la
Chine historique se déroulent sur les chemins qui, de l'ouest,
amènent au Chan-si, puis au Chan-tong, sensiblement à la hauteur
du 36® parallèle. Le bassin du Hoang ho laisse exhumer de temps
à autre quelque nouveau jalon d'une des routes suivies par la
civilisation primitive, en marche vers l'Extrême-Orient, loin des
rives de TEuphrate et de la Chaldée. Les provinces du Ho-nan,
du Chan-si et du Chen-si forment donc le théâtre principal, sinon
exclusif, des très rares particularités certaines, enregistrées avant
le X® siècle.
L'une des premières informations à glaner pour nous dans
les Chroniques du Céleste Empire est celle-ci : Le Grand Yu tra-
versa le Yang^tse kiang, on ne précise pas où, pour se rendre au
lac T'ai hou :|sj jj^, sur la frontière du Tché-kiang et du Kiang-
sou (de Mailla I, 298).
Serait-il venu à proximité du territoire que devait occuper
Nankin ? Sous les Ming^ on grava un beau fac-similé de sa pré-
tendue Inscription, sur 6 stèles érigées dans les dépendances de
la pagode de Si-hia chan, à mi-côte de la colline de ce nom, au
bord du Yang-tse, entre Nankin et Tchen-kiang. Le souvenir du
Grand Yu semble pourtant, en dehors de l'information consignée
plus haut, totalement étranger à l'érection de ces stèles en pareil
endroit, où on les voit encore. Quoi qu'on pense des exagérations
chinoises à son sujet, sa sphère d'action semble n'avoir qu'ex-
ceptionnellement débordé la région, assez restreinte, sise à l'ouest
de Si-ngan fou (2).
(1) Lou-ho •x *& au nord du Yang-tse^ Tan-yang et Li-yang au sud, délimitant
la grande périphérie du pays nankinois, existaient au temps du TcU^oen-ts^ieou (722-481).
Song-kiang date du V* royaume de Ou, comme Ning-Jcouofou et T^ai-pHng fou. Chang-
hai, gros bourg sous les Song (960-1280) devint sous-préfecture au début des Yuen 7C •
{Var.sin. n*'10).
(2) Le P. de Mailla (I p. 58 et seq.) essaie de réfuter les assertions du P. Kao (^
US ,©., Aloys Kao, jésuite chinois 1733-1780. A. Pfister S. J. Biograph. ms. p. 1102) qui
rejette les temps antérieurs à Yao, exagère les difficultés du Yu-hmig, n'admet point
comme réels les travaux attribués au Grand Yu, et conteste l'authenticité de ce chapitre
Yu-kong. Le savant D' Legge a laborieusement discuté ces questions des origines
chinoises; cf. Chinese classics. Livre III. Part I. p. 89. — N. C. D. N. 9 fév. 1898. Article
sur la géographie chinoise. «Son antiquité remonte à Abraham et Moïse par le Yu-kong
{extiskit du Book of History). Keconnue exacte par les explorations de Eichtofen, qui a
très bien su séparer le fond authentique des additioiis légendaires, ajoutées au cours des
âges, même par Mencius, cette ancienne description dénote une ancienne civilisation
22 CH. I. ATAMT LES TA0I8 ROYAUMBS.
Les annales chinoises (cf. le Tableau mis en tète de VHistoire
du P. de Mailla) reconnaissent trois dynasties, dont les dates mé-
ritent quelque créance probable. Ce sont les Hia (2205-1766) —
les Chang (1766-1122) et les Tc/ieou (1122-249). En 1122, Ouw&ng
(nommé Fa) fils aîné de Weii wang et fondateur de ces Tcheou,
«maître de la Chine, la démembra en un grand nombre de prin-
cipautés, dont il dota ses [11] frères et les seigneurs chinois qui
l'avaient aidé à en faire la conquête.» Résultat naturel : ses suc-
cesseurs c(se virent dépouillés de presque tous leurs domaines par
ces princes vassaux devenus indépendants, et enfin ils perdirent
TEmpire.» Enfin, ce qui nous intéresse plus directement, au temps
de cette troisième dynastie des Tc/ieou, qui tolérait tant de vas-
saux (?) sur le territoire de l'Empire, les Ou occupaient la partie
orientale du Kiang^-nan et tenaient leur Cour à Sou^tcheou, De
Mailla nomme, parmi ces rois de Ou, Tcheou-tchang (1122) et
Fou'tch'ai (495) qui régna 23 ans.
Parmi les princes auxquels Tcheou Ou wang partagea l'em-
pire en 1122 av.-J.-C, en les créant princes feudataires, l'on n'en
cite qne deux en ces contrées : le prince de Yué au Fou-kien et au
Tché-'kiang, et le prince de Ou au Kiang-nan,
Mais leur biographie reste aussi indécise que l'histoire géné-
rale à ces époques. Legge rappelle avec raison qu'aucune date
chinoise antérieure à celle de 775 avant notre ère, n'est histori-
quement certaine. Alors, Romulus et Rémus étaient probablement
déjà nés, s'ils vécurent jamais. Et les Pélasges occupaient depuis
12 ou 13 siècles le nord de l'Italie.
Le P. A. Zottoli condense en ces quelques lignes une assez
longue période de la préhistoire chinoise : Pan^keng H j^, 17^
des Chang flg régna 28 ans. Il fit ensuite nommer Yn ^ sa dy-
nastie, et eut pour successeurs ses fils Siao-sm >J^ ?p, puis Siao-i
^]^ 2«- La 26'' année de ce dernier (1327 av. J.-C.) Kou-ftong Tan fou
■& S ® ^» nommé ensuite T'ai wang :fc 3E, se dirigeant vers le
SSE, émigra au mont K'i f^ et donna à sa famille le nom de Tcheou
^, qui est celui de la dynastie suivante. Il avait épousé T'ai
Kiang ^ H qui lui donna trois fils. Les aînés T'ai-pé ^ f^ et
Tchong-yong (i^ ^, sachant que leur père leur préférait leur frère
KUlié ^ Jg «s'exilèrent volontairement, et se rendirent chez les
peuples barbares du sud. Là, coupant leur chevelure, et se défi-
gurant pour dissimuler leur origine illustre, ils fondèrent le ro-
yaume de Nan-king, vers l'an 1260 avant Jésus-Christ.» (Cursus
litt. sin, vol. II. p. 7. Synopsis historica).
qui a peu changé, mais le récit est très incomplet. Le Tu-kong n'a été bien compris que
de nos jours ; cf. El. Beclus, p. 250 (qui suit Richtofen). Carte du Yu-kong. Item cf. carte
du Yu-hong dans de Mailla. Nous espérons traiter plus à fond ces questions dans un
travail en préparation.
i I. TEMPS ttlSTOniQUBS. 800-500 AV. J.-C. 23
Nous ne pouvons compter que sur ces faibles lueurs pour
nous guider dans ces ténèbres des origines nankinoises.
Si nous abordons les temps historiques, après un bond de
plusieurs siècles de nuit noire, nous trouvons que l'hiver de 896
av. J.-O. fut si rigoureux, qu'à la suite d'une grosse grêle, le Yang-
tse gela (1).
En 827, Siuen wang ^ 3Eî ^^^^ de Li wang f^ ^, envoie
des troupes réprimer les incursions des peuplades établies au sud
du grand Pleuve, on ne saurait dire en quelle région exacte. Dans
la période popularisée parConfucius sous le nom de Tch'oen-ts'ieou
S it (-722-481), Yé tch'eng ]^ ^, le Tch'ao-t'ien kong ^^ ^
actuel, au sud et à 500 mètres de la Mission Catholique, aurait
existé comme fonderie et manufacture d'armes. En effet, le belli-
queux roi de Ou ^, Fou-tch'ai ^ ^, régnant au pays de Sou-
tcheou jg^ >H»|, devait entretenir aussi des arsenaux dans la région
nankinoise, spécialement au confluent dç la rivière du sud (la
Ts'in hoai ^ fH) avec le Yang-tse hiang, c. à d. sur quelqu'une
des buttes de Nankin (2).
Cette Yé tch'eng^ ou Ville de fonderie, est marquée sous les
Han (— 206 + 190) comme une antiquité des Ou. Le ruisseau qui
passe auprès de l'Hôpital de la Mission Méthodiste, pourrait mar-
quer la trace de l'ancien cours d'eau, descendant du lac Heou-
hou, et contournant la Butte de la fonderie pour rejoindre la Ts'in
hoai, près de son confluent primitif avec le Yang-tse^ au sud-est
du Han-si men.
En 569 av. J.-C.^ disent les Chroniques, Yng^tsi ^^ fameux
général du royaume de Tch'ou ^, vainquit les troupes du royau-
me de Ou ^, près de Heng-chan ^ [Jj (maintenant la colline
Hong chan ^ \l\) au sud-ouest de Nankin.
Afin de projeter quelques rayons de lumière parmi ces origi-
nes nébuleuses et les développements successifs de Nankin, nous
avons recours aux explications arides, mais inappréciables, qui
accompagnent les cartes d'un ouvrage chinois peu connu. Sa valeur
documentaire, vraiment hors ligne, n'a point échappé à tous les
sinologues européens; M. Henri Cordier s'exprimait ainsi à son
sujet : «Ni la Bibliothèque Nationale, ni le British Muséum ne
renferme d'exemplaire du Kin-ling kou^kin t^ou^k^ao, ouvrage cité
(1) Le P. Jean Paul-Louis Collas (1735-1781) a fait paraître dans les Mémoires
concernant les Chinois T. XI, 1-34; Chroniq. météorologiq. de Kiang-ning fou (Nankin)
de l'an 190 av. J.-C. jusqu'en 1667.
(2) Cf. Le Boyaunie de Ou^ p. 76 et seq. On y lit d'intéressants détails, à peu près
inédits, sur le roi Ho-liu (.513-494) qui en 513 av. J.-C. bâtit la ville de Sou-tclieou et en
fit la capitale du Royaume de Ou. Elle était antérieurement à Mei-li à 18 kil. au sud-est
de Ou-si. Ce roi nomma Fou-tch^ai (494-472) son successeur au trône. Nous renvoyons
spécialement au §. I" : «Lutte de Fou-tch^ai contre les rois de Yué et de TsH.ï) Il est
enterré à 30 li N. 0. de Sou-tcheou; une pagode, où on lui sacrifie, marque l'emplacement
présumé de son tombeau.
24 GH. I. AYANT LBS TROIS ROTAUMES.
par Wylie *• Notes on chinese literature'* p. 48, qui contient une
série de 16 (sic) plans de la ville et de la banlieue de Nankin, de-
puis Tan 1.000 av. J.-C, jusqu'à Tépoque des Afing, et qui a été
publié en 1516. Nous aurions reproduit un de ces anciens plans.»
(Odoric de Pordenone),
Plus heureux, il nous est donné de reproduire (légèrement
réduits ou émondés sur les bords) ces 16 ou plutôt 17 plans,
d'aspect informe, de proportions défectueuses, au fur et à mesure
de nos résumés historiques. Ils serviront à illustrer les phases
importantes des vicissitudes de Nankin (1). Quant à l'exactitude
topographique de ces pièces, elle est celle des travaux chinois de
ce genre : qu'on s'imagine un enfant tenant en main une carte
imprimée sur une membrane de caoutchouc, et la déformant à
son gré, au hasard de son caprice !
Les légendes explicatives annexées à ces cartes, les observa-
tions que nous y ajoutons, enfin et surtout notre Plan du Nankin
Actuel, permettront d'introduire dans ce chaos géographique un
peu de l'ordre qu'il comporte, rarement hélas, avec la précision
rigoureuse, si désirable en matière historique.
§11.
Carte xvïï — Voici ce que nous glanons dans les explications
qui servent de * 'légende" à cette carte au temps du Tc/i'oen-te'ieou
(722-481).
A. A cette époque, la région était occupée 1®) par le royaume
de Ou, 2®) par le royaume de Tch^ou, 3®) par le royaume de Yué.
Kin^ling (Nankin) était encore à naître. Yé tch'eng existait seule
au sud-est de Che-reou tch^eng. L'endroit nommé Tch'aO't^ienkong
serait celui que la tradition désigne comme l'emplacement de la
fabrique d'armes de Fou-tch'ai ^ H, roi de Ou (2) (495-473).
B. Au sud du Kiang-ning fou, à environ 120 H (un H = 644"
40° soit 705 yards 24) entre les deux sous-préfectures actuelles de
Li'Choei et de Li^yang, se trouvait Kou tch^eng @ JjJ (au 8.E. de
Ts'ing-'long chan), fondée aussi par les rois de Ou, et appelée
anciennement Lat-fchou hien \^ ^ J||.
(1) ^ K o ^ H * réédité dans le 1» volume des annales de Nankin,
Kiang-nng fou tche.
(2) Bemarquer que la carte, qui prudemment s'abstient de ûgurer aucun cours
d'eau, étend le lit du Yang-tse jusqu'à la rive droite du canal qui borde aujourd'hui la
muraille à l'ouest.
S"::^^^^
$ il. CARTE xvn — tch'okn-ts'ieou. 25
C. La 4® année de Tcheou King wang J^:p:î» le roi Tch'ou
Lin v^a,ng ^ f| ]J vainquit l'armée du royaume de Ou et détruisit
Kou tch'eng. Alors le roi de Ou transforma Lai-tchou hien en
Ling-p'ing hien |^ Zp ^, au sud du Li-yang hien actuel. "Cette
ville avait 7 li de tour. Après une nouvelle victoire du royaume
de Tch'ou, son nom fut changé en celui de P'ing-ling hien,
D. Ensuite Ou Yuen ^ p, général du roi OuHo-liu P^^ atta-
qua le royaume de Tcheou et brûla Kou tch'eng, à jamais disparue.
E. — 472 avant J.-C. — La 4® année de Yuen wang yt ï des
Tcheou^ KeoU'tsien ^ {^ du royaume de Yué, grâce aux conseils
et aux efforts de son général Fan Li Jg; £, vainquit le royaume
de Ou^ puis établit sa domination sur les rives du Kiang et de la
Hoai (1). Ce même roi bâtit une ville de 2 li et 80 pou (2) au
village actuel de Tch^ang^kan ^ ^, situé en dehors de la porte
du sud Tsiu-pao men (plus connue sous le nom de Nan men), à
l'endroit appelé aujourd'hui Yuè-Vai j^ ^, C'est Torigine de la
ville de Nankin.
F. — 333 av. J.-C. — La 36® année de Tcheou Hien v^ang
^ S 3E) ^^^ Wang J^ 3£, roi de Yué, reconquit le territoire du
royaume de Ou ; il campa auprès de la colline Che-Veou chan
(TsHng^liang chan), pour commander le YangAse, et par lui TOcéan
(à la hauteur de ses embouchures). Il y fonda KinAing i ^ ^ g<,
appelé ensuite Che-t'eou tch'eng. Aussi, trouverait-on peut-être
aujourd'hui des souvenirs de l'ancienne cité entre le Hansi men
et l'fong men. L'auteur a en vue la partie vallonnée et boisée
que longent les remparts actuels (entre les deux portes mentionnées)
suivant les bords orientaux de la Ts'in hoai ^ fH, canalisée jus-
qu'aux rives du Yang-tse.
Dans le tableau inséré en tête du tome III de Y Histoire,,, du
P. de Mailla, figure le précis de l'aAnarchie ou division de la
Chine après la dynastie impériale des Ts'in;» c. à d. que sous
Eul'Che hoang~ti, le successeur du grand empereur TsHn Che
hoang-ti, on vit «les différentes provinces de la Chine se détacher
de l'obéissance de ce Prince, élire des rois particuliers, et faire
revivre les anciens noms de Tchao, de TsH, de Yuen, de Wei, de
Han, etc.. L'an 206 av. J.-C, la Chine se trouve ainsi partagée
en 20 royaumes, dont 3 grands et 17 petits.»
Sur la liste détaillée qui suit, je relève :
«I. Royaume de Tchou. L'an 209 (av. J.-C.) Tching-ching, envoyé
par l'eunuque Tchao^kao pour apaiser une sédition dans le Kiang^
(1) Le Bd Et. Williams (5« article) dit que les Yué (537 à 334 a. c.) dont la capitale
est au Tclié-kiang^ entourèrent d'un mur Ma-ling hien (site de l'Arsenal) ayant 2 li et 8
pas de tour.
(2) Un jpow est un "pas" et équivaut à 1™ 79^- (5 pieds : le pied compté à 0"*,358.
La brasse marine = 1» 62). Cette ville aurait donc mesuré un peu plus de 1.400™; moins
d'un kilomètre et demi.
26 Gtt. I. AVANT LB8 TROIS ROTAUMBd.
naUj donna le signal de la révolte et prit, sous le titre de Yn^ouang
la qualité de Roi de Tchou, royaume situé dans le Hou-kouang.»
«IV. Royaume Lin^liang : Fondé Tan 206 av. J.-C. par Kong"
ngaOj dont la Cour était à Kiang-ling, dans le lîoxi-houang .m
«V. Royaume Kieou-'kiang ou //oai-nan,... fondé aussi en
206 av. J.-O. Cour à Lou^ territoire de Fong^yang fou,n Cette
dernière ville est au nord de Nankin, dont on ne fait pas mention
à cette époque; les événements saillants se produisaient autour
de SUngan fou, et d'après les vieilles relations, le sort des ba-
tailles se décidait à grand renfort de charriots, rarement employés,
semble-t-il, sur les rives méridionales du Yang-tse kiang (1).
L*an 210 avant notre ère, ^s'inC/ie /îoarifji-fi ||[i^^^(2), le
destructeur du particularisme chinois et de son système féodal, le
monarque autocrate, une sorte de Louis XI asiatique, par cer-
tains côtés, dut passer en vue de Hia^hoan, lorsqu'il se rendit, par
Tan-yang Â* ^î du Hou-hoang JSfl JJ au Tché-kiang ^ (£, puis au
Chan-tong |lj^. En cours d'inspection des provinces méridionales
de son Empire, dont le siège était à Tch'ang^ngan -g ^ (SUngan
fou 1S ^ M)^ il allait visiter le tombeau de l'Empereur Choen ^
et celui du grand Vu ^, enterrés depuis 20 siècles (3). Son voyage
vers l'est le menait à l'ancienne ville de Koei-ki ^ H, peut-être
le ChaO'hing ^ S^ actuel, ou Hang^tcheou ^ jUj, tous deux au
Tché'kiang (4).
Les chroniques de Nankin veulent même qu'il ait fait creu-
ser la terre, dans les collines entourant Tchong chan |S \li (Tse-
kin chan ^ ^ [Ij), en 222, pour dégager **rair impérial", proba-
blement pour donner essor à des effluves imaginaires, intéressant
la prospérité de son règne. Ces travaux seraient l'origine présu-
mée du Canal appelé Ts'in hoai ^fH, devenu de bonne heure
nankinois, dans une portion notable de son cours.
En 208, disent encore les Chroniques, Nankin était soumis
à Hiang^yu ]^ j^. Quelques documents, saus autorité suffisante,
ont également prétendu que des bonzes étaient venus des Indes
auprès de Ts^in Che hoang^ti. Au reste, ils ne nomment point
Nankin dans leur hypothétique itinéraire.
L'an 202 av. J.-C. une bataille se livre, dans ces régions
nankinoises, entre Koan-yng {|| ||, général de Lieou-pang ^\ ^
(bientôt empereur sous le nom de Kao hoang-ti îS ^ ^) , comman-
dant alors les troupes du royaume de Han ^, et son compétiteur
Hiang-yu (aliàs Pa wang ^2), qui, défait, se tue non loin de là.
Le théâtre de la lutte est ainsi désigné par le P. de Mailla :
(1) Cf. Boyamne de Ou... Var. sin. n^ 10 p. 115. Les chroniques parlent de chefs
et monarques pouvant équiper 600 et 800 chars de guerre, au Chan-tong et au nord du
Kiang-sou quatre ou cinq siècles avant notre ère.
(2) Vide "Royaume de Ts'in'' du P. Albert Tschepe, chap. 9, an 210.
(3) Cf. de Mailla, II, p. 403.
(4) Royaume de TsHn ibid., note sur Koei-ki.
I lié DEUXIÈME SIÈCLE AV. J.-G. 27
«A la montagne Sé-hoei chan, à 70 li au S. 0. de Kiang-pou
hien de Kiang^ning fou, autrement Nankin (1).»
Une cinquantaine d'années après (l'an 154 av. J.-C), le prince
du premier royaume de Ou (siège à Yang-tcheou) se révolte,
sans succès, contre les Han occidentaux (2) : en réalité, ces Han,
ces soi-disant empereurs par décret des historiens officiels, ne
pouvaient guère produire de meilleurs titres que leurs *' vassaux",
au rang suprême, à l'hégémonie politique. En quoi ces princes
de Ou et leurs collègues se trouvaient-ils inférieurs à leur suze-
rain? En nombre, en puissance, en culture, en ressources finan-
cières, commerciales ou militaires? Il serait téméraire de l'affir-
mer. Leur civilisation, au sens modeî*ne du mot, et toute question
de droit mise à part, les autorisait à convoiter, aussi justement
que d'autres, les honneurs de la suzeraineté au Céleste Empire.
Qu'on veuille bien considérer pourtant qu'à cette date, no-
tamment en 137 av. J.-C, les Yuè ^ du Koang^tong ^ ^ et du
Tché'hiang n'étaient encore que virtuellement incorporés à la fé-
dération chinoise. Mais 45 ans plus tard, les Han les soumettent,
passent le Pleuve Bleu au Kiang-si ou plus haut; son delta, avec
sa triple embouchure plus extravasée qu'aujourd'hui, leur inter-
disait probablement de tenter ce passage au voisinage immédiat
de la mer.
En résumé, d'après les Chroniques ou Annales de Nankin,
que nous annoterons à l'occasion, l'on distinguait, sur le sol ac-
tuel de cette ville et de sa banlieue (3) :
« T'ai tch^eng ^^^i assise au nord du Chang^yuen hien J^
7C JH ('4)î sur des collines bordant le Hoa-lin ^ ;^, Parc impérial,
à côté du grand lac heou hou ^ jjjg, encore existant, C'est le pays
approximativement occupé aujourd'hui par le Pé-hi ho i^ jjg^^ et
la pagode Ki-ming se |^ ^§ ^. Tout auprès, le mur moderne, au
point où il se détache du vieux mur monumental pour se diriger
vers Chen-tch'é men jjhj ^ P^, est percé d'une poterne en plein
cintre (aujourd'hui condamnée), dénommée encore, en souvenir
du passé, T'aiAch'eng men $ ;^ P^ Porte de T'ai tch'eng l^).y)
(1) De Mailla, II, p. 482, note 3.
(2) Ibid. p. 671, note.
(3) Cf. carte Vi7.
(4) La viUe de Nankin est partagée administrativement en deux districts ou sous-
préfectures : Kiang-ning hien iH ^ y^ et Chang-yuen hien Jl 7C JÇ|- ^^ canal de la
TsHn-hoai ^^ i^ en forme la séparation.
(5) D'après le Pé-hia-souô-yen H HF 3^ B publié la 25 « année de Tao-hoang^
U petite porte murée au nord du Ki-ming se est à la place de la porte Wan-tch*oen men
hÏ ^ r 1 de T*ai tch^eng. Le tronçon de mur, et celui entre Ki-ming se et Fou-tcheou
chan serait l'ancien mur de T^ai'tch^eng (sous les 1"" Song^ et sous les Lou-tchao). Sous
les Yuen^ il était probablement en ruines, et Hong-ou l'aurait réparé et utilisé. V. infra
oh. IX § III.
28 GH. I. AVANT LES TROIS ROYAUMES.
Cette ville, devenue Mo-ling |$ S|, fut ruinée sous le règne
de Suen-ou ^ ^ (222-280). En 317 ap. J.-C, sous les Si Tsin
H 9 et les Tong Tsin ]^ ^f , Tsin de TO. et de TE., elle fut re-
faite et élargie (1). Là s'ouvrait jadis le Pé-i men 4fc IK P^« ^*
''porte nord du palais'' (ffoa lin Ip :^, le ''Parc lmpériar\ était
au N.O.) construite en 465 de notre ère, sous Song Wen ti ^ ifC
^, sur la colline King-yang ^ |^ (probablement Pé'ki ko lui-
même); Siuen^yang men S % P^ ®^ Tchou^tsio men^-^ p^ étaient
deux autres portes du parc, et des pavillons les ornaient (2).
Non loin de là existaient deux petites villes ou bourgs : C/ie-
t'eou tch'eng ^0| jd[ à l'ouest et Tong^fou tch'eng 'ffijff^ sl l'est.
D'après le Kien^k'ang tche'^^ ^ on rapporte que le prince de
Koei'ki ^ H nommé Se-ma rao-(,se ^ JH ^ -^ aimait à se pro-
mener aux environs de- Tong^fou ^ jj^. Gomme aujourd'hui, la
rivière canalisée ou régularisée, la Ts'in hoai, affluent méridional
du Yang^tse, longeait Che-t'eou tch'eng. Sous les Lou-tchao ;f; ]gg
l'ennemi venu du sud aurait eu d'abord à attaquer les deux villes
sus nommées, puis T'ai tch'eng, la première exposée, au contraire,
si l'armée assaillante arrivait de Tchen^kiang, à l'E.N.E., par les
deux routes actuelles de Yao-fang men et K'i-ling men (portes de
la grande Ceinture) contournant le mont Tsiang (Tchong chan ou
Tse-hin chan, M^ S* Michel).
C/ie-reou tch'eng^ à l'ouest du Chang^yuen hien. On l'appelle
vulgairement Koei-lien tch'eng j^ iSt jfjft (ville à la face diabolique).
Elle marque l'extrémité de la muraille ancienne, due au roi de Ou
Suen-k'iuen^ ^ */|| la 17* année de son règne (238 ap. J.-C.) Le
Kiangen défendait les approches, ajoutant à la force de ses remparts
et de sa position. La ville représente l'antique Mo^ling-tche, ainsi
nommée par Ts'in Che Hoang-ti, avant la dynastie antérieure des
(1) Plus loin nous reviendrons à loisir sur ces données. Jadis on désignait la Cour
impériale par le caractère T^ai jBt I cl'oû le nom de T'ai tch^eng J2 ^Sk réservé à cette
ville sous les Lou-tchao /\ ^, les "six dynasties successives", Suen-ou ^ ^, Tong
T^n yg, #, Song ^, TaH H, Liang ^6, Tch'en R, Soei t^.
(2) Jusque sous les Song, le mur extérieur de T'ai tch*eng était percé de huit
portes : Ta-ae-ma y^^^ (ou Ma7i-i) au sud ; — Pé-i ^ }Jt i<>^ Koang-ino Jf ^) au
nord; — Tong-i ]% f^ à l'est; — Si-i "B ÎK â. l'ouest. Sous Song Wen-ti 9^^^^
au noid de Tong-i et de Sl-i, on ajouta Vi^an-tch^oen ^ ^, et TaHen-taHeou ^ ^i
aliàs PHng-tch'a7ig ^ Q. Sous Liang Ou ti^^*^ (511 ap. J.-C), aux deux côtés
de Ta-ae-tna, on ouvrit les deux portes de Tonghoa ]^ |p à l'est, et de Si-hoa W ^
à l'ouest.
Le mur intérieur, enfermant le palais, comprenait cinq autres portes : Au sud,
Toan j^ et Tch^ang-ho BQ W» ouverte sous Song Wenti; — Ta^ing-ming ^ ^
au S.E.; — Yong-long à l'est; — Cken-ou ]|lf ^ à l'ouest. Il paraît que l'on rencontrait
deux portes encore, sur la route, sans murs, au-delà de l'enceinte extérieure : Au sud,
Siuen-yang J^ xSii ¥^ Tchou-taio 7^ "^ plus loin. Siuen-yang devait être au Lou-
fei hiang actuel, à l'ouest de Tu-ming-fang.
s III. CARTE 5^-TSIN, 249-206. 29
Han. Au temps du Tch'oen-ts'ieoUj \e regulo Tch'ou, qui avait
établi cette bourgade fortifiée (oppidum), la nommait Kin-ling,
Elle s'étendait au sud jusqu'à l'endroit où la Ts'in hoai entrait
dans le Yang~tse dont par conséquent elle dominait la rive. L'his-
toire mentionne souvent que le grand fleuve vint inonder les
parties basses de cette ville et ronger les assises rougeâtres de
là forteresse. La plaine toute d'alluvion et submersible de Kiang"
long men reste immergée, les cartes en font foi, pendant encore
les longues années qui suivent.
Tong-fou tch'engy^}^^^ qui avec Che-t^eoutch'eng protégeait
les abords de T'ai tch'eng, devait se trouver vers le Tong-tsi men
actuel, et avait été bâtie sous les Tong Tsin, la première année
de Ngan ti, 414 ap. J.-C.
Yé tch*^eng }^ ^ était un autre bourg (dans le Chang-yuen
hierij à l'ouest), construit par Ou Suen-k'iuen (222-251) pour servir
de fabrique d'armes. On le place communément vers le Tchao-
Vien kong. C'était, sous les Lou^tchao (6 dynasties), une annexe ou
dépendance de Che-t'eou tch'èng ; car, dans la suite, cette dernière
ville est mentionnée, et le nom de Yé tch'eng n'est pas même
prononcé.
Yuè teh'eng j^jj^ (aliàs Fan-li tch'eng f^^JS) ^" ^^^^ d"
Kiang-ning hien, entre le Ta-tch^ang-kan-li ^ -ft ^ H à l'est de
Yé tch'eng, et le Siao-tch'ang-kan-li à l'ouest. Les uns disent que
Yué tch'eng aurait existé sur le futur emplacement du Pao^ngen
sSj rnonastère célèbre par la ''Tour de porcelaine", où est aujour-
d'hui le Kiang-ning hien-tch^eng, a l'endroit appelé Yué^Vai. Ce
bourg remonte au moins au IP siècle av. J.-C, car Fan Li, qui
lui donna son nom, était le général de Keou-tsien, prince de Yué,
pour lequel il combattit la principauté de Ou, dont il triompha en
473 av. J.-C. Le dernier prince de Ou se nommait Fou-tch'ai,
Carte xviî "~ J'emprunte les détails suivants à la Glose accom-
pagnant le croquis géographique de la sous-préfecture Mo-ling
^ 1^ sous la dynastie Tsin (249-206).
A. — 222 av. J.-C. — La 25® année de son règne, l'empereur
Tsin Che Hoang-ti, après la ruine du royaume de Tch'ou, parta-
gea l'empire en 36 Kiun jp. Chacune de ces divisions (marche
ou circuit?), plus grande qu'une préfecture actuelle, moindre qu'u-
ne province, était administrée par un préfet, Cheou-wei-kien ^
1^^. Kin-ling dépendit de Tchang kiun ^^^ et son ancien nom
de Kin-ling i (porté sous les Tch'ou), fut changé en Mo-ling
hien (1).
(1) La ville de Mo-ling aurait été à 60 li (38 kil.) sud-est du Nankin d'aujourd'hui,
auprès du canal Mo-ling p^ ou ^ très probablement, comme ce nom semble l'indiquer, au
village actuel de Mo-ling tchen.
30 GH. I. AYANT LES TROIS ROYAUMES.
B. — 210 av. J.-C. — Ts'in Che Hoang^ti, la 27» annëe de son
règne, passant à gué le canal Kiang^cheng p'ou jï f|f ^i pour
entrer dans le Kiang-cheng hien (1), visita le territoire de OufKiang"
sou) et le pays de Koei^ki ^ T(§(Tché'hiang). Il statua que, depuis
le Kiang^cheng p'ou, jusqu'à la sous-préfecture Kiang-cheng hien,
la région dépendrait de Tchang kiun (2).
C. — L'Empereur sur la parole des devins affirmant que ces
collines ^ \l} retenaient sous leur masse 'Tatr impérial", y fit
creuser de longues et profondes tranchées pour le mettre en liberté.
Telle est l'origine du canal appelé plus tard Ts'in Hoai (3).
§ III
Carte xvn — Glose du croquis géographique sous la dynastie
des //an (— 206-f 25) — Nankin s'appelait alors Tan-yang hiun.
A. — Vers 20 ap. J.-O. — Le premier empereur de la dyna-
tie (5*) des Han, ayant renversé celle des TsHn |^, partagea le
Kiang-^nan (c. à d. les territoires du bas Yang^tse) entre ses trois
généraux : a) Han^sin $Ç fl^ devint roi de Tch'ou; b) Lieeu^hia
gl] K, roi de King; c) Lieou^hi |[lj \§^ de Ou. Ces territoires for-
maient des principautés d'une certaine étendue.
(1) Kiang-cheng (d'après les Kien-h^ang telle 9^ j^ î^, annales de la capitale de
la dynastie des Tong tain) devait se trouver à 17 U (11 kil.) au N. 0. de la ville actuelle.
Les annales de Nan Siu tcheou ffl ^ /H BB s'expriment ainsi : «Il existe un canaj
à 2 7i à l'est de la présente sous-préfecture ; il part de Clie-t^eou, (colline de pierre, ou
TsHng-liang chan) et verse ses eaux à l'est dans le Yang-tse kiang. Un certain Siu-ich^eng
W WL des Ou ^ «"construisit une enceinte allant de Che-t^eou à Kiang-cheng" Cette
dernière ville doit donc ôtre au N. E. de Che-Veou et au S. O. de Mo-fou chan. Or,
d'après la Carte ~i-j elle était au sud-est de la butte de Hia-koan.
(2) On ignore le site précis de la ville Tchang kiun. Les uns la placent auprès de
Che-t^eou tch'eng ; l'histoire assure qu'elle était à l'ouest de Ou-hing kiun. Eu fait, Kin^
ling constituait la partie occidentale de Ou-hing kiun.
(3) Ce canal, qui draine le pays de Li-choeij coule à l'Ouest de la colline Fang chan,
passe au Ohang-fang men, arrive à Nankin au Tong-tsi men, baigne les pieds de la butte
de TsHng-liang chan^ et se décharge à Hia-koa?i dans le Yang-tse kiang.
Notons que la carte ^^^i ®^^ ^* première qui porte cette rivière canalisée. Elle fi-
gurera désormais sur les 15 cartes subséquentes ; ses rives, de plus en plus sinueuses, se
meubleront progressivement d'indications précieuses pour l'histoire et la géographie.
«L'empereur Ta' m Che hoang-ti fit creuser le canal Kiu-ho qui allait de Tcheng-kiang
k Ta7i-yang, "puis à la porte , ouest [de Tc¥ang-tcheou fou ; c'est maintenant le canal
impérial.» Var. sin. 10; p. 1G4.
§ III. CARTE 5^1 - HAN, - 206 + 25. 31
B. — La 2« année de Yuen-cheou yt W (121 av. J.-C.) le
nom de Tchang kiun, donné à Nankin par les Ts'in, fut changé
en Tan^yang kiun. Cette ville dépendait de la préfecture de Yang^
tcheou, située à 2 Zi de là, au S.E. de la TsHn hoai (1).
C. — La 3« année de Kien-ngan ^ ^ (208 ap. J.-C.), Suen^
kHuen Jg ;g| (Général qui devait s'introniser roi, lors de la division
connue sous le nom des Trois Royaumes San^kouo), administrait
la préfecture de Tan-yang kiun. Peu affectionné pour la ville de
Wan'Ung (Nankin), il transféra de nouveau le siège de la préfec-
ture à Mo^ling, qui devint ensuite Kien-yé, Tan-yang kiun se
trouvait au sud de la TsHn hoai; Touvrage Ou-yun ki ^^^ la
place à un H seulement à l'est du pont Tchang^lo k'iao ^^1^.
Ce pont se nomme aujourd'hui Ou-ting k'iao ^^1^- Au sud-est
dé ce pont, bien connu des nankinois. Ton trouve encore une
agglomération de familles appelée Tchang-lo hiang. Aussi la ville
de Tan-yang kiun s'étendait de chaque côté des murailles actuelles
à l'est (2). Elle mesurait 70.000 meou (arpents) (3) de superficie.
On n'y comptait que 3 portes : celles de l'est, du sud et du nord (4).
Le siège de la préfecture, sous les Han reste indéterminé: Il fut
tantôt à Cheou'tch'oen ^^, à Kiu-o ft P^, à Li~yang (5), et plu-
sieurs fois à Kien-yé, appelé précédemment Mo-lîng (6).
En dehors de ces particularités de topographie locale, les
Chroniques sont fort avares de renseigiiements. Elles signalent
pourtant que l'année 189 fut très sèche et les eaux du Yang-tse
particulièrement basses. Par contre, il déborda pendant les étés
de 184 et 180.
L'an 153, révolte de Pié î|l roi de Ou ^ J; son armée vain-
cue se réfugia à Tan-yang -^ ^ (Nankin) et occupa la ville de
Yué tch'eng îH M-
(1) D'autres documents prétendent que le nom de Tan-yang kiun date de 109,
Yuen-cheoUj nien-hao de Iliao-ou H des Han. Kien-ngan^ nien-hao de Han Hien H.
La ville elle-même de Tan-yang/grésià&it à 17 sous-préfectures dont 7 se nommaient
Mo-ling, Hoîi-chou TlSB Sî> Yong-pHng T^C ^^ Kiang-cheng flC ^, Kiu-yong, Li-yang.
Elles avaient fait partie de la préfecture précédente Tchang kiun. La dynastie des Tong
Haw changea le nom de Tan-yang (Nankin) en celui de Wan-ling ^ ^.
En 105, on installa un haut mandarin, portant le titre de Che-san-pou tch^e-che "f*
^ W W S£ 6* Tan-yang hiun se joignit avec la ville de Yang-tclieoii.
(2) Vers l'Arsenal et la Poudrerie, à l'angle S. S.E. de la ville actuelle.
(3) L'arpent chinois vaut ordinairement 360 pou (pas) = 429™ 60, ou 470 yards 16.
Cf. Var. sin. n° 11. La Propriété en CJmie.
(4) La porte ouest se développait sans doute le long du canal, bien que la carte l'en
sépare.
(5) L'ancienne Kou tch^eng, dépendant de la sous-préfecture actuelle de Li-choei,
Kiang-cheng est l'ancienne Kiang-cheng des Ts'm; même remarque à faire pour le Kiu-
yong moderne.
(6) La ville de Hou-chou est à 60 li S. E. de Nankin. Au nord de la Ts^in hoai l'on
voit encore le village de Hou-chou tchen flSfl ^ ^, reste probable de l'ancienne ville.
Celle de Yong-pHng est à 15 ï^, au sud du Li-yang d'aujourd'hui.
32 GH. I. AVANT LB8 TROIS ROTAUMBS.
Plusieurs princes (an 128) se partagèrent le pays de Nankin,
* mais leurs royaumes finirent avec eux. L'année 27 de notre ère,
l'illustre général (assez inconnu aujourd'hui), Tsi-nou Tsiang-kiun
H^HlSi nommé Fou-tetun jg ||, s'empara de Yang^tcheou jftiKi,
notre Nankin.
En 193, OU'king ^ jK le prit pour le compte de Ynen-chou
^ ta^ après avoir tué le préfet Tcheou Hin )Q Q/f ; il fut chassé
lui-même, l'année suivante, par Lieou Yeou 9J S^* Mais, avec l'aide
de Suen Tch'e ^, jg, Ou-hing ^ ^ reconquit (193) le Kiang-piao
ÛI ^1 c. à d. le Kiang-nan. Deux ans après, la famine fut telle
dans le pays qu'on s'y nourrit de chair humaine.
On a lu plus haut que sous Han Ou H (140-86 avant J.-C.)
la population peu considérable des Tong^yué (du Fou-kien et du
Tché-kiang) avait été transportée en masse entre le Yang-tse et le
Hoang ho, région presque déserte, submergée en partie alors et
submersible en maint endroit aujourd'hui encore. Mais les Yué
devaient plus tard secouer le joug des Han, sous le 25* et dernier
empereur, le faible Hien H (190-220) (1).
L'an 140 de notre ère (de Mailla, IIL p. 7) un sage vieillard
reprocha à Han Ou H de n'avoir pas encore déterminé la couleur
de sa dynastie. Pourtant, «c'était par là qu'il fallait commencer!»
Je ne sais si l'on pourrait dresser la liste successive des couleurs
caractérisant chacune de 25 dynasties officielles. Voici des traces
plus reculées de cet usage (2) : Tseou-yen, originaire du royaume
de TsH, nommé président du tribunal d'astronomie par l'Empereur
TsHn Che hoang-ti (an 221 av. J.-C.) désirant mettre cette science
en honneur, opéra diverses réformes. Entre autres, il fixa le début
de l'année à la lune précédant le solstice d'hiver. «Il détermina
(ce président), que la couleur noire serait celle de la maison impé-
riale des TsHn ; que les habits et les bonnets de ceux qui servi-
raient l'empereur, que les drapeaux (3), les étendards, et enfin
tout ce qui avait rapport à la famille impériale, seraient de la
même couleur; l'ordre en fut publié dans tout l'Empire.» (De Mailla
IL 394) (4).
(1) Cf. p. Zottoli, II, préf. p. 16.
(2) Les Mémoires concernant les Chinois (III, p. 235) relatent au long ce choix
officiel d'une couleur caractéristique à la cour de T^sin Che hoang. Ils racontent ensuite
avec de minutieux détails comment cet empereur affectionna le nombre 6. «On composa,
par ses ordres, une espèce d'arithmétique sextile. Le nombre 6 est un de ceux que les
astrologues assignent à Mercure, qui est la planète de l'eau,» c. ù. d. celle des Koa ou •
trigrammes, celle aussi de Fou-hi ; T^sin Che hoang prit Veau pour emblème, comme les
Tcheou avaient pris le feu, "Or, l'eau éteint le feu," et il avait étouffé les Tcheou pour
les remplacer sur le Trône. Eoyaume de TsHn, Var. sin. en préparation.
(3) Cf. E. H. Parker, Chitia review, 1886-87, vol. XV, pp. 52. 253.
(4) uTch^eng-Vang jR W» 10® génération après Hoangr-^i ^ ^, monte sur le trône
à 87 ans et fonde la dynastie Chang |$ qui dura 644 ans (1766*1122) et fournit 28 empereurs.
$ III. FIN DES HAN, 221 AP. J.-C. 33
Stèle des Han à LUchoei ^^ ^ datée de 181 ap. J.-C. trouvée
en 1143 par le vice-sous-préfet Yu Tchong-yuen % ^^ ^ dans le
IsiC Kou'tch'eng hou M ^M situé à 60 li au sud de Li-choei.
Cette Stèle est conservée dans le temple de Confucius' de
Li'Choei à gauche de la grande porte : c'est la plus ancienne des
stèles existant au Kiang-nan, En 1333, le maître des lettrés jjf Sf^
;f|^, nommé Chan Hi H j@, fît graver une simplification des carac-
tères des Han ^ ^ sur une autre stèle qu'il plaça près du mo-
nument original.
Le texte en caractères anciens est un éloge du sous-préfet de
LUyang ^Jl ^ nommé P'an K'ien JH ^, au bas de la stèle, on lit
les noms des officiers de P'anK'ien, et probablement ce sont eux
qui ont élevé ce monument pour publier les vertus de leur sous-
préfet (Ph. XXI).
Notons ici que la plupart des anciennes stèles ont un trou à
leur partie supérieure, soit au-dessous du titre de la stèle, soit
au milieu de ce titre, soit à droite, soit à gauche. La remarque
est très générale et se vérifie surtout des pierres tombales.
Ce qu'on entend abusivement par l'Empire chinois se trouva
partagé à cette époque en trois fragments, que les Chroniques
caractérisent par le nom des Trois royaumes, San Kouo, moins
illustrés bien sûr par l'histoire que par la légende. On les com-
parait aux trois pieds {San-fen ting-che H ^tW ll^) d'un Hiang-'loUj
trépied ou brûle-parfums (1). Telle notre Gaule mérovingienne
distribuée en Neustrie, Bourgogne, Austrasie ou Aquitaine.
Rappelons en efïet qu'à la mort de Tong Tcho ^^, ministre
tyrannique (assassiné par Liu Pou) de Hiao-hien ti, dernier empe-
reur de la dynastie (V®) des Han, trois princes ou Grands plus en
vue, aspiraient au souverain pouvoir. Voici leurs noms :
a) LieouPei^] ^, dont nous parlons plus bas, et qui devint
TchaO'lié ti, premier des Han postérieurs.
b) Ts'ao rs'ao"^ J|,fort puissant, mort avant d'avoir pu asseoir
sa domination définitive, et par conséquent, usurpateur. Il com-
prima la révolte des Bonnets jaunes. Son fils rs'ao P^ei 1^ ^,
renversant Hiao-hien ti, mit fin à cette dynastie des Han,
c) Suen K'iuen, illustré par ses luttes contre la rébellion de
ces mêmes Bonnets Jaunes.
Sa capitale était h Po^, aujourd'htii au Ho-nan. Pour couleur elle prit le blanc; la
dynastie précédente 5» 439 ans (2205-1760) avait choisi le noir ; la suivante, celle des
Tcheou ^, 873 ans (1122-249) s'arrêta au rouge.n (Zottoli, Cursus, vol. II, p. 6).
D'autres fondateurs suivirent cet usage dynastique d'adopter une sorte de livrée
pour leur maison.
(1) Cf. Var. sinolog. n° 8, Allmions littér. par le P. C. Pétillon, p. 102.
3
84 GH. 1. AtAlxT L8§ TROIS ROTAÙMBl.
ljesHanpOêtMêur8(Heou //anJ8*ftppellent aussi ChouHAn%{l).
Ils gouvernaient le premier de ces Trois royaumes. Comme les
événements de cette phase prennent une Importance majeure pour
Nankin, qui inaugure vraiment son rôle de capitale en devenant
alors le siège du Royaume de Ou (le 2*), nous exposerons sommai*
rement Thistolre de cette période célèbre (2). Elle est loin d'être
oubliée à jamais. Des gens de la région nankinoise, de simples
paysans, se réclament encore parfois de cette époque, se rengor-
geant pour dire, non sans fierté : «Nous autres, nous sommes
descendants du Royaume de Ou!»
fSi Ilan (Y» dyn. — 206 + 25) ; cour à Tch'ang-ngan.
Tovg Han (V« dyn. 25-221); cour à Lo-yang.
. Chou Han (VI« dyn. 221-265) ; cour à Lo-yang de nouveau.
«Ce nom de Chou Hatij dit G rosier, leur vient des provinces Pa et CJiou^ les seules que
ces princes possédèrent.» Moins puissants alors que les Wei (du 2* Royaume) et que les
Ou (3* Royaume) réputés usui-pateurs, ces Han passent aux yeux des Chinois pour
souverains légitimes, et constituent pour eux la VII» dynastie. Jadis la province de Pa
s'appelait Y-tcheoUy avec Tchen-tou comme capitale, au Se-ich^oan. Celle de Chou
s'appelait Liang-tcheou^ capitale Hang-tchong fou, au Chen-ai. Le î*. Zottoli ne fait
qu'une dynastie, la V«, des Si et Tong Han. Nous adoptons sa chronologie.
(2) EUe est surtout popularisée par le joli roman historique, le San-lcouo tche si
justement en vogue parmi d'innombrables lecteurs chinois. Ce roman, assimilable à
certalneë Ûctîons de Walter Scott, et publié au XIII» S. par Lo Koan-îchong, met en
scène des héros tels que le nohle. Lieou Pei, Koan Yu le lettré-soldat devenu dieu de la
Guerre, Tchang Fei l'hercule buveur, Tohou-kouo Liang aui éblouissantes prouesses, aux
flti^tagômes si admirés. Le Cursus litteratUrœ sinicœ (vol. I) du P. Zottoli renferme
quelques extraits de l'ouvrage. U existe un excellent commentaire de ce roman^ dû â
Tchen Cheng-i^arii critique de l'époque des J^ing. Une des plus tolérables gamineries
qu'on lui attribue est celle-ci : il enleva Un jour d'un Temple de Confucius l'image du
Philosophe et lui substitua celle du dieu des richesses, assurant qu'en fait tel était le
dieu révéré par les lettrés. Il paya de sa vie ce forfait.^C/. N. C. Daily NewSj 21 avril 94.
Lecture du R^ Hawks Pott tl la Soc. asiatiq.
A Rome, Alexandre Sévère succède à Héliogabale.
CHAPITRE IL
LES TROIS ROYAUMES SIMULTANÉS ET LES TSIN §.
§ I.
ÉTABLISSEMENT DES TROIS ROYAUMES.
Le V^ Royaume, dit des Han postérieurs (Heou Han ou Chou
Han) eut deux empereurs en 44 ans (221-265) : Tchao-lié ti (ou
Tchao-liéwang) et Heou tit Ils passent pour légitimes. Tchao-lié ti,
auparavant Lieou Pei, le fondateur, descendait de Kin ti, 4® em-
pereur de. la dynastie précédente, Han-tchao, Il fixa sa cour à
Tch'eng-tou j^ :^, capitale du Se-tch^oan. La noble ville a installé
son Kong yuen (Local des examens littéraires), dans l'ancien palais
impérial, souvent remanié, de cette époque (1).
Le IP Royaume, dit Wei-tch'ao, dura 46 ans et commença
en 221 (2). Il eut 4 empereurs, ou bien 5 en comprenant le
fondateur Ts'ao Ts'ao [S), mandarin de Lo-yang (Ho-nan) qui était
parvenu au titre de Wang J, ou Prince vassal. Il combattit Lieou
Pei, fondateur du P^ Royaume, et Suen K'iuen^ dont il est ques-
tion plus bas. Par ses talents militaires, Ts'ao Ts'ao retarda de
30 ans la chute définitive de la dynastie des Han; connu sous le
nom de Wei yK>ang, Prince de Wei, il mourut en 220. Mais il sem-
bla se survivre en son fils Ts'ao P^ei, qui, renversant Hiao-hien ti,
dernier des Han, et usurpant le trône, donna le nom de Wei à sa
dynastie, dont la cour resta kLo-yang. Par une fiction historique,
on cote illégitimes les souverains de ce royaume.
Le IIP Royaume, ou (second) Royaume de Ou, dura 59 ans,
à dater de 222. Ce royaume nankinois compta 4 empereurs : Ta
ti, 222-252; — Fei ti, 252-258; — King ti, 258-264; — Wei ti,
264-280 (4).
(1) Entre les années 220 et 227 ap.J.-C, "Les Wei de Lo-yang envoyèrent chercher
à Nankin des noix de muscade," na-totc-kou ou yu-iou-kou. Gf. Terrien de Lacouperie,
Western origin... p. 370 ( |^ :^ ou 1^ Jl ^)'
(2) Wells Williams dit : 220 à 264. D'autres écrivent : de 220 à 250 environ.
(3) Chinese Eecorder, nov. 1886 p. 401 et 441. "il. Sketch of the Life and Times of
Ts'ao Ts'aoy A. D. 100 to 220 by Kev. D. Z. Sheffield. p. 404." '^Ts'ao Ta'ao naquit à 8iu-
tcheoUf nord du Tché-kiang : Son père Ts^ao Song était fils adoptif d'un eunuque célèbre
Ts^ao T^etig" cf. de Mailla.
(4) Cet empereur porta huit "titres de règne" différents. En voir la liste dans de
Mailla (T. XIII), qui expose l'origine et la raison de cet usage en vigueur depuis 19 siècles.
Wen ti l'inaugura en 163 avant notre ère.
36 GH. II. LES TROIS ROTAUMBS BT LBS T8IN.
Les limites de chacun de ces 3 royaumes demeurent partielle-
ment incertaines. D'après E. Rocher (Lsl Province du Yun^nan,
p. 156] les Ou étendaient leur autorité sur les Provinces duKiang-
60U, du Tché'hiang, du Hou-koang et du Kiang-si.
Les Wei gouvernaient le Chan^tong, le Tche-li et le Chen-si.
Enfin les HeouHan régnaient (plus légitimement, dit-on, que leurs
compétiteurs de Ou et de Wei), sur le C/ian-si et le pays de
l'tcheou, comprenant le Se-tch'oan, le Koei-tcheou, le Yu7i^nan,
avec une partie du Laos (1).
Homme de guerre habile et administrateur consommé, Tchou-
ko Liang ^ J/^ ^, ou Tchou K^ong-ming J{^ ^, plus simplement
Tchou Sien-cheng (181-234), fut le meilleur conseiller et général
deLteou Pei qui, grâce à lui, s'établit souverain des Chou H an, à
Tch'eng-tou, dans le Se-tch'oan. Il combattit le royaume de Guet
celui des Wei, ceux-ci défendus par le Général Se-ma / ^ JUSSi son
principal adversaire. K'ong-ming (2) fit plusieurs découvertes en
matériel, armements ou tactique militaires. On lui fait honneur
des machines (automates?) nommées "Mou-nieou t'ié-ma ^f; 4^ |K
JS|/' "bœufs de bois et chevaux de fer (3)." Né au Hou-pé et
enterré près de Ou^tchang yuen (4) au Se-tch'oan, il est canonisé
sous le titre de Ou-heou ||Ç |^, le marquis belliqueux, martial,
guerrier.» Il a depuis 1880 une petite pagode (5) dans Nankin,
au bas de Ts'ing-liang chan, auprès du Siao-si hou; une pierre
indique l'endroit précis où il serait descendu de cheval.
(1) Cf. Zottoli II, préf. p. IG. Voir aussi la carte dixième de l'ouvrage autographié.
Historical Atlas of the Chinese Empire, par E. L. Oxenham du Service Consulaire
Anglais; Changhai, Kelly, 1888. — Nous nous bornerons à la présente référence aux 22
cartes de cet Atlas qui forme un bref Compendiuni d'histoire chinoise. Elles seraient
toutefois insufl&santes pour la monographie que nous essayons.
(2) Cf. Notes and queries on China and Japan, vol. III, p. 36 et 37. «Le tombeau de
K^ong-ming.n — «Mémoires Conc. les Chinois,» III, pp. 98 à 104. — Mesn'ys Chinese Mis-
cellany, vol. I, p. 118; — et les diverses indications de la Bihliotheca sinica d'H. Cordier,
col. 253 et 285. — p. 50, le Fé-king de M' Favier le représente sur son charriot. Au sud de
Tchao-tclwu (Yun-nan), Pon voit une colonne de fer, élevée à sa mémoire. (Cf. E. Rocher
op. cit. p. 159). Il avait été précepteur de Tchao-lié ti (+ 221), premier des Heou Han, et
Heou ti, son fils, l'avait nommé Gouverneur du pays de Y-tcheou.
A Se-ma I revient l'honneur d'avoir réuni les Trois Royaumes en un seul. Il
mourut en 251. Son petit-fils Tsin Oïl ti fonda la dynastie des Tsin.
(3) La légende lui attribue aussi l'invention du baguenaudier. Il aurait laissé ce
hochet à sa femme pour l'occuper en son absence, lors de ses expéditions belliqueuses.
(4) D'après le ?!| fÇ :S M. M "ÉC R ^ W Tchou-ko Liang est- enterré à
Ting-kiun chan dans le ^ W^^,{^^ ^ Chen-si). Le héros avait désiré être
enterré au Se-tch'oan, d'où est venue l'erreur du P. Gaillard. [Note de l'éditeur].
(6) Tchou-ma yen §J ^ flg, pagode de bonzesses, près de Siao-si hou. Dans
l'intérieur de la pagode, se trouve le ^ ^ |£ 1^ fl^l "temple du marquis belliqueux
Tchou-ko'' — Il descendit de cheval (Tchou-ma) au coin marqué par une pierre — Il con-
seilla à Ou Tati de choisir Nankin pour capitale, à cause de sa situation, du honfong-choei
etc..
{ I. ROYAUME DE OU, SUEN K'IUEN. 37
PETITE STÈLE DANS LE TEMPLE
DE TCHOU-KO LIANG k NANKIN PRÈS DE L'ÉTANG SIAO-SI HOU.
La stèle date de 1881, le 16 de la 12® lune : elle donne le
motif pour lequel Sié Wei-nong ^ ^ jS natif de Ts^uen-tsiao
hien ^ ^ ^ (au Ngan-hoei), alors (1881) maître des lettrés au
Tsuen-king chou-yuen ^ ^ ^t^ "^ K, bâtit ce temple. Il avait
son habitation près du Siao-si hou >J^ W ïîM î ^^ lui dit un jour
que la colline située devant cet étang avait nom Tchou^ma pou
ijÈ »§l ife (colline de la descente de cheval), parce que Tchou-koLiang,
d'après la tradition, y était descendu de cheval. Très zélé pour
honorer les anciens saints de sa religion, Sié Wei-nong ordonna
d'y bâtir un temple à Tchou-ko Liang, malgré l'incertitude de
l'arrivée historique de ce personnage à Nankin (vers 222-257). En
effet, disait-il, les vertus et la fidélité de Tchou~ko Liang envers
son prince méritent bien qu'on lui offre partout des sacrifices, à
plus forte raison, à Nankin où il est peut-être venu. Han Pi-yuen
H 5B3 ;jC' Tan-t'ou hien ^ ;g j^, composa donc les chants de
réception et d'adieu adressés à l'esprit de Tchou-ko Liang, ainsi
que le récit de la construction du temple, et les écrivit sur cette
stèle (Ph. XXII).
Par ordre de T'sao Ts'ao "^ ^, et aidé de son frère Swen Tch'é
M f^^ 1® général Suen KHuen ^ >^, avait (198), au profit du
royaume de Ou, pacifié la province de Nankin. Avec le concours
de Tcheou Yu jg J^, il s'empara du pays de Kiang-tong "est du
Kiang:'' Vainqueur de ses deux rivaux de gloire, Tchang Fei Jg ^
et Xoan Fu ^ ^ (cf. infra), ces braves mais infortunés généraux
de l'empereur Heou ti (second des Han postérieurs), il se fit élire
roi (équivalemment empereur) et vint de Ou-tch'ang (Hou~Koang)
à Yng-t'ien fou ^JD^.^sl ville de Nankin, assignant à sa dynastie
le nom, désormais célèbre, de Ou (1).
Il ne faut pas l'oublier : en 221, le potentat du royaume de
Wei n'avait reconnu à Suen KHuen (le futur Ta ti) que le titre
de Ou heou ''marquis de Ou.'' Le même suzerain de Wei lui
conféra l'année suivante, par un décret solennel, celui de roi
(en fait, prince) de Ou, Ou wang ^3^» t^*^® ^"^ ^^* étendu, comme
généralisé, en 229, le titulaire s'affranchissant lui-même, et se-
couant toute relation de vassalité. Son frère aine Suen Tc^'é ^^,
avait été massacré par un des domestiques de la famille Hiu Kong
1^^ (200), quand il recueillit sa succession politique. En 211,
il avait transporté sa modeste capitale à notre Mo-ling et, pour la
(1) «During the time of the Three. Kingdoms, about A. D. 250, the old Kingdom of
Wu formed a part of the new Kingdom of Wu founded by Sun-kuen whose capital was
at Nanking » Notes on the history of Sop-chow, by Eev. P. Parker, Chin. Eecorder. 1885,
vol XrV. p. 259.
38 GH. II. LBi TROIS ROYAUMES 89 LES TÈIN.
protéger, il rebâtit la forteresse de Che^t'eou ich'eng (213). Après
avoir nommé Suen Yun ^, ;^ (le fils de SuenKiao ^, ^), marquis
de Tan-yang (Nankin, 220), il établit à Ou-tch'ang, du Hou-pè ^
:[[j, le siège de sa domination, trop restreinte à son gré. En par-
tant, il désignait Liu Fan g ^ pour gouverner, en son nom,
Mo'ling 5^f^,ou Nankin, devenu Kien-yé ^||. Ce ne fut qu'en
229 (9* lune) que, se déclarant roi dans toute la compréhension
du terme, il délaissa Owtch^ang ^ ^, ©t revint fixer à Nankin
sa vraie capitale.
En 223, Siu Cheng ^ ^^ général des Wei, avait menacé
cette ville, en remontant le Yang-tse, Les officiers des Ou avaient
aisément mis en déroute ces troupes, prises de panique, grâce à
dMngénieux stratagèmes. Mais les Wei reprenant Toffensive en234,
le nouveau souverain dut marcher personnellement contre eux,
pour les réduire. Il avait confié à son fils Suen Teng ^, ^ la défense
de Nankin. Ce jeune prince mourut en 241 ; on l'enterra d'abord à
Kiu-yong 'gj §, puis on apporta son cercueil au Tsiang ling ^ |^^,
près de la colline Tchong chan ^ ^Ij, sépulture de l'Impératrice
Pou fou-jçn ip -^ A décédée trois ans avant lui. Le Général Ma
Meou ^ ^ tenta d'assassiner Suen K'iuen (245), et fut mis à mort.
Les numismates spécialistes savent qu'en236on coula àNankin
de grandes sapèques valant cinq cents petites, et deux ans après,
de plus grandes encore, en valant mille. Un décret impérial les
supprima toutes, l'an 246. Cf. sapèques n^s 37, 38, 39, 40, 41 , 42, 43.
Une comète avait apparu à la 10® lune de 236. Des vers à
soie sauvages élaborèrent, au début de l'été 231, des cocons delà
grosseur d'un œuf!
En fait de travaux hydrauliques, nous relevons ceux-ci : le
grand censeur Hi Kien %^ j^ creusa (240) le canal Yun-tou jgî^,
qui baigne au sud le Tch^ao-t'ien kong et se décharge dans la
TsHn hoai hors ville, un peu au sud de la porte Han-si men r^
Puis on entreprit la Ts'ing-k'i ^ ^ autre canal qui traverse
aussi le Nankin actuel, à l'est.
Enfin le mandarin Tch'en Hiun ^ ^ fut envoyé à l'automne
de 245, au sud de Fang chan ')j ^Ij, pour y endiguer le cours
supérieur de la Ts'in hoai, attribuée à Ts^în Che hoangAî, On
aurait encore aujourd'hui un urgent besoin de leurs services pour
y réparer ces digues!
Aux premiers jours de 247 l'on commença la construction du
palais nommé T'ai-tch'ou kong >(cU^ terminé l'année suivante.
Pour un bonze d'occident appelé K'ang Seng-hoei ^j^'^on avait
en même temps élevé la pagode Kien-tch'ou se ^^ %. Ce rensei-
gnement prend une valeur appréciable, si l'on considère que là
est Torigine du monastère bouddhique de Pao-ngen se ^ ]§, ^,
dans l'enceinte duquel surgira plus tard la Tour de porcelaine, si
renommée dans l'univers. Du reste le peuple chinois faisait preu-
f I, ROTAunR DS OU. 222^280. 3Ô
ve dès lors de faon éclectisme légendaire en fait de toWrance reli-
gieuse: la même année vit bâtir la pagode Tong^yuen hoàn^yti^
à Fàttg chan "jf ll(, desservie ou niême fondée par le taoïste Ko
Yuen ^ Tg. Des historiens voient même dans ces travaux les pre*
mières traces certaines de l'introduction des pagodes au Kiang-
nan. Nous pouvons au moins en déduire que le pays de Nankin
jouissait d'une certaine prospérité, puisqu^l trouvait assez d'argent
pour ce coûteux superflu.
L'empereur Ou Ta ti tomba malade au retour d'un sacrifice
qu'il présida dans le temple du Ciel, au sud de sa capitale, à la
fin de 251. Il mourut 4 ou 5 mois après. Son fils 8uen Liang ^
^ lui succéda sous le nom de Liang 7^. Le défunt fut enterré au
Tsiang ling j^ |^ sur les pentes du Tchong chan.
L'automne de 258 fut particulièrement humide, bien que les
pluies fussent rares. L'Empereur entreprit de dégrader, puis
d'exécuter, son Premier ministre Suen Lin ^j^; mais ce dernier
le détrôna et lui réserva le titre de Koei^ki v^ang '^ ^ ï-
L'histoire le connaît sous le nom de Feiti^^, ''empereur
détrôné". L'on jnanda Suen Hieou ^ {t^c, appelé prince Lang-yê
Wang ^P SfIS ï, et oit le couronna à la 12® lune de cette année.
Lors d'une audience générale aux mandarins, King ^i ^ ^ le
nouvel empereur fit mettre à mort le ministre Suen Lin ^ j^.
Un incendie ruina alors Chemt^eou tch^êng; la mention du
désastre prouve l'importance relative de la forteresse à cette date
de 263,
King ti -^ ^ mourut un an après et fut enterré au Ting ling
^ Ig. Le premier ministre Tchang Pou 5R ^ suggéra à Tchou
Vai'-heou ^ ^ j§^, l'impératrice-mère, d'introniser Suen Hao ^ ÔS
(fils de Suen //o ^ t^, l'aîné des enfants du défunt et mort lui
aussi), au détriment de Suen Tan ^ ;g, son oncle, héritier légi-
time. Elle eut à se repentir d'avoir trempé dans cette intrigue :
l'empereur, élu en vertu de ce passe-droit, la fît périr dans son
parc (été de 265).
Le royal meurtrier transporta incontinent sa capitale à Ou-
tch'ang |gÇ g (Hou-pé) confiant sa Cour de Kien-yé à la garde de
Ting Kou "y @ et de Tchou-ko TsHng. Ils repoussèrent (266) les
attaques du marquis Yong-ngan heou ^ ^ Ê| {Suen KHen ^ ^)
en révolte. L'empereur se hâta de revenir à Nankin. Il y bâtit le
palais Tchao-yang kong B8 ^'^ et le temple funéraire de son père
Suen Ho ^ %. L'an 270, il emmenait à Lo-yang f^ ^ (Ho-nan)
sa mère et ses femmes, quand une tempête de neige les contraignit
de rebrousser chemin.
A cette époque (276), on dressa à Yen chan ^ |Jj (Tsing^^
ming se ^ ^ ^), une stèle (1) pour transmettre à la postérité les
(1) Stèle des Ou en tbois pièces (276). En 1091, Hou Taong-che flS ^ 6$
mandarin chargé du transport des provisions de l'empereur H IS Su W ZË W^SIS)
40- GH. I. LB8 TROIS ROYAUMES ET LES TSIN.
faits glorieux du Royaume de Ou. La dernière édition des chro-
niques affirme que cette inscription, remisée dans la pagode de
Confucius, disparut lors de l'insurrection T'ai-p'ingf ^ 3^ 1853-
1864 (Ph. XXIII).
Nous exposerons plus loin dans quelle tourmente sombra ce
royaume nankinois de Ou. Divisé en cinq provinces, il occupait
une partie considérable de la Chine, moins étendue alors vers le
Sud, et succomba après une durée de 59 ans. Les Tsin (265), qui
allaient réunir tout TEmpire sous leur obéissance, mettaieut fin à
l'existence des Trois Royaumes,
Si la dynastie des Ou se maintint plus longtemps que ses
deux rivales, elle le dut, a-t-on dit, à ce que Nankin, * ^fortifié
par l'art et par la nature," résista plus efficacement aux Tsin §.
Le tableau, mis en tète du IIP volume de de Mailla distribue
ainsi nos Ou nankinois (nous respectons sa romanisation) :
222. Ta ti (règne 30 ans), général Suen K'iuen^ qui combat-
tit les Bonnets Jaunes pour le compte des H an. Reconnu prince
de Ou, par l'empereur Ouen ti (fils de Ts^ao Ts'ao) des Wei, usur-
pa le titre d'empereur.
252. Hoei-ki ouang (son fils Suen Liang) règne 7 ans. Déposé
par Suen Lin, qui met Kin ti en sa place.
258. Kin ti (Suen Hiou) règne 7 ans aussi.
264. Ou Tcheng-heou (Suen Hao) règne 17 ans. Se soumet
au fondateur des Tsin. partagés en Tsin j Strux"%ni"dyna" tfe'.
visitant la pagode THen-hi se ^ tS ^ (depuis Pao-ngen se fffi i@» ^ ruinée) située
au sud de la ville de Nankin, trouva par hasard ces trois morceaux de pierre à moitié
enfouis sous terre. Heureux d'avoir découvert un trésor, il fit transporter la stèle dans le
jardin de son tribunal (actuellement tribunal du préfet de Kiang-ning) et la plaça dans le
kiosque nommé Cheou-ae tHng fS SS* ^•
En 1322 elle fut transportée dans le temple de Confucius ( Jl JlL jl|^ sp) par
Yang I f^ Jib- Vers 1543 on la déplaça de nouveau pour la loger dans une bibliothèque
à côté du temple de Confucius j^ fj ^. À l'été de 1805 un incendie la fit disparaître ;
mais en 1816 on fit au même lieu un fac-similé d'après un ancien estampage. La copie
que nous donnons date-t-elle d'avant ou d'après l'incendie ? Nous n'osons le décider :
nous savons seulement que depuis l'invasion des Tch^ang-niaoy môme cette seconde stèle
n'est plus trouvable. On remarquera les anciens caractères écrits par Hoang Siang ^ ^
dont la calligraphie est digne d'ôtre connue et conservée.
D'après le "Tong-li tsV de ''Yaiig Che-kH des Mmg >^ i "^ iK M 46»
en 275 on avertit l'empereur Suen Hao des Ou ^ jt T^ Bo qu'on avait trouvé, en
fouillant la terre, un morceau d'argent portant d'anciens caractères, etc.. L'empereur
ordonna immédiatement d'appeler l'année suivante (276) l'année du Sceau céleste ^ S«
C'est à cette occasion qu'on éleva notre stèle à Yen chan jjg lU (25 li au sud de Nankin)
en mémoire du sceau argenté. Cinq ans après (en 280, 3« lune) Suen Hao fut amené captif
à Ho-nanfou par Wang Siun ï ^^ général de Tsin Ou ti (265-290).
On appeUe cette stèle i^^SiffiÇ^ï^ou^^^jp^^î^.
Voir aux pièces justificatives la traduction et l'explication du texte.
YI Ts'in hoai hors de Choei-si men.
VII Yang-tse. Camp de Kiang-tong men.
^.' . ffl'ff
VIII Camp devant le tribunal du Vice-roi.
r
X Pé-ki-ko. Observatoire.
5 I- ^OAN YU ou KOAN OU-TI. 41
Plus haut, nous avons nommé incidemment Tchang Fei Çg ^
et Koan Yu ^ Jf^ qu'eut à combattre le fondateur des Ou ^
avant de se frayer un chemin vers le trône. Il n'est point hors de
propos de leur réserver quelques lignes dans une histoire des
temps héroïques de Nankin.
Koan Yun-tch'ang M9^ (Koan Vu ^ ^, Koan Fou-tse ^
^ ^, Koan Ou-ti S||8i ^ , Koan kong |g ^) (1), originaire du C/ian-
sij se lia en 184 d'un pacte fraternel et guerrier avec deux autres
patriotes, LieouPei glj ^ et Tchang Fei 5^ 5^, d'humble condition
tous deux et devenus ses compagnons d'armes contre l'usurpateur
Ts'ao Ts'ao "^ ||. Lieou Pei ^i] fl| monta sur le trône des Han
postérieurs, et lui, Koan Fu, pris enfin par un général des Ou de
Nankin, fut décapité (2). Type légendaire d'astuce, de bravoure (3)
(1) Mk' Favier, Péking, p. 26. "Statue de Kouan-iju^ dieu de la Guerre;" porcelaine,
coUect. Grandidier.
(2) A 42 ans, sous Hieii tij par ordre de Suen Kien ^ S, le futur empereur Ta ti.
Cf. de Mailla IV, 77.
(3) Bu Halde, "Description de la Chine", III p. 80: «Il reste encore des traces de la
Religion de la Croix: et c'est une tradition ancienne que cette figure a la vertu d'empêcher
les maléfices. Le fameux Koan Yim-tch^ang^ qui vivait au com.mencement du second
siècle, connaissait certainement Jésus-Christ, comme en font foi les monumicnts écrits de
sa main et gravés ensuite sur des pierres. On en a tiré des copies qui sont répandues de
tous cotés, mais qu'il est impossible d'expliquer si l'on n'est pas chrétien, parce que Koan
Yun-tch^ang y parle de la naisance du Sauveur dans une grotte.... de sa mort, de sa
Résurrection, de son Ascension.»
Malgré de longues et minutieuses recherches dans toutes les publications relatives
à Koan YUj il nous a été impossible de trouver trace de ces vestiges chrétiens. Nous
donnons à la première page de ce volume (Ph. I) le "Sceau de Koa7i Yu'" trouvé en 1490
à Yang-tcheou, en creusant un canal. On lit sur ce sceau 6 caractères : Han Cheou-tHng
heou tche yn g| "^ '^ ^ Z^ (sceau du Marquis Cheou-tHng du royaume de Han).
De fait nous lisons dans les Chroniques de Chou ^ Jjy que Koan Yu après avoir
battu et tué Yen Liang gH <R> ^^* investi par Ts^ao Ts^ao ^ ■j^ au titre de Marquis de
Cheou-tHng ^ & ^ Wi ^ ^ '^ ^- Ce sceau a été conservé dans une pagode
de Koa7i Yu près Si hou W W (Hang-tcheou). L'empereur KHen-long l'a vu en 1751,
et le monarque ordonna qu'on le gardât dans la même pagode. Voir ^ jS ^ "W
12® kiuen p. 3. Nous citons ici les paroles de l'Empereur :Wn|flSS^%]|l9
Jl ï W ^ iR ^- L'estampage que nous donnons est un fac-similé du dit sceau conservé
à Si hou, avec inscription de Ou Kong-tch'en -^ ^ ^ que nous avons résumée ci-déssus.
Il est entouré de dragons etc. probablement par faveur impériale. En bas, image de Koan
Yu (une des meilleures que nous trouvons dans nos archives).
Bambous peints pab Koan Yu (Ph. XXIV). La stèle se trouve à Song-hiang
fô ÎX /n dans la pagode de Koan ti sur le mur du coin S. E. à l'intérieur de la grande
porte. C'est Wangl-jen 3E §ë C <l^i fi* graver cette stèle en 1728, d'après un estampage
pris à Pékin dans la pagode de Koanfou-tse, près de la porte Tcheng-yang men. Wang I-jen
3E 36 tl *^ moment où il faisait graver ces bambous portait encore les titres de grand
4£ CH. II. LBS TROI« ilOTAUMB0 BT US TSIN.
et de fidélité, réalisation conorèto de Tidéal chinois de vertu guer-
rière, Tchong-hoei hong j^ jK &i '*le loyal Duc" canonisé par
Hoei t6ong A ^ (1101-1126) des Song^ exalté par différents empe-
reurs, fut finalement divinisé (1594), apothéose, dit de Mailla, par
Chen tsong jj/tf ^ des Ming, comme dieu de la Guérite, On honore
ce Mars chinois (1) à l'instar de Confuciuêj qui toutefois n*a pas
enoore obtenu oes gloires sacrilègement divines de Tapothéose.
Sa pagode, le Koan^ti miào H $ J||, porte le nom ofiiciel de
Ou^cheng w"aogÇj6ji|, 'Hemple du sage guerrier.'* ^'Wen-^cheng
^i^o ^ ft Jift," temple du sage lettré, est l'expression réservée à
celle de Confucius, ^*le premier Maître", le maître par excellence.
Le vocable collectif Wen-Ou miao indique les deux.
L'expression similaire Wen Ou euMi, '*les deux empereurs
Wen et Ou/* associe Wen^tch^ang ^ ^ (2), le **dieu des lettres."
et Ou'ti, notre **dieu des armes." Ce dernier est aussi le Patron
ou l'Esprit tutélaire de la dynastie régnante.
Quoi qu'il en soit de la transformation de son culte, Koan ti
pourrait ambitionner une place parmi les célébrités de notre région
nankinoise. A Nankin môme, sa pagode principale ne le cède
en grandeur et importance qu'au temple régional de Confucius au
Tch'aO'Vien kong, dont elle reproduit les dispositions générales.
Le temple de Koan ti, auprès de Ki-ming se || ï{% ^, a été somp-
tueusement réédifié, du reste, ces dernières années, sur rempla-
cement même du grand temple de Confucius incendié par les
T'ai-p'ing, Koan Yu, dont on voit l'image et l'autel dans tous les
postes, camps et tribunaux militaires, a ses sacrifices solennels au
printemps (3) et à l'automne; on l'honore aussi le 1 et le 15 de
chaque mois ; tout général soucieux d'avancement se prosterne soir
et matin devant sa tablette.
Une autre pagode plus modeste est dédiée à Koan Yu au nord
du Siao-yng >j^ ^, ou Champ de Mars, réservé aux manœuvres et
examens militaires. Ce héros rappellerait confusément Vercingé-
examinateûr avL^Koei-icheou etc. etc. lÉWjt?H^ÎSCî2fe*t& -jfeSS
(6« grade secondaire iSt >ft îSp ). Les Chroniques de Song-kiang fe jtL JRp ^ ne
mentionnent ni la date de sa naissance ni celle de sa mort, mais elles indiquent seule-
ment qu'il fut reçu académicien en 1719.
Les lettrés da Song-kiang nous signalent une curiosité remarquable de ces bambous :
d'après eux, il y aurait des caractères formés par les feuilles de bambou, par ex, ^j ^ j
fP etc..
(1) King-paOf 20 mai 1897. The court of sacriôcialj worship announces that the
13th of the 5th moon (12 juin) will be the anniversary of the birth of Koan ti^ the God of
waTf spécial sacrifices. N. C. D. N. 3 juil. 1897.
(2) Chinese Beeorder 1889. p. 411. K<* Lyon : "Life and writiugs of tha God of
Literature."
(3) Notamment le 15 de la 2« lune. (17 mars en 1897). La fôte de Wen-ich^ang se
célèbre le 3 de la môme lune.
I I. FIN DU ROVAUlfB DK OU, 265, 43
torix, Roland, Roncevaux et les Aliscamps, Duguesclin et Jeanne
d'Arc, si quelque idéal chevaleresque avait jamais hanté '4'âme
chinoise" (1).
(Ph. xxv). Cloche du Temple de Koan Yu. La salle latérale
de Test, de la pagode que l'on trouve à mi-côte de TsHng'-liang
chan, en montant par le chemin pavé, est également consacrée à
Koan ti. On l'honore aussi en d'autres parties de la ville. Certaines
corporations de Vi-t'eou ^]^on barbiers et perruquiers indigènes,
l'ont élu pour patron ; choix singulier, car cette classe de gens est
exclue des examens civils et militaires, à cause de **rignominie'*
de leur profession.
Nos monarques nankinois du royaume de Ou furent détrônés
(280) par Che tmu, fondateur (265) de la dynastie officielle des Tsin;
sous le nom de Ou ti, il reconstitua l'unité chinoise, unité factice
alors, dont les historiens indigènes s'appliquèrent à dissimuler
plus tard les infortunes. Dans ce but, ils produisirent deux souve*
rains légitimes, de 221-265, comme se rattachant à la lignée des
Han : ainsi Tite-Live arrangea certaines pages moins glorieuses
des annales romaines, devenues sous sa plume aussi fantaisistes
que telles fictions patriotiques de l'Enéide !
A propos de ce Che tsou Ou ti, le supplément du Dictionnaire
de Perny (p. 55) s'exprime ainsi :
— 265-290, V^ empereur de la branche des Tsm occidentaux,
Si Tsin, 8® dynastie : «Sô-ma Tchao avait subjugué le royaume de .
Chou, Bon flls, Se-ma Yen s'empara du pouvoir dans le royaume
de Wei et imposa à sa dynastie le nom de Tsin ^. Il octroya à
son aïeul le titre de Siuen Hoang-ti; à son père celui de Wen
Hoang-ti. Il parvint à s'emparer par une ruse habile, de la ville
de Nankin et se trouva maître de toute la Chine.» La cour restait
toutefois à Lo^yang, -— L'auteur cité dit encore (p. 55) : Branche
des Tsin orientaux, Tong Tsin — Yuen ti, 5® de la 9° dynastie
(neveu du fondateur) 317-322. «Les anciennes capitales Tch'ang-
ngan et Lo-yang étant occupées par les insurgés, il transféra sa
cour à Nankin.» Telle est la raison originelle de cette dénomination
de Tong Tsin, ou Tsin orientaux.
(l) Cf. de Groot, T. I, p. 105; '-Les fêtes annuelles à Emout (Amoy).** — Mesny^s
Chinese Miscellaiiy, vol. I, p. 119,120, 299.— Les Missions Catholiques, XIV. 1882, p. liZ.r-*
Bévue de l'hist. des Religion8,T.XHI, n** 2, 1886; article de M. Imbault-Huart. La Gazette
de Pékin du 22 janvier dernier (1897) contient les édits impériaux fixant les dates des
sacrifices à Confucius et aux deux dieux mentionnés. À Nankin le vice-roi a rendu des
décrets analogues pour les temples de sa bonne ville.
44 CH. II. LBS TROIS BOTA01(BS ET LBS TSIN.
Carte ^yii — Résumé de la glose accompagnant la carte de
Nankin lors de la période historique de la division en Trois Royau-
mes, San houo.
Alors fut bâtie la capitale du Royaume de Ou, sur une partie
du Nankin actuel, nommé Kien-yé J^ H en ce temps-là (1).
A. La première année de Hoang^long Jjf f| (229 ap. J.-C.) sous
Ou Ta H, l*' empereur, Suen K'iuen assit enfin sa capitale dans la
partie sise au nord de la TsHn hoai (ou HoaUchoei), à 5 H de ce
canal. La ville royale, de 20 H 19 pou (12 kil.) de circuit, s'élevait
au milieu d'une plaine défendue au sud par la Ts'in hoai, au nord
par le lac Yuen-ou hou 7C j$ JM* ^ ^'^^^ P^^ ""^ chaîne de collines
dominant tout le pays (Tse^kin chan?) et à Touest par la **colline
de pierre," Che-t'eou,
B. La 10" année Tch'é-ou ^ ^|^ (247 ap. J.-C, sous Ta H)
on bâtit le palais impérial T'aUtch'ou kong ic% ^- ^^ avait 500
tchang (1 tchang = 3"* 50) de tour et 8 portes (2).
Au nord du palais (par derrière, disent les Chinois), se trou-
vait Yuen tch'eng >fg ;J(^, nommé T'ai tch'eng sous les Tsin, Il faut
actuellement en chercher la place à Si-che-pa vvei W + A ^^ au
du nord pont Vuen-tsin 7C?$ et de la grande place ou rue Ta-kiai.
C. La 4® année Tch'é-ou -^ ]^ (241 ap. J.-C.) toujours sous
Ta ti, à l'est de la ville fut creusé le canal Ts'ing-k'i (^'ruisseau
limpide") qui naît au nord de Nankin, et communique avec le lac
Yuen^ou, auquel il sert de déversoir. Enfin après 9 détours vers
le sud et l'ouest, il se réunit à la Ts'in /ioai(3). On creusa encore
un autre canal nommé Yun-tou ^^ ; il commence à Ts'ang tch'eng
^i^, se joint au Ts'ing-k'i au pontiVei-/i'iao;fjg p^, d'où, coulant vers
(1) L'examen de la carte peut seul faire comprendre certaines indications hydro-
graphiques de la glose, trop arides et trop vagues par elles-mêmes. Nous en insérons le
sommaire pour guider le lecteur qui voudrait tenter un essai d'identification entre l'état
actuel des lieux et l'ancien état de choses.
(2) Ces portes étaient 5 : Au sud, Yeou-i ^ |^, Mingyang ^ ffi, Eong-tch'ê ^
J^,Cheng-hien^ K, Tsouo-i È, i^^j^^ à l'est : TaHng-lovg W lli — 1 «^^ l'ouest:
Pé-hou H jSli — 1 ftïi nord : Yueii-oit yC JPC- Les murailles extérieures n'avaient que la
porte Siuen-yang ^ |^ ; et si l'on s'avançait à T-. U plus au sud (3 kil.) on en trouvait une
autre appelé Ta-hang y^ ^l. Et comme jadis on entourait les villes de palissades de
bambou, cette porte Ta-hang s'appelait encore Kou-li men pf sS P j "vieille haie de
bambous."
(3) Sur la carte on a omis d'indiquer la communication de la TaHng-kH avec le
Yuen-ou. Ce dernier lac, sur la carte suivante, opère au contraire sa jonction avec celui
du Ten-tsio ^ "pl, par le moyen de la TsHng-hH ^ gj dont l'extrémité nord est au
T^ai-ping me^i actuel.
s H. CARTE x^j, - DES TROIS ROYAUMES. 45
le sud, depuis le pont KHen-^tao ^Jâ jusqu'au pont Teou-men 5|* P^ ,
il se jette dans la TsHn hoai, que Ton endigua alors sur ses deux
rives. Cet ouvrage fut appelé Tche-t'ang #ig (1).
Le Yang-tse kiang, dont l'immense estuaire s'allongeait beau-
coup moins à l'est, limitait habituellement et ce royaume de Ou
au nord. La Hoai, laquelle n'est plus qu'un canal en disette d'eau
presque chaque hiver (2), était une importante rivière, amenant
à Nankin les jonques de Ning-kouo fou et de T'ai-p'ing fou. Au
nord-est, un vaste lac marécageux, couvrant encore plusieurs
hectares, même en morte-eau, bordait et protégait la changeante
capitale, dont les annexes et défenses s'épandaient sur les buttes
de Ts'ing-liang chan, Ou^Vai chan, Yé chan, du Kou-leou et des
collines qui encadrent la porte moderne de T^ai-pHng men.
Ce qu'il importe de nettement saisir, pour se rendre compte
de ces accroissements successifs de Nankin, c'est, d'une part, le
régime des eaux au confluent du Yang-tse et de la Ts'in hoai;
d'autre part, la relation étroite et connexe entre le relief du sol,
les conditions hydrographiques, et les exigences ou convenances
des premières installations. Là aussi, les notions géographiques,
spécialement celles de l'hypsométrie et de l'hydrographie, contrô-
lent, expliquent et complètent les données hypothétiques de l'his-
toire locale.
A vrai dire, elle demeure encore bien nuageuse, malgré les
assertions des chroniqueurs et des romanciers sur cette phase
semi-légendaire, et bien qu'on soit parvenu à l'asseoir sur des
bases acceptables, dans ses lignes générales.
Dès ces temps reculés, au début même du III® siècle de notre
ère, l'un des rôles militaires les plus importants est dévolu à Che-
(1) La Carte ^^^^ " Cours d'eau " indique ce Yun-tou ho d'une façon plus exacte.
Il porte trois ponts et garde une direction nord-sud, c. à d. parallèle à la grande rue du
Nan meriy qu'il laisse un peu à l'est, à distance égale du Choei-si men situé à l'ouest.
Sur la carte ^^j le Yangtae ébauche quelques atterrissements, Fé-lou tcheou
H i^ ■Wl, à la hauteur et au couchant de cette dernière porte ; ils forment le noyau de la
future région de Kiang-tong men. La carte montre aussi le lac Yen-taio et son déversoir.
(2) Le niveau de la TaHn lioni varierait presque de G mètres, de l'été à l'hiver, en
quelques endroits. Cf. Missions Catholiques, 1888, p. 436; ^^1 es bouches du Kiang, Fleuve
Bleu" par le P. A. Colombel. "La marée, dit-il, fait encore monter le niveau d'un pied
sous les murs de Nankin." D'après l'article cité, la TsHn hoai fut alors endiguée, régulari-
sée et munie d'écluses (probablement de barrages de retenue avec plans inclinés) au début
du II® siècle de notre ère. Comme les terres alluvionales de toute la Chine, le sol de Nan-
kin a toujours souffert de son système fort insuffisant de drainage, malgré d'incessants
efforts, tentés à diverses époques pour régulariser l'écoulement des eaux pluviales et le
débit de ses rivières. L'existence de ces anciens travaux d'art hydraulique, en contraste
avec leur délabrement actuel, fournit une des preuves les plus irrécusables de la décaden-
ce contemporaine. Même en pleine ville, spécialement au nord du Kou-leou, on rencontre
plusieurs grands ponts sans eau, et des tronçons de ruisseaux fangeux, qui accusent la
déplorable incurie de l'administration mandarinale et l'appauvrissement corrélatif du pays.
46 en, ». tu TROIS ROTAUMBB IT LB8 T8IN.
t'éou tch'eng *^la ville de pierre/' sorte de forteresse de 9 kil. de
tour, oampée sur les buttes escarpées de Touest, comprises aujour-
d'hui et depuis cinq siècles dans Nankin. Elle dominait Tancien
confluent du Yang^tse et de la Ts'in /loai. C'est dans cette antique
acropole, assise sur un haut massif de béton naturel, de pouddin-
gues à gangue de grès rougeâtre. aux conglomérats à puissants
rognons, que les potentats du vieux Nankin se réfugiaient en cas
d'alerte. Aussi subit<>elle plus d'une attaque. Naguère encore, les
autorités militaires y voyaient volontiers une position stratégique,
imprenable pour l'amiral Courbet ou les flottes japonaises ! Sur un
plan inséré dans les Chroniques J||| H^ 2t ft jj| ÎË (^iwen 1, p. 8)
et relatif aux époques à peine historiques, Che^t^eou tch'eng, le
Ts'inQ'liang chan actuel, ne mesure que 4 kil. 1/2 de tour; le Yang^
tse roule ses eaux auprès du /fan-si men d'aujourd'hui, pour y
accueillir celles de la Ts'in hoai, h peu près à la hauteur de la
'•porte d'eau" C/ioei-/i'oan ;;fC||| ménagée sous la muraille. Au reste,
n'était le réseau de digues qui coupent la plaine basse de Kiang^
tong men^ le grand fleuve y charrierait directement chaque été ses
flots limoneux.
Nous avons dit plus haut qu'un autre bourg fortifié, celui de
T'ai tch'eng, une espèce d'oppidum^ s'étageait sur les ,flancs du
Pé'ki ho, qui, à ce titre, peut briguer aussi l'honneur d'avoir porté
partiellement le berceau de Nankin.
Ces princes, rois, ou empereurs de Ou, au début du III* siècle,
modifient souvent leur capitale, Kien^yé, défendue par des ouvrages
en terre et en bambous, fortifiant les hauteurs, éparses actuelle-
ment entre la butte du Kou^leou^ celles de r'aî-p*ing men et le
groupe de Ou-t'ai c/ian, dans la partie centrale de la ville. Plus
impérieusement qu'aujourd'hui encore, le relief du terrain com-
mandait le choix de cette installation, au milieu d'une plaine
périodiquement inondée; plusieurs des tranchées, ruisseaux ou
canaux, qui la sillonnent, assèchent à peine en hiver; au début
de l'automne, les eaux du Yang^tse viennent parfois, sous mes
yeux, les engorger et les faire déborder, particulièrement dans
les régions nord-est de la ville, si aisément transformées chaque
été en rizières.
Tout réduit qu'il fût en étendue. Nankin, surtout à cause de
sa position stratégique et commerciale, formait la métropole in-
contestée de la Chine méridionale, loin de comprendre son exten-
sion actuelle.
«Tandis que (sous Hien H ^ ç^, en 204 ap. J.-C.) Ts'aoTs'ao
W H était occupé (par ses opérations militaires), Suen Tch'é ^
^ se rendait formidable au midi du Kiang. Après s'être emparé
des pays de Ou ^. (Sou-tcheou ^ ji\ du Kiang-nan iL^), et de
Koei'ki ^ ^ (ChaO'hing fou ^ ^ }^ du Tché-hiang jjfr fiC), il
étendit ses. conquêtes le long du Kiang du côté de Touest, et se
fit un des plus puissants états de l'Empire.» (de Mailla, T.iy.p.40).
s II. DEÛXÏÉMÈ SIÊClLË, AMflAêftADÉè ROMAÏKES. 47
On rapporte principalement à T'a « ;^ ^, premier des Ou M
(222-252) le mérite d'avoir exécuté des travaux considérables
pour assainir, fortifier, agrandir et embellir le siège de son em-
pire. La tradition place son tombeau presque au centre de la sé-
pulture de Hong-ou gfc fÇ (fondateur des Ming ^, en 1368), au
Hoang ling ^ ^, à un kilomètre est de Tch'ao-yang men SH |B Pq-
il fallut même, semble-t-il, modifier l'ordonnancé traditionnelle
des sépultures impériales pour respecter cette tombe, vieille alors
de onze siècles.
«En 246 (1) on creusa un canal depuis Kiu-yong '^ «g jusqu'à
Yun^yang ^ ^ (2) afin que la flotte militaire . pût communiquer
avec le reste du pays, sans être obligée de passer par rc^én-Aiana
et le Yang-tse.j) (Var. Sin. 10. — Lé royaume de Ou p. 164). —
Ce fait dénote l'importance des ressources financières et Tactivité
guerrière du gouvernement nankinois dès cette époque.
C'est à Nankin, auprès de Suen KHuen qu'arrive, en 222 le
romain Tsin-luen, envoyé par Alexandre Sévère, ou Héliogabale
Cet étranger avait voyagé par mer comme devait le faire aussi
•rambassade députée, vers 285, par Dioclétien ou son prédécesseur
D'après T. de Lacouperie (Western origin... p. 244), l'an 166 de
notre ère ''Ngan^tun (Marcus Aurelius Antoninus)"' envoya une
mission en Chine (3). Ce serait la première arrivée de Romains
proprement dits en ce pays. L'an 226, «un înarchand romain
qui avait été à la Cour des Ou, à Nankin, reçut un présent de
pygmées négrilles, qu'il devait emmener avec lui en sa patrie.
Mais ce projet échoua. D'autres marchands romains parvinrent à
Canton en 284...» Le même auteur affirme plus explicitement
ailleurs (p. 389), que ces sujets de A^ô'a^i-mn arrivèrent à Kettigara
qu'on identifie avec Ke-cho (Ha-noi) et à Canton. Cette Kettigara'
fondée 179-150 avant J.-C. fut conquise par les Chinois Tan 110
de notre ère.
^ Souâ Ho ti ft ^ (89 à 106), plusieurs délégués des Romains
/ffA^^^"^ ^^^ *^^^®* ^^^^ ^^^^^ rappelé jadis (Croix et Sv^astika
p. 101), que vers l'année 207, une nombreuse colonie bouddhiste
s était fixée à Nankin et à Sou-tcheou, avec un grand nombre
d'excellents traducteurs, prêtés par la t>erse et par la Bactriane
Des ouvrages chinois prétendent même qu'un Bouddha, nommé
^^-^^^ ffiit> serait venu lutter, sans succès, contre celui de la
montagne Tchong chan, auprès de Nankin. Pûlou se & m ^ est
actuellement la pagode la plus considérable de la ville Le
précédent vice-roi Tseng Kouo^tsHuen # i ^g la fît rebâtir non loin
du coin N.O. de la ville impériale, à quelques pas de son Ya^men
(1) Ou mieux 245. Cf. Manuel du sinologue sous presse.
(2) C'est Itt ville de Tan-yang fl" || actuelle.
(3) Cf. China and Boman Orient by P. Hirth Ph. D. p. 175.
48 :h. II. LBS TROIS ROYAUMES ET LES T8IN.
A Nankin encore affluaient des caravanes de bonzes voya-
geurs, partis des bords du Gange, du Pendjab, du royaume bac-
trien. Ces faits laissent entrevoir l'importance de la civilisation
en voie de s*épanouir alors dans la rëgion nankinoise.
Le R^ W. Milnc (Vie réelle en Chine, traduction Tasset, p.
451) rapporte un long récit, qu'il dit tenir de Chinois et concer-
nant la première tour de pagode Initie à Nankin. La 10' année
de Ou Ta ti, vers 235, un bonze bouddhiste, nommé Keng Seng-hoei
j$ fi* '^i serait venu de l'étranger en cette ville. Ce thaumaturge
aurait présenté à l'empereur une relique de Bouddha, un Ché-li
^ TplJ, un fragment d'os, d'un éclat éblouissant et que rien au monde
ne pouvait entamer. L'empereur, qui essaya en vain de faire
écraser cet os à coups de marteau, fut si émerveillé du prodige,
qu'il fit élever une tour de pagode pour recevoir la relique : ce
fut la tour de Nankin. A Tentrée on écrivit les deux caractères
première tour; «Ce qui, remarque l'auteur, pouvait s'entendre
aussi bien du rang que de l'ancienneté.»
En 257, relatent les chroniques locales, pour asseoir le palais
"des princes feudataires," on applanit le sommet d'une colline.
S'agit-il de la butte du Kou-leou, de celle de Yè chan, ou mieux
encore du plateau qui couronne Ou-rai chan^ au centre de Nankin,
au nord de la Mission Catholique? Le grès pulvérulent à tons
pourpre qui y perce le sol çà et là, nous engagerait à désigner
ce plateau sous le nom de tertre rouge. C'est du reste le nom
géographique donné à un haut pic, peut-être volcanique, qui surgit
isolé au milieu de la plaine, à Test de Nankin. Sur ses flancs
escarpés, de larges taches sanglantes, brillant parfois au soleil
parmi les gazons verts qui le revêtent, proclament au loin la jus-
tesse de l'appellation populaire Tse chan, "la montagne rouge" (1).
Parmi ces préoccupations belliqueuses et politiques, les arts
de la paix n'étaient point oubliés. En 258, une ordonnance de
Suen Hieou ^ ^ (King ti ^ *jjj) avait réorganisé un système de
préposés {pouo-'Che ||} -jf) aux écoles et collèges du gouvernement
(cf. Biot, Essai sur Vinstruction publique en Chine, p. 214). Arrivant
au pouvoir, la jeune dynastie des Tsin § eut à cœur, pour
consolider l'unité nationale, de rendre leur vitalité aux institutions
des Han ^, relatives à l'enseignement classique et littéraire.
Edouard Biot (loc, cit.) fournit des détails très circonstanciés sur
la part des Tsin à cette renaissance, à cette tentative de rajeu-
nissement, rénovation d'un passé si glorieux. D'après lui (p. 217),
«l'histoire de la dynastie des Song (420-479) rapporte qu'en 284
on construisit dans la Capitale (Kien^k^ang ^^), outre le Pi Yong
JB;j5|J,une salle Ming-t'ang ^ ^ et un observatoire Ling-t'aiH ^.ï>
(1) Une pagode surmonte Tse cJian. On redit aux environs que les T^ai-pHng
(1854-1864) ne purent jamais parvenir au sommet. Des paysans, dépoui-vus d'armes, mais
approvisionnés de gros cailloux prêts à dévaler sur les pentes, le défendirent d'en haut
victorieusement.
{ II. FIN DU ROYAUME DE OU, 280. 49
Cette même année «parurent deux dragons verts dans le
Ou-k^ou tsing ^0^^, ou Puits de l'Arsenal militaire; Tempereur
(Tsin Ou ti ^^ ^) y fut en personne et en reçut les compli-
ments de tous les Grands.» (De Mailla, IV, 185) Il alla en personne
Tannée suivante, 285, faire le sacrifice iVan-feiao ^ JjJ.
Après l'assassinat de l'impératrice Tchou ^, le dernier des
quatre empereurs de Ou ^, Ou-tch^eng heou j^ 1f^ ^ (264-280)
Suen Hao îg ^ qui, Prince de Ou, tenait sa Cour à Kien^yé ^ m,
en 265 avait essayé de la transporter à Ou^tch'ang ;g ^, deux
ministres restant préposés à la garde de Nankin. Mais le mécon-
tentement universel l'avait ramené dans cette dernière ville en 266.
Au printemps de 280, l'empereur Tsin Ou ti § fC 1g (265-290)
envoya sur les terres du royaume de Ou, le général T'ou Fuft^
avec 200.000 hommes, répartis en cinq corps d'armée. En prévision
de cette attaque, le Prince de Ou, Suen Hao J^ ÔS^, résidant à
Kien-yé ^ m (Nankin), avait fermé le Yang-tse par de lourdes
chaînes, renforcées de barres de fer. A la suite de plusieurs défaites
sur le fleuve et aux environs (1), sa capitale fnt assaillie par
80.000 h. venus par eau, tandis que Wang Siun ^ jg allait la
menacer aussi par terre. Suen Hb.o, s'estimant alors perdu, vint
à ce dernier, près de la rive, dans une petite barque, la corde au
cou et son cercueil à ses côtés. Wang Siun lui ôta ses liens, brûla
son cercueil, et lui rendit tous les honneurs dus à son rang. Se-ma
Tcheou "3 II ^È, général des Tsin ^ du nord, envahit le palais
T'ai'tch^ou Kong "Jj^^ et envoya l'infortuné Suen Hao à la Cour
de ses maîtres. Déclaré déchu en 280, il descendit au rang de
prince, avec le titre de Koei^ming heou ^ ^ ^. C'était la fin des
Ou (cf. de Mailla, IV, 183).
Leur capitale fut pillée. Ces Ou, auxquels échappait ainsi la sou-
veraineté dans le sud, commandaient, dit-on, à 230.000 h. de troupes,
523 villes, 43 départements et 4 provinces (de Mailla, III, p. 82).
Détail trop oriental : on expédia à l'empereur victorieux 5.000 con-
cubines de la Cour des On, dont le palais fut incendié, pendant le
sac de la ville. Le même accident devait maintes fois se reproduire.
A la 4* L. de 280, on avisa, par des décrets spéciaux à réfor-
mer les abus du gouvernement des Ou jugé trop défectueux. Kien-
yé devint Mo-ling f^ ^. Par suite d'un remaniement de la carte
administrative, le territoire urbain de l'ancienne capitale fournit
la nouvelle sous-préfecture du Lin-kiang hien E% tt JR) changée
l'année suivante en Kiang-ning hien 2!ll % J||- Un an plus tard,
(1) Spécialement bous. les murs de Che-t*eou tch^eng. De Mailla désigne encore
uPan-kHao%SLm 1 ^^ ^^^^ ^^ T^ai^'ing fou JK ^ Jff, à 15 lieues en amont de Nankin.»
Les Ou (an. 280) étaient commandés par le premier ministre Tchang Ti JR |S& qui y périt
avec les généraux Ch&ti Yng yC ^ et Tchou-kouo Tsing ^ ^ ^. Avant l'engagement,
leur armée avait campé «auprès de la montagne Nieou-tchou ^ J^, à 25 2i au nord de
Tai'pHngfou, du Kiafig-Tian» (de Mailla IV, 172.) L'amiral Wang Siunï ^ victorieux,
descendit ensuite le Yang-tse et se posta «près de la montagne San ehan ^ Ui » dont les
trois sommets, visibles aussi de Nankin, dominent en amont la rive 8ud-est|du grand fleuve.
4
50 CH. II. LB8 TB0I8 BOTAUMBS BT LB8 TSIN.
Koan^kong pé^fong ^ ^ ft j^« mandarin du régime déchu, se ré-
volta, massacra le préfet de Kien-yé, et s^empara de la ville de
Yang^tcheou JUJHl» portion sud du Nankin actuel. Ki Hi |§ V,
gouverneur de Siu^tcheou ^ jft|, accourut et fit rentrer les rebelles
dans le devoir. Ces secousses politiques s'accompagnaient de
commotions physiques naturelles, non moins désastreuses : les
Ohroniques signalent 5 tremblements de terre, presque consécutifs,
c. à d. en 281,287, 288, 289 et 320. En 309, la sécheresse fut telle
que le Fang-tse resta prodigieusement au-dessous de Tétiage.
Pour plus de clarté, rappelons que les Tsin fournirent 15 empe-
reurs en 156 années, soit de 265 à 420. On les répartit en Tstn occiden-
taux Si Tsin If W« ^^^^ '^^ 5 empereurs régnèrent à Lo-yang et en Tsin
orientaux Tong rsm]f[§, dont les 10 empereurs trônèrent de 317 à
420 à Nankin, nommé alors soit Kien-fc'ang j|r §|, soit Kien-yé JSf|.
S ni
Carte svn — Glose de la carte chinoise : Nankin (Kien»k'ang)
sous la dynastie des Tong Tsin (317-420) (1).
A. L'empereur Tsin Ou H (265-290) avait détruit le royaume
de Ou; il changea le siège de la préfecture de Yang^tcheou (sud de
Nankin) et le transféra à Kien-yé, capitale au temps de ce royaume
de Ou. Le siège de la préfecture Tan-yang kiun restait le môme (2).
B. L'empereur Tsin YuentifSe-ma Joei 317-323) arrivant à
Nankin, modifia, pour éviter Temploi du nom de son père 7*sin
Ming ti (413-317), ce vocable Kien-yé (3) en celui de Kien^k'ang; il
y fixait le trône de la brillante dynastie des Tong Tsin.
C. Le même empereur établit un premier ministre à la tête
de la préfecture de Yang^tcheou, avec le titre de Fang-fc/ieou mou
^ M ^' Cette ville venait d'être fondée, au sud-est du canal
Ts'ing-ki, sur la Ts'in hoai, sous le titre de Tong-fou tch'eng. En
face d'elle, il fonda la nouvelle ville de Si-'tcheou tch'eng H W ift
et mit à sa tête l'ancien préfet de Tan-yang kiun.
D. Au sud de la ville de Kiang-cheng hien, on établit la préfecture
de Lang-yé au-dessus des quatre sous-préfecturesLm-i j^}^, Tsi-k'ieou
gp f|>, Yang-kHu |g^ et Hoai-té '^Ig, résidences des quatre généraux
qui avaient passé le Yang-tse kiang avec Tempereur Tsin Yang ti (4).
(1) Ces oartes '^'^ .▼i.vn j^^gg^^i. Ki-long chan (Pé-ki ko) bien an nord I Comment Tai-
tch^eng Berait-elle un reste de cette dernière ville ? Car c'étaient deux Tillea alors séparées.
(2) Tan-yangkiutiAVL S.E. de l'arsenal: Tan-yang hien à l'O.S.O. de Yu-hoafai. Sept
souB-préfectures dépendaient de Tan-yang kiun: Yong-pUng, ^ ^» Kiang-cheng fL W*
HovrChou M S' Tan yang j^ ® ^ Kiu.yong "fij ^. Li-yavg ^ ffif et Kien-yé ^ ^ •
Cette dernière, changée en Mo-ling ^ fêf fut transférée au bourg de Siao tch^ang-kan
hiang ij^ ê"?^» k SU et 100 pou (un peu plus de 5 kil.) au sud de la capitale. Une autre
BOUs-préfecture, du même nom de Kien-yé^ fut établie dans la capitale, aux environs de
la porte 8iuen-yang men. En outre, dans la partie occidentale de la sous-préfecture
Tcm-yaoïg hien, on fonda la sous-préfecture nouvelle de Kiang-ning hien.
(3) Ou "patrimoine assuré, fixe." — Chacune de ces appellations présente un sens
descriptif, louangeur ou symbolique. H serait oiseux de les traduire toutes en français.
(4) La ville de Lcmg-yé était probablement dans le pays actuel de Lang-yé hicmg
J III. CARTE 5^, TON» T8IN, 317-420»
51
E. Le même empereur constitua 8 préfectures (1). Le palais
impérial occupait le même site qu'au temps du royaume de Qu.
p. Plus tard, l'empereur Tsin Teh'eng ti (326-343) construisit
un nouveau palais et isola Yuen tch'eng ^ ^ (Cf. la cairte précé-
dente, n** 3^). Il lui donna 6 portes : Au sud Ta se-ma men ^ "3
H Pg; — au nord P'ing^tch'ang men 2[i ^ P^ ; — à l'est Tong^i men
IK lÉWî — à l'ouest, Sw men U Ijlj p^ ; — au sud (immédiatement
en avant de Ta se-ma men), Sluen^-yang men ^ ^ P^î "^ P^^^ *^
sud encore, Tchou^tsio men :^-^P^, l'ancienne porte Ta^hang men
:^ JK P5 à l'époque du royaume de Ou.
La ville impériale avait ses murailles extérieures percées de
treize portes.
5^ ^
n
mi
^1
Si-ming men
Tch^ang-ho men
PHng-tch^ang men
Si-i men
Kien-k^a/ng kong
Palais.
Tong-i tnen
Ta sç-ma men
Kien-tch^oen me^i
Tong-yang men
e:
Mi E
Tchou-taio men
Si
— g
Si
Ip {Kiu-yong)\ — Lin-i à^ Tch^ang-ning hiang ^ ^ JB' d'aujourd'hui {Chang-
yuen hien) ; — Tsi-kHeou et Yang-kHu dans le pays de l'ancienne préfecture Lin-i ; — et la
ville de Hoai-té devait être dans le pays actuel de Tchong-chan hiang @ ll| Jj^» Chang-
yuenhien. (1) fi il ,fK, H jlMgî li,^ g,. ^ ^ S* Il % ^^^ it Hl^-
52 GH. II. LB8 TROIS ROTAUMBS BT LB8 T8IN.
On avait improvisé des espèces de ponts de bateaux, avec 24
claies, barrages ou estacades de bambous, sur le canal de la Hoai,
pour la fermer aux irruptions soudaines des flottilles ennemies. La
plus forte de ces estacades et la plus fameuse était auprès de la
porte TchoU'tsio men (aujourd'hui Tchen^hoai k'iao IKfEl^tt, auprès
de Nan men). On l'appelait Tchou-tsio hang ^ ^ JK*
Une des particularités de cette carte est que le lac Yueri'^u yQ g^
(en communication avec le lac Tsio •^, fait assez probable) se
décharge par plusieurs émissaires au nord, au sud, à Touest, et au
sud-ouest. Nous admettons malaisément qu'il ait jamais communi-
qué par le nord avec le Yang-tse, comme l'indique pourtant la carte.
A moins que le cours déformé en S du canal qu'elle dessine ne
soit autre que Tarroyo franchi par le pont à pagodin conique,
pao-£a fe'iao^ ^ ;(^, au nord-est de Hia^koan, sur la rive sud du
fleuve. On l'appelle Yun-liang ho ^ifHf^ (1).
Le centre actuel de la ville, au sud dePé-men h'iao :[[^p^ ;|^, les
pentes nord de Fu-/ioa Vai et le midi de Tch'ao-Vien kong paraissent
avoir été les principaux sites peuplés alors. L'ancien Nankin, ' 'faisant
tache d'huile," envahit progressivement son assiette définitive.
L'empereur Tsin Ou H (265-290), qui mit fin au Royaume
nankinois de Ou, avait eu 15 fils, dont on trouve la liste dans une
note du P. de Mailla, vol. IV, p. 191.
Les trois derniers furent empereurs :
Se-ma Tchong "^ M ^ devint Tsin Hoei ti § JJ ^ (290-307).
Se-ma Tche % M ^1, Tsin Hoai ti ^ ^ ^ (307-313).
Se-ma Yé ^ ^ |j}, Tsin Min «i § fg ^ (31S-317).
L'exposé détaillé des péripéties de ces règnes, intéressant
médiocrement Nankin, déborderait en outre de notre cadre.
En 307, le Prince Lang-ya wang ^ïïJ î Se-ma Joei "^ H ^,
fut envoyé à notre Yang-tcheou, en qualité de généralissime. Il
occupa militairement Kien^yé J^H, dont il répara les ruines (2).
Tsin Hoai ti avait été pris dans cette ville, en 311, par le
Tartare Lieou Ts'ong ^||, roi de Hfan 310-318 (de Mailla, IV. 265).
Conduit à la Cour, c. à d. à P'ing^yang ^ g, il y fut tué en 313
(ibid, p. 272).
Se-ma Yé, salué alors empereur à Tch*ang-ngan ^ $ (Si*
ngan fou) sous le nom' de Tsin Min ti, veut transporter sa capitale
à Lo^yang, Il y mande Se-ma Joei "^ H § (313) qui, de Nankin,
administrait les Provinces au sud du Kiang. Mais nourrissant
dès cette époque quelque ambitieux projet, ce général refuse d'obéir
sous le prétexte agsez plausible que, lui parti, l'ordre serait com-
promis dans l'ancienne capitale.
(1) Tao-yê Tou (auprès du Kiao t'an) au N.O. de Tan-yang kiun, au confluent des
deux canaux W ^ iR'
(2) Cf. de Mailla IV p. 211 et seqq, sur la révolution que tenta Se-ma Luen "Q ^
JSi pour renverser Tsin Hoei ti l'an 300. Ce dernier fut rétabli sur son trône^ de Lo-ycmg
et le rebelle périt assassiné.
s III. SI TSiN, 265-317. 53
Le souverain, assiégé bientôt (316) dans Tch'ang^ngan, se
rend au général Lieou Yao gj] ^, qui le fait mener à PHug^yang,
à la Cour de Lieou Ts^ong, roi de Han, lequel prend plaisir h
l'humilier, avant de le tuer aussi en 317 {ibid. IV, 290).
En tombant aux mains de ses ennemis (317), Tsin Min ti
avait chargé Se-ma Joei, toujours à Kien^k^ang, du ''gouvernement
général de l'Empire" en son nom.
On pressait l'administrateur en chef des affaires publiques
pour le compte du dernier des Si Tsin, de se déclarer empereur.
Après de longues résistances, peu sincères sans doute, il s'y rési-
gna à Kien-fe'ang même, en 318 (3*^ lune). Il est connu sous le
nom posthume de Tsin Yuen H §7Cî ^ (317-323). (Deux Nien-hao :
^ ^ 318-322, et ^ ^ 322-323). Il s'était contenté en 317 du titre
de Roi de Tsin sous le Nien-hao ^ |§Ç (1).
Dès la fin de 317 fut élevé un Collège d'Instruction publique,
ou T'ai hio -jjj^ ^.
L'on créa, à Tchong-chan hiang ^ [l] ^ (320), la sous-pré-
fecture Hoai-té hien'^^JH, transformée bientôt enFei hien^^.
Puis l'on installa dans le nouveau Temple ancestral les
tablette^ des aïeux impériaux.
Le vaste lac Pé hou :[{j ^ (Heou hou, au nord-est du Pè-ki ko)
fut régularisé. On y construisit notamment une longue et robuste
digue. C'est l'origine probable de celle qui unit Ki-ming chan |j|
l{^ ^J à Fou-tcheou chan S ^ lil ) ^^®^ qu'une levée en terre ait
dû préexister à ces travaux, notamment au nord de T'ai tch'eng.
(Cf. Muraille de Nankin (en préparation).
Le transfert de la Capitale à Nankin explique pourquoi les
Souverains de cette nouvelle branche des Tsin, qui ne régnait
qu'au midi du Kiang en 318, sont qualifiés de Tsin orientaux. La
ville avait pendant environ 40 ans perdu son titre de capitale. Le
palais impérial du premier souverain (nous ne parlons point des
autres édifices impériaux) s'élevait sur les hauteurs du Tchong-
hou leou, formées de conglomérats, à l'endroit, dit-on, où gisent
encore (ouest de la "Porte rouge") d'énormes bases de colonnes,
dont plusieurs sont si curieusement couplées (2).
(1) De Maillalexpose (IV. 292 et 295) comment Se-ma Joei se trouva appelé au trône
par les vœux de plusieurs princes du nord. Les Tartares eux-mêmes admirent en partie
son autorité.
(2) Écrite avant 1895, ma phrase est devenue inexacte. Ces bases singulières furent»
à cette date, ineptement débitées et transformées en rouleaux pour macadamiser le
premier tronçon de la nouvelle route européenne (c Ma-lmi^ route à chevaux» que le
vice-roi intérimaire Tchang Tche-tong Sr J2 lW Ô* passer par l'arcade centrale du Kou-
leou. Ainsi s'allonge quotidiennement la liste des antiques choses, des vieux souvenirs,
à jamais disparus !
L'on sait que cette route "carrossable," continuée en octobre 1895 par Zyieott K*oen-i
^ i9 — ' relie lo T^ong-tsi mon jj fflf fj ^ Wong mcn ^ M* Il par un ruban
d'environ 12 kilomètres.
S4 CA. n. LBS TROIS ROTAUtfBB BT LES TSIN.
Au rV* Siècle, par raison stratégique, peut-être autant que
par crainte des inondations, la jeune capitale, bien que pressée
par un afflux constant de population, ne se hasarde que timide-
ment à quitter les buttes, tertres et collines, pour descendre dans
la plaine et s'y dilater. Si nous en croyons les anciens plans, elle
formait, au milieu d'annexés ou bourgs fortifiés, un quadrilatère
cie médiocre étendue, régulièrement percé de portes, et d'environ
trois kilomètres de côté à Test et h l'ouest. Les fronts nord et
sud paraissent avoir été plus courts encore. Elle employait la
brique pour ses murs, renforcés d'une douve large de cinq pieds
sur sept de profondeur, au pied de la muraille. D'autres préten-
dent (sur quels documents?) que des murs de terre, ou même de
simples palissades en bambous les défendaient. Au dire des
Chroniques, le palais impérial bâti sous les Tong tsin JK ^ au
nord-est de Ts'ing^^li&ng chan, probablement sur la butte du Kou
leou Jl^ ;§(, comprenait 3.500 appartements, chambres ou travées
chinoises. Cf. le plan, p. 51.
Quelques lignes sur la succession des Tsin orientaux fixés
à Nankin:
Tsin Yuen ti (317 — 323) fondateur des Tong-tsin (1) et doué des
plus enviables qualités, y avait établi sa résidence; devenu empe-
reur, il y resta, et s'empressa d'y faire élever le C/ie-fst ^'an ff^^g^
K c. à d. *4'autel-terrasse du génie de la terre et des grains.*'
De temps immémorial, les sacrifices, ou mieux les offrandes qui s'y
font, sont, à la capitale, réservés au souverain. En 319, ce Tsin Yuen
fi, y sacrifia au Ciel et à la Terre au Nan-feiao ^ Jg, à la 3* lune (2).
Aux premiers jours de 322, le général Wang Toen ^ |5[,
révolté à OU'^tch'ang (Hou*pé), descendit sur C/ie-t'eou tch'eng,
qu'il emporta, i^uen ti lui opposa d'abord Tcheou Tcha J^ ;i^,
qui se rendit, puis Hèou Li j^ H, tué dans le combat, ensuite
Wang Tao 3E ^, finalement défait. Le vainqueur mit à mort les
généraux Tai Yuen |fi ÎI3 et Tcheou K'an ^ ^ avant de retourner
jouir de son triomphe à Ou-fc/i'ang. Tsin Yuen ti en mourut
de chagrin, à 47 ans, dans sa, capitale de Nankin, ravagée
alors par un ouragan désastreux, puis par une épidémie de
peste (322). Le défunt fut enterré à Kien-p'ing ling ^ ^ ^.
(Ling ^ est le terme générique des tumulus ou mausolées impé-
riaux). Trois ans plus tard, son fils et successeur Tsin Ming ti
(Se-ma Tchao ^ Jg ifâ 323-326; le fut à Ou-p'ing ling |C ^ H.
Ces tombeaux sont indiqués au coinN.E. de Nankin sur les anciens
plans. Les pentes sud du haut massif de Tse^kin chan, semblaient
tout naturellement offrir, auprès du lac fort important jadis de
(1) Voir dans le n® 8 des Variétés sinoloffiques, p. 226, une piquante allusion à ce
Tsi/n Yuen tiy bâtard qui professait descendre de Se-ma I, souche illustre de la dynastie
disparue des Tain occidentaux.
(2) De Mailla (IV, 184) mentionne un sacrifice impérial au Non kiao en 282.
I III. SI TSIN. GUERRES ET RÉVOLTES. S6
Yeu'tsio hou^^^, un site propice et grandiose aux sépultures im-
périales. Hong-ou^^, le fondateur des Ming^ y fera installer la sien-
ne, à la fin du XV® siècle, sur plusieurs kilomètres de développement.
Tsin Ming ti 323-326 ("ou Se-ma Tchao, le fils aine de Tsin Yuen
ti) donnait les plus flatteuses espérances. Sans retard, il nomma
Wang Tao 5E ^ généralissime et l'envoya combattre le rebelle
Wang Toen î^, qui, de son côté, fit marcher son frère Wang
Han 3E -^ et le général TsHen Fong g| ]§,, sur Kien-k'ang.
L'empereur se réfugia dans le temple Nan-hoang t'ang ^ ^ ^.
Toan Sieou J^ 5|, un de ses généraux, défit les ennemis à Yué
tch'eng jH j^? au sud de Yu-hoa t'ai. Wang Toen en mourut de
dépit. Mais son favori Chen Tch'ong JJfc ^ accourut de Ou^hing
^ Si (YU'hang hien ®, ;K S|, Hang-tcheou /bie |j£ JH ^) renfor-
cer les bandes de Wang Han. Ils passèrent en une nuit la Ts^n
hoai et attaquèrent la porte Siuen^yang men ^ ^ f^? où ils
furent battus par les mandarins Lieou Hia j^ ig et Sou Siun
^ ll^, venus de Nan^t'ang ^ |g. L'ennemi prit là fuite et Tsin
Ming ti quitta son refuge pour rentrer dans son palais (324). A la fin
de l'année, il visita la sépulture inpériale du Kien-p'ing ling J^£^^.
Il mourut huit mois après dans son palais de Test, Tong
Vang [^ ^ et le lendemain, son fils Se-ma Yen U ^1^ fÇ âgé de cinq
ans, fut intronisé sous le nom de Tsin Tch'eng ti ^ ;^ »(j^. Mais en
réalité, Timpératrice mère prit en mains la régence du royaume,
en créant Yu Liang ^ ^ grand ministre. A l'automne. Ton
enterra le précédent souverain au Ou-p'ing ling HÇ ^ ^. Wang
Tao eut alors à repousser une attaque de Che Ts'ong Jg ^ et,
pour en prévenir le retour, on rebâtit Che-Veou tch^eng, qu'on
entoura de murs. Les princes vassaux, au nombre de 18, abusaient
de la jeunesse de l'empereur pour troubler le pays; il dut même,
en 328, chercher un refuge dans la nouvelle forteresse.
En effet, Sou Siun ^ ^, nommé plus haut, s'était révolté
l'année précédente, avait pris la ville de Kou-chou j^ gj (1) et
menaçait la capitale. Il avait passé le Hong kiang ^ {£ et s'était
établi au Tsiang ling ^ ^, butte à deux H au nord-est de Tchao*
yang men et sépulture de Ou Ta ti (2). Le général Pien K'oen -^ ^
marcha contre lui, mais ne put le déloger de ses positions (3). Sou
Siun attaqua, six jours après, les barricades élevées le long du
(1) C'est T'ai-p'ing fou actuel >0C t^ Jff du Ngan-hoei.
(2) D'anciens documents précisent davantage. Ils relatent que Pien K^oen
combattit le révolté Sou Siun auprès du tombeau de Ou Ta ti K Suen-ling kang
^ K jS? ' l6 troisième, en comptant de l'ouest, des neuf tertres ou vallons qqe l'on dis-
tingue entre Tchao-yang men et Ki-ling men^ c. à d. entre la muraille de- 4a ville et le
retranchement de "grande ceinture", plus à l'est.
(3) Pien K^oen porte le titre honorifique de Pien tchong-tcheng kong f» ^ J^ ^
le fidèle et droit ; et son tombeau subsiste encore, avec quelques vieiUes stèles, sur la
butte du Tch^ao-tHen kong^ à l'ouest et le long du Temple de Confuoius. Il a des descen-
dants à Nankin ; ils viennent le l^ et le 15 de la lune lui offrir des sacrifias.
56 CH. II. LB8 TROIS ROTAUMBS BT LES T8IN
canal Ts'ing-k'i ^ ^. Pien K'oen, aidé de ses deux fils, tenta de le
repousser; mais, tous les trois, ils succombèrent glorieusement.
Pierre tombale de Pien K'oen (280328) élevée en 1041 par Yé
Ts'ing-tch'en ^ JR g, natif de Tch'ang-tcheou hien ^ ^ J||,
alors préfet de Kien-k'ang fou (Nankin) académicien etc, etc.
Long^t'ou-ko Hio-che, et Hanmn-yuen Hio^che, et honoré du titre
de Tsouo-hien-y ta-fou ||Bli]9±4ft#|f꫱l|£ltMI
-^ ^. Voici les 22 grands caractères dont se compose l'inscription.
g. ** Tombeau du seigneur Pien, natif de Tch'eng-yang (aujour-
d'hui KiU'tcheou d7-tc/ieou fou, Chan-iong lU iK ÎJf W ifî ^ ffl)
grand ministre, généralissime par intérim, grand assistant général.
Ce tombeau était sans doute orné de stèles et de colonnes; mais
certainement vers 473-499 ces monuments étaient déjà perdus,
d'après une lettre de Pien Pin -^ ^ (5* descendant de Pien K'oen)
adressée à l'Empereur TsH Kao H (479-483) «^ liË ^ ^ li M B
jyj ^ ^ de sorte que les colonnes ont disparu et que le tumulus
et les arbres sont abandonnés», cf. ^ jg, Kiuen 39, lettre >|} "fc
« ÎB iF -K Ô jUj» par Jen Fang ft BjJ^.
Le grand ministre Yu Liang ^ 7f^ s'enfuit au contraire
jusqu'à Sin^yang ^ |^ du Kiang-si. Le vainqueur, maître de
T'ai tch'eng, auprès du Pé'ki feo, massacra nombre de mandarins
et incendia presque entièrement les palais impériaux. Yu T'ai-
heou^ l'impératrice régente, mourut de douleur à la suite de ces
désastres (3* lune de 328) et six jours après, on l'enterra au
Ou-p'ingf ling ^ ^ @Ê ^ ^^^^ ^® Tsin Ming ti.
C'est alors que l'infortuné Tch'eng ti (7® des Tsin, 3® des
Tong-tsin) se réfugia dans son acropole de Che-t^eou tch'eng. Sou
Siun périt dans une attaque, à l'endroit nommé Pé-mou pei è
7|Ç^, où T'ao K'an SI (H. et Wen K'iao (g If défirent ses troupes;
mais elles élurent incontinent son frère Sou / ]|^ ^ comme gé-
néral en chef. La lutte continua des plus vives..
Mao Pao ^ ^, un officier de Wen K'iao ^ défendait le bourg
de Yuen tch'eng "^^^ annexe de T'ai tch'eng (329). Sou l, mas-
sacrant plusieurs mandarins accourus au secours de l'empereur,
attaqua cette, dernière ville et incendia la salle orientale, nommée
le T'ai'ki tien JC & JS- ^^^ ^^^ ^'^n réussit pas moins à repousser
l'ennemi et à délivrer l'empereur, caché dans la propre barque
de Wen K'iao, car tous les bâtiments impériaux étaient en ruines.
Le monarque affolé voulait changer de capitale ; pourtant, sur les
instances de Wang Tao, il se décida à rester à Kien-k'ang. Li
Yang ^J^y achevant la déroute des ennemis, poursuivit Sou I,
leur cheffvet le tua.
Une atroce misère régnait dans la ville, éprouvée par la
famine; un teou (boisseau) de riz coûtait 10.000 sapèques.
Yuen tch'eng fut rebâtie (330) avec les édifices impériaux. A
la fin de 332. Tch'eng ti réoccupa son nouveau palais. On éleva,
XI GanoD à Long-koang chan.
r"
i
^^r^- ?**• * .^0f^_
XII Camp de Yu-hoa t'ai.
XIII Tse-kin chan.
XIV Ville tartare un jour de neige.
/Gna
OF
s III. TSiN MOU Ti, 345-362. 57
auprès de Fou-tçheou chan ^ ^ llj (la colline qui domine au
nord le Siao-yn ou champ de Mars), les terrasses rituelles des
sacrifices au **Ciel septentrionaF' (333) (1).
Autre alerte en 335 ; les bandes de Che-hou ^ ^ roi des
Heou Tchao f^ ^ (335-350) arrivèrent près de Li-yang ^fe H (2).
L'on se prépara à la défense ; l'empereur passa en personne
une revue générale à la porte Koang-mou men (3).
Mais le danger s'évanouit de lui-même (4). ^
Tsin Tch^eng ti fait établir (337) une grande École publique
au delà de la Ts'in hoai ^ fjg. L'impératrice, sa femme, Tou
Hoang-heou >H: ^ jp meurt en 341 (5), et lui-même en 342. Le
prince Lang-yé wang 3Eè ÏP î? Se-ma Yo ^| ,^ -^ (né de la même
mère que lui) le remplace sur le trône; on lui donna le nom de
Tsin K'ang ti. Il trépassa Tan 344, dans le Palais de Che-kan tien
^^ ^ (6). Se-ma Tan ^ ^ l^jt, son fils aîné, lui succède (Tsin
Mou ii Ç ^ ^); mais Timpératrice Tchou T'ai-heou ff|f -jj^ jg,
mère du jeune prince, est nommée régente.
Cette période est signalée par une succession vraiment extra-
ordinaire de secousses, qui ébranlent à dix reprises différentes
le sol de Nankin, en moins de 20 ans (7).
Tsin Mou H ^ 11^ ^ accompagne (l^re lune de 353) l'impéra-
trice régente à sa visite aux sépultures de Kien-p'ing ling ^^^.
L'année suivante, la capitale est menacée par K'i Houo ^ ^,
Kouo Tch'ang ^[J ^ et autres rebelles du Kiang-si, mais cet orage
passe comme les autres.
(1) Pauthier (Chine vioderne I, p. C4j place cet autel auprès de la ville de Kou-tou
dans le canton (sous-préfecture) du Chaiig-yuen Men. La carte Vi7 indique le Kiao-Vaii
près de l'Arsenal actuel.
(2) Li-yang c'est la ville de Ho-tcheou ^ jWl au Ngan-hoei.
(3) (Voir la carte suprà p. 54). A ces dates on mentionne des revues militaires à
Koan-mo men, au N. N. E et parfois vers le site de Koan-yn men. Comme un bras du
Yang-tse y ménage,auprès du rocher Yen-tse ki ^ ^ m? '^^ havre de débarquement
dans une anfractuosité, à l'abri des hautes falaises de la rive sud, il faut voir là probable-
ment ces revues ou inspections navales. Qu'on n'oublie pas, du reste, que les buttes situées
au nord du lac Heou hou, furent longtemps environnées de camps, couvrant la capitale.
(4) Tsin T^cheng ti aurait admis le Bouddhisme en ses états ; Tain Kien-wen ti
(371-373) aurait agi de môme. cf. infrà. Les chinois, au dire de Colborne Baber, font
remonter aux Tsin (265-317) le célèbre monastère du mont Omi (Chinese Becorder 1882 —
vol. XIII. p. 423).
(5) Enterrée six mois après au Hing-pHng ling -^ ^ ^î son mari fut déposé
dans la mêma sépulture.
(6) Enterré au Tch^ong-pHng ling ^ ^ ^.
(7) De 345 à 3G3. Voici les dates : 345, 346, 347, 343, 349, 353, 354, 355, 358, 363.
Plusieurs tremblements de terre se firent sentir certaines années. A l'automne de l'an 351,
le Yang-tse inonda les parties basses de Ghc-tcou ich^cng, submergea les barques et fit de
nombreuses victimes.
58 CH. II. LES TROIS ROTAUMBS ET LES TSIN.
Tsin Mou ti commence à gouverner en personne à la 1*^^® lune
de 357. Au printemps, il ofTre le sacrifîce officiel à Gonfucius. Il
meurt trois ans après dans le palais de Hien-yang tien (1). Le
prince Lang^-ya wang ou Se-ma P'ei ^ JH ^ le remplace inconti-
nent. Ce Tsin Ngai ti # ^ i^. fils de Tsin Tch'eng ti ^ A ^
(6® empereur) promet au pays un excellent souverain : il s'empoi-
sonne bientôt (365), comme beaucoup trop de monarques de ce
temps et des suivants, avec un soi-disant breuvage d'immortalité,
confectionné par des taoïstes (2). Se-ma I %S^^ (Lang-yé y^ang)
monte sur le trône (365). (On ne lui accorde que le titre de Hai si
Kong ^"S^ parce qu'il fut ensuite détrôné par Hoan Wen }Jgg).
Il creusa, près de Tchong c/ian, le canal KHu choei ^ ;JiC(366). Une
terrible inondation envahit le T'ai miao H^^^^e Temple des ancê-
tres impériaux, et entraîna jusqu'au Yang-tse trois des grandes
jonques nommées Tchou-tsio hang, amarrées dans la capitale.
Hoan Wen y vient détrôner l'Empereur, le réduit au titre de Tong-
hai wang ^ ^ ï et lui substitue Se-ma I ^ J^ :^, le Prince
Koei-ki wang '^ ^ £• Lui-même, après avoir habité treize jours
la salle centrale, quitte le palais impérial pour regagner sa rési-
dence de KoU'Chou j^ ^.
L'empereur légitime Tsin Kien-wen ii # ^ 3fc ^ meurt
dans la salle orientale (3), et son fils Se-ma Tch'ang-ming "^ E g
B^ recueille la peu enviable succession (Tsin Hiao-ou ti, 373-397).
Hoan Wen reparaît à la Cour et l'empereur envoie des mandarins
à sa rencontre pour le saluer. Après une visite à la sépulture
Kao-p'ing Ung f^Z^^il va mourir kKou-chou^'^. L'impératri-
ce-mère, Tch'ou T^ai-heou saisit les rênes du Gouvernement (373).
A l'automne de 375, Tsin Hiao-ou ti explique dans la pagode
T'ong-Vien hoan 55??^, \e Hiao-king :^ jjg (ouvrage de Yen Tche
IK^ des Hah, livre de piété filiale). Un incendie détruit les pavil-
lons de la porte Chen-hou men j|ljl ^ P^ et l'empereur offre le
sacrifice usuel à Gonfucius. Il pénètre pour la première fois dans le
T'ai miao -jl^ j^, le temple de ses Ancêtres, à l'ouverture de l'année
376 et prend en main l'administration de ses états. Il fait ensuite sa vi-
site officielle aux quatre sépultures impériales, Kien-pHng ling,^ etc.
Tremblements de terre en 376 et 377 ; cette année-là on en
ressentit plusieurs, accompagnés de violents orages. En pleine
ville, on trouva même des poils Végétaux, produit spontané du
sol ! Le phénomène se renouvela en 3.89. Hiao-ou ti ^ ^ ^ fait
construire la porte Tchou-tsio men J^ -^ P^ (378) et quitte le
palais du prince Koei^ki wang 'É' % ï pour occuper celui qu'il
venait de se faire bâtir.
(1) Enterré au Yong-pHng ling ^ ^ K-
(2) Enterré (366) au Ngan-fing ling ^ ^ ^. Yu Hoang-keou J^ ^ ^ sa
femme, morte en 366, le fut au King-p^ng ling §j[ ^ S*
(3) Enterré au Kao-pHng ling 1§ ^ 1^-
$ III. INTRODUCTION DtJ BOUDDHISME. 59
La foudre frappe, en 380, quatre colonnes de la salle Han-
tch'ang tien ^ ^ ^, tuant deux officiers de la Cour. L'impéra-
trice reine Wang Hoang-heou ^ ^ I J6 meurt sur ces entre-
faites. On r enterre au Long^p'ing ling ^ ^ ^. Hiao-ou ti ^
JÇ ^ avait visité les sept tombeaux du Kien^p'ing ling ^ ^ g^
etc, en 379, et le Kao-pHng ling ^ Zp ^ l'année suivante.
A la première lune de 381, Tsin Hiao-ou, ti 0,"^^ (373-
397) fait disposer une sorte de vihara (ou pi'^hc-lo, sorte d'oratoire
ou couvent bouddhique) en son propre palais. Puis il y installe
un chapitre de bonzes (1).
Supposé exact, le fait, que rien de positif n'autorise à con-
tester, fournirait une date précieuse pour l'histoire documentée
du bouddhisme en cette région. Il y prit vite un ascendant presque
incroyable, dû à d'autres causes que celle, mise en avant et pré-
tendue adéquate, d'aspirations vers un idéal religieux, supérieur
à la théorie confucianiste, si étroite et si - mélangée déjà de
taoïsme.
Toutefois, nous admettons pleinement que la morale sensua-
liste et utilitaire de K'ong Fou-tse, privée de base et de sanction,
sans échappée sur la vie future, devait fatalement laisser inassou-
vie cette soif innée de surnaturel. Le bouddhisme, qui venait à
point combler partiellement une énorme lacune, fut accueilli
faute de mieux. Ainsi, certains païens chinois de nos jours
accueillent, leurrés, les enseignements diminués et mutilés du
protestantisme. Alors, comme aujourd'hui, le changement de
croyances marquait un progrès relatif; mais il faut se garder d'en
exagérer la portée.
Le rapide succès de cette propagande doit être attribué
aussi, croyoAS-nous, à l'esprit d'ardent prosélytisme qui animait
ces prédicateurs hindous, au savoir-faire, à la science, aux vertus
même de ces ascètes instruits, artistes, entreprenants, insinuants
et convaincus. Ces avantages multiples, outre le renom de la
haute culture civilisatrice de l'Inde, leur conquirent, à l'arrivée,
une considération hors pair, une influence inouïe, un prestige
indiscuté, à la Cour aussi bien que parmi les lettrés et le peuple.
Sans présenter le récit du R^ Milne comme parfaitement avéré,
nous avons rapporté plus haut la fable relative à la relique ou
chéli (shelitze) pour laquelle Ou Ta ti aurait, vers 240 de notre
ère, élevé à Nankin la "première" tour de pagode.
(1) On les a nommés s'ratnanaSj ou chamanes, ou samanéens. Cf. dans le Chinese
Becorder (1894— vol. XXV. p. 224 et aeq.) le résumé que M' E.-H. Parker a fait de l'ouvrage
des PP. Pierre Hoanp^ et André Tsiang. L'article en question est intitulé <i.Early buddkism
in Ghinay>. Nous lui faisons quelques emprunts çà et là. Elisée Reclus (cf. T. VII) y
apprendrait qu'on ne fait point unanimement dater du VI« siècle la propagation du
Bouddhisme au sud du Yang-tse. Il reste vrai pourtant que cette secte dut surtout son'
expansion vers le N. 0. à l'influence tartare et tibétaine.
60 CH. II. LB8 TROIS ROTAUMES ET LES T8IN.
Il reste toutefois établi que déjà à plusieurs reprises, et vaine-
ment, le Bouddhisme avait tenté de 8*implanter en Chine, et cela
avant l'évolution religieuse qui le difTérencia nettement d'un abject
brahmanisme. II. est vrai, remarque de Lacouperie, les ascètes
venus, en 305 avant J.-C, n'étaient peut-être que des marchands,
bien que Sila, l'un d'entre eux, ait exhibé des images boud-
dhiques. L'on cite plusieurs noms d'étrangers, partis comme eux
au 2* ou 3" s. avant notre ère, pour le céleste Empire; mais il est
malaisé de prouver qu'ils étaient bouddhistes, non taoïstes ou
surtout brahmanistes. En 221 (av. J.-C.) arrivent de l'Ouest, au
S.O. du Kan^sou, douze hommes de haute taille : l'empereur fit
faire leurs statues en bronze, chacune de 1.500 kilogrammes.
L'an 189 de notre ère, on les transforma en monnaie. Quelques
auteurs y ont vu, sans preuves, des idoles bouddhiques. Telle
aurait plutôt été la statue d'or prise Tan 121 av. J.-C. par Ho K*iu-
ping ^ ^ ^, général de Han Ou ti ji|^^, aux Hiong-nou ^f^
du Si Yu jgf J^ (Turkestan) qui l'adoraient, et apportée à Tch^ang-
ngan (Si-ngan fou) ( De Lacouperie, Western Origin, p. 127).
Terrien de Lacouperie (1) assigne les années 680-642 avant
notre ère à l'arrivée (de l'Océan indien) de navires étrangers dans
la baie de Kiao-tcheou JP ^ au sud du Chan-tong, Y venaient-ils
intentionnellement, en étendant peu à peu, vers le nord, leur
hasardeux cabotage, ou bien la tempête, les moussons et les
courants les avaient-ils poussés dans cette baie, malgré eux? Des
établissements, entre autres Lang-ya ^ IfiS et Tsi-mo |p H, se
formèrent sans retard ; un nouvel apport de civilisation s'implanta
dans la presqu'île, et nous en retrouvons d'incontestables traces
archéologiques (2). De Lacouperie signale de nouveaux arrivages
en 641, 600, 565, 525. Koei-ki '^Hdans la baie de Hang^tcheou
>K JW (peut-être le Chao-fiing fou ^ ^ d'aujourd'hui) fut occupé
vers 473 ; des marchands étrangers commerçaient à Ning-po $( j^
en 327. Notre auteur donne les années 220-217 av. J.-C. comme
la date de la première arrivée de "missionnaires" bouddhistes.
(1) Terrien de Lacouperie, Western Origin...^ passim. Inutile de prévenir le lecteur
que nous n'admettons point sans de nombreuses réserves, les dates fournies par l'aventu-
reux auteur, encore moins les théories surprenantes qu'il patronne ou improvise.
(2) Outre les vestiges numismatiques (que de Lacouperie mentionne) des deux
emporia établis au Chan-tong, en 680 av. J.-C, par des étrangers venus de l'Inde, j'ai en
vue les bas-reliefs (?) de //iao-^'aTîjj' c7zan ^ S UI, remontant au II« S. avant notre
ère, et ceux du On-Uang se 5C ^ ÎW) temple ancestral ù. 12 kilom. au sud de Kia-siang
hien ^ if^ j||. Ces derniers datent du second siècle après J.-C. M. Edouard Chavanne,
qui dans son magnifique ouvrage : "La Sculpture sur pierre en Chine" Paris, 1893,
les reproduit, nie l'inspiration étrangère de ces bas-reliefs chan tenais, et s'appuie
sur M. Paléologue (l'Art chinois) pour combattre Douglas et de Lacouperie. [note de
l'éditeur.]
s III. BOUDDHISME EN CHINE, 67 AV. J.-C. 61
Ces chamanes, au nombre de 18, apportèrent, des Indes à
Lo-yangf ]^ |^, les enseignements de Chakyamouni. Il les nomme
(p. 389) aTze KaOj Tcheng Peh kiao, TsUli-fang.,,yi et mentionne
l'insuccès de leur propagande religieuse; Le professeur Douglas
(China, p. 318) va jusqu'à affirmer que le récit des tracas et
difficultés qu'ils éprouvèrent «rappelle singulièrement celui de
Temprisonnement de S. Pierre,» un siècle et demi auparavant.
D'autres sinologues ne voient là qu'une altération des légendes
relatives à Che Li-fang ^ ?pj M (1). L'an 147 de notre ère, 148
émissaires bouddhistes arrivèrent en Chine du pays des Parthes,
selon T. de Laeouperie.
On l'a vu, les rivages du Chan-tong virent aborder des bar-
ques étrangères bien avant l'année de l'Incarnation. Et pourquoi
ces hardis caboteurs étrangers. Indiens, Malais, ou Arabes, remon-
tant la côte de Chine, par Canton, Fou-tcheou et Ning-pOj jusqu'à
la baie de Kiao-tcheou, ne seraient-ils pas entrés dans le Yang-tse ?
Par la triple bouche de son estuaire, ils ont pu venir jusqu'au
pays de Nankin, alors moins distant de l'Océan. La navigation
fluviale du delta, sur les canaux, les arroyos et les lacs, ne
réservait point à ces jonques de mer plus de difficultés que leur
interminable cabotage maritime.
On accorde à peu près unanimement que ce serait l'an 58 ap.
J.-C. que la Cour chinoise aurait d'abord entendu parler duBouddhis-
me (2). Yng ^^ Prince de Tch'ou ^, jeune frère de Tempereur Han
Ming ti, prit un vif intérêt a cette doctrine, en vue de la compa-
rer avec celle de Hoang Lao ^ ^ ou École taoïste. (Beal, Buddhist
literature in China, p. 3). Puis^ l'an 62 ou 63, Ming ti eut son rêve de la
"statue d'or volante", que Fou / ^ ^ lui expliqua comme on sait.
Pour se mieux renseigner, on députa une commission impériale
aux Indes, à la fm de l'an 64 de notre ère, ou au début de Tan
65. «En 67, la cortimission revint, ramenant deux chamanes,
nommés Ka-siap Ma-tang (c. à d. Kasiapa Matanga) et Gaplan
(Gobbarama), qui se fixèrent à Lo-yang •^ ^, au Lan-Vai || J
(1) On consulterait utilement aussi : China Beview (1885-1886. p. 189.) «Histoire
des étrangers en Chine» aux premiers siècles de notre ère : article de J. Chalmers.
On a dit que 1h bonze Chc li-fang (S' ri vang ^ ^J /^) vint en Chine sous T^sin Clie
Hoang-ti. Ce n'est guère probable, estime M. K. H. Parker, Chin. llecorder, 1894. p. 224.
D'après lui^honze viendrait de voud^ d'autres écrivent bout, ouBoudha, en japonais bo-dz-
(2) De Mailla fixe l'introduction du bouddhisme à l'an 65 ; mais, pour lui, ce ne
serait qu'à la huitième année de Han Ming ti «qu'on éleva la l**® statue à Foé et que sa
doctrine commença à se répandre.» III, p. 357 et seq.
« Les premiers monarques fauteurs du bouddhisme paraissent avoir été ceux des
^ (Tchao) et ^ (lô'ia) empereurs de la Chine septentrionale au IV® siècle. L'hindou
Boudhôtchenga résidait à la cour des premiers et les Tsin § entretenaient des relations
étroites avec les bouddhistes renommés du Cachemir et du Suât.» E.H.Parker, — Préface
(p. XXI) du Dictionn. chinois-anglais d'H. Giles.
62 CH. II. LBS TROIS ROYAUMES ET LES TSIN.
(Galerie des Orchidées), où Ton compléta pour la première fois
les SoutrsLS (livres hindous), en 42 sections. Pour ces nouveaux
venus, on éleva le Pé^ma se Q J^ ^, **Monastère du Cheval
blanc", à l'O. de la Capitale, terminé Tan 71. Quelque temps après
ils y moururent» (de Lacouperie, op. cit. p. 209).
Sous Han Ngai ti ^"g^^ ( — 6+ 1) les enseignements oraux
du bouddhisme, sinon les livres canoniques de cette secte, furent
communiqués à un membre du Collège des Sacriûces, nommé
Ts'ingKing, par I Ts^uen^heou, envoyé des Gétes. «A cette époque,
disent les historiens chinois, les sectateurs de Bouddha étaient
répandus partout sur nos frontières, leur doctrine était connue
dans TEmpire, mais on n'y croyait pas» (1).
En définitive, le rêve étrange de Han Ming ti (58-76) est le
point de départ de Tinfluence bouddhique au Céleste Enpire ; il y
a rendu possible la diffusion des doctrines de Chakyamounù Les
annales des Han relatent ainsi l'aventure : «Au pays de THen-
tchou 3Ç ^ o^ Chen^tou ^ ^ (Sindhou) existe une secte qui
observe les règles établies pas Feou^t'ou ^ jg. Bouddha. Or,
d'après une tradition, Ming ti vit en songe une statue dorée de
plus de 10 pieds de haut, dont la tête brillait d'une vive clarté.
A son réveil, il en demanda l'explication à ses ministres, et
Fou / fli ^lui apprit que dans les contrées de l'Ouest on adorait,
sous ces traits, un dieu appelé Fou. L'empereur envoya aussitôt
Ts'ai Yn ^^ aux Indes, prendre des informations sur cette divinité
et étudier sa doctrine. Telle est l'origine des statues de Fou dans
l'Empire du Milieu».
Ce récit des Han suggère deux réflexions : le cerveau de
Ming ti était, comme celui des Mages d'Orient, travaillé de soucis
religieux ; puis le bouddhisme, au moins la connaissance sommaire
de ses enseignements, devait couver encore en Chine comme un
feu caché sous la cendre. Sinon Fou I, pris à l'improviste, au
dépourvu, aurait-il pu produire à point nommé une information
aussi précise?
Pourtant, nous n'aurons garde d'omettre ici une judicieuse
observation de M^ E.H. Parker, qui, d'accord avec plus d'un sino-
logue, estime qu'ultérieurement on confondit ces vagues traditions
avec le fait certain de la première arrivée des Juifs en Chine.
(Elle se produisit l'an 72 de notre ère, au S.O., d'après de La-
couperie). Plusieurs idées chrétiennes, et quelques allusions con-
fucéennes au Saint Homme de l'Ouest,» reposeraient sur ce fonde-
ment (Chin, Recorder, loc, ci,). J'ajoute que nombre de croyances
taoïstes sont dans le même cas, quant à leur genèse et origine.
(1) E. Landresse, Introduction à la traduction d'Abel Rémusat aBelation des
royaumes bouddhiques.» — Paris, 1836. — Cf. E.H.Parker, Chinese Becorder flSH, p. 224
et seq.
f ni. BOUDDHISME, EN CHINE. 63
Voici quelques unes des dates précises qui jalonnent les éta-
pes de cette diffusion du bouddhisme dans la Chine moyenne :
L'Empereur Hoan ti (147-168) honore Bouddha dans son palais.
Sous Hien ti (190-221), Tso Yong, préfet de Koang Ling (aujourd'hui
Yang-tcheou à 20 lieues ENE de Nankin) élève un vaste monastère
et propage la foi en Chakyamouni, Puis, en 220, sous les «Trois-
Royaumes», on tolère que des indigènes embrassent la profession
de bonzes. Un siècle après (335), le peuple chinois y est pleine-
ment autorisé. On avait apporté et traduit les Soutras (livres hin-
dous) en Chine (1). De nombreux monastères surgissent partout,
et Ton conserve les édits relatifs à ces fondations religieuses. (Cf.
E.H. Parker, Chin-Recorder, p. 228, 1894).
Le pays de Nankin, dès lors foyer de culture civilisatrice et
centre politique important, subit ou précipite Tentrainement gé-
néral. Le constater à loisir nous mènerait trop loin : retournons
aux événements locaux qui concernent cette ville au IV® siècle.
Une inondation, suivie de famine, avait désolé Tannée 381.
A Tautomne, le général Sié Ngan |y ^, une célébrité de cette
époque, passe Tinspection d'une flotte assemblée auprès de Che-
Veou tch'eng. Ce détail révèle l'importance de ce confluent (Yang"
tse et Te'in hoai), comme station navale à la fin du IV® siècle.
De cette année date le Tong-yé tHng ^ }g iÇ (ou Pavillon)
servant à héberger les mandarins voyageant pour raison de ser-
vice.
C'est alors (383) que Fou-Kien 1^ ^ (353-385) souverain du
royaume septentrional de Ts'in ^, vint menacer Nankin, où
règne une poignante terreur. L'empereur se rend à Tchong chan^
|]j dans une pagode en renom, dont il supplie le poussah de pro-
téger son empire. Le général Sié Yuen ^JC défait les troupes du
royaume de Ts'in ^ à la 10® lune. Un décret impérial félicite de ses
victoires le général Sié Ngan |^ ^ luttant à Kin tch'eng ^ JJ,
et le ^rappelle à la capitale (384) (2).
Établissement d'un Gymnase impérial g Jp au sud du T'ai
miao (385). Sié Ngan ^ ^ se rend a Koang ling ^ J^ (Yang-tcheou
M 5fl) pour pacifier le pays. L'empereur va lui offrir un grand
banquet d'adieu à Si-tehe H jfe- ^^ général meurt quelques
mois après. De nouveau, grande inondation, suivie de famine.
Ces sinistres donnent une peu favorable idée de l'état des travaux
hydrauliques autour de Nankin, toujours menacé par son turbulent
voisin, le Yang-tse kiang.
(1) De Qrooty p. 1106, "Kumâradjiva, célèbre apôtre qui vint en Chine à la fin du
4« siècle, aurait traduit un des plus fameux Soutras.
(2) Mort de l'impératrice-mère Tchou Tai-heou W/Sim enterrée au Tch'ong-
pHngUng^^^. L'Empereur visite les quatre tombeaux Kien-pHng ling.. etc..
L'année suivante, il visite toutes les sépultures impériales.
64 CH. II. LES TROIS ROYAUMES ET LES T81N.
Seconde visite générale de toutes les sépultures. Un tremble-
ment de terre signale Tété de 386. On en compta trois en 390,
un en 392, deux en 393.
Au sud-est de la ville préfectorale Tan-yang kiun on bâtit un
Temple de Confucius.
Les chroniques signalent gravement qu'en 388, après le
sacrifice offert aux ancêtres impériaux dans le T'ai miao, un lièvre
se promena dans le temple. Cette année se termina par un dé-
sastre; dans un ouragan, la Salle Yen^hien t'ang JÊ R ^ P^^* ^®"
et Tincendie se continua le lendemain. En 389, nouvel incendie
au pavillon de la porte Siuen-yang men ^ |^ P^. Alors aussi
Se-ma Tao^ise ^ S^ fS. ^ (prince Lang-ya wang ^ ^J D trans-
porta vers l'est la résidence préfectorale de Yang-tcheou ^ ft\.
Siu Koang ^ J| chargé de dresser Tinventaire de la biblio-
thèque particulière de l'Empereur (391), y trouva 36,000 volumes.
Reconstruction du T'ai miao :lc jg. Lors du tremblement de terre
de 392, l'inondation couvrit les parties basses de Ctie-feoutch^eng
et fut suivie d'une extrême sécheresse. A Touest du T'ai miao,
on bâtit (395) le temple funéraire de Timpératrice, mère de Kfen-
wen ti |g 35c îfî> nommée Siuen T'ai-heou ^ ib^ )§ après sa mort.
On venait d'élever (392) le palais du prince héritier, Se-ma Té-
tsong ^ ,g| â ^.
Une comète parut alors au firmament et terrorisa le pays
(395). L'Empereur alla prier dans le jardin Hoa-lin yuen ^ ^ H.
sis au N. 0. du Pé-ki ko, afin de conjurer le sinistre que présa-
geait ce météore.
La Salle Ts'ing-chou tien j{| ^ J^ et le palais Yong-ngan
kong ^ $Ê remontent à cette date (396) (1). A la neuvième lune,
une concubine impériale, nommée Tchang Koei-jen ^ jR; A étouffa
HiaO'OU ti ^ ^^ (2). Dès le lendemain, Se-ma Té-tsong, son
fils, monta sur le trône et confia l'administration du royaume à
Se-ma Tao-tse ^ ^ ^ ^j prince Koei-ki wang # H £. L'em-
pereur débauché (Tsin Ngan ti § ^. ^) commença à administrer
en personne quelques mois après, c. à d. à la 1" lune de 397.
Il eut bientôt à réprimer la révolte de Wang Kong ^ ^,
gouverneur du Chan-tong (^ jHi $1 £) ^^ "^i* à mort ses compli-
ces Wang Kouo-pao 3E ® ^ et Wang Siu J ^.
Deux barques impériales furent incendiées en 398, et peu
après, Wang Kong rentra en campagne, entraînant dans sa révolte
Hoan Yuen îg ^j gouverneur de Koang-tcheou || )i\, au Koang-
tong. Ce dernier dut abandonner Che-Veou tch'eng, quand Lieou
(1) On remarque parmi les anciens monuments, le palais duT*ai-ki ou premier
principe des choses V. Tai thing-tong-tche^ (K. 39 f° 14 verso,) situé au nord du Chang
youerij et construit de 376 à 397 de notre ère .: il fut reconstruit de nouveau en 513, brûlé
ensuite par des soldats, puis reconstruit en 558. Pauthier. Chine moderne p. 66.
(2) Enterré au Long-pHng ling @| ^ K*
$ III. FIN DES tsin; ngan ti. 397-419. 65
Lao-ic/ie ^ ^ j^, commandant Tavant garde, eut mis à mort Wang
Kong et fut revenu victorieux auprès de l'empereur.
Les brigandages et les séditions n'en désolèrent pas moins
les abords de la capitale à lafîn de 399. Le souverain, ne sachant
où donner de la tète, fit présent d'une hache jaune ^ |^ (honneur
insigne) à Se-ma Tao-Ue ^ ,g| ^ •?, prince Koei-ki v;ang. Il
accorda à son fils le titre de généralissime fl 4* -S ^ %- Deux
tremblements de terre la 1" année du V® siècle. L'Impératrice
Li che ^ J^j grand'mère de l'empereur, mourut alors. On l'enterra
au Sieou-p'ing ling ^ ZJ^ ^.
Nankin fut attaqué, en 401", par le rebelle Suen Ngen |g g,.
Se-ma Chang-tche ^ M IsJ ;è^ prince Ts'iao wang H ^, le
repoussa.
Se-ma Yuen-hien '^ ^ TC M (^^^ ^® Se-ma Tao-tse ,nommé
plus haut) prit le commandement des troupes impériales (402)
et marcha contre Hoan Yuen jj^ yf^- ^ son départ, Tsin Ngan ti
^ ^ ^ lui offrit un banquet d'adieu. Hoan Yuen le défit pourtant;
les princes Ts'iao wang |j| 3£ (Se^ma Chang-tche % ^ '^ i,) et
Ts'i Wang ^ 3E (Se-ma Jeou^tche ^ Jë| ^ ;^) périrent dans la
déroute. Lieou Lao-tche gij ^ j^l lui-même embrassa le parti de
Hoan Yuen, qui culbuta les troupes du gouvernement, entra dans
Nankin et y mit à mort Se-ma Yuen-hien, fils du Koei-ki wang.
A la 4® lune de 402, le vainqueur (Hoan Yuen) quitta la capitale
et se rendit à Kou-chou ^ ^ (T'ai-p'ing fou). Il pressa Tsin
Ngan ti d'habiter le palais Yong-ngan kong ^ ^ §• Mais à la
fin de 403, il monta lui-même sur le trône et imposa le nom de
Tch*ou ^ à sa dynastie. L'empereur, réduit au titre de prince
PHng-kou wang ^ @ 3E^ ^^* relégué à Sin^yang ^ ^^ au Kiang^si,
Le nouveau souverain prit possession du Kien-k'ang kong, puis
d'un autre palais, celui de l'est ]^ 1^; il ouvrit les portes Tong^i
y^ ^, P'ing^tch'ang -^ ^ et Koang-mou j^ ^.
L'on peut se représenter sans erreur ce Suen Ngen comme
une sorte de pirate ou d'écumeur des mers du littoral, qui étendit
le champ de ses opérations vers les frontières méridionales du
royaume, puis jusque vers la capitale. A son approche, le peuple
de Nankin avait failli massacrer le premier ministre Se-ma Tao-tse
avec son fils Yuen-hien. Ce dernier avait fait transporter de
force à Kien-k'ang, puis enrôler dans les troupes impériales, des
centaines de domestiques et d'esclaves, appartenant aux familles
opulentes de la principauté [Koei-hi, préfecture de Chao-hing) qu'il
administrait tyranniquement pour le compte de son père. Suen
Ngen, exploitant le mécontentement populaire, avait enlevé iCoei-fei
et les huit villes qui en dépendaient au Tchè-kiang (de Mailla, IV,
511). La Chine avait dès lors ses pirates côtiers, ses «Normands»,
qui remontaient les estuaires des fleuves pour ravager les plus
riches cités; mais ils étaient originaires du sud, en général.
Vers cette époque entre en scène un aventurier, un soldat
5
66 CH. II. LES TROIS ROYAUMES ET LES TSlK.
de fortune, dont le rôle grandit subitement. Lieou Fu m ^
successivement tailleur ou cordonnier, puis chef de bandes et
enfin général, Kien-ou Tsiang^kiun j^J^ÎHt^J/i* ^t des enrôlements
forcés à King-k^eou jy; p (Tchen-kiang ^ fl^) pour défendre le
gouvernement nankinois, confié à des mains trop débiles. Il prit
un ascendant incroyable par son activité, son audace et des
talents qui lui valurent une popularité aussi méritée que dange-
reuse. En 404, il vainquit le rebelle Hoan Yuen |& % à Kiang-
cheng ûl ^* sous-préfecture en aval de Nankin, à peu près à
la hauteur de Si-hia chan ;^ H llj. H le défit encore à Fou-tcheou
chan ^ 'fy' \li* sous les murs de la capitale et le mit en déroute.
Puis, pénétrant dans Che-Veou tch*eng, dont la possession le
rendait maître des destinées de l'empire, il mit Lteou T'ai ^ ^
sur le trône et distribua des charges mandarinales. Il se retira
ensuite dans la ville de Tong-fou ^ }^.
Lieou T'ai dont il s'était constitué le protecteur officiel, le
Cromwell anticipé, nomma Se-ma Tsuen "^ J^ ^ (prince Ou-ling
'Wang |S @J 3E) ^^^ premier ministre, une sorte de Garde des
sceaux. Ce dernier envahit le palais du prince héritier de la
couronne. Hoan Yuen ;(g yQ fut assassiné dans la ville de l'-tcheou
^ ^ et sa tète fut portée à Nankin (1).
L'empereur Tsin Ngan ii § $ '^ vint de KiangALng ^ ^
(IloU'péj King-tcheou fou jjK :f[^ ^J ^ ^) à sa capitale et donna
un banquet d'adieu à Lieou Yu partant pour King-k'eou ^ P
(Tchen^kiang) 405.
On rapporta en 405 un décret impérial, prohibant la fabri-
cation du ''vin" et boissons fermentées (2).
Lieou YUj rappelé à Nankin, fut nommé Gouverneur de Fangf-
tcheou; Tempereur l'associa à l'administration de l'empire et lui
assigna Tong-fou comme résidence (407) (3). Il l'autorisa bientôt
à attaquer le royaume de Nan-yen p^ ^ et lui offrit un solennel
banquet d'adieu dans la Salle oocidentale.
Lieou Yu vainquit aisément le royaume de Nan-yen (598-
411). L'infortuné souverain. Mou Yong-tch'ao J|E ^ É5 (405-411),
fut pris et envoyé à Nankin, où on le décapita.
Le pirate Lou Siun j^ |g avait profité de l'éloignement de
Lieou Yu pour attaquer la capitale. Ce dernier y rentra en hâte et
convoqua toute la population à réparer les fortifications de Che-t'eou
tch'eng, la meilleure protection de Nankin. L'assaillant avait pris
position avec ses jonques de guerre, au confluent du Yang-tse
(1) L'impératrice Ho-che jcj R femme de Ngan tiy décédée à cette date (404) fut
enterrée au Yong-pHng ling y^C ^ @t*
(2) Bans les années de disette, cette défense est encore portée. Son but est de
réserver les grains pour nourrir le peuple. Elle est généralement éludée.
(3)' Grande chute de neige à la fin de Thiver de 408.
J m. T8IN NftAM TI (397-419), FA-HIEN. 67
et de la Ts'in Hoai (1). Partout on activa les préparatifs militaire».
On improvisa trois nouveaux camps {tch'a^p'ou ^ ^, yo^uen
fl y et ringf-wei Jg ^). Chen Lin-tse gfc î^^ -^ et ses collègues
remportèrent une victoire à Nan-t^ang p^ ^; Lou Siun j| ||
s'enfuit (XIP Lune) par l'île Ts'ai tcheou ^^ et gagna le sud.
Lieou Yu entra dans la ville Tong-fou et prépara une flotte, qui lui
permit de poursuivre les pirates (XII® L.) jusqu'à l'endroit nommé
T80Uo4i, 2e M-
A la 1ère L de 411, il rentrait à la capitale. L'empereur lui
témoigna sa reconnaissance en lui offrant un banquet, au bassin
occidental Si-tch'e "g" f^.
L'impératrice-reine Wang che ^ jg^ mourut à la 8® L. dé 412
et le mois suivant on l'enterra au Hieou^pHng ling ^^g|. Lieou
Yu eut à guerroyer encore contre Lieou J ^J |g( à Kiang-ling f£^ ^
au Hou-pé; il le tua à la 10^ L. Sur la butte de Che^t'eou *c/i'eng>
Ton venait d'élever une construction à étages nommée Jow^han X
^. Lieou Yu rentra secrètement dans Tong»fou (II® L. 413) éprouvé
par une inondation au début de l'été. En outre un incendie fit
des ravages considérables et le temple de Confucius du Gymnase
impérial fut ruiné.
Nouveau tremblement de terre en 414 (III® Lune). Cette année
l'on entoura Tong-fou de murailles (2). Au commencement de 415,
Lieou Yu marcha contre Se-ma Hieou^-tche ^ JB| ^ ;è qu'il con-
traignit de chercher un refuge au royaume de TsHn ^. Nouvelle
inondation (VII® L.) dans laquelle le temple des ancêtres impériaux
s'écroula. La fréquence des incendies, que l'on signale pour cette
année, indique que les maisons d'alors n'étaient construites qu'en
bien pauvres matériaux.
Après un an de repos, Lieou Yu partit (VIII® L. 416) pour
(1) Vers cette époque un raz de marée submergea 10,000 barques dans cette impor"
tante station navale et militaire, probablement au pied des flancs de TsHng-lian^ çhaH
(2) Si réellement rUluâtre voyageur Fa-hienf^ |S vint à Nankin, ce fut â cette date.
Parti pour les Indes en 399, il fut quinze ans absent et rentra en Chine aveô dea copies de
livres bouddhistes. Abel, Rémusat (et depuis, le R*^ Beal) a traduit son Fou kouo ki. Dans
cette Belation des royaumes bouddhiques^ qui est le récit de son voyage, Fa-hien dit lui-
même (p. 862 de la traduction de Bémusat, Paris 1836. ) que « ce qu'il méditait étant une
chose importante, il s'arrêta dans le midi.» Et C. Landresse, dans une note (p. 367) sur ee
passage, af&rme que le voyageur s'arrêta à Nankin, où il publia les livres religieux qu'il
avait rapportés. «C'est là le devoir important dont Fa-hien s'était imposé l'accomplisse-
ment avant de retourner dans son pays natal, » au Clian-ionÇf où il parvint en 414, en
passant par Tch'ang-ngan (Si-ngan fou.) Au reste, le tracé de son itinéraire par Klaproth
(carte à la fin du volume) est nettement indiqué par Nankin. En lisant ces particularités
concernant Fa-hien^ on s'étonnera moins d'apprendre que, peu d'années après, sous Song
Wen <t ^ 5C W (424-453) aSiao Mo, préfet de Tan-yang (au Kiang-nan) présente un
mémoire au trône contre l'invasion des statues et des monastères bouddhiques;» ils
s'élevaient pat milliers sous ce i*ôgne. (cf. È.-H. î»arker, Chinese Hecorder, 18Ô4. p. 229).
68 CH. II. LES TROIS ROTAUMBS BT LBS TSIN.
une expédition contre le royaume des Ts'in postérieurs, Heou Ts'in
m^, (384-418) Il s'empara (VHP L. 417) bientôt de leur capitale
et envoya leur roi Yao Hong ^f^L (416-418) en captivité à Kien-
K'ang, où on le décapita.
Lors de son retour, Lieou Yu fit halte à P'ong tch'eng J^ j||
{Siu-tcheou fou ^ ji{}^)' Aux derniers jours de 418, il ordonnait
l'assassinat du débauché Tsin Ngan tt Ç $ ^ (397-419), tué dans
la Salle orientale par Wang Chao-tche ïj^jj^. Se-ma Té~wen
^ Jg| ^ ;^, Prince Lang^ya wang 103115 3E» succéda à son frère,
l'empereur défunt, enterré (1*"^ L. 419) au Hieou^pHng ling ffc^fê-
L'ambitieux Lieou Yu, déjà nommé Song wang J^ 3^, Prince
de Song, détrôna (VI^ L. 420) Tsin Kong ti § Sg ^ (419-420).
Quarante-huit heures après, il se constitua lui-même empereur,
méditant, selon la bonne vieille coutume, de se défaire du monar-
que dépossédé.
En réalité, le meurtrier n'arriva que par étapes à ce régicide
final. Ses intrigues criminellement prévoyantes avaient au préa-
lable élevé Tsin Kong ti sur le trône; mais comme, dictateur
sans scrupules, et régnant sous son nom, Lieou Yu, couvert du
sang de tant d'assassinats, complotait ouvertement contre lui, cet
empereur, circonvenu, obsédé, et redoutant un nouveau forfait
sur sa personne, proposa à son ministre pervers d'abdiquer en sa
faveur. L'intrigant général, auquel Nankin ( Kien^k^ang ) avait en
418 décerné une ovation triomphale, accepta ces offres peu spon-
tanées ; l'indolent souverain, par devant tous les mandarins de la
ville, lui fit remise solennelle de tous ses droits et privilèges
impériaux. A la suite de cette mise en scène, le potentat démis-
sionnaire, pourvu d'un titre de Prince de premier ordre, lin-ling
Wang ^ ^ ^E» ^^* provisoirement confiné dans une retraite hono-
rable. On lui assigna Mo-ling tsen comme résidence, à 50 H S.
Ji. de Nankin; il s'y gardait de son mieux contre l'escorte forcée
qu'on lui avait imposée plus qu'octroyée. Finalement, comme il
gênait ou pouvait gêner, l'on s'en débarrassa par une série d'at-
tentats {Cf. de Mailla; fin du T. IV, et début du V« ).
En effet, l'an 421 (I® Lune) Kao^tsou proclama Lieou I-fou,
91 Wk^ son fils, héritier présomptif de sa couronne. A cette
occasion, il offrit au THen ( Ciel du sud ) un sacrifice des plus
pompeux; et, craignant pour les droits de son succeseur éventuel,
tant que Kong ti vivrait, il essaya à diverses reprises, mais en
vain, de l'empoisonner. Ses tentatives étaient déjouées une à une.
Alors il lui fit porter une partie du vin rituel qu'il avait offert
dans un nouveau sacrifice au Ciel, et qu'on avait mélangé de poison.
Kong ti, pensa-t-il, n'oserait refuser de le prendre. Le fidèle
Tchang Wei 5J ^ qui veillait sur son maître et avait écarté de lui
plus d'un danger de ce genre, reçut lui-même la coupe et en vida
résolument le contenu. Il tomba presque aussitôt martyr de son
dévouement. KsLO-tsou se vit donc obligé de recourir à la violence,
I III. FIN DES TONG TSIN, 420. 69
Par ses ordres, les deux frères de la femme même de Kong ti
s'efforcèrent de lui faire avaler un autre breuvage empoisonné.
L'infortuné monarque, dévot au bouddhisme (1), représentant que
sa religion et l'espoir d'une heureuse métempsycose lui interdi-
saient le suicide, on l'étouffa avec la couverture de son lit (9® L.
421). L'usurpateur affecta le plus violent chagrin et fit faire à sa
victime de splendides funérailles impériales.
Ainsi les Tong Tsin, ou Tsin orientaux, fixés 103 ans à
Nankin (317-420), avaient compté onze empereurs. On n'a pas
oublié que les Si Tsin, ou Tsin occidentaux, en avaient eu 4 à
Lo-yang, ce qui parfait la liste totale des 15 Tsin. D'après les
cartes, esquissant l'état de Nankin pendant cette importante pério-
de, la Ts^n Hoai, avant d'atteindre la ville, se bifurquait auprès
du Tong-tsi men actuel, au Choei koan tJc ^ (porte d'eau et vanne
de retenue) du Kieou-long k^iao ^ |[| 1^, au sud et à cinquante
mètres de cette porte. Un des bras enserrait alors la ville au midi ;
c'est le cours d'eau qui de nos jours se glisse sous la muraille,
au Tong-tsi men, s'infléchit, bordé de maisons comme un canal
vénitien, dans la direction du Nan men, remonte ensuite vers le nord
par une courbe lente, pour sortir de la ville à côté du Choei^si men,
La page 4® du Kien 27 des Chroniques (Kiang^ning^fou tche)
présente le plan du palais impérial datant de 330 ; inutile de faire
ressortir le côté fantaisiste de ce document graphique et de ceux
relatifs à ces époques. Il n'y faut puiser que de simples indica-
tions. Le tracé régulier des cités d'alors suffirait seul à nous met-
tre en défiance sur la valeur de ces plans. Leur autorité historique
est meilleure.
De 221 à 589, sous les 6 Dynasties Lou-tch'ao, aÎ ^ (2), la
capitale pouvait avoir, si Ton en croit les mesures données,
quelque chose comme 90 hectares de superficie, tout au plus ; ce
qui représenterait environ l'équivalent de la ville tartare actuelle.
Des villages couvraient à peu près toutes les buttes, et, au milieu
de la cité, se dressait la résidence impériale, que l'on rebâtit encore
(375) la 3® année. de Hiao~ou ti (373-397) des Tong^tsin, La 17® année
de ce même règne, on éleva un nouveau palais à l'est. Rien de
plus fréquent que des mentions de ce genre. La structure cadu-
que des constructions, aussi bien que les agitations de ces époques
troublées, pourraient fournir la raison adéquate de ce fait.
Théâtre de vicissitudes sans nombre en ces temps calamiteux,
Nankin est maintes fois pris et repris. C'est le sort peu enviable
des capitales aux époques troublées. Sous iVgfan ti (397-419) le
(1) Il avait fait fondre un Bouddha en or, auguel il rendait un culte assidu.
(2) Pour certains auteurs, l'appellation historique de Lou-tch^ao "six dynasties,"
ou Lou-kouOf "six royaumes," correspond à une confédération de six états (Song, T*si,
liiang, Tch'en, Wei, Tsin,) qui, de 221 à 589, se liguèrent pour résister aux projets
ambitieux des Ts'm d'occident. Cette conception synthétique cadre mal avec les faits.
70
CH. II. TROIS ROTAUmS BT LES TSIN,.
pirate Suen Ngan Tavait menacé. Puis la ville eut extraordinaire-
ment à souffrir lors des guerres livrées ou soutenues par Lieou Yu,
intronisé prince de Song par Kong H. Ses visées orgueilleuses,
mal satisfaites de cette dignité, rêvaient déjà de la transformer
en dignité impériale, en titre de dynastie. Et les événements de-
vaient servir ses desseins ; ou plutôt il sut les plier à son insatia-
l)le ambition. Ce Lieou Yu, cet orphelin inconnu, parti de rien,
artisan de sa propre fortune, arrivé au rang de généralissime des
armées de Ngan H (397-419), puis à celui d'Empereur, de fon-
dateur de dynastie, à l'époque où les Francs Ripuaires envahis-
saient notre Gaule, reste l'un des plus fameux aventuriers de
l'histoire chinoise, trop bien pourvue en ce genre d'illustration.
Il s'était bâti à Nankin, où onze des Tong Tsin avaient régné, un
palais nommé Lin-ling w&ng^kong, ^ @! 3E 1^' ^^^ l'emplacement
du leur, utilisé au début.
Kong H (419-420), dépossédé par Lieou Yu, fut enterré (9'» 1.
421) au Tchong^p'ing ling, auprès du Tsiang chan (Tse^hin chan).
Les Chroniques locales, ai-je dit, conservent la liste des sépultures
impériales des T%in, distribuées principalement sur les ramifica-
tions sud de ce groupe montagneux, à peu près entre T'ai^p'ing
men, Tchao^yang men et les murs de la ville impériale des Ming.
Je n'en ai relevé aucune trace (1).
Autre souvenir d'alors : « On remarque encore parmi les
anciens monuments le palais du T'ai-ki, ou «premier principe des
choses» {T^ai'hi tien ^ iSI^SSÙ* situé au nord du Chang-yuen hien,
et construit de 376 à 397 ; il fut reconstruit de nouveau en 513 ; il
fut brûlé depuis par des soldats, puis reconstruit en 558.»
Pauthier, Chine moderne, I; p. 66. (2).
La Chine s'émietta alors en 16 petits royaumes : elle n'avait
donc rien à envier à nos états européens de cette époque. L'empire
des Tsin, bordé au nord à peu près par les pays riverains du
Yang'^tee, comprenait surtout une partie notable du sud de la
Chine, On a prétendu qu'ils atteignirent parfois le Hoang ho : le
sens des mots conquête et domination n'avait point encore la pré-
cision moderne que nous lui attachons ; même aujourd'hui, les
(1) En 420 (VII« 1. bissext.) Song Ou ti 35 ^ ^ désigna des gardiens pour toutes
les sépultures impériales des Tsin.
(2) Ta ThHjiç i-t^ong tche, Kiuen 39. f*. 1^. La préfecture de Tan-yang (Nankin)
renfermait alors 8 sous-préfectures : I" Kien-k^ang^ la ville actuelle
II Mou-ling ^ K> aujourd'hui Mou-ling Icoan J^ K H
III
IV
V
VI
VII
Tan-yang
Hoii-chou
Kiang-ning ÛQ
Yang-kHu
Tai-JcHeou
VIII Féi
Siao Tan-yang ij^ -^ ^
Hou-chou tchen flSlJ ^ j^
Kiang-ning tchen jï ^ ^
un peu au S. E. de 8i-hia chan.
un peu au S. E. de Si-hia chan.
9 li au Nord de Chang-yuen hien.
J ni. CARTE ^ DBS NAN-TCH*AO, 420-503. tl
Chinois les entendent différemment, eux qui rangent tant de peu-
ples dans la liste de leurs tributaires. La Corée, TAnnam, la
Birmanie, le Japon, voire l'Europe, sont pourtant bien émancipés !
Sur l'autorité de Ma Toan-lirij Pauthier raconte qu'en 405
et 419, «des ambassadeurs (venus du Royaume des Lions, se^tse
kouo ou Ceylan, JJ -f @) furent envoyés pour la première fois en
Chine, afin d'offrir une statue de Fo, en jade.... Pendant les deux
dynasties Tsin et Song (397-477), elle se trouvait dans le temple Wa-
koan %^'^ (du **Maître de la poterie") de Kien-h'ang, Nankin (1).»
Un plan récent de cette ville place la pagode Wa-ftoan se
intra muros, à l'ouest du Nan men. On la trouve déjà indiquée
sur la VP de nos 17 cartes : «Nankin sous les Nan-tch'ao.y) Répé-
tons que le mépris, ignorant et puéril, de toute exactitude dans
les distances et dimensions relatives, enlève à ces plans la moitié
de leur valeur critique et rend tout au plus conjecturales trop
d'identifications ou restaurations topographiques. Quant aux re-
cherches à exécuter sur place, les Chinois, on le sait, bâtissent
en pauvres matériaux, et Nankin a subi d'innombrables catas-
trophes, qui ont bouleversé son territoire urbain, transformé en
sous-sol de briques et tuiles cassées.
§ IV.
Carte xvïï — Résumé de la Glose de la carte «Nankin sous les
Nan-tch'ao, dynasties méridionales» (420-583). Sous les dynasties
Tsirij Song, Ts'i, Liang, Tch'en, Nankin, appelé encore Kien-k'an^,
demeura la capitale (3).
(1) La même ville posséda un autre trésor plus précieux : Quand le R* V. C. Hart
visita la dent de Bouddha au Mont Owi (Se-tch'oan, Kia-ting fou) un bonze lui confia qu'il
y en a quatre en Chine: une sur le mont Kieou-hoa chan /ttlp Ul, une à P^ou-fou ÇPB
(île du groupe de Tcheou chan tB* Il|) et une autre au mont Tai au Ho-nan (Hart,
Western China, p. 199) v. infra. C'est peut-être celle qu'en 557, TcWen Ou ti exposa à la
vénération publique.
Le Rd Milne, Vie réelle en Chine, traduction Tasset, p. 242, mentionne près Ning-po,
le Yo-wang qui s'élève sur un des sites choisis pour construire les 84,000 pagodes dont
Ayoh, roi bouddhiste fut le fondateur. A ce propos, notes de Milne et de Pauthier sur ce
roi Asoka qui remonte à lOOQ ou seulement 282 av. J.-C— Pauthier remarque que cela
contredirait l'histoire chinoise qui place l'introduction du bouddhisme en Chine sous
l'Empereur Ming ti vers le milieu du 1' siècle de notre ère. La G. Géographie impériale
L. 17S. f. 22. «Monastère du roi Ayoh, situé à l'Est du district de Yin, au milieu de la
montagne du roi Ayoh. Il fat fondé au commencement des années I-hi des Tçin (405). Le
monastère de ce Tha renferme les vraies reliques du roi Ayoh (en sanscrit Asoha, roi
indien, contemporain d'Alexandre), qui en est réputé le fondateur.»
(3) L'aUuvion émerge et croît aux abords de Choei-si men, entre le canal et le
Yang-tae ; les cartes se chargent peu à peu d'indications moins vagues, à mesure que les
contonrB se précisent.
72
GH. II. LB8 TROIS ROYAUMES ET LES TSIN.
A. — A la chute des Tong rsin(419) les dynasties sus-nommées
occupèrent successivement la même ville et le même palais, déco-
rant Nankin du titre honorifique de Kin-lien ^ jjÈ ou Chen-kao |f ^.
B. — La deuxième année Yuen-kia jQ ^ (425 ; sous Wen ti,
3® des Song) (1), à Test et à Touest de T'ai tch'eng ^ ^, on
ouvrit les portes Wan-tch'oen H # et Ts'ien-ts^ieou -f* iR (10.000
printemps, 1.000 automnes). L'enceinte de la ville conservait les
douze portes de la dynastie précédente, mais quelques unes chan-
gèrent de nom. Ainsi K'aUyang tnen |B |% P^ devint Tsin-yang
men ^^f^; Ling-yang g^ ^ s'appela Koang-yang men H |^ P^.
^<^
g: -
«s»
Ci
Si-ming men
««ri
Tch^ang-ho m-en
PHng-tch*ang men
Si-i men
««EPI
Tong-i men
Ta se-ma men
Kien-tch^oen men
Tong-yang men
mi, m
1^
8
Ç3S
^ § s:-
(1) La Chine se trouvait divisée en deux empires, collectivement désignés sous le
nom de Nan-pé tch'ao, "dynasties du sud et du nord". En voici le tableau emprunté à
VHistoire du P. de Mailla (en tête du T. IV.)
s IV. CARTE 5ë^i nan-tch'ao, 420-583. 73
C. Sous les Song du Sud (420-479) au delà de la Iloai, k b H
au sud (3 kiL) on ouvrit la porte de Kouo men g P^, au S. E. de
Tch^ang-^han-li, près Fu-Zioa Vai: Sous les Ts'i, rien ne fut changé
aux portes. Sous les Liang, au delà de Toan men ^ P^ (proba-
blement Siuen-yang men) on pratiqua la Che kiué ^ ^, «ou
porte de pierre» ; la vieille porte de Tchou-tsio men fut reculée à
Touest, vers l'emplacement du pont actuel de Tchen-hoai kHao
^ fH |ê> mais un peu au nord. Dans une attaque contre le parc
impérial de Tai tch'eng, la porte de Ta se-ma m,en fut incendiée (1)
par Heou King ^ ^, général de l'empereur Liang Ou tij contre
lequel il était en révolte (2).
D. Sous la dynastie des Tcheou (551-590), Yang^tcheou, sur
la Ts'in hoai au sud, et Tan~yang kiun restaient les mêmes pré-
fectures que sous .les dynasties précédentes.
Nan-pé tch^aOy ou Chine partagée en Empire:
Méridional. I Septentrional.
Song 420-479.
TbH 479-502.
Liang 502-557.
Tch'en 567-590.
Alors le fondateur des Soei passe le
Yang-tae kiang.
«Déjà maître de la Chine septentrionale,
ce conquérant s'empare encore de la Chine
méridionale, et par là il réunit tout l'Em-
pire sous sa domination.»
Dynastie des Yuen-wei JlQ ^) ou Tarta-
res To-pa (386-532). Cour à Yun-tchong ^
+ (aujourd'hui ^ilM^Q^^M
Chan-si) puis à PHng-tch^eng ^ j^ (au-
jourd'hui >fc 1^ JK de :^ ISl/iï), enfin à
Lo-yang f^ ^ (aujourd'hui ?lS [^ Jip de
A) Dynastie desTFiei orientaux, 534-5.50, puis
des Fé-t'si ^b^, 550-577; Cour à Tc/mw^-
téfou Sl^^m (So-nan).
B) Dynastie dès Wei occidentaux, 535-557;
Cour à Si-nganfou; puis des Heou-TcheoUy.
557-581.
(1) Il s'agit probablement des constructions en charpente et tuiler. qui la surchar-
geaient selon le goût chinois. Sous ces Tch'en encore l'on rétablit la porte brûlée, et les
noms des deux portes du palais, Wan-tch'oen ^ § et TsHen-tsHeou ^ ^^ furent
changés en Yun-long ^ hb et Chen-ou l/fJJ^j Koang-mou men jR ^ "g devint Pé-
tsié men •fC S • 1 •
(2) Les Song réunirent les trois sous-préfectures Hoai-té lH @, Tsi-kHeou SU Si
et Yang-kHu IpF QS en l'unique sous-préfecture Lin-i p^l f/T ) et Yong-pHng ^ ^
fut réunie à Li-yang \^ X^ •
L'empereur Liang Ou ti était né dans le bourg de T^ong-hia |^| ^ de la souS'
préfecture de Mo-Ung Men ^ ^ jfl : il en fit la sous-préfecture T*ong-hia hien |^ ^
Hl dont nous chercherons le site dans la région de Tch^ang-lo hiang "S ISS ÎS, bourgade
de Chang-yuen hien JL, 7C Wl^-
La dynastie Tch^en créa la préfecture de Ein-ling kiun ^ ^ W (ancien Lang-
yê kiuniSi J^ Jp.) Six sous-préfectures en dépendaient: Kien-ngan 9^ $> T^ong-hia
1^ X> Ou-chan ^ llj, Kiang-cheng Ùl ^» Lin-i ESi tT et Eou-chou jgj ^.
La préfecture Tan-yang kiun 7T Y§^ {p gardait sous elle les six sous-préfectures
de Kiang-ning ÎL ^> Kien-k^ang ^ ]^, Mo-ling ^ R, Kiu-yong ^ §, Tan-yang
nWs^^Li-yang^'^.
CHAPITRE m.
DYNASTIE DBS NAN-SONG
ou 80NG du 5 t7Z>. — CAPITALE KIEN-K'ANG jï fll (NAN-KIN).
HUIT EMPEREURS EN 59 ANS (420-479).
OU TI, 420.-CHAO TI, 423.-^VEN TI, 424.
Plus haut (1), nous avons exposé comment, pour récompenser
les services militaires de Taudacieux LieouYu ^ î^^ Tsin Kong ti
W ^ Ifîï dernier empereur des Tsin^ lui avait octroyé la princi-
pauté des Song ^, Traître à son prince, assassin de Ngan ti ^
0, il renversa également et assassina Kong ti |^^) puis il monta
lui-même sur le trône en 420. Comme tant d'autres, le seul titre
qu'il pût faire valoir au rang suprême était une usurpation crimi-
nelle et sanglante : melior est conditio possidentis, "la raison du
plus fort est toujours la meilleure» ; vieux axiomes, d'ancien
usage, rajeunis dans la brutale maxime contemporaine : la force
prime le droit !
Bientôt légitimé par la reconnaissance implicite du fait accom-
pli, Lieou Yu passe pour le fondateur officiel de la dynastie des
Songj d'où son titre de Song Kao-tsou 5^ ï^ jifl. En dépit de ses
crimes exécrables, l'histoire (elle a de ces exigences!) exalte en
lui de rares qualités d'organisateur, des vertus privées, une bril-
lante bravoure, une habileté consommée. Grâce à lui, le Royaume
des Song conquit un renom mérité de puissance. Nankin bénéficia
particulièrement de sa sollicitude, bien qu'il y mourut (à 67 ans)
après deux courtes années de règne effectif. L'ambitieux tyran est
représenté comme l'adversaire déclaré du bouddhisme et des sectes
étrangères: cette qualité lui vaudrait-elle, aux yeux des confucianis-
tes, chroniqueurs officiels, l'absolution plénière de tant de forfaits !
Son activité était infatigable. Pendant l'année 421, il jugea
lui-même les procès des gens de Nankin, dans le parc Hoa-lin
Yuen ^ :^ g|, par trois fois différentes; un autre jour il alla
(1) Nombre de menues particularités locales mentionnées ici sont omises dans de
Mailla. Pourtant nous conseillons vivement de recourir à cet auteur (12 volumes). Il
insère bon nombre de faits plus généraux que nous laissons de côté, parce que déjà publiés
en français, ils sont dès lors accessibles au lecteur.
f I. soNG WBN Ti, 424-453. 75
rendre la justice dans la salle Yen-hien t'ang ^ S ^* A la 2*
L. il présida à la Cour les examens des bacheliers et des licenciés.
A la IV*, il ordonna de renverser toutes les menues pagodes où
Ton pratiquait un culte différent du culte de l'empire. Puis (P L.
422) il fit bâtir le gymnase impérial Kouo Hio H <ft. A la V L.
un tremblement de terre avait effrayé Nankin. La mort le surprit
dans le palais occidental Si tien ï?|8 (V° L. 422). Le même jour,
son fils héritier, Lieou J-fou 9J H /}^ monta sur le trône. Song
Chao ti enterra son père {Song Ou ti) au Tch'oU'-ning ling ^ |Ç
1^. SiaO'Che ^ g^ l'impératrice aïeule étant morte dans le Palais
Hien^yang tien îl ^ ^, on Tinhuma au Hing^ning ling ^$|^.
L'année 424 passe pour une année calamiteuse. Dès la l^^e
lune d'incessantes tempêtes et un ciel menaçant présagèrent de
terribles événements. A la 5®, Siu Sien^tche ^^;;îl et Fou Liang
>g| ^ détrônèrent Song Chao ti ^ *j^ ^ et le réduisirent au titre
de Prince Yng-yang wang ^|^^. Loi du talion, il périt assassiné
(423-424). Un fait prouve à lui seul le rayonnement d'influence
dont jouissait le Nankin d'alors : «Les Tartares Tou-kou-hoen If^
§ ^ (descendants des Sien-pi H^ J^ orientaux, cf. infra en 430)
qui commençaient à se rendre formidables sur les frontières septen-
trionales de la Chime, envoyèrent pour la 1^^*^ fois des ambassa-
deurs à la Gourdes Song, rendre hommage à l'Empereur/Song Chao
ti)j lui payer tribut, et le reconnaître pour souverain. Ils arrivè-
rent à Kien-/i*^angf à la 2® lune de cette année 423». De Mailla, V. 11.
On manda le Prince I^tou wang S S5 3E nommé I-long
H ^ et on l'intronisa (VHP L. 424). Ce Song Wen ti ^ ^ ^
prit bientôt en mains (VII® L. 423) l'administration des affaires
publiques; il devait faire revivre les traditions longtemps oubliées,
d'un gouvernement personnel. Après une sévère enquête (P® L.
426), un décret impérial en forme de violent réquisitoire réca-
pitula les crimes de Siu Sien-tche ^^ ^ Jè et de Fou Liang •
^ ^, finalement condamnés à mort. La sentence fut exécutée.
Puis, il envoya Tao Yen^tche ÏJ ^ j^ attaquer le gouverneur de
King-tcheou ^ ji\ (Hou-pé) nommé Sié Hoei gH ^. Lui-même se
mit à la tête du gros de l'armée. Pourtant, arrivé à Ou-hou ^ jjjj,
il se ravisa et rentra à Nankin. Le mois suivant, Sié Hoei fut pris
et mis à mort dans la capitale. A la 5® lune, Song Wen ti ^^^
rendit publiquement la justice dans la salle Yen^hien t^ang; chaque
année il présida ainsi, par trois fois, les assises solennelles. Le
neveu de Siu Sien-^tche î^ ^ je» nommé Siu Pei-tche f^ fH ;5;,
tenta une révolution politique au début de 427; il périt décapité.
A la 2® L. de cette année, l'empereur alla à Tan-Vou jl^ ^
(aujourd'hui sous-préfecture de Tchen-kiang) visiter les tombeaux
de ses ancêtres ; le voyage dura trois semaines. Une terrible épi-
démie de peste, à la suite d'une longue sécheresse, désola Nankin
tout l'été ; le souverain prodigua les remèdes et les cercueils.
En 428 (l^^lune), il se rendit, à l'occasion d'une revue militai-
78 CH. m. LBs NAN*80Na, 420-479.
Chao ifH g)) le Prince héritier, occupa son palais, nommé Tong-kong
itt "S- ^^t pour sa défense personnelle, s'y constitua un bataillon
de gardes du corps.
Fuen-c/ie ^ ft l'impératrice-reine, décédée à la 7' lune de
440, fut enterrée deux mois après au Tc/i'ang-ninfif ling ^ )Ç |$
(IX" L.). Par décret impérial, Lieou Chen |^ fjg fut exécuté, et
Lieou l^h'ang 91 H J$« prince P'ong^ich'eng wang 35 M ï ®"* ^
quitter la Cour, pour aller prendre le Gouvernement du pays de
Kiang^tcheou ^ jHj (Kieou^kiang au Kiang-si),
L'empereur, dans une visite à l'Université des lettrés, combla
de cadeaux les plus méritants des élèves (IIP L. 442) et bâtit la
même année le Kouo~tse hio B ^ $, collège réservé aux fils des
mandarins.
Au début de 443, d'importants travaux furent exécutés sur
le front nord de la capitale : on ouvrit deux portes de la ville
T'Sii tch'eng H^ j^t celle de Test, désignée par le nom. poétique
de WanAch'oen H ^, «les dix mille printemps» (ou la porte de
Taménité) — et celle de Touest, appelée Ts'ien-ts'ieou ^ fj^ «les
mille automne» (ou la porte de la longévité). A la 2° lune, l'actif
Song Wen ti passa en revue ses armées à Pé-hia tch'eng j^ f
Jj|, près du groupe de collines qui boursouflent la plaine, au
sud de Mou^fou chan '^j^^^an nord-est de la porte Cheng-tch'e
^^^ ît ^ P^- A la fin de l'année (448) un décret impérial pres-
crivait de préparer les champs que devait cultiver le souverain
en personne. De fait, il accomplit le mois suivant (P L. 444)
cette cérémonie rituelle (^ ^^ ^ ^ EB) connue sous le nom de
Labourage impérial. Lors d'une inondation estivale, il eut encore
à distribuer au peuple des vivres et du combustible. Ces désas-
tres périodiques prouvent combien le drainage des eaux de la
capitale laissait dès lors à désirer. Malgré de louables améliora-
tions ultérieures, et dont il ne faut point juger par l'état de déca-
dence actuelle, jamais ces travaux de canalisation générale ne
furent amenés, dans Nankin, à un état satisfaisant. La vieille cité
souffre encore chaque année des conditions désavantageuses du
relief de son sol; mal presque irrémédiable, aggravé par l'aban-
don séculaire des anciens ouvrages hydrauliques. L'apathie con-
temporaine du peuple et des mandarins locaux ne saurait pourtant
trouver une meilleure sphère d'activité !
On apprendra avec intérêt qu'à la IIP lune de 445, Lieou
Chao HD gj, le Prince héritier, sacrifia en personne, probablement
par délégation impériale, au Philosophe moraliste Confucius, dans
le KouO'tse hio P ^ $, le Collège des fils de mandarins. Cette
date jalonne utilement la route historique, que devait suivre l'é-
volution progressive du culte officiel confucéen. Cette étape pri-
mitive était à signaler.
Le Général Lieou Tsiun g|] J^ Prince Ou-ling wang |ëÊ^i,
partit en guerre cette même année (VIP L.) contre les "barbares"
s I. SONG WEN Ti, 424-453. 77
^ M 3E supposa (IIP L.) un faux décret et mit à mort le grand
ministre T'an Tao-tsi î^ Jg ^. Le même jour, un tremblement de
terre ébranlait la capitale; et la même année, la foudre frappait
le Tch'ou-ning ling ^ ^ ^, la sépulture impériale de Song Ou
ti ^'^^' Si l'on comprend bien le texte, il semble que le ton-
nerre traça quatre lignes symétriques sur le tombeau (1).
Nouveau tremblement de terre en 438 (VIP L.); le sol nanki-
nois n'avait pas encore acquis l'assiette définitive qu'on lui connaît
aujourd'hui. Les volcans des environs (notamment les cratères
éteints de Lou^ho, Tse chan, Fang chan), gardaient probablement
des restes d'activité intermittente, fort désastreuse à ces époques.
Song Wen ti manda à sa capitale un lettré du Kiang-si Jïlf ,
nommé Lei Ts'e-hong ® ^ ^ j|| î^, dont le mérite demeurait
inconnu. Ce. lettré ouvrit une Université à Ki-long chan || H [II,
de concert avec le préfet de la ville (Tan-yang -f^ J^) Ho Chang-
tche iSj fpî ;è, dont le talent consistait «à approfondir les choses
mystérieuses» (^ ^). Ils furent aidés par Ho Tch'eng-tHen jpj :^
5Ç, précepteur du Prince héritier et docte historien (^ *$►), et par
l'illustre littérateur Sié Yuen Hj X ^ ^- ^® collège prit le nom
d'Université des Quatre Arts ((g ^ (2).
En février 439, l'empereur présida l'inspection militaire tra-
ditionnelle, hors de la porte du Nord. A la fin de l'année, Lieou
(2) De Mailla (T. V, p. 44) s'exprime ainsi : «L'empereur commença par faire bâtir
un magnifique collège à la montagne Ki-long chan à neuf ly de Kie^i-kang, où il rassembla
un grand nombre de jeuneTs gens pour y être instruits sous d'habiles maîtres ; il en fit
bâtir un second à Tan-jang. Le Prince héritier, à l'exemple de l'empereur son père, en
fonda aussi un pour l'histoire, et Sieï-jruen un quatrième, où l'on se proposait d'expliquer
les maximes et l'histoire du Chou-king.y> Le ^^Docteuv Leï-tsé-tsong" rédigea les règlements
et programmes de ces quatre collèges, puis retourna dans sa solitude de «Liu chan, entre
Kieou-kiang fou et Nan-kang fou.»
On l'a remarqué, le texte de Mailla porte «à neufli de Ki-long chan». C'est peut-être
deux li qu'il faut lire, et ce collège aurait été élevé aux environs du Pékiko, car sa forme
arrondie a fait donner à cette colline le nom pittoresque et descriptif de "butte de la cage
à poules", Ki-long chan, vocable très usité en Chine. (Ce Ki-lo7ig est aussi le ^''Ke-lung'^
de Formose). Quant au Tan-yang de de Mailla, rappelons qu'il ne faut point confondre le
Tan-yang kiun "fj Y^ 5[>, portion du vieux Nankin, avec le Siao Tan-yang >J^ "fj fer
de la région méridionale. La carte */i7 porte un Tan-yang hien à la hauteur de San chan,
un peu au delà de la ville Tan-yang kiun. L'ambassade hollandaise (de Jean Nieuhoff,
publiée en 1657) venant de Ou-hou, découvre, à 90 stades de là, «la ville capitale de Tey-
tong (Ta-tong? à l'ouest) dans une île du Kiang. Aucuns la nomment Tan-yang et
quelques autres T^ai-pHng.» Ensuite se présente «la montagne Tien-muen, puis le lac de
Tan-yang, qui a environ 300 stades de longueur.» Le même jour, l'expédition arrive à
Nankin (cf. op. cit. p. 130). Il est difficile d'ordonner cette confuse description géographi-
que. Le Siao Tan-yang d'aujourd'hui est traversé par un canal qui sépare cette petite
ville en deux parties, dépendant respectivement du ressort de Nankin et de T*ai-pHng
fou. Cette ville s'appela Tang-tou, de Mailla, XII, 39.
80 CH. III. LES NAN-SONG, 420-479.
Ce fut probablement aussi pour sacrifier au tombeau de ses
ancêtres qu'il se rendit encore à ran-^*ou ;fl- j^ (au-delà de Tchen-
hiang), dans les premiers mois de 449.
Song Wen ti, on Ta vu, encourageait la culture des lettres;
sous son règne, les bonzes jouirent d'une pleine liberté et parfois
des faveurs du souverain. C'était pourtant aux arts de la guerre
plus qu'à ceux de la paix qu'il avait souvent à donner ses soins,
malgré ses goûts peu belliqueux. Ainsi, à la 2° lune de 450, il
eut à repousser une attaque soudaine des troupes du royaume de
Wei |J|. La panique fut telle, à Nankin, que Ton congé^dia les
élèves du Kouo-tse hio gj ^ $, cette sorte de Collège des Nobles.
A la fin de Tannée (IP L.} le roi de Wei ^ campait avec ses
troypes auprès de Koa-pou JJi jp, un îlot en aval de Hia-feoan,
au delà de Si-hia chan. L'épouvante était à son comble dans la
capitale, d'où l'on pouvait presque apercevoir l'avant-garde des
ennemis. L'empereur commit le général Lieou Tsuen-k'ao 31^^
à la défense des ouvrages militaires du Yang^tse kiang.
Cependant, aux premiers jours de 451, les troupes du royau-
me de Wei se retirèrent et l'empereur se rendit en personne à
Koa-pou fli ;^. Rentré dans son palais à la 3® lune, il visita, dès le
lendemain, les sépultures impériales du Tch^ou-ning ling îgj ^ ^.
Un tigre féroce ravagea les environs mêmes de la capitale à
l'automne de 451. Plus terrible, la peste l'avait désolée à la 4®
lune.
Au commencement de 453, l'empereur donnait audience aux
mandarins dans la grande Salle T'ai-ki tien jc S ^ - soudain
un épais nuage couvrit le palais. C'était un funeste présage; ce
règne accidenté se termina par une révolte, aggravée de guerre
civile. A la 2® lune, Lieou Chao ^J g)|, l'héritier présomptif,
assassinait son père Song Wen ti et massacrait les mandarins qui
lui restaient fidèles, avant de se déclarer lui-même empereur.
Lieou Tsiun §)] ^, Prince Ou-ling wang ^ B! 3E, déclara (1)
bientôt la guerre au nouveau souverain. A la 4® lune, il arrivait
à Sin-lin ^ |^ {Sin-lin p^ou ^ ;^ ']]|[, auprès de San-chan ^ [Ij,
au S.O. de Nankin). Non loin de là, à Sin-t'ing ?|f ^ (nouveau
pavillon) il mit en déroute le parti de Lieou Chao $i| gj. Six jours
après sa victoire, il montait à son tour sur le trône, changeant le
nom de Sin-t'ing «nouveau pavillon,» en celui de Tchong-hing
Ving Ffi ^ ^ «pavillon du renouvellement.» Enfin, à la 5® lune,
le Prince Ou-ling wang ;|ë£ ^ 3Eî désormais Song Hiao-ou ti %
^ iK '^^ s'empara de la capitale et du palais. Lieou Chao et les
siens périrent dans la défaite (cf. de Mailla, V. p. 92, pour le
résumé succinct de ces événements, que nous détaillons d'après
les chroniques locales).
(1) L'empereur So7ig Wen ti fut enterré à la III® lune de 453 au Tch^ang-ning ling
§ II. soNG HiAO-ou Ti, 453-465. «. 81
On juge quelle tranquillité pouvait goûter le pays de Nan-
kin, en proie à ces révolutions périodiques! La légende favorite
d'une Chine immuable et pacifique, indemne par goût et en fait
des horreurs de la guerre, n'a pu s'accréditer qu'au mépris de
toute évidence. Ou plutôt, l'ignorance, qui la créa, la perpétue
sans variante. Il est vrai que, nulle part au monde, on ne prêche
aussi verbeusement que ne le font les moralistes de la doctrine
confucéenne, la réforme du cœur, la fuite de tout excès, les
vertus moyennes et paisibles, l'hygiénique sage équilibre des
passions, avec un loyalisme inébranlable envers le souverain, Fils
du Ciel, non pas empereur de droit divin, mais empereur divinisé!
S II
HIAO-OU TI, 453-465.
A peine intronisé, Song Hiao^u £î 5|c # US $ se rendit dans
la ville de Tong-fou tch'ehg Jg, J^ ^ (cf. plan 1/17) et y visita
les sépultures Tch'ou-^ning ling ^J $ ^ et Tch'ang-ning ling
;g ^ @f . C'était la pratique habituelle, et les souverains que le
crime et l'assassinat, voire même le parricide, amenaient au
pouvoir, n'osaient se soustraire à cette coutume, commandée par
la «piété filiale.»
Notre souverain, qui fonda de nombreuses pagodes, accomplit
à Nankin même, en 460 «la cérémonie de labourer la terre, dont
les fruits sont offerts dans les sacrifices que les empereurs font
au THen» De Mailla, V. p. III.
D'après Pauthier (Chine moderne, I, 64), en 443, on avait
élevé à l'est du Chang-yuen hien, le Keng-tan "autel ou terrasse
du labourage." Celui qui conserve cette destination est aujourd'hui
au sud-est de Hong-ou men, en pleine campagne. Il est postérieur
à la reprise de la ville sur les T'ai^p^ing.
La dernière édition des chroniques locales assure que sur la
colline Yen chan j^jlj, au nord-est de Nieou-^Veou chan "^^ (I}, à
15 kilom. de Nankin, on doit trouver, près du tombeau de Tch'en
Hiuen ^ Jf , la villa de Chen Yué gfc jg, mandarin de la dynastie
des Ming. Or, à côté de cette maison, elles indiquent le tombeau
de l'Empereur Song Hiao-ou ti ^$^^'^,le King-ning ling ^ ^
J^j et deux autres tombeaux d'impératrices : ceux de Lou t^ai^heou
K ic ©^ et de Ho hoang-heou ^ ^ ]^, de la même dynastie.
Les environs recèlent en outre les sépultures de plusieurs eunu-
ques (1) et généraux (2), célèbres sous la dynastie des Ming.
A la 10® lune de la première année de son règne, Song Hiao-
(1) Par exemple, Jjoiao Tche-yttenjfi ^ ^S*
(2) V. g. Mao-ytien ^ TC-
80 CH. III. LES NAN-SONG, 420-479.
Ce fut probablement aussi pour sacriAer au tombeau de ses
ancêtres qu'il se rendit encore à Tan-t^ou ^ j^ (au-delà de Tchen-
kiang)^ dans les premiers mois de 449.
Song Wen tij on Ta vu, encourageait la culture des lettres;
sous son règne, les bonzes jouirent d'une pleine liberté et parfois
des faveurs du souverain. C'était pourtant aux arts de la guerre
plus qu'à ceux de la paix qu'il avait souvent à donner ses soins,
malgré ses goûts peu belliqueux. Ainsi, à la 2** lune de 450, il
eut à repousser une attaque soudaine des troupes du royaume de
Wei |J|. La panique fut telle, à Nankin, que l'on congé^dia les
élèves du Kouo-tse hio H -^ ^, cette sorte de Collège des Nobles.
A la fin de l'année (IP L.) le roi de Wei gj campait avec ses
troypes auprès de Koa-pou JBS. jj^, un îlot en aval de Hia-ftoan,
au delà de Si-hia chan. L'épouvante était à son comble dans la
capitale, d'où l'on pouvait presque apercevoir Tavant-garde des
ennemis. L'empereur commit le général Lieou Tsuen-k'ao SH^^
à la défense des ouvrages militaires du Yang^tse hiang.
Cependant, aux premiers jours de 451, les troupes du royau-
me de Wei se retirèrent et l'empereur se rendit en personne à
Koa-pou flt ;^. Rentré dans son palais à la 3® lune, il visita, dès le
lendemain, les sépultures impériales du Tch'ou-ning ling ^ ^ ^•
Un tigre féroce ravagea les environs mêmes de la capitale à
l'automne de 451. Plus terrible, la peste l'avait désolée à la 4®
lune.
Au commencement de 453, l'empereur donnait audience aux
mandarins dans la grande Salle T'ai-ki tien JC ^ ^ - soudain
un épais nuage couvrit le palais. C'était un funeste présage; ce
règne accidenté se termina par une révolte, aggravée de guerre
civile. A la 2® lune, Lieou Chao $J gj, l'héritier présomptif,
assassinait son père Song Wen ti et massacrait les mandarins qui
lui restjaient fidèles, avant de se déclarer lui-même empereur.
Lieou Tsiun §1] ]^, Prince Ou-ling wang ;î3J ^ ï, déclara (1)
bientôt la guerre au nouveau souverain. A la 4** lune, il arrivait
à Sin-lin ^ i^ {Sin-lin p'ou 3|f i^ *j^, auprès de San-chan ^ [Ij,
au S.O. de Nankin). Non loin de là, à Sin-t'ing ^ ^ (nouveau
pavillon) il mit en déroute le parti de Lieou Chao ${J gj. Six jours
après sa victoire, il montait à son tour sur le trône, changeant le
nom de Sin-Ving «nouveau pavillon,» en celui de Tchong-hing
t'ing ^ ^'^ «pavillon du renouvellement.» Enfin, à la 5® lune,
le Prince Ou-^ling wang ^1^ ^^ désormais Song Hiao-ou ti ^
^ IS 'S?» s'empara de la capitale et du palais. Lieou Chao et les
siens périrent dans la défaite (cf. de Mailla, V. p. 92, pour le
résumé succinct de ces événements, que nous détaillons d'après
les chroniques locales).
(1) L'empereur So7ig Wen ti fut enterré à la III" lune de 453 au Tch^ang-ning ling
s II. soNG HiAO-ou Ti, 453-465. . 84
On juge quelle tranquillité pouvait goûter le pays de Nan-
kin, en proie à ces révolutions périodiques! La légende favorite
d'une Chine immuable et pacifique, indemne par goût et en fait
des horreurs de la guerre, n'a pu s'accréditer qu'au mépris de
toute évidence. Ou plutôt, l'ignorance, qui la créa, la perpétue
sans variante. Il est vrai que, nulle part au monde, on ne prêche
aussi verbeusement que ne le font les moralistes de la doctrine
confucéenne, la réforme du cœur, la fuite de tout excès, les
vertus moyennes et paisibles, l'hygiénique sage équilibre des
passions, avec un loyalisme inébranlable envers le souverain. Fils
du Ciel, non pas empereur de droit divin, mais empereur divinisé!
S II
HIAO-OU TI, 453-465.
A peine intronisé, Song Hiao^ou ti ^^^^ se rendit dans
la ville de Tong-fou tch'ehg Jg, J^ ^ (cf. plan 1/17) et y visita
les sépultures Tch'ou-ning ling IJ ^ ^ et Tch^ang-ning ling
-g H 1^. C'était la pratique habituelle, et les souverains que le
crime et l'assassinat, voire même le parricide, amenaient au
pouvoir, n'osaient se soustraire à cette coutume, commandée par
la «piété filiale.»
Notre souverain, qui fonda de nombreuses pagodes, accomplit
à Nankin même, en 460 «la cérémonie de labourer la terre, dont
les fruits sont offerts dans les sacrifices que les empereurs font
au T'ieny) De Mailla, V. p. III.
D'après Pauthier [Chine moderne, I, 64), en 443, on avait
élevé à l'est du Chang-yuen hien, le Keng-tan "autel ou terrasse
du labourage." Celui qui conserve cette destination est aujourd'hui
au sud-est de Hong-ou men, en pleine campagne. Il est postérieur
à la reprise de la ville sur les T'ai^p^ing.
La dernière édition des chroniques locales assure que sur la
colline Yen chan j^ [Ij, au nord-est de Nieou^Veou chan ^^ll|, à
15 kilom. de Nankin, on doit trouver, près du tombeau de Tch^en
Hiuen ^ 5f , la villa de Chen Yué gfc jg, mandarin de la dynastie
des Ming, Or, à côté de cette maison, elles indiquent le tombeau
de l'Empereur Song Hiao-ou ti ?fc ^îK^? le King-ning ling ^ ^
J^, et deux autres tombeaux d'impératrices : ceux de Lou t'ai^heou
fê ic ©> et de Ho hoang-heou i^ ^ ]§, de la même dynastie.
Les environs recèlent en outre les sépultures de plusieurs eunu-
ques (1) et généraux (2), célèbres sous la dynastie des Ming,
A la 10® lune de la première année de son règne, Song Htao-
(1) Par exemple, Louo Tche-yuenffit ™ S*
(2) V. g. Mdo-yuen ^ TC*
e
M . ç«. nii ^^n NAN-9o»ft, 420-479,
pi4 (i rendjiit publiquement la justice dans la icsalle d'inspection
générale des soldats» ^ ;|ë^ ^. H flt bientôt commencer (454] les
tr$tvaux du palais Tcheng-koang tien jE jfc MJ- Les constructions
d'alors, essentiellement caduques, s'improvisaient avec une dé-
plqrable facilité.
Au début de cette année, Lieou I^Siuen SU H S* Prince
JVani-ftiun Wang ^ ÎR ï^ tente une révolte. Comme ses fils se
cachent aux environs de Kien^k'ang ^^ et de Mo^ling ^ §|,
on arrête tous les mandarins locaux, préfets et sous-préfets, de
fidélité douteuse. t<e chef des rebelles est défait à Liang chan ^
|Ij (au bord du Kiang^ au S.O., près T'aUp'ing fou ic ^ /iï) au
commencement de l'été. Pendant l'hiver, on ouvre un vaste chantier
pour bâtir une pagode à Confucius.
A l'automne de 455, l'empereur passe en revue ses troupes
au Siiten-ou tch'ang â^;^. L'année suivante, il inaugure un
nouveau règlement, d'après lequel il recevra ses mandarins en
audience publique le 1*^ et le 15 de chaque mois lunaire. A la 6"
lune de 455, et à la 5" de 456, il tient une sorte de Cour de justice
pour le peuple, dans son parc de Hoa^lin yuen iH ^ y.
Nankin est éprouvé successivement par l'inondation, la peste et
les tremblements de terre (1). Puis Kao Ton ^ ^ fomente une insur-
rection. Ses projets sont découverts à temps, et il est mis à mort.
De même, Lieou T'an $l||)i, Prince King-ling wang ;^ ^ 3E
et Gouverneur de Nan^yen tcheou ^ ^iHi^ se révolte à Xoangf-h'ng
H il (ou Yang-tcheou), Le général en chef Chen K'ing-tche ^
Jl ;^ écrase la rébellion, et on lui dresse un arc de triomphe au
Bud de Che-t'eou (2).
Dans les derniers jours de l'automne de 459 (IX® L.) on trans-
forma la Terrasse méridionale du sacrifice au Ciel, Nan-hiao Van
lH ^ £Ëi à l'ouest de Nieou^Veou chan ^ ® iJj, ainsi que la
Terrasse septentrionale, Pé-kiao t'an :}t5B& ^" norà de Tchong
cftaîi ^ llj. Puis on construisit, hors de la porte de' l'ouest, des
appartements spéciaux pour l'impératrice, qui, la saison venue,
y allait se livrer aux divers travaux de la sériculture ^ ^ jp
3R ^ î^ H 5J5* ^^ ^^^*' ^^ souveraine s'y rendit pour la première
fois à la 3® lune de 460. Mais il semble qu'à défaut d'occupation
sérieuse, il ne faut voir là qu'une cérémonie symbolique et offl-
oielle, le pendant de celle du Labourage impérial, encore en
vigueur aujourd'hui.
Cette année fut close par une visite que fit l'empereur au
Tribunal du Préfet des châtiments ; il y rendit la liberté à tous
les prisonniers. Puis (2® L. 461) il présida l'inspection générale
des troupes à l'ouest du lac Yuen^ou hou. Le mois suivant, il
(1) Inondation à la l*» lune de 457; grande peste à la 4» lune; tremblement de terre
à la 4« lune de 458.
I II. 80NG HIAO-<OU TI, 458«4B5. 8S
alla à Kiang-cheng hien fX, $ (près de 8i*hia ohan), offrir dea
sacrifices sur la tombe des anciens ministres Wang Hong ^ 5/. et
Wang T^an^cheou J ^ 'M*- ^^ retour, il fit élever la grande salle
Ming Vang 5^ ^ au sud du Kouo-hio; et il y sacrifia pour la 1^^'^
fois à ses ancêtres au début de 462. Alors aussi on aménagea
une longue piste pour les courses de chevaux; elle partait de la
porte Tchou-tsio men ^ ^ P^ au sud et arrivait du nord au lac
Yuen-ou hou TC^ÎJB (^)- La porte Ta-^hang men ;^ JK P^ date de
cette époque. Yn ChoU'^i ^j^^, une des concubines impériales,
mourut cette année et reçut le titre posthume de KoeUfei ^ JQ (2).
Curieux détail : on disposa alors auprès de Fou-'toheou chan
ou dans les flancs de cette colline, enfermée aujourd'hui dans
Nankin, une glacière pour conserver de la glace jusqu^à l'été,
A la 10® lune de 462, l'empereur permit d'exhumer les corps
qui se trouvaient dans le ChangAin yuen Jl ^ ^ et de les dépo-
ser ailleurs.
Nous trouvons dans les chroniques, qu'au commencement de
l'année 463, il passa l'inspection générale de ses Hottes au lac
Yuen-ou hou yC^M' ^^ P®^* ®^ inférer légitin^ement que ce lac
communiquait alors avec le Yang-tse hiang et que d'autre part, le
souverain de Nankin ne disposait à cette époque que d'une flotille
de barques à faible tirant d'eau. Souvent ainsi, de grands noms
recouvrent de mesquines et médiocres choses.
L'empereur entreprit ensuite la visite officielle des régions du
Nan-î/M tcheou ^ ^ )i{ (T'aUpHng fou) et du Nan^yen tcheou ||f
^ »)i\ (Hou-tch'e hien flf Bl& JH au Ngan-hoei).
Une bourrasque renversa au printemps une partie (SoeMao
^ JE) de la sépulture impériale Tch'ou-ning ling if]} ^ f^, ainsi
que le T'ong-tHen t'ai ji 5Ç S (3)-
Song Hiao-ou ti ^ ^^^ alla plusieurs fois rendre la jus-
tice au peuple dans les villes voisines de sa capitale. Il y mourut
à la 5® lune intercalaire dans la salle Yu-tchou tien ^ j^ ^.
On l'enterra au King-ning ling ^ $ @^.
Lieou Tse'-yé Sj) -? H, le Prince héritier, monta sur le trône
le jour même du trépas de son père. L'impératrice-mère Wang
(1) Cette piste fut détruite en 464 et rétablie raniiée suivante.
(2) Yn Koei-fei fS jft JQ fut enterrée ù. Long chan fll |I| (ou Yen chan gj^ ll| ,
cf. supra), la colline auprès de laquelle on admire les ruines de la pagode Tsing-ming se
^ W ^ il 23 Z 6 au sud-sud-est de Nankin, non loin du tombeau de Peunuque Louo
Tche-ijuen^^ ^. Song Hiao-ou ti y éleva une pa{.:ode en l'honneur de cette concubine,
dont la tombe fut violée, en 465, par l'empereur Song Fei ti ^ ^ ^, qui détruisit
également la pagode de Sin-ngan se 1^9^^ annexée à la sépulture.
(3) Tong-tHen Val JE ^ X, d'après le 'Tei-wen-yuu-fou" {H lit IS il¥ ) était,
sous la dynastie des Han ^ (321-265), une espèce de maison à étage à l'usage des magi-
ciens fjll A, qui recevaient là les communications des esprits célestes. Voici le texte des
Ohroniques â|Ij JH ^ S ftl * AKankin, e'étalt probablement une sorte d'observatoire*
84 GH. III. LES NAN-SONG, 420-479.
che 3£ J5 mourut aussi cette année-là (VHP L. 464); elle partagea
la sépulture de Song HiaO'OU ti. Une grande famine sévit alors,
qui emporta les sept dixièmes de la population, chifTre difficilement
admissible.
 l'automne de 465, Song Fei ti se mit en campagne à la tête
de son armée et marcha contre Lieou I^kong 3) H ^i Prince Kiang»
hia Wang jt X 3Ei ^^ Hou~pé. Le rebelle périt avec Lieou Yuen"
king fiîll 7C :t et Yen Che^pè % Aï fô-
Vainqueur et de retour dans sa capitale, il y choisit les sites
de quatre palais, fort célèbres dans la littérature chinoise ; en
voici la liste : dans la ville de Che^t'eou tch'eng jQM^'» ^^ éleva
le Tch'ang'-lo kong ^^ IH ^ "le palais de la joie immortelle". Au
Tong-fou tch'eng^^ j^ il bâtit le Wei-yang kong ^^^, "pa-
lais du plaisir sans fin. Sa villa septentrionale jj^ ^ devint le
Kien^tchang kong J$ jft ^ et sa villa du sud ^ ^ fut changée en
Tch'ang^yang kong :g ^ $•
 la 9^ lune, il condamna à mort, je ne sais pour quelle cause,
Lieou Tse^loan fQ ^ ^, Prince Sin-^ngan v^ang Sfif ^ ï- Puis
il ordonna de préparer une expédition militaire contre Lieou
tch'ang ^ ^, Prince l'-yang wang H % £, Gouverneur de
SiU'tcheou ^ ffl.
Ce dernier s'enfuit au royaume de Wei j^. L'empereur se
dirigea, par la colline Pé^hia j^ f" (au S.O. de Mou-fou chan)
vers le Yang-tse kiang qu'il descendit jusqu'à Koa-pou Jffii ^,
grande île entre Si'hia chan et Tchen-kiang . A la 10* lune, il
était pourtant de retour en son palais. Il le quitta le mois sui-
vant pour aller mettre à mort le Général Ho man % ^ ^ '§IL
-jpj jH. Puis il fit périr son propre ministre Chen KHng-tche
îfUSH' Lui-même, probablement par représailles, fut assassiné,
quelques jours après, dans la salle Hoa-koang tien $3^^ de ses
fameux jardins Hoa-^lin yuen ^ ^ @, au nord de sa capitale. Il
eut sa sépulture à l'ouest de la Terrasse du sacrifice au Ciel, près
de MoU'ling koan ^ fê 55 JBI îf.
Le lendemain de la mort de Song Fei ti, Lieou Yu !g\]^, Prin-
ce Siang-tong Wang M'Mï^ assassina le fils du Prince Yu-tchang
v^SLng ^ $ 3E) marié à la princesse Chan-yn Kong-tchou jl] |l^
^ i, fille de l'empereur Song Hiao-ou ti ^ ^ ^ ^^^ frère de
Wen ti. Le meurtrier Lieou Yu [Song Ming ti) monta sur le trône
au dernier mois de 465 ; sa mère C/ien-c/ie gfc J^ était enterrée à
MoU'fou chan ^ /j^ il] • II lui conféra le titre honorifique de Siuen
Vai-heou ^ :fc /g", bien qu'elle n'eût possédé jadis que celui de
Tsiè chou j^ ^M lorsqu'elle était à la tète des concubines de la
maison de l'empereur. Mou~fou c/ian, par décret impérial, devint
le Tch^ong-ning ling ^ ^ ^. L'empereur accomplit sans retard
la cérémonie traditionnelle au T'ai miao H^f^ît le temple des an-
cêtres impériaux.
Le nouveau souverain avait à combattre Lieou Tse^hiun M
} II. SONG WEN Ti, 424-453. 85
^ fj^j Prince Tsin^ngan wang § $ ï^ qui, avant la mort de
Song Fei ti, était entré en campagne, à Sinn-yang ^ ^ au
Kiang-si, et n'entendait point se soumettre. La lutte fut ardente.
Enfin, à la 8^ lune 466, Lieou Hieou-jen SjJ ffc fc> Prince Xien-
ngan wang ^ ^ ^, remporta sur l'ennemi plusieurs victoires
décisives.
L'impératrice-mère, Lou fai-Zieou jjg^ ;fc Jn^ mourut cette
année. Elle fut inhumée au Sieou-ning ling ^ ^Jj^-
Un remaniement des sépultures du Tch'ong-ning ling entraîna,
en 467, différentes exhumations, pour lesquelles l'empereur eut à
indemniser les familles intéressées.
Le Prince héritier habitait alors le Tong-kong; il y reçut la *
visite de son père (IX® L. 468) qui, en 469, rendit la justice au
peuple, dans la salle principale de son palais.
Alors fut fondé le collège Tsong-ming'koan jf^ H |^, sorte.
d'Université de prétention encyclopédique, dont l'empereur tint à ^
cœur d'assurer le recrutement.
Ce lettré, ce dilettante, fît pourtant massacrer en 471 treize
de ses neveux ; puis il transforma son ancienne demeure en la
pagode Siang-kong se jfg g ^.
Était-ce un présage funeste? A la première lune de 472, on
vit l'image d'un géant imprimée sur la glace du Si tch'e |f ^
ou étang de Touest. Et l'empereur tomba malade. Il prescrivit à
son héritier présomptif de convoquer dans le Tong-kong ^ §
(cf. supra) tous les rois et princes, puis (3®L. 472) par précaution,
il fît mettre à mort le gouverneur de Yang^tcheou /gg jt\ j^lj ^,
Wang King-wen 3E ;^ 3St^ dont il se défiait. Lui-même mourut un
mois après dans son palais, King-fou tien Jp: jjfij^- Song Ming ti
5^ ^ ^ fut enterré (5® L.) au Kao-ning ling ^ ^ ^. Dès le
lendemain de son décès, Lieou~I $J g, son fîls héritier, le rem-
plaça sur le trône. On le connaît sous le nom de Ts^ang-ou
Wang ^ fê 3E-
Les débuts de son règne furent des plus mouvementés. A la
5° L. de 474, Lieou Hieou^fan !g^ {tJ; fj^. Prince Koei-^yang wang
'B S 3E 6* Gouverneur de Kiang-tcheou (Kieou-kiang) iC ^fl $|
^, leva l'étendard de la révolte. Le lecteur admettra sans peine
que cette attitude semble constituer la tradition monotone de
cette époque. Siao Tao-tch'eng ^ JE ^ marcha contre lui en
qualité de général en chef, jusqu'à Sin-t'ing jgf Ç. Lieou Hieou-
f^'^ WiW^i P^rti de Sin-lin ^ :^, prit l'offensive et attaqua les
camps retranchés du gouvernement nankinois. Un officier, nommé
Tchang King-eul ^ ^ j^, feignit de se rendre à Lieou Hieou-fan,
lui coupa la tête et la rapporta à la capitale. Tou Hé-li ij^ ^ j|,
un officier des rebelles, ignorant le sort de son maître, pour-
suivit sa marche en avant et vint emporter les citadelles de
Pè'hia 1^ f et de, C^e-t'^eou /Ç®^ ^®^ avant-postes de Nankin. La
ville de Tong-fou yHJ^ capitula elle-même. Les révoltés entrèrent
86 CH. II. Lis NAlf-80NG, 420-479»
dans la salle centrale du palais par la porte Tch'eng'^ming men
ÎH^M PI* 'S'î^o Tao-'tch'eng f|f Je J^ à la nouvelle du désastre,
dépêcha Tch'en Hien''ta M( S ^ avec un corps de* troupes, à
la défense de TEmpereur. Une bataille décisive se livra au village
dé Tou^mou tché i^ jj^ ^. L'insurrection fut vaincue; Tou Hè^li
périt dans sa défaite et Nankin respira pour quelque temps.
Comme ses prédécesseurs, Ts'ang^ou wang ^;|^ 3E. qui n'eut
j{imais le titre d'Empereur (473-477), rend publiquement la justice
au peuple dans la salle centrale $ 4* ^ 9^ ^* ^^^^ ^^ ^ bientôt
(VIP L. 476) à réprimer derechef une insurrection fomentée à
King-k'eou jjr p (Tchen-kiang ^ f£) par Lieou King-^sou jflj ^
* IK, Prince Kien-^p'ing wang jl^ ^ !• -Siao Tao^tch'eng H xÉ J^
fut encore le sauveur de TEmpire. Son lieutenant Jeu Nong-fou
tE 9k ^ écrasa promptement la révolte.
L'opposition ne désarmait pourtant point; Yuen Tien-^fou ^
fï5 ^ conçut le perfide dessein de renverser le pouvoir existant;
dénoncé, il paya de sa tète sa malheureuse tentative (477).
Nouveau tremblement de terre à la 5® lune. Deux mois plus
tard, le souverain sanguinaire assiégé par son peuple dans Che-t'eou
tch'eng est assassiné par les eunuques dans la salle Jen^cheou tien
inM SSi' ^^^ ^®^ conseils de Siao Tao^tch'eng, le maître réel de la
situation, l'on manda à Nankin Lieou Tchoen ^^s Prince Ngan-
tch^eng wang ^ ^ ï, et on l'y couronna empereur. C'était le frère
du défunt (le 7® et avant-dernier des Song); l'histoire le connaît
sous le nom de Song Choen ti 5|c )R ^ (477-479).
Lui aussi devait périr de mort violente.
A la fin de 477, Chen Yeou-tche ik iÙC i. Gouverneur de
King^tcheou ^J ji[ (Hou^pé) lève des troupes contre Tomnipotent
Siao Tao-tch'eng, le souverain occulte qui dominait l'infâme Choen
ti. De son côté, Yuen Tch^an ^ ^ se révolte aussi dans la forte-
resse de Che-t'eou tch'eng; mais il périt dans un combat livré aux
troupes du gouvernement. Siao Tao-tch'eng marche ensuite contre
Chen YeoU'-tche qu'il défait à Sin-t'ing fif Ç. En 478, il rentrait,
vainqueur, dans la ville de Tong-fou tch'eng ^f^j^^ Aussi (3® L.
479), bien qu'il ne fût encore que le Duc de Ts'i, Ts'i Kong ^
^, il intronisa son propre fils, en qualité de Prince héritier, dans
Ghe^feou tch^eng. Il transforma également en salles impériales
deux des salons de sa résidence. Il prit ensuite le titre de TsH
Wang ^ J Prince de Ts'i, détrônant l'empereur Song Choen ti
5|c HK ^) qu'il réduisit au rang de Prince Jou-yn wang ff[ ^
Ce dernier clôt la liste de ces Song 5|ç, dont l'histoire garde un
sdtivenir plein d'opprobre. Ils avaient agrandi la ville vers le sud,
(1) Une flotille, venue de Ou-kou à Fang chan ^ lU , on THen-yn chan 5c hI UI
(^^montbgne carrée" on "montagne du sceau céleste"), en descendant la Hôai et ses canaux
àffluetitS) tnenftça d'Attaquer NanMii, en 479.
I IIÎ. FtN DES NAN-SONG, 479. 87
s'étaient bâti deux espèces de "palais d'été ou d'automne". Une
allusion au trop fameux Parc aux Cerfs pécherait ici par indulgence.
Un jardin (on en désigne l'emplacement au coin N. E. de la ville
actuelle, butte de Hiang^ling § :^, près de laquelle on vient de
relever la pagode Hiang-lin se ^ bjji ^) demeure fameux par des
orgies impériales, dont le récit enonté ne tentera jamais plus,
j'espère, un nouveau Suétone (1).
A ces dates, synchronisme qui a son éloquence (496), Clovis
recevait le baptême à Reims.
Les plans indigènes annexés à ces pages, permettent de suivre
le développement progressif de Nankin. Ghe-feou tch^eng reste,
durant ces règnes ignominieux, la citadelle, le réduit, à forcer
pour emporter la place. On la remanie, on la munit sans
cesse, tâche aisée, et elle sert souvent de résidence au prince
héritier, ou à quelque grand ministre d'empire. Des villages palis-
sades, élevés sur les buttes qui relient cet oppidum à la butte de
Hia-koan f ^ (Che-tse chan), ne seront que plus tard englobés dans
le plan général de ces fortifications, mais l'incorporation se prépare.
Dans un autre ordre d'idées, d'intéressants changements ont
lieu, qu'il lïe nous faiit point négliger. Les pagodes pullulent sous
les Song, autant superstitieux que cruels. De civil (de neutre, si
l'on veut), le culte de Confucius évolue rapidement dans un sens
sacré, hiératique; on commence à désigner son esprit, ses apoph-
tegmes, ses enseignements moraux, plus philosophiques que re-
ligieux, sous le nom de Kiao ^ "doctrine, religion", qu'ils usur-
pent encore aujourd'hui. Sa liturgie aussi se précise et, sur divers
points, se crée de toutes pièces.
Concurremment, l'on s'évertue à fonder de nombreux collèges
officiels, mouvement civilisateur qui devait s'accentuer, s'accélé-
rer sous les 2 ou 3 dynasties suivantes des Nan-TsH ^^ pendant
deux siècles environ.
(1) L'ouvrage Pé-hia souo-yen B P S| bT» publié la 25« année de Tao~koan^
JS ^ (1845), place un tombeau des Nan-Song ^ ^ auprès de Koan-yn men |H ^ P^
et appelle l'endroit Hia miao T ^ «pagode du bas.» Elle existe encore dans un yallpu
que domine au sud le rempart de "grande ceinture", à quelques pas de la stèle du général
Wang Té 2 ffi' élevée en 1154.
CHAPITRE IV.
DYNASTIE DBS NAN-TS'I (IX«).
CINQ EMPEREURS, FIXES A NANKIN (479-502).
Cette dynastie, très nankinoise, reconnut pour fondateur Siao
Tao^tch'eng, le ministre meurtrier des deux précédents empereurs,
rs*ang-ou 'wang et Song Choen ti.
En effet, à la 4^ lune de Tannée 479, cet audacieux Siao Tao-
tch'eng, alors Prince Ts'i wangf jÇ J, avait usurpé le pouvoir en
séquestrant Jou-yn wang (jadis Song Choen ti) dans la vieille ville
de Tan-yang hien ^ ^ j^ (Tang-Vou hien § ^ JH). Un mois
après, il le fît assassiner. Pourtant il octroya au monarque déchu,
sa victime, la sépulture impériale de Soei-ning ling ^ !]$S|, et prit
soin d'installer des gardiens auprès des tombeaux de la dynastie
des Song. C'est un usage chinois, auquel n'ont point encore dérogé
les souverains de ce siècle, même pour les sépultures dévastées
de la dynastie des Ming, à Nankin. TsH Kao ti (479-483) l'usur-
pateur, ne tarda point à installer dans le T'ai miao, le '*temple
des Ancêtres impériaux", les tablettes de sept générations de ses
propres aïeux. Et, à la 10® Lune, il alla leur offrir les sacrifices
rituels, consacrés par la coutume.
Les premiers jours de Tannée suivante (480) il accomplit éga-
lement les cérémonies traditionnelles à la Terrasse méridionale
des sacrifices au Ciel.
Le roi de Wei |J|, Hiao Wen ti fê $ ^ (471-500), envoya
alors ses généraux menacer le nouvel empereur dans sa capitale.
Pour en assurer la défense, Siao Tch'ang-meou )fi^ ^ ^, prince
héritier Nan-kiun wang "$ 2|{ 3E t s'enferma dans Che^-Veou
tc/i 'engi ÇlgJS; et Taggression n'eut point de conséquences séri-
euses. Ces souverains, qualifiés empereurs, n'étaient guère en
réalité que de gros chefs de partisans.
L'orage passé, l'empereur présida un banquet fastueux dans
ses jardins du Lo-yeou yuen |j| ^ ^. Cependant, en vue pro-
bablement de prévenir semblable attaque, il fit protéger chacune
des six portes de la ville par des murailles en briques. Ces
. ouvrages consistaient, j'imagine, soit en barbacanes extérieu-
res, soit en murs de renfort élevés derrière les portes. L'exa-
men des types de fortifications urbaines du Nankin moderne
autorise cette double hypothèse. En outre, Siao Tch'ang-meou,
nommé plus haut, fut chargé de mettre la ville de Si-tcheou
XV T*ai-p*ing men.
XVI Muraille près de Ts'ing-liang chan. Lac hors ville.
XVII Portes du Ya-men du Maréchal tartare.
XVIII Porte de tribunal.
j I. TS'i OU Ti, 483-494. 89
ïî JH :fcfe (à Touest de Yé tçh'eng), en parfait état de défense.
Rassuré par ces préparatifs, Tempereur jugea publiquement les
différends de son peuple dans la salle centrale. La tenue de ce
Lit de justice populaire faisait partie des prérogatives impériales.
A la fin de Tété de 481, nous le voyons en visite chez
Siao I "^ ^, prince Yu-tchang wang $ £ £i qui habitait
dans la ville de Tong^fou ^ /j^. Fidèle à la tradition de ses
prédécesseurs, il fonda divers collèges d'instruction publique.
Mais la mort l'atteignit à la 3® lune de 482 dans la salle Lin"
koang tien gg ^ ^. Son fils, le prince héritier, nommé précé-
demment Siao Tche ^ |g, accompagna le cercueil de Ts^i Kao ti
î¥ î^ ?&' jusqu'à Ou-tsin ^ jH (maintenant sous-préfecture de
Tch'ang-tcheou fou ^ jHl flï)? désigné pour sa sépulture.
Alors on inaugure les nouveaux jardins du Sin-Leou Hou-
yuen ^ "^ ^ ^, (^83) et Ton rebâtit le palais qui dominait
le canal TsHng-kH ^ ^ (près Tchen-tchou kHao J^^^fR). L'em-
pereur T'si Ou ti fît mettre à mort dans le Hoa-lin yuen ^
i^ ^, célèbre jardin des environs du Pè-ki ko, le Général
Tchang King-eul ^ ^ %^ qui l'avait offensé. Cette année
encore, la ville de Lang-ya ^ }}5 fut transformée en celle de
Pé-hia lâ TF. _^
Siao Tse-liang H ^ ft, Prince King-ling wang ;^^î, reçut
l'ordre d'aller compléter les fortifications de la ville Si-tcheou "gf
jH»! (à l'ouest de Yé ich'eng). C'est ce Siao Tse-liang, l'un des 18 fils
de l'empereur, qui, devançant de plusieurs siècles le monde mo-
derne occidental, avait formé, à Nankin même, un cabinet, une
collection, un Musée de vases anciens et autres antiquités. Ses
amis, amateurs comme lui des arts et des lettres, le secondaient
dans sa tâche intelligente (Cf. de Mailla V. p. 161). En 487,
Siao Tse-liang se bâtit une vaste habitation, appelée V hôtel occi-
dental 15 ^, sur les flancs de Ki-long chan. Il y réunissait les
plus célèbres lettrés dans une sorte de salon ou cercle artisti-
que et littéraire. Et pourtant l'heure n'était guère propice à la
culture des arts libéraux! fiS|^ltï^SMW«l*^ii«lIl
fâ ^^ i- Peut-être saisirons-nous ailleurs l'occasion de revenir
sur divers monuments qui témoignent du mérite artistique de cette
époque, mal connue.
TsH Ou ti passa, en 484, la revue générale de ses troupes
(inspection navale?) au lac Yuen-ou hou JQ^^-
A la l^r® lune de 485, il sacrifia au Ciel du Sud, et, à la 2®
lune au Ciel du Nord, sur les Terrasses destinées à ces rites impé-
riaux. Trois mois plus tàrcj, il alla visiter l'Ecole Tsong^ming
koan H^l^. Puis, au début de 486, il présida pour la première
fois les Examens des lettrés dans la salle centrale. Au jour vou-
lu, il accomplit aussi la cérémonie du Labourage impérial au
Tsi-tHen |$ Q. De même, il fît une conférence militaire à se»
90 GH. IV. LBS MAN'ATS^If IX" DYNASTIE.
officiers dans la salle Siuen^ou t'ang |i[f(^ (1)« Nous relatons un
grand nombre de ces particularités, à certains égards superflues,
parce qu'elles nous initient, mieux que des dissertations, à la vie
réelle et à l'histoire locale de Nankin, dans ces temps reculés.
Nos chroniqueurs de la Gaule franque, qui s'attardent à des dé-
tails analogues, ne paraissent ni prolixes ni bavards aux curieux
ou chercheurs, passionnés poU'r les choses de Tancientie France;
Divers fléaux menaçaient le royaume : pour les conjurer, TsH
Ou ti invita les grands mandarins à un banquet h la villa du
Fang-lin yuen ^ ^ H (m* I^' ^^7) (2). Mû par la même intention
propitiatoire, il se rendit le 9 de la 9" lune (date fatidique pour
les Chinois) sur la butte Suen^ling h^ng HP {^ @9 ^ ^^^ courte
distance de la porte Tch'ao-yang men ]|J |^ P^ (3).
Vers le mois de janvier 489, des brouillards épais et nausé-
abonds couvrirent la campagne et la ville, sans qu'on pût éviter
leurs eilets pestilentiels.
La même année, Siao Yng H^, Prince Yu-tchang wang ff^
^ 3E et Gouverneur de Yang-tcheou, contracta quelque infirmité
et revint se soigner dans sa résidence princière. Siao Lien jfj ^
son fils vint habiter la ville de Tong-fou ^ J^ pour le suppléer
en son absence. TsH Ou ti alla souvent visiter l'illustre malade
en son palais. Comme l'empereur rencontrait sur sa route les co-
lonnes funéraires et les lions de pierre (KH^lin J^ |^) du tombeau
de Song Wen ti ^ '$C ^ , au Tch^ang-ning ling ^ $ ^, il
fit transporter à Tongf kang ^ ^, la «butte orientale» [Tchong
chan) les diverses pièces lapidaires de cette sépulture impériale.
De fait, à KH-lin men (18 H de Tch^ao-yang men) on trouve encore
(1) A la 9® luùe de 488, il se rendit, pour le môme but, dans la ville de Lang-yé
tcli^eng ^ft îjli jSjc hors de la porte Chen-tch^e men, à Pé-kou nhan ^K iS lU et y expli-
qua les livres de tactique et stratégie classique. Un mois après nous le voyons commentant
les rubriques du Calendrier devant ses mandarins, dans la salle T^ai-hi tien jpj /^ ^»
En d89 et en 491, il se rendit encore à Lang-yé t^cheng, pour ses cours d'instruction
militaire ; enfin il remplit le môme office à la 10® lune de cette dernière année, auprès du
lac Yuen-ou hou 7C iS flw*
(2) 11 renouvela cet exploit gastronomique, à la 3® lune de 491, dans ses jardins du
Hoa-lin yuen ^ flC ^Ë*
(3) Le 9 de la 9** lune est, fevec le 5 de 5« L. et le 8 de la 8«, une des époques qui
partagent l'année civile en Chine. C'est un jour férié, un terme pour les baux et loyers,
une sorte de ^'hank holiday", universellement respecté. Les lettrés ont encore pour
principe de rester fidèles à cette observance: le 9 de Iflr 9'' lune, quiconque veut se préserver
de toute calamité ultérieure doit monter, s'élever, gravir quelque hauteur. Cf. Parva
adumbratio rer. sin. 9* 1» 9* die.— Zottoli, II p. 139.— Doolittle, Social life of the Ohineèe^
II. p. 70. édit. New-york 1867.
TsH Ou ti avait une maison de campagne nommée Ghang-pido hoan f^ Sl§ Ir»
sur cette butte de Suen-Ung kang, sise au sud du tombeau des Ming, ou Hoang ling. On
en trouve la vue et la description au n® 47 des Quarante-huit paysages de Nankin.
vu-tm Wang et hai^lin wang, 493. 91
un KH'lin ^ J||. D'après les habitants du pays, un autte animal
en pierre se trouve au fond d'un étang tout près de là (1).
Des pluies diluviennes signalèrent l'année 490. En 491, le
temple Ming t'SLug Bfl ^, et la salle Tcheng-yang t'ang JE 1^ H
du paro Lo^yeou yuen ^^^'> furent incendiés.
Le Prince héritier Siao Tch^ang^meou H ^g gjS vint à mourif
dans son palais, le Tong kong ^ ^, à la i^^^ lune 493. Ts'i Ou tij
son père, le suivit dans la tombe sept mois après. La ^lle Yen-
tch'ang tien ^ ^ SSi ^^^ désignée comme le théâtre dé cet impé-
rial trépas; l'on peut juger, par la répétition de pareljs détails,
avec quelle minutie les chroniques locales relatent les moindres
incidents de ces existences princières ou souveraines.
Le général Wang Yong 3E^' par une sorte de pronunciamento^
entreprit, sans succès, de faire couronner iSiao Tse-liang ^ ^ ^
(^Prince King-ling wang), l'antiquaire (2). Ce Wang Yong fut arrêté
et exécuté par Siao Tchao-yè J| B3 H (Yu'-lin wang)^ petit-fîls et
héritier de Siao Tch^ang^meou, qui parvint à monter sur le trône.
A la 9® lune (493) le cercueil du défunt empereur Ts'i Ou ti fut,
en grande pompe, placé sur une barque et Yu-^lin wang ^ fl» £
le nouveau souverain, vint lui faire ses solennels adieux à Toan
men ^ P^, la porte sud de la ville impériale d'alors. Puis, le
convoi funèbre s'ébranla.
Le nouveau règne débuta par un sacrifice dans le temple Ming
t'ang reconstruit ; mais l'empereur fut débauché puis assassiné
(7® L. 494) par Siao Luen H ^, marquis Si-tch'ang heou |f ^
-JH et neveu du fondateur TsH Kao ti. Après sa mort, on lui
contesta jusqu'à son titre d'empereur, et, par une espèce de dé-
chéance posthume, on le fit redescendre à celui de Prince Yu-lin
wang. Le meurtrier Siao Luen manda à Nankin Siao Tchao-wen
M ^ ^^ Prince Sin-ngan wang S^f ^ 3E ®* ^® couronna; ce
dernier, en récompense, nomma son bienfaiteur au gouvernement
de la ville de Tong- fou tch'eng. Le scélérat y mit à mort en
moins de trois mois une vingtaine de princes, puis (10® lune 494)
détrôna sa créature^ s'intronisa en sa place et devint Ts'i Ming ti
(494-499). Il n'était la veille que le Prince Siuen^tch'eng wang
SM£* 1^6 souverain dépossédé fut nommé Prince Hai^ling
wang ;^ ^ 3E-
Un décret impérial (IP L. 494) restitua aux vrais propriétaires
plusieurs terrains indûment annexés au parc Sin-^lin yuen ^if^^-
TsH Ming ti ^ U^ ^ éleva un temple funéraire à la mémoire de
son père, à l'ouest de la grande rue impériale, au sud du palais.
(1) Le même TsH Ou ti fit élever, à la 4® lune de 492, la pagode de Tsi-chan se ^
Ç ^ à 10 li au nord de la capitale d'alors, pour assurer le bonheur posthume de ce
prince Yu-tchang wang {Siao Yng ^ j^).
(2) Siao Tse-liang m 4^ Si mourut à la 4® lune de 494.
92 CH. IV. LES NAN-TS'I, 479-502.
Puis il fit emprisonner l'empereur détrôné, l'infortuné Prince
HaUling wang ^ R î (1).
Pour établir une sorte d'ordre hiérarchique officiel parmi
les innombrables bonzes de ses états, il avait promu Tun d'eux
nommé Kirij à la dignité d'archimandrite de tout l'Empire (2).
Personnellement, le souverain était surtout adonné aux sortilèges
et jongleries du taoïsme.
Dès les premiers jours de 495, le gouvernement de Nankin eut
à faire face aux Wei du nord, dont les incursions menaçaient les
villes limitrophes ; au plus fort de la panique, un décret nomma
généralissime le grand ministre Tch'en Hien^ta ^ S| j||- H nia-
nœuvra entre Sin-tHng igf i^ et la ville Pé-Ziia è T de manière
à contenir les bandes ennemies, qui bientôt se retirèrent. Ts'i
Ming ti se souilla encore du meurtre de Siao Chen jH |8 (VI* L.
495). Raison d'état, dirent les flatteurs. Un arrêté impérial ordonna
la destruction de la villa Tong-t'ien Jg^ H, sise au midi de Tchong
chan et du Hing-koang leou ^ :)b ^Éî* ^^^ contre, l'empereur fit
réparer les sépultures dynastiques des Tsin § (Tong-Tsin) et
désigna des gardiens pour en prendre soin.
Un tigre terrorisa alors toute la banlieue de la capitale ; la
brousse et les taillis abondaient sans doute aux environs. La puis-
sance de la végétation y est si active pendant les mois d'été, que
tel serait encore le cas des collines voisines, si les habitants
actuels ne s'acharnaient à les déboiser périodiquement pour y
trouver le bois de chauffage de chaque hiver.
Ts'i Ming ti condamna Wang Yen £ $ à mort en 497.
L'année suivante, Wang. King-tché £ ^ glj) Gouverneur de
Koei-ki (Chao-hing au Tché^kiang ) se révolta, en vue de rétablir
en sa dignité Siao Tse-k'io ^ 4^ fjf, marquis Nan-k'ang heou
t^ M^' lïnbroglio singulier ! car lui-même vint en personne
à Nankin, pour témoigner qu'il n'était point complice de ces
agissements séditieux. Tsouo Hing-chen 2Ë A ^ décapita le re-
belle et promena sa tête dans la capitale.
A la 7® lune (498) Ts'i Ming ti mourut foù dans la salle
Tcheng-fou tien JEJ@^* Durant sa maladie, des sorciers lui avaient
suggéré qu'il devait son infortune aux eaux du lac Heou hou, dont
le trop plein se déversait à travers son palais. Sur cet avis, le
monarque avait projeté de détourner ces eaux pernicieuses, et de
dériver jusque chez lui celles du canal Ts'in hoai. Après son
trépas, personne ne souffla mot de ce dessein. Son 3® fils, Siao
(1) Du Halde dit clairement : uKao tiy fondateur de la Dynastie (des TsH)^ avait
«ru ne rien faire de mieux que de confier à son frère Ming ti le soin et l'éducation de deux
de ses enfants qui étaient on bas âge. Ming ti les ayant placés successivement sur le
trône, les fit mourir l'un après l'autre dans le court espace de 4 mois, et s'empara de la
-couronne.» I. p. 383.
(2) Cf. E. H. Parker — Chinese liecorder, 1S94, p. 231.
TONG-HOBN HEOU, 499-501. 93
Pao-kiuen H Jf ^, lui succéda ; il est désormais connu sous le
nom de Tong-hoen heou y^ ^ ^ (498).
A la 7® lune de 499, l'eau de la Ts'in-hoai apparaît aussi
rouge que du sang. A ce présage de fin de siècle s'ajoutent des
ouragans, des secousses de tremblement de terre et des inonda-
tions autour de Che~Veou tch^eng. L'épouvante est à son comble.
L'empereur ( Tong-Hoen heou J^ J§i ^) fait périr Kiang Che
^ jfg et Kiang Se ^ jpg. Siao Yao-koang ^ ^ 56> Prince Che-
ngan wang ^ ^ ï, Gouverneur de Yang-tcheoUj se révolte à
Tong^fou tch'eng, Siao T'an-tche H fl ;è, envoyé contre lui, le
fait exécuter, avec Lieou Hiuen $] g^ , son lieutenant. Par ordre
impérial, Siu Hiao-se ^^ :^ || et Chen Wen-ki tlC^^ périssent*
aussi. La vie humaine coûtait peu en ces temps semi-barbares !
Tch'en Hien-ta ^ |g ^ lève lui-même Tétendard de la rébellion
à Siuri^yang § @î, au Kiang-si, et marche ' contre la capitale, af-
folée à son approche. A la 12® lune de 499, il était à Ts'aUche~ki
^ ;g' i|^, un îlot du Yang-tse kiang, à la hauteur de T'ai-p'ing fou.
Bientôt il essaie d'enlever d'assaut la ville impériale T'ai tch'eng
^ ^, assise à l'ombre du Pé-ki ko. Mais la place est si vigou-
reusement défendue qu'il échoue, et périt dans sa défaite. On
exposa sa tête sur les retranchements ou palissades en bois Tchou-
tsio heng ^^if^ ; il neigeait en abondance : on remarqua avec
stupeur que la neige ne couvrait pas cette tête de rebelle !
Tong-Hoen heou ;^ ^ |^ donna ensuite commission (2® lune,
an 500) au général Ts'oei Hoei-king ^^ ^ àe porter la guerre
à Cheou-yang ^ ^ (Cheou tcheou % ji\) du Fong-yang fou au
Ngan-hoei ^^MiMM ®* ^^ l'accompagna quelques H de chemin.
Mais remontant vers Koang-ling ^ ^ ( Y ang -tcheou), le général
tourna les armes contre son maître et revint sur la capitale, en
nommant empereur Siao Pao^hiuen ||5ftSi Prince Kiang-hia 'wang
Jt 5[ ï- Il s'installa quelques jours après dans le jardin Lo-yeou
yuen |$| ^ ^; les villes de Che-Veou, Pé-hia, Sin-tHng s'étaient
toutes rendues à lui. Fort heureusement, le dévouement de Siao I
^ ^ sauva provisoirement la situation, au profit de Tong hoen
heou. L'insurrection fut écrasée au sud de la Ts'in Hoai. Le traître
Ts'oei H oei-king ^évit dans sa déroute et Siao Pao-hiuen fut exécuté.
L'empereur, à peine délivré de ce souci, se plongea dans la
débauche à son harem du Lo-yeou yuen, A la 8® lune de cette
même année (500), plus de 3,000 appartements affectés aux con-
cubines impériales furent la proie des flammes. Le monarque ne
rougit point de faire reconstruire pour ce vil troupeau les somp-
tueux palais de Fang-lo tien ^ ^ ^, Yu-cheou tien 3E ^ ® e*c..
Cruauté et luxure vont de pair. L'ingrat fît mettre à mort
son libérateur Siao i, que Siao Yen ^ Hy , son frère cadet, résolut
de venger. Avec le concours de Siao Yng-tcheou ^ ^ ^» ^1 plaça
sur le trône le jeune Siao Pao-yong ^ ^ ^, frère du dépossédé,
04 GH. IV. LBS NAN*TSM, 470*i502.
et Prince ATan-ft'anc/wangf ^ J|f 3E (*)• P"*»? adressant au peuple
un manifeste, où ils récapitulaient les forfaits de l'empereur Tongm
Hoen heoUj ils firent un appel auK armes.
Lors des fêtes de la nouvelle année (501), TEmpereur (Tong
hoen heou JR -Qi ^) convoqua la troupe de ses concubines dans
le Yné-^u t^ang ^ ^ ^, la '* salle des arts militaires" ; des eu-
nuques affairés simulaient des manœuvres belliqueuses, et le
souverain, revêtu du harnais de guerre, présidait cette honteuse
parade féminine.
A la 2^ lune, incendie partiel au Kan^ho tien J^ % ^- Le
mois suivant, Siao Pao-yong (TsH Ho ti) monta effectivement sur le
trône à Kiang^ling ^ ^ (King^tcheou fou du Hou-pé) et de là, par
ordre de Siao Yen, détrôna Tindigne monarque (son frère) ravalé
au titre de Feou'-ling v;ang Jlf H ï-
De son côté, le Prince King^ling wangf ^ ^ ï conçut le
projet d'introniser Siao Tchao-tcheou HDS ^, Prince Pa^ling wang
B K 3E ; mais on eut vent de ce complot et il fut mis à mort avec
ce dernier.
Alors aussi Tchang Hin-Vai ^ JJjj; ^ fit périr Fong Vuen-se
Six H ^* yangf Minrf'Vai }|J |^ |^, dans la salle Tchong-hing
t'ang 4* ft ^- Puis il députa Wang Ling^sieou 3E S ^ ^ C/ie-
t'eou tch'eng pour y prendre de sa part Siao Pao-yn H^ ^ H
Prince P'^ouo-yang wang SJ |^ ^ et le conduire à T'ai tch'eng, la
ville impériale. L'entreprise échoua misérablement : arrivés à
Tou-mou tché îfefc J^ ^, ils furent abandonnés par tous les gens
de leur escorte. Tchang Hin-t'ai et Siao Pao^yn jugèrent expé-
dient de se livrer d'eux-mêmes au Président du Tribunal des
supplices, qui finalement les remit en liberté.
A la 9® lune (501) Siao Yen, de jour en jour plus influent, ar-
rivait à Kiang^ning gc W (aujourd'hui Kiang-ning tchen jtL W iS
à 40 H S. O. de Nankin). Il défît, au sud du Tchou^-tsio hang :^
^ in l'armée de Wang Tchen^ko ^ ^ S ®* poursuivit ce
général jusqu'à la porte Siuen-yang men ^ |^ P^, Siu Yuen^yu
-j^ X ïîfe' ^^ autre général, fit défection et livra à Siao Yen la
place de Tong-fou tch^eng, pendant que Tchang Hoan Sg ^ pre-
nant la fuite, lui abandonnait aussi celle de Che^t'eou. Maître
de ces deux forteresses, Siao Yen mena ses bandes à l'assaut de
la ville impériale de T'ai tch'eng.
Dans les derniers jours de 501, Siao Yen reçut, à Che-feou
tch'eng, la tête de l'empereur Tong-hoen heou, assassiné par
Tchang Tsi ^ ^ dans la salle Han-té tien "^ ^ SR- Il fît son
entrée dans le Yué-ou t'ang, puis dans la salle centrale du
palais, sorte de ** Salle du Trône". Cette révolution politique ne
s'accomplit pas sans un grand carnage ; la guerre civile ensan-
(1) Sera TtH Ho ti ( 501-502 ), frère de l'Empereur Tong-hoen heou régnant, détrô-
né, dépossédé, pnis tué par Siao Yen qui sera Liang Ou ti.
TS'i HO Ti, 501-502. 95
glantait alors presque sans relâche cette agglomération de bourgs
fortifiés, qui, par leur amalgame, ont formé notre Nankin (1).
L'Empereur Ts'i Ho H ^^if^^ frère et successeur de Tong-
hoen heou, résidait encore à Kiang-ling ^ ^ (King-tcheou fou du
Hou-pé). A Kien-k^ang .J^J^, la Capitale, Wang-che 3£ ^, Tim-
pératrice-mère, présidait le Conseil des ministres. Vers la 2® lune,
au milieu de l'avenue méridionale menant au palais, on brûla 62
assortiments d'habits de Cour, ou costumes de gala, trouvés au
Garde-Meuble de Tong->hoen heoUj le défunt empereur, mort à 19
ans. Cependant, les présages d'heureux augure se multipliaient
en faveur de Siao Yen: deux K'i-lin |ft j^, admirablement sculptés
dans la plus riche matière, furent alors découverts ; on trouva
aussi deux énormes pierres précieuses, deux anneaux de cristal..;
des aigles apparurent çà et là.. Tout le désignait pour le souverain
Pouvoir!
L'histoire de cette courte dynastie n'offre qu'une suite de
carnages, un tissu d'intrigues, une série de révolutions, spectacle
plus fréquent dans les Annales chinoises que ne le soupçonne
maint écrivain d*Europe. Nous sommes loin de l'Eldorado légen-
daire, remis à la mode par le plaisant général Tchen Ki-tong.
Moins plaisant, moins inoffensif surtout est le paradoxal ouvrage
d'Eugène Simon (mort en 1896), La Cité chinoise. Peu de pays
furent plus troublés, au cours des âges, que l'immuable Chine,
de pacifique et débonnaire renom, laquelle, parfois asservie à des
maîtres étrangers, languit officiellement sous sa 25® Dynastie
(pour admettre le plus bas chiffre donné). Et que de fois elle
changea de capitale. L'éloignement de temps et de lieu, l'igno-
rance de l'histoire, celle de la Chine comme celle de l'Egypte, ont
valu à ces deux antiques contrées la réputation usurpée d'édifi-
ante, d'inaltérable quiétude.
(1) D'après les Clironi(iues locales, la tradition place au bas de la colliiio de Si-hia
clwn, au bord du Yavg-fse, en aval de Nankin, tout près de la paçrode Pou-t^i-wang miao
» Je 3E ^, le tombeau do Hien-ou kong JK J^ 5r des TsH ^ (Siao Yen) et celui
di& Kao Yué (|^ @) des T'a?î.gf méridionaux.
CHAPITRE V.
DYNASTIE DES LÏANG (X«).
QUATRE EMPEREURS en 55 ANNÉES:
CAPITALE NANKIN (502-557).
Siao Yen Hf ^ se résigna à son destin : à la quatrième lune
de Tannée 502, il se décerna le titre d'Empereur, à Nankin ^Kien-
k'ang) même, et détrôna Ho ti ft ^, le dernier souverain des
TsH ^, auquel, comme fiche de consolation, il octroya un titre
de Pa-ling wang G» 1^ ï-
Lui, devint Liang Ou ti ffk^^^ l'un des plus brillants monar-
ques que posséda jamais Nankin. Â peine assis sur le trône, il
congédia ou distribua à son armée les 2000 concubines du règne
précédent, et finalement (on devait s'y attendre) il fit disparaître
TsH Ho tij exécuté en secret (âgé de 15 ans). Comme d'habitu-
de, d'horribles tueries déciment la famille impériale, si elles ne
l'anéantissent point. A l'endroit même de sa naissance (dans le
coin sud-est de la ville actuelle). Ou ti constitua la Préfecture de
T'ong-hia hien I^J H JH (1).
L'ancien ministre Siao Yen, couvert du sang de deux empe-
reurs et de six princes vassaux, passe donc pour le fondateur de
ces Liang ^ dont il ouvre la liste, sous le nom de Kao-tsou Ou ti
^ jjg ^ *^ (502-550). Il en demeure, du reste, la plus brillante
illustration. N'oublions point que les Wei ^ commandaient au
nord de la Chine, pendant qu'il régnait sur le sud-est (2).
(1) Une tradition fort accréditée le fait naître au site de la pagode Che Koan-yn se
5 IS H ^> élevée sur une roche de grès rougeâtre, solitaire dans le coin sud-est de
Nankin, à un demi-kilomètre au nord de l'Arsenal. Ce point fut un des premiers occupés
sur les bords de la TaHn fioaij dont les crues le respectaient, et son histoire se confond
avec les plus antiques souvenirs des origines nankinoises. Plus haut, nous avons dit que
des documents indigènes désignent le bourg de T^ong-hia, du Mo-ling hien^ comme la
patrie de Liang Ou ti.
(2) On lit en tête du V» vol. de V Histoire du P. de Mailla que «lorsque Lieou Yu
monta sur le trône en 420, la Chine septentrionale était partagée en six royaumes : 1°)
Celui de Wei, fondé par le a Tartares de la famille des To-pa^ qui en occupaient la plus
grande partie...» En 492, To-pa hong, prince de Weij est encore signalé comme vassaUde
TsH Ou tij empereur régnant à Kien-k^ang (Nankin). On lit également dans le même
ouvrage (V. p. 165), qu'en 1S.5, sous TsH Ou ti, ce To-pa-hong «fit une nouvelle distribution
des états qu'il possédait dans la Chine. Il les partagea en 38 Tcheou, ou départements : 25
dans le Ho-nan^ au midi du Hoang ho, et 13 dans le Ho-pé, au nord de ce fleuve».
LIANG OU TI. BOUDDHISME. PAO-TSE KONG, 97
L'on sait que Liang Ou ti favorisa si follement les sectes
bouddhiques, que. son empire, d'assez médiocre étendue, si on le
compare à la Chine actuelle, compta, assure-t-on, jusqu'à 13.000
pagodes, et que des bonzes accoururent du fond des Indes, pour
participer à cette alléchante fortune, en ce pays de cocagne nan-
kinois. C'est à Ou ti que l'on doit l'une des premières pagodes de
Yu'hoa t'ai M ^ $» ^^ butte qui domine le Nan men au sud: un
de ces bonzes célèbres, Yun-koang fa-che § :)fe fi 65» lui avait
persuadé qu'il y était tombé une pluie de fleurs, pour pronostiquer
la gloire de son règne. Cf. n® 14 des "40 paysages de Nankin".
Aujourd'hui à certaines dates, les pèlerins affluent encore, au
bas de Ki-ming chan, à l'entrée de la pagode Ki-ming se, vers
l'hermitage de cet ascète thaumaturge, Pao-tse kong ^ |ê S*î
conseiller principal de Liang Ou ti. Il fut enterré (13® année de
Tien-kierij 5cS ^^^) ï^oï^ loi^^ ^^ site du Tombeau des Ming, sur les
pentes sud de Tchong chan, dans la pagode Ting-lin se ^^^- Une
des filles du monarque y avait élevé une tour à 5 étages, recons-
truite à Ling-kou se. L'Empereur Hong-ou ^ ^ (1368-1399)
expropria les habitants de cette bonzerie pour leur en rebâtir une
plus grandiose encore à trois kilom. à l'est. C'est le Ling-kou se
moderne (Cf. Var. sin. n® 3. Croix et swastika, p. 85).
Les Lettrés y admirent sur une même stèle (refaite) trois
chefs-d'œuvre: le portrait de Pao-tse kong par le bonze-artiste
Ou Tao-tse ^ |g ^ (1), des vers du poète Li T'ai-pè ^ Jç
^, enfin des caractères écrits par le calligraphe Yen Lou-kong
01^ (Ph. XXVII).
Le 11 juillet 1898, j'ai photographié Pao-tse kong sur un
autel ordinaire, avec une petite Koan-yn à ses pieds: il est accrou-
pi, jambes croisées sur une base moulurée à lotus opposés: vêtu
de la robe croisée des bouddhistes, agrafée par un anneau sur
l'épaule gauche, demi-souriant (béat), tête émaciée d'ascète, lon-
gues oreilles, couronne à cinq pans ordinaire surmontée d'un haut
Ting-tse (bouton) étage ! indique le sol de la main gauche et "en-
seigne de la droite". Ton vieil or rougeâtre. Tout l'attiraM du culte
ordinaire des poussahs. — Sur la terrasse au bas de Ki-ming se,
il y a des pierres de taille (Ph. XXVIII).
Bien que scandaleusement dévoué au bouddhisme, l'éclectique
empereur construisit des temples somptueux à Confucius, fit refleu-
rir les études littéraires, et, outre ceux des provinces, bâtit cinq
(1) On a du bonze-artiste Ou Tao-tse {Ou Tao-yuen ^f^ jS ^ui trois Koan-yn (ou
plus)à Nankin, copies d'un môme type. La statue en pierre du Koan-yn se (pagode sur un
rocher au coin S. E de la ville) remonte à cette époque, ou à celle des 6 dynasties. L'obs-
curité ne m'a pas permis de la photQgraphier. Ou Tao-tse est le peintre le plus brillant de
cette époque... De son vivant même il jouit d'une grande réputation au Japon où il était
connu sous le nom de Go-doshi. On conserve de lui un dessin original dans le temple de
Manjugi à Kioto. Paléologue, Art Chinois, p. 263.
7
98 CH. V. DYNASTIE (jT) DBS LIANG, 582-557.
collèges à Nankin, pour 1.000 élèves entretenus aux frais de
rÉtat (Biot, Essai ... p. 240). C'était, on le constatera, un lettré,
un ** intellectuel" comme on dit aujourd'hui, un érudit, un adroit
politique, une personnalité de tout point marquante, prédestiné à
un rôle glorieux et fécond, s'il n'avait été le jouet des bonzes, la
victime des sorcelleries taoïstes, de Toccultisme chinois. Rien
de plus malaisé que de se former une juste idée de cette figure
si complexe, à une époque mal connue, du reste, et très digne
d'étude.
Rival de gloire de Pao-tse kong et thaumaturge comme lui,
Ta-mo j^ jp (ou Dharma) figure parmi les plus illustres bonzes,
attirés alors à Nankin ; son principal renom résulte des discussions
auxquelles donna lieu sa vie légendaire et la ressemblance de son
nom avec celui de S* Thomas, apôtre de l'Asie, certainement de
l'Inde et peut-être de la Chine du sud-ouest. La question est loin
d'être épuisée. «En 520 de notre ère, Ta-mo vint en Chine par le
sud et la voie de mer, puis il s'attacha à un temple nommé Chao-
ling-se, Bodhidharma, arrivé à Nankin, vit l'Empereur Ou ti, des
Liang, puis passa à Lo^yangn. On le représente marchant sur les
eaux. «Les Chinois nomment cette image Ta-mo kouo-kiang, c.
à d. Ta-mo traverisant les eaux.» [Pauthier, cité dans le Pé-king de
M«^ Favier, p. 48) On traduirait plus exactement Ta-mo traver-
sant le Yang-tse kiang. Ce thaumaturge aurait passé miraculeu-
sement le Fleuve sous Nankin, auprès de Koan^yn men, où sa
grotte, changée en pagode, à mi-hauteur de lia colline, est assez
visitée (cf. Croix et sv;astika). A Nankin même, et aux environs,
où son culte reste populaire, il a de nombreux autels, notamment
à Pi-Zou se ^ J[ ^, à Ki-tche se jg|f ^ ^. Me^ Favier donne son
portrait, p. 47 (1).
Une ligne menée du Kou-»leou au Yang-tse par Chen-tche
men aboutirait à cette grotte, Cf. la 18" des '*48 vues de Nankin".
Au sud du Pé-fti ko un vieil arbre {Pé-chou, cyprès?) date des
Lou Tch'ao^ dit le peuple. Il est vraisemblable qu'il date au moins
des Ming (2).
A la 5® 1. de 502, un inconnu, entré furtivement dans la
ville impériale, incendia la porte Chen-hou men jj^^f^ et le salon
(1) Ne paâ confondre Ta-mo avec Ta-mou che. Cf. Journal asiatique^ janv. févr.
1897. Détails sur Ta-mou-che (ou Ta-mou-tou) envoyé à la cour de Chine en 719, par le
roi de Tokharestan (Fou-ling). Ed. Cha vannes. "Le Nestorianisme et l'inscription de
Kara-Balgasaorum" . Les Moni seraient dans les livres chinois les musulmans : et le
mahométisme serait la religion monieune. Manière de ne rien trancher. — V. aussi : Stèle
de Si-nganfou du P. Havret, II.
(2) Leang Ou ti obligea Tcheou Hing-se ^ Sk S^ fameux littérateur, en punition
d'un crime, à mettre en vers mille caractères tirés du célèbre calligraphe Wang Hi-tche
3E. ^ Z • Il en aurait fait en une nuit le "i* ^ 5C » mille caracterum lucuhratio^
qu'apprennent encore les enfants des écoles. Zottoli. II. p. 113.
LIANa OtJ ïï .---TRAVAUX PUBLICS. 99
Tsonç'-tchang koan H :!£ 1|£ (place actuelle du Tch^ao^Vien kong).
Puis il massacra l'officier de garde Tchang Hong^tch'e 5g ?/» JIE 5
Liu Seng-tchen g fi' 3^' "^ autre officier, s'empara de lui et le tua.
Liang Ou ti^^^ éleva alors une petite pagode aux mânes
de sa mère. Il fît commencer ensuite les travaux de celle dô
Tch^ang-kan se ^^ ^ (appelée, au royaume de Ou ^, Kiefi'»
tch^ou se 9^^ ^). J'attire l'attention sur ce fait, parce que telle
est l'origine première du monastère de Pao-ngen se ^ }§, ^,
en dehors de la porte du sud, au milieu duquel on bâtit^ neuf
siècles plus tard, la célèbre Tour de Porcelaine*
Maladies épidémiques en 503 et 504. Au début de 503 ^ l'Em-
pereur inaugure son rôle de sacrificateur à la Terrasse du Ciel
du sud (1). Il crée (505) le jardin Kien-hing yuen j^^^ à Mou
l^i^Q ^ {É (aujourd'hui MouAing koan îB fê M)- ^" milieu de
cette année, on construit un Temple à Confucius. (2). La pagode
King^yé se ^'^^ et le Ts'ing^Mu se ^^^ datent d'alors. De
même pour le Tsi'-ya koan ^ H 1^, sorte de pension ou Collège
ouvert pour les étudiants des pays éloignés (3).
(1) A la 2® lune de 511, il saorifla pour la 1^*» fois au temple Ming-Vang ^ ^»
De mOrne, îl la 2* lune de 514, pour le Labourage impérial dans le champ du Tsi iHen
^ Q, sis hors de la porte de l'est. On en changea, en 521, la terre consacrée.
(2) Le Prince héritier Siao T^ong offrit un sacrifice à ce Philosophe au Collège im"
périal Kouo-tse hio ^ ^ ^ î en 509. A la 3« lune de 510, l'empereur s'y rendit et obligea
tous les jennes gens de haute classe, inférieurs en dignité à son propre fils, à fréquenter
cette école. Puis il leur proposa lui-môme les thèmes de composition.
(3) On construisit en :
507 La pagode I-p^an se fS ^^ ^'
510 Pen-yé se /$^^^î auprès du village de Tsiang-chan ^ lll M* Apeineenai-je
trouvé trace à quelques li à l'est de KH-lin nien. On y montre une petite stèle (refaite)
remontant originairement aux Ming.
511 Kiai-t'o se 1^^ ^i au village Tai-tsHng U jSim M' ^ la requête de l'impérft-
ivïcQ Thgi\B,nie Siiten-té Hoang-heou M. ra ^ /O *
5 1 2 Réfection de la terrasse Si-tsing t'an ^ JH à Tckoftg chan.
513 Reconstruction d'un nouveau T^ai-ki tienicZ. Œ J8*
it „ „ „ Tai miao ^ ^ •
517 Construction de la salle Tche-king tien ^ Q% JP(i delà terrasse King-yang t*ai
"St ^ s 3t de sept pagodes *Ju ^ * ^^ 519, construction du Hoei-je se ^ Q
522 „ „àvi Mong-sin-ni se <£ i^ Jq ^•
524 „ „ Tchong-tsao se * js ^'
527 „ „ Yuen-kiu-ni se H ^ ^ ^*
„ Ouverture de la porte Ta-t^ong men yZ 38 P J •
529 Construction de la bonzerie GJien-yen se ffl^ j^ ^»
533 „ „ „ „ Fa-yuen se S % ^•
535 „ „ T'eou-t'ouo se M pE ^» Wan-fou-ni se ^ ^ /a ^' Pen-yuen-ni se
^ i^ ^ ^ et Yen-si-koan M^ m'
100 CH. V. DYNASTIE (X*) DES LIANG, 502-557.
Siao T'ong HH, ou Tchao-ming T'ai-^e D8 Ç^ ic ^> Théritier
présomptif, va occuper son palais du Tong-kong ^ ^ restauré
alors (506).
Trois éléphants entrent, à la 3* lune de 507, dans la ville de
Nankin, qui soutenait, sur toute la ligne, son rôle de Capitale,
résidence du souverain (1). L'inondation désole les quartiers bas;
on dut élever de sept pieds la chaussée (médiane) de la grande
avenue impériale, ménagée, selon Tusage, au midi du palais.
La salle Yué-ou t'ang ^ fÇ ^ prit le nom de Té-yang -^ ^, et
le THng-song t'ang ]fô ^ ^ devint le I-hien f| R.
Liang Ou ti changea en bonzerie la maison où il était né et
il la dénomma Koang^tché se ^ ^ ^ (2).
Hors de la porte Ta-se-ma men :^ "^ JS|, on ouvrit dans l'en-
ceinte celles de Chen-long k'iuè If f| |S et Jen^-fou k'iuè t J^ f^
(508) ; puis celle de Kouo-men g f^, au sud de la ville Yuè tch'eng
M M» ^ P®^ pr^s à Mou'ling koan. Cf. XL §. 13.
L'année 510 fut occupée par d'importants travaux hydrauli-
ques. Pour contenir l'eau du canal T'sin Hoai on mena une digue,
s'étendant (rive nord) depuis Che-Veou tch'eng jusqu'à Tong-i
yS. (^ (près du palais des Ming, un peu au S.O. de Tchong chan;
pour la rive sud, une autre fut menée de la porte de bambou
HeoU'tchoU'li men H ^ ^ P^, jusqu'à San-k'iao H |§ (3).
En 511, on renforça de trois arcades successives les portes
de la ville impériale M M i^ "ë mf^ 3 ^m l^m:^^-
L'examen des Nan men, Han-si men, Choei-si men, Tong^tsi
men actuels montre la disposition vraisemblable de ces défenses
murales. Deux larges avenues furent ajoutées aux rues existantes.
Dès la 4® lune de 517, on abrogea l'offrande rituelle des
L'an 536 on construisit les pagodes Ts^e-vgen se j^ }S* ^ï P^ou-hoa se ^ flî ^ï
Hoa-tch^eng se TU JSR ^' Foii-hing se Tf^^^i Chan-yé se ^ ^ ^î Han-lin se
^ ^ ^J etc.
En 538, érection de la pagode Tong-îing-koan tI5) ^ jSL '
545 Liu-t^ong se ^ 5B ^ et K^o-han se t& S ^'
547 Yeou-yen se }^ ^^ et Hiang-ni se ^ J^ ^'
(1) Ils avaient été probablement amenés de Birmanie on d'Indo-Chine. Kemarquer
sur la carte le Siun-siang men SI|| ^' r J et 1® Siang fang ^ ^ qui indiquent des remi-
ses ou étables pour les "éléphants privés".
(2) D'après le Tao-koang kiang-ning-fou tche 5B I^C flC hS /nf *Ct» ? elle aurait été
au N. E. de Nieou-t^eou-chan t^ ffi LU ? non loin de la pagode ruinée de Tsing-mbig se
tBB ^* Au centre, la pagode Zoar7.^-^c/ié sfi "jt ^ ^î à l'est, celle de Tsi-^c/mo se
^ ^ î à l'ouest, Tsing-ming se ^ Bq ^' Les restes de cette dernière subsistent
seuls, à l'extrémité sud d'un étroit vallon. L'empereur avait en outre fait faire une statue
duBouddha, appelée le OM-Zta?î)7-c7î.eoui^owsia72^ ^ 5 9 W ^ et l'avait fait placer
dans le Siao-tchoang-yen se ^]> ^ j® "^î ou petite pagode Tchoang-yen.
(8) ji^jL^m-îtnmi^mmm^^i&^m^M
LIANG OU TI, 502-550. 101
victimes animales dans les sacrifices aux ancêtres, pour leur
substituer des légumes et des fruits, probablement à l'instigation
des bonzes bouddhistes. Toutefois la dynastie suivante des Tch'en
revint à l'ancienne coutume. Par respect pour les principes de
la métempsychose bouddhique, le trop faible souverain, abusant
de son droit de grâce, n'osait condamner à mort les plus grands
criminels. Impuni, le brigandage se prévalait de la piété impé-
riale (1). Au reste, Liang Ou ti amalgamait tous les cultes; il
maintenait celui de Confucius à un rang presque éminent; il rebâ-
tissait les autels du Ciel (2) ; en même temps il tentait de faire
prévaloir son ingérence sans appel dans l'administration monasti-
que des bonzes, qui résistèrent à ces prétentions d'envahissement.
Chaque mois, Liang Ou ti présidait l'assemblée des bonzes,
réunis pour les cérémonies de leur culte. A la 4® lune de 519, il
reçut d'eux en personne l'initiation bouddhique dans la pagode
Ou-ngai tien ^ ^ j|g.
Autre fantaisie : il créa, dans sa capitale, les jardins du
Kou-tou yuen jR ^. § (521). Neige extraordinairement épaisse
à la fin de l'hiver. Puis, incendie de la salle Wan-yen tien Jjig
ïS^-^î Trois mille travées (ou chambres) dans les habitations
du voisinage furent également la proie du feu (3).
Les numismastes spécialistes savent qu'en 523, on reprit
l'usage de sapèques en fer. (Voir Sapèques : n**' 148, 149, 150.)
Liang Ou ti édicta encore en 546 (7® lune) plusieurs ordonnances
relatives à la monnaie de billon.
L'empereur se rendit' à pied, à la 3® lune de 525, à la ville
de Pé-hia tch'eng è T M- ^^ note, sans en pouvoir fournir la
raison, la singularité du fait. C'était^ pour la majesté impériale,
un assez long voyage, très en dehors de l'étiquette inexorable
d'une Cour chinoise. Mais Liang Ou ti essaya-t-il jamais de s'y
soumettre.
A la 3® lune de 327, il entra dans la pagode célèbre, ou mo-
nastère de Tong-t^ai se [^ ^ ^, là où s'élève aujourd'hui la pa-
gode renommée de Ki-^vaing se ^ P>^ ^^ presque sur l'antique
muraille de la ville, à 500™ est du Pé-ki ho (4).
(1) Cf. du Halde, I, 385'.
. (2) Plus loin, la carte IX, Nankin sous les Nan-T^ang^ indique le Kiao-Van^ ou autel
du Ciel, au S. E. de la ville. Nous constaterons ailleurs que ce choix topographique se
conformait à l'ordonnance traditionnelle, en désignant ce site relatif.
(3) «Le palais de Nankin avait été brûlé (520) : Siao-yuen^ dit du Halde (I, p. 81),
en fit construire un plus superbe, dont le parquetage était incrusté de fleurs d'or».
(4) A la mort d'une impératrice de second rang, follement aimée et arbitrairement
intronisée, Choen-tche fj^ jp premier des Ta^inj^ actuels, prendra aussi l'habit des bonzes,
(comme Liang Ou ti) et s'abandonnera à mille extravagances. De Groot, p. 1029, raconte
une histoire relative îl l'enterrement de Tiîig, concubine du l** rang de Leang Ou tij qui
prouve qu'alors, géomancièns, eunuques, taoïstes et mandarins s'entendaient à exploiter
la crédulité du Souverain et des Grands en matière de Fong-choei.
102 CH. V. DYNA8TIB (x*) DIS LIAK6, 502-557.
L*excentrique souverain y vëout trois jours entiers de la vie
des bonzes, avant de regagner son palais. On put le voir, dans
les salles du T'ong-'t'ai se, vêtu de toile, prenant un seul repas
par jour, adorant les Poussahs, s'abstenant, comme un ascète,
de vin, de viande, de poissons, d'œufs et de laitage. Le matin
même de son entrée au monastère, «un phénix avait traversé la
\\]\e en volant» (1) !
Dans cette pagode de T'on^^-rat se, il organisa une assemblée
générale, une réunion plénière de tous les bonzes de son empire ;
B. H. Parker. C/iin. Rec. 1894. p. 232. Ce nYHait pas pour la pre-
mière fois du reste.
L'an 528, des séditions troublèrent le Royaume de Wei ^
et T'O'-payu fÇ^^ (prince Lin-'hoai wang des Wei ^ {£ f|Ê 3E)
se réfugia à Nankin avec ses partisans. L'empereur lui donna
audience dans le parc Lo-yeou yuen ^ jg ^, et le garda quel-
ques mois à la Capitale (2).
L'épidémie la désola l'été suivant. En vue de secourir son
peuple, Liang Ou ti alla prier et jeûner à la Pagode bouddhique
Tc/i'onsf-yun tien ;g H Jg. De même il retourna plus tard au
T'ong^t*ai se, y pria sous le nom de Ou-tcké hoei -^ jlS ^ ; puis
il s'y affilia aux bonzes. Pour prix de sa rançon, les mandarins
de la Cour eurent à débourser 100 millions de sapèques (soit
100,000 dollars de notre monnaie actuelle). Cinquante-deux jours
après, le souverain rentrait dans son palais. Des documents chi-
nois insinuent qu'il avait subi les brûlures rituelles des bonzes sur
la partie antérieure de son crâne rasé (3).
Autre voyage au T'ong-t^ai se en 53Ô (4® lune); l'empereur y
pria sous le nom de P^ng^teng hoei ^ ^ '^. 11 donna quatre
mois après, dans la salle Té-yang t'ang ^ ^ ^^ un banquet
(1) Météore, oiseau exotique ou fait controuvé, la vérité importe bien peu en l'es-
pèce. Tous les phénomènes naturels de ce règne furent loin d'^tre aussi heureux; sous
Lio/ng Ou ti^ il n'y eut pas moins d'une douzaine de tremblements de terre à Nankin. Les
Chroniques en relatent aux dates suivantes : 500, 522, 5!^5, 538, 537, 541, 543, 548, 549 à
trois reprises.
(2) En 525, projetant de se soumettre aux Liang ^ l'Empereur des Wei aurait en-
voyé son fils à Nankin.
(3) Liang Ou ti se fit bonze plusieurs fois à Ki-ming se; alla une douzaine de fois
à cette pagode : fonda une douzaine de pagodes bouddhiques ^ar an. Un lettré de Nankin me
dit (1897) que le mur de Ki-ming se ne date pas des Liang, mais de Hong-ou qui l'aurait
construit en voulant d'abord le conduire jusqu'à TsHn-liang chaUy avant de se décider à
renfermer Uia-hoan dans la ville. Je crois que Hong-ou l'a réparé en effet et que les bri-
ques de parement datent de lui ; il a respecté le tracé et le style du mur primitif. Sous
les Lou-tch^aOj la capitale était au sud du Fé-ki ko qui l'abritait des vents funestes du nord.
On rencontre des briques, pâte fine, qui portent sur le plat l'empreinte de grosses toiles avec
caractères sur la tranche, datant des Liang. On en fabriquait une espèc^ pour les murs,
les pagodes et les tombeaux. Le Musée de Zi-ka-wei en conserve une qui date des Tsin ^ •
Onl'appeUe "Brique des Tow^'-^sm capitale à Kien-k'ang" ^ ^M^' i^^- XXIX).
LIANÔ OU TI ET LES BOKZBS. 103
d'adieu à T'o^pa^yué J^ ^ i{^, Prince Jou^nan wang ^ ï|f 3E, du
royaume de Wei.
Siao T'ong ^J^, Théritier présomptif, mourut à la 4® lune de
531. Son tombeau serait à l'étang qui est au nord du Kiosque
Sié kong toen ^ ^ ^, au sud-ouest du Tombeau des Ming, près
de la muraille de la ville.
Le Tong kong, palais de l'héritier de la couronne, fut alors
restauré ; durant les travaux, Siao Rang ^1^, le nouveau Prince
de ce titre, résidait à Tong-fou ^ ^. Il n'occupa son vrai palais
qu'à la 9® lune de 532.
A la 10® lune de 531, l'Empereur monta au T^ong^t'ai se pour
assister pendant sept jours à l'explication des livres bouddhiques,
intitulés Ta-pan i-p'an hing :k WilÊ^^M' Deux mois plus tard,
il revint y passer sept autres jours pour l'explication des Mou-^ho
pan-jo pou-lou-mi king J^ |rF )|5 ^ JR JS ® ® • On l'y revit une
semaine entière, à la 2® lune de 533, dictant un thème de compo-
sition sur les prières de ce dernier traité. A la 4^ lune de 530, il
y fondit des statues d'argent et y pria sous le nom de Ou-ngai
hoei ^ ^ #. Sous ce titre et sous celui de PHug-teng hoei 5|5
^ ^, on compte trois nouveaux voyages du souverain à cette
pagode, en 536. A la 5® lune de 537, il y fondit 10 statues d'or.
Trois mois après, il priait sous le nom de Ou-ngai fa hi-che M j§
^ ^ $1 {qui donne un banquet aux bonzes) à la pagode A-yu^
Wang se Pflf "^ ï ^ (site du Pao-ngen se ^ Jg ^, Tour de
Porcelaine) (1); Siao Luen ^ 1^, Prince Chao-ling wang 5|5 ^ ï
et Gouverneur de Yang-tcheou, s'était révolté sur ces entrefaites
(2® L. 532). Il fut privé de tous ses biens et déclaré déchu de
sa dignité princière.
(1) Pour un bonze d'occident nommé K^ang-cheng hoei ^,mm » on bâtit la pagode
Kien-t^chou se j^"^ ^» qui^ut l'origine ànPao-ngen se, Tour de porcelaine. Pour un
taoïste, nommé Kou Yuen ^ XÛ » on bâtit Tong-yuen Koan^ 7C |R à Fang chan. C'est
ainsi que les pagodes furent introduites à Kiang-tong (Kiang-nan). Cf. Chroniq. de Nankin.
«itt ^ P^ "âï § S* flll A ;5^ ® M • Devant la porte Chen-ou du vieux Nan-king,
suspendre avec joie le chapeau et les habits de cérémonie de l'immortel : rentrer dans la
vie privée. Sous le règne de ^ ^ ^ (483-494), Tao Hong-hing Tong-ming ^^L'M^
jg ^ quitta la Cour et déposa les insignes de sa dignité à la porte de la Capitale, nom-
mée Chen-ou men. Il gagna aussitôt le mont ^ ffl lll de ^ ^, décidé à s'y livrer aux
pratiques du taoïsme, dont il avait, dès sa jeunesse, avivé le goût dans la lecture du ff ^
^ par Ko Hong M pl' I^a huitième grotte H A ÎI^ » célèbre par le séjour des im-
mortels, et appelée W^ fe 21 ^ ? lui servit d'abord de retraite, ce qui explique ses trois
titres taoïstes ^^ÉH ^'<^:R3|etlplifJ|A-Les conseils sur la
manière de gouverner qu'il adressa de sa solitude à ^ !|$ W (502-550) lui valurent en-
core le surnom de |ll + ^ 'te» comme celui de ^ È ^ ^ lui vint de la perfection
avec laquelle il pratiqua les observances de son nouveau genre de vie. Lorsque T^ao rési-
gna ses fonctions. Ou H prit l'engagement de lui fournir tous les mois une certaine quantité
d'étoffe, de succin et de miel pour subvenir à ses dépenses». Allusions littéraires du P.
PétiUon S. J. Var. sin. N« 13. p. 273.
104 CH. V. DYNASTIE (x*) DES LIANG, 502-557.
Dans les premiers jours de 533, sur la Terrasse du Sacrifice
au Ciel du sud, apparurent d'éclatantes lumières qui émanaient
du firmament. On ne précise point la signification de ce pro-
nostic. Mais Tété suivant, l'inondation fut telle que l'on naviguait
dans l'Avenue impériale du midi; et à la 10* lune de 535, il
tomba des nues de la poussière jaune aussi dense qu'une chute de
neige épaisse. Même phénomène en 535 (11* L.); la terre produisit
dés poils blancs! De même en 543. Mais, en 537, c'est par un ciel
sans nuages qu'on avait assistera une pluie de cendre jaune. Il
tomba un mètre de neige véritable, à la 11* lune de 544 (1).
Li Yun-tche ^ ^ ;^ (probablement un bonze) promulgua,
(7* lune de 538), une concession d'indulgences générales, octroyées
au peuple de la part de Bouddha. En voici le texte : ^ {^ ^ ^
La même année, l'empereur passa la revue de toutes ses trou-
pes dans le parc de Lo^yeou yuen |J| ^ ^. Sa manie pour les
momeries bouddhiques ne l'absorbait point tout entier.
Un décret de 540 pourvut à l'entretien des sépultures impé-
riales des dynasties Tsin §, Song 5|ç, TsH ^, assignant des gar-
diens spéciaux pour cet emploi. L'année suivante, Ou ti fonda un
nouveau Gymnase et y convoqua de partout les Lettrés. Il ne se
désintéressait pas non plus des améliorations matérielles ; sur son
ordre, on creusa (543) un canal, de Sin Ving 5^ Ç h Sin-lin p^ou
$f ^ ïifî "^ autre canal existant déjà au sud-ouest de la ville.
Un incendie avait dévoré la porte Tchou^tsio men ^ -^ P^ en
537; huit ans plus tard, la foudre tomba dans le parc Hoa-lin
yuen ^ ^ H et y détruisit les deux salles Koang-yen tien ^ ^ SR
et Tchong-yun fto g ^ ^.
Nous avons à mentionner encore plusieurs des extravagances
de Liang Ou ti à la pagode de T'ong-t'ai se. A la 3* lune de 546,
il y assiste à l'explication des San-hoei king ^ ^ g^, recueil
bouddhique bien connu. Le mois suivant, il y revient dans le
même but, et publie des indulgences fictives, au nom de Bouddha.
Par suite de l'afïluence populaire à l'occasion de cette Kermesse
idolâtrique, l'incendie dévore la Tour du monastère, le soir même
de la cérémonie. Nous ne voyons pas que cette tour ait jamais
été rebâtie.
L'année suivante (3* lune), l'empereur revient prier à T'ong-
t'ai se, sous le nom de Ou tché hoei ^ 5É "&. H s'y consacre en-
core au service des poussahs, en qualité de bonze, et son rachat
(2) On prétendit entendre s'entrechoquer les nuages, avec un bruit de flots, au 6»
mois de o4G. Au 5* mois de 548, deux lunes apparaissent pendant la nuit ; ce phénomène
naturel est plus admissible. En 549, un bolide nocturne estimé long de 300 pieds s'abat
sur la porte de la trésorerie Ou-k^ou JÇ j^. En 550 (l^'f mois) on distingua la lune en
plein midi; sécheresse et famine cette année à Nankin, où, pendant plusieurs mois, on se
nourrit de chair humaine.
XX Coin Sud-ouest. Monnaie.
XXV Cloche du Temple de Koan Yu. pp. 43, 291.
r
XXX Sié-kong toen. pp. 137, 269.
XXVIII Statue de Pao-tche kong. p. 97.
RÉVOLTE DE HEOU KING, 548. 105
coûte de nouveau 100 millions de sapèques au Trésor. Les Bonzes
s'entendaient aussi bien h caresser qu'à cultiver, puis exploiter
financièrement la manie impériale. Des relations affirment que
Ou ti se rétira chez eux jusqu'à douze fois. En dépit de ces ex-
centricités, l'histoire le représente comme un souverain de haute
valeur, et tout ne dément point cette appréciation, difficilement
conciliable à première vue.
Un mois après, il regagne son palais. Puis, il ofïre un dîner aux
mandarins dans la salle Té-yang Vang f^, p^ ^ et fait en personne
l'inauguration du Wang-yeou yuen î^^> récemment ouvert (1).
Selon la coutume presque invariable de ces époques, ce règne
prospère en définitive, devait sombrer dans quelque sanglante
insurrection.
A l'automne de 548, Heou King g| ^ se révolte à Cheou-yang
S 1^ (2) (CheoU'tcheou du Ngan-hoei). Bientôt il s'empare de Li-
yang ^ ^ (Ho-tcheou ^\i jt| du Ngan-hoei), Siao Tcheng-té H ^
;j^, Prince Lin-ho wang f^ ^ [J, fournit des barques à ses
troupes ; elles traversent le Yang-tse, arrivent sur Kien-k'ang ^
^ (Nan-kin), guidées par ces deux rebelles, emportent Che Veou
tch'eng, Pé-hia tch^eng et Tong^fou. A la 11® lune, Heou King
élève sur le trône son allié Siao Tcheng-tè H jE (*.
Cependant Siao Luen H ^, Prince Chao-ling 'wang ?|5 ^ BE?
accourait du Tché-kiang au secours de son légitime souverain. Sans
tarder, il fond sur les insurgés, aux abords de Tchong chan, près
de la pagode Ngai-king se ^ ^ ^. Le succès trahit ses efïorts :
il fut bientôt refoulé vers King-k'eou iji; P (Tchen-kiang). Aux
derniers jours de 548, Heou King rompt les digues méridionales
du lac Heou hou et inonde la capitale (3). Nombre de généraux
marchent en vain à la tête de leurs contingents à la défense de
Nankin et de leur empereur ; ils sont pour la plupart victimes de
leur héroïque fidélité (4).
(1) Le R^ J. Edkins a fourni à la China Beview des détails inédits sur un moine*,
d'Indo-cbine, Sangahala, qui, venu à Nankin sous les Ts^i ^î y resta sept ans et y ren-
contra d'autres ascètes bouddhistes hindous. Ces bonzes, fort instruits, versés dans le&
arts, la littérature et les sciences, très influents, de ce chef, à la Cour de Liang Ou tiy
s'occupaient à des traductions de livres religieux, dans cinq établissements ofi&ciels. La,
Cochinchine elle-même était alors vassale du royaume de Nankin, dominant le sud-ouest
de la Chine (Cf. Chinu Beview XV» vol; 1886-87, n° C, p. 366).
Des documents assurent que Liang Ou ti avait réuni une flottille considérable sur
le Yang-tse, en vue d'attaquer le Japon.
(2) Il gouvernait pour Ou ti la province du Ho-nan. Du Halde place Cheou-yang au
Ohan-si (I, p. 385). Mais il s'est trompé sans doute, car Cheou-yang du Chan-si appartenait
à cette époque aux Wei du Nord ^t 3^*
(3) Ne se contenta-t-il pas d'ouvrir les écluses, vannes, barrages?
(4) L'un des principaux griefs, nourris ou allégués, contre Liang Ou ti, était sa
prodigalité pour élever des tours et des monastères. Quel ministre insurgé fut jamais à.
court d'excuses et de prétextes pour légitimer sa révolte ?
106 CH. V. DYNASTIE (x*) DES LIANG, 502-557.
Les événements suivaient leur cours presque fatal. Pourtant
la cause du droit faillit un instant triompher; Si'ao L,uen se main-
tenait encore (1^^'^ lune, 549) au midi du Tchou-tsio hang :^^^.
D'autre part, Siao -Se || g, Prince Pou~yang wang f^ ^ £> du
parti de l'ordre, mettait en déroute les rebelles à Tong-fou
tch'eng, A la 2® lune, HeouKing, à court de provisions, implora
la paix; il l'obtint: mais, à peine approvisionné en riz, il oublia
son serment et reprit les hostilités. Il emporta d'assaut la ville
impériale, pénétra dans le palais et y trouva Liang Ou ti dans la
salle T'ai'hi tien. De là, il publia un décret imaginaire de cet
Empereur, enjoignant de licencier les troupes fidèles qui accou-
raient au secours de leur souverain en danger. Un édit annexé
détrônait 8iao Tcheng-té ^ jE fê*
Moins de deux mois après, le pauvre Liang Ou ti (502-550), âgé
de 86 ans (549), mourait de tristesse (?) dans la salle Tsing-kiu tien^
Jg^(l). Le jour même, Siao Rang |||B, le Prince héritier, S** fils
du défunt, monta sur le trône (2). Heou King fit périr son ancien
allié Siao Tcheng-té^ ainsi que Siao iiC'io |||g, marquis Yong-ngan
heou :^ $ -gl, lequel avait voulu assassiner Heou King. Le défunt
empereur fut enterré au Sieou ling ^ ^ à Tan^yang J^ ^.
Heou King affectait les allures de Protecteur du nouveau
souverain ; sans relâche il pressait son pupille de se rendre à
Si'tcheou |g" jfl et il lui offrit même un banquet officiel dans le
parc Lo-yeouyuen, Un inconnu assassina Siao Tse |||§, marquis
Ou-ling heou HÇ ^ -§1, près de la porte Koan-mou men Jf ^ p^ .
Heou King fît lui-même périr Siao Hoei-li || '^ Jg, Prince iVan-
k'ang wang Fè* J^ 3E' ^"^ avait attenté à ses jours.
Au printemps de 551, il fît construire, auprès du Tchou-tsio
hang J^ ^ ^, une ville qu'il nomma Hang kouo |^ g. La forte-
resse achevée, il renversa l'empereur Liang Kien-wen U ^ f^ ^
^ (550-552), le confina dans le palais Yong-fou seng :à<: JJÈ ^Si
rabaissé au titre de Prince Tsin-ngan wang § ^ ï- Il intronisa
en sa place Siao Tong ||i|g, prince Yu-tchang wang g| 3|È ï- La
tragi-comédie ne tarda pas à se couronner de son dénouement
prévu : Heou King détrôna Siao Tong, mit à mort Liang Kien-wen
ti, âgé de 49 ans et 3® fils de Liang Ou ti, puis se proclama lui-
même empereur (11^ lune, 551). Il massacra aussi une vingtaine
de princes de la famille impériale.
(1) Des historiens aflarment que, séquestré par Heou King dans une pagode près de
Ki-ming se, il y périt de faim et de misère. «Un peu de miel que demanda Kao-tsou Outi
pour adoucir l'amertume qu'il sentait au gosier lui ayant été refusé, il mourut tout-à-coup,
âgé de 86 ans». Du Halde, I. 386. Plusieurs fois, des ministres ferrés sur la "morale en
action" invoquèrent ce trépas lamentable pour détourner les Empereurs de favoriser le
Bouddhisme. V. g. en 819 et 1503.
(2) Son nom dj-nastique est Liang Kien-wcn ti, et il se signala par sa dévotion ridi-
cule à Lao-tse, patron du Taoisme.
FIN DS LIANG KIEN-WEN TI, 550-552. 107
Restait à conquérir l'empire, et Tentreprise très ardue, devait
finalement échouer.
A la 2® lune de 552, Siao I ^ ,^, Prince Siang-tong wang
M yS, ï^ réclama le concours du général Wang Seng-pien 3E JfÈ
^, pour combattre l'usurpateur. Son armée, sous la conduite de
ce général fidèle, arriva par Kou-chou jf^ ^ (T^ai-pHng fou) et
l'île Tchang-kong tcheou Ç^ ^ ^. Profitant d'une crue opportune,
la flottille entra dans le canal Ts^in Hoai. Des escarmouches
s'engagèrent autour de SUtcheou'^ ){{ (Ts'ing-liang chan); le parti
de l'ordre triompha. Lou Hoei-lio ^ â|p H{|, ministre de Heou King
et commandant pour lui la place de Che Veou, la remit à Wang
Seng-pien, Voyant la clé de Nankin au pouvoir de l'ennemi, Heou
King s'enfuit la nuit de T'ai tch*eng vers l'est, et, à son départ,
ses soldats incendièrent le palais. Alors furent brûlés le T'ai-ki
tien et deux autres salles adjacentes.
Wang Seng^pien ï fi" ^ fit apporter à ce qui restait du
palais le cercueil de l'empereur Liang Kien-wen ti ^ fe^^ •?& et
mit en délibération la conduite à tenir. Tchou Mai-tch'en :^ ^ |5,
un des généraux les plus en vue, fit noyer le Prince Yu-tchang
Wang ou Siao Tong j|J ^ ï |f i^, arbitrairement créé empereur
quelques mois auparavant.
Enfin, à la 4® lune (552) Yang Koen ^ ^| fit exécuter Heou
King à l'île Hou-Vou tcheou j|9 S ^ (près de Ou-song port de Chang-
hai), Son cadavre fut exposé sur une place publique de Kien-k'ang
(Nankin). On enterra au Tchoang ling ^ ^ (à Tan-yang ^ ;^)
Tempereur Kien-wen ti |g tJ^ ^, et (11® lune 552) Siao I ^ ,^,
Prince Siang-iong wangjfg ^3E' i^oi^ta sur le trône à Kiang-ling
f£ ^, ville du Hou-pé (King-tcheou fou ^jlfl jj|^). Tel fut l'avène-
ment de Liang Yuen ti ^ 7C ^ au pouvoir.
LIANG YUEN TI, 552-555.
L'un des premiers actes, aux dires des Chroniques, de
l'Empereur Liang Ynen-ti ^yt^ (552-555), le 17« fils de Liang
Ou ti, fut d'ordonner au G^'^ Wang Seng-pien î fi" ^ d'aller
porter la guerre à Siang-tcheou ^ >H'| (Tch'ang-cha du Hou-nan),
Tch'en Pa-sien ^ ^, Ko-lao d'Empire, fut en même temps
(553) nommé Gouverneur de Kien^k'ang (Nankin). Plus tard il
fondera la dynastie des Tch'en, On n'a pas oublié que le jeune
empereur avait été intronisé à Kiang-ling ^ |^ (King-tcheou-fou,
au Hou-pè).
Cette ville fut bientôt (10® lune, 554) assiégée par les troupes
du royaume de Wei, l'ennemi héréditaire. Bien que Wang Seng-
pien fut accouru au secours de cette place, elle succomba et
108 CH. V. DYNASTIE (x*) DES LIANG, 502-557.
l'empereur périt dans le désastre (1). Tch'en Pa-sien ^ ^ ^,
de concert avec Wang Seng-pien ^ fg' ^, fît venir Siao Fang-
tche "^ "fi ^^ Prince Tsin-ngan wang -^ ^ ï ( 9® fils de Liang
Kien-\^'en ti). que l'on porta provisoirement au souverain pouvoir.
Ce prince, désormais Liang King ti (555-557), monta donc
sur le trône au commencement de 555. Mais une compétition
inattendue ne tarda pas à se produire. Le royaume des TsH du nord,
revendiqua l'autorité impériale au profit de son frère Siao Ynen-ming
MWi^^' marquis Tcheng-yang heou ^^^, Après mûre délibéra-
tion, Wang Seng-pien admettant le bien-fondé de cette réclama-
tion, accueillit le compétiteur à Kiang-ning fou. Ce dernier prit
possession du trône et déclara l'ex-empereur Siao Fang-tche, son
héritier présomptif, grâce à une fiction légale.
Or, à la 9® lune, l'ambitieux Tch'en Pa-sien se défit traî-
treusement de son collègue le G^^ Wang Seng-pien, k Che-t'eou
tch^eng^ et Siao Yuen-ming restitua à Siao Fang-tche son propre
trône (2).
Lors de ce chassé-croisé, Tch' en P a-sien s'absenta pour conduire
une expédition militaire vers Tchen^tcheou jftj^^ [I-tcheng hien^l^"^
sous-préf. de Yang-tcheou), Siu Se-hoei ^ S^^y voyant la capitale
dégarnie de troupes, s'empara de Che^t'eou tch'eng, qui restait,
on le voit, une place de premier ordre. A cette nouvelle, Tch'en
Pa-sien revint à marches forcées sur Nankin. Le royaume de Ts'i
(Pé'Ts'i, 550-578) intervenant à propos, envoya Lieou Ta-mo et
ses soldats appuyer les desseins de Siu Se-hoei; mais, bien que
les troupes des TsH eussent fait leur entrée dans Che-t'eou, Siu
Se-hoei, défait à Yé tch'eng ]^ ^ par Tch^en Pasién, recula jusqu'à
Ts'ai'Che ^^. presque sous les murs de T'ai-p'ing fou •;Jj2p/jJ,
pour y faire sa jonction avec l'armée de secours, envoyée par le
royaume de TsH, Les derniers jours de l'année, Tch'en Pa-sien
infligea une irrémédiable défaite aux bandes de Lieou Ta-mo
^ ^ jP ®t reprit Che-Veou tch'eng, le pivot de toute opération
militaire dans la région de Nankin. La paix conclue, les troupes
de Ts'i regagnèrent leur pays.
(1) Comme son père Liang Ou ti, ce monarque juxtaposait dans un même culte
caractéristique chinois, Bouddha, Lno-tse, Confucius, avec tous les dit minores que ces
mythologies évhémériquos peuvont si aisément tolérer. A la même époque, le souverain
du royaume des TcUcou faisait brûler bonzes et pagodes de la Chine septentrionale (du
Halde I. 387). Avant de se rendre A ses assaillants, il aurait brisé une épée très précieuse
et, par dépit ou désespoir, il aurait incendié une bibliothèque de 140.000 volumes. Il est
difficile de concilier un pareil amour des Lettres, avec ce procédé digne d'un chef de hor-
des barbares. Mais ces époques présentent fréquemment d'aussi inexplicables contrastes ;
ils abondent dans la conduite publique et privée de plusieurs des membres de cette célèbre
famille des Siao ou des Liang.
(2) A la S* lune de .550, l'Empereur Liang King ti porta des édits réglementant la
circulation des sapèques soit anciennes soit nouvelles. (Voir Sapèques, N°" 151, 152, 153,
154, 155, 156).
FIN DES NAN-LIANG, 557. 109
En récompense de ses victoires et en raison des nécessités de
son service, Liang King ti par décret impérial accorda (2® L. 556)
à Tch'en Pa-sienle privilège d'entrer à cheval dans la ville impé-
riale. C'est une prérogative qui s'octroie encore de temps à autre
à la Cour de Pékin (I). Au début de l'été, un retour offensif des
troupes de Ts'i fit trembler Nankin. Venues par Ou-hou |K }^,
elles attaquèrent Mou-ling koan et franchirent la ligne stratégi-
que que formait la TsHn hoai canalisée. A la 6® lune, elles étaient
à Tsiang-chan long-vcei ^ [Ij fï j^, l'un des contreforts sud-
ouest de Tse-kin chan ^ :è [Il , d'où, arrêtées par des travaux
de défense, elles défilèrent le long du lac Heou hou jusque vers
Mou-fou chan. Des pluies torrentielles contrarièrent heureusement
leur marche en rase campagne. Enfin, non loin de la Terrasse du
sacrifice au Ciel du nord, Tch'en Pa-sien leur livra un combat
désespéré, et les refoula en désordre sur l'ancienne sous-préfecture
de Lin-i gg fjf, vers Test, non loin du Pic de Si-hia chan ^^^iJj.
Le calme rétabli, on éleva sur la muraille de Nankin les deux
portes Yun-long men ^ f| p^ et Chen-hou men jji^ ^ P^.
Les premiers jours de l'an 557, l'empereur Liang King ti
^ ^ ^ accorda, dans la salle orientale du T'ai-ki tien -jj^ jj^ ^,
une audience solennelle aux ambassadeurs de tous les royaumes;
et neuf mois plus tard, Tch'en Fa-sien lui extorquait un acte d'ab-
dication, puis le détrônait, en le réduisant au titre de Kiang-yn
Wang fj^ |^ J. Lui-même, huit jours après (le procédé semble
vieux jeu), s'emparait du pouvoir et devenait l'empereur Tch'en
Ou ti I» SÇ -S-
Les Liang étaient irrémédiablement renversés. Un ministre
astucieux, au moins doublement régicide, fondait la dynastie des
Nan-Tch'en pg ^, dont les cinq empereurs successifs allaient
présider 33 ans aux destinées politiques de Nankin.
Au demeurant, et bien que cette capitale ait joui alors d'une
incontestable renommée, dans une sphère assez large d'influence,
les dessous de l'histoire nankinoise manquent de grandeur, sinon
d'intérêt. Il nous en coûte de reprendre incessamment le même
récit, répugnant et monotone, de troubles, d'intrigues basses, de
révoltes sans excuses, de luttes intestines, de fourberies et d'as-
sassinats, formant le fond, la trame de l'histoire de Chine, et de
celle, hélas, de plusieurs nations occidentales de cette époque.
Les synchronismes entre les deux civilisations, la nôtre et celle
d'Extrême-Orient, se présentent d'eux-mêmes à la niémoire. Con-
trastes et analogies, il en jaillit d'intéressantes comparaisons !
La période mérovingienne s'étend entre la conquête de la Gaule
pas Clovis (481-511) et Tavénement de Pépin à la royauté 752.
(1) Le Général Tong Fou-siang vient de l'obtenir (nov. 1897).
CHAPITRE VI.
DYNASTIE DES NAN-T'CHEN (XV).
CINQ KMPERErUS en XI ANNKKS.
CAPITALE A NANKIN (557-590).
Le lendemain de son accession au trône nankinois, Tch'en
Ou <t 1^ ^ ^, le fondateur parvenu si tardivement à ses fins am-
bitieuses, se rendait à la pagode Tsiang-voang miaô ^ £ J^, qui
subsiste encore au nord-ouest et au bas de Tçhong c/ian j^ llj.
Là il offrait un sacrifice à Tsiang Tse-wen Sîf "Fit' qu'on y adorait
sous le titre de Tsiang ti ^^ (1).
Comme tout légitime souverain, il arrangea les différends de
ses sujets dans ses jardins du Hoa-lin yuen |p ^ ||. Fauteur du
bouddhisme par raison politique ou par conviction personnelle^ il
ordonna de présenter aux hommages du peuple une dent de Sa-
hyamouni, conservée à Tou-mou tché tfc ï? ^. Lui-même alla
vénérer cette dent à genoux (2) et invoqua Bouddha sous Je titre
Ou-tché hoei jÊ jlg #• Puis, iF ne manqua point d'introduire la
tablette paternelle dans le temple dynastique du T'aUmiao ^ J^.
De même, prenant au sérieux son rôle de souverain légitime,
il offrit, dès la première lune de 558, les sacrifices aux deux
Terrasses (du Ciel) du nord et du sud, et dans la salle du Ming
t'ang 0^ ^ (2). Trois mois après, il sacrifia ainsi au T'ai miao.
Disons qu'il n'omit pas non plus... de faire assassiner Kiang^yn
Wang ^ |^ï, l'ex-empereur Liang King ti âgé de 16 ans. On le
vit ensuite à Che-t'eou tch'eng, où il offrait un banquet honorifique
à Heou-tien ^ ^, réfugié des Wei que Hpou King avait décoré
du titre de général à cause de la ressemblance de nom, Heou jg|.
(1) De rares dévots fréquentent encore aujourd'hr.i cette pagode, sise hors ville au
bord de la route qui part de T^ai-pHng men ^ ^ f ^ » à une demi-heure de cette porte,
vers le nord. L'entrée de la pagode s'ouvre presque en face de celle du tombeau de Li
Wen-tchong ^ 5C JS»? l'un des plus célèbres généraux de Hong-ou ÇÇ JaI (1368-1399).
(2) Nous jugeons opportun, devant les affirmations réitérées des Ghroniques, de
rouvrii* ici une liste des tremblements de terre. Elles en signalent aux dfttes qui suivent:
5Ô8 (5« lune), 572 (11« 1.), 587 (1*« lune).
(3) Zottoliy II p. 55. «Varia sacrificia». Le sacrifice au Ciel se faisait sur un monticule
circulaire, T^aii JH» entouré d'une palissade (septum). Cette enceinte s'appelait Kiao JQ#
et le sacrifice prit lui-même ce dernier nom«
TCH*EN WEN fl, 560-567. 111
Hypocrisie calculée ou superstition, l'usurpateur sanguinaire,
fervent adepte du bouddhisme, alla se consacrer aux poussahs
dans le monastère de Ta tchoang^yen-se :^ ^ j^ ^; les instances
seules des hauts mandarins purent le ramener au palais. Mais il
retourna bientôt à cette pagode et y proposa un sujet de disser-
tation sur Touvrage bouddhique intitulé ^ jfc B^ j^,
Il y revint quelques jours après accomplir ses dévotions avi-
lissantes; il y pria Bouddha sous le titre Ou-ngai hoei M ǧ -g".
Les bonzes reçurent en présent son propre palanquin impérial et
divers objets servant à leur culte. Les mandarins durent envoyer
une autre litière à leur souverain pour le décider à rentrer dans
ses appartements d'Etat.
Il leur offrit un banquet officiel dans la salle orientale du
T'aUki tien ic ^g ^.
A la 8® lune de cette année (558), il était allé à la pagode
Yé'tch'eng se {^ ^^ donner un repas d'adieu à son frère Tch'en
Ts'ai ^ ^, Prince Lin-tch'oan wang g^ )]\ ^, qu'il envoyait
combattre Wang Lin ^ ^ (général des Liang de l'Ouest) à Kiang
lin. L'expédition dura peu, car il le rappela bientôt à la Capitale.
Toutefois, au début de 559, il le députait à Yang^tcheou ^ jii\
et à Nan Siu-tcheou ^ |^ *Jfl (Tchen-kiang) pour y régler les dif-
férends du peuple...
Sa mort arriva à la 4® lune intercalaire (559) dans la salle
Siuen-ki tien i$ ^ ^. Il avait 59 ans. Moins d'une semaine après,
Tch'en Ts'ai nommé plus haut, le remplaçait sur le trône. Tch'en
Ou ti ^^^ (Tch'en Pa sien ^ ^ 3fc) ^^^ pour sépulture le
Wan^-ngan ling H ^ |^ (1). L'empereur Liang Yuen ii ^ 7C *r&
ne fut porté qu'en la 6® lune de 560 à son tombeau, le Kiang
ning £[ ^.
Tch'eng Wen ti rendit la justice au peuple dans la salle
King-yang tien 7^ |^ ^ (8® L. 567), puis passa l'inspection mili-
taire au Tcheng-yang Vang JE 1^ ^- A la fin de l'année suivante,
on éleva un temple en l'honneur du Prince Che^hin wang ia Mï
(frère de Tch'en Ou ti, père de Tch'en Wen ti) nommé Tch'en
Tao-t'an ^ Jg |i|. L'an 563 (4® lune) l'Empereur récita des orai-
sons bou'ddhiques (titre Ou-ngai hoei ^1^^) devant la salle du
T'ai-hi tien -^ ;g ^. Alors aussi il condamna à mort le général
Heou-ngan^tou 1^ ^ ^. La ville de Si-tch'eng W j^ (à Ts'ing-
liang chan) fut ceinte de murailles en 564. Pendant l'été suivant
(1) L'on conjecture que cette sépulture est celle dont il reste deux KH-Un en pierre,
au CUe-ma-tchong /p ^ W ^^ Che-ma-fang 5 ^ 355 ' ainsi que le peuple désigne le
tombeau ruiné qu'on aperçoit au bord de la route entre Kao-miao |5 ffi et Eao-kHao men
K '^ Il ^ 25 li au sud-est de Nankin. D'autres y voient la tombe môme de Liang Ou ti.
Nous espérons discuter ailleurs ces assertions contradictoires.
Les chroniqueurs mentionnent alors une désastreuse invasion de rats. «Un dragon
Bort d'un puits ; dans les nues se dessinent une barque de pierre, un radeau de bois brisé... »
112 CH. VI. DYNASTIE {XV) DES NAN-TCH*EN, 557-590.
(565), une bourrasque renversa un étage de TObservatoire ^
Ji. È, £ S fll^» ï^uis, la salle I-liien t'ang f^ ff ^ s^écroula
d'elle-même. A l'automne, on répara les grandes jonques Ta-hang
L'Empereur Tch'en Wen ti 5^^^ mourut à 45 ans dans la
salle Y'eoH-kio tien ^ ft Wi> *"^ premiers jours de 566, et il fut
inhumé (6" lune) au Yong-ning ling -^ ^ ^. Vainement il avait
tenté de se désigner pour successeur son frère Tch'en Hiu ^ ïg,
Prince Ngan^tch'eng wang $ J^ I; les Grands traversèrent son
projet. Donc, le jour même du trépas de cet empereur, son fils
Tch'on Pé-tsong ^ f|â S^ '^S^ ^^ ^^ ^'^s, prit sa place sur le trône.
Il est connu sous le nom de Tch'en Fei H 1^ ^*^y ^^ Tch'en le
déposé". Un an après, Lieou Che-tche 9l&i^ ^^ ^^^ Tchong-hiu
M W $ intriguèrent pour acclamer empereur le Ngan-tch'eng
vciing dans la ville de Tong-fou ^ Jff. Pénétrant leur dessein,
Fei ti les fit périr. Quelques jours après (11® L. 568), renversé
lui-même par ce Prince son compétiteur, il était réduit au titre de
Lin-/iai Wang 6ro ^ ï* ^^ mourut bientôt, âgé de 19 ans. L'usur-
pateur avait mis à mort le Prince Che-hin v:ang ^ Sj^ J^ nommé
Tch'en Pè-meou ^ fé l9£ (^^^^ ^® Wen ti). Un troisième larron
survint: Tch'en Siuen ti p$ ^ ^S neveu du fondateur Tch'en
Pa-sien, s'empara du trône. On vante encore ses goûts et son
talent pour la musiqucfDu Halde, I, p. 388.
Limpératrice-mère, Tchang-che ^ ^, mourut alors dans la
salle Tse-hi tien ^ jj^ Jg. Elle eut sa tombe auprès du Wan-ngan
ling 'M ^^' ^^
Notons qu'à la 8® lune de 571, l'empereur Tch'en Siuen ti
envoya son fils-héritier offrir le sacrifice automnal a Confucius
dans la grande École du T'ai hio ^fc ^- Après avoir fait élever,
pour ce Prince, un palais particulier (Tong-kong [^ ^), il or-
donna de réparer le Ming t'ang ^ ^ (573). On rapporte qu'à la
9® lune de 574, on eut à Nankin la surprise d'une nuit aussi
brillante que le jour. La rosée étant fréquemment tombée sur les
jardins du Lo-yeou yuen, l'empereur y édifia le Kan-lou t'ing 'ff
g^, ou kiosque de la douce rosée. Alors aussi il répara les
deux portes Yun-long men U f | P^ et Chen-hou men îp^ ^ P^,
construites en 556.
Le tonnerre frappa en 577 les colonnes (de pierre?) du tom-
beau Wan-ngan ling || ^ ^. Cet accident est pour les Chinois
du plus funeste augure, puisque la foudre est toujours dirigée par
le Ciel en sa colère.
Tch'en Chou-pao |^ ^ ^, l'héritier présomptif, occupa, à la
fin de 577, son palais du Tong-kong. Puis Ton éleva la Terrasse
(1) A la 30 L. de 562, l'on fabriqua des sapèques de 5 Tchou. Voir aux dates 640,
566, 578.
MORT DE SIUEN TI, 582. HEOU-TCHOU. 113
Fang-ming l'an -ff Hfl Jt, dominant le lac Leou hou 8 ^ (1)-
Suivant la coutume des derniers règnes, Tempereur préside
une revue générale de ses troupes (8® lune, 579), au nord du lac
Heou hou ^ ^, au pied des collines Ta-tchoang-koan chan :^ Ij^
|g [Ij, qui ballonnent cette plarne en vue de Nankin.
Comme à la fin de cette année toutes les villes du Kiang-pé
ÎLit (région au delà du Yang-tse kiang) étaient tombées au pouvoir
du royaume de Tcheou ^, Kien-k^ang regorgea de réfugiés et
d'émigrants en fuite. L'empereur envoya Jen Tchong ^ j^ pour
garder, à la tète de toutes ses forces navales, le passage du grand
Fleuve.
La mort surprit Tch'en Siuen ti (âgé de 42 ans) dans la
salle Siuen- fou tien ^ fj^ Jg, à la 1^^*^ lune de 582. L'année sui-
vante on l'enterra au Hien-ning ling j^ ^ ^. Pour le remplacer,
d'ardentes compétitions se produisirent autour du trône vacant.
Tch'en Chou-ling ^ :^ ^, Prince Che-hing wang i§ ^ 3E» blessa
le fils et héritier présomptif Tch'en Chou-pao ^^^* que Tch'en
Chou-kien ^ :^ ^, Prince Tch'ang^cha wang :^ 3? 2, arracha
au danger de mort. Retiré dans sa forteresse de Tong~fou J^ J^^
le meurtrier (Tch'en Chou-ling) ébaucha une tentative de révolte.
En ces conjonctures critiques, l'impératrice Lieou che ^ ]^ fit
appel au loyalisme du Général Siao Mo-ho H J|| fj, qui sur son
ordre, fit périr Tch'en Chou-ling ^ M^^ ^vec Tch'en Pé-kou
ffifé @> Prince Sin-ngan wang ,gf ^ 3^^ complice de sa rébellion.
Tch'en Chou-pao, l'héritier légitime, put alors monter sur le
trône ; sa mère Lieou che, qui habitait la salle Pé-liang tien
^ $^ SR^ administrait en son nom le royaume. Et quand il fut
guéri de sa blessure, elle lui remit en mains l'autorité suprême,
sans en distraire aucune part.
Cet empereur Tch'en Heou-tchou ffi ^ ^ ordonna à deux
reprises (582) des cérémonies solennelles devant la salle du T'ai-
ki tien "^fc S -K ®" l'honneur de Bouddjia, sous le titre Ou-ngai
hoei M 1^^. ha seconde fois il fit don au poussah de son palan-
quin, de ses vêtements impériaux, de ses joyaux et de son propre
corps. A la fin de l'été, époque des grandes crues annuelles,
l'eau du Yang-tse était devenue aussi rouge que du sang !
Le superstitieux et licencieux monarque, déshonoré par d'ab-
jectes débauches, inaugura l'année 584 par la construction de
trois palais pour trois de ses concubines préférées, Lm-ic/i'oen ko
(1) La préfecture Nan Lang-yé kiun ^ }B5 ÎJp ^ ^u* supprimée à la date de 578.
En sa place on créa celle de Kieti-hing kiun p^ ^ {(>) qui avait sous sa dépendance les
six sous-préfectures suivantes : T^onçf-hia |q J» Kiang-cheng Ql ^j Hou-chou ^
3S ' Lin-ye7i (SS VT •» Kien-ngan î8 "ÏC et Ou-chan ^ UJ • Trois autres sous-préfec-
tures, Eien-k^ang j^ J^ » Mou-ling ^ j^ ^t Kiang-ning JLt ÎÇ ressortissaient encore
de la Préfecture Tan-yang kiwi 7T Wi W'
114 CH. VI. DYN. (xi*) DBS nan-tch'en, 557-590.
|£ ^ ^, Kié^kH kot^l^^et Wang^sien ko H f|l| gQ. Cette triple
appellation reste stéréotypée dans la littérature indigène comme
synonyme des plus somptueuses habitations. Éclectique très avisé,
le prudent empereur fît reconstruire le temple de Confucius et y
députa son fils-héritier Tch'en Yun |^ f^ pour le sacrifice rituel.
Lui-même se rendit à la pagode Tch'ang-k&n se ^^ ^. Il mit
à mort cette année-là (585), je ne sais pour quel crime, le général
Fou Tsai j$ j^.
A Tautomne de 586, l'empereur Tch'en //eou-ic/iou assistait
aux grandes manœuvres nautiques de ses flottes sur le lac Heou
hou. Il est de toute évidence que ce lac marécageux, qui baigne
les remparts de Nankin au nord, communiquait alors avec le
Yang-tse kiang; les crues périodiques du fleuve élevaient considé-
rablement le niveau de ces vastes lagunes, d'ailleurs plus profondes
qu'aujourd'hui. Le canal de communication, l'émissaire nord de
ce lac, est encore reconnaissable à la porte moderne de Cheng"
tch^e men et le long du front méridional de l'enceinte actuelle de
Nankin, dans la direction de Che-tse c/ian, près Hia-ftoan.
A la 5® lune de 588, à Tong Yé }Ki'& (kiosque près de Tchong
chan) un énorme météore rouge tomba du ciel, avec un fracas de
tonnerre, sur une fonderie de métaux. Alors aussi une portion
des murailles de Kien^k'ang (Nankin) s'écroula. A l'automne,
l'empereur se rendit aux collines de Mou-fou chan pour une grande
chasse; le pays, boisé et embroussaillé, était alors plus giboyeux
qu'aujourd'hui.
Vers la fin de 588, une attaque soudaine du royaume de
Soei pj^ troubla la paix. Ses troupes descendaient du nord sous la
conduite de Yang Koang J^ J| (ensuite Soei Yang ti). Prince
Tsin Wang § 2- En outre, deux de ses collègues traversaient le
Yang-tse kiang: l'un, Han Kin^hou "^ i^ ^, par Ts^ai-che ^ ^
(Ts'aUche-ki ^ Ç flî) ; l'autre, Ho Jo-pien Jj ^ jâ']? par Koang-
^^^9 iR Kî C' à d. Yangrtcheou. Oe dernier général vint camper à
Pé-t'ou kang è i IS3' ^'^ ^®^ contreforts de Tchong chan ^ [Jj.
Pour comble de malheur, le général en chef des ennemis, le
Tsin-y^ang Yang Koang (Soei Yang ti) envoya Yu-wen Chou
^ ^ jÊ passer le Fleuve au sud de Lou-ho /î -fr et attaquer
Che-t'eou tch'eng qui fut emporté d'assaut. A la suite d'un rude
combat, désastreux pour la garnison nankinoise, HoJo-pien arriva
jusqu'au jardin Lo-yeou yuen, et il incendia la porte Pé-i men
^ |gP^. Le même jour, Han Kin-fou, débouchant par Sin-linp'ou
agf Ifs ïi[» occupait la butte de Che-tse kang 5 ^ |33 (Yu-hoa t'ai).
Les jplus fermes positions stratégiques tombaient au pouvoir de
l'ennemi: le généralissime Jen Tchong ^ J§ se rendit avec toute
son armée et introduisit les troupes des Soei jusque dans la ville
impériale, par la porte Nan-i men ï& ^ P^. Affolé, l'empereur
Tch'en Heou-tchou R ^ i se précipita dans un puits avec deux
de ses concubines, Tchang Koei-fei ^ ift iB ^* K'ong Koei-pin
FIN DES TÇH'gl*, 590. 115
?L ift M' Pourtant, remarquent lea chroniques, on s'empara h
temps des trois personnages.
Tchang Koeir-fei fut décapitée et l'on exposa sa tête au pont
Tchong h'iao 4« :f^- ^® P^^^^ garda une certaine notoriété histori-
que : on rappelle King-yang tsing -j^^ ^, ow Yeurtche tsiing gg
Jjg»^ ou simplement Jou ising J§^. Selon les uns, il est aq bas
de Ki^ming se, selon d'autres plus à l'ouest, à TaHifig-tliang chan
^ e^ m (!)•
Le Prince Tsin-v^ang Yang Koang fit son entrée dans la capi-
tale des vaincus (589). Il fit mettre à mort cinq grands mandarins
qui avaient joui sous Tch'en Heou^tchoii d'une autorité presque
discrétionnaire et que le peuple détestait pour leurs exactions
tyranniques.
Ainsi finissait honteusement la dynastie des Tch^en (557-
590). A leur chute. Nankin perdait son titre de capitale, titre qu'il
avait possédé pendant près de quatre siècles, sans ^utre interrup-
tion notable que celle de 265 à 317, sous les Si Tsin,
Les Tch'en ^, après 33 ans de règne, cédaient la place à
la dynastie des Soei |^ (590-620). Le P. Zottoli (Cursus, II, p. 16)
résume, avec sa concision habituelle, la situation politique à cette
époque : «Pendant que ces quatre dernières familles impériales
tenaient leur cour à Nankin, il existait concurremment un double
royaume appelé Nan-Pé^t'chao f& 4fc ^^ c.àd. état du sud et état
du nord. En effet, au nord, les 3 familles des Wei m, des Tcheou
^J et des TsH ^ se disputaient le pouvoir, qui passsait successi-
vement à tels ou tels de ces compétiteurs. Et même, les Wei se
subdivisaient encore en Wei orientaux et Wei occidentaux, avant
de succomber au temps de la dynastie des Liang. Enfin le 1**"^
ministre Yang Kien ij^^ (père de Yang Koang) usurpe au nord le
titre d'empereur, descend au sud avec 500.000 h., renverse la
dynastie des Tch'en, joint les états du nord à ceux du midi (divisés
pendant trois siècles par le Kiang) et établit sa Cour à Tch'ang-
ngan (Si^ngan fou) au Chen^-si^y)
Des historiens présentent un autre groupement de' ces ' ' peti-
tes dynasties" et de quelques-unes de la même époque. A propos
d'un bienveillant compte-rendu du n® 4 des Variétés sinologiques,
M^ E. H. Parker écrivait en mai 1894 : «Je suis porté à croire
que le P. Gandar commet une légère erreur en rangeant la courte
mais illustre dynastie des Soei avec les quatre dynasties méri-
dionales des Song, des Ts'i, des Liang et des Tch'en, de façon à
former cinq petites dynasties. Pendant que ces quatre dynasties
chinoises régnaient au sud, les trois dynasties successives des
(1) Ce puits est indiqué sur les plans indigènes, avec légende explicatiye, p.u bas
et au sud de Ki-ming se. Du Halde I, 389, dit que le suicidé survécut 24 ans et mourut
à 52 ans.
116 CH. VI. DYNASTIE (XI*) DES TCH*EN.
Tartares Toba fj^^> des Wei^, et leurs parents tartares les Ts^i
:[t 55 et les Tcheou ^ septentrionaux régnaient dans le nord. La
dynastie des Soei remplaça celles et du nord et du sud, et durant
ses quarante années d'existence, elle déploya une immense activité
industrielle, militaire et diplomatique, depuis 8iam, les Z.i>on-/iîOM
j^ ^ et la Corée, jusque chez les Turcs et les Tartares Tou^kou-
hoen Pf ^ 9 du désert, sans parler de ses innombrables travaux
d'utilité publique en tout genre.»
L'auteur mentionne ensuite cet ''acte de vandalisme", attribué
à Liang Ou ti, qui «endigua la rivière Jloai jusqu'à la hauteur
de 200 pieds, en vue de noyer les armées tartares: ub beau jour le
barrage creva, et 100.000 h. furent emportés jusqu'à la mer» (1).
J'ignore si à propos de ce cataclysme local, plus ou moins
imputable à des volontés humaines. M' E.-H. Parker a puisé aux
mêmes sources que nous. Voici celles qui nous ont édifié sur
l'accident en question.
D'après le T'ong^tcfu* chang^kiang hien-tche |^f& JlÛlIR^»
on voit au delà de TsHng-long chan fl^ ft llj (2), près du village
Ché-tch'eng :^ |jS, l'étang T'ié-ti rang H Ig ||. L'auteur du
Tai-tch'eng^lou ^ ^ ^ place là .l'ancienne fonderie de fer T'iè-
yé'keou M^];^^- Au dire du Kien^h'ang tche ^j^î^i on aurait,
sous les Liang, élevé un long barrage en vue de détourner le
fleuve Hoai fH ^Jç (ancien cours du Fleuve jaune au Kiang-nan)
vers la région de Cheou-tcheou, Pour consolider l'ouvrage, on
aurait fait venir quantité de ferrements du pays de Nankin ; telle
serait l'origine des fers trouvés encore en cet endroit.
Le T'ong-kien Ikang^mou jj lÊ iW @ nous apprend qu'on
endigua la grande Hoai fH la 14*^ année de Tien-kien ^ç ^ (515).
D'après le commentaire, Wang T.sou J ]£, un transfuge des Wei
m aurait conseillé à Liang Ou ti ^ |êC *r^ d'inonder ainsi le pays
de CheoU'-tcheoUj alors ('heou-yang ^ |^. Ce barrage, mené du
(1) Overland China Mail, 2 may 1891. — Compte-rendu sur "le Canal Impérial"
du P. Dominique Gandar; Variétés sinologiqurs n° 4.
(1) Dans le pays, l'étanf? s'appelle Cheng-Vié-t'ai^g ^ âj $È "la mare du fer cru,"
ou naturel. On y voit plongée une lourde masse de fer oblongue, de forme singulière, (3™
X 1™ 20'= X 0,7n<' (?), dont il est difficile d'indiquer la provenance. Cf.N.C. Daily News,l'2
mai 1896, qui appelle l'étang «irou breeding pond.» "Irregular mass of almost pure
iron, containing nearly a hundred cubic feet. I felt sure it was an iierolithe, and, after
meetjng with some opposition on the part of the villagers, aucceeded in securing a pièce
for analysis. This, howewer, showed that it contained none of the distinguishing éléments
of meteoric iron. The rock is greatly reverenced by the country people. It is possible
there may be more iron ore in thèse hills, but it bas heretofore been regarded as altogether
improbable."— Un jeune Chinois,'membre de laMinsion catholique, le décrit ainsi :" De loin,
on croirait un tronc d'arbre couché dans l'étang dont il touche le bord ; il mesure îl pou près
l«n X 3™. L'étang ayant peu d'eau, nous avons pu descendre et marcher sur le fer. A mon
avis, c'est une masse de fer fondu, et non pas, comme affirment les gens du pays, un filon
venant des montagnes voisines : car ce fer ne contient aucun mélange de terre ou de cailloux.
RUPTURE DE BARRAGE, 515. 117
mont Feou chan ^^ \\j (à T'ien-tch'ang hien 55 -^H^, Ngan^hoei)
jusqu'à Tch/an-che t^^ au nord, avait neuf H (5 kil. ^2 ) de long,
140 tchang (490"^) à la base, 40 tchang (140i«).au sommet, haut de
20 tchang (70™). Des baies (vannes ?) de défcharge ménageaient
une issue vers l'ouest aux eaux du trop plein ; mais à l'automne
de la môme année, une crue soudaine rompit la digue avec un
fracas terrible. L'inondation, balayant les villages des environs,
entraîna plus de 100.000 cadavres vers la mer.
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CHAPITRE VIL
DYNASTIE DES SOEI {XII").
HUIT^MPEllEUnS r.v 30 ANS. 500-620 (1).
Au premier mois de 589, la dynastie Soei se substituait à la
dynastie Tch'en. Aussi longtemps que ces Soei, vrais empereurs
de Chine, restaurateurs provisoires de l'hégémonie chinoise, rési-
dèrent au nord (où leur cavalerie trouvait à souhait fourrages
et pâturages), tant qu'ils restèrent fixés à Lo-yang j^ |^ et à Si-
ngan fou W ^ Jff» Nankin, déchu, fut totalement éclipsé.
Dès le début, la nouvelle dynastie bouleversa la ville de Kien-
k'ang (Nankin) ; tout fut ruiné ; une portion même du terrain en-
fermé dans les murailles fut transformé en cultures. Che-Veou
tch'eng devint Tsiang-tcheou rf^ jf\; Tan-yang hiun fut supprimé.
Enfin, h la 3« lune de 589, Tch'en H eou-tchou |^ |§| i, der-
nier des Tch^en, s'achemina, escorté de ses mandarins, vers la
capitale des Soei. Le prince Tsin-wang Yang Koang, fils de Wen
ti (le V^ Empereur), qui succéda plus tard à son père et fut Yang H,
remmena son armée vers le nord.
Tous pourtant n'acceptèrent point sans protestation le joug de
la nouvelle dynastie. Au déclin de 590, Li Ling ^fÉ^ ^^ nommant
généralissime, leva des troupes, se ligua avec Kao Tche^hoei '^
^ ^ contre les Soei, qui triomphèrent de cette fédération, grâce
aux talents militaires de Yang Sou j§^ ^.
L'année suivante, le général en chef T'ou Wan^siu Pj; ^ i^
écrasa également les bandes de Lieou Yuen |pj ^g, et reprit sur
elles la ville de Tan-yang j^ |^.
L'ouvrage Kong-yuen ^i ^ % lË nous apprend que la 6® année
deTa-yé ;^ H (610) on fonda la petite ville de Kin-ling tch'eng ^ ^
:J|^, dans la partie méridionle du domaine impérial Yuen^fong koan
îcAWi' Sous les T'ang, le général Li Hiao^kong ^ ^ ^, ayant
apaisé une révolte, construisit auprès de Che~t'eou tch'eng une
ville qu'il nomma T'ang-fou tch'eng J^/^;||{. Cf. Glose de la carte.
(1) In chinese books, the word Franhe first occurs in the Sui dynasty, when the
greek empire about the year A. C. 605, a hundred years after Clovis, is called Jjp y^ Folin*
This name would be learned by the Chinese from the arab merchants at Canton, or from
Persians in 'central Asia. It became the new chinese désignation for the roman Empire,
known in the Han dynasty as ;^ ^ Ta ChHn. Edkins, N. C. D. N. 20 mai 1898. v. infra
Yong-lo; an. 1405.
soEi WEN Ti, 590-605;— VAN& Ti, 605-618. 449
Alors aussi on mit plus activement en valeur les terrains
d'alluvion, toujours croissants, couverts de roseaux, abandonnés,
aux abords sud-ouest de Che^t^eou tch^eng, par la TsHn hoai et
par le Yang-tse, Sur les cartes relatives à ce temps, les îles en
formation incessante s'y agrandissent, s'étalent, se soudent, créent
de nouvelles régions habitables, bientôt endiguées. Ce sont au-
jourd'hui les plaines verdoyantes que domine le fort de Kiang-tong
men jt ^ Pli aux profils moyen-âge.
Quand l'empire du nord et l'empire du sud eurent été réunis
sous une seule domination, en 589, Soei Wen ti tint sa Cour au
Chen-si. Il compensait par une vive intelligence, un ferme bon
sens et la dignité de sa vie, son ignorance presque absolue de la
littérature chinoise. Il n'en tenta pas moins de la réformer dans un
sens plus solide et plus pratique. D'autre part on vante ses qualités
d'administrateur hors ligne (1). Il avait choisi pour héritier son fils
aîné, en dépit de son peu de talent; Yang tijf,^*^, son second fils,
outré de ce choix, assassina son père, âgé de 64 ans, puis son
frère, auquel revenait le Trône, pour s'y installer en leur place.
Du Chen-si il transporta sa Cour au Ho-nan, Renommé pour
son faste et sa prodigalité, il projetait de se bâtir à Nankin (hiver
de 617), comme il l'avait fait au nord, un palais somptueux qu'il
nommerait le Tan-yang kong j3- t^ ^, quand il fut assasiné par
Yu-wen hoa-ki ^ ^ flS S? dans la ville de Yang-tcheou au Kiang
nan. Il s'y trouvait au cours d'une visite officielle des provinces
méridionales de son empire (618).
Après quelques échecs, il était parvenu* à imposer aux Coré-
ens une sorte de vassalité nominale. Il mérita davantage de la
postérité en donnant à toutes les branches du savoir littéraire une
vive et brillante impulsion. Première aube de la période des
T'ang ||, le siècle de Périclès ou d'Auguste pour la Chine. Sa
civilisation fatiguée, plus riche de passé que de présent, en garde
encore l'empreinte la plus profonde.
Soei Yang ti mort, Chen Fa-hing ^^^ fit appel aux armes,
conquit toutes les villes de la préfecture Tan-yang hiun, et usurpa
le titre de Vice-roi général du Kiang-nan,
Un autre chef de partisans, Li Tse-t'ong $ ^F jj passa le
Yang-tse^ l'attaqua furieusement et le mit en fuite vers Sou-tcheou,
Mais le vainqueur fut à son tour défait (619) par Fou Kong-tché
U ^ jjÇ, mandataire de Tou Fou-'wei ^ft f^ J^-
Ce Fou Kong-tché se révolta en 623 et fonda le royaume in-
dépendant de Song jjç. Il se débarrassa de Warig Hiong^Van ^
Wi ii ^^^ contrariait ses projets de domination, répara l'ancien
palais des Tch'en et s'y logea. L'empereur T'ang Kao-tsou Jgl
î^ Si (620-627) envoya Li Hiao-kong ^^^, Prince Tchao-kiun
(1) En 597, S* Grégoire le Grand envoie S* Augustin chez les Anglo-Saxons. Mort
de Frédégonde.
120 CH. VII. DYNASTIE (XII*) 80EI, 590-620.
y^SLng j^{5 ï^ ^^ ^^ Tsing ^ j)|, pour le réduire. A la 3* lune
de 624, Tarmée de ce dernier arriva à Tan^yang (Nankin). Le
rebelle Fou Kong-tché prit la fuite et périt en chemin ; ses compli-
ces expièrent tous leur tentative criminelle. Ainsi s*expriment les
Chroniques.
Li Yuen ^ jH, à la tête de 120.000 h., avait mis sur le
trône Kong ti ^»f^ (618-620), neveu du fondateur, et le déposa
au bout d'un an. Lui, fonda la dynastie suivante. Les historiens
chinois supputent diversement les années du dernier règne des
Soei |(g. Au reste, le pouvoir abandonnant la ville de Nan-
kin pour se transporter au nord, Tavènement de la nouvelle
dynastie des T'ang J^ présente pour nous un moins vif intérêt
local. — «Cinq dynasties, Song 5|£, Ts'i f||, Liang ||6, Tch'en |^
et Soei p||', sont appelées, à cause de leur peu de durée, Ou-fat
3[ fÇ. Elles comptèrent 24 empereurs en 196 ans.» (Zottoli,
Cursus, II, 17).
Il faut se garder de confondre ces Ts'ien Ou-tai fjf jE fÇ ou
'*cinq premières Familles", intercalées entre les Tsin ^ et les
T'ang ||, avec les Heou Ou-tai ^ 3E fÇ? ou **cinq Familles pos-
térieures'*, qui régnèrent 53 ans, dans une période fort troublée
(907-960), sur une médiocre portion de la Chine propre.
RÉSUMÉ DE LA GLOSE DE LA CARTE ^^^^
NANKIN (TSIANG'TCHEOU) SOUS LES SOEI 590-G20, (1).
A. La 9'' année K'ai-hoang |g ^ (598), l'empereur Soei Wen
ti Jf^^^ ayant triomphé de la dynastie Tch'en ^, détruisit
Kien^k'ang (Nankin), renversa le palais, et transforma l'emplace-
ment du palais et de la ville en champs de culture, pour ne rien
laisser subsister des six dynasties Tong-Tsin, Si-Tsin, Song, Ts'i,
Liang, Tch'en. La capitale de la préfecture de Tan-yang kiun fut
aussi rasée.
B. Puis, auprès de Che-Veou tch'eng, on édifia la nouvelle
ville de Tsiang-tcheou ^jlt|; le préfet en fut nommé T'ai-cheou
(1). Remarquer que le lac Yueii Ou 7C !PC cesse désormais, et à partir des deux der-
nières cartes, de se décharger dans le Yang-tae au nord, si le relief du sol a jamais permis
cette peu vraisemblable particularité géographique. Voir ce que j'en ai dit plus haut. Cette
communication hypothétique, entre l'immense étang (la 21* des 40 vues lui donne 40 li,
19 K., de tour) et le fleuve, ne parait admissible qu'à l'ouest. Son tracé serait ainsi ja-
lonné : la coupure à la sortie de Cheng-tch^é men iff jK f 1 î les fossés bordant la muraille
actuelle du nord, vers Kin-tc*hoan7nen ^/l| i J > enfin quelqu'un des ruisseaux drainant
la plaine marécageuse au nord-est de Hia-koan.
GLOSE DE LA CARTE ^^.
121
;fc ^1 titre supérieur à celui de Tche-fou ^ }^ d'aujourd'hui.
Sous lui on plaça des mandarins de rang inférieur (1).
(1) Des deux sous-préfectures Li-ymig \^ \^ et Tan-yang 77* |^ on composa la
nouvelle sous-préfecture de Li-choei ï35 ^* Ce changement s'opéra pour Li-yangla, 18^
année K^ai-lioang pfl ^ (588).
Les trois sous-préfectures Li-choei^ Kiang-ning, Tang-tou © ^ ? dépendaient de
la préfecture de Tsiang-tcheou ^ yf\ . Ce dernier nom fut de nouveau changé en celui
de Tan-yang kiiin 7T |^ ^ (606) et l'on réunit en l'unique sous-préfecture de Li-choei
les six sous-préfectures de iCie7i-yfc*a«^ 1^ j^ î Mo-ling ^ |^i T^ong-hia |pj SL'* Lin-i
USff tfr î Tan-yang et Hou-chou. Ainsi, le district de Tan-yang kiuii n'avait sous lui que
les deux sous-préfectures de Kiang-ning et Li-choei. En 758, l*"* année de KHen-yuen
WL TCî Kiang-ning kiun (dit la glose de la carte VIII«) s'appela Cheng-tcheou ^ jHl»
En 761 (2® année de Chang-yiien _t TC) le titre de ^c^eow lui fut ravi; elle fut abaissée
au rang de sous-préfecture (Chang-yuen hienj. Le tribunal du sous-préfet était à l'endroit
nommé Si-tcheou tch^eng Jlli J0( sous les Tong Tsin ^ ^« La ville de Chang-yueii
hien émigra à l'ouest, vers Fong-Vai chan ]§[, ^ llj (c. à d. au s. o. du Nan-men) au
milieu du règne de Koang-kH /Q ^H (vers 887).
Nankin — Brique non émaillée (30®™ x 10«"* x 6^™). Ville impériale.
CHAPITRE VIII.
DYNASTIE DES T'ANG (XIIP).
Zl EMPKREUKS en 289 ANS (020-027).
S I
NANKIN SOUS LES T*ANO.
Cette dynastie, une des plus illustres, fondée par Li Yuen
^ JJ3î s^" premier Empereur sous le nom de Kao-tsou ^ jQ^
(620-627), se tint également au nord, à Tch'ang-ngan ^ ^ mieux
connu par son appellation moderne de Si^ngan fou. Aussi, est-il
h peine question de Nankin, ruiné politiquement, voire même
éclipsé parfois par Tchen^kiang (à 18 lieues en aval du Yang^tse),
où réside un membre de la famille impériale, avec une certaine
autorité sur les provinces méridionales.
Nankin restait pourtant célèbre au loin pour ses richesses,
ses temples, ses édifices, son commerce, les raffinements de sa
civilisation. Découronnée, la capitale déchue exerçait encore une
attraction puissante; elle demeurait un centre littéraire et policé;
mainte illustration lui valut, au cours des siècles suivants, un
renom de gloire, dont l'éclat n'est point évanoui.
Comme ville, et géographiquement parlant, elle ne subit
d'abord que d'insignifiants changements. Sa topographie est assez
clairement exposée sur la carte VHP. Au point de vue adminis-
tratif, les modifications dans la cité et dans sa grande banlieue,
furent aussi nombreuses que variées et profondes (1).
(1) La glose accompagnant la carte VIII«, Nankin sous les T^ang^ rappelle que cette
ville porta divers noms sous cette dynastie, au caprice des empereurs. Vers la fin, on
l'appelait Cheng-tcheou ^ Jrli • L'Iiîmpire chinois était divisé en 10 Tao JS (circuits, ou
provinces). Tan-ya7ig kiun Ty Iw W (Nankin) était d'abord placé sous la dépendance
àvL Kiang-nan tong-tao fjC m J^ 55 "circuit du irmn<7-?m;* oriental."
La 2» année Ou-té ^ ^ (619), on installa à Tan-yang kiun un fonctionnaire
pourvu du titre de Iling-Vai chang-chou clieng fj ^ W S *© ' dignité correspondant
aujourd'hui à celle de Fou-t'ai BR 5"
L'année suivante, la sous-préfecture de Kiaiig-ning hien fut changée en celle de
Koei-hoa hien ^ TU jÇp» puis elle reprit son nom de Kiang-ning hien. Celle de Kiu-
yong hien fut nommée Miw-tcheou ^ J|t| • Li-yang hien ™ ^^i supprimée jadis par
la dynastie des Soei fut rétablie, en empruntant du territoire à deux sous-préfectures.
En 654, le titre de Iling-t^ai (cf. supra) fut remplacé par celui de Ta-tou tou-fou
>fc W H /iï» et l'on reprit le nom de ville Tsiang-tcheou^ naguère supprimé. Cette
ville, après que Mao-tcheou eut retrouvé son nom de Kiu-yong hien^ coinmandait aux 4
sous-préfectures de Kiu-yong^ Kin-Ung^ Li-choei et Li-yang.
I I. GHKISTIANISME ET BOUDDHISME. 123
Le fondateur T'ang Kao^tsou Jg î^ jjft (620-627) avait fait bâtir
un temple à Lao-kiun ^ ^ (Lao-tse) patron du Taoïsme, pour le-
quel il professait un culte spécial. Puis il avait obligé 100.000
bonzes à prendre femme, en vue d'élever le chiffre de la natalité
dans son Empire, et de préparer le recrutement ultérieur de ses
armées. Il ne semble pourtant point, à en juger par le nombre des
pagodes datant de cette époque, que le bouddhisme ait eu à beau-
coup souffrir, au pays de Nankin, de cette défaveur impériale (1).
Il abdiqua 9 ans avant sa mort et choisit pour successeur son
deuxième fils, qui fut l'illustre T'ang T'ai tsong JSic ^ (627-650).
Quelques années plus tard, au nord encore, en 684, la san-
guinaire impératrice Ou heou ^ ^, concubine (sous le nom de
Ou-che ;^ SU ^^ Tempereur Kao tsong ^ ^, 3® de la dynastie,
qui l'avait associée au pouvoir, usurpa l'autorité suprême pendant
21 ans. Elle prit alors le titre dynastique de Tcheou ^, on l'appelait
THen-heou JÇ J^ reine du Ciel, reine céleste ; elle s'arrogea le droit —
forfait politique, attentat de lèse-majesté, sacrilège odieux chez une
femmes — d'offrir les sacrifices de premier ordre au Ciel et à la
Terre; elle persécuta 15 ans et sans pitié la religion chrétienne,
tolérée, ou mieux en crédit à la Cour depuis quelque temps. (M&^
Favier donne son portrait p. 63).
On sait, en effet, que sous T'aUlsong, nommé plus haut, la
religion du Christ était rentrée en Chine, la 9® année de son règne,
par la nouvelle et mémorable tentative, dont fait foi le célèbre
monument élevé en 781 et découvert en 1625, bien connu sous
le vocable de Stèle syro-chinoise de Si-ngan fou W ^ /îï JS ^ ^
^Wi.mn^mn (2).
Nous ignorons la part de Nankin dans cet essai de rénovation
chrétienne; le bouddhisme y resta probablement plus intolérant,
loin de la Cour, que partout ailleurs. En 684, Siu King^yé j^, ^H
En 626 (9e année Ou-tê SJ ^) la ville de Xin-i/wgr 7/ ten fut transférée au bourg
de Pé-hia tsuen H r W-» prenant le nom de Pé-hia hien; la 7® année de Tcheng-koan
M^ wi (633) elle fut nommée Koei-hoa hien Itff Yu Jfê ? comme au début de la dynastie,
puis, deux ans après, encore Kiang-ning hien. Enfin en 757 (2® année Tche-té ^ ÎS) ?
son titre de hien fut élevé à celui de préfecture, sous le nom de Kiang-ning kiun.
(1) Par suite d'intrigues ou de revirements d'opinion, le Bouddhisme, éprouva plu-
sieurs fois sous les T^ang les rigueurs du pouvoir. Cf. de Mailla, VIII, 469-491, — et du
Halde, II, 590-598, sur le décret de sécularisation porté par Joei tsoîig Ç ij^ (710-713) en
711, contre les bonzeries. Nous n'en citons que cette phrase : «Quant aux bonzes étran-
gers, venus ici pour faire connaître la loi qi^j a cours dans leurs royaumes, ils sont environ
3.000, tant du Ta-tsin que de Mou-hou-pa. Mon ordre est qu'ils retournent au siècle.»
(2) Naturellement, les meilleures références à conseiller sur la question de la Stèle
sont les n<» des Variétés sinologiques, où le P. H. Havret semble bien près de l'avoir
épuisée pour le moment. Un édit de T'ang T'ai tsong (638) autorisait la construction d'un
monastère chrétien à Tch*ang-ngan (Si-ngan fou), et un autre de T*ang Hiuen tsong (745)
changeait le terme "Pose se. Temple du royaume de Perse" en celui de "Ta TsHn se.
Temple de Ta Ts'in.*'
124 CH. vin. DYNASTIE (xiii**) DBS t'ang, 620-907.
y entra en campagne. Le rebelle se donnait la mission de rétablir
la dynastie des T'ang opprimée par l'Impératrice Ou-che, et pré-
tendait réinstaller la capitale à Nankin. Dans ce but, il y envoya
son lieutenant. Ts'oei Hong Jg ^ remettre en état la ville
forte de CheA'eou tch'eng. Mais Li Hiao-i ^ :# 3I, dépêché
par le gouvernement usurpateur, réduisit k néant ses projets
de restauration dynastique.
Vers 724, un épouvantable incendie «qui dure plus d'un mois»,
cause d'énormes dégâts à Nankin. Puis une sécheresse excessive
permet de passer à pied sec la Ta'in Hoaiy dont le débit normal
était sans doute beaucoup plus considérable que de nos jours.
Actuellement, le phénomène n'aurait point ce caractère extraordi-
naire que lui attribuèrent les Chroniques d'alors.
Nous trouvons, en 756, Yen Tchen-king ^ 9k 9^ gouvernant
une partie de la ville, avec le titre de ^ |^ m '^, équivalant
peut-être à Vidame de Tan^yang. L'Empereur T'ang Sou tsong
Jg ^ ^ l'avait comblé d'honneurs, et pourvu de cette charge,
qui indique nettement la déchéance en notre ancienne capitale au
milieu du VHP siècle.
Vers 728, à la suite d'un nouvel incendie terrible, on répare à
Kin-ling les murailles, les ponts, les canaux, tous les édifices pu-
blics, y compris les pagodes de Fo.
Li T'ai-pé ^ ;j[c|â (699-762) l'un des poètes favoris des Chinois
pour sa verve et son esprit, mourut retiré près de Nankin, qui
aime à montrer encore quelques-unes de ses compositions. Nous
en avons cité une, gravée à Ling-kou se, sur la stèle ornée du
portrait de Pao-tse Kong, (Ph. XXVIL) Li Yang-ping ^ |^ Jjc,
sous-préfet de Tang-tou '^ ^ (1) le couvrait de sa protection (Il
avait parfois besoin de cette égide). Dans les 40 vues, la 4®, Pè-lou
tcheou g ^ iW? 8 /i S. 0. de la préfecture, célébrée par les vers
de T^ai-pè, a 15 li de tour.
Durant l'été de 759, il prit à l'Empereur T'ang Sou tsong la
fantaisie de rendre un décret par lequel on devait établir, dans
tout l'Empire chinois des étangs spéciaux, où l'on "rendrait la
vie" aux animaux aquatiques. Il s'agit de la superstition bouddhi-
que appelée Fang-cheng tch'e J^^i^; pratique encore largement
observée autour de nous. Ces étangs devaient être aménagés le
long du Yang-tse et près des villes. De Kiang-tcheou Jt jHi (Kieou-
kiang) à Cheng-tcheou ^ ji\ (Nankin) on en compta 81, parmi
lesquels la tradition range celui du Siao Si hou, existant intra
muros entre Ts'ing-liang chan et* le Han-si men, au sud du Tse-
Vang de Chen Pao-tchen J^ ï^JI-
Le rebelle Lieou Tchan glj J^ vint, à la fin de 760, attaquer
Nankin, dont le Gouverneur, nommé Heou Ling-i ^ >^ f| prit
(1) Une des trois sous-préfectures dépendant jadis de Tsiang-tcheou ou Tan-
yang hiun.
î I. t'ang hien tsong, 806-821. 125
honteusement la fuite. T'ien Chen-kong 03 jji^ Çfj en fit lever le
siège deux mois après, et rétablir Tordre habituel (1).
Douze ans plus tard, à Toccasion du soulèvement de Tchou TsH
;^ \^, Han Hoang ^?$!gtnJ^'ÊËl?îS releva les travaux de défense
autour de Che-t'eou tch'eng, et répara les murailles et les principaux
édifices publics, depuis Kien-k'ang ^^ jusqu'à King-hien ^; (1
(colline non loin de Tchen-kiang), Tout cela en prévision de la récep-
tion éventuelle de l'Empereur Té tsong jf^ ^, attendu à Nankin.
Vers la fin de l'année 807, Li K'i ^^, le gouverneur de
Joen-tcheou ^ ji\ (ainsi s'appelait alors Nankin), tenta un mou-
vement insurrectionnel. Il dépécha Yu Pé-liang J||^ fjg g, un de
ses officiers, à Che-t'eou tch'eng, pour mettre cette place sur le
pied de guerre. Un autre de ses officiers, Tchang Tse-liang i}^ ^
]g, fidèle à l'empereur, lui livra le gouverneur rebelle.
En 819, Hien tsong ^^ ^, des T'ang, fît rendre à la Cour des
honneurs extraordinaires à un doigt de Fo qui s'ouvrait tous les
30 ans, circonstance qui présageait une ère de prospérité pour
l'Empire (2). Han Yu |f ;^, '^assesseur du Tribunal des crimes",
envoya au souverain un courageux placet. Il représente que la
Chine, heureuse avant l'introduction du Bouddhisme, est des plus
malheureuses depuis. Les empereurs favorables à cette secte ont
tous éprouvé mille infortunes. Parmi eux aLiang Ou ti seul a ré-
gné 48 ans. Que n'a-t-il pas fait pour Fo ? Il s'est vendu jusqu'à
3 fois et fait esclave dans un de se» temples. Or, il est mort misé-
rablement de faim, pressé par Heou Kingy) (cf. suprà). Je brave
Fo, ajoutait-il, qu'il m'écrase s'il est tout-puissant!
Hien-tsong épargna Han Yu pour lequel on intercéda (3). Cet
empereur périt en 820 pour avoir une dernière fois pris l'élixir
(1) Vers 763-780, King-tcheoii au Houpé, Yang-tcheo7t au Kiang-sou et Ilang-tcheou
au Tché-kiang possédaient des temples mo-ni (probablement manichéens) ou moniens^ dit
Chavannes. Nankin avait probablement aussi les siens.
(2) On envoya ce doigrt dans tous les pays de l'Empire. Le Yen-hiang se qft w ^^
autrefois Fou-yong se ^ ^ ^pj près de la Tuilerie, au S. O. du Nan-men, sur une butte
(pagode refaite) daterait originairement des T'ang. Une princesse y aurait été guérie par
un poyssah d'une grave maladie d'yeux : d'où le nom. Autres tuileries très importantes
(sous les Ming) pour Heon-li iva fM *^ ^L au sud, aux tuileries de la route de Slao-
vgnn-té men >J"* ^ ® l" ' ^ l'endroit nommé Si-cJian kH&o B ^? tW* Un peu plus
loin, au S.O. est THê-sin k^iao ^ j^ fip* (Pé-hia souo-yen).
(3) Han Yu obtint, dans la suite des temps, des honneurs comparables à ceux ren-
dus à Confucius et à Mencius. Il écrivit contre le Bouddhisme, exaltant la doctrine de ces
deux Sa.']fes, corrompue après leur mort. Son acharnement contre la secte de Fo, ses
mœurs irréprochables et l'intégrité de son administration, ont fait dire que le grand minis-
tre était chrétien, assertion que j'ai entendu formuler par des indigènes convertis au
catholicisme. Cf. de Mailla VI. 421. It. Mémoires concern. les Chinois. V. 434. Dans ce
mAme tome (p. 375), voir la notice consacrée au vertueux ministre Yao Tsong, mort en 721.
L'auteur rappelle que le christianisme fiorissait alors à la Cour, ajoutant que si Yao Tsong
ne fut pas baptisé, il vécut en chrétien. Mk^ Favier donne le portrait de HanYu p. 64; et
aussi des Empereurs, et autres personnages célèbres.
126 CH. VIII. DYNASTIE (xiir) DBS T*ANO, 620-907.
d'immortalité, préparé par des tao*c/ie. Plusieurs de ses succes-
seurs moururent en punition de la môme folie (1).
§ II.
HEou ou-TAi (907-960)— CARTE #„ (923-936).
Les historiens chinois comptent d'ordinaire cinq petites dy-
nasties avant les T'nng: Ts'ien Ouatai; (Song, Ts'i, Liang, Tch'en,
Soei, — 24 empereurs en 195 ans. V suprà. ch. 3. 4. 5. 6 et 7.);
et cinq petites dynasties après eux, Heou Qu'état (13 empereurs en
53 ans). Les tyranneaux de ces dynasties secondaires suggèrent
une assez juste idée de ce que nous appelons des chefs de partisans.
Voici le tableau de ces dynasties (907-960).
Heou Liang ^ ^ 907-923 2 emper. en 16 ans. Capitale à Lo-yang
,, T'^ng ^11923-936(2) 4 „ „ 13 „ „ „ it.
,, Tsin ^Ç 936-947 2 ,, ,.11., K'ai-fong fou.
,, Han ^É 9^7-951 2 „ „ 4 „ it. (Pien-liang),
„ Tcheouf^^ 951-960 3 ,, ,, 9,, it. it.
(1) En 1503, Ilong-tchc des Ming allait, pour complaire à des bonzes, bâtir une tour
de pagode auprès de son palais (Pé-hin), tour appelée Yen-cheon Va, "tour qui prolonge
la vie." Ses ministres s'y opposèrent: "De tous les princes qui ont occupé le trône, aucun
n'a été plus attaché aux sectes de Fo et de Lao-tse que Ou H des Liang, et Hoei taong
[Hini tsong ?) des Song ; l'un et l'autre ont fini leurs jours d'une manière déplorable qui
déshonore leur mémoire." de Mailla X. 262.
L'on peut voir, p. 247 et seq. des Var. ain. n^ 12. "Stèle chrét. de Si-ngan fou,
II" P." de copieux renseignements sur l'édit de l'empereur T*ang Ou taong, daté de 845,
sur la sécularisation de 260.000 bonzes des deux sexes, habitant 460 grandes pagodes.
L'édit ordonne la destruction de 40.000 petites bonzeries, la confiscation des terres qui
eu dépendent et l'assimilation aux gens du peuple de 150.000 esclaves des bonzes ; 3000
prêtres étrangers du Tn-taHn et d'ailleurs sont aussi sécularisés. On ne laisse subsister
que deux grandes bonzeries " .\ chaque Cour du nord (T^ai-yuen fou, cap. du Chan-s i
et de l'est (Ho-nan fou)." Le décret débute en rappelant la diffusion du bouddhisme
en Chine aux premiers temps de l'ère chrétienne.
(2) De Groot, p. 1052, expose comment TcJioang taong f^ jy;» premier des heou
T*ang, qui renversa les heou Liang, projeta de violer la sépulture de Liang Ou fi le fon-
dateur de cette dynastie, de briser le cercueil et de mutiler le cadavre (c'est le meilleur
moyen de nuire aux descendants en ravalant leurs ascendants, et de Groot conseille cet
expédient, contre les sépultures impériales, aux armées européennes qui marcheraient
sur Pékin.). — Tchoang taong se contenta de détruire la porte de la sépulture. En 1891, les
lettrés habillés de soie et armés d'éventails qui dirigeaient à Ou-hou les émeutiers, ne
se contentèrent pas de faire brûler la bibliothèque, mutiler les fûts de colonnes et tout
saccager dans la résidence de la Mission. Ces sauvages violèrent les trois tombes europé-
ennes et firent subir en particulier au cadavre du P. André (mort en août 1890) les
derniers outrages. Non contents de le mutiler, ils lui plongeaient je ne sais quel instru-
ment dans le cœur et les entrailles, en proférant des paroles horribles." Lettres de Jersey
1891 p. 183.
s II. HEou OUATAI, 905*.960. 127
Après les Tcheou, viennent les Song, 18 Empereurs en 319
ans : 9 au nord (167 ans), 9 au sud (152 ans). Le 1*^ de ces der-
niers neuf, Song Kao-tsou, établit d'abord sa cour à Nankin, puis
à flang-tchfiou.
Voir le Tableau inséré en tète du T. V du P. de Mailla. Un
carton du tableau synoptique est réservé aux «Royaumes indépen-
dants élevés après les T*ang,yi La liste en comporte 13, parmi les-
quels celui de ''Nan-T'ang ou de Kiang-nan'' (937-975.) Durée, 39
ans, sous 3 princes. Capitale Kin-ling, commandant à 35 villes.*
A l'époque des 5 dynasties qui précédèrent les Song^ les diverses
régions de la Chine virent plus de 10 rois gouverner en maitres
indépendants et fonder des dynasties qui furent plus ou moins
éphémères. Ainsi la maison de Ou ^^ dont la tige était Yang
Hing^mi ^f}^^ compta successivement quatre de ses membres
sur le trône. Vingt-quatre départements au sud de la Hoai formaient
ses états. La maison de Ou Yué ^ jg fournit cinq rois. Var. sin.
n« 8. allus. litt. p. 107.
Alors qu'en 894, Yang Hing-mi i^ fj ^j roi de Ou (1), trô-
nait à Yang-tcheou, Fong Hiong-to ?S| ^ ^ lui livra ce même Nan-
kin, redevenu Cheng^tcheou ^ji\ (2). Ses 3 fils régnèrent après lui.
A l'aurore du X® siècle, Siu Wen f^ ^^ premier ministre
de Ou, charmé de l'heureuse situation de cette ville, s'en
improvisa (909) le Gouverneur attitré, bien qu'il résidât à Koang-
ling H 1^ (3) (Yang-tcheou) ^JâJm^l^^l^BPUS^^
Au commencement de juillet 1900, au moment où l'on craignait que les "Ministres
de toutes les Légations" ne fussent massacrés à Pékin, un correspondant duN. C.D.N.
proposait d'avertir officiellement les autorités chinoises que si ce crime était perpétré,
les Étrangers se vengeraient en détruisant les tombes impériales de la dynastie des
Ming. On insinuait que cette atroce menace venait du Consul anglais à THentsin.
Diverses protestations se firent jour dans la même feuille qui profita de l'occasion pour
protester qu'elle n'endosse nullement les opiuions de ses correspondants.— Quelqu'un fit
remarquer quelle injustice inutile il y aurait à profaner les tombes des Ming pour venger
les crimes des Taing. Note de Véditeur.
(1) Les Ou Wang (3® royaume de Ou) régnaient au sud de la Hoai. En 45 ans, de
892 à 937, ils fournirent quatre princes gouvernant 38 villes. Yang Hing-mi (892-906)
Yang-pou (906-908), Yangtong-yn (908-921), Yang-pao (921-937); le dernier essaya mais
en vain de se faire reconnaître Empereur à Sou-tcheou.
(2) "Aux temps troublés des 5 dynasties (907-960), Ts'ien Leou ^ ^ (851-932) qui
de simple contrebandier de sel était devenu prince de Ou et de Yué -^ j® i ) était un vrai
roi; il avait sa résidence à Hang-tcheou. Mais, en vrai condottiere, il se prêta à celui
des Empereurs éphémères qui lui accordait le plus d'avantages." Var. Sin. n" 10.
Eoyaume de Ou du P. A. Tschepe S. J. p. 165. Ce passage semblerait contredire notre texte:
mais il est facile de l'expliquer en se reportant à la liste des royaumes indépendants au
temps des 5 dynasties donnée par le P. C. Pétillon S.J. Var. Sin. n° 8 p. 108, et qui
indique deux royaumes distincts : l'un de Ou au sud de la Hoai, l'autre de Ou Yué dans
les deux SR*
(3) En dépendaient les 4 sous-préfectures : Chwng-yueny Kiu-yong, Li-choei et
Li-yang; on refit alors le palais de Yé-chcm.
128 CH. VIII. DYNASTIE (xiir) DBS T*ANG, 620-907.
75 & « # W JW Ife a * 81- Il se fit suppléer à Cheng^tcheou
(Nankin)' par son fils adoptif Siu Tche-kao |^^ fj, confirmé dans
cette charge, en 912, par Yang Long-yn ^ ^tïM' roi de Ou ^,
établi lui-même à Yang-^tcheou, Nankin n'eut qu*à ^e louer de
l'administration de Siu Tche-kao, attentif à faire les meilleurs
choix pour les ofTices mandarinaux.
Par ses soins l'on rebâtit Cheng-tcheou et le palais du Gou-
verneur (914); Siu Wen y vint en personne trois ans après et
•résolut de s'y fixer avec toute sa famille.
Cependant Yang Long-yn (deuxième fils de Yang Hing-mi)
affermissait progressivement son autorité de roi de Ou, En 920,
il transforma en KinAing fou ^ fê Jj^ le nom du tribunal du
Gouverneur de ChengAcheou, tribunal appelé jusque-là Cheng-
Icheou Ta-tou tou-fou ^ )^ ^^^ J^- ^^^ Wen fut promu au
rang de Préfet de Kin~ling, La ville s'embellit merveilleusement,
et le palais Tse-ki kong ^i^'ë ^"^ construit sur l'ancienne place
de Yé tch'eng îé M (^)-
En 922, Yang P'ou ^^ (4« fils de Yang Hing-mi) roi de
Ou 3^, s'empara de la moitié de la pagode de T^ong^Vai .se [^ ^
^, rendue fameuse par les folies de l'empereur Liang Ou ti, pour
en faire une vaste bonzerie, nommée T'ai-tch'eng ts'ien-fou yuen
SF M ^ jffi ^' ^^ ^'^ P^s oublié que l'antique ville de T'ai
tch'eng existait dans le voisinage immédiat du monastère boud-
dhique T'ong-t^ai se (Pé-ki ko et Ki-ming se).
La pagode de Hing-kiao se ^ ^ ^ à Che-t'eou tch'eng, re-
monte aussi à cette époque (924).
A la mort de Siu Wen ^ ^, grand ministre de Ou (927), son
fils Siu Tche-siun f ^ ^ ||l lui succéda en qualité de préfet de
Kin-ling ^ ^. Mais Siu Tche-kao le remplaça bientôt par son
frère Siu Tche-ngo ^Sï JM H (928). Et Siu Tche-kao lui-même
vint, à la fin de 931, gouverner en personne la ville de Kin-ling,
comme avait fait Siu Wen, son père adoptif. L'année suivante,
cette ville fut agrandie ; dans le palais du Gouverneur, on bâtit
le Li-hien yuen H R fê, sorte d'Hôtel ou Club des Lettrés.
Song Ts'i-K'ieou ^ $ f^, secrétaire de Siu Tche-kao f^^ J5|
|§, exhortait son maître à presser Ou Siun-ti ^ ^ ^ (roi de Ou)
de venir fixer sa résidence à Kin-ling 4^ gf . Pour l'y déterminer,
on exécuta au palais du gouverneur des réparations qui le trans-
formèrent en palais royal (934). Siu Tche-kao alla habiter sa
résidence particulière à T'ai tch'eng. Un décret du roi de Ou le
nomma TsH wang ^ 3£ (Prince de Ts'i), lui prescrivit d'habiter
(1) Au Kiang-iran,Y(ti!g Ou ^ fM prince de Hoai-ngan fj^ ^î était à peu près
indépendant. Il fut assassiné vers fl09. La guerre désola de nouveau la région de Tchev-
hiang et de Nankin ; ou plutôt, il semble que ce fut alors la condition presque normale
de ces pays.
f II. HEOU OU TA!. NAN-T*ANG. T'aNG Lï-TSOU, 987-943. 129
le palais qu'il lui avait préparé et le constitua lieutenant-général
du royaume.
• On construisit pourtant au nouveau Ministre d'Empire un
palais spécial, le Ta-yuen-c/ioai /bu ;^ 7C 6l|l /(ï, puis (11® lune,
936), un décret du roi donna à notre Kin-ling fou^^j^ le titre
et le rang de Capitale occidentale.
Aussi, à la l^re lune de 937, Siu Tche^kao commença à y
établir son royaume de TsH ^. Il transforma Kin^-ling fou^J^J^
en Kiang-ning fou Û! ^ /iï (^® ^^^ actuel); La petite ville de
Ya tch'eng ^ ^, qui renfermait le Ta-yuen-choai fou^ devint le
Kong tch'eng ^ ;jjg, la "ville impériale", puis les salles du THng
Vang j|| ^ furent métamorphosées en Tien ^.
A la 3« lune (937) le roi de Ou, Joei ti Yang-p'oui§^^ (921-937)
fît remettre au Ts'i \K>ang tous les insignes princiers. Son nom,
abrégé d'une syllabe, fut modifié en celui de YsH-wang Kao^^'^,
(Plus tard, il abandonnera ce noni de Siu Tche-kao ^^ ^ f^ pour
adopter celui de Li Pien ^ ^- Quà non ascendant? murmurait
ce favori de la fortune.
On Ta pressenti: il s'acheminait insidieusement au souverain
pouvoir. A l'automne de 937, il.détrôna son maître, le roi Ou Joei ti
^^ c. àd. ;|^^, réduit au titre assez ironique de Jang Hoang || ^
«le monarque démissionnaire». Un mois après, il se proclamait lui-
même empereur; il est connu sous le nom de T'ang Li-£souJg ^^jjg,
fondateur de la dynastie des Nan T'ang, ou T'ang méridionaux.
Cette dynastie particulière (937-975) qui compta trois princes,
rois ou empereurs, tous fixés à Nankin (Kin-ling), ne laissa pas de
faire preuve d'une certaine vitalité, malgré de perpétuels boulever-
sements. ' Ces princes sont: Li Pien ^^ 937-943; LiKing ^J^^
943-961; Li Yu^ig^ (961-975). Leur principauté, comprenant 19
préfectures (tcheou) et 180 sous-préfectures ^/iienj, n'atteignait pas
Sou-tcheou; mais ils étendaient leur domination au nord jusqu'à
la ifoai et Ou-ho, et à l'O. jusqu'à Kieou-kiang,
L'un des premiers actes de Nan-T'ang Li-tsou ^^Ij^ fut de
commander à SrnKmg ^,^ï^o Prince Ou wang, de concentrer 80.000
cavaliers et fantassins au pont T^ong-t'ou k'iao j^ ^ i^ pour,
de grandes manœuvres. Nous copions, sans les discuter, ces
gros chiffres dans les chroniques locales. Elles nous apprennent
aussi qu'en 939 (2® 1.) le nouveau souverain, lors d'une audience
générale accordée aux mandarins, transforma officiellement le
titre de Royaume de Ou en celui de T'ang. Avant de tenir cette
espèce de Cour plénière, il avait présidé le sacrifice au Ciel du Sud,
Il alla officier à celui du T'ai miao à la 4® lune. Le mois suivant,
on éleva, à l'O. du lac Yuen-ou hou la terrasse pour le Sacrifice au
Ciel du nord. Li-tsou se fît construire un vaste palais, ou rési-
dence particulière, comprenant plus de 1.000 appartements (1).
(1) Kien ^ ) " chambres," déterminées par les travées de la charpente dans les oons^
tractions chinoises.— N.B. Il ne faut pas confondre ces Nan-T^ang avec les Heou-T^ang^ se-
conde des 5 dynasties Ou-tai, cf .pp. 126, 127. g
130 CH. TIII. HIOU OU-TAI, 907-960.
Alors aussi fut créé une sorte de Jardin zoologique, de *'Ja*-
din des Plantes,» pourvu de volatiles et quadrupèdes rares, dans le
voisinage de la montagne Tchong chan, aux portes mômes de Nankin.
Nankin subit alors quelques remaniements de peu d'impor-
tance, intéressant plus l'histoire que la topographie. Ts'i-ming
men ^ ^ f^ devint la porte Kien-yuen men (g ^ P^.
La résidence officielle appelée Cheng-yuen ko était Tancien
Ou-hing ko^f^^(Ko désigne une maison à étage). Cheng-'yuen ho
# X IH fut le vocable nouvellement assigné à Tantique pagode
Wa-koan se%'^^, la Pagode de la tuilerie, qui fut changée
enCheng-yuen se |f. ;jc ^, (cf. suprà). Cheng-yuen ^ yc était le
titre de règne (Nien-hao ^ SE) du présent souverain Li-tsou |Sljg.
Notons encore la reconstruction du grand Collège gouvernemental,
le Tai-hio 33J; <^. Que valaient ces édifices publics, incessamment
rebâtis, refondés, refaits de fond en comble. L*examen des cons-
tructions actuelles nous permettrait de répondre à la question.
Une amnistie générale fut accordée aux prisonniers lors de la
renonciation que Li King a|S Jf , c. à d. Siu King (d'abord Prince
Ts'i et dans la suite second empereur des Nan T'ang) fit de ses
droits au trône des, Ts'i.
Vers la fin de cette année 939, le souverain se rendit à Yang-
tcheou IK jH|« la Capitale orientale; à son retour, il changea
encore les dénominations de plusieurs salles.
Vers cette époque aussi (hiver de 941) on assit la taxe de la
cote personnelle, ou impôt capital^ fixé d'après l'embonpoint ou
la maigreur des imposés. 'JÈ R^KIW^IÊ ISif^-
Nan-T'ang Li-tsou ^ ^^XW. mourut dans la salle Cheng-
yuen tien ^7C jR »" début de 943. A la 7** lune de 942, il avait
enjoint à son frère, Li King ^ ;^, Prince TsH wang ^^, d'oc-
cuper le palais de l'héritier du trône, et il l'avait contraint d'obéir,
malgré ses résistances. Ce dernier lui succéda donc sans retard
et fit inhumer le défunt à la sépulture Yong ling ^ ^.
L'an 947, une comète illumina l'orient. L'été de 951, un
bolide énorme sillonna le ciel et s'abattit sur le sol avec un fracas
terrible. Même phénomène à la 1®^® lune de 954.
Souvenir consigné ici dans les annales et digne de passer à la
postérité! '^A Nankin, on pêche alors un dragon dans une mare".
Nous inclinons à croire que ces dragons, mentionnés avec
persistance, dans l'histoire de Nankin, sont des spécimens de
l'alligator sinensia, tels qu'en recèlent encore les eaux du Wang-
p'ou et du Yang^tse kiang, comme on peut s'en assurer en face
des vitrines du Musée d'histoire naturelle de Zi-ka wei. Peuple
et mandarins croient pourtant au dragon, omnipotent, amphibie,
terrestre et aérien tout à la fois, habituellement figuré plutôt
comme un quadrupède que comme un reptile ou saurien. Chaque
ville renferme sa * 'pagode du roi-dragon", le Long-wang miao.
Celle de Nankin n'est pas une des moins belles ni des moins
f II. ALLmATOKs. aBût;«*TCHBOtr (xurDYN,) 951-960. ÎSI
fréquentées par les hauts mandarins. Pratiquement, on y ftdoroi
dans les grandes ciroonstanoes, un léssard ou un inoffenaif petit
serpent. Les gravures ci-contre sont empruntées à l'étude de M,
A. Fauvel, «Alligators in China» publiée par la G, B. of the R.
Asiatic Society. 1879.
La Gazette de Pékin, le King^paOj du 29 oot. 1895, insère
un décret impérial, prescrivant au Directeur Général des travaux
du Hoang ho des sacrifices spéciaux d'actions de grâoes en l'hon-
neur des quatre grands rois-dragons, le jaune, le rouge, le châtain,
etc. L'empereur envoie dix bâtons d'encens tibétain, à brûler
devant les tablettes de leurs majestés draconiennes. Le King-'pao
de cette année (1897) insère un décret semblable, pour remercier le
Roi-Dragon de ce que le Fleuve Jaune n'a point rompu ses digues^
Lors d'un débordement du Pei hOj un petit serpent fut pris et
porté en procession au T'ai-wang miao (Temple of the great King).
'*The great vice-roy Li Hong-tchang' foUowed by a retinue of
high officiais, vsrent to do homage to the wretohed little snake,
and to implore its interposition against the Hoods". G. Owen p. 342.
Il serait facile de multiplier ces citations à l'infini. L'habitude^
le préjugé empêchent des gens intelligents d'apercevoir le ridicule
de pareilles pratiques. N'est-ce pas aussi une punition de l'orgueil
qui les empêche de se soumettre au joug du vrai Dieu? (1).
T. de Lacouperie ''Western origin', p. 208. '-The To of the
ancient Chinese was probably an alligator, whose species has now
almost disappeared." cf. Pauvel (Alligators in China). Journal de
la Soc. asiatiq. Changhai 1879. ^-Alligator, 0-yu il^ j(^ du Hoanig^
p'ou, selon Mesny's chinese Miscellany W vol. p. 27.
A la fin de l'année 955, Li Tsong-kia $ |K j|(plus tard Li YU
^ ffii 3® empereur de Nan T'ang en 961), Comte Ngan^'ting kiUn ^
% SiSi reçut la difficile et périlleuse mission de garder le passage
du Kiang contre les incursions d'une puissante armée, mise sur pied
par la Dynastie des Tcheou (2). La lutte, après diverses péripé-
ties qu'il nous faut omettre, tourna à l'avantage de oes derniers.
On recourut à un compromis: pour acheter la paix, l'empereul*
Nan-rang Yuen tsong "^ ^ y(^ ^ (943-961) leur abandonna les
territoires au delà du Yang-tse, Il renonça à son titre personnel
d'empereur (Ti ǧ) par déférence pour l'empereur des Tcheou dont 11
(1) Le P. Simon (mort évoque de Nankin) disait un jour à un mandarin : "Maïs
vous ne croyez pas à la divinité des lézards ! c'est bon pour le peuple ! — Mais si, nous y
croyons ! si vous aviez vu ses petits yeux intelligents, nous regardant, alovs qu'il s'agitait
et faisait ses évolutions dans le baquet d'eau où nous l'avions mis! "
(2) Il s'agit des Heou-tcheou (951-900) ou Tcheou postérieurs ^ règniknt îi Pien-tiatip
(K^ai-fong fou P| M jff) î ils forment la 5® des cinq petites dynasties (légitimes) que les
historiens placent, de 907 à 960, entre les Tang et les Song^ et qu'ils nomment S^eou
Ou-tai, les "cinq dynasties d'après," pour les distinguer des TsHen Ou-tai^ les "ô dy-
naaties" d'avant les Tang.
CHAPITRE VIII.
DYNASTIE DES T'ANG (XIIP).
23 EMPEEEURS en 289 ANS (G20-927).
§ I
NANKIN SOUS LES T*ANG.
Cette dynastie, une des plus illustres, fondée par Li Yuen
^ Jg3' s^" premier Empereur sous le nom de Kao^tsou ^ H
(620-627), se tint également au nord, à Tch^ang-ngan ^ ^ mieux
connu par son appellation moderne de Si^ngan fou. Aussi, est-il
à peine question de Nankin, ruiné politiquement, voire même
éclipsé parfois par Tchen-kiang (à 18 lieues en aval du Yang^tse),
où réside un membre de la famille impériale, avec une certaine
autorité sur les provinces méridionales.
Nankin restait pourtant célèbre au loin pour ses richesses,
ses temples, ses édifices, son commerce, les raffinements de sa
civilisation. Découronnée, la capitale déchue exerçait encore une
attraction puissante; elle demeurait un centre littéraire et policé;
mainte illustration lui valut, au cours des siècles suivants, un
renom de gloire, dont l'éclat n'est point évanoui.
Comme ville, et géographiquement parlant, elle ne subit
d'abord que d'insignifiants changements. Sa topographie est assez
clairement exposée sur la carte VHP. Au point de vue adminis-
tratif, les modifications dans la cité et dans sa grande banlieue,
furent aussi nombreuses que variées et profondes (1).
(1) La glose accompagnant la carte VHP, Nankin sous les T^ang, rappelle que cette
ville porta divers noms sous cette dynastie, au caprice des empereurs. Vers la fin, on
l'appelait Cheng-tcJieou ^ jlfl • L'Empire chinois était divisé en 10 Tao j© (circuits, ou
provinces). Tan-yang kiun "jrj \^ ÇJS (Nankin) était d'abord placé sous la dépendance
du Kiang-nan iong-tao JLÏl TO IR S& "circuit du Kiang-nan oriental."
La 2« année Ou-té 1^ % (619), on installa à Tan-yang kiun un fonctionnaire
pourvu du titre de Hing-t^ai chang-cliou cheng fT S W S" -ê ' dignité correspondant
aujourd'hui à celle de Fou-f-ai îK 2*
L'année suivante, la sous-préfecture de Kiang-ning hien. fut changée en celle de
Koei-hoa hien f^ iXk /If ' P^is elle reprit son nom de Kiang-ning hien. Celle de Kiu-
yong hien fut nommée Mao-tcheou ^ Jlll • Li-yang hieii i^ l^j^) supprimée jadis par
la dynastie des Soei fut rétablie, en empruntant du territoire à deux sous-préfectures.
En 654, le titre de Hing-t^ai (cf. supra) fut remplacé par celui de Ta-tou tou-fou
y^ ^ e /iï ' ®* l'on reprit le nom de ville Tsiang-tcheou, naguère supprimé. Cette
, ville, après que Mao-tcheou eut retrouvé son nom de Kiu-yong hien^ commandait aux 4
Bous-préfectures de Kiu-yongy Kin-Ung^ lA-choei et Li-yang.
I I. CHRISTIANISME ET BOUDDHISME. 123
Le fondateur T'ang Kao-tsou Jg^ 1^ jjft (620-627) avait fait bâtir
un temple à Lao-kiun ^ ;g (Lao-tse) patron du Taoïsme, pour le-
quel il professait un culte spécial. Puis il avait obligé 100.000
bonzes à prendre femme, en vue d'élever le chiffre de la natalité
dans son Empire, et de préparer le recrutement ultérieur de ses
armées. Il ne semble pourtant point, à en juger p&r le nombre des
pagodes datant de cette époque, que le bouddhisme ait eu à beau-
coup souffrir, au pays de Nankin, de cette défaveur impériale (1).
Il abdiqua 9 ans avant sa mort et choisit pour successeur son
deuxième fils, qui fut l'illustre T'ang T'ai tsong Jl^ic ^ (627-650).
Quelques années plus tard, au nord encore, en 684, la san-
guinaire impératrice Ou heou ^ jg-, concubine (sous le nom de
Ou-che ^ J5) de Tempereur Kao tsong îl^ ^, 3® de la dynastie,
qui l'avait associée au pouvoir, usurpa l'autorité suprême pendant
21 ans. Elle prit alors le titre dynastique de Tcheou j^, on l'appelait
THen-heou ^Ç J§ reine du Ciel, reine céleste ; elle s'arrogea le droit —
forfait politique, attentat de lèse-majesté, sacrilège odieux chez une
femme^ — d'offrir les sacrifices de premier ordre au Ciel et à la
Terre; elle persécuta 15 ans et sans pitié la religion chrétienne,
tolérée, ou mieux en crédit à la Cour depuis quelque temps. (M^'^'
Favier donne son portrait p. 63).
On sait, en effet, que sous T*ai*tsong, nommé plus haut, la
religion du Christ était rentrée en Chine, la 9® année de son règne,
par la nouvelle et mémorable tentative, dont fait foi le célèbre
monument élevé en 781 et découvert en 1625, bien connu sous
le vocable de Stèle syro-chinoise de Si-ngan fou W ^ /iï JS* :^ ^
Nous ignorons la part de Nankin dans cet essai de rénovation .
chrétienne; le bouddhisme y resta probablement plus intolérant,
loin de la Cour, que partout ailleurs. En 684, Siu King-yé ^^^
En 626 (9« année Ou-té JpQ fS) la ville de Kin-ling h ien fut transférée au bourg
de Pé-hia tsuen H I* fj^ prenant le nom de Pé-hia liien; la 7* année de TcJieng-koan
J^ K (^«^) ^^^6 ^u^ nommée Koei-hoa hien £$ ^ J||i comme au début de la dynastie,
puis, deux ans après, encore Kiang-ning hien. Enfin en 757 (2« année Tche-té M to)'
son titre de hien fut élevé à celui de préfecture, sous le nom de Kiang-ning kiun.
(1) Par suite d'intrigues ou de revirements d'opinion, le Bouddhisme, éprouva plu-
sieurs fois sous les T^ang les rigueurs du pouvoir. Cf. de Mailla, VIII, 469-491, — et du
Halde, II, 590-598, sur le décret de sécularisation porté par Joei tsong Ç ifî (710-713) en
711, contre les bonzeries. Nous n'en citons que cette phrase : aQuant aux bonzes étran-
gers, venus ici pour faire connaître la loi q^j a cours dans leurs royaumes, ils sont environ
3.000, tant du Ta-tain que de Mon-hou-pa. Mon ordre est qu'ils retournent au siècle.»
(2) Naturellement, les meilleures références îl conseiller sur la question de la Stèle
sont les n« des Variétés sinologiqueSy où le P. H. Havret semble bien près de l'avoir
épuisée pour le moment. Un édit de T'ang T*ai tsong (638) autorisait la construction d'un
monastère chrétien à Tch'ang-ngan (Si-ngan fou), et un autre de T*ang Hiuen tsong (745)
changeait le terme ^^Pose se. Temple du royaume de Perse" en celui de "Ta TsHn se.
Temple de Ta Ts*in."
130 CH. TIII. HEOU OU-TAI, 907-960.
Alors aussi fut créé une sorte de Jardin zoologique, de "Jar-
din des Plantes,» pourvu de volatiles et quadrupèdes rares, dans le
voisinage de la montagne Tchong chan, aux portes mêmes de Nankin.
Nankin subit alors quelques remaniements de peu d'impor-
tance, intéressant plus l'histoire que la topographie. Ts'Uming
men ^ ^ f^ devint la porte Kien^yuen men ^yt f^-
La résidence officielle appelée Cheng-yuen ko était Tancien
Qu'-hing ko ^Sj^^ {Ko désigne une maison à étage). Cheng^yuen ko
^TûWi^^^ î® vocable nouvellement assigné à l'antique pagode
Wa-ftoan se%*^^, la Pagode de la tuilerie, qui fut changée
enlCheng-yuen se ^ jq ^, (cf. suprk). Cheng-yuen ^ 7c ^^ait le
titre de règne (Nien-hao if gg) du présent souverain Li-tsou g^jg.
Notons encore la reconstruction du grand Collège gouvernemental,
le Tai'hio 33J; <^. Que valaient ces édifices publics, incessamment
rebâtis, refondés, refaits de fond en comble. L'examen des cons-
tructions actuelles nous permettrait de répondre à la question.
Une amnistie générale fut accordée aux prisonniers lors de la
renonciation que Li King a|S Jf, c. à d. Siu King (d'abord Prince
TsH et dans la suite second empereur des Nan T'ang) fît de ses
droits au trône des, Ts'i,
Vers la fin de cette année 939, le souverain se rendit à Yang-
tcheou ^ ji\, la Capitale orientale; à son retour, il changea
encore les dénominations de plusieurs salles.
Vers cette époque aussi (hiver de 941) on assit la taxe de la
cote personnelle, ou impôt capital^ ûxé d'après l'embonpoint ou
la maigreur des imposés. JE Jg ^ £i BE ^ ® 2|l.
Nan-T'ang Li-tsou ^ Jj" ?5l JH mourut dans la salle Cheng-
yuen tien #7C ® au début de 943. A la 7^ lune de 942, il avait
enjoint à son frère, Li King ^ ;^, Prince TsH wang ^ J, d'oc-
cuper le palais de l'héritier du trône, et il l'avait contraint d'obéir,
malgré ses résistances. Ce dernier lui succéda donc sans retard
et fit inhumer le défunt à la sépulture Yong ling ^ ^.
L'an 947, une comète illumina l'orient. L'été de 951, un
bolide énorme sillonna le ciel et s'abattit sur le sol avec un fracas
terrible. Même phénomène à la 1®^® lune de 954.
Souvenir consigné ici dans les annales et digne de passer à la
postérité! "A Nankin, on pêche alors un dragon dans une mare".
Nous inclinons à croire que ces dragons, mentionnés avec
persistance, dans l'histoire de Nankin, sont des spécimens de
Valligator sinensia^ tels qu'en recèlent encore les eaux du Wang^
p'ou et du Yang^tse kiang, comme on peut s'en assurer en face
des vitrines du Musée d'histoire naturelle de Zi-ka wei. Peuple
et mandarins croient pourtant au dragon^ omnipotent, amphibie,
terrestre et aérien tout à la fois, habituellement figuré plutôt
comme un quadrupède que comme un reptile ou saurien. Chaque
ville renferme sa "pagode du roi-dragon", le Long-wang miao.
Celle de Nankin n'est pas une des moins belles ni des moins
f n. jkixKfiASiHKS. HBdc-TCnsM {TsstmwmJ) ^^A'^Q. IM
fréquentées par ]es haiots mandaring. PrsIiqveflMfliltn od y i
dans les grafidcs oroonistanoes^ un lésard eu lua ÂaoffioBftii
serpent. LrCB grami^efi cî-eontre sont empnantées k Véùoâm 4e IL
A. Faov^. acAHigaoLors ïn China.» publiée par la C. B. <of tfbe EL.
Asiatic Society. ÎSTS-
Léa Gasette de Pékin, le King^pao, du 29 odL 189^^ ixisrae
un décret impérial^ prescrrîTaDt au DirectMir Génénl des
du Hoang ha des sacriiîoes spéciaux d'actions de gnees em T\
nenr des quatre grand*^ roif^-dragonfi^ le jaune, le rouge^ le i
etc. L'empereur envoie dix bâtons d encens libâiin^ à brûler
derant les tablettes de leurs majestés iracoriiiennes. Lte Kin^fom
de cette année (18S7; insère un décret semblable, pour remercier le
Roi-Dragon de ce que le Fleure Jaune n*a peint rompu ses digv^
Lors d'nn débordement du Pei ho, un petit serpent fut pxis et
porté en procession au T^tLi-wang niisto (Temple of tbe gnsitKzng),
*^Tbe great Tîce-roy Li Hunrj-ichang foUowed by a retinne W
li2g:fa offîcials^ went to do bornage to the wretcbed littie anake.
and to implore itg interposition ag-ainst tbe floods'\ G. Owen p. 342.
Il serait £acile de multiplier ces citations à 1 iniini. L'babitede«
le préjugé empécbent des gens intelligents d'apercevoir le ridicule
de pareilles pratiques. N'est-ce pas aussi une punition de lorf^ueal
qui les empêche de se soumettre au joug du rrai Dieut" (1).
T. de Laoouperie 'Western orig-in' , p. 208. ''The To of tbe
ancient Chinese was probably an aUignUjfr, whose species bas now
almost disappeared. ' cl. Fauvel (Alii^rators in China). Journal de
la Soc, asiatiq. Chautrliai 1879. — Alligator. 0-yu i^ El du Hcmng^
p'ou^ selon Mesny b <:hiri/ei>*' MUofilla.ny II* vol. p. 27.
A la fin d^ i aiiiié^ ^Dj. Li jMjng^kid, 4^^jK ^^plustard Li Yu
^jg, 3*emp*^^ur o* .ar^ 7 "nug en 961 . Comte Ngan^ting kiun ^
^S* rftçut ia fé.:1 ',,,*- *i\ péniJeuse mission de garder le paaaage
du Kiung <:<jvxi*^ /^^t iji^unuoric d'une puissante armée, mise sur pied
par la hyu^^^w, *^> 'hii^no '*!.. La lutte, après diverses péripé«
ties qu iJ nou^ i^y- 'jtuKUi* . Uj\xru^ al avantage de ces demiem.
On r*;09uru' * or */fUt\n*jtfn¥^: pour ach*:;ter la paix, Temperear
Nan^r<ing ï'j^rr' ^.v^>^ ff; J||J yt Sii ^<^i3'î^01; leur abandonna les
territoin.'H ac 'i*^. * «> > //'^'l.''. Il r*;Uouf^H à son titre personnel
d'emper<:;ur (1 ' iÇi. p'^' ^/^y-f * f*c< |/Our J «empereur des Tcheou dont U
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/-./'. '• » r »/'yl |y';<lf !*• pi-Uj/J* ' — Mai^ bI, IlOtlf V
132 CH. VIII. HBOu ou-TAi, 907-960.
adopta le calendrier, signe d'allégeance. Il protesta en outre qu'il
se contenterait du titre ofiBciel de Kouo^tchou gj ^, '^maître du
royaume" (1).
Les murailles de Kin^ling furent complètement réparées en
959, ce qui n'indique pas décadence pour une ville chinoise.
Lors de la révolution politique qui porta au pouvoir Tchao
K'oang'y^ j® g Jlt (960-977), premier empereur des Song ^ (la
XIX" dynastie légitime), le Xiang-nan, et par conséquent Nankin,
reconnurent son autorité souveraine.
On reprit en 960 la fabrication des sapèques de fer, mises en
circulation quatre ans après. En 977, un décret impérial enjoignit
de fondre des sapèques de cuivre là où le métal abondait; on relève
aux environs (est et sud) de Nankin, quelques traces d'exploitation
de ce minerai (cf. Introduction).
Le KouO'tchou T'ang Ynen^tsang, mort en 961, fut inhumé
au Choen ling Jlg @^, et sa femme, la Kouo-heou H ^ nommée
Tcheou'^che ^ J^, décédée trois ans après, le fut au / ling gj g|.
Dès 961, Li Ts^ong^kia ^ ^ %, le fils héritier, avait recueilli la
succession au rang de Kouo-tchou, "intendant du royaume". Ce
Li Fw ^S (961-975), dernier des Nan T'ang (2), eut à repousser
les attaques d'un Prince de Ou, établi à Sou-tcheou.
Il s'empressa de faire restaurer toutes les pagodes de son
domaine. C'est alors (970), que le Pao-kong ytxen.^^^, le
célèbre monastère de Ling^kou se fH ^ ^ (dont on voit les ruines
majestueuses à un kilom. à l'est du Tombeau des Ming) prit le
nom de K'aUchan^tao tch'ang H ^ j[|[ :^-
A la 10® lune de l'an 1012, Tch'en Yao-tse fffi^^, secrétaire
de Tempereur Tchen tsong J| ^ (3* souverain des Song Jfj) alla
sur l'ordre de son maître, offrir un sacrifice au thaumaturge Pao-
tse kong ^ ^ ^. L'année précédente, ce souverain avait chargé
le gouverneur de Cheng-tcheou ^ jHi (Nankin) d'y faire réparer
la tour PaO'tse-kong Va 5lf |^ S ^ et la pagode T'ai-p'ing
hing-kou se ^jç 2p ^ g ^ mieux connue sous le vocable moderne
de Ling-kou se.
Précis de la Glose explicative de la Carte ^û ''Kiang-ning
fou sous les iVan-T'ang" — Ces T'ang méridionaux, à l'époque des
Heou Ou-tai, «Cinq dynasties postérieures,» avaient à Nankin leur
capitale et leur palais (937-975).
(1) D'après le P. de Mailla (VII. 445), en 955, Che-tsong, 2fi des Heou Tcheou (TC'ai-
fong fon) fit détruire 30.000 temples d'idoles dans ses états. Il en resta cependant 2,694
qni étaient habités par plus de 60.000 bonzes ou bonzësses." Nous nous bornons à
copier ces chiffres invraisemblables, analogues pourtant à ceux que l'on est contraint
d'émettre, pour dénombrer les lamas du Tibet. Le P. de Magalhaens comptait à la fin
de la dynastie des Ming^ d'après les statistiques officielles, 480 temples d'idoles célèbres et
très fréquentés, avec 530.000 bonzes.
(2) Nous reviendrons plus loin sur cette fin de règne.
s II. CARTE ^, DES nan-t'ano; 937-975. 133
A. — On a vu que sous la dynastie précédente des T'ang J^,
Yang P'ouojj^^, le fils de Yang Hing-mi jl^fy^ (révolté contre
le roi de Ou) attaqua Cheng-tcheou ^ j|t|, s'appropria cette ville,
qu'il agrandit et nomma Kin-ling fou,
B.— L'an 937, Siu Tche-kao ^ JM IS. ou bien ^ ^ qui se
donnait comme le fils du général Siu Wen, assassina le roi de Ou,
se proclama empereur, s'établit à Kin-ling fou^ dont il changea le
nom en Kiang-^ning fou. Le tribunal du Préfet de la ville devint
son palais, et, du siège de la préfecture (fou /jj) il fît sa capitale.
C. — Cette transformation en appela une autre : le tribunal de
Kiang-ning fou fut établi dans la partie est de la ville. On créa
deux sous-préfectures : le Chang-yuen hien occupant le territoire
sud du Chang-yuen actuel, — et le Kiang-ning hien Ùl ^ J|^, au
nord de la sous-préfecture d'alors, Tang-tou § ^. Leurs deux
tribunaux avoisinaient les murailles : le Chang-yuen hien au sud,
et le Kiang-ning hien au nord (1).
Cette carte -~- de **Nankin sous les Nan T'ang" semble
enclaver Che-t'eou tch'eng dan^ l'enceinte ; mais les deux cartes
subséquentes (Dynasties Sohg ^ et Yuen 5c) laissent cette butte
en dehors de la muraille, ce qui paraît plus conforme, à la vérité
historique, TsHng-liang chan n'ayant été incorporé qu'au début
de la dynastie des Ming ^; jusque-là, simple annexe, il flanquait
la ville au nord-ouest. Quelques buttes voisines, au sud, furent
comprises beaucoup moins tardivement dans l'enceinte, fait qui
explique peut-être les incertitudes, et même les contradictions
inconciliables de plusieurs des plans relatifs au Nankin d'avant
les Mongols (Yuen 1280—1368).
Comme sous les Lou-^Tch'ao, l'enceinte murale mesurait 25 li
(15 kilom). Au sud, la TsHn Hoai entrait dans la ville, qui à
l'ouest, atteignait le Che^Veou tch'eng. De là vers le sud-ouest,
on remarquait deux portes : le Si-men |f P^ (Che tch'eng ^ j^y
aliàs Han-si men ^ W P^), — et le Long-si men f|îf P5 (San-chan
^^^ H lU P^î aliàs Choei-si men 7|C W P^)- Ensuite les murailles se
dirigeaient au sud vers Tch'ang-kan ^^ (au nord du Yu-hoaVai).
Elles étaient percées d'une porte, le Tsiu~pao men |p^ ^ P^, ou
Nan men actuel. La porte de l'est s'ouvrait au pont Pé-hia kHao
â "F Ijê» le Ta~tchong k'iao -j^ x^ jj^ d'aujourd'hui. Le Yuen-ou
k'iao jf^^ (Pé-men k'iao 4t P? fié actuel) indique le site de
la porte du nord. Donc, les canaux que franchissent les ponts
Tch^ang-kan k'iao -^^^ (hors du Nan men), Ta-tchong kHao et
Pé~men k'iao formaient les fossés des murailles, tch'eng-hao.
Les portes T'ong-tsi men M 99 PI ^^ Choei-si men ^fC W P5 ^oi^-
naient comme aujourd'hui sur les rives de la Ts'in Hoai. Le
(1) Les autres sous-préfectures de Kiu-yong v] ^» Jji-choei^ '^i^Li-yang^,^
demeurèrent ce qu'elles étaient sous la dynastie précédente.
484
CH. Vllt. t*ANO (XlirDVN.) Et HBOU OÛ-tAI.
Ts'ing'^hH ]jm, en arrivant après nouf détours jusqu'au T'ong^tsi
men, rencontrait les murailles; coulant partie dans la ville et
partie en dehors, elle passait au Tchou k'iao actuel ^ ij/fi (nord
Si'hoamen U^P^), puis elle se dirigeait vers Test et empruntait
le lit des anciens fossés. La rue qui commence aujourd'hui en
deçà du pont Nei k'iao ^ ;f^, pour marcher au sud et s'infléchir
vers le Tsiu^pao men (Nan men), était en ce temps-là la route
triomphale, impériale, ou l'avenue menant directement au palais.
L'histoire nous enseigne que jadis ces *'rues impériales*' étaient
bordées d'assez larges douves, aux rives ombragées de beaux
arbres. Aujourd'hui encore, elles cheminent, au moins en théorie,
entre deux fossés.
T^te de t\iile, Qrqement formant rebord aux toits chinois.
CHAPITRE IX.
DjYNASTTE (XIX«^) DES SONG ^.
18 EMPEREURS en 319 ANS (960-1280).
PÉsoNG^b * "SONG DU nord" (960-1127)
9 EMPEREURS AU NORD, EN 167 ANS. COUR AU HO-NAN fîj p|, À
PIEN-LIANG ^ %, (k'aI-PONG FOU M 1^ M) ^T À LO-YANG ^ %.
NANSONG ir 7^ *'SONG DU SUD" (1127-1280)
9 EMPEREURS AU SUD, EN 152 ANS. COUR À LIN-NGAN {£ ^
(hang-tcheou U JHî tché kiang fm lï).
5 I
BRANCHE DU NORD — Pjé-SOJ^G ^ Jjç.
Les circonstances, son mérite et son habileté, avaient trans-
formé le général Tchao Koang^yn ^ ^ M* en fondateur des Song
5jc. Les historiens chinois, et les européens qui les ont copiés^
ne tarissent pas d'éloges sur le prince accompli, VAncêtre admU
rahle, Song t'aUtsou 5|c >(c jjfi (960-977). Il ouvrit pour la Chine
unifiée et pacifiée, une ère de paix, de puissance et de splendeur.
En politique, arts militaires, sciences et littérature, les écrivains
indigènes placent la brillante période au premier rang: les T'ang
et les Song restent les prototypes de la civilisation idéale au cé-
leste Empire.
Nankin ne reçut en partage qu'un reflet pâli de cette gloire
multiple. Nous allons exposer quelles péripéties lui ravirent
encore une fois son titre de capitale, pour en faire une annexe,
une portion intégrante de l'Empire 'des Song.
Voici, d'après le P. de Mailla (VIII, p. 56) le précis des
événements militaires qui amenèrent la chute de Nankin. Le
gouverneur de Li-choei JH -^ (70 kil. au sud-sud-est), nommé
LiHiong ^^, s'y fit tuer avec ses fils, sans pouvoir sauver cette
BOus-préfecture. Le général Ts'ao Pin ^ i^^ au service des Song,
se trouvait campé sur la Ts'in hoai, «attendant le succès de cette
expédition. Une troupe de plus de 100.000 combattants, mal
disciplinés, se rendit sous les murs de Nankin (Kin ling), par eau
et par terre. P'an Mei ^ H, (1) collègue de Ts'ao Pin, les fit
(1) P^an Mei, combattant les Nan Han\ au Koang-tong, aurait eu à lutter contre
des éléphants de guerre, montés chacun par 10 hommes armés. On sait que son maître
Song t*ai't80u dut '^ramener au devoir de robéissanoe" une dizaine de petits souverains en
guerre continuelle les uns contre les autres.
136 CH. IZ. DYNA8TIB (XIX*) DES SONQ, 960-1280.
charger brusquement, les mit en déroute, et prit même un fau-
bourg de Nankin, défendu par Hoang-fou hi hiun ^ "# iHli|i pour
le compte de Li Yu ^ jy^, déçu par les rêveries des bonzes, ho-
chang et tao-se. Ce dernier, 3" prince de Nan T*ang ou de Kiang-
nan se soumit enfin à Ts'ao Pin et lui remit sa capitale (Nankin]
avec sa personne» (974).
Song t'ai'tsou ménagea les vaincus et fit distribuer aux nan-
kinois «100.000 muids de ris,» dit du Halde (I, 431), qui relate
ingénument Thistoriette suivante: L'empereur prévoyant le car-
nage qui suivrait infailliblement la prise de cette place (Nankin),
feignit d'être malade. Les principaux officiers en furent allai'mez,
et environnant le lit du Prince, chacun d'eux lui suggéroit quel-
que remède. «Le remède le plus efficace, répondit l'Empereur,
et dont j'attends la guérison, ne dépend que de vous. Àssurez-moi
par serment que vous ne verserez point le sang des citoyons.»
Tous jurèrent, et l'empereur parut aussitôt guéri.
L'histoire et la littérature chinoises, la «Morale en actions»
ad usum juventutis, fourmillent de ces traits emphatiquement
puérils, invraisemblables et hypocrites^ que la crédulité populaire,
ou mieux nationale, accepte sans ombre de critique. Nous les
qualifions d'hypocrites, parce que, contre toute sincérité, ils exal-
tent des vertus mensongères, au moyen d'exemples controuvés,
d'exploits répréhensibles, et qu'ils transforment en mérites, de
faux aloi l'exagération de principes déclamatoires outrés, poseurs
pharisaîques, tout de surface. Rien de plus propre, en fait, à
pervertir la conscience naturelle, à obscurcir la claire notion du
vrai et du bien dans ces intelligences païennes (1).
A la chute des Nan T*ang, Nankin recouvra son nom de
Cheng-tcheou ^ ^, et leur palais devint le tribunal du préfet,
dont la circonscription administrative ressortissait du circuit du
Kiang-nan oriental, Kiang-nan tong-lou £C ^ ]K Ji^*
Au second mois de 972, un ordre de Song T'ai-tsou signifia
au dernier des Nan T'ang, Li Fu 2$^ «g, qu'il avisât à réduire son
train de vie extérieur et la pompe de ses cortèges. Jusque-là,
toutes les salles officielles de ce monarque (Tien ^, ko ^)
étaient décorées d'ornements en rostre de hibou. L'ambassadeur
de la dynastie des Song venait-il rendre visite à ce '*Roi", l'on
faisait disparaître ces motifs symboliques d'ornementation; quand
il remontait an nord, vers son souverain, on les replaçait. L'em-
pereur des Song somma coup sur coup le Kouo-tchou g ^
(1) L'un des exemples les plus cités (par les eiiropéens)^comine type de piété filiale
est le suivant : le jeune Céleste X est vigoureusement battu par sa mère; il rit de tout son
cœur : sa maman conserve encore la plénitude de ses forces et vivra longtemps. Quelques
mois après, il reçoit d'elle une nouvelle correction ; mais les coups trahissent une main
débile; il pleure alors à chaudes larmes : sa mère vieillit et la décrépitude maternelle
n'est que trop évidente.
J I. WAN&NGAN-CHE, 1021-1086. 137
(intendant du royaume) de venir lui présenter ses hommages à sa
Cour de Si-ngan fou; ce dernier s'y refusa toujours, sous prétexte
de maladie. A la fin de 972, outré, le nouveau suzerain envoya
porter la guerre au pays de Nankin ^ et la fortune favorisa en
mainte rencontre les troupes de l'armée assaillante, commandée
par Ts'ao Pin "Çl^ (du Halde écrit: Hao-pin), Ce général s'empara
au début du printemps (973), tout auprès 'de Nankin, d'un camp
nommé Cheng-tcheou koan-tch'eng ^ j^ H ^- Quelques mois
plus tard, les ennemis achevèrent d'investir la capitale, qui fut
livrée aux Song, Le Kouo-tchou se rendit à Ts'ao Pin; plusieurs
mandarins refusèrent de faire leur soumission et furent condam-
nés à périr.
Au commencement de 974, le général victorieux conduisait à
Si-ngan fou sa capture royale, le Kouo-tchou Li Yu S i ^ S-
A l'aurore du onzième siècle. Nankin vit de son passé; sa
condition de vassal l'exclut des événements généraux de l'empire ;
il se réserve pour un avenir politique plus digne de lui, mais dont
trois siècles le séparent encore.
En 1075, l'on y exile un lettré de renom, le grand ministre
Wang Ngan-che 3E :2f -S (1021-1086), une des illustrations chinoi-
ses et locales, que la littérature indigène et celle des écrivains
d'outre-mer jugent le plus diversement aujourd'hui. Ce novateur,
ce révolutionnaire aux idées avancées, devint le bras droit du
Préfet de Kiang-ning fou; il obtint (1076), sur un rapport adressé
à l'empereur Song Chen tsong ^ TJif ^ (1068-1086), adonné à la
magie taoïste, l'autorisation de faire pratiquer des coupures au lac
Heou hou fg ^, pour distribuer aux riverains le trop-plein de ses
eaux. Huit ans plus tard (1084) il dédia à Bouddha sa maison et
quelques-unes de ses propriétés, pour bâtir une pagode (aujour-
d'hui Pan-chan se ^ |lj ^) à laquelle un rescrit impérial décerna
le titre de Pao-ning se ^^^. Dans sa retraite forcée, il composa
des ouvrages appréciés, notamment un dictionnaire t|^^Zl"f'H
^ ; l'Europe savante ne connaissait guère encore ce laborieux
souci. Nous verrons ultérieurement, à propos de sa tombe pré-
sumée, sur la muraille, au nord et auprès de Tchao-yang men,
que son souvenir vit encore à Nankin (1).
Vers 1023, les Taoïstes, jadis persécutés, lors de la prépon-
(1) Voir sa notice biographique dans les Mémoires concernant les Chinois, Cf. aussi
2 p. du Chinese reader's Manual, no 807, de Mayers. Sié-kong toen |^ ^ J^H ^^
Pan-chan se ■=P JU ^, ancienne habitation de Wang Ngan-clie. 'En 183C, un tartare
Koei Koang ^ l45 y fit bâtir sa maison de campagne, et dès lors les lettrés y fréquentent
beaucoup ; c'est un des 48 paysages de Nankin. La tombe de Wang Ngan-che 3E ^ -iJ
se trouve un peu au nord de Sié-kong ten ; mais on n'y trouve rien qu'un petit bouquet
de sapins. Wang Ngan-che aurait étudié derrière la tour de Ting-Un se S W ^ » à
Ling-kou se Wk ^ ^ (cf. Plan de Nankin), auprès de la vanne de l'angle N.E du mur,
au N. E de la ville impériale. (Ph. XXX).
138 CH. IZ. DTNilSTIB (xif) DBS 80NG, 960-1280.
dérance conquise par le bouddhisme longtemps en faveur, se
seraient extraordinairement multipliés au Ktang-nan. L'empereur
Song Chen tsong les tenait en grande estime.
Ils ne tardèrent pourtant point à y être tracassés. Aujourd'hui,
par suite de Tindifférence doctrinale du pouvoir, éclectique et
sceptique tout à la fois (1), la fureur de l'antagonisme semble
s'être apaisée entre ces deux variantes d'idolâtrie, qui se partagent,
non les cœurs ni les intelligences, mais les offrandes et les innom-
brables pagodes des Chinois. Jalousie humaine et rivalité d'inté-
rêts matériels à part, cet état de trêve sied bien à deux cultes,
où de dégradantes superstitions, n'ayant rien d'incompatible entre
elles, déguisent à peine une équivalente indigence dogmatique et
une commune hypocrisie morale.
Notre carte n** -^vn ^^Kien-U'ang sous les Songf» nous enseigne
dans son commentaire, qu'en 1018, un décret impérial promut le
préfet du Kiang^ning fou (nom de Cheng^tcheou M- )^) i un degré
supérieur, sous le titre de Kien-^k'ang'kiun Tsié-tou-che I^^IBi
® Jît "ÊË (comme aujourd'hui le préteur de toute la province, ou
Siun-fou ^ Hf). La même année, l'empereur accorda le titre nou-
veau de Cheng wang ^ J «roi du royaume de Chengy> le, à d.
Cheng-tcheou), au roi Cheng-icheou kiun wang ^ ^ J5ï- C'était le
6® fils de l'empereur Song Tchen tsong ^J^':^ (998-1023), devenu
plus tard Song Jen tsong $|c t îîî (1023-1064). Monté sur le trône, il
déclara que le royaume de Cheng représentait une dignité trop
auguste pour qu'on pût permettre à de simples Wang J (roi, ou
prince) de gouverner Nankin, sa capitale : des mandarins de la
Cour et des eunuques (ils étaient alors fort puissants) avaient
seuls qualité pour occuper ce poste. En conséquence^ le tribunal
de la sous-préfecture de Chang-yuen hîen J: tc JR ^"* transféré
à Test, hors des murailles de la ville royale, à Tendroit nommé
Se-hoei fou ^^ ^ J^ sous les Nan T'ang ^ Jg:.
Au témoignage du Yuen-fong Kieou^yu tche (2) yt S. iL
(1) Cf. Mayers, chinese government, sur les titres hiérarchiques reconnus aux minis-
tres du bouddhisme et du taoïsme. La Capitale a des pagodes officielles de tous les cultes
rivaux. De nombreux décrets du King-pao, Gazette de Pé-kin, fournissent la preuve que
les deux religions sont officiellement patronnées. Ainsi, en 1885, l'impératrice invitait bon-
zes et iao-se à prier pour obtenir de la pluie. Les lainaa ne sont point exclus. L'on n'igno-
re point qu'en effet l'Empereur qui entretient des pagodes lamaïstes à Pékin, intronise le
Talaï-laina^ le Souverain Pontife du Lamaïsme au Thibet. cf. Waddell, the Buddhism of
Tibet or Lamaism. 1895.— «M. le lieutenant de vaisseau Trêve, pendant l'intérim qu'il
remplit à Pékin en 1862, comme Chargé d'affaires, obtint un décret impérial élevant le
christianisme au-dessus des deux religions secondaires pratiquées en Chine, le bouddhisme
et le taoïsme, et le mettant de pair avec le culte officiel, celui de Confucius.» Revue sci-
entifique, 9 oct-1875, p. 344.
(2) L'ouvrage, composé par Wang Ts^oen i ^î a été édité par Li Té-tch^ou
^ W ffi *** Tsmig Tchao g 'Sfs.- On reproduit un ancien exemplaire, publié par Fong
TsHé-ou ^ ^ ^ ) en 1789, sous Kien-long. —A\ioennA meurt en 1037. Canut le Grand
règne sur les Danois; Guillaume le Conquérant en Angleterre 1066, S*- Etienne en Hongrie.
Henri IV va à Canossa, 1077. Première croisade, 1095.
$ I. HOBI T80N0 (1101-1126) ET LB8 TARTARES. 139
J^ ^, SOUS Song Chen tsong 5|; jjj^ ^ (1068-1086), Nankin abri-
tait 118,587 familles d'indigènes, et 49,865 d'étranger» au pays.
Le chiffre de la population totale devait donc approcher de
900.000 habitants. Cette ville présidait à cinq Hien ou sous-
préfectures (1). Le tribut impérial comprenait 500 pinceaux. Ce
bénin tribut, prélevé sur l'industrie locale et honorable pour elle,
rappelle plus d'une coutume de notre moyen-âge: mainte redevance
seigneuriale, imposée aux mêmes époques, en souvenir de l'an-
cienne rigueur très mitigée, témoignait aussi d'une sujétion moins
vexatoire que plaisante.
Hoei tsong ^ ^ (1101-1126), 8" des Song, s'unit imprudem-
ment aux Tartares Nu-tchen -^ JK, qui détruisirent le royaume
des Liao (Khi-tan) au LiaoAong ^ )|[ (nord du golfe du Pé-tche^li).
Sur ses ruines, ces Tartares orientaux établirent leur nouveau
royaume des Kin ^, occupèrent la Chine septentrionale, et
menacèrent d'absorber les états de Hoei tsong. Connaissait-il la
fable du '*Pot de terre et du pot de fer"? Epouvanté, il monta
au nord pour régler à l'amiable les limites des deux empires.
La paix ou trêve dura peu. A la suite de nouvelles exigences, le
malheureux monarque retourna auprès des Kin, qui le retinrent
prisonnier. Exilé et gardé au Cha-mo j*p\^ (Gobi), il y périt après
avoir abdiqué en faveur de son fils KHn tsong Sk^ (1126-1127),
Les Tartares envahirent bientôt le Chan-si llj H et le Ho-nan
?nf ffe î ®t s'emparèrent de ce 9® et dernier souverain des Song du
nord. Nankin, qui ne partagea point alors la destinée de ces
provinces, allait redevenir Capitale d'empire (2).
(!) Chang-yuen Jl TCî Kiang-ning jx W' Kiu-yvng ^ §t, ii C/ioei f" ^ï
Li-yang ^ m-
Près de la petite porte de l'Arsenal, ouvrant au nord sur le canal, l'inscription d'une
vieille pierre relate que là passait une ancienne route sous les So7ig.
(2) Le Tableau synoptique, mis en tôte du T. V de l'Histoire du P. de Mailla, résume
heureusement oette période: Les Tartares Orientaux Liao ou Khi-tan conquirent tout le
pays des Tou Kiuei ou Turks, et leur chef établit sa cour à Liao-yang ^ fè dans le
LiaO'tong, puis à Yen ^^ ou Pékin. Il prit le titre d'empereur en 916. Ces Khi-tan qui, en
637, «étaient maîtres d'une partie du Chan-si et du Pe-iche-li, et de tout ce qui est au nord
de Yen men», furent battus par Tchao Koang-yn^ le fondateur des Song du nord (9(50).
Quant aux Km ^ » i&riAres. Nu tché ou Nutchen^ dont se réclament les Mandchoux
régnant aujourd'hui en Chine, ils occupaient le nord de la Corée et payaient tribut aux
Liao. En 1114, ^ Kouia ou O Ko ta^ leur chef, voulut secouer leur joug et les battit. Il
fit alliiwico en 1118 avec les Song (du nord) contre les imo, leurs ennemis communs. «Les
Chinois voulaient rentrer eu possession du pays de Yen^ que le fondateur des Heou Tsin
avait cédé aux Khi-tan. En 1123, ce roi des Liao fut obligé d'accepter une retraite que
Li Kien-choeny roi de Hia^ lui offrit.» A leur tour les Yeri^^ ou Mongols, supprimeront
les Kin^ et en 1279 ils seront maîtres de toute la Chine. Nous rappelons ces généralités
pour rendre intelligibles les révolutions dynastiques qui bouleversèrent le Nankin de ces
époques.
140 CH. IX. DYN. (XW) DBS SONO, 960-1280.
sn.
s ON G DU SUD.
9 EMPEREURS EN 152 ANS (1127-1280) — CAPITALE QUELQUE TEMPS
À Kien-k'ang J$ jH (nanein), puis k Yang-tcheou ig^ jH|,
FINALEMENT À Hanç'tcheou ;gL Wî ^^ Tché^kiang jjf f£.
Deux ans après Tabdication de Hoei tsong ^ ^, 8* des Song
(1101-1126). en faveur de son fils K'm tsong ^ ^ (1126-1127), ce
dernier, vaincu par les Tartares, fut capturé avec son père et
la famille impériale ; ils furent emmenés au nord (1). Son frère
Kao tsong jSi ^ (K^ang wangf ^ ï) (1127-1163) 9* fils de Hoei tsong
(10" des Song, l**" des Nan-Song), inaugurant dès lors la dynastie
des Song du sud (1127-1280), se fixa à Kien-k'ang fou Jt JH jg^,
où il habita d*abord le Chen^siao kong fl|iff ^) P^^^ ^^ Hing kong
^ ^, résidence de passage, spécialement aménagée à cet effet.
On avait en outre (1127) refait à Nankin, redevenu capitale tran-
sitoire, les fossés, les remparts, les tribunaux, pour recevoir la
Cour. Mais Song Kao tsong, sur la nouvelle que T armée tartare
menaçait Kien^k'ang d'assez près, ne s'y jugea point en sûreté.
Il lui préféra Yang-tcheou jj^ j^ d'abord, puis Hang-tcheou ]^ ^
(8® lune, 1120) c. à d. Lm-ngian (Jg ^, capitale du Tché^kiang,
encore moins exposé aux attaques des «barbares,» les Kin ^,
ou Tartares du nord.
Ses armées éprouvèrent de cruels échecs sur les rives du
yang-fse. Battu, le général Han Che-tchong "^^^ s'était aussi
replié sur Nankin. A la 11" lune de 1129, il livrait la place à
Hi'tsong, roi de ces Tartares (2).
La lutte fut des plus vives autour de notre Kien-ft'ang, et la
résistance honorable. Nombre de mandarins furent tués à l'en-
nemi. L'on signale, parmi ceux qui succombèrent, Yang Pang-i
M fl^ M (1075-1129), «qu'on fit prisonnier et qu'on pressa fort
de prendre parti dans les troupes tartares : non seulement il refusa
les offres les plus avantageuses qu'on lui fit: mais il tenta de se
suicider et écrivit de son sang sur sa robe, qu'il aimait mieux
mourir et aller se réunir aux mânes de la famille des Song, que
de vivre et de servir des Barbares. Cette fermeté lui coûta la vie,
car il fut tué à l'instant même,» du Halde, I, 431.
On lui arracha le cœur, qu'on mit en morceaux. Sa tombe
se voit au sud-ouest de Yu-hoa Vai, parmi les paillotes qui
l'entourent: simple fer à cheval en terre, avec une pierre tumu-
(1) Ici, comme ailleurs, nous ne reculons point devant plusieurs redites, au bénéfice
de la clarté.
(2) D'autres disent que ce fut le G^ chinois Tou Tcheng qui remit la ville laux,' Tar-
tares. V. de Mailla VIII, 486-488.
s II. CARTE xlïï- **1
laire trop mesquine. En outre, une haute borne, portant de
grands caractères, a été dressée au bord de la route descendant
de la colline : elle perpétue l'héroïsme du fidèle général, là
même où les Tartares lui auraient ouvert le cœur.
Les vaincus furent traqués sans ménagement et les morts
mutilés par ces barbares. Les survivants furent contraints pro-
bablement, comme tous ceux qui obéissaient aux Kin ^, de se
raser aussi le pourtour de la tète et de se vêtir à la tartare (1).
Nankin n'avait point su utiliser les grands travaux exécutés
sur la TsHn hoai pour couvrir la capitale. De là, Ou Tchou TCtJï;, le
général vainqueur, marcha sur Koang-té tcheou ^ f§ jH«|, au sud-est.
Che^t'eou tcli'eng n'est plus guère mentionnée; elle tombe en
oubli. Ses abords s'envasaient au sud-ouest; le Fleuve Bleu la
délaissait ; la forteresse démodée s'était elle-même comme soudée
à la ville, partageant ses vicissitudes, mais ne jouant plus qu'un
rôle effacé. La TsHn Hoai et le Yang-tse avaient considérablement
agrandi, par leurs communes alluvions, les atterrissements qui
s'étalent au couchant.
La 3® année Chao-hing |g ^ (1133), relate le commentaire
de la Carte ^i, aKien-k'ang fou sous les Song^^^ l'empereur Song
Kao-tsou vint en personne à Nankin et s'y fixa. Aussi, l'année sui-
vante, par ordre impérial, le tribunal du préfet fut transporté à
l'est, à Tendroit nommé aujourd'hui Kieou-nei ^ p^, auprès du
Nei kHao ^ 1^. L'ancien tribunal fut transformé en pied-à-terre
pour l'Empereur en voyage; on assigna de nombreux mandarins
à la garde de l'édifice. Cet hôtel de passage avait servi de palais
sous la dynastie des Nan-T'ang ^ ^.
Le pont Nei k'iao s'appelait alors T'ien-tsin k'iao 9^ •^; le
cours d'eau qu'il franchit se détache de la TsHng-kH; passant
sous le pont Tong-hong kHao (aujourd'hui Cheng-p'ing kHao ^ ^
;fg), il traverse le palais impérial, se divise en trois branches (est,
ouest, nord), glisse sous le Si-hong k'iao U !fcC>f^ (aujourd'hui Ta-
tchong kHao ;/c 4* M) ®* rejoint enfin la TsHng-kH^^, Alors,
les deux sous-préfectures du Chang-yuen et du Kiang-ning furent
réunies en une seule, appelée Tch^é hien "^ JH (2).
La récente édition des Chroniques de Nankin semble avoir
inséré une phrase tout spécialement à l'adresse des chercheurs
que séduiraient de pareilles identifications; «De toutes les ques-
tions géographiques, dit-elle, aucune n'est plus ardue que l'exacte
(1) Cf. de Mailla, VIII, 486 et 488. Lieou Kia (N. C. D. N. 19 nov. 1897) s'était pendu
solennellement après un festin pour ne point servir les Tartares Nû-cheng et rester fidèle
aux Song (1128).
Ailleurs nous avons nommé le G^ Wang Té ^ ^ (1086—1154) dont la stèle funé-
raire se dresse depuis 1154 auprès de la pagode Hia-miao r JW à trois kilomètres est de
Koan-yn men. Il se distingua par sa résistance aux Tartares.
(2) Les autres étaient Li-choei, Li-yang.
142 CH. IX. DYNASTIE (zIT) DBS 80NG, 960-1280.
répartition des anciennes préfectures et sous-préfectures dans
cette partie orientale du fleuve» (1).
Notre commentaire de la Carte ^ rappelle que la ville Houo-
long-ho tch'eng fH ^ ^ ^ fut fondée sous Tépoque C/ioen-i
m H (919-927) du royaume insurrectionnel des Ou (901-937). Elle
commençait à la place Tsuen^hien fang ^ f| J^ (aujourd'hui LUjen
hiai M tu ^)î s'étendait jusqu*à la porte de Test, et, du pont
Tchen-hoai k'iao H îH Hg, elle atteignait la porte du sud, Nan
men ou Tshi^pao men actuel. Du pont Ou-wei k'iao jJÇ ^ ;f||,
elle arrivait à la porte de l'ouest, Han^si men. De môme, de
la place Ts^ing^hoa fang fff it j^^ ^ ^^ porte du nord (sise au
sud de Pé-men k'iao :ft p^ |jg) ; — du pont Teou-men k'iao {^ P^ |j|
à la porte du Choei^si men.
Les annales mentionnent un large canal ouvert alors au S.O.
du Fé-c/ian, pour drainer les eaux qui y croupissaient. C'est
probablement celui qui l'avoisine encore, sinon l'un de ceux qui
aboutissaient aux arrotjos irriguant alors la plaine, sillonnée de
digues, dont le fort de Kiang^-tong men est le centre.
En 1138, on avait enterré au T'ié^ta se m ^ ^, sur cette
butte Yé tch'eng j^g ^ (emplacement d'une fonderie avant notre
ère), un prince héritier 7cS6 ic*?» niort à Nankin. Alors aussi l'on
répara les levées de la rive droite du Kiang, au nord de la ville.
Kien-k'ang fou (Nankin), ainsi nommé depuis 1129 au lieu
de Kiang^ning fou, resta environ un an sous la domination étran-
gère des Kin (tartares Nu tchen). Ils furent alors battus et
refoulés temporairement au nord par Han Che-tchong || jË J^ et
Yo Fei -^ ^, deux généraux de bravoure légendaire. Leur ré-
sistance aux troupes de ces barbares leur vaut une très légitime
popularité. Le premier refît, dit-on, tout le nord de Nankin
(murs, digues et canaux), c. à d. la partie centrale actuelle, et,
en 1138, Yo Fei ramena l'Empereur dans sa capitale. Ce
dernier, Song Kao tsong (1127-1163), dominé par un ministre intri-
gant, ne sut point s'y maintenir et traita honteusement avec
l'ennemi. Faible, épris de littérature et féru de bouddhisme, il
abdiquera plus tard en faveur de son fils adoptif, Hiao tsong (1163).
Han Che-tchong $| "Ig: JE' général chinois, et Ou Tchou % ^fÈ
son rival tartare, s'étaient, vers 1130, livré de furieux combats
sur le Yang-'tse et ses rives, entre Tchen^kiang et Nankin, leur
commun objectif. Leurs flotilles de jonques de guerre appuyaient
les opérations des troupes de terre. Ils se trouvaient un jour
entre les deux villes, à Hoang-t'ien t'ang ^ 5c W^ ^^ ^^^^ du
Fleuve Bleu, presque à la hauteur du pic de Si-hia chan ^j^^lll,
et Ou Tchou, pressé par son ennemi, ne savait quel parti prendre.
«On lui dit alors qu'il y avait près de là un canal qui conduisait
à la T'sin Hoai, rivière passant près de Kien-k'ang (Nankin);
s II. Yo PEi (1102-1141). 143
que ce canal, à la vérité, s*était rempli par la négligence des
gens du pays, mais qu'il ne serait pas impossible de le nettoyer.»
Il y fit travailler si diligemment «qu'il vint à bout^ dans une
nuit, de le rendre navigable l'espace de 30 H (cinq lieues»). Il s'y
engagea en marche sur Nankin, mais Yo Fei l'attaquant à Timpro-
viste, «à Sin-fc/iin^» ^^ (1), avec 300 chevaux et 3.000 fantas-
sins, le mit en pleine déroute (2). Quelques jours plus tard, Ou
Tchou sacrifiait, selon le rite tartare, un cheval blanc pour fixer
la fortune sous ses étendards.
Avant de se retirer vers le nord, l'ennemi avait incendié
le palais de Nankin. L'on note que depuis lors il n'osa franchir
le Yang^tse kiang.
Comme Yo Fei appartient en quelque sorte à l'histoire nan-
kinoise par ses exploits guerriers, nous ouvrons une parenthèse
pour insérer un précis de sa vie.
Il commanda un corps de troupes à la bataille de T'ai-pHng
fou, en 1129. Ralliant les fuyards, il harcela les Tartares, qui
s'étaient rendus maîtres de Kien-k'ang et se dirigeaient sur Koang-
té tcheou ^ fg ji\.
Yo Fei avait succédé au général Tsong Tché ^ ^ sous les
ordres duquel il combattit d'abord. Détaché avec le général
Tchang Siun ^ ^ au Tché-kiang }^ ^, il y comprima une révolte
qui de là avait gagné trois provinces ; alors on lui éleva une statue.
Il reprit la ville de Siang-yang ^ ^, qui s'était déclarée
pour Lieou ^u glj ^, empereur du parti des Tartares. Il rem-
porta contre eux, de concert avec le général Han Che-tchong, une
série de brillantes et décisives victoires.
Aussi protesta-t-il contre les intrigues du ministre TsHn Koei
^1^, qui, au nom de l'Empereur Song Kao tsong, avait conclu
un traité déshonorant avec les Kin (Nu^tchen) ancêtres des Mand-
choux d'aujourd'hui. Alors se place sa mémorable campagne du
Ho-nan : Ou Tchou est coup sur coup défait par lui-même et par
son fils Yo Yun -^ ^.
Tout le Ho-pé\vi:!it (ï^oi'd du Fleuve) secoue le joug tartare. Mais
la désastreuse politique de Ts'in Koei qui exile Yo Fei, ou le
met à l'écart, aide les Kin à recouvrer le Ho-nan. Ce ministre,
(1) Aujourd'hui Ngan-tong hie a 3? ^ Jw à.u Hoai-7igan fou fH "S /jg^-
(2) De Mailla, VII, 495. Au delà de Si-hia chaUj dans la direction approximative
de Hoa chan, un grand étang est désigné comme le théâtre de ces événements. Page 166
du Boyatnne de Ou (Var. sin. n° 10) je lis qu'à la jonction des trois sous-préfectures de
Kiang-yn, Yang-hou et Ow-si, s'étendait jadis un grand lac, de 60 li (40 kil.) de circonfé-
rence. Il se nommait Ou-si hou, lac de Gu-si, ou Fou-yoïig hou, et fut desséché en 1432
par le gouverneur de Sou-tcheou. Noter aussi que le Mesny'B Chinese Miscellany (I vol.
p. 313) mentionne parmi les Ou-hou, "les 5 lacs" des Chinois, le Tan-yang hou, ou Lien-
t'ang, "série d'étangs" dans le Tchen-kiang fou. Le lac, de plus de 300 li de tour (190 kil.)
se serait étendu dans les sous-préfectures de "ChH-ching hien, T^ai-pHng hien et Tung-tu
hien"\ mais Mesny, "qui fut deux fois à Tan-yang^* ne réussit point à le découvrir.
144 GH. IX. DYNASTIE (XIX*) DBS SONG, 960-1280.
jaloux de Tintrépide général, persuade à Song Kao tsong de traiter
avec eux. Ils accordent la paix, à condition qu'on se défera de
Yo Fei. Il est exécuté en prison ; son fils Yo Yun est exécuté
publiquement, avec Tchang Hien ^ ^, leur prétendu complice.
Ts'in Koei poursuit sa victime, même après son trépas: la
ville de Yo^tcheou -j^ jHI; ainsi nommée en son honneur, change
de nom par ordre impérial. Malgré les haineux calculs du
ministre qui veut flétrir sa gloire posthume au tribunal de l'his-
toire officielle, la Chine porta aux nues l'invincible Yo Fei; elle
en fit le type du dévouement et l'égala presque à Koan ti (Koan
Yun-tchang) le dieu de la Guerre.
Le tombeau de Yo Fei constitue une des curiosités des envi-
rons de Hang-tcheou Ij^ ji\; les Chinois de toute classe afiluent
encore dans le temple qui lui est dédié. Les récits populaires
redisent qu'il ne figurait originairement que sous l'image symbo-
lique d'un oiseau fabuleux sculpté au-dessus d'un poussah dans
une pagode du Ho^nan. Le volatile s'y querella avec une chauve-
souris de bois, entaillée auprès de lui, peut-être dans la même
planche. Le dieu, abasourdi du tapage de leur mesquine dis-
pute, de cette «prise de bec» quasi olympique, les envoya en ce
bas monde achever de vider leurs différends.
Laissons la légende. Auprès du tumulus de Yo Fei, on a
érigé la statue en bronze de son ennemi Ts'in Koei. Souvent les
visiteurs la frappent, indignés de la jalousie qui porta ce perfide
ministre à se défaire d'un patriote, d'un éminent général, tel que
Yo Fei (1).
En 1136, le générai en chef, Tchang Siun ^ ^ envoya à
l'Empereur Song Kao tsong 5|c î^ ^i réfugié à Hang-tcheou, une
pétition fort pressante de tous les mandarins de Kien-k'ang l'ad-
jurant de venir au secours de sa deuxième capitale en détresse.
Il y revint à la 3® lune de 1137: la bourrasque était passée.
On rebâtit sans retard (4® 1.) le T'ai-miao >k JS ^^ temple
ancestral des empereurs; les fossés de la ville furent recreusés,
les murailles réparées. La ville forte de Siun-hoa-tou tch'eng ^
i^ Wt ^ date aussi de cette année.
Pourtant, l'an 1138, l'empereur regagnait sa capitale de
Hang-tcheou.
En 1141, l'armée des Kin ^ (Tartares) inquiéta Nankin.
«L'Empereur fit la paix (1144) à des conditions bien peu honora-
bles à la majesté chinoise. En signant le traité, il ne fit pas dif-
ficulté de prendre le nom de Tchin (g) c à d. sujet, et celui de
Cong (^) qui signifie tributaire. Le Tartare, en considération
de ces termes si soumis, s'engagea à envoyer les corps des huit
parens de l'Empereur, qui étaient morts depuis huit ans. Lors-
(1) Cf. N. C. Daily-News, 19 nov. 1897, d'après un document lu à Nankin par le D'
Macklin.
$ II. SONG HIAO TSONG, H63-H90. 145
. que ces corps morts arrivèrent à la ville Impériale, il y eut
partout de grandes démonstratipns de joye, les portes des prisons
furent ouvertes, et on accorda une amnistie générale dans tout
l'Empire. »
«L'année trente-cinquième de ce règne (Song Kao isong, 1161),
le Roy Tartare rompit la paix qu'il avait faite avec les Chinois, et
à la tête d'une armée des plus formidables, il entra dans les
Provinces méridionales, et prit la ville de Yang^tcheou. S'appro-
chant ensuite du fleuve Yang-tse-kiangj qui n'est pas éloigné de
cette ville, il ordonna à ses troupes de passer ce Fleuve vers son
embouchure et dans l'endroit où il est le plus large et le plus
rapide. Il s'éleva un grand murmure dans toute l'armée, et dans
ce premier mouvement de sédition, le Roy tartare fut tué. L'ar-
mée se retira aussitôt du côté du Septentrion» (1). Les Tartares
ne laissèrent que peu de répit à Nankin, car ils se représentèrent
devant cette ville au printemps de 1161 et l'empereur y arriva
l'hiver suivant pour défendre contre eux le vieux Kien-k'ang,
Au début de 1162, il l'abandonnait encore pour la ville de
• Lin-ngan gg $ (Hang-tcheou) au Tché^kiang.
Avec l'autorisation de l'empereur Song Hiao tsong (1163-
1190 (2)) Che Tcheng-tche ^ jE J§, préfet de Kien~k*ang, cons-
truisit en 1166 lés salles du Kong-yuen ;p^ j^, ou local des
Examens littéraires, à l'endroit occupé jadis par l'hôtel familial de
Ts'ai K'oan-fou ^ % ^. En 1192, ce Xongf-yuen.fut réparé et
agrandi par le préfet de Kien-k'ang, Vu Toan-li ^ ^ JÈ i^)'
Les deux ponts nommés Tchen^hoai k'iao j|{ fH ;fig (en ville,
à quelques pas du Nan men ^ P^) et Yn-hong k'iao ^ iSL J^
(à un demi li au N.O.) furent réparés et finalement reconstruits
en 1205. Sept ans plus tard on éleva la «salle de la fidélité et de
la piété» le Tchong-hiao Vang J§ ^ ^-i à côté du tombeau de
Pien K'oen -|ç ^ (sur la butte nommée encore aujourd'hui
T'chao-t'ien kong).
§ m.
ARCHÉOLOGIE de NANKIN sous les SONG.
Hang Che-tchong, avons-nous dit, éleva de grandes digues
(1) Du Halde, I. 431.
(2) Fils adoptif de Song Kao tsong^ en faveur duquel cet odieux monarque (qui
mourut 25 ans après, sans postérité, âgé de 84 ans) avait abdiqué (du Halde).
(3) Le bouddhisme prit un nouvel essor, grâce aux eunuques et concubines, et
malgré (?) Tchou Hi (1130-1200) qui naquit sous Song Hiao tso7ig, 11^ des Song, second'des
Nan- Song, et mourut sous Sœig Ning tsong, 13* des Song. Après sa mort ce célèbre
commentateur fut honoré du titre de Wen kong, prince des lettres. Sa tablette fut placée
dans le temple de Confucius. Cf. Var. sin. Tchou Hi par le P; St. Le Gall S. .T.
10
141 CH. IX. DTMAsni (xir) DM soMt 960-1280.
au nord de la ville, sans doute veni HUi^koan, et mieux en bor-
dure du lac Heou hou, qui baigoe et protège la ville au nord.
Il n'eet pas impossible que le majestueux rempart qui relie le
Pé'ki ko à Fou'tcheou c/ian et barre la vue de côté, date partiel-
letnent de cette époque. L'aspect et la structure grandiose de
l'ouvrage, comparable aux murailles du Nan men, remontant à
une date voisine, autorisent pleinement cette hypothèse. Bur la
Carte ^„ l'enceinte de la ville se maintient, de l'est à Touest,
à la hauteur de Pé^men kHao, assee loin de là. Rien n'empôche
d'admettre la coexistence temporaire de deux lignes parallèles de
murailles, au nord, en ce temps-là, bien qu'aucune carte, à ma
oonniaiissance, ne figure ce double tracé (Ph. XXXI).
Si Ton en croit le Pë-/ita-souo-yen composé en 1845 par l'érudit
et superstitieux KanHi "ftJfR^ ^^ publié en 1890, la discussion de ce
problème topographique se compliquerait plus qu'il ne semble au pre-
mier abord, et le vieux mur remonterait au 4^ siècle. J'entends
surtout l'épi qui se prolonge isolément en quart de cercle autour de
Ki'tning se. Voici le résumé de l'argumentation de notre auteur.
A l'est de la portion qui nous reste de la muraille nommée T'aU
tch'eng, subsiste une porte bouchée qu'on appelle usuellement T*ai-
tch^eng men. Quelques-uns affirment qu'elle marque l'emplacement
de l'ancienne porte Pë-t men et est un reste de la porte Koang^
mou men. Mais la ville de T'ai^tch'eng n'était autre que celle de
Yuen^tch'eng, au temps du royaume de Ou (1). L'Empereur Tsin
Tch'eng H (326-343) transforma cette dernière en son propre
palais, vers 330. L'enceinte avait 8 H (5 kil.) ; la capitale des
Six Dynasties, sise au nord, fut une ville toute différente. Sous
les Sang (420-479), on ouvrit à l'E. et à l'O. de T'aUtch'eng les
deux portes Wan-tc/i'oen «10.000 printemps» et r«'ien-te'ieou
«1.000 automnes»! Mais comme la porte Koang^mou men, l'une
des douze, sous les Six Dynasties, devait être au nord de la capi-
tale, elle ne pouvait appartenir à T'aUtch'eng» Aussi, j'estime
que la porte T'aUtch'eng men est un reste de la porte orientale
Wan-tch'oen men. Car au début de la dynastie Ming, on utilisa
ces antiques remparts de T'aUtch'eng pour agrandir la nouvelle
capitale. Je ne saurais donc voir l'ancienne Koang-mou men
dans la T^ai-tch'eng men en question ; au surplus j'abandonne la
solution du problème aux archéologues. Tels sont les arguments
du Pé-Ziia-souo-yen (2).
(1) Ce fut en 320 de notre ère, qu'on creusa ou modifia le lac Pé hou (lao du nord)
ou Heou hou actuel. On le borda d'une longue digue.
(2) Cf. supra ^aMim. La petite porte condamnée, qui se remarque à l'intersection
des deux murailles, fut pratiquée dans le nouveau mur que Hong-ou (1368-1399) mena
plus tiffd vers Cheng-U^é men. Elle se nomme Heou-hou siao-menj "petite porte du lac
Heou-hou" B. T. Williams (lecture citée) parle d'une autre porte fermée au nord, in-
connue sur les cartes. S'agit-il simplement de la poterne de la barbaoane protégeant
Té-8€nimen?
I m. ARCHÉÔLOOIBI DE NAN-KÏ>Ï 90UB LES SONÔ. 14*7
Pour en finir avec ces discussions d'at*chéologie tôpogfaphi-
que, rappelons les quelques points suivants.
Pé-men kHao s'appela YueU'-ou kHaOj «le pont du lac YUên^
ow,» vocable qui pourrait indiquer que ce lac, confiné maintenant
hors ville, au nord du Pé-ki ko et de Fou-'tcheou chan, s'extra-
vasait jadis, au couchant, jusque dans ces parages de Pé-men
fe'iao, par les terrains bas ou rizières entourant le Koan-h* miâo.
Le mur massif et rectiligne, de Ki-ming se à Fou-tcheou
chan, remplit la destination évidente d'un barrage défensif, mené
par le travers de cette trouée. La déclivité du Sol corrobore
aussi notre hypothèse : l'établissement de T'aUtch'eng et, plus
tard, de la capitale des Six dynasties, rendit de bonne heure
nécessaire la construction d'une digue en ce point, pour refouler
et contenir les eaux, s'épandant naturellement au midi, lors des
crues périodiques du lac. La vanne de décharge de Koan^ti
miao ne fut probablement que refaite par Hong^ou^ qui répara
aussi la muraille et le remblai plus à Test. (Les briques du mur,
aux dires de leurs inscriptions, datent de ce temps.)
Si l'on consulte les données hypsométriques du terrain, il
appert que le lac marécageux occupa originairement une aire
immense (aux contours changeants), au milieu de laquelle la
colline de FouAcheou chan surgissait comme un îlot rocheux. La
moitié méridionale du vaste étangs asséchée suffisamment, fut
définitivement gagnée au profit de la capitale de Hong^ou (1368) (1).
Les rivages sud du lac ancien peuvent se figurer par une
ligne sinueuse, coupant Pé-men k'iao, le ya-men du vice-roi et
le midi de la ville impériale. Le Siao^yn (champ de mars)
et ses environs furent ainsi conquis sur la plaine inondée.
Conséquence aussi probable : le lac Yen-tsio hou communi-
quait avec le lac Heou hou (Yuen-ou), soit librement, soit par
des saignées plus ou moins considérables^ selon la saison des
hautes eaux ou de la morte-eau (2). Les fossés de la ville des
Song, ceux de la ville impériale des Ming et ceux de l'ancien
mur au nord de la ville Tartare des TsHng^ sont, avec les ruis-
seaux et marécages actuels, les restes évidents de ce lac desséché.
En outre, un éperon, constitué par le promontoire de Long-
koang chan, terminait les contreforts sud-ouest du Long-po-tse,
Tombelaine, Mont S. Michel (Tse-kin chan), et entrait dans le
plan d'eau mentionné, jusqu'auprès de Hiang-ling se dont le ter-
ritoire était alors submergé. Enfin le lac Yuen-ou, ou mieux sa
portion nord^ se déversait par un autre trop-plein, existant à la
(1) D'après le Pé-hia-souo-yen, dans cette plaine, au sud du Koan-ti miao^ on avait
réservé le Kiao-t^an, ou tertre impérial pour les Sacrifices au Ciel.
(2) Le lac Yen-tsio hou est indiqué sur les cartes 4 à 11 exclusivement, du Kin-Ung
kou-kin t^ou-k^ao S K "Éf ^ H ^ î celui de Yuen-ou sur toutes les cartes sauf la
première.
148 CH. IX. DTNA8TIB (XIX*) DBS SONO, 960-1280.
hauteur de T*ai-p'ing men (à Touest de la porte). Peut-être
même sa portion est, connue sous le nom de Tchong hou (1) et
changée en rizières, se déversait-elle aussi au sud par le même
trop plein, avant l'établissement de cette porte, de la haute digue
qu'elle surmonte et de la chaussée qui y aboutit hors ville (2).
Ces remaniements de l'orographie naturelle, ces incessantes
retouches des conditions hydrographiques de la plaine septentrio-
nale de Nankin, ne furent point Tœuvre d'un jour. Nous allons
constater qu'en 1196 on exécuta divers travaux dans ces parages.
Sous les Yuen (mongols) encore, on recreusa plusieurs fois la
Ts'ing k% laquelle formait en partie le fossé de défense orientale.
Pour préciser davantage, la porte nord, à la hauteur du Kan-/io
yen (3), était au Pé^men kHao actuel, «le pont de la porte du
nord.» De là les murs suivaient la rive sud de ce canal, longeaient
Ou-rat chan, compris dans la ville, englobaient (non loin du
Yen Lou'kong se |g § ^ f^) (2) Tchou-ko Liang se ^ ig ^g fg,
pagode sur la hauteur voisine, avec la poudrière du Han-si men,
où ils revenaient vers le sud-est. Ensuite, ils cheminaient au
midi du Fong-pei ts^ang S flf ^ ^^ ^^ Hou-pen ts'ang ^ ^ j^,
pour gagner les pentes ouest du Yé-tch^eng }j§ j|| et de là le
Choei-si men pJCH R. De cette porte au Tong^tsi men, par le Nan
men, l'enceinte en U d'aujourd'hui semble être celle des Song (3).
(1) Tchong hou, c. à d. "lac du milieu". Le Heou hou nommé parfois Pé-hou, "lac
du nord" le flanquait au nord-ouest et le Yen-tsio hou ^ "S SB à l'est, près de la vanne
actuelle de la pagode Pan-chan ae ^ ]±i ^*
(2) J'ose contredire en cela les indications de certains plans, mais on sait quel sévère
contrôle elles réclament. Le déversoir marqué à l'est de T^ai-pHng men n'a guère pu se
réduire qu'à quelques infiltrations ; nature, configuration et aspect du sol primitif et
rocailleux, y excluent tout travail de remblai.
Tous ces terrains marécageux sont actuellement possédés par de grands et riches
mandarins (1897).
(3) Il est traversé auprès et au N. E. de l'Université protestante par un petit pont
nommé "Lovxy-t^ouo kHao fn 5E ^RV) pont du chameau."
(4) Le Yen Lou-kong se |^ ^ ^M est une modeste pagode, riche en stèles, dé-
diée, auprès et à l'est du Siao-si-hou, au célèbre calligraphe Yen Lou kong, qui, sous les
T^ang vécut à Nankin et y laissa quelques inscriptions fort prisées. Fong-pei ts^ang borde
la rue allant de la mission catholique au Han-ai men. Le Hou-pen ts^ang est le dépôt de
riz public, bâti à quelques pas de ce poste, sur la hauteur qui, au nord de cette voie, do-
mine un étAng.—"Kieou-Wang fou B 3E /iï^^ ancienne résidence des Princes sous les
Song, non loin du Nei k%ao R flS ©t du Kieou-nei S R • Vieilles arcades décrites ail-
leurs (cf. B<* Williams). Hong-ou y logea quand il vint à Nankin au début de ses succès.
Les grandes pagodes étaient Pao-ngen se (tour de porcelaine), Tien-kiai se, Ling-kou se
(depuis Kou-ling-ngan).
(5) J'entendais affirmer naguère que Taiu-pao men (le Nan-men), s'appela d'abord
Tchou-pao men, «la porte de la palissade en bambous.» Une ressemblance dans les sons
des deux vocables aurait suggéré la présente allitération, aussi euphonique et de meilleur
augure.
f III. TRAVAUX PUBLICS, ÉPHÊMÉRIDES. 149
Du Tong-tsi men, les murs gardaient sans doute à peu près la
même direction que ceux qui formèrent plus tard, le long du
canal encore existant (TsHng kH ^ |^), la limite occidentale de
la ville tartare, après la chute des Ming. Nous verrons ces der-
niers ajouter cinq kilomètres de murailles, vers Hong-ou men,
Tcheng^yang men et T'ai-p'ing men, à la ville des Song, cons-
truite à cheval sur la TsHn hoai, au nord de Tsiu-pao men. A
dater de cette époque, du 12^ au 13® siècle, le cours supérieur
de cette rivière cesse, semble-t-il, d'être la voie stratégique
pour les jonques militaires, entre Nankin, T'ai-p'ing fou et Ning^
kouo fou.
La réfection des murs à cette époque est attribuée au roi de
OUj Yang P^ou ij^^^ qui engloba dans l'enceinte le bras sud de la
Hoai. La ville mesurait alors 15 kil. de tour, et ses murailles,
larges de 8 à 15 mètres au sommet, de 15 ou 20 à la base,
atteignaient çà et là 10 mètres de hauteur. Elles étaient percées
de huit portes; des fossés profonds de 5 m. sur 100 de largeur,
suivaient les murs à l'extérieur; ils avaient été creusés de 1260
à 1265, sous Li Tsong, 5® des Nan Song, 14** des Song. La Ts'in
Hoai, qui se divise en deux branches au Tong~tsi men, eut son
bras nord compris dans l'enceinte, qui plus belle qu'ailleurs au
sud et sur les deux flancs voisins, semble dater de cette période.
Qu'on nous permette d'aligner ici quelques 'éphémérides,
simplement selon leur ordre successif, la topographie historique
de Nankin n'offrant plus guère de particularités notables, avant
l'avènement des Ming.
Une grande bataille navale se livre 1161, à Ta^cheng koan ^
Jlf ^ (1), c. à d. au canal qui relie au Yang-tse l'angle sud-ouest
de la ville actuelle. Nankin délivré de ce nouveau péril, on
entreprit l'année suivante la restauration générale de l'enceinte.
— 1191 ; les soldats, jusqu'alors disséminés parmi le peuple, sont
réunis en des casernements.
— 1196; réparations aux ouvrages défensifs de Pé^men kHao,
ancienne porte du nord, et siège aujourd'hui d'une populeuse
agglomération.
— 1206 ; rédaction nouvelle des Tche ou Chroniques de Nankin.
— 1207 ; on compte 47 camps aux environs.
— 1209; conclusion de la paix avec les Tartares (Kin); la guerre
se cantonne au nord.
Vers 1214, les Kin (Tartares Nutchen) imaginèrent le nom
même de Nankin "Cour du sud", mais ils l'appliquèrent à une
autre ville.
(1) Il y a un Che-tch^eng koan >p J^aSy à un M au nord du Han-si men, sous les
murs (est ?) du petit camp appelé vulgairement Tché-lan men, îf|j î|| barrière de bois.
P. Colombel. Une carte du môme Père donne un Tsa-la men auprès du Siao-tong men
(auprès et à Test de I-fong men.)
150 CH. IX. DTN. (XIX«) DB8 SONG, 960-1280.
1215. Diengiskhan (1206-1228) occupe la capitale des Kin;
son petit-fils Kou-hi-lai khan (1260-1295) transporte en 1264 la
résidence des souverains mongols (commandant à un peuple fort
divers des Mandchous) de Kara Koroum à Yen^king (Pékin).
1217. Des nuées de sauterelles dévorent les moissons dans la
région nankinoise; on creuse ou Ton cure un canal à Test de la
ville, pour fournir du travail et du riz aux indigents: les mandarins
de nos jours sont moins avisés,
1227. Construction de nombreux baraquements pour les
soldats (1).
1260. La ville s'entoure, ainsi qu'il a été dit, de fossés me-
surant 15 kilom. ^/2 de développement. Le mur occidental était
peut-être un peu moins à l'ouest qu'aujourd'hui, au sud de T&Hng^
liang chan, laissé en dehors, si j'en crois d'anciens plans. On
construisit alors le Kong'^yuen, au sud de la Ts'ing^hH, (Tel est
le nom des locaux d'examens pour la Licence, dans les capitales
des provinces).
De 1264 à 1267, Kou-bUlai khan bâtit près de Yen^king
M M (Pékin) une nouvelle ville, appelée, depuis 1271, Ta-tou ^ ^
^ ^grande capitale", par les Chinois, et Khambaligh par les Mon-
gols (2). «C'est cette ville, dit du Halde, que Marc-Paul Vénitien
appelle CambalUj an lieu de Ham^palu; car chez les Tartares Ham
signifie Roy, et Palu signifie Cour, ou Siège d'Empereur» (3).
L'on découvre sans peine la parenté de ces deux vocables
Ta-tou et Kambaligh avec ceux de Nanking, Péking, Tonghing et
Tô^kyô, comme nous l'avons déjà fait remarquer (4).
(1) Tch'enKH BR ^ bâtit en 1252, sur la butte Che-t'eou chan Ç 9| llfi le
Kiosque Taoei-wei Ving ^ {K ^ • Le pavillon massif, carré, à deux étages, qui aujour-
d'hui couronne le TsHng-liang chan (R î^ lU et y abrite une inscription de Kieti-long
52 Bi' marque la place de la construction primitive.
{2) Bretchneider, Recherches archéologiques et historiques sur Pêkin^ trad. Col. de
Plancy.
(3) Du Halde, T. I. p. 437.
(4) "On vient de déchiffrer l'écriture des Turcs Tou-kioue^ item ceUe des Jou-tche
«peuple de race tongouse qui fonda dans le nord de la Chine la puissante dynastie des Kin
(;1115'1234). Les empereurs mandchous actuels prétendent descendre d'eux [Eenvoi au
travail de Devéria. Examen de la stèle de Yen-t^ai (Revue de l'Extrême Orient, 1. 1. p.
173-186.), inscription non déchiffrée aZors]. C'est une écriture syllabique (parente du mand-
chou) dans laquelle ae sont introduits q.q. signes idéographiques, qui sont pour la plupart
des caractères chinois légèrement modifiés.
Les Mongols remplacèrent les Kin et dominèrent toute l'Asie ; l'influence du boud-
dhisme «répandit en tous lieux les écritures sanscrite et tibétaine; le Mongol même de-
manda au lama tibétain Phags-pa un alphabet qui, s'il n'eut pas une longue durée, fut néan-
moins fort employé sous les derniers empereurs de la dyn. Yuen. Les deux célèbres inscrip-
tions hexaglottes gravées ^n 1345 sur les parois de la porte de Kiu-yong koan, au nord de
Péking, nous montrent, d'une part, que le mongol s'écrivait alors en caractères de Phags-pa,
i m. PRISB DB NANKIH PAR L^8 MONOOLS, 1275. 161
Au cours de son mémorable voyage accompli vers cette épo-
que (1270), Marco Polo visita Sou'-tcheou fou et Nankin. Nous
constaterons ailleurs qu'il fut peu explicite snr notre GMen fou,
ainsi qu'il nomme Kin-ling fou en sa romanisation italienne (1).
En 1274, Pé^yen féK» originaire du Si-yu JS^^ ministre et
général des Mongols, pour lesquels il s'était battu sous Kou-bi-lai khan
(Hou-pi-'li ^^ ^) en Perse et en Syrie (Pauthier, Chine, 361) des-
cendait de Ngo-tcheou fJJHi o, à d. Ou^tch^ang fou au Hou^pé, sur
Kienmh'ang, à la tête d'une armée victorieuse. Les troupes des Yuen
yQ occupèrent Yu^hoa t'ai, la clé de Nankin au sud. Mais Tchao
Tsin ^îW, auquel incombait la direction de la défense en qualité
de Préfet de Kieri'h'angj prit honteusement la fuite ; plusieurs
mandarins livrèrent alors la ville aux Mongols, qui (1275) dès lors
se chargèrent de l'administration officielle de Nankin.
D'après le Père de Mailla, lorsque le général Pé^yen s'avançait
à grands pas vers Kien'k'ang, «le brave Ouang LUsin {^ ift ^, gou-
verneur de cette ville,» voyant la situation désespérée, et regret-
tant que Kia Se-'tao K^^ (général des Song) n'eût pas suivi ses
conseils, s'empoisonna dans un grand repas offert à ses proohes.
«Au moins, disait-il, si je ne puis empêcher la destruction de
l'empire des Song, j'aurai la consolation de mourir leur sujet et
dans un pays qui leur est encore soumis.
Les Mongous (ajoute le P. de Mailla) s'emparèrent de Nankin
sans éprouver d'obstacles.» Pé^yen l'occupa; il respecta les biens
et Ja famille du défunt, qu'il fît enterrer à Tan-^yang, au tombeau
de*ses ancêtres. Nankin devint comme le quartier général des
Mongols, qui, quelques mois après, gagnèrent sur les Song une
bataille navale, furieusement disputée, aux abords de Tchen-
kiang (2) (cf. de Mailla IX, 353, 362.)
Ces derniers consentent pourtant à se reconnaître tributaires
de cette nouvelle dynastie des Yuen (1280-1368), fixée au nord.
Toutefois, malgré sa déchéance, Nankin demeurait encore une
pépinière illustre de savants et d'artistes. On mentionne qu'en
et, d'autre part, qu'il n'y avait pas moins da cinq langues autres que le mongol qui pou-
vaient être lues et comprises à la cour impériale. Ces cinq langues sont : le sanscrit, le
tibétain, le chinois, le turc ouïgour et enfin une langue totalement inconnue que les inscrip-
tions de Kiu-yong koan sont seules à nous avoir conservée.» Magnifique publication (en
photogravures) des deux inscriptions hexaglottes, par le prince Boland Bonaparte (Docu-
ments deVÉpoque mongole etc. in-folio. Paris 1895). Journal Asiatique 1895. Juillet-Août.*
p. 195. Eapport annuel par M. Edouard Chavannes.
(1) Giles (Herbert A) "A Chinese English dictionary" Part III. p. 1378, dans sa
liste (D) «List of places mentioned by Marco polo and identified by Yulej» donne «Ching
hiang fu = Chên-chiang Fu, et Kelinfu jj ^ fïï (que-lin fu)= Chien-ning Fu au Fuh-
kien; et Chinginju (romanisation Chin-ling) = Ch^ang-chou'JP'w au Kiang-sou».
(2) Cf. Stèle de S. II (P. Havret.) p. 385, n* XIII. (Texte chinois) «Temples et cime-
tières nestoriens de Tchen-kiang au XIII® S.»
152 CH. IX. DYNASTIE (XIX*) DES SONG, 960-1280.
1299, cinq cent mille bonzes de cette région furent expulsés de leurs
pagodes (1). C'est un chiffre rond, une variante commode des
expressions: une multitude, un nombre incalculable. Dans notre
Croix et Swastika, nous avons rappelé que sous les Yuen, la ville
de Tchen^kiang posséda cinq églises et des gouverneurs chrétiens.
Nankin n'est qu*à 18 lieues en amont de cette ville, sur Tindispen-
sable aartère» du Yang^tse kiang,... Est-il téméraire de supposer
qu'alors aussi le Christianisme avait des fidèles à Nankin? Le
contraire serait bien improbable. On le sait, les historiens
chinois écrivent souvent (parfois à dessein) bonzes (seng) et
bouddhistes ou taoistes ^our prêtres et chrétiens.
Les savantes «notes d'Épigraphie chinoise» de M. G. Devéria,
contiennent une page importante (p. 43) sur la reconnaissance
officielle du culte chrétien à la Cour Mongole des Yuen, à ren-
contre de ce qu'avait affirmé Pauthier.
Le mot Tarse ou Tersa (ascète en persan) désignait habituel-
lement les Chrétiens (p. 69), et Arkons (de APXfîNj chef) leurs
prêtres (p. 47). Les mollahs des mahbmétans s'appelaient Dani-
shmend, «ceux qui possèdent la science» (p. 47). Odéric de
Pordenone rencontra (1322-1328) un couvent de Frères mineurs
à Yang-tcheou ^ jHi? soit à vingt lieues de Nankin (p. 62). En
1275, un corps d'Alains chrétiens s'étaient emparés pour le compte
du Grand-khan, de Tch'ang-tcheou ^ jfl, autre ville du Kiang^nan
(p. 75). Les sinologues savent quelle puissante colonie chrétienne
s'était développée sur les rivages du Fo-kien, spécialement à
Ts'uan-tc/ieou (Tchang-tcheou ^ jHi), le célèbre Zaïton (p. 63) (2).
S IV.
DYNASTIE (20«) DES YUEN (MONGOLS).
NEUF EMPEREURS EN 89 ANS, DE 1280 À 1368.
CAPITALE AU Chan-sî ll| |f À T'ai-yuen fou, puis à
Yen~king (Pékin, alias Choen^tHen fou).
Hâng^tcheou pris en 1276, las Tartares s'étaient saisis de
;\) ïh MaîUft, IS, 474,
IL «Nc*tvfa xV^pii^mpliici Mûniçole-Chiiioiae par M. (i Devéria. Extr. du Joum. Asia-
jj, *ft li, tf!i Vm* hi^tmpiioiï d» ISIU (en chinois, ut en caract. p'ags-pa). cf. Kecueil
r(tHiitrt«i L jil, XîU. tflKsorot, acaordant au père et à la mère de Mencius
tllij K * ko tior iti q lit*»* . »
mon < i • ri t Itt dnU - f 1 ■ l' F j n pertu r Je n tsong avait élevé d'un degré
ttïûi»^ .j!3ii4ut^av vtif*u" dit JKvériaJ
UoimUi ^ • ' ^'^^%9tffïtm Ttruples dp Confucius. — Itein en chinois et
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152 CH. IX. DYNASTIE (XIX*) DBS SONG, 960-1280.
1299, cinq cent mille bonzes de cette région furent expulsés de leurs
pagodes (1). C'est un chiffre rond, une variante commode des
expressions: une multitude, un nombre incalculable. Dans notre
Croix et Swastika, nous avons rappelé que sous les Yuertj la ville
de Tchert'-kiang posséda cinq églises et des gouverneurs chrétiens.
Nankin n^est qu*à 18 lieues en amont de cette ville, sur Tindispen-
sable «artère» du Yang^tse kiang.,.. Est-il téméraire de supposer
qu'alors aussi le Christianisme avait des fidèles à Nankin.^ Le
contiraire serait bien improbable. On le sait, les historiens
chinois écrivent souvent (parfois à dessein) bonzes (seng) et
bouddhistes ou taoïstes pour prêtres et chrétiens.
Les savantes «notes d'Épigraphie chinoise» de M. G. Devéria,
contiennent une page importante (p. 43) sur la reconnaissance
officielle du culte chrétien à la Cour Mongole des Yuen, à ren-
contre de ce qu'avait affirmé Pauthier.
Le mot Tarse ou Tersa (ascète en persan) désignait habituel-
lement les Chrétiens (p. 69), et Arkons (de APXflN, chef) leurs
prêtres (p. 47). Les mollahs des mahbmétans s'appelaient Dani-
shmend, «ceux qui possèdent la science» (p. 47). Odéric de
Pordenone rencontra (1322-1328) un couvent de Frères mineurs
à Yang-tcheou |g j^, soit à vingt lieues de Nankin (p. 62). En
1275, un corps d'Alains chrétiens s'étaient emparés pour le compte
du Grand-khan, de Tch^ang-tcheou '^ji{, autre ville du Kiang-nan
(p. 75). Les sinologues savent quelle puissante colonie chrétienne
s'était développée sur les rivages du Fo-kien, spécialement à
Ts'uan-tcheou (Tchang-tcheou ^^), le célèbre Zaïton (p. 63) (2).
§ IV.
DYNASTIE (20«) DES YUEN (MONGOLS).
NEUF EMPEREURS EN 89 ANS, DE 1280 A 1368.
CAPITALE AU Chan-si lll H À T'ai-yuen fou, puis à
Yen-king (Pékin, aliàs Choen-tHen fou).
Hang-tcheou pris en 1276, les Tartares s'étaient saisis de
^ (1) De MaiUa, IX, 474.
(2) «Notes d'épigraphie Mongole-Chinoise par M. G Devéria. Extr. du Joum. Asia-
tiq. Paris 1897 p. 83. Une inscription de 1316 (en chinois, et en caract. p'ags-pa). cf. Becueil
du prince B. Bonaparte 1. pi. XIII. «Décret, accordant au père et à la mère de Mencius
des titres posthumes honorifiques.»
«Q. Q. mois avant la date de ce décret, l'Empereur Jen taong avait élevé d'un degré
le rang qu'occupais la direction du culte chrétien» dit Devéria.'
En 1233, Ogodaï avait fait réparer les Temples de Confucius. — Item en chinois et
en p'ags-pa, inscription de 1331. Décret impérial accordant un titre honorifique posthume
à Mencius f nommé Ya-cheng "Second Sage" SB li«
a^'f)
f IV. DYN. (xr) DES YUBN, 1280-1368. 153
Kong ti ^ ^, dernier des Song ^. et Tavaient envoyé finir ses
jours dans le désert du Gobi (1).
Ils régnèrent en paix au nord, de 1280 à 1350; mais, de
cette époque à 1368, des rébellions bouleversèrent à peu près tout
TEmpire, que se disputaient cinq ardents compétiteurs (2).
En 1331, iiWen tsongy devenu empereur des Yv£n, ordonna
qu'on fit de l'hôtel où il demeurait à Kien-k'ang (Nankin) n'étant
encore que prince particulier, un temple à Foë, et qu'on bâtit près
de là des maisons pour les Hochang (bonzes) qui le desserviraient.
Le plan qui en fut fait par son ordre contenait un terrain si vaste,
qu'outre l'emplacement de l'hôtel, il renfermait encore celui de
70 maisons, qu'il fallait démolir.» L'énormité de la dépense fit
révoquer cet ordre (de Mailla IX, 556).
Sous Choen ti (1333-1368) le 10* et dernier des Yuen, il se
livra un combat naval (1357) en vue de Fang chan, au S. E. de
Nankin. Une flottille était venue dans la Ts'in hoai, jusqu'à Li-
choei, de T'ai-p'ing fou. Une bataille se livra également dans les
eaux de Tchen-kiang, probablement entre les troupes de Hong-ou,
le libérateur (V- infra), et celles du gouvernement des Yuen; ces
derniers succombèrent à l'occasion des charges énormes et des
exactions qui pesèrent sur le peuple, lorsqu'on entreprit de creuser
un nouveau lit au Hoang-ho (3).
(1) Var. sin. n" 8. Allusions litt. p. 16.
Nous uommons cet empereur le dernier des Song. Eu fait, on compte encore
après lui ses deux frères Toan tsong yjg ij^ (1276) mort à 1 1 ans, et Ti-ping *f^ "^
(1278) mort à huit ans, eu mer, près de Canton, dans une défaite navale. Kong tsong
n'avait même que 10 ans quand il mourut au Cliamo, en 1275.
(2) Les ' Mongous firent aux Kin, à qui ils payaient tribut, la même chose que
ceux-ci avoient faite aux Leao ; ils les battirent partout et s'emparèrent des pays
immenses de leur domination. Les Song étaient réduits presque à la Chine méridionale;
les Mongous les attaquèrent, et l'an 1279, ils se trouvèrent les maîtres de toute la
Chine, après environ 38 ans de guerre. L'an 1370, Hong-ou, fondateur de la dynastie de
Ta Ming, obligea les Mongous à leur tour, de se retirer en Tartarie.» de Mailla, T.V.
Tableau en tête du volume.
Lin-ngan est Hang-tcheou (Tché-hiang) ; Pien-tcheou, ou Pien-hang est K^ai-fong
fou ( Ho-nan); Lo-yang (Ho-nan fou); Tang-t^ou hien est (aujourd'hui) dans le
T^ai-pHng fou.
La dynastie des Yuen mongols avait eu pour véritable fondateur le cinquième
grand E^an Khoubilaî, fils de Tou-li, petit-fils de Dgengis, et frère de Mangou. Les quatre
premiers Grands Khans: Dgengis 1206, Ogotaï 1229, Couyouk 1246, et Mangou 1251, sont
considérés comme les ancêtres de la dynastie chinoise des Yuen. Us ne portent pas de
noms de règne, Nien-hao, et ont les noms de temple Miao-ha^ de : T^ai-tsou, T*ai tsong,
Ting tsong, Hien tsong.
Koubîlaî eut lui-même comme nom de règne Tchong-t^ong ^f {Il (1260) et Tche-
yuen ^ 7C 1264 ; et comme nom dynastique Che-tsou JS jjft* H. Cordier, Odoric de
Pordenone. Introd.
(3) Cf. de Hémusat. Nouveaux mélanges II, 8.
154 CH. IZ. DTNABTIB (XIX") DBS SONO, 960-1280.
Sous la dynastie mongole, Nankin ne conserve plus guère
qu'une importance provinciale et très amoindrie. La légende
historique annexée à la carte n? ^Îî- '^Nankin sous les Yuen",
nous révèle ceci : Cette ville reste sensiblement ce que Tavait
faite la dynastie précédente des Song. Vers 1275, on créa de
nouveaux titres mandarinaux, équivalents aux titres actuels de
Fan-rat flf ]|^ le ^ 'grand argentier"; Nié^^t'ai, le Juge principal;
TaO't'ai ^ $, l'Intendant de circuit (1).
En 1277, le titre préfectoral de Kieti'-k'ang fou fut modifié en
celui de Kien^k'ang Iqu tsong-koan fou 1^ SkK MU }S' Deux,
ans après, le tribunal du préfet de la ville (Tche^fou) fut transféré
à la place Si-king^sieou fang Bf ft 4f ft* ^' devait en changer
plusieurs fois avant de se fixer enfin dans la '^rue des orfèvres"
Yn-hang kiai ^ fr ^ (2) où réside maintenant le préfet du
Kiang^ning fou.
En 1330, transfert du tribunal de la Préfecture au palais d'un
prince de la famille impériale ; Ton y établit nombre de mandarins,
préposés à la garde de ce palais. Le nom de la préfecture,
Kien^k'ang fou j^ ]^ fff devint Tsi-k^ing lou H J| JS', par ordre
de la Cour.
De nouveau, le Fa-men du sous-préfet du Kiang^ning hien
£C ^ JR ^ut transféré auprès du Yué^t'ai jg ^^ hors de la porte
du Sud (cf. carte -^r )• Les deux portes de Touest prirent le
nom de Ta-si men :k ^ f^ (jadis SUmen) et Choei-si men ;JIC W P5
(jadis Long-koang men || 5È PI) (3).
(1) On cite spécialement ici les titres de Kie7i-k^ang aiuen-fou-ae |^ Me S SB
]^ } Kiang-tong Kien-k^ang-tao tH-hing ngan-tc^hai-ae £L J^ f^ J^ S IS /N
^ ^ 'Sj] Kiang-tong-tao siuen-wei-se £L ^ $S JS, jS PU i Kiang-hoai teng-tch^ou
hing tchong-chou-cheng hing hHu-mi yuen tH iH ^ ;S fT T W ia fT fS S 1^*
(2) Par décret impérial de 1295 (5* 1.) la pagode THen-kHng koan ^ Jft R (au-
trefois Tch^ao-tHen hong ^ 3\ q ) devint le Yuen-miao koan TC X^ M '
Alors fut brisée la tablette de l'Empereur T*ai-taou j\ JB.? premier des Song,
960-976.
En 1328, T'ou-tHé rnou-eul (B l^fi ^ M > Prince Hoei wang ^ 3E » avait élevé,
au sud de Tchong chan S |il j auprès de la pagode T^ai-p^ing hing-kouo «« jJC T^ S
S ^ (le Ling-kou se actuel), celle de Tch'ong-hi wan-cheou se ^ j^f ^ ^ ^•
(3) L'an 1330, 8a-tou-la |s 'Sp $| > barbare d'origine (@ >%/ > reçu docteur en
1324 sous ^ >Ë w •* composait sur le passé de Nankin la poésie dont nous donnons ici
la traduction, voir le texte chinois et la traduction latine ap. Zottoli, Y. pp. 764 et seqq.
Méditation poétique sur les antiquités de Nankin.
L'illustre splendeur des six dynasties disparue comme le printemps n'est déjà plus
célébrée par personne. D'un œil attristé je contemple en vain la beauté unique des
fleuves et des montagnes. Ce n'est plus comme au temps jadis: deux hirondelles habi-
tuées des maisons Wang et 8ié connurent la ruelle Ou-i (de l'habit noir).
Maintenant on n'entend plus dans le silence tranquille des nuits profondes que le
vent rapide du printemps battant les remparts solitaires.
s IV. CARTE ^^. PIN DES YUBN, 1368. 155
Pour les autres indications, il suffit de renvoyer à cette carte
n® XI. La ville y prend l'apparence, assez conforme à la réalité,
d'un carré sensiblement régulier; bien différente, la figure actuelle
de l'enceinte trahit nettement à l'œil la double addition, au nord
et à Test, qu'allait y faire la dynastie suivante (1).
En effet, dès 1367 (2), on commença vers l'orient le palais des
Ming, pour Tchou Ynen-tchang ^jt^'^^^ nouveau maître de Nan-
kin, où il devait se proclamer Empereur de toute la Chine, et l'assujet-
tir peu à peu à sa domination, en culbutant la dynastie des Mongols.
Les Chinois leur attribuent 13 empereurs en 162 années ;
mais du renversement final des Song, lors de l'établissement de
Kou-bi-lai khan, jusqu'à la fuite de Choen ti, il n'y a place que
pour neuf empereurs en 89 ans. Selon l'usage, la chute de ces
Yuen aurait été présagée un peu partout dans l'Empire, par des
pronostics mystérieux; à Nankin même, le fer et le bronze réson-
nèrent spontanément. Il est superflu d'ajouter que ces prodiges
très probablement comme cent autres, méritent même créance que
ceux qui émurent le monde romain à la mort de César.
Quand je pense au passé, la tristesse, comme une toile qui se tisse, devient de plus
en plus grande. Je songe aux antiques royaumes: leurs traces ont disparu avec les
années. Il ne reste plus que des vapeurs infécondes et des herbes fanées sur lesquelles,
vers le déclin du jour, des corbeaux venant du désert voltigent en désordre.
La Chanson Yu-chou est oubliée à jamais; froide est la rosée d'automne; le puits
Yen-tche (du Fard Kouge) est en ruines. Le grillon fait entendre son cri d'hiver.
A présent il n'y a plus que la montagne Tsiang-chan à couleur verte et la rivière de
Ts'in-hoai à couleur d'azur.
(1) Remarquer, sur la carte n° XI, Hia-choei men r ^ fl (près du Choei-si
?nen), correspondant au Chang-choei men Jt 7l> F J (près du T^ong-tsi men). Ce
sont les deux «portes d'eau» pratiquées sous la muraille pour l'entrée et l'issue du
canal, traversant la viUe de part en part. Elles s'appellent aujourd'hui Tong (choei)
koan et Si (choei) koan.
(2) De Mailla IX, p. 12.
Stèle de Son^-kian^, en Mongol et en Chinois, 1294. Cette stèle se trouve près
de la porte intérieure du temple de Confucius à î^ Ql /fiF * ^l^e date de 1294, 9« lune, et
se compose de trois colonnes. La première, en caractères mongols, reproduit un édit de
l'empereur Yuen Tch'eng tsong 7C JSR tt; (1295-1308) accordant diverses faveurs aux
lettrés. La seconde en donne la traduction chinoise ; et enfin la troisième contient les
louanges de l'empereur par Tchang Tche-han $S 2 ^ ) alors préfet de Song-kiang, .
et Ma Yuen-tchong ^jù^ aloi's maître des lettrés de la même préfecture. (P. XXXII).
C'est par hasard que nous avons trouvé cette inscription en juillet 1899 ; car la
pierre est couverte de poussière, et presque entièrement ignorée des estampeurs qui
n'en connaissent pas la valeur. Elle est cependant indiquée dans les Chroniques de Song-
kiang. Nous savons parles Chroniques de Kiu-yong^^^"^ qu'au temple de Con-
fucius de cette ville, il y a aussi une stèle en caractères Mongols, de la même époque,
mais nous n'avons pas pu constater le fait. [P. Matthias Tchang, S.J.]— N.B. Nous par-
lerons plus bas des instruments astronomiques remontant aux Yuen, dont M** Favier
(qui s'étend longuement sur cette dynastie mongole) donne les photographies, p. 73.
CHAPITRE X.
DYNASTIE (XXP) DES MING.
17 EMPEREURS EN 276 ANS. CAPITALE FIXÂB QUELQUES ANNÉES
À NANKIN, PUIS TRANSFÉRÉE À PÉKIN, OU
ELLE DEMEURE (1368-1644).
§ I
»6}to*
ORIGINES DE ifONG-0 C;.-LUTTES.— IL REGNE À NANKIN.
Tchou Vuen-tchang ^ yQ ^ (Kouo-choei gj flg),. mieux connu
des étrangers sous son «titre de règne» Ilong-ou ^ |gÇ «fortune
guerrière», fonda la dynastie chinoise des Ming, mot signifiant
«splendeur, brillant éclat». Le caractère de Lune ^, accolé à
celui de Soleil 0, forme le caractère composite Ming V^, suggé-
rant à l'œil même et graphiquement Tidéogramme symbolique de
la lumière parfaite (1).
Le titre ancestral du Souverain, celui sous lequel sa tablette
fut officiellement intronisée dans la salle des ancêtres, est T'ai-
tsou ^ jg, l'auguste aïeul, Tune des appellations honorifiques
réservées aux fondateurs de dynasties (2).
Yuen-tchang yc 36|l, pour lui donner son nom personnel, était
le deuxième ou quatrième fils d'un obscur et pauvre laboureur
de Se-tcheou ffS^ Jt|, ressort de Fong-yang fou S. ^Jjj (^" Kiang-
nan), cité qu'il décorera plus tard de beaux monuments. Sa
famille était originaire de Kiu-yong ^ $, (3) sous-préfecture de
(1) «Fecitque Deus duo luminaria magna, luininare majus, ut prœesset diei; et
luminare minus, ut praeesset nocti.» Genèse^ I. Cl.
(2) Parmi les désignations les plus typiques, nous avons déjà rencontré : Ou-ti ^i
^' le prince guerrier; Wen-ti jC Wi lettré; Kao-ti 'j§^ ǧ^» le sublime; Fei-ti )S
^î le déposé; T^ai-taong >ÇC jf;» l'auguste souverain...
Quant aux noms de règne, K^ang-hi J^ ^ signifie "l'inaltérable paix" ; Kien-long
''?6 HI le secours céleste" ;
La dynastie des Hia est celle de la "splendeur" ;
La dynastie actuelle des Ta-tsHng yZ. ÏR représente celle de la " Pureté " et
l'Empereur régnant Koang-siu possède "l'illustre héritage".
(3) Une anecdote chinoise traduite par de Groot, p. 1045, explique par quelles
mesures l'on fit mentir les prédictions conditionnelles d'un sorcier annonçant la naissance
d'un empereur à Kiu-yong. L'on y apprend aussi pourquoi cette ville fournit tant de
faucheurs, et surtout de barbiers-coiffeurs, dénommés dans certaines régions de la Chine
"gens de Kiu-yong", Kiu-yong jen fij ^ -^ * Si-tsou ™ Su.» 1© grand-père de Hong-oUf
habitait originairement au village de T^ong-téy près de cette ville, et ce fut sous les Ytien
^) qu'il émigra à Se-tcheou u9 /tl' ^©b taoïstes lui avaient prédit qu'un de ses descen-
dants monterait sur le trône impérial.
s I. PREMIÈRES ANNÉES DE HONG-OU. 157
la grande banlieue de Nankin (90 H S. E.), mais son père naquit
dans cette dernière ville.
Lui-même vint au monde, en 1327, à Fong-yang hien^f^^
(jappelé alors Hao-ic/ieou j^ jjfl), sous les murs duquel habitaient
ses parents. Ou voit leurs tombes à 10 kilom. au S. O. Sa nais-
sance fut précédée, comme il convient, d'incidents prodigieux (1).
Il cria trois jours : un bonze taoïste put seul, par des syllabes
mystérieuses, charmer son courroux enfantin. A onze ans, des
voisins le prirent comme pastour : ses espiègleries le firent
bientôt renvoyer. Agé de 17 ans, il perdit son père, sa mère,
son frère aîné; avec l'aide de deux de ses frères, aussi indigents
que lui, il les ensevelit dans des nattes, faute de cercueils (2).
Un intéressant travail du K^ E. T. WiUiams, la à la réunion de la Soc. Asiat.
de Changhai, le 21 juin 1891, et imprimé dans le Journal de cette Société, contient
surtout la biographie de Hong-ou; on y trouve en outre quelques détails sur divers monu-
ments de Nankin. Le titre est: nHong-ou et sa Capitale, ou l'Avènement des Ming.y> Le
Shang-hai Mercury en eut la primeur (Juin 189 î .—5 articles). Il faut prévenir les lecteurs
que le conférencier a fait de larges emprunts à la légende, sans toujours distinguer assez
la réalité historique des données romanesques. " Il indique comme sources d'informations
par lui consultées (outre l'histoire officielle de la Province du Kiang-sou et celles des
deux districts (hien) de Nanking, le résumé de l'histoire des Ming qui figure dans le
"Eul-che-se che T^ung-sou (Yeou-i)" et le roman de la même période intitulé Yng-li, dû
à Tsu-weij lettré du Fou-kien.
Un correspondant du Chinese Bepository (vol. VII. 1839, p. 353 à 385) analyse un
ouvrage ainsi présenté : «The eventfull life of Hung-woo, founder of the Ming dynasty»
f rom the Hung-woo Tseuen-ohuen, a chinese work in ten small volumes.» —
Signalons encore T^ai-tsou che-lou jjÇ )|fl " ^î biographie de Hong-ou.
Nous avons utilisé ces documents de valeur si inégale, sans même négliger quelques
spécimens de littérature frivole. Nous avons aussi puisé dans l'Histoire du P. de Mailla,
qui offre mieux et plus. D'après une note de l'éditeur, X, p. 2, voici les trois auteur»
principaux (le T^ong-kien-kang-mou JH 3e SI B s'arrêtant exclusivement à la dy-
nastie des Ming).
Ming-che ki-chepen-mo ™ K. TO 9* ^ ^ "Faits historiques de la Dynastie des
Ming" par Fou I-tche iÇ ^ |ff î premier ministre de Choen-tche, 1" des TsHng.
Tong-kien Ming-ki ts^uen-tsai "Suite complète de la dyn. des Ming" par Tchou
Tsing-yen^ docteur et gouverneur de Nan-yang fou, au Ho-nan, publié par Tchang Yn
(présid. du Trib. des Bites et ministre d'état) la 35® année de Kang-hi.
Ming-ki pien-nien Çq TPu $0 ^ "Annales de la dyn. des Ming'* parle fameux
lettré Tchong Pé-king, de la fin des Ming. L'ouvrage ne fut publié que la 47® année de
K'ang-hi, plus de 50 ans après la mort de l'auteur.
Le P. de Mailla consulta en outre un Recueil d'instructions et de discours de
Hong-ou que Choen-tche des TsHnq fit traduire en tartare.
(1) Cf. la conférence du R^ e. T. Williams, sur ces présages et rumeurs.
(2) J'ai vu, ces dernières années, les mendiants, les émigrants et les plus pauvres
habitants des campagnes ensevelir ainsi leurs morts, surtout en temps de disette, au
Chan-tong et au nord du Kiang-sou. Nattes ou tiges de sorgho servent alors à envelopper
les cadavres. .
158 GH. Z. DTNA8TIB (XXI*) DES MINa, 1868-1644.
Il entra alors comme domestique dans la pagode de Hoang^
hio «6^51^' aujourd'hui Song-'tch^eng se, à la porte de Fong"
yang fou SI Hl ^- On y montre quatre énormes marmites à
cuire le riz du monastère, une belle cloche datant de 1469 et un
portrait de Hong^ou vieilli. Jeune alors, intelligent, actif et
ambitieux, il s'accommoda mal de la vie licencieuse, somnolente
et cafarde qu'on y menait. En outre, le Fang^tchang "ff 3^,
r<(abbéi>, son protecteur, était mort, et le remplaçant rébarbatif.
yuen-fc/iangr jq ^ reprit sa liberté et fut recueilli par son
oncle maternel Kou Koan-ch'ing (de Williams) Kouo Tse-hing (1).
Il dut pourtant aviser bientôt à se tirer d'affaire pour vivre;
de bonne heure il se montra fils de ses œuvres. Une légende
le fait venir à Nankin, après sa sortie de la pagode, et y vendre
un chargement de prunes, spécifique infaillible, très demandé
lors d'une épidémie infectieuse. Chez son oncle, maître exigeant
et dur, une jeune domestique semi-esclave, très accorte, nom-
mée Ma, le prit sous sa protection: en temps voulu, l'orphelin
saura ne point l'oublier.
L'oncle combattait en qualité d'ofïîcier de Lieou Sou~tong,
chef des «Bonnets rouges», révoltés contre la dynastie des
Yuen, à Tch'ou-tcheou J^ M, au Ngan-hoeù Le neveu conseilla à
son parent de se déclarer lui aussi indépendant et d'opérer à son
profit personnel; le conseil fut agréé. Yuen^tchang , qui venait
d'épouser la jeune Ma J||, fut créé commandant en chef de l'armée
de Kouo Tse-hing HJ 4^ ^, proclamé Prince de Tch'ou-yang J^
^, aujourd'hui Tch'ou^tclieou j||^^. A sa mort, il lui succédera.
A peine engagé dans la milice des révoltés, le bonzillon dé-
froqué s'était signalé dans ce métier plus séduisant. On vit alors
poindre en lui la détermination de tenter un rôle conforme à ses
aptitudes natives. Constitué chef de parti, résolu à combattre,
dès qu'il le pourrait, pour sa propre élévation, et d'aller aussi
loin que le porteraient son ambition et ses secrets desseins, le
roitelet de Tch'ou-yang se posa en réformateur ou libérateur de
l'Empire. C'est la tactique habituelle. La fortune sourit si bien
à sa précoce audace (il n'avait pas trente ans) qu'il attaqua et
enleva T'ai-p'ing fou ^ Zp /jj, sur la rive sud du Yang-tse
puis Tsi-k'ing^lou ^ H ïfr (Nankin), en 1356, avec les villes des
alentours, Koang-té tcheou ^ ^ jli\, Tchen^hiang iH ^ et Yang"
tcheou ^jHi. Tch'en TchaO'Sien ^^K^, fils de Tch'eng Yen-sien
(1) Meany's Chinese miscellany 12« vol. p. 468 n° 1761 «Kuo Tszu Hsing ^ ^ S^j
qui à la chute des Mongols, devint le Tchou Yang wang^ parce qu'il occupait le nord du Yang-
tse en face Nankin.— C'est lui qui fit sortir de l'obscurité Tchou Yuen-tchang "^ 7C J®
(Ming t'ai-tsou) en lui donnant une fille adoptive en mariage. Elle devint l'Impératrice
Ma heou ^ /p • «There is a Grand Lodge of triad's oalled the Ma-hou tang, a term
équivalent to our Empress Victoria Lodge.» cf. Mayer's Chinese Beaders' Manual,
n° 470. Kouo Tsze-hing n'* 305.
I I. HONG-00 S'ÉTABLIT À NANKIN. 159
flf> Wt ^^ avait rallié à Fang chan ^ ilj les troupes des Yuen :
mais elles se rendirent à Tchou Yuen^tchang "^ yc ^ quand il
revint attaquer Nankin (1356).
Nous verrons les provinces voisines tomber successivement
en son pouvoir. Après ces exploits imprévus, qui le mirent sou-
dain en vue dans la Chine entière, il se retrancha prudemment
à Nankin, pour consolider sa puissance et organiser de nouveaux
triomphes. Cette ville, élevée derechef au rang de capitale,
porta de 1356 à 1645 le nom de Yng^Vien fou ^ Ji )^^ «capitale
par la volonté céleste.» Il s'y prépara dès lors une résidence
officielle, qui reçut le nom de THen^hing Kieng''k'ang Uyuen^choai
/bu^cJRJ^J^ Mît M M «palais du commandant de Taile gauche
(de l'armée) de Kien^k'ang, favorisée du Ciel.»
Si l'on aime à savoir quels signes révélèrent cette volonté
céleste, qui rangeait Nankin sous le joug du vainqueur, qu'on
lise ces lignes de Mailla: aTchou Yuen-tchang, dont la clémence
fut admirée à T'ai'-pHng fou, quitta cette ville et fit défiler ses
troupes, puis descendre ses barques de guerre du côté de Kin-
ling. Lorsqu'il arriva à Kiang-ning tchen, ses premiers corps
forcèrent la garde avancée des Mongous, et, poussant- plus loin,
ils investirent Tsi King-lou (Nankin). FouCheou |g^, général de
Yuen qui commandait cette ville, en sortit; mais il eut le mal-
heur d'être tué dans l'action, et ses troupes lâchèrent pied. Les
vainqueurs entrèrent dans Tsi King, dont Tchou Yuen-^tchang
changea le nom en celui de Yng^tHen fou.yi (T. IX., 519).
L'on entretient au pied du Pè^hi ho, un peu au S.O. et en
bordure du Ma-'lou Jg| ^ (route carrossable), le temple funéraire,
ou Ts'e-t'ang IrJ^î appelé Fou^kong se jjg ^ |r|, que le général
mongol Fou Cheou jjg ^ doit à la reconnaissance publique.
A son entrée dans Nankin, le général en chef de l'armée
victorieuse logea d'abord chez un riche notable (près de Choei-si
men) nommé Wang Ts'ai-pé 3E ^ 1^- Puis, il habita le tribunal
du vice-roi des Yuen, ancienne résidence de la Préfecture sous
la dynastie des Song. Il en reste une double arcade voûtée et
basse, à cheval sur une petite rue, à l'O. du Kong'-yuen, ou
Local des Examens littéraires. On appelle ces ruines Kieou*'
Wang fou ^ 3E /iï- N'étant que roi de Ou, ^ J, Hong-ou
habita aussi à Tcheng*ngen «e ^1^ Jg, ^, au centre de la vieille
ville (cf. infrà.)
Tch'eng Fen-sten (ft H ^, dit le Rd E. T. Williams, com-
mandait à Nanhing; il se rendit et fit sa soumission. (Révolté
plus tard, il périt décapité). Son fils voulut prolonger la défense;
pris ensuite, il se soumit également.
A la 7* L de 1356, les mandarins décernèrent à Tchou Yuen"
tchang le titre de Ou^houo kong :^ B ^, «comte du royaume de
Ou.)} En cette qualité, il se choisit alors ses principaux fonction-
naires. Cette année 1356, la sous-préfecture du Chang-^uen hiên
160 GH. X. DYNASTIE (XZI*) DES MIN6, 1366-1644.
± 5C m fut transférée à Choen-hoa tchen f$ it ^ (23 kilom.
au S.E. de Nankin) ; Tannée suivante, elle fut rattachée k Yng^
tHen fou 4K ^ /ffi ^^ capitale.
En 1358, Hong^on rappelait à ses officiers, sur le point
d'attaquer le Tché^-hiang, «que la modération dont ils avaient usé
au siège de Kien^k^ang , leur avait gagné le cœur des habitants
de cette ville» (de Mailla, IV. 628), C'était une des meilleures
ressources de sa tactique conquérante.
Tchen^hiang s'était rendu Tannée précédente, mais Su Ta
^ ^1 1^ P^us ^^ vu^ ^^ 1^ plus célèbre des compagnons d'armes
de Hong-ou, y rencontra une résistance aussi opiniâtre qu'inat-
tendue. Cette ville, isolée, sans secours, dut toutefois céder enfin.
Naturellement, suivant une tactique très chinoise, en vigueur
à la dislocation d'une dynastie, plusieurs prétendants levèrent des
bandes armées, dans nombre de provinces, et s'arrogèrent le
titre d'empereur, en ressuscitant d'anciennes dénominations dy-
nastiques. Hong^ou, qui procédait avec plus de méthode et de
sagacité politique, vint à bout d'écraser à son profit ces soulève-
ments simultanés ou successifs.
Dès 1355, Lteou Fou-t'ong ^ Jjj^ jg, chef des «Bonnets
rouges» du Ho-nan, avait fait proclamer empereur Han Lin-eul
@ ^ S, descendant des Song; le pays se donna pourtant aux
Ming et ce rival peu dangereux s'éteignit obscurément (1366).
Tch^eng Yeou-liang ^2^ |£ soulève le Ngan-hoei et s'intitule
empereur des Han, au Hou-pé (1359); il reprend T'aUp'ing fou
et marche même sur Nankin. Il s'avança jusqu'au pont Kiang-
long h'iao ÎL^H^ (celui de Kiang-tong men), puis il campa à
Long-kiang H ^ (Hia-koan), plus au nord. Le «Comte de /fu»
lui livra un combat heureux, auprès du Lou-long chan J[ H [I]
(Che-tse chan près Hia-koan) et le contraignit de reculer au delà
de T'ai-p'ing fou, qui rentra sous l'obéissance de Tchou Yuen-
tchang (1360). On bâtit alors la forteresse de Long^ivan hou^h'eou
tch'eng f| ^ ^ \k i^' Hong^ou en personne, secondé de Su Ta,
poursuivit le rebelle vaincu et mit en pièces son armée auprès
du lac Pouo-yang (1362). La bataille dura trois jours; le terrible
compétiteur des Ming fut tué dans un combat ultérieur. Son fils
et successeur fut pris, et pardonné, dans une expédition contre
Ou-tc/i'angf fou ^ ^ J^^ qui se termina par la chute de cette
ville, révoltée contre le nouveau Royaume de Ou.
Hong^ou partit alors pour visiter les tombeaux de ses ancêtres
à Fong^yang fou ^^ }^ (Hao^tcheou ^ jt|) ; il commençait à
trancher du Souverain.
L'été de 1362, il préside une grande revue près de San-c/ian
men H lll P^ (Choeisi men). L'hiver suivant, il inspecte de
nouveau ses troupes à Ki-long chan i| ^ llji puis il fait à ses
officiers un cours de tactique militaire, dans le Si-yuen "g ^,
«jardin occidental». Il venait de mettre à mort ses deux premiers
$ I. TRAYAUX PUBLICS. 161
ministres Chao Yong ïl|5 HI et Tchao Ki-tsou ^ j^ jjj§[, qui avaient
tenté de l'assassiner. Aux premiers jours de 1364, les hauts man-
darins décernèrent à leur maître le titre de ^ J, Roi de Ou, Ce
fut, bien entendu, l'occasion de promotions civiles et militaires.
On avait déjà construit (1361) un Hôtel des monnaies, le
Pao-yuen kiu ^ ij@ j^ (incendié 9 ans après), et en 1363, on
avait fondé le Li-hien koan j|B K fll? Collège pour les lettrés.
Celui de Tsi-kHng-'loU'hio H $ Kfî ^ reçoit le titre plus compré-
hensif de Kouo-tse hio g ^ i^, ou Collège national (1365). Un
an après, on rebâtit la forteresse de Yng-tHen tch'eng ifS 3*^ j$
sur un plus vaste plan. Puis Ton commence le nouveau palais
au sud-ouest du Tchong chan @ [[j (l'ancienne ville impériale?),
ainsi que des temples des ancêtres et des pagodes officielles.
Hong-ou venait de faire peindre (1364) dans le temple de Tsiang
Tse-wen r^ ^ ^ ^t dans celui de Pien K'oen "|T ^, (1) les por-
traits des principaux généraux et officiers qui avaient partagé
avec lui les dangers des premières campagnes.
Plus tard (1367) on ouvre le Han-lin yuen ^ ^ |^ ; alors
aussi on achève les Terrasses des sacrifices d'état, le Yuèn KHeou
Bi £, le Fang K'ieou j^T £l et le Che-tsi t'an jjft ^ J^, recons-
truit aujourd'hui hors de la porte du sud sur le chemin de T'ai"
pHng fou. Le T'ai miao est fini à la 9° lune, avec les trois salles
intérieures. Hong-ou, en vrai souverain, désigne les Censeurs
officiels (10«L. 1367).
Ainsi s'organisait et s'embellissait rapidement la jeune capi-
tale. Le travail de conquête ou de pacification avait pourtant
coûté de laborieux efforts. Ming Yu-tchen §5 ^ 3^ s'était déclaré
successeur des Hia g (1362) à Tch'eng-tou J^ ^ (au Se-tch'oan) ;
il mourut en 1366. Cette année même Su Ta et Tch'ang Yu-tch'oen
I^SS combattent, à Sou-tcheou, Tchang Che-tch'eng Jg j; ^,
qui se proclamait roi de Ou; ils le prennent et l'envoient à Nankin.
Humainement traité, puis laissé en liberté dans la ville, il abuse
de cette tolérance pour aller se pendre (?), en 1367, au «pont de
bambou» Tchou k'iao fj |^.
Les chroniques de Nankin parlent d'un endroit nommé Ta-
hiang-lou ^ § j^, le «grand brûle -parfums», auprès de la rue
Yu-ming-fang kiai î^ J5 i& ^- La tradition persiste à accuser
Hong-ou d'y avoir fait enterrer vif son compétiteur Tchang Che^
tch'eng 35 i |(|; d'autres prétendent qu'il fit ériger cette «tour»
pour l'écraser par sa masse et avoir raison du courage de ce
rival. L'auteur des Chroniques contredit la légende, en rappelant
(1) Pour Pien-k^oen, voir suprà. La pagode de Tsiang Tse-wen (fin des Han) est
celle du Tsiang-wang-miao ^ I ffii auprès du tombeau de Li Wen-tchong ^ jt
JS» ' "^^ peïi ft^ nord de celui de Su Ta, hors ville, route de T^ai-pHng men. W^ Favier
donne ces portraits plus ou moins authentiques d'après les ouvrages chinois, scrupuleux
comme chacun sait.
H
162 CH. X. DTNASTM (zzi*) DM MINa, 1368-1644.
que le hiang-lou monumental était plus ancien et avait appartenu
à la pagode Lou'-tsiang se ffj^J^^, sous les Yuen.
he pirate Fang Kouo^tchen j^ H ]^ avait tout d'abord (1358)
reconnu Hong^u, auquel il avait remis un de ses enfants en otage.
L'empereur combla de présents ce jeune homme, puis le rendit
à son père, qui avait promis de se présenter en personne. Mais
comme ce dernier osa plus tard s'allier aux rebelles du nord et à
ceux du Foxi^kien, une armée assez puissante marcha contre lui.
Réfugié dans une ile du littoral, et marri d'avoir violé sa parole,
«il envoya Fang Mmgf-wan "^ ^ % son propre fils, demander
d'être reçu comme fidèle sujet des Ming, et bientôt après, il vint
avec son frère et ses principaux officiers, se mettre à la discrétion
du général T'an^ Ho ^ ^, qui les fit conduire à Kien^k'angyt de
Mailla IX, 628, 654.
Hong^ou prétend alors réduire chacune des provinces où se
produisent d'inquiétantes prises d'armes. Su Ta est envoyé (1367)
avec Tch'ang Yu-tch^oen ^ ^ ^ au Chan-tong. Pour l'heureux
succès de l'expédition, le souverain offre en personne, à TsH^lî
chan ^ £ il], hors de la porte du nord, un sacrifice officiel au
Ciel, à la Terre et aux autres esprits. Ces campagnes illustrèrent
ses lieutenants: Su Ta se distingue surtout au-Ho-nan^ T'ang Ho
^ % au FoU'kien, Liao Yong''tchong ^ :^.jj^ au Koang^tong^ et
Yang King |g 3j| au Koang-si. Hong^ou se réservera de marcher
sur Pé-kin (Ta-tou fou ou Yen-king jj^ ^,), Su Ta acheva la cam-
pagne et massacra les généraux des Yuen.
À l'entrée de sa carrière, le hardi capitaine, fondateur des
Ming, est principalement secondé, dans ses mémorables expédi-
tions, par Li Wen-fc/iongi ^ ^ jg., Su Ta ^ ^, tous les deux
ministres d'État et fils comme lui de pauvres laboureurs, et du
môme village, et Teng Yu gj ^. Ce sont de vrais «maréchaux
d'empire,» dont les exploits militaires illuminent ce règne d'un
éclat presque napoléonien.
Hong^ou utilisa surtout leurs talents contre les partisans des
Yuenj qui, au nord et à l'ouest, lui résistent avec une héroïque
ténacité.
Su Ta lui-même eut à diriger une fort laborieuse campagne
contre Kou-kou-^témour Jlj JB^ i^F S 1^, l'infatigable champion des
Mongols dans le bassin du Hoang ho (1369). Le brave Tch^ang
Yu^tch'oen ^ J5 $ succombe; Li Wen^tchong le remplace et
se couvre de gloire aux dépens de ces Mongols, sur les rives du
grand fleuve. Un splendide triomphe accueille Su Ta, au retour
du champ de bataille. Il est renvoyé d'urgence, en 1370, coatre
Choen ti Jl^'t^) dernier des Yuen, retiré au nord de Pé-kin, puis au
Cha-'mo fp j^, et défendu par Hong Pao-pao ^ fie fie* Le sou-
verain mongol mourut cette année-là, au delà de la grande Muraille,
âgé de 52 ans. Ce fut une des plus rudes campagnes de l'époque,
tout à l'honneur de Su Ta et de Li Wen-tchong. Et il nous plaît
f I. HON0»OU JBMPBMUjR, 1368. 16S
d'évoquer ici une plue sympathique figura, celle de notre cheva-
leresque Du Guesclin, guidant aussi ses Orandes Compagnies, et
fait prisonnier (1367) à la bataille de Navarette!
Maitilipala ^ Ôlf M A J|' 1® petit-fils aîné de Ckoen ti, avait
été pris par Li Wen-tchong, au nord, et conduit à Nankin. On
voulait l'immoler, selon d'antiques précédents, rappelés pour la
circonstance, dans la salle des Ancêtres impériaux. Bong^ou lui fit
seulement quitter l'habit tartare, prendre le costume chinois, et le
déclara Prince du 3® ordre, en 1370, Interné à Nankin, le jeune
Mongol y dépérissait de nostalgie. Son vainqueur le fit reoon^
duire en son pays, par deux eunuques, quatre ans après (de
Mailla, X. pp. 40 et 71).
La renommée, dit Dante, est une bouffée de vent, qui change
de nom en changeant de direction. Tchou Yuen''tchang, l'astucieux
et fortuné prétendant absous par l'histoire, s'était contenté tout
d'abord, selon l'usage souvent respecté, du titre modeste de «Roi
de Ou)y\ cette réserve apparente et provisoire, flatteuse pour
l'orgueil nankinois, masquait en outre plus d'un calcul politique.
Ce n'est qu'en 1368, qu'âgé de 41 ans, maître de la moitié de
l'Empire, vainqueur présumé du souverain des Yuen^ qui lui
abandonnait Pé-kin, siège de ses états, il accepta le titre d'Em-
pereur, assignant le nom de Ta-ming ;:fc Bfl à sa lignée dynastique,
«la dynastie resplendissante.»
A la fin de 1367, relatent les chroniques, le ministre Li Chan-^
tch'ang ^ ^ ^, au nom de tout le haut personnel mandarinal,
et civil et militaire, contraignit Tchou Yucn-tchang de ceindre la
couronne impériale. Par trois fois, il lui avait remis une pres-
sante supplique à cet effet.
Enfin, à la 1^^® lune de 1368, déférant au vœu général, le
souverain de Ou se rendit à la terrasse du sud pour un sacrifice
solennel' au Ciel et à la Terre. Puis «il déclara prince héritier
son fils aîné» (1). C'était Piao le fils aîné de Ma, fille adoptive, de
Kouo Tse-hing ^ -^ ^, épousée jadis par Hong-ou, qui la déclara
Impératrice. Le père défunt de cette femme fut créé roi de Siu
-^. On lui éleva un tombeau (2) digne de son rang posthume (3).
Quant au site de ce Temple du Ciel, il ne s'agit point de celui
construit plus tard pour Nankin siège d'Empire et dont les vestiges
s'étendent au 8.E. de Hong-ou men. D'après le plan de «Nankin
sous les Ming,» Tchen-yang men JE |^ P^ aurait été la porte
sud munie d'avant-corps ou barbacahe crénelée qui sijjbsiste
sous le nom de Hong-ou men j^^f^] le Ta-ming men ;^ ^ f 5 >
à quelques mètreis plus au nord, aurait été l'entrée même de
(1) Gaubil, S. J., Histoire de Gentchiscan^ p, 314. Paris 1739.
(2) (Fong yang fou) Cf. infrâ,
(3) Cf. Histoire de la dyncLttie des Ming, composée par Kieri'lonff, tPftcluite par
l'abbé Delamarre, des Missions-Etrangères. Première partis. Paris 1865.
164 CH. X. DYNASTIE (XXI*) DBS MING, 1366-1644.
l'avenue impériale, Yu^lou |||| |(, conduisant aux portiques méri-
dionaux du palais. Il reste quelques bases du pavillon monu-
mental ornant jadis ce site de Hong^-ou men. Un double mur
fermant l'avenue à Test et à Touest, si j*ose interpréter les
deux lignes qui, sur la carte ^yîf, longent la susdite avenue à
l'intérieur (1).
A cette époque de sa triomphante carrière, Hong'^u (2) —
pour le nommer par son «titre de. règne,» anticipé jusqu'ici, —
anoblit en bloc quatre générations de ses ancêtres ; dès lors, ils
participèrent aux honneurs des sacrifices et impériaux. Leurs
femmes reçurent le rang posthume d'Impératrices (3). Le titre dy-
nastique de Ming fut aussi créé à cette date. Le monarque invita
ses mandarins à un banquet dans la salle Fong-t'ien tien ^ ^'cIR-
A la 2* lune, il sacrifia à Confucius à l'école nationale du Kouo-^hio
B j|l, puis (4* 1.) au temple ancestral du T'aimiao.
A la 8* lune, un décret impérial constituait Yng-t'ien fou
M^M Capitale du Sud, sous le titre expressif de Nan-kin ^ jÇC-
(1) A côté de Siao-men IJ> P J » percée dans la muraille de la ville tartare, d'après le
plan des Tche^ on inscrit tantôt à l'est tantôt à l'ouest le nom de Tch*ang-ngan ;^ ^ î
le nom est répété an bout de la même rue (presque à l'angle S.E. des murs de la villo)
qui aurait conduit par là au canal (pas de pont) dans la direction du Ta-tien. Le Siao vien
actuel avait nom Si Tch^ang-ngan men. De là, la rue Tch^ang-ngan feiai conduisait à
Tch^arig-ngan men. Une stèle nous renseigne sur les noms que confirme la rue actuelle
susnommée.
(2) G. Schlegel, T*ong-pao, juillet 1898 p. 348, appelle Hong-ou «le Guerrier déluge.»
Bn effet, déluge se dit hong-choei ÇÇ !^* Mais hong seul n'emporte que grandeur, ahon-
dance, excès. Gaubil. S. J. Histoire de Gentchiscan. p. 314, Paris, 1739.
(3) Voici le tableau des ancêtres de Hong-ou :
son trisaïeul : Empereur YiLen 7C t nom de temple Té-taou S IK
„ bisaïeul : Heng IM) m I-t80u WS WC
„ aïeul : Yu ^: ,j Hi-taou f^ H
„ père : Choen f^» „ Jen-taou tl jj^
Les tombes des Empereurs Yiien, Heng et Yu furent construites à 30 li au nord de
8e-tcheou fH Jn ' ville du Ngan-hoei, au N. O. de Nankin, à 4 jours de marche. Elles
furent officiellement désignées sous le nom de Taou ling j£ Bc*
La sépulture de l'Empereur Ohoen, ou Jen-taou, appelée le Yng ling, puis le Hoang
Ung S Kl fut construite en 1369, non loin de Fong-yang fou flti IS /iï'
Là reposent aussi cinq frères de Jen-taou (créés Wang ou Bois feudataires) dont
trois avec leurs femmes, qualifiées reines.
T^ne autre sépulture impériale, le "cimetière de la tour blanche" H Ms Jft » à 25 li
au nord de Fong-yang fou, renfermait les restes des autres membres de la famille de
Hong-ou, qu'il anoblit à son avènement. A côté de ces "Princes" étaient enterrées quatre
de leurs femmes.
Dans une visite à Fong-yang fou, le fondateur avait résolu de transporter les restes
de son père Jen-taou au Tchong chan près de Nankin, à sa propre sépulture. Mais il se
contenta d'agrandir la tombe paternelle, ce Yng ling ^ K' nommé plus tard également
Hoang-Ung "Tombe impériale'*. (Cf. de Groot, p. 1274). Sous les Ming l'on entretint 'reli-
gieusement ces cimetières, le PaMaditimi de la dynastie.
$ I. LIEOU PÉ-WEN FORTIFIE LES CAPITALES. 165
Alors (10®L. 1368), on recreusa le lac Heou hou et le canal
Longf-wan ho f| f^ f^ (près de Koan-ti miao). Pour la première
fois (12® L.) Hong-ou sacrifia à la Terrasse Yuen KHeou ^ £.
On éleva à Ki-long chan ^ |{ [Ij une terrasse rituelle, destinée
à des sacrifices aux mânes des généraux morts à l'ennemi ou
pour la patrie, tels que Hou Ta-hai ]§g ^ ^:
En outre, à la fin de cette année 1368, l'empereur fît disposer
en public un grand tambour, appelé le Teng-wen kou S |^ |$,
sur lequel pouvaient frapper tous ceux qui avaient quelque
réclamation urgente à faire parvenir au Souverain.
En quête du vrai mérite, il sut découvrir celui du D"* Lieou
Pé-wen $J fjÊf jg, qui, «pour ne point servir les nouveaux maîtres
de la Chine, s'était caché, et voulait vivre dans l'obscurité.
Comblé d'honneurs, chargé de plusieurs ambassades, conseiller
et ministre, il ne délaissa point la littérature, mais il s'y fit un
nom durable. «C'est h lui que Ton doit la construction de la ville
chinoise, Nan-tch'eng, à Pékin». (Mg^. Favier, Péking, P. 130).
Auparavant, il avait pris une part active au tracé et à l'exé-
cution des nouvelles fortifications de Nankin capitale (1).
Gundry lui prête le projet d'enfermer dans un mur de circon-
vallation la sépulture dynastique des Ming, au pied du Tse-kin
chan, avec les positions voisines, dont l'occupation aurait rendu
les assaillants maîtres des Tombes, disgrâce suprême pour un
monarque chinois. Telle serait l'origine du Wai-tch'eng ^ J|^,
T^ou-tch'eng J^ ^ ou Kouo-tch'eng ^|5 JS» «l'enceinte extérieure»
(cf. suprà). Le grand ministre acheva la construction des portes
(Koan-yn men Ijj^ ^ P^, Kao-k'iao men iS ^ PI» Kiang-^tong men
ÎL^ P5 — )î se réservant de les relier ensuite par des remparts
continus, travail qui ne fut jamais qu'imparfaitement exécuté (2).
Un nankinois me racontait ces jours-ci que le Prince héritier fut
exilé à Pékin par son père, pour avoir raillé le système défensif
(1) On lit sur la carte des tche, «Ville impériale sous les Ming» au coin NE de cette
ville impériale : «Enceinte commencée la deuxième année de Hong-ou, 9« lune; terminée
la 6* année, 8^ lune.» Le plan porte à cette môme place : Siao-tcheng h\\ ^ \ mais ce
n'est qu'une indication, car le dessinateur (ou l'auteur) a manifestement confondu
l'enceinte de la ".ville impériale" avec celle de la "ville tartare" actuelle. Au reste, je
reviendrai sur la discussion topographique de ce Plan des Tche^ inexact par endroits,
inconciliable avec le réel état des choses, alors et aujourd'hui.
(2) Gunâ/ry, Sketches of excursion to... Nan-king... Shang-hai 1879, — Nous avons
exposé qu'une digue de terre existe seule. L'auteur donne 67 li, 22 milles (35 Kil. Va ) à
la muraille de Nankin, d'après «les mesures relevées par les jésuites.»
Le Mesny's Chinese Miscellany attribue encor: à Lieou Pé-wen des travaux considé-
rables d'endiguement près du lac flbw^r-^se ÇÇ i î dans le bassin de la J3bai ÎbIî la
puissante rivière du Ngan-hoei. Aux environs de Li-choei et de Kin-yong^ des reste de
canaux magnifiques témoignent du talent des ingénieurs de Hong-oUy et de l'incurie de
ses derniers successeurs.
160 cH< k. DYMAsfltt (m*) DIS iciMa^ 13e6<-1644,
Aê la Oftpitald; Il aurait prétendu qull aufait suffi à retitiemi
d'établir un fort d'attaqU0 sur la montagne de Tse-hin ûh&n. et
que Nankin aurait été contraint de se rendre: ainsi parle la
tradition locale.
Dès 1368 aussi, Hong^u avait créé un Collège impérial à
Nankin. Ce T'ai^hio Hi^ ffk ou Kouô^têê hio -^ H s'élevait au
]7as de Kt-^min^ se ||| Q| s^, près du site occupé, depuis 1869,
par le Koan^'U miao R ^ jj|, la Pagode du dieu de la Ouerre (1).
La 15* année de son règne, il y bâtira en outre un temple à
Confucius, après avoir sacrifié un boôuf au pédant moraliste.
L'édifice fut brûlé sous Kia^k'ing ^ J| (1760-1820) et peut-être
relevé à cette date; je n*en ai retrouvé que quelques maigres
traCèS perdues dans Therbe. Après la reprise de Nankin sur les
T'ai^p'ing ^jj; ^^ on le rebâtit, il y a une trentaine d'années, sur
la butte du Tch'ao-t'ien kong, qu'il couronne aujourd'hui. Alors
aussi, le KoUO'^tse kien H ^ £^ le Ming^luen t'ang f^ Ht 'St ^^ 1^
Fou-^tëe miao ^ '^ J{| (Pagode de Confucius) formaient une sorte
de groupe savant, composé principalement d'un Institut, d'une
Bibliothèque et d'Uft Temple (2).
Soucieux du relèvement des études classiques, en inaugurant
une nouvelle dynastie chinoise, le fondateur rétablit, en 1369, les
collèges de département et d'arrondissement dans tout l'Empire.
Ii'annéé suivante, il consacrait par un édit (d'ouverture solennelle
ddS concours littéraires d'après le programme qu'il avait lui--
même rédigé» (3). A la fin de 1370, il pressait officiellement les
grands généraux d'assurer l'instruction de leurs enfants. Tel
Napoléon, au milieu de ses victoires (10 mai 1806), lancera le
décret de fondation de son Université impériale.
A la l*re lune de 1369, le dieu protecteur des muM et fossés
dé Nankin, le rc/i'eng-/ioang ^ 5|, fut canonisé avec quelques
autres divinitéii de l'Empire. Dix temples furent érigés aux
abords du Pé-ki ko, parmi eux le Kong-tch'en miao ^ S iMi
ou pagode des généraux célèbres (cf. infrà). Sur les bords du
lac Héou hou ^ iH, on éleva un temple pour les sacrifices au
(1) Ce détail se trouve consigné dans la longue inscription (composée par le vice-
roi Tseng Kouo-fan^ écrite par son frère et successeur Tseng Kouo-tsHuen), dressée dans
la pagode de Confucius, sur le Tch^ao-t^ien kong.
(2) Cf. Croix et Swastika (Var: sin n*3).
Kappelons que, dans certaines grandes villes, le gymnase littéraire où sont inscrits,
comme élèves, tous les bacheliers, s'appelle Hio-kong 5p a i PUin-kong î¥ S * H est
attaché à la Pagode de Confucius, nommée Fow-^se ?ntao :^ ^ J^) Cheng-miao s
J[^ ou Wen-miao ^ Jl^t par opposition à Ou-miao % JW (Koan-ti-miao), la Pagode
des militaires. A Péking, le Gymnase ou Collège officiel s'appelle Tai-hio jJC ^
ou Kotw-tse kien. Cf. Var. sinol. Pratique des Examens littéraires^ par le P. Et. Zi
p. 9, note.
(3) Lire dans Biot, Essai sur VInstruction publique en Chine, p. 428 et seq. de
nombreux détails sur cette ox^anisation.
s 1. HONGh-Ôtl— -ÏRAVAtJX iPt&LIGd. 467
dieu des chevaux (1). Alors enfin on commença dans la pagode
de T^iert'kiai se 3^ 5?^ ^, à gauche sur le chemin de T'ai-p*ing
foU) près du tombeau de Song Tcfi'eng $[c J^» 1^ rédaction des an-
nales officielles de la dynastie des Yuen (2)7
Impuissant comme nous à pénétrer Tavenir, Hong^ou nomme,
la 3® année de son règne (1370), Prince de Yen ^ (Pékin), Tchôu
Tai^Jjgl^, son 4® fils, que ses rares qualités allaient tant illustrer
sous son titre de règne Yong-to :3C Kl (3)* Suta et Li Wên^tchon^
rentrent à Kien-k'ang (11® L. 1370); le Souverain va les recevoir
jusque sur les rives du Yang'^tse et les comble de faveurs trè«
méritées, titres, honneurs et apanages ert biens-fonds.
Pour remercier les dieux, il offre de nouveaux et solennels
sacrifices aux mânes des officiers et soldats tuéS à l'ennemi.
Alors aussi fut mis à mort le ministre rebelle Yang Hien j§^ ^
(cf. infrà). Le Tch'eng-hoang miao ift Pi J^ fut achevé et l'on
bâtit la sallç Fong*^sien tien ^ ^ JK* Hong-ou y préside Texa-
men des bacheliers en 1371. Alors enfin et les années suivantes,
on répara les murailles de la capitale. L'empereur, à la l^re lune
de 1372, se rendit à la pagode de T'aUp'ing hifig-kouo se ^ zp,
^ P ^ (Ling-kou se), pour y honorer publiquement les pous-
sahs ; le lendemain il organisa un divertissement. Une fête de
nuit, pour ses mandarins, sur les eaux de la TsHn Hoai,
Le Temple de tous les rois et empereurs fut construit à
KUming chan et il y sacrifia l'année suivante. Il projeta aussi
de bâtir sur la butte de Che^tse chan ( dominant Hia-^ioan) xxti
Pavillon appelé Yué-kiang leou K 2C S» ^^^^ les travaux ne
furent même pas commencés. Toutefois, ce Yué^kiang leou avorté
conquit une grande renommée, grâce à une composition du lettré
Song Lien ^ J|È, qui, sur l'invitation de l'empereur, décrivit la
situation pittoresque de cette colline.
Aux premiers mois de 1375, Hong -ou dédia auprès de iîCi-
ming chan, un Temple Spécial à 108 généraux de mérite morts
à son service. A la première lune de la seconde année de son
règne, il avait lui-même déterminé leur place dans ce Kong^tch'en
miao.
Voici, d'après l'abbé Delamarre (op. cit,) l'ordre de ce clas-
sement (nous respectons l'orthographe de l'auteur).
(1) Pékin possède encore le sien, où l'Empereur envoie sacrifier à des dates déter-
minées par le Calendrier oMclel,
(2) Cf. Catatogue de la Soc. asiat. de Chang-hai. ''Bitual services during the Mmff
dynaaty" 10 vol.
(3) A la 1*" lune de 1.378 «l'Empereur créa Princes cinq de ses fils.» Tch^oen ff^i
prince de Chou S ' ^^ ffi ' prince de Siang ftH î Koei ^ » prince de Yw JR î Yn |5|»
prince de Han )||| î Tché fla » prince de Wei fÇ î plus tard, Koei changea son titre pour
celui de Tai Tv » Yn pour celui de SouM'i Tché pour celui de Liao jS' Delamarre. p. 65.
v'VU-i
'È-^"^.. ii
-"^>i
s I. HONG-OU. MORT DE l' IMPÉRATRICE, 1382. 169
des moissons, aux fleuves et aux montagnes (1).
Des fils de mandarins militaires furent désignés pour suivre
les cours de l'École nationale de Kouo^tse kien H -? S brillam-
ment recrutés (2). •
Durant l'hiver de 1377, un tigre (panthère?), entré en ville par
le Han-si men, mordit plusieurs personnes.
A la 11® lune de cette année, sacrifice impérial au Ciel et à
la Terre dans la salle Fongsien tien $ 3fe -K-
Pendant une audience matinale de l'Empereur aux mandarins
locaux (l^re 1. 1378), la cloche du palais se rompit en deux mor-
ceaux, aux premiers coups des tintements. Présage funeste,
qu'on parvint, semble-t-il, à conjurer.
L'année suivante, Hong-ou se composa une sorte de Conseil
d'État, à voix consultative, formé des notables de Nankin.
L'année 1380 débuta par la révolte, promptement étouffée, du
ministre Hou Wei-yong ^ '^ JM^ bientôt condamné à mort. La
ibudre tomba en été sur la salle Kin-chen tien iS ^ >^*
Par ordre impérial, on cessa alors les travaux du palais
Wang fou 3£ JjJ, appelé aujourd'hui le Kieou-wang fou ^ ï /JJ.
Malgré les mille soucis absorbants de ses expéditions mili-
taires, Hong-ou ne laissait point refroidir son zèle pour l'instruc-
tion publique. Un décret (1^^^ i, 1381) prescrivit aux fils des
princes d'aller étudier à l'École nationale du Kouo-hio g ^.
Quelques mois après, on construisit au bas de Ki-ming chan (3),
le nouveau collège du Kouo-tse kien g ^ ^, qu'on agrandit encore
en 1384. L'ancienne école du Kouo-hio, sise au bord de la Ts'in
hoai, ne fut plus que l'école régionale de la préfecture Yng-Vien
fou m^ M^ (8' 1- 1381.)
L'empereur ouvrit l'année 1382 par un banquet aux manda-
rins dans la salle Kin-chen tien (cf. supra.) Les chroniques
relatent qu'on entendit pour la première fois la musique complète
en 9 couplets (iô ffl :ft. ^ 1^0
Ma-c/ie ^ _5^, l'impératrice régnante, qui exerçait un si
heureux ascendant sur son époux, mourut âgée de 51 ans, 8®
lune de 1382. Elle fut enterrée au ifiao ling ^ g^, (Hoang
ling Nankin.) au 45® jour après sa mort de Huit ans auparavant
(11® 1. 1374), à Toccasion de la mort d'une de ses femmes
(1) Ce dernier temple était probablement celui dont il reste quelques vestiges à la
sortie de Hong-ou men. Cf. Croix et swastika p. 231, où, par inadvertance, et sur la foi
d'autrui, je l'ai pris pour une rotonde. Il était rectangulaire comme les autres.
(2) L'histoire se répète : «La volonté de Napoléon I est qu'il soit fait choix de cin-
quante familles par département, dont les fils, âgés de 16 à 18 ans, devront du jour au
lendemain entrer à l'École militaire, sans autre raison que tel est le bon plaisir impérial.»
C*« d'Haussonville. Réponse au Disc, de récept. à l'Académie française, de M. Albert
Vandal — Dec. 1897.
(3) Site actuel du Koan-ti miao.
170 GH. 1. DTOA8TIB (jJLl*) DIS MIN&, 1368^1644.
nommée Suen ^ JK ^^ Hong^ou avait publié le Hiao^tse lou ^
% iK ou «Registre de la piété filiale.» Cet ouvrage, ce code
rituel, renferme et promulgue les règlements du deuil pour tout
l'Empire. (Delamarre, op. cit.)
L'impératrice défunte fut nommée Hiao-^tse ^ ^ «pieuse et
clémente». Ses obsèques eurent lieu à la 9" lune de 1382. «Tous
les princes, relate l'Empereur Kien-long ^ m, s'y rendirent.
Avant qu'ils repartissent, l'Empereur ordonna qu'il fût donné à
chacun d'eux un bonze pour réciter les prières, et avoir soin du
culte de Foyy. Le bonze Tao Yen Ji[ Ifî (1), attribué au Prince de
Yen ^, le futur Yong-lo, se lia dès lors intimement avec lui. (cf.
Delamarre, op, cit., qui traduit Téloge de M&^che),
Cette année même, Hong^ou, à l'imitation de T'ai^-t^ou j|c jjj£, le
fondateur des Song 5|^, envoya l'académicien Ts'ai Yuen et d'autrêâ
mandarins, faire une enquête dans toutes les provinces sur l'état des
sépultures impériales, en vue de les restaurer et d'y rétablir l'usage
des sacrifices habituels. On lui adressa des rapports sur trente-six
de ces tombeaux dynastiques (V. Appendice). Il prit immédiatement
des mesures pour remettre le tout, sépultures et sacrifices, dans
un ordre convenable, (de Groot, p. 229.) îti^^Mft^ïBI*-
Au cours de l'année 1383, le grand Temple de la sépulture
impériale que se construisait Hong-ou (au Hoang llng actuel) fut
achevé. Il fut solennellement inauguré par un sacrifice qu'offrit
alors dans ses murs l'héritier présomptif |66 ^X iC *?? entouré des
princes du sang (de Groot, ibid.)
§11.
GÉNÉEAUX DE IIONG-OU.—SA MORT.
Cependant, les événements survenus aux confins de l'Empire
avaient épargné à Su Ta, à Li Wen-tchong et à leurs collègues
la tentation de s'amollir longtemps dans les délices de cette
Capoue nankinoise. Le premier avait été réexpédié au nord,
pour achever la conquête du Liao-tong ^ )g ; des difficultés im-
prévues la retardent, et on le fait appuyer par Ma Yun ^ g et
Yè Wang H g£, qui lui amènent des renforts par mer (1371.)
On réduit pour un temps les pirates du Fou-kien, ravageant la
côte sud-est.
L'année précédente (5® 1. 1370), était parvenue à Nankin
l'heureuse nouvelle de la victoire remportée à Pékin sur les Mon-
gols (Yuen). En action de grâces, l'Empereur alla sacrifier au
(1) Tao Yen Ja ffif devenu grand conseiller du prince Yen ^ ( futur Yong-lo
^ ÇJS) changea son nom en celui de Yao Koang-hiao fSz >R ^*
I II. atifiRAfis Dfi uom^ov. 171
Ciel sur la Terrasse du midi, et au temple dynastique du T'ai
^^ao ik JE-
Triomphant partout ailleurs, Hong-ou eut plus péniblement
raison de ces insurgés du Fou^kien. L'on dut organiser contre
eux (1371) une formidable expédition. Fou Yeou-té ff ^ fil»
généralissime des armées de terre, et servi par quelques-uns des
meilleurs généraux, si souvent nommés dans ce tableau histori-
que, obtient enfin des succès décisifs.
Su Ta, à la tête de 400.000 h., poursuit Hong Pao-pao ^
^ ^ en Tartarië, et le défait en mainte rencontre. Le vaincu
ne mourut qu'en 1375.
Les années suivantes, la lutte se concentre au nord: les ofïî-
oiers de Hong^ou y restent à la hauteur de leur tâche difflcultueuse,
tandis qu'une double tentative contre le Vun-tian, en 1372 et
1375, aboutit à un double échec. Les généraux Wang wei 3Ê |t
et Ou Yun :^ ^ y succombent.
Ma Yun et Yé Wang sont fortement pressés, au Liao-^tong,
par Na-haUtch'ou Jjft ^ {IJ, général des Yuen. Puis, les troubles
recommencent au Chen-si g)^ |f ; Teng Yu ^ ^ ei Fou Yeou^té
19 ^ IS y défont les Mongols. Des hordes insoumises et remuantes
s'agitent aussi au T'ou-fan (ïf f| c. à d. au Thibet (1377) sur la
frontière du nord-ouest; Mou Yhg jifc ^ marche contre elles.
En 1381, ce sont les Yuan qui nécessitent une nouvelle et
lointaine expédition au nord du Hoang ho. Hong-ou, de Nankin,
organise et dirige, avec un rare coup d'œil les mouvements de
ses troupes sur l'échiquier de son Empire ; il entend réduire enfin
le Yun-nan par les armes ; il y envoie Fou Yeou-té j^ j^ %, qui
disposant de 300.000 h., remporte plusieurs victoires chèrement
disputées (1382).
Sous ce généralissime. Se distinguèrent au Fun-nan, contre
le général Mongol Taiima ^^]Sii ^^^ ^^ ]Ê3Êî honoré du titre
«Marquis de Yùng^tch'ang heoum ^ ^ ^, et Mou Yng ^ ^,
honoré aussi du titre «Marquis Se-p'ing heou» |f ZjS ^ (1). De
cette époque date la pacification progressive du pays; mais l'as-
similation définitive de cette province peu chinoise, ne s'accomplit
que plus tard, et non sans heurts.
La frontière ouest du Se^tch'oan se soulève à son tour. La
gloire des Ming franchit pourtant les limites de leur empire: le
roi de Corée «envole rendre hommage et payer tribut» (1383.)
Kong No ^ Sft, descendant de Confucius, reçoit en 1384 le
titre héréditaire de Comte, Hing^cheng kong ^ ^ g». En 1374
(Delamarre, op. cit.) on construira un temple à Confucius, dans
la ville de KHu-f^ou ^ ^, sa patrie ; et 1397 verra l'achèvement,
dans l'école nationale du Kouo*-tse kien^ de la pagode élevée au
(1) Infrà Ou San-koei ^ ^ ^- Les Miao-tse "ffiT ■? et les Lolos ^ ^ sont
encore réfractàires â cette aèsîffiîlàtiôh. Ct. E. ttcôhôî*. tuhnan. p. 176.
172 CH. X. DYNASTIE {XXV) DES MING, 1368-1644.
célèbre philosophe. Non loin de là, au sud de Ki-ming chan
JP Ri lll> on avait élevé, en 1394, le temple funéraire de Cheou-
t'ing heou ^ i^ ^ (Koan-yu) de la dynastie des Han (Ph. I et p. 41.)
Vers la fin de 1386, on construisit les portes T'ong-tsi men ^^
f^ , TsiU'pao men ^ ^If P^ , San^chan men H llj P^ ^t Hong-ou men
^ Jlg P^, là où elles figurent sûr le plan actuel de la ville. D'alors
aussi datent les murs qui endiguaient le lac Heou hou au nord-
ouest. Nombre d'édifices publics, de ponts, de rues, remontent
à cette époque.
L'année suivante on construisit aussi au midi de Ki-ming
chan les temples funéraires de tous les mandarins, morts au ser-
vice de leurs souverains, dans les temps précédents; par exemple
Tsiang Tse-wen ^ ^ ^ sous les Han ; Pien K^oen -|C ^ sous
les Tsin; Lieou Jen^chen glj t Ift ^^^^ ^^^ ^*^^ T'ang: Tsao Pin
Ifl 1^ sous les Song; Fou Cheou fj^ ^ sous les Yuen.
En 1388, Tincendie dévora le temple de tous les rois et em-
pereurs et les pagodes THen-kiai se J^ ^ ^ et Neng~jen se |g
^ ^ subirent le môme malheur. En outre la foudre frappa
deux fois le Hong-ou men.
En 1391 l'Empereur invita les riches familles à venir se fixer
dans sa capitale, magnifiquement embellie par ses soins.
L'intrépide Li Wen-tchong, cousin germain de Hong-ou, et,
après Su Ta, son plus ferme appui, était mort en 1384. Deux ans
plus tard, Na-ha^tch'ou rentre en campagne avec plusieurs centaines
de mille hommes. Hong-ou lui oppose des troupes plus aguer-
ries, équivalentes en nombre, et rangées sous les ordres de Fong
Cheng ^ J|p, de Fou Yeou-té ^S ;^ ft ®* ^® ^^'^ ^^ 3Ê H- Har-
celé sans répit, Na^hà-tch'ou mit bas les armes et fut créé Comte,
conformément à la prévoyante politique du vainqueur. Pourtant
Lan Yu eut encore à lutter les années suivantes (1388) contre les
Mongols, qui, défaits coup sur coup au nord, et insoumis, n'in-
terrompent guère leurs escarmouches contre les Chinois. Hong^
ou nomme donc (1390) Fou Yeou-tè généralissime de ses troupes
en Tartarie, et, sous lui, ses deux fils, les princes de Tsin et de
Yen, qu'il distribue sagement en deux corps d'armées différents.
Malgré les succès du prince Yen, la campagne s'éternise ; elle
rend même urgente une contre-marche offensive, à l'ouest vers
H ami.
Le roi des îles Lieou-kieou ^ ^ envoie (1393) ses fils et ses
frères cadets étudier au Collège impérial de Nankin. Nous pré-
sumons qu'il en avait reçu l'invitation spéciale.
L'année 1392 est assombrie par le trépas de l'héritier de l'Em-
pire, Tchou Piao :3cMî très justement populaire, et rentré à Nan-
kin cinq mois auparavant (Delamarre). Il fut surnommé ^ ^
«le Bon, l'élégant.» L'Empereur convoqua au palais les grands
mandarins. «Le D*^ Lieou San-ou 59 H © ^^** ^® petit-fils de
l'Empereur est de la légitime Impératrice, le vrai héritier de
s II. MORT DE PIAO, FILS AÎNÉ DE HONG-OU, 1392. 173
TEmpire. L'intention de l'Empereur fut aussitôt déterminée (1).
La liste des Tombeaux des diverses dynasties indique comme
reposant au Hoang ling ^ g^ (Ming Kao ti Hiao ling BQ ^^ ^
^): Hong-ou, sa femme Hiao-ts^e Hoang^heou Ma che ^
© M J5 et leur fils l'Wen t'aUtse ^ 35C ic ^•
L'Empereur fit enterrer Ma heou ji| JS" (9® 1. 1382) et son fils
aîné, morts de son vivant, à l'endroit choisi pour sa sépulture; un
tertre immense (triple jadis au sommet, dit E.T. Williams, unique
aujourd'hui) y recouvre les trois cadavres, réunis dans ce cime-
tière dynastique. Hong-ou, qui réduisit de 27 mois à 27 jours «le
temps qu'on mettait à pleurer les parents défunts, porta pendant
trois ans, contre la coutume, le deuil de l'aîné de ses fils, le père
de Kien-wen ti (Hoeiti), son successeur immédiat, (cf. du Halde,
I^ p. 444.) D'autres estiment, conformément à la tradition, que
le cadavre de Piao ^, l'héritier présomptif, le fils aîné de Hong-
ou et de Manche, fut déposé à l'est du Hoang ling, hors de l'en-
ceinte funéraire, là où des alignements de bases de colonnes
prouvent l'existence d'assez vastes constructions, (cf. de Groot,
p. 1267, op. cit.)
La mort prématurée du jeune prince (25® année du règne,
4® 1.), six ans avant qu'il pût succéder à son père, devait amener
les plus graves conséquences pour la dynastie des Ming, le pays
de Nankin, et même pour la Chine entière; on^en jugera en son
lieu, nHong-ou déclara prince héritier l'aîné des enfants de celui
de ses fils (c. à d. de Tchou Piao) qu'il avait désigné son succes-
seur avant sa mort. ' Cette disposition déplut à quelques-uns de
ses autres fils, qui aspiraient à ce rang, et fut la cause de grands
troubles» (2). La dignité de prince héritier fut dévolue à Hoei ti
M îfî (c'est-à-dire Kien-'wen ti) fils de Piao^ auquel il devait
(1) Delamarre, op. cit, p. 106. Cf. 1392. 9« lune ^^-^"iCJJÏÏi^^^B!
(2) De Mailla, X. p. 98.— Cet historien mentionne à peu près tous les fils du fonda-
teur. Après Tchou PiaOj l'aîné et héritier défunt, venaient le Prince de TsH^i ^ et celui
de Tsin, puis Tchou Tai ^ ^ (aliàs Yong-lo ^ |j|) envoyé en 1370 à Pékin, comme
Prince de Yen, et enfin les titulaires des principautés de nMing, Siang, Tsi, Tai, Chou,
Tcheou, Pé, Po, Koei....n Certains auteurs donnent 12, d'autres 16 fils à Hocg-ôu.
Delamarre, relate «en 1391, 4« lune, la nomination de dix fils de l'Empereur
comme Princes.» Choang iRÇ (nom posthume Min ^) second fils de l'Impératrice, reçut
en 1370 le titre de TaHn wang ^ ^ "Roi de TaSw" et se rendit huit ans après à Si-ngan
fou, centre et siège de son Gouvernement. Il mourut en 1395. Au 15« siècle, l'un de ses
descendants répara le monastère où l'on transporta (1625), lors de sa découverte, la "Stèle
(syro-chinoise) chrétienne de Si-ngan fou" . (cf. Var-sinol. n® 12.. p. 54.)
A la 7® lune de 1391, l'empereur confia à Tchang Tsong-tsiun et à quelques autres
bacheliers, l'instruction de son petit-fils, l'héritier au trône Tchou Yun-wen '2^ ^fCk JS
plus tard Kien-wen Hoang-ti 9I& 5C M W » 2« des Ming. D'après Delamarre (1385) Su
Ta était gouverneur en second du Prince Impérial.
174 CH. II. DYNASTIE (UI*) DBS MINO, 1368*1644.
assigner plus tard le titre éphémère d'Empereur Hiào-k'ang $^^]
cf. de Groot pp. 1067, 1178.
On se rappelle peut-être qu'en 1392, Lan Fu J|g ^ avait
dirigé une campagne secondaire contre les Mongols, sur les
confins occidentaux du Se-fc/i'oan. Victorieux et récompensé d'un
titre de Comte, Liang'-kouo hong f^H^i lî accusa l'Empereur de
méconnaître ses services. Hong-ou condescendit alors à le nom-
mer T'ai'Che -j^ ^ «grand tuteur» impérial. Ce titre avait suffi à
Su Ta: Lan Yu le dédaigna et se répandit en invectives. Prévenu
de plusieurs crimes, entre autres d'avoir fomenté une révolte, il
fut arrêté. Au cours de l'enquête, l'ingrat mécontent impliqua
nombre d'officiers dans ses projets séditieux, réels ou supposés.
On les condamna à se suicider; lui seul fut livré au bourreau
(1393, l^rejune.) Quinze mille personnes périrent à cette occasion,
et par ces rigueurs Hong^ou compromit à jamais son renom de
clémence (de Mailla),
En 1395, il envoie contre les Mongols, en Tartarie, l'énergique
et habile prince de Yen, qui leur inflige de sensibles défaites.
Le futur Yong-lo préludait à sa destinée prochaine.
Le fondateur des Ming s'était entouré, on Ta constaté, d'une
pléiade de capitaines et hommes de guerre, dont, à l'exemple des
plus fameux conquérants, il sut démêler les aptitudes, discipliner
l'activité, exploiter les talents, et centraliser les efforts. En fait,
plusieurs réalisaient le type, peu chevaleresque, du soudard
chinois, pour qui un stratagème n'est souvent qu'un manque de
parole. Il fut, en 1369 (4* lune,), profondément affecté par le
trépas d'un de ses meilleurs généraux : «La mort de Tch-ang
Yu^toh'oen '^ jH #, écrit de Mailla, fut une grande perte pour
les Ming; c'était sans contredit le plus brave et le plus intrépide
de leurs offîciers. L'Empereur nomma Li Wen-tchong ^ ^ ^
pour le remplacer» (1).
Il perdit encore, en 1384, ce même général Li Wen^tchong,
son proche parent, mort à l'âge de 46 ans et l'un de ses plus
précieux auxiliaires; fidèle ouvrier de la première heure, le défunt
était devenu son favori, son ami. Des talents et goûts littéraires
s'unissaient en lui aux quçilités de l'homme de guerre incom-
parable. Hong-ou l'avait fait Comte sous le nom de Ts'ao-kouo kong
V S &* après sa mort, «il le créa Prince de premier ordre, sous
le titre de KH-yang wang j^^ |^ £: il composa lui-même son
éloge, qui fut gravé sur son tombeau, et il fit mettre son portrait
dans une salle construite auprès de celle des ancêtres de la
(1) De Mailla, X. p, 30. — Voir aussi De Groot, The religioita System of China (Vol.
II, book I, p. 698), qui cite un décret de Hong-ou (1369) au sujet de la tombe de ce Tch^ang
YU'tch^oen ^ iQ ^ • C'est celle dont les débris, mandarins et animaux de pierre,
jonchent les environs (sud-est) du camp T'in^-Aoei ^ ^) établi sur une butte à la
sortie de T^ai-pHng men ^ ^ P J ' an bas des contreforts sud-ouest de Tchong chan.
J II. SÉPULTUREB DE 8U TA BT LI WEN-TCHONG. 175
famille impériale, destinée à placer les tableaux des officiers qui
l'avaient le plus aidé à faire la conquête de l'empire.» (De Mailla,
X. 87.) Nous savons de quelle salle il s'agit (1).
Cette sépulture, de dimensions remarquables, subsiste encore
dans ses parties essentielles, au bord de la route, hors de T'ai-
pHng men, à trois kilomètres de cette porte, à Tabri de Tse-kin
chaUj et tout près de la pagode Tsiang-xçang miao ^ ^ j^. Nous
la décrirons ailleurs.
Elle est à peine à un demi-kilomètre au nord de celle encore plus
importante de Su Ta, (Ph, XXXIII.), né à Yang-^tcheou, décédé en
1384, à 54 ans. Hong-ou reconnaissant de ses inappréciables
services, le combla, vivant et mort, d'honneurs extraordinaires. Il
fut également créé Prince de premier ordre (Wang 3£, équivalent
à Roi, mais non à regulo) sous le titre héréditaire de Tchong-chan
wangf 4* lll î> et il représente assurément l'une des plus méritantes
illustrations du nobiliaire ou armoriai chinois de l'époque. On
vante son admirable modestie. «Il avait conquis, écrit Kien-long,
une capitale, trois provinces, plusieurs centaines de villes, et au
jour de sa rentrée à la cour, sans faste, avec une seule voiture
(sic), il se rendait chez lui» (2). Il nous faudrait répéter à son
sujet une partie de ce qui vient d'être exposé relativement aux
distinctions conférées à Li Wen-tchong, son émule de gloire (3).
(1) Delamarre, op. cit. note : 1383, 17® année, S® lune, mort de Li Wen-tchong^ duo
de T^sao. Titre posthume: Prince de Ki-yang; surnom: JÇ î^ guerrier paisible (cf.
ibid. son éloge).
(2) Delamarre op. cit. — «1385 2« lune, Su Ta, duc de Wd^ gouverneur en second du
prince impérial, meurt. Surnom : guerrier paisible» jSJ ^•
(3) Les visiteurs indigènes admirent dans une des salles de Mo-tcheou hou ^ !Sl
"jn (ouest de Choei-si men^ hors ville), un assez bon portrait de Su Ta. Un autre se voit
\ à Fong-yang fou. Intelligent et énergique, on remarquait en outre sa belle prestance. E.T.
Williams lui assigne le rang de «grand ministre de la Droite" ^ ^ W et à Li Wen-
tchmig celui de "grand ministre de la Gauche" 2c 38 tB*
Le Ta-hong fang j^ 55 4ff "l'arcade des mérites insignes", qui traverse le milieu
de la rue du Nan men, vient d'être relevé, pour remplacer le portique construit jadis en
l'honneur de Su Ta. Nankin conserve quelques autres souvenirs de lui. Son huitième fils
habitait près de Ta-kong fang ; lui-même possédait un jardin non loin du T^ong-tei men,
auprès des vannes multiples ménagées sous la muraille. Un plan de la ville lui attribue
une autre résidence un peu au S.E. de la Mission Catholique. Le tombeau (haut pilier
montant, isolé du 2îai-?eoM^ au S.O. de la tombe de Su Ta^ est probablement celui d'un
eunuque fidèle à Kien-wen ti et tué par Yong-lo. Mais était-il rebelle, quand on lui éleva
cette vaste tombe si honorable ? N'aurait-il pas été réhabilité ?
L'Hôtel de Li Wen-tchong devait avoir une importance peu commune, car six lions
de pierre le précédaient. Il s'étendait au site occupé aujourd'hui par le grand commandant
de la viUe Tch^eng-cheou-yng Fou-tsiang J^ ™ @ StI 7|Ç » rue Si-hoa men 0f Wft ri
yZ Wi au S.E. de la résidence du Vice-roi, en bordure de la longue rue menant duHan-
si men au Tchav-yang men.
176 CH. X. DYNASTIE (XXI*) DES MING, 1368-1644.
Fou Yeou'té, ff ;$ |S, Comte Yng-kouo kong H B &) vain-
queur du Yun-narij reçut aussi en 1384 Tordre de se suicider. Hong"
ou se vit successivement privé de ses plus utiles compagnons et
collaborateurs, ceux qu'il avait distingués comme chef de bandes,
ou comme empereur. Outre Fang Kouo-tcheng j^ B i^» décédé
(3^ 1. Delamarre) en 1374, la mort lui ravit, en 1392, l'infati-
gable Mou Yng ^jç ^, âgé de 48 ans. Né près de Fong-yang fou,
il resta orphelin en bas âge. Hong-ou l'adopta et Téleva peu
à peu au premier rang. Créé prince après sa mort sous le titre
héréditaire de Kien-ning wangi 8^ ^ ïi il fut honoré presque à
l'égal des précédents. Sa tombe, de modestes proportions, se
rencontre à 20 H au sud de Koan-yn men |K IëF" P^^ colline Tc/ie-
tou chan |i[ ^ ll|. «Peu d'officiers pouvaient lui être comparés
pour l'activité et la bravoure,» affirme de Mailla (1). Hong-ou,
représenté à ses funérailles, composa son éloge «et le fit graver
sur son tombeau». On n'a pas oublié qu'il fut le héros de la
campagne dirigée contre Talima ^ £ ft (1381), soutien de la
dynastie mongole au Yun-nan.
Fong Cheng S| JS "courut ep 1395, léguant à ses descendants
la dignité de Comte Song-kouo kong ^ S &- ^Hong-ou borna
à cette seule faveur la récompense de ses services. La dernière
campagne de ce général en Tartarie lui avait fait beaucoup de
tort.» de Mailla, X. 101 (2).
Quant à l'illustre T^ang /fo ^ t^, mort l'année 1395, il fut
créé prince sous le nom de Tong-ngeou wang ]^ |S £i son portrait
figura «au second rang dans la salle des grands Hommes.» Il
avait suivi la fortune de Hong-ou «depuis sa première campagne
et s'était distingué à la prise de Ho-tcheou.y> de Mailla, X, 101.
Son tombeau se trouve derrière Tchong^chan @ ll| au sud-est
du tombeau de Su Ta^^^; on n'y remarque que quelques animaux
en pierre, mais la stèle a été perdue.
Ce duc de Sin, surnommé «le sublime guerrier», avait plus
de cent servantes et concubines. « Après une maladie, il les
congédia et les récompensa toutes- » (Delamarre, op. cit. p.
113.) Voilà prise sur le fait, dans la rédaction de l'Empereur
Kien-long, l'infamie réelle des héros païens et la vraie valeur de
leur vertu.
Au nord de Yu Hoa-tai, au sud de l'étang réservé devant la
porte de l'arsenal, l'on remarque deux rangées d'animaux alignés
(1) Cf. de Mailla, X p, 97. Cet auteur le nomme parfois Mo Yng f!fC 36* Éviter de
le confondre avec Mao Yuen ^ 7C^ tin autre général qui a son tombeau à 20 Zi au sud,
près de celui du grand eunuque io MO Tche-yuen ^ S 31 et de la pagode Tsing-ming-
se mm^'
(2) Infra, Hou Ta-hai.
Le QaI Mou Yng habitait, dit-on, sur l'emplacement du palais actuel du vice-roi.
f n. SÉPULTURES DES GÉNÉRAUX DE HONG-OU. I7t
sur la tombe du général Yu T'ong-hai ^ ^-^ (1). Le général
Hou Ta-hai tS ^ ^ leur collègue, a la sienne beaucoup plus au
midi (15 li) dans une vallée occupée en partie par la pagode de
M ^^ auprès de Ts'i-kia chan jg|^ (I]. Le général Kou Hing^
tsou JS J^ j^, qui s'illustra au Yun-nan et au KoeÂ^tcheou, repose
près du hameau Siao-hang >j> J^, à deux li sud de Siao-ngan-té
men. Il mourut en 1462. La route, qui descend de Yu-hoa t'ai au
sud-est, laisse à gauche, une haute stèle sur tortue, accompagnée
de quelques animaux en pierre (2). Là est enterré le Tsiang^kinn
Li Kié ^ g|, père d'une des concubines de Hong-ou, mort en
1368 (3). Sur les pentes voisines restent plusieurs autres stèles
de généraux et d'eunuques, difficiles à identifier sûrement aujour-
d'hui, tellement cette région a été ravagée par les opérations du
siège de Nankin, lors de l'insurrection T'ai-p^ing ;(ç Zp, il y a
trente-cinq ans (4).
L'une des sépultures les plus remarquées sous les murs
de la ville, et la plus considérable de celles du sud, est la
sépulture du général Teng Yu ^ j^^ duc de Wei ^f, mort (11*
lune) en 1377, surnommé le «guerrier heureux» |Ë£)S, avec le titre
posthume de Ning^ho wang ^ fi^ £ (cf. Delamarre). Elle est
caractérisée par un énorme tumulus rectangulaire, en pyramide
tronquée, et précédée des alignements habituels, à Teng~fou chan
9S jif LUi sur la route menant du Nan men h Siao-ngan^té men
*I^ ^ fê " • Cette tombe qui renferme, par décret impérial de
1380, la mère et le frère du défunt, rivalise presque avec les deux
du nord (Su Ta et Li Wen-tchong ). Les descendants du mort
habitent à côté, entretiennent et restaurent ce vaste ensemble
funéraire, où ils ont établi leur sépulture de famille. La rési-
dence de Teng Yu s'élevait au site du Yang^ou-kiu actuel.
Placé avec T^ang Ho sous les ordres de Su Ta, il avait en
1370 combattu Hong Pao-pao ^^{1^ et les Mongols au nord. Il
montra la même intrépidité lors de la campagne qui amena la
soumission aux Ming de la tribu guerrière des Tou-fan pf ^,
demeurés jusque-là fidèles aux Yuen, dans le bassin du Hoang ho
supérieur. En 1377, il fît avec Mou Yn une autre expédition
victorieuse vers les sources de ce fleuve.
(1) Mort avant que Hong-ou ne se fût déclaré Empereur : c. à d. quand il n'était
encore que Ou-wang. La stèle raconte ses campagnes. La famille a son tae-t^ang, salle
funéraire, à côté.
(2) Le sommet de la stèle est un peu avarié : La tortue est tournée vers le S.O.
Les caractères, environ 2600, sont illisibles vers le haut. Deux têtes de dragons plongent
sur les tranches.
(3) Les annales de la sous-préfecture, \hien-tche, affirment à tort que cette stèle
est perdue.
(4) De Groot (vol. III, p. 1693) traduit un décret de ^Song-ou^ daté de 1372, régle-
mentant l'ordonnance des sépultures mandarinales selon la dignité des défunts.
12
178 en. X, DTNA8TUI (ZZV) DB0 MOia, 1366»1644«
Une autre célébrité de ce temps, le général Liso Yong^tchong
M^A^ qui avait pris une part notable à la réduction du Koang^
9i, du Koang^tong et du Se-tch^oan, avait succombé en 1375. De
même, à la 8® 1. en 1398, «Jlfou Tch'oen ^ ^, marquis Si-p'ing
heou H ^ ^, fils de Mou Yng, mourut à l'armée,» dit la tra-
duction de M. Delamarre.
Il faudrait une longue liste pour énumérer Jes personnalités
marquantes de ce brillant état-major: «Hong^ou et ses pairs.»
Leurs sépultures formaient naguère avec quelques autres
une glorieuse et sévère parure de monuments funéraires, aux
abords de Nankin, qui en défend mal les ruines, en proie à un
inexorable vandalisme. (Rome avait ainsi orné de tombes illustres
le développement de ses voies triomphales!) Ces vestiges histo-
riques avivent le souvenir de ces fameux hommes de guerre, et
capables et dévoués^ dont la Chine aux abois trahissait un si
pressant besoin lors de la récente invasion japonaise.... Aucun n'a
su revivre en ses descendants dégénérés.
Sans doute, les batailles de ya-c/ian et PHng^yang, la défense
de la passe de Afo-t'ien ling, ne furent point sans honneur pour
les généraux Songf Tch'engj Tchang Kao^yueUj /-ft'o-rang-a (tar-
tare), Nié Che^tch^eng et Lou Pen-'yuen; le mahométan Tso Pao-
hoei et Yang Chou-chan se firent tuer à l'ennemi ; Tarmée de mer
présenta aussi quelques nobles exemples (1). Je n'hésite point à
rendre hommage à ces saillantes exceptions ; mais
«Un groupe de héros n'en refait point la race,
Et c'est un triste peuple où l'on doit les compter ! »
Je lis dans la traduction de VHistoire des Ming (Delamarre) :
1375-^A la 4* lune, cessation de la construction de la capitale du mi-
lieu Tc/ionfif-tou tfi ^, c'est-à-dire Fong^yang fou HL S /jjï. D'abord
l'Empereur voulait, comme sous les Tcheou et les HaUj avoir deux
capitales ; maintenant à cause des dépenses et des fatigues, il fait
cesser les travaux. Ainsi s'exprime iiC'ten-fong, sans autre explication.
A la septième année de son règne (1374), Hong^ou entreprit
l'embellissement, presque la création de Fong-yang fou, sa patrie,
et donna à son enceinte, auparavant de terre, un développement
de 30 kilom., avec 12 portes (2). Il nourrit quelque temps le fastu-
eux projet d'y faire surgir une capitale improvisée; mais il lui sub-
stitua justement Nankin, et ce serait une longue besogne que celle
de détailler ce qu'il fit pour lui. Il se contenta de doter Fong^yang
fou d'un haut beffroi et d'une riche pagode bouddhique ; naturelle-
ment, il y avait érigé à son père une somptueuse sépulture.
Orosier (Descript. de la Chine, p. 30) donne 100 pieds de hauteur
au «dongeon bâti au milieu de la ville, en forme de carré long...
C'est, dit-on, le plus élevé qui soit à la Chine.»
(1) Cf. North-China Daily Nema, 13 janv. 1898 *^8ome Chmeae Gênerais in the
late war" article reproduit du Naval and Military MagaMne.
{%) D'après les Fong-yang-fou t'che lH ffi /i^ j^) au commencement, il y eut 12
portes, mais dans la suite on en a supprimé trois.
s II. SÉPÛLTIÎRËB DÈS AKQÊ'TRIB DH KONa^OO k fOK&-YÀKG FOU. Itd
L'on n'a point perdu de vUè en effet, que Jen*^têOU(lSmpi Ghûëm)
le père du fondateur, établi à Fon^-t/ang ^ %, ttvaît été enterré aux
environs. Ce fait avait tout d*abord décidé Hong'-ùu h y établll*
âa capitale. «Au 9® mois de la 2* année de àôn règne (1869), il
fit commencer la construction des murs de la métropole centrale,
à ÏO. de la vieille capitale de oe département. Oes murailléM
furent terminées au 12** mois de l'année suivante. Elles avalent
50 li et 443 pou de circonférence. Au Centre s*élevatt une Cité
impériale (poUr le palais) de 9 li et 30 pou de Oîroonférenoei âved
une «porte méridionale regardant exactement le sud.» (Htêt: des
Ming, citée par de Oroot p* 1269.)
Jamais la cour n'occupa cette résidence, qu'on entretint pour-
tant soigneusement ; car elle offrait un casernement commode à la
garnison protégeant le Hokng ling ou Tombeau de Jen^tsôU 1 1R,
à 30 li au 8.0*
La 19* année de son règne, Hong^ou envoya Théritier pré-
somptif (^ ^) à Se-*tchôou fg jHi, téparer la sépulture de son
aïeuL Hi^tsou jffi jj|, c. à d. le TsôU ling || g^.
«Il y fit enterrer des couronnes et des costumes en l'honneur
des trois ancêtres impériaux et de leurs principales femmesi» (De
Groot, p. 1273.) Les tombeaux de Té^tsou |||| et de /•fsoit jKU
n'étaient que des annexes du grand Tsou ling de Se-tôheou. En
réalité, avons-nous dit plus haut, les trois tombes deS trois ancêtres
anoblis constituaient ce cimetière impérial du Tsou ling J|^.
Ces monuments ne tardèrent pas à tomber dans le délabrement
habituel. KHen-^long consomma la ruine de la gloire empruntée
de cette cité, en réduisant «son enceinte aux propoiiiiotts modestes
d'environ 12.000 pieds de tour (1754.) A trois H seulement à
l'ouest de l'ancienne capitale, se dressent les remparts de Fong»^
yang hien» (1).
Sans contredit, l'un des plus utiles travaux de Hong-^u était
la route mandarinale, construite de Nankin à Pékin par Finig*^
yang fou. Elle est encore très fréquentée, et quelques réparations
la rendraient aisément fort praticable. BoUvent ^n remblftl, elle
comporte de beaux ponts en pierre ^ spécialement un de 12 arches
avant d*atteindre Fong^yang. De pareilles entreprise* devaient
mieux perpétuer la renommée du grand monarque, que maintes
opérations ou brigandages militaires, qui, grâce au mirage du
lointain et à la complaisance d'écrivains adulateurs, revêtent le
faux éclat d'une prestigieuse épopée.
Par ordre impérial, «une carte générale de la Chine fut
dressée en 1394, carte qui devait servir de base à celle que
firent les Jésuites un siècle et demi plus tard. L'Empire avait
été divisé en neuf états et Hong^ou avait placé chacun d'eux
(1) B. F. Havret. Var. Binol, n"" 2. Laprovinoe du Ngan-ho&i, p< M<
180 CH. X. DYNASTIE (XXI*) DBS MING, 1366-1644.
SOUS Tautorité d'un de ses fils, qu*on appela rots ou princes» (1).
Dans la préface de Touvrage du P. du Halde (p. XXXVII)
le P. Régis expose suivant quelles méthodes les missionnaires
géographes levèrent encore la carte générale de l'empire, à partir
de 1708. On recourut surtout à la triangulation géométrique pour
la Chine (proprement dite. Régis lui-môme dressa la carte du
Kiang^nan, du Tché'ki&ng et du Kiang-si, avec le concours des
PP. de Mailla et Hinderer, ce dernier enterré à Nankin (Yu'hoa
Vai), La carte générale fut offerte à l'Empereur en 1718.
Le travail géographique des Jésuites, auquel fait allusion la
citation insérée plus haut, est principalement représenté par le
Novus atlas sinensis,
Hong-^ou déplorait la faiblesse et l'incapacité de son petit- fils,
créé par lui-même son héritier présomptif (2). Par contre,
charmé des qualités et du savoir-faire du prince de Yen ^^ son
4* fils, il se reprochait amèrement de l'avoir exclu de la succes-
sion au trône. Des conseils avisés ou funestes le dissuadèrent
de rapporter en sa faveur son premier décret, par crainte des
complications trop faciles à prévoir. Très perplexe, il se contenta,
par un moyen terme, de nommer, en 1398, ce prince de Fen chef
de tous les princes, et de lui conférer une sorte de lieutenance
générale de Tempire. Aussi bien «la mort des princes de Tsin
et de Tcin en avait fait l'aîné de la famille,» dit de Mailla
pt, 103.)
De par l'expresse volonté de Hong-ou, son petit-fils Tchou
Yun^-v^en ^ ^ JJ était confirmé dans ses prérogatives ; il restait
prédestiné à recueillir la succession impériale. Quant au souverain,
inquiet de l'avenir dynastique de sa race, le cœur rongé par ce souci
familial, il mourut au 5® mois intercalaire de 1398, dans son «palais
occidental» le Si-kong, à l'âge de 71 ans, après un règne de 31 ans.
Il venait, en prévision d'ardentes rivalités domestiques, de confiner
«tous les princes, ses fils, chacun dans leur principauté, en leur
ordonnant d'y demeurer jusqu'à ce qu'il les rappelât,» (de Mailla,
X. 104.) Kien-r'wen ti j^ 3J; ^, le nouvel empereur présumé,
n'était qu'un débile enfant de seize ans.
Quelque doive être le verdict sans appel de l'histoire, qui,
opportuniste et adoratrice du succès, en Chine comme partout
ailleurs, décerne à Hong^ou le titre de libérateur, il est hors de
conteste qu'il mérite de prendre rang parmi les plus glorieux
monarques du Céleste Empire, reconquis par lui sur les Mongols.
Et combien peu y en compterait-on de sa taille ! On l'a successi-
vement comparé, ainsi que Ts'in Che Hoang-ti ^ f^ i ^^ ^
(1) A. Pavier, PékinÇy p. 130. A cette page figure le portrait en pied de Hong-ou^ et
p. 132, celui de rimpératrice Ma Hoang-heoUy sa femme, puis celui de Yong-lo, 'èP des
Ming, an type très caractérisé.
(2) A la 9« lune de 1892, dit Delamarre (op. cit.) qui l'appelle Ywn^en JC r%*
I II. CRUAUTES ET DERNIERS JOURS DE HONG-OU. 181
Alexandre, à César, à Napoléon : Abel Rémusat Tassimile plus
justement à Djengiskhan, auquel il le préfère. Nul ne niera qu'il
fît souvent preuve de sagesse consommée, d'énergique valeur, de
talents politiques et militaires hors ligne, et parfois de scrupuleuse
(ou habile) équité. Féconde matière pour les faiseurs de parallèles.
Pourtant, malgré le renom de clémence qui s'attache à sa mé-
moire, difficilement on l'absoudrait de certains actes de cruauté.
L'on rapporte, en effet, que son caractère devint dur, violent,
irascible, après le décès de l'impératrice Ma-c/ie JH |^, femme
bonne, sensée, d'obscure naissance, à laquelle l'unissait un ma-
riage d'inclination. Elle morte, il refusa de se remarier. Malheu-
reusement, il introduisit de nombreux bonzes bouddhistes en son
palais. Que n'a-t-il persévéré à les éconduire, comme il l'avait
fait pour les jongleries des taoïstes en 1395! Hong^où fut à la
hauteur de sa fortune: n'en a-t-il point été l'artisan?
K'ien^long (Delamarre, p. 77) consigne ce souvenir: «1382,
15® année, 4® lune. — Assassinat de Li Se-lou ^ ft §, président
de la Cour de Cassation.)) Ardent confucianiste, il avait protesté,
en donnant sa démission, contre les faveurs exorbitantes accordées
par Hong~ou aux Ho-chang (bonzes) et aux Tao-se ^ -^ (sorciers
taoïstes). Ils avaient leurs entrées au Palais, pouvaient parler à
l'Empereur, s'asseoir devant lui. A la suite d'une fête qu'il leur
donna au Tsisufig-wang miao %£ j^ (ou à Tchong chan ^ [II), Li
Se-lou fit de courageuses représentations au souverain, qui le fît
si durement maltraiter qu'il en mourut.
Sur la fin du règne de Hong-ou, des gens furent par son ordre
écotchés vivants. Un de ses ministres, accusé de complot, périt
dépecé en morceaux. On prétend, du reste, que très peu de ses
ministres moururent de mort naturelle, assertion en partie calom-
nieuse (1). Une vieille femme qui, parlant de lui, le désigna
par Texpression Lao-Veou-^tse :^ SB -?? fut également exécutée.
Le terme irrespectueux ne constitue point pourtant un outrage
de lèse-majesté ; des nankinois l'appliquent journellement, sans
intention blessante, à leurs parents âgés; je l'ai subi maintes fois
en mes flâneries par la ville (2). Toutefois, nous n'assumerons
point la tâche de justifier le fondateur de tous les griefs qui
chargent sa mémoire.
Moins d'une semaine (6 jours) après son trépas, le jour même
où Tchou Yun^wen ^ jb JJ, son petit-fils, monta sur le trône,
Hong-ou, Ming T'aUtsou Kao Hoang-ti ^ ic Jîfi IS â ifî ^"* inhumé
au sud et au pied de la majestueuse montagne de Tsë'kin chan
fk^ ]\\ (mont S. Michel), au Hiao ling ^ |^, en vue de Nankin
(1) On. lit dans la traduction Delamarre, à la date de 1394, que aFou Yeou-té W
^ ^1 duo de Yn^t Wang Pi 3E $S) marquis de Tmg-yuen % JS 1^ et Fong
Cheng ^ JhF> duc de Song 5|C (1375)» reçoivent tous trois l'ordre de se suicider.
(2) Le P. Gaillard ne confond-il pas Lao-t^eou-tse et Lao-jen-kia i [N. de l'éditeur.]
182 CM. II. BYMASTIB (UI*) DBS MUIG> 1368-1644.
transformé par son aventureux génie. Oe «Tombeau des Mtngp»,
ou, eomme disent simplement les nankinois, oe Hoang ling ^ D^,
oes «sépultures impériales» si délabrées, attirent encore étrangers
et indigènes pour qui tout le reste, presque inconnu, recèle peu
d'intérêt.
Oes ruines de ruines réclameraient à elles seules une mono-
graphie spéciale : nous ne renonçons point au dessein de la
tenter quelque jour, if tao ling 1^ J^ signifie «mausolée de la piété
filiale». Ce nom officiel du Hoang ling ^ m était celui de la
sépulture de Tempereur Ou Ta H ^ ^ sf^ (Trois royaumes), mort
en 257. Nous avons vu que Hiao-ts'e Hoang^heau 4^ 1^ ^ j^> la
femme de Hong^QHj reposait au Tom^an des Ming depuis 1382.
Le Grand Temple, terminé en 1383, avait été inauguré par un
sacrifice que présida Piao, le Prince héritier ( fils aîné de Hong--
ou et de Hiao^ta'e), mort lui-même en 1392, et enterré un peu à
Tes! de ce cimetière impérial. Nombre de concubines ou d^impé-
ratrices avaient leurs tombes aux environs. (Cf de Groot vol. II]
p. i?65.) C'est l'empereur Chetsong m ^ des Ming qui> en 1531,
imposa aux hautes collines dominant le tombeau dynastique au
nord, son nom officie) et définitif de Chen^îié chan îjif^^ «monts
dominéa par Topération spirituelle.» Ce groupe montagneux
s'appelle encore de plusieurs noms, d'origine hisitorîque ou
légendaire . 7chau««te tiang,. le grand ministre des Chou HanJ^^
(cf. suprà), le dépeignit «comme un dragon qui se tortille f|j|||«)^
Kin-ling aurait été le nom de Nankin avant l'ère chrétienne
('cf. de Gvo&l, p. 1257.) Le vocable plus rare de Tsiang ehaji ^
tlj «mont de Tsiangj,» lui vient d'un général Tsiang Tse-w«n
||| ^ ^, gonvenfeeur de Nankin, qui, à la fin des Han ^,
périt dans U3ie sortie ccoitre les rebelles. La pagode Tsiang--
want^ miaot 0X JK) ^^ ^^ reste du culte spécial qu'on lui rendit
po«r ce glorieux trépas durant plusieurs siècles. (1). Enfin nous
ai^oa^ expliqué ailleurs l'origine du nom plus géographique, de
7se-*lttn chan.
Une tradition^ sans foiulement réel, indique la butte de
Teh^a^tH^n kom/i (Pagode actuelle de Confucius) comme la maie
place du cercueil} de Hon^ou^ ou plutàl de son cadavre, absent
du Hoang ling. On invoque à ce propos la pratique coutumière
aux fondatieura de. dynasties, qui, redoutanj! la viciatioisb de leur
tmièbe, en représaittes. de tant d'is^vitables sévices dont ikft furent.
les auteurs pour conquérir leur^ tréne^ prescriraient, de mettre en
tsyr», apofèf» leuor nt&ïïtf plusieuirs cercueils impériaux cb divers
endroits, afin de^ djsonter tloule recherche crimineUe, intéres-
sée ou vengeresse. J'entendais naguère un Tao-Vai préfet de
(1) Mais ce nom lui est surtout venu de la sôfulture de Ou Tcuti ^29-241),
s II. RELATIONS »E HONG-OU AVBO TAMËRLAK. 1S8
police à Nankin, affirmer la tradition locale sur ce point. A Zi-
ka-wei, pareille tradition relative au tombeau de Siu Ko-lao*
L'on enregistre, au temps de la domination de Hong^ou,
des échanges d'ambassades entre le potentat fixé à Nankin, et
Timour Leng, représenté à tort, par les écrivains chinois, comme
son vassal. Il aurait médité de faire la guerre à son suzerain.
«Tamerlan voulut, dit^on, porter ses armes en Chine, pour y
venger les princes de la famille de Tchingkis-khan, dont il était
l'allié. Les historiens chinois ont pour la plupart ignoré ce fait,
et n'ont vu dans Tamerlan qu'un sujet fidèle de l'empereur des
Ming, qui reconnut le premier l'autorité de Houng'-ou, et lui
envoya, avec le tribut qui marquait sa soumission, la lettre la
mieux écrite qui soit jamais venue des pays étrangers. On sait
cependant que Houng-ou fut informé des préparatifs que ce
prétendu vassal avait dirigés contre lui ; car on trouve, dans le
recueil de ses ordonnances, un décret pour assembler des troupes,
fortifier les places, et construire des camps sur la route qui
conduit de la Perse à la Chine» (1). Abel Rémusat, auteur de
ces lignes, consacre seize pages à la biographie de Ming Tai-^isou
(Hong-ou) empreinte d'une excessive partialité (2). J'ajoute que
Timour Leng mourut en 1405, dans le khanat de Khokand, alors
qu'il conduisait une de ses terribles hordes à l'assaut de la Chine.
Au jugemement de E.T. Williams (Lecture citée), le portrait
du Fondateur, décorant une pagode de Fong^yang fou, dénote plus
d'énergie que de distinction physique. Mais à part la valeoi'
documentaire de l'image, qui nous transmet peut-être un type
traditionnel, quelle garantie d'authenticité s'attache à cette pein-
ture? J'ai vu des portraits ressemblants de mandarins, exécu-
tés par des praticiens indigènes, qui s'aident de photographidaf
agrandies : mais je sais aussi qu'ils n'hésitent pas plus à pour-
traicturer Yao et Choen, Fou^^hi et P^an-'hou et autres héros de
la préhistoire, que nos artistes à peindre Moïse et David, 9.
Pierre et S. Paul (3).
(1) Hong-ou se montra désireux de nouer des relations avec les pays de l'ouest : il y
envoya des invitations de députer vers lui des ambassadeurs.. En 1387 arriva un maho-
métan envoyé par Tamerlan, proposant des présents qui furent acceptés. Chaque année
on en apporta. Sous les Yuen, les Mahométans s'étaient répandus dans toute la Chine,
surtout au Kan-sou. Mais sous Hong-ou, le gouverneur de cette province et «plus de 1200
Mahométans retournèrent à Samarkande. » En 1394, Timourlan envoya une ambassade
avec une lettre qui fut bien reçue. V. traduction ibid. Bretschneider. Mediœval resear-
ches from eastern asiatic sources.
(2) Abel Rémusat, Nouveaux Mélanges Asiatiques T. II, p. 18.
(3) Cf. portrait de Ts&ng Kov^-fan à Pilov^e.
184 CH. X. DYNASTIE (XXI«) DBS MING, 1368-1644.
S m.
RELIGION DE HONG-OU.
Nombre de monastères et de pagodes, fondés ou restaurés,
remontent à cette époque de transition. Leur splendeur attestait
les efforts de la nouvelle dynastie (indigène dans ses origines et son
personnel administratif) pour remettre en vigueur les observances
propres et traditionnelles du culte national, trop délaissé sous les
Yuen Mongols, plus accueillants aux religions étrangères (1).
Par culte national, j'ai en vue cet amalgame de religion
primitive et de bouddhisme confucéen, remanié, adapté, mâtiné
de taoïsme,, de chamanisme et de lamaïsme, ce produit bâtard et
complexe, qui défie l'analyse par son imprécision, ce mélange
éclectique de superstitions et d'usages, moins justiciable de la théo-
logie que du folklore, et très caractéristique de la Chine moderne.
En effet, pour peu qu'on ait vécu en ce pays, on admire
avec quelle assurance des statistiques européennes répartissent
les indigènes en catégories distinctes de bouddhistes et de confu-
cianistes. Rien de moins chinois, de plus mal fondé en raison,
de plus péremptoirement démenti par les faits : la réalité est que
des millions de chinois sont à la fois bouddhistes, confucianistes
et taoïstes ; seules les communautés catholiques et musulmanes
comportent ce pointage, ce dénombrement appuyé sur des chiffres
précis. Pour toute autre répartition en croyances religieuses
(c'est à dessein que j'omets les «congrégations» protestantes), les
éléments numériques, se défendant de l'intransigeante . rigueur
qu'on leur suppose^ échappent à toute évaluation exclusive, exigent
une place sur plusieurs listes, enjambent les divisions, passent
d'une colonne à l'autre, faussent le détail, emmêlent les totaux
et démontrent le ridicule de la tentative même (2).
(1) Cf. G. Devéria. «Notes d'épigraphie mongole-ohinoise » pp. 31-33— Item:
Mendus pp. 84-86— Sur Confucius et Yu,en (pagode relevée en 1267), et sur l'inâuence de
Ye-lu Tchou-t^sai empêchant le massacre général des Chinois.
(2) Elisée Beclus (T. VU. p. 275) avait déjà insisté sur le fusionnement pratique
des trois sectes principales : Bouddhisme, Taoïsme, Confucianisme.
ail ne faut pas s'imaginer qu'un Chinois soit confucianiste, bouddhiste, taoïste,
comme un Français est catholique ou protestant ; il se prosterne devant le monstrueux
Bouddha ou l'idole ou la tablette de Confucius, suivant les occasions et le besoin du
moment. Le lettré qui, dans son idole, vénère Confucius, ira dans le temple bouddhiste
faire sceller un collier d'argent au cou de son fils, et fera venir chez lui des tao-se pour
enterrer sa mère. Je n'ai pa^ vu un seul converti qui sût s'il était auparavant boud-
dhiste ou taoïste.» F. Colombel S.J. Études 1887.
Je parle de ce que nous avons sous les yeux. Il est inutile de distinguer ces deux
religions : les Chinois ne le font jamais dans la pratique. On va à la pagode bouddhique
XXXI T'ai-tch'eng. Pagode de Ki-ming se.
XXXIII Tombeau de Su-ta. p. 175.
XXXIV stèle de Yong-lo pp. 197, 303.
XXXV Cage des criminels p. 215.
s III. RELIGIONS DE LA CHINE. 185
Et, à 100 millions près (population de la Russie), comment
établir les rôles d'un recensement exact de la Chine actuelle?
En tout cas, on intriguerait sûrement au plus haut point un
indigène auquel on poserait la question : êtes-vous Bouddhiste ou
Confucianiste ? D'office, les mandarins eux-mêmes vont aux
pagodes de tout genre, l'Empereur aussi.
L'on ferait gorge chaude, en Europe, d'un Chinois assez naïf
pour publier les informations suivantes: la France consomme du
vin, l'Allemagne de la bière, l'Angleterre du thé, la Belgique du
café; — à Paris, 100.000 individus fument le cigare, 55.000 la
pipe, 75.000 la cigarette... .
En somme, de tous les documents qui ont motivé cette di-
gression, il ressort que la dynastie des Ming, moins accueillante
au début que les Mongols pour la propagande du Christianisme
à la l*"» lune, on appelle le bonze ou le tao-ae le plus voisin pour s'assurer les faveurs
de la fortune ; dans une maladie, on va brûler de l'encens à la pagode la plus proche, sans
s'inquiéter ni de la doctrine ni de la divinité.» ibid.
«La majorité des habitants de la Chine se complaît dans plusieurs religions, croit
en plusieur divinités, bien que ces religions ne s'accordent nullement entre elles», de
Harlez. La Controverse et le Contemporain, 1885 p. 601.
"But in religion, the Chinese go in for a triple alliance of Confucianism, Taoism
and Buddhism. Sometimes a man is only a follower of Confucius, sometimes he is only a
Taoist, sometimes ail three, sometimes only two. And so for anybody to ask what are
the numbers of Confacians, Taoists and Buddhists in China". Lettres de trois cyclistes,
Fraser, Lunn and Lowe. N. CD. N. 19 janv. 1898. Autant demander combien d'Anglais
préfèrent la sauce blanche à la sauce piquante.
Le Gouvernement chinois reconnaît les dignitaires bouddhistes et taoïstes. — ^V. ap.
Mayers, Chinese Government, les principales dignités de ces deux sectes, reconnues et
patronnées par le Gouvernement. Part X.
En fait, comment le Gouvernement chinois, qui a si souvent proscrit bonzes et tao-se,
pourrait-il bien à cette heure déterminer quelles sont à ses yeux les religions hétérodoxes
Sié-kiao (-Jp ^) condamnées par les lois de l'Empire ?— Le christianisme est probable-
ment pour lui la pire de toutes : «le cléricalisme, c'est l'ennemi!»
Cf. Douglas ^^China'* London 1882, pp, 316-818 : Amalgame des 3 doctrines, emprunts
et concessions réciproques. "Confucianism has provided the moral basis on which the
national character of the Chinese rests, and Buddhism and Taoïsm hâve supplied the
supematural éléments wanting in that System — Speaking generally then, the religion in
China is a medley of the three great sects, which are now so closely interlaced that it
is impossible either to classify, localise or enumerate the members of each creed.»
Bouddhisme: Loi S— Taoïsme: Voie JS — Confucianisme : Doctrine,,instruction JJ •
Cf. fin du chapitre précédent, et Devéria, note sur l'épigraphie Pasgpa. — V.
etiam Missions de Chine et du Congo n° 28. mars 1891. Cimetières chrétiens de Mon-
golie, découverts par le P. de Brabandére en 1890. — pierres tombales crucigères — deux
Cimetières chrétiens trouvés près de Ili en 1886. Journal asiatiq. : nov. déc. 1886.
A l'entrée de beaucoup de pagodes nankinoises, on trouve l'inscription Ming-tHen ta-
ti^^^J^T^ Magni cceli magno Imperatori, équivalence du D. G. M. des Bomains^
186 CH. X. DYNASTIE (XXI*) DBS MING, 1368-1644.
que les T'ang du VIII* siècle pour celle du Nestorlanisme (1),
entreprit dans une pensée politique, de favoriser une sorte de
réaction religieuse, moins au bénéfice du confucianisme officiel
que des superstitions bouddhiques.
Nous verrons plus tard la dynastie actuelle, tartare-mand-
choue, à peine chinoise, renchérir encore sur cette tactique et
amener ce double culte, qui se compénètre de plus en plus,
au point culminant occupé par lui dans les institutions et les
habitudes du Céleste Empire.
Hong-ou irrité, en 1372, à la lecture d'un passage de Meng-
tse^ Taccusa d'avoir parlé sans respect de la dignité impériale.
Il ordonna de le dégrader, en expulsant sa tablette des temples
de Confucius. Puis, il déclara coupable, par avance, quiconque
oserait lui soumettre des observations à ce sujet. Un lettré,
président du Bureau des châtiments, lui fit une courageuse ob-
servation. Dans un nouvel édit, l'empereur réhabilita Mencius
et le rétablit à sa place comme l'un des assesseurs de K'ong foU"
tse. Il déclara en outre qu'il constituait l'un des plus sûrs
interprètes de la doctrine du philosophe (2). Quant à ce dernier,
explique du Halde (I. 444), nHong-ou ne permit pas qu'on lui
rendit les honneurs qu'on rend aux Rois, ainsi qu'avaient fait
quelques-uns de ses prédécesseurs : mais il voulut qu'on l'honorât
en qualité de Sien-ssée, c. à d. de maître de l'Empire.» En
somme, comme la majorité des souverains et la masse des lettrés
du céleste Empire, il descendit logiquement la pente fatale qui
part du confucianisme rationaliste et égoïste pour aboutir au féti-
chisme bouddhique (3).
§ IV.
ROUTES — ENCEINTES.
Tout continue encore à proclamer la puissance de Ming
T'at-tsou dans le Nankin monumental et topographique contem-
porain. Il y reste aussi présent que Louis XIV à Versailles,
par les souvenirs concrets et tangibles qu'il y a laissés. Et les
(1) Cf. Var. sinolog. n** 3; Croix et Swastika.
(2) Legge, Prolegomena, p. 41 du vol. II (The works of Mencius) des Chinese
Olassics; Hong-kong, 1861. Voir aussi Devéria, fin de sa note Pasgpa, Mencius —
V. supra.
(3) Un simple rapprochement chronologique fait mesurer au reste, la distance
qui sépare alors la civilisation chinoise de la nôtre, au point de vue psychologique et
religieux : vers cette époque, le monde européen s'enrichit du livre immortel, Imitation
de Jésiis-Christ. En effet, Gerson vécut de 1363 à 1429, et Thomas a Kempis de
1380 à 1481.
t IV, NAJ^&IN SOUS HONO^OU, 187
ravages du temps^ conspirant avec ceux des hommes, n*effaceront
que lentement son empireinte.
Nous renvoyons à la fin de ce chapitre l'énoncé des modifi-
cations si essentielles qu'il fit subir à la ville, en tant que cité et
place forte. Disons dès maintenant que Ton se figure sans peine,
à la vue des vestiges substantiels, respectés par Tâge et les vicis-
situdes humaines, quel essor de prospérité galvanisa soudain le
vieux Kien-k'ang déclassé. Quartier-général des armées conqué-
rantes, place de guerre formidable, capitale d'un jeune empire
plein de promesses, résidence et cour d'un souverain à l'apogée
du succès, âme et cerveau d'un robuste organisme, centre indus-
triel et administratif, emporium et métropole, dépôt d'immenses
approvisionnements, vaste chantier de travaux gigantesques, de
bâtisses somptueuses, marché prospère de trafiquants enrichis,
rendez-vous de savants, de lettrés, d'artisans indigènes ou étran-
gers, confluent d'une énorme population civile et militaire inces-
samment accrue: Nankin voyait tout contribuer, lors de cette
resplendissante fin-de-siècle, à faire de lui une prodigieuse mer-
veille de richesse, d'activité et de puissance.
Hong-ùu s'attacha à la ville qu'il associait à son enivrante
fortune. Potentat chinois^ il alla jusqu'à rehausser la pompe de
sa Cour asiatique par la présences de quelques éléphants. Une
des portes sud-ouest de la grande enceinte retient le nom de
Hiun-siang men HH ^ Pî) ^^^^ porte des éléphants dressés.» Un
plan indigène désigne aussi l'emplacement d'un siang-fang ^ ^
«écurie ou remise des éléphants,.» dans le faubourg du midi (1).
Pékin conserva jusqu'à nos jours cet usage, privilège traditionnel,
emprunté aux monarques hindous.
Quelques larges artères de la «ville tartare,» de la (2) ville
chinoise proprement dite et même de ses abords, frappent encore
le visiteur par leur robuste et substantiel dallage en énormes
rectangles de marbre. Hong^ou promit titres et degrés honorifi-
ques aux richards qui contribueraient de leurs deniers à l'exécu-
tion de ces somptueux travaux de voirie urbaine. Un pavage
inusable couvrit bientôt quelques kilomètres de rues et d'avenues
(1) Auprès de Xoa7î-yn wen ^ H fjïïin modeste établissement de la Mission
catholique s'appeUe aussi Siang-fang (petite) "remise des éléphants". Peut-être y avait-il
là une ferme annexe, au milieu de pâturages et de collines, alors très boisées.
(2) Nommons spécialement : hors ville, la route presque rectiligne du Choei-si inen
à Kiang-to7ig men; en viUe, celle du Han-si tnen au Tong-tsi men par le Tch^ao-tHen kong;
dans la "ville tartare", l'avenue toute droite du Hotig-ou men au Palais impérial, et ceUe
très infléchie du Tong-tsi men aux Wai ou-long kHao 9r 5 fS IR» les cinq ponts-dragon
de l'extérieur" que franchit cette "avenue impériale" Yu-lou ^ J^? sus-mentionnée. De
nombreuses dalles atteignent plus d'un mètre de largeur, sur plusieurs de longueur et
tme épaisseur proportionnelle.
188 GH. X. DYNASTIE (XXI*) DBS MING, 1368-1644.
v.g. du Han-si men à rc/i'ao-t'ien kong. L'historien et Tantiquaire
accuseront pourtant le trop pratique souverain d'avoir entraîné^
par cet expédient, la ruine irrémédiable de nombreuses stèles à
inscriptions qui, au dire des chroniques, fournirent à peu de frais
des dalles pour ce pavage. Le pont de Sai-kong k^iao H X ^
fut bâti aussi par contribution publique ^ comme son nom l'indique.
Par ordre impérial, Yn-t'ien \fou (Nankin) fut partiellement
reconstruit. Ses murs furent terminés la 23* année du glorieux
règne; entreprise coûteuse, quasi extravagante, comme en fait foi
Tétat actuel de la ville et plus d'une particularité récente de son
histoire. C'est Hong-ou qui, en 1391, la doubla en étendue par
l'addition de l'immense et plantureux espace compris entre Ts'ing-
liang chan, le Pé-ki ko et Hia-koan. En outre il enferma dans
la nouvelle enceinte continue ce qu'on appelle maintenant jj| jj|,
la ville Tartare.
Je parle d'enceinte nouvelle; ce qui m'y autorise, c'est que
Hong~ou construisit plusieurs kilomètres de murailles sur le
développement total des 38 kilomètres. Il commença le mur de
la ville impériale, Hoang-tch'eng, et son propre palais à la 8® lune
de la 2® année de son règne (1). Le tout fut terminé en quatre
ans (1374). Pour le moment nous nous abstenons de détails plus
explicites sur ces vastes travaux, dont on fait honneur^ avons-nous
dit, à Tactif Lieou Pé-'v;en; s'il n'en prit point l'initiative, le
grand ministre en eut au moins la surintendance (2).
L'on trouvera ci-contre le calque d'un très singulier croquis
géographique, inséré à la page 9 des Chroniques [^ f|^ Jl ÛI JH
ÏÈ^H + 't^AM- ^ première vue, sa déformation per-
spective, bien savamment intentionnelle pour des Chinois, du plan
de Nankin sous les Ming, évoque l'idée d'une influence, sinon
d'une provenance exotique. Etrangers et indigènes sont d'accord
pour avouer cette impression. La vue cavalière du tracé, assez
juste d'ensemble, serait-elle la copie, la réplique d'un plan dressé
par quelque missionnaire jésuite cartographe, de passage ou
résidant à Nankin (3) ?
(1) La ville impériale, plus spécialement le Palais, se nommait Kong-tch^eng ou
Nei-tch^eng, "ville intérieure, et sa majestueuse porte du sud : Toan men j^ fl •
(2) J'ai pu constater que les inscriptions (cartouches) de nombreuses briques de la
muraille, encore debout entre le Pé-ki ko et T^ai-pHng men, portent cette mention explicite:
«la 10^ année de Hong-oun (1378). La matérialité du renseignement a sa valeur.
(3) Remarquons en finissant que, sur le plan ^^ ,a Nankin capitale des Ming»
1") Tcheng-yang m,en JE W TJ est indiqué en dehors de BoM/jr-ou wew, et ce nom
est inscrit près d'un pavillon intérieur, contigu, là où on m'a indiqué Ta Ming men yÇ
2") Siun-siang msn, porte des éléphants privés est bien auprès et au sud de 8ai-
hong-kHao ^ 31 1K P^ès le Nan-yo-miao W ^ JR actuel; mais le Siang-fang fSi^
remise des éléphants est au sortir de Hong-ou men, à l'ouest, près de la TsHn hoai.
CHAPITRE XL
DYNASTIE DES MING (SUITE).
§ I
KIEN'WEN TI (HOEI TI) (1399-1403)
DÉTRÔNÉ PAK SON ONCLE—GÉNÉRAUX FIDELES.
^î»îo«
Achevons ce qui concerne les Ming de Nankin. Je les désigne
ainsi pour les distinguer de ceux de Pékin. On n'ignore pas
en effet que les Souverains de ce titre de règne allèrent bientôt
s'établir dans cette '* Capitale du nord", qui, depuis presque cinq
siècles, demeure (pour combien de temps?) la seule et unique
capitale de l'Empire, plus centralisé que jamais, au moins en
théorie.
Il nous faut tout d'abprd résumer largement ce que l'histoire,
ou le caprice de la légende, nous a transmis sur le sort aven-
tureux de Kien-v^en ti ^"^C, ^^ 1® dépossédé, auquel certains
auteurs attribuent quatre années de règne.
Tchou Yun-v^en ^ jj^ J;^ ou Hoei ti '^, ^, âgé de 16 ans,
succédait donc à Hong^ou, son grand-père. L'héritier présomptif,
son père, Tchou Piao ^ |g, était mort en 1392, six ans avant
l'ouverture de la succession.
D'après la Chronique de KHen-long (Delamarre, op. cit.)
l'année 1399 fut la première du règne de iCien-wen, «le modeste,
compatissant, bienfaisant.» A la deuxième lune, il honore son
père défunt du nom de Hiao-k'ang ^^ «pieux et florissant,» —
nom ancestral Hing-tsong ^^, «ancêtre florissant.» Tch^ang-che.
^ JE, sa mère adoptive défunte, fut appelée Hiao-k^ang Hoang-heou
^ J^ â ^î «impératrice pieuse et florissante.» Sa propre mère,
de la famille Liu g, devint l'impératrice douairière. Puis «il
nomme impératrice sa femme Manche ,^ J^, et son fils Wen-koei
^ ^' prince héritier.» Avec le concours de Fang Hiao^jou j^T ^ 3S|»
dont nous retrouverons le nom, il publie une édition corrigée du
. cérémonial et des règlements officiels de l'Empire. Cet acte servit
d'abord de prétexte à la révolte du Prince de Yen ^, Fen-
wang Tai ^ ^ ^ qui, avec un titre difficilement traduisible et
équivalent au terme propre de vice-roi, ou roi feudataire, résidait
à Pékin. Selon l'ancienne coutume chinoise, totalement périmée
aujourd'hui, les frères de ce Tchou ti ou Tchou Taij^J^ l'aîné (1),
(1) Je lis aillenrs que Tchou Tai jgC ^ i 4« fils de Hong-ou^ restait l'aîné, par la
mort de ses frères. Les tombes de oes princes aToisinaient probablement le Hoang ling.
190 CH. XI. DYNASTIE DBS MING (SUITE) 1368-1644.
les oncles du jeune empereur étaient aussi princes de divers fiefs.
Le Fen-wang devait les éclipser tous. Un magicien lui prédit
dans une auberge de Tch'ang-ngan ^ ^ (Si-ngan fou) que,
contre toute apparence, il monterait sur le trône. Conseillé par
le bonze intrigant Jg |Ç, qu'en 1382, son père Hong-ou avait eu
l'imprudence d'attacher à sa personne, le prétendant descendit
sur Nankin, pour s'emparer de ce trône, dont, pensait-il, un
passe-droit l'avait frustré. Il se trouvait déjà à Hoai-ngan f^ $,
sur le Grand Canal, quand son neveu, l'empereur Kien^-wen (i,
soupçonnant son dessein, lui enjoignit de rebrousser chemin, et
dégrada les autres princes (1). Celui de Yen^ franchissant alors
le Rubicon chinois, continua sa marche vers le sud et se posa
ouvertement en compétiteur impérial (1400). Son armée était à
Lou-ho '^ ^. la 5" lune de 1402. L'année suivante, il pouvait
se dire maître de tout le nord du Fang-tse kiang, depuis son
embouchure jusqu'à Ngan-'k'ing, capitale du Ngan^hoei, Occuper
le grand fleuve, c'est tenir la clef de la Chine centrale. L'on se
battait même à P'oU''k'eou ^ p, la nouvelle ville forte, déserte
et inachevée, en face de Hia-koarij en vue de Nankin, où Fang
Hiao'jou 3^ :^ Jl et Hoang Koan JJf |^, son collègue, avaient
organisé la résistance (de Mailla X. 105 et seq).
Kien-voen, aux abois, réclamait partout du secours. Il députa
inutilement au Fen-wangi sa tante, la Princesse K'mgf-tc/i'eng-
kiun^tchou H j^ f|5 i» pour discuter les conditions de la paix.
L'armée ennemie passa le Yang^tse^ par le travers de l'Ile Koa-
tcheou J!R ijJH, à la hauteur de Si-/ita chan.
Le débile souverain, qui venait de partager sa capitale en
plusieurs quartiers ou secteurs, pour en mieux assurer la défense,
renouvela en vain ses propositions pacifiques.
La porte de Kin^tch*oan men ^ )\\ f^ (condamnée au N.)
et celle de Tchao^yang men HJ ^ f^ (à TE.) furent livrées au
Prince de Yen (1403), dont les troupes envahirent Nankin. On y
avait tout d'abord déjoué le projet de Siu Tseng-cheou ^ i# ||
qui méditait de trahir, et on l'avait mis à mort. Ses desseins fu-
rent malheureusement exécutés par d'autres traîtres, Li King^long
^ S il (décapité plus tard), et Tchou Hoei ^ Jg, Prince Kou»^
Wang § ^ (fils de Hong-ou) , qui ouvrirent Kin-tch'oan men, aux
assaillants (2).
(2) En 1399, Miiig Hoei ti (Kien-wen) «créa des écoles spéciales pour les garnisons
des capitales du nord et du midi. Elles furent supprimées en 1402)» dit Biot, op. cit.
A la 8® lune de 1*100, incendie de la porte Tch'&ng-t'ien men ^ ^ ri •
L'on peut trouver dans la traduction Delamarre (op. cit^ année 1400) la nomen-
clature des divers changements de noms, effectués alors dans la ville impériale de Nankin,
Kien-wen s'y détermina à l'instigation de son ministre Fang Hiao-jou 'JJ ^ Tm'
(1) Parmi les ministres de Kien-wen^ ou nomme TsH Tai 9^^) Hoang Tae-tch^eng
îl •? S et Fang Hiao-jou 3& ^ S *
s I. YONO-LO PREND NAîTKIN. 191
Fang Hiao-jou, à rapproche de rennemi, avait dissuadé le
jeune empereur de s'enfuir, comme on le lui conseillait; il l'avait
pressé de faire tête aux ennemis dans sa capitale. Kien-M^-en ti,
trahi, entreprit de se suicider. Par un stratagème assez enfantin,
machiné à loisir, on lui persuada de se faire bonze, et il céda. Il
prescrivit ensuite d'incendier son palais; l'impératrice Ma-che (1)
se jeta dans les flammes; vingt-sept mandarins se déguisèrent
aussi en bonzes, pour accompagner l'empereur, qui sortit par la
porte Kouo men ||5 P^ ou KoeUmen ^ f^ (2) et fut caché dans la
pagode voisine de Chen-lo koan )jif Ij^ |^-
Cette pagode, dépendance de l'ancien Temple du Oiel, est
située à environ 600™ de la porte Hong-ou men, et un taoiste
essayait de la relever naguère (1894). Sur les flancs nord de
THeri'-yn chan 5^ 1^ lil ou Fang-chan ^ lli, la «montagne carrée»,
qui dresse sa table volcanique, coupée carrément, à 20 kil. au
sud-est de Nankin, sont les ruines d'une tour et d'un vieux mo-
nastère de la dynastie des T'ang. Le fugitif impérial s'y serait
fait bonze temporairement, pour dérouter les recherches immé-
diates de son oncle (3).
Fang chan donnera asile, quatre siècles et demi plus tard,
au plus en vue des généraux T'ai-pHng, en fuite comme le faux
bonze de 1403. .
On aime à trouver sur la liste de ceux qui résistèrent
jusqu'au trépas pendant l'attaque Su HoeUtsou j^i^H., le propre
fils de l'illustre Su Ta ^^ ^. Si noblesse oblige, bon sang ne sut
point mentir.
Le Prince de Yen, entré en ville, fit périr 873 mandarins, y
compris les célèbres lettrés THé Hiuen ^ ^ et Fang Hiao^jou,
coupables de fidélité à Kien^v^en ti. Le premier, accablant Yong^
io ;3< m de reproches, eut les oreilles et le nez coupés. On lui mit
des lambeaux de sa chair dans la bouche, et on le couvrit d'huile
bouillante. Il mourut à 37 ans dans les tourments : son cadavre
se serait remué de lui-même pour tourner le dos à l'usurpateur,
son bourreau. Toute la famille du héros et 65 fonctionnaires
furent suppliciés le même jour ; leurs noms illustrent les pages
du martyrologe chinois.
(1) Elle s'appelait Ma-che comme la femme de Hong-ou.
(2) Il existait une porte Kotio men 5|5 il (V. an. 508) ouverte sous les Nan
Song m y^ (420-479), vers la grande enceinte, sur les pentes est du Yu-hoa Vai ; cf.
Carte "Nankin rous les Nan-tch^ao'\ Mais certains détails de l'évaçion, présentés par de
Mailla, se concilient malaisément avec la disposition topographique des lieux. Ce point,
du reste, n'ofire qu'une importance minime.
Sur l'évasion de Kien-wen H, v. de Mailla X. p. 142.
(3) Fang-chan fut habité sous le royaume de Ou ^ (222-280) par un taoïste nom-
mé Ko Yuen ^ 7C » L'empereur Ou Ta Ti (222-252) lui fit bâtir une;pagode nommée
Tong-yuen koan iR| 7C R*
192 CH. XI. DYNASTIE DBS MIN6 (SUITS), 1366-1644.
Plus éclatante encore est la mémoire du D*" Fang Hiao^jou.
Hong^ou Tavait nommé, en 1392, «recteur de TAcadémie de Hart"
tchong ^ rfi (au Chan^si ifj "jg enclavé alors dans le Se-tch'oan) ;
puis, en 1398, directeur de l'Académie impériale (Han^lin) et
Lecteur impérial iRt ^ Ifê ^ fll^ (^)* Amené devant Yong^lo, il
revendiqua la succession au trône de Kten-wen ti (réputé mort
dans Tincendie du Palais) pour le fils, ou au moins pour les
frères du malheureux empereur. Invité par le nouveau sou-
verain à écrire un instrument ou pièce oflicielle, il traça les quatre
mots: «le brigand Yen, usurpateur.» Du trône, Yong-lo, outré de
ses courageuses répliques, lui fit fendre la bouche jusqu'aux oreilles,
puis reconduire en prison. Les lettrés Ty visitèrent en foule.
Yong^lo donna Tordre de Vy exécuter, de jeter son corps à la
voirie, et d'éteindre sa famille. Ses deux filles se précipitèrent
dans la TsHn Hoai ; un millier de personnes périrent à cette
occasion (de Mailla, X. p. 148).
Tablette de Fang Hiao-jou, dans le temple qui lui est
*
consacré (Ville impériale). N.B. Il est interdit aux catho-
j^ liques de garder chez eux ou de vénérer ces tablettes des
S morts, devant lesquelles les paiens font leurs prostrations
^ et autres cérémonies superstitieuses, dans la croyance que
3k rame du mort y réside (>fi[).
^ Nous reparlerons ailleurs du tombeau de Fang Hiao^jou
5 et du culte pieux, privé ou officiel, qui lui est rendu à
^ Nankin même, où Ton vénère (ville impériale) des dalles
3fr ensanglantées, dit-on, lors de son martyre.
6 Lien Tse-ning ||[ ^^ :^, T'ié Hiuen ^ |^ et King Ts'ing
ît ;^ ^ partagèrent son héroïsme et son supplice. L'on
^ dit que ce dernier sembla d'abord reconnaître la lé-
]R| gitimité de l'usurpateur, ses amis se scandalisèrent de
^ sa défection apparente. Un jour il se présenta au palais,
^ portant une épée cachée sous ses vêtements. L'astrologue
impérial venait de révéler à l'empereur Yong-lo qu'il avait vu
une étoile adverse attaquant violemment sa propre étoile, conflit
qui présageait un grand danger pour le trône. King Ts'ing fut
fouillé ; on trouva l'épée sur lui : il ne put dissimuler ses projets
criminels ;il fut donc mis à mort par ordre de l'Empereur.
(1) Cf. Delamarre, op-dt.^ p. 139. Il mentionne, en 1402, «le meurtre de Lien Tae-
ning ^ 'X ^» primicier des Censeurs, et de Tcho.Kin ^ Qj» maître des requêtes de
la Cour des contributions, avec leur famille entière.»
«Le conquérant donna des ordres pour la capture de la femme et des filles de
Hoang Koan ^ |^ î pour servir d'otages afin d'assurer la fidélité de ce brave serviteur
des Ming : mais avec dix membres de leur, famille, elles se précipitèrent à l'eau du haut
du pont f^ iS w ' ^ ^& nouvelle de leur mort. Hoang Koan les en loua hautement.
Puis il évoqua l'esprit de sa femme et l'enterra sur les rives da Kiang.» de Groot III.
p. 854.
s II. YONG-LO, 1403-1425. 193
On le condamna à être écorché vivant, ajoute la tradition.
Sa peau fut empaillée et suspendue au Nan men, Yong-flOj entrant
un jour en ville par cette porte, lui demanda d'un ton sarcastique :
nKing sien-cheng ^ ^ ^, «maître Kingy*^ veux-tu encore m'as-
sassiner? — La peau tressaillit violemment (1). Un même temple
s'élève pour perpétuer le souvenir des trois victimes.
Le Prince de Yen s'était retiré à Long^kiang (Hia-koan), après
avoir confié l'occupation de la ville à ses officiers. On le conjurait de
monter sur le trône de son neveu. Par un reste de pudeur calculée, il
se laissa prier cinq jours ; il répondit enfin qu'il entendait se rendre
d'abord à la sépulture de son père Hong~ou. Il y alla le troisième
jour qui suivit la prise de Nankin. Sa piété filiale ne l'absorbait
point exclusivement: il fit mourir encore «les femmes, les filles et
les eunuques du palais, qu'on lui désigna comme s' étant attachés à
Xien-wen ti, censé mort. Il ordonna ensuite de recueillir les osse-
ments de cet empereur. Mais, en fait, on recueillit ceux de l'impé-
ratrice Ma (femme du dépossédé) consumée par les flammes. Il les fit
enfermer dans un riche cercueil, auprès duquel il pleura, comme s'il
eût été sincèrement touché du trépas du défunt empereur. Cette co-
médie achevée, il demanda quel rite on observerait aux funérailles :
«le rite impérial,» répondit le mandarin en charge. Le sanguinai-
re et hypocrite monarque ordonna de s'y conformer exactement (2).
L'on entrevoit la correction à faire subir à ce passage de du
Halde : «...le palais impérial fut mis en cendres. On apporta au
vainqueur le corps du jeune Empereur, à demi brûlé; ...il lui fit
faire des obsèques convenables à sa dignité.»
§ II.
YONG-LO OU TCW.ENG-T80U (1403-1425)
TRANSFERT DE LA CAPITALE À PÉKIN.
Finalement, à la première lune de 1403, dans la salle Fong^
Vien tien ^ Ji ^, au bruit des acclamations enthousiastes de sa
Cour, le Prince de Yen prit possession du trône, et donna le
nom (presque ironique) de Yong-lo ^ |{|, «joie perpétuelle» à
son règne, d'ailleurs glorieux par la suite (3). Sans tenir compte
de Kzen-wen ti (2® des Ming), il décida que les années de sa
(1) Correspondance du North China Daily News du 28 avril 1901 (Nankin, 24 avril).
Voir aussi de Mailla, X, p. 27.
(2) Cf. De Mailla, X. 150.
Le P. Zottoli (Cursus T. II p. 30) adopte la même version dans cette phrase la-
conique: nHoei ti JR Sfî' a» patruo attentatus, incendio périt.»
(3) Plusieurs légendes ont cours sur Yong-lo. L'Empereur son père (Hong-ou) aurait
imposé à ses fils plusieurs épreuves. Kien-wen ti se serait révélé (dans une pièce de vers)
faible et pusillanime'. Une étoffe de soie leur étant donnée à partager, Yong-lo l'aurait fait
d'un coup d'épée. Tel Alexandre tranchait le nœud gordien.
13
194 CH. XI. DTNAST» DES MIN» (auiTB)» 4368-1644.
propre domination sucoèderaient directement, sans lacune, aux
années de Hong-ou^ auquel une fiction mensongère et intéressée
attribua 35 ans de règne. «En 1402, 7* lune, dit Delamarre,
interdiction dans le comput des années, de mentionner le règne
précédent.» Toutes les dispositions, récemment innovées, furent
annulées. «La tablette de TEmpereur Hia.o^h'a.ng ^ j|| (père du
détrôné et frère de Yong-'lo) fut transférée au jardin des Tom-
beaux (1). Il reprit son titre de prince impérial (I-wen); l'im-
pératrice douairière son épouse, nommée Lu, reprit son titre de
princesse impériale. Cette année était regardée comme la 35* de
Hong^u, et la suivante devait être la première du règne nou-
veau.» op. cit. p. 144.
Cette année encore, en dépit des prudentes interdictions de
Hong^u, l'on revint à la funeste coutume de mettre des eunu-
ques à la tête des armées. A la V lune aussi (1402) le vain-
queur de /iCten-vpen ti avait assigné, comme résidence, à ses
malheureux enfants, les dépendances du tombeau de I-^'wen t'ai-tse
85 2SC !fc ^ (cf. 1457), le fils aine de Hong-ou; ce prince héritier
était mort 6 ans avant de parvenir au trône. Ce tombeau était au
Hoang ling actuel, et les femmes de Kien^wen ti y furent encore
reléguées. L'on sait que le plan des grandes sépultures chinoises
comporte souvent des appartements d'habitation.
Le Temple de Tsiang Tsc-wen JU '^ 3JC ou Tsiangi-wanp mtao
H £ jld, à 5 ou 6 li nord de T^ai^p'ing men (cf. suprà) fut
réparé en 1405.
Tchou Yun-hi ^ ^ BR» Prince Ngeou-^ning wang Bl ^ ï et
l'un des fils de Kien-v^en ti, périt à la fin de 1406 dans l'incendie
de sa maison. A l'automne de Tannée suivante, Yong^lo accueillit
des captifs du royaume d'Annam, dans une audience donnée à la
porte Fong-tHen men ^ 5^ P^ (2),
(1) Delamarre a-t-il en vue le Hiao ling ^ S ? on le "Tombeau des Ming" ? ^ 5iî
En rigoureuse logique, Yong-lo (Tch^eng-taou JQ^ jfi) devait ravir à son frère Piao
son titre vmpé^ial; en effet, oe titre impérial avait été concédé par Hoei^ après son avène-
ment an trône, o. à d. par ce Ki&i^-wen^ que Yong-lo refusait de reconnaître comme
légitime fiU du ciel. Tchou Piao gardant son titre posthume d'empereur Siao-k^ang
1^ JJP) Yong-la n'était plna qu'un usurpateur (Cf. de Groot, 1267).
(2) La fréquence des tremblements de terre, notés par les Chroniques locales, pas-
serait pour invraisemblable, si l'on Ae pouvait la contrôler, en quelque sorte, par la répé-
tition ailleurs, en Chine, et presque aux mêmes époques, de phénomènes similaires. Outre
ceux de 1404, de 1408 (5« 1.) et de 1423 (6« 1.), les Chroniques insistent sur ceux de l'année
1425, durant laquelle on compta 42 fois des secousses idistinctes. Je dresse la liste suivante.
1426
9 fois
1476
1*«»1.
1502
deux fois.
16^
1427
10 fois
1481
2M.
1503
2«1.
1626
1428
1-loiB
1491
(plus terrible).
BIX fois.
1505
9*1.
1627
1429
l^\.
1494
1516
8«1.
1630
1430
2 fois
1495
deux fois.
1523
12«1.
1632
1461
8»1.
1496
trois fois.
1524
2 fois.
1637
1452
it.
1500
10« 1.
1559
7«L
^640
1644
1457
wri.
1501
it.
1585
1»"1.
• I II. TRANSFERT DB LA CAPITALE À FÉKIN. 195
Kien**'WBn H alla en 1403 se réfugier parmi les bonzes du
Yun^nan; puis il erra de province on province pour se soustraire
aux recherches inquiétantes de Yong^lo,
A la 2° lune de 1 402 (l^^e année de Toh'êng^'tsou J^ jjg), Pé-^pHng
4[j ^ prit le nom de Ghoen-tUen /"ou jlg 55 |j^ et devint la «Gapl^
taie du Nord», Pé^-king ft îS- A la 11^ lune, Ti ^ (rempereur)
déclara impératrice sa femme Su ^» (Delamarre, op. cit, 147).
Choen^t'ien fou est encore le nom de Pékin. Yong'-lo com-
mença à s'y fixer définitivement en 1409 (1). Il y transféra les
tribunaux ordinaires, laissant les Grands Tribunaux d'État à
Nankin, qui conserva le titre de Cour impériale, mais prit le
nom de Nan^king Yng-t'ien fou ^ T^j^ Ji ^.
Au sujet de l'époque exacte du transfert de la capitale chinoise
au nord, le lecteur est en face des plus singulières divergences.
L'année 1420 est, croyons^nous, la date officielle. En effet, les
éphémérides de K'ien-long (Delamarre, p. 192) portent: k1420,
19® année (de YongAo), à la sixiènle lune, translation de la
capitale à Pékin. L'ancienne capitale fut appelée Nankin; Pékin
devint la Capitale et l'Empereur y transféra son siège ; un édit
l'annonça à tout l'Empire. Un sacrifice solennel au Oiel et à la
Terre eut lieu à la Terrasse du midi. Il y eut amnistie» (2).
La même traduction rapporte encore (p. 194) qu'en 1421, trois
salles du palais de Pékin ayant été incendiées, Tcheou Tai ^ ^^
«Docteur assistant impérial», conseilla vainement dans un mé-
moire adressé à YongAo, «de restituer la capitale à Nankini».
Cet ouvrage (p. 158) fait rémonter à l'année 1406 la oong-
truction de Pékin, par Tc/i'en Koei ^ J^, marquis T^aUning
heou ^ 5^ {|. Pour ces bâtisses l'on fit venir des poutres du
Se-tch'oan et du Hou-koang. La 18® année du règne de Yong-lo^
l'autel du Ciel, les temples, palais et salles officielles se trouvè-
rent achevés (3).
(1) En 1437, les murs en terre furent revêtus d'un parement de briques. Aujourd'hui
le palais impérial, Tse-kin tcWeng m 3^ •$£« est enceint d'une muraille crénelée, haute
de 40 pieds, épaisse de 60 pieds à, la base et de 50 au sommet. Cl. Ms'Favier, P^irin^, p. 7.
(2) P'après de Groot p, 1181} le transfert date officiellement de 1421, bien qu'il ait
commencé en 1406, la 4^ année de Yong-lo. «Le nom de Nankin (Nftn-king) di^te de 1441.9
Var. sin n® 8 p. 31. Ibid. p. 29 histoire de Pékin-
D'après le B<* Milne^ "La vie réelle en Chine^" traduction de Tafiset, édit. 1858, p.
4â7 : Yong-lo^ en transportant sa capitale à Pékin, vers 1410, fit édifier la Tour de Porce-
laine de Nankin en l'honneur de sa mère; le monument avait été brûlé '*un siècle aupitra-
vant". Il la nomme "Pao-ngen se t^a^ tour du temple de la vertu récompensée". Sou nom
complet est : Pao-ngen-se lieou-U Va (à tuiles vernissées). Cette Tour s'appela d'abord
•'Tour de 0-yu" (Asoka?) et "Tour de Toh^ang-kan'' "ftnT'S* ^ "'®" reste qu'une vw-
que. A côté est une stèle calcinée ou effritée. Jadis il y en avait une autre plus à l'ouieat,
me disait un passant (1897). Peut-être reviendrons-nous un jour sur ce sujet intéressant.
(3) Nous lisons dans les mêmes annales (KH^n-lomf^ D«lan^«rre p. 161) qu'à U 3f i
de 1407, «le bonze de l'occident (du Tibet) Eo-U-ma, est orée prinoe de la loi du grand
Joyau (la loi bouddhique),» à la pagode de Lin-kou se, près Nankin. Le recueil renferme,
sur cette nomination, des détails, omis ici, qui trouveront place ailleurs.
196 CH. XI. DTNA8TIB DBS MIMG (SUITB), 1366-1644.
W Vial, des Missions étrangères, relate qu'au début du 15*
siècle, Kiert'Vfen ti se retira au Yun-nan et y resta 38 années
caché. Un grand nombre de Chinois, qui Tavaient suivi, s'y
établirent. «Us forment, dit-il, le fond de cette population chinoise
que nous nommons Pen^ti jeu l^Hi K on Min-kia Jg ^. (Ces
derniers se sont alliés à des femmes indigènes.) Tous ces Pen-
ti jen se disent venus d'un endroit appelé Kao^che k'iao TU ^ Ifi
«haut pont de pierre.» Serait-il hasardeux d'identifier cette
patrie d'origine avec Kao^k'iao men It^ij^f^^ Haut pont de pierre
et nom descriptif de cette localité, à la porte sud-est de Nankin
par où s'enfuit Kien''wen tt^s'y retrouvent également. La route y
franchit la Ts^in Hoai sur les 7 arches (4S S W) ^'"^ P^^^ ^^^
élevé. (?)
Le R' E. T. Williams rappelait dans sa Lecture que,
pour achever de pacifier Nankin, Hong-^u déporta plusieurs
milliers de familles au Yun^nan (où Ton parle le plus pur
nankinois) et amena dans* sa capitale 20.000 autres . familles du
Tché'kiang.
Elisée Reclus (T. VII, 525) représente Yong-tch'ang fou ^ g
Jff^ sur un des affluents du Salouen (Lou^kiang }B jX)) ^ l'est de
Momeîn, comme «une cité très commerçante ; parmi les nombreux
immigrants se trouvent des fugitifs de Nankin,* assez nombreux
pour que leur dialecte soit devenu celui de la ville : de là son
nom de «petit Nanking» (1).
«En 1405, le concours de licence du Pé^tche-li eut lieu à
C/ioen-t'ien /bu (Péking). L'an 1415, le concours général, qui se
tenait auparavant à Nankin (appelé alors Yng-tHen fou) fut éga-
lement reporté à Péking. Les licenciés de tout, l'Empire durent
se rendre dans cette ville.» Biot, Essai... p. 458.
Nos chroniques dressent la liste minutieuse des déplace-
(1) L'auteur indique comme références : Mac Carthy, Proceedings of the Oeogra-
phieaZ aoeiety ofLondon; Aug. 1879. — cf. Rocher. Yunnan.
In the year 1405, the Emperor Yung Lo of the Ming dynasty, sent one of his best
officers, Chèng Ho, to navigate the Indian seas. He went to Ormuz in the Persian Gulf
and to Aden at the entrance to the Eed Sea. He went again in 1407, 1408, 1412, 1415, and
again in 1425 and 1430. The vessels in his fleet were 440 feet long and 180 feet wide. He
had on board 27,000 (?) men. There were 62 vessels large and small. He sailed from Liuho
on the first occasion, a smaU port forty miles N.W. of Shanghai. Having a powerful
army, he fought with princes who refused to be friendly and took them with him as his
prisoners to Peking. He offered them to the Emperor. One was beheaded, and another
was pardoned and sent back to his city in Ceylon.
Before the time of Vasco da Gama, the Chinese by .thèse voyages had gained a
knowledge of the Indian and Arabian coasts ; they had visited Calicut, where the Moors
nearly suoceeded in a conspiracy to slay Vasco da Gama. They knew Cochin where in
1525 Vasco da Gama died. They had visited Ormuz, Goa, and Malacca, ail of which were
taken by Albuquerque« During the seven voyages of Chêng Ho, Chinese sailors had
beoome familiar with thèse places and Bengal. They had the compass on their ships to
s II. EXPÉDITIONS DE YONG-LO À L'OCCIDENT. 197
ments de Yong-lo à cette époque, intéressante pour l'histoire
locale. A la seconde lune de 1409, il part pour Pékin, laissant
à Nankin, pour Ty suppléer, son fils Tchou Kao-tch'e JSc 1% iSti
aid them in navigation, but sailing was alway8 slow work in those days* From Caliout to
Ormuz it was a voyage of 25 days. Vasco da Gania was 23 days on the way from Melinda
in Africa to Caliout. From Sumatra to Bengal 20 days of fair wind are required according
to the chinese accounts. There was an interval of about eighty years between the expé-
ditions of Chêng Ho and the arrivai of Vasco da Gama. The Chinese did not push thé
trade with the Indian Océan at that time, as China was not then adding rapidly to her
home population. There was no need for her to plant colonies in the Straits Archipelago.
Her surplus population was needed in her own country to fill the vacancies made by
wars. Wars in former times were awfully destructive and so too were famines and pesti-
lences. Thèse causes prevented the Chinese from emigrating in masses till the last two
centuries, because the country was not filled with a growing population till the sovereigns
of the reigning dynasty gave tranquillity to the country.
The pilots engaged by Chêng Ho's fleets were usually Arabs and the same was
true of the chinese navigation in the times before the Ming dynasty. The Chinese,
however, having the compass to help them, leamed to pilot their own vessels. Vasoo da
Gama used Arabian and Guzerati pilots when he came into the Indian seas, but he had
the compass already. The Arabs leamed the use of the mariner's compass from the
Chinese and they taught its use to the European nations in the Mediterranean about
the year 1250, or 250 years before the discovery of Vasco da Gama. The compass came
into gênerai use in spanish ships. This number of years shows that the mariner's com-
pass was the main cause of the portuguese successful' efforts in discovering the african
coast and adding accuracy and utility to the charts of that âge. If, then, the compass of
China came to be commonly employed about 1420 throughout Europe, it follows that
Portugal and ail other maritime states are greatly indebted to China for setting the
example in the 12th century of applying the magnet to navigation. Ail such improve-
ments progress slowly. A troubadour poet mentions the mariner's compass about A. D.
1181. Three centuries passed from the time when ail chinese seagoing vessels were
provided with a compass before the âge of Flavio Gioia of Amalfi, in Campania, who
about 1302 simply applied the arab compass to use in italian ships. The reason why the
Chinese were first in employing the compass was that their astrologers had a magnetised
needle long before in the astrological compass used by them in framing horoscopes inten-
ded to détermine the Fêngshui of any locality on land. The first known instance is in
A. D. 1122.
Edkins, N. C. D. N. 20 mai 1898. v. supra, an. 605.
«La stèle (ornée, sur tortue) qui se trouve hors de la porte I-fortg men, a été dressée
par l'Empereur Yong-lo à la 14® année de sou règne, pour remercier la déesse de la mer
y^ yHi T'ien-fei, qui avait favorisé les ambassadeurs impériaux pendant leur voyage aux
Indes. Divers faits miraculeux sont attribués à cette déité (Ph. XXXIV.)
L'inscription fut rédigée par l'empereur lui-môme. Cette stèle nous apprend qu'il y
avait une autre pagode spéciale pour cette déesse de la mer ; elle fut bâtie, selon le Ta-
ming i-t^ong tcke ^ ^ S m îS à la ô« .année de règne de Yong-lo, intitulée Fong-
jenp^ou-tsi tHen^fei kong 7/^ tl W W /^ iB a «^^
Les D' Hirth cite l'expédition chinoise en 1408 à Ceylan que les Chinois subjuguè-
rent ; elle avait été envoyée par Yong-lo ou peut-être par Song-ou.
Le Arabes reltftent aussi l'arrivée en 1480 à Yeddats (Arabie, mer rouge) d*une flotte
de jonques ohinoisfiB.
198 Ca. XI. DTNASt» DM MINO (lUITl) 1868-1644.
rhéritier présomptif. Il entra dans la capitale du nord à la 7* 1.^
le prince héritier gardant Nankin. Retour de l'Empereur à la
9* lune de 1415. Bn 1416 (3* 1.) Yong'-lo part encore pour Pékin,
Tchou Kao'tch'e restant à Nankin. Enfin, à la 9* 1. de 1419,
l'actif souverain appelle le prince héritier dans la capitale du
nord, et confère à Nankin son nom significatif et durable de
capitale du sud, Nàn-king ||f ]^.
Ces événements sont contemporains de la naissance de Jeanne
d'Arc (1409). Alors, s'il faut en croire de Mailla (X. 177), Yong-lo,
dans un de ses voyages à sa capitale secondaire, enjoignit de faire
périr, en présence de hauts mandarins, et «dans l'intérieur de la
grande porte du palais, appelée Si-/ioa men W 101 P^» (encore de-
bout), un de ses fils, prince de H an, qui convoitait la ])rincipauté
de Nankin. On intercéda pour le condamné; il ne fut qu'exilé à
Lo^ngan tcheou ^ ^ j^ {au Chan-^tong).
L'impitoyable monarque inaugura en 1422 un palais qu'il
venait de faire bâtir. En 1425, Nankin était la résidence du
prince héritier, qui, rappelé à Pékin par son père mourant, devint,
en 1426, l'empereur Siuen''tsong S^.
A la 9® 1. de 1423, Yong^lo se fit représenter, dans la Capi-
tale du sud, par un mandarin pourvu du titre de Nan^king Cheou"
P^^ ^ TK '^ fli* L' premier titulaire de cet office fut Li Long ^
^. Ce comte de Siang^tch'eng ^0 j|| fjà <(était aussi chargé de
la lieutenance générale de la Légion du Milieu.»
Yong^lo mourut à Pékin, âgé de 65 ans, après 22 années de
règne. Delamarre signale ainsi l'événement. «1424 : Mort de
l'Empereur à Yu^mou tch'oan litTfC jll- On cacha cet accident
Îuelques jours. Les mandarins «firent envelopper le corps comme
'un habit d'étain, et le déposèrent dans le char impérial.» (op.
cit. p. 201.)
«C'est sous Fongf-to, dit A. Rémusat, que les Chinois, pre-
nant enfin leur revanche sur les Mongols, pénétrèrent dans la
Tartarie et la réduisirent en province chinoise.» Le lecteur recti-
fiera ce que cette assertion a de trop absolu.
Les portraits indigènes de Yong-lo nous transmettent un type
énergique, résolu, décidé, plein de caractère, parfaitement con-
forme au portrait moral retracé par l'histoire (1).
«En 1408, on lui offrit le code de la dynastie des Mingj
commencé sous l'Empereur Hong^ou. Cet ouvrage, (2) intitulé
Yong-lO'ta-tHen ^ ^ :k '9^^ comprenait 11,095 vol. ou cahiers.
(1) Le Péking^àe MfP A. Favier (p. 133) a reproduit l'un de cea beaux portraits.
(2) De Mailla, X., 166. Le Supplément du Dictionnaire de Pemy (p. 12S, n° IX.)
tt^kribue la rédaction dd ce Code renommé à Tckeit'Chef habile lettré auquel Yong-lo
avait confié l'éducation de ses enfants. On appellerait mieux ce Gode "Instituts et
Ootttuittes."
t III. ttOUT M ItlBK-WHN tt. IdO
contenant 22,937 chapitres. L'empereur mit en tété de dette
collection une préface de sa façon» (1).
§ m.
JMN'TSONG (1426-1426).
Ming Jen-'tsong ^ tl ^i désigné par Yonç'^lo comme succès-
seur, ne régna que 10 mois et mourut à 48 ans. A la 4® 1. de
1425, après avoir envoyé l'eunuque Tcheng Ho S5ft à Nankin, il
députa Tchou Tchan-^ki ^ ffH ^^ son fils, au Hiao ling ^ m^,
avec mission d'y sacrifier en son nom aux mânes de Hong-ou.
Oe prince iiéritier devait ensuite demeurer dans la Capitale du sud.
Pourtant, un ordre de la Cour le rappela presque aussitôt dans
celle du nord. D'après de Mailla (X. 185), l'empereur réhabilita
la mémoire de ceux que son père Yong-lo avait injustement con-
damnés, pour attachement à leur souverain /iCien*wen H (2).
Ce prince dépossédé avait résisté longtemps aux sollicitations
de ceux qui le pressaient de revendiquer ses droits au trône, et il
errait dans le sud de l'Empire. A la mort de Yong^-lo, il se ca-
chait à THen-t'ai 5c "^ au Tché^kiang. L'usurpateur, qui avait
fini par percer le mystère de sa retraite, pensa d*abord à s'assurer
de sa personne. Mais considérant qu'il s'accommodait, en bonze
insouciant, de son état de vagabond nomade, il le fit surveiller
pendant deux ans, puis il l'oublia (3). Auparavant, nous dit-on,
«craignant qu'il ne se fût enfui, lors de la prise de Nankin en
(1) Delamarre, Op. cit. Il traduit encore : «1424. On commence à placer un capi-
taine (Cheou-pei ™ m) commandant la garnison à Nankin.»
A la 2® lune de 1425, l'Empereur Ming Jen-tsong Hong-hi ^ t ^ Ç| fflt
envoya l'eunuque Tcheng Ho ^ ^ pour occuper cette charge de Nanking cheou-pei
^ ^ *3P fli* Le tombeau, jadis considérable, de cet eunuque se voit au pied (nord)
de Nieou-t^eou chan ^ fi5 Ul » que signalent deux pics jumeaux à 20 kil. au sud de
Nankin.
(2) En 1430 (KHen-long, Delamarre)^ Tcheou Ohen ™ fît était Gouverneur de
la province de Nankin.
En 1436, un ordre impérial établissait'ifoan^' Fou Cheo-u-pei de cette ville. U J^
(3) «En 1440 un bonze passa du Yunnan au Koang-si, qui se disait ce Kien-toen.
On le jugea : c'était un Yaiig Hing-siang, âgé de 90 ans. Envoyé à Pékin, jugé de nouveau,
emprisonné 4 fois, il mourut enfin en prison. Douze bonzes complices furent bannis au
Liao-tong. Plus tard, on proposa de décerner un titre anoestral (posthume) à Boei^ mais
sans exécution» de Groot p. 1179.
Des auteurs prétendent que ce ne fut qu'en 1441 qu'un décret impérial décida que Pé-
kin serait la Capitale du Nord. Le P. Couplet fixe la date à 1411. Magaillans, Belation p. 186.
200 GH. XI. DYNASTIE DBS MING (SUITS), 1366-1644.
1402, au delà des mers, Yong'-lo envoya des expéditions considë-
•> râbles vers l'archipel indien, et obtint par elles la soumission
nominale de tous les rois et de tous les sultans, dont la puissance
s'étendait depuis la Malaisie jusqu'au Golfe arabique» (1).
En 1441, sous yng-isong ^ ^ (Tc/ieng-rong ^ g| 1436-1450)
Kiert'-'wen ti^ âgé de 64 ans, vivait au Kiang^si. Ayant célébré
en vers imprudents son infortune et sa déchéance, tandis que les
usurpateurs jouissaient de son héritage impérial, de puissants
mandarins le firent saisir. Il nia qu'il fût «l'empereur.)) Un de
ses amis se donna comme Tauteur des vers incriminés. On les
arrêta tous deux et ils furent amenés à Pékin. Malgré leurs dé-
négations, divers stratagèmes romanesques (tels que ceux où se
complaît l'histoire chinoise) les contraignirent d'avouer la vérité.
«On enferma Kien^wen H dans un appartement du palais, où il
passa le reste de ses jours. Il fut enterré sans aucune cérémonie
à une montagne à Touest de Pékin.» De Mailla p. 202.
D'autres légendes pivotent autour de la destinée du monar-
que fugitif.
Nous les omettons pour faire place à une autre information
tirée du P. de Mailla. En 1574, un ministre présenta à TEmpereur
Chen-isong -g ^ des Ming un abrégé de l'histoire intitulée T'ong-
kien ^ m. Il demanda ce que l'on connaissait de certain au sujet
de Kien-wen ti. On l'assura qu'il n'avait point péri dans l'incen-
die du palais de Nankin, mais qu'il avait erré 40 ans de province
en province. «Gomme l'Empereur parut curieux de savoir s'il
restait quelque monument de ce prince, lé ministre se chargea
d'examiner les inscriptions des tombeaux de la sépulture impé-
riale; il en tira une copie que l'Empereur relut plusieurs fois
avec attendrissement» (de Mailla, X, 336).
Il en ressort que Kien^wen ti aurait sa tombe officielle aux
environs de Pékin, bien qu'il y eût été enterré sans pompe. De
Groot p. 1199 et de Mailla sont d'un avis contraire.
D'après le Pé-hia-souo-yen, le Docteur / Mou {% ^ de Wang*
kiang hien ^ ^ au Ngan-hoei sous Tao-koang, avait une des
plus belles collections des sapèques de tous les règnes. Mais il
n'avait pu en trouver que deux de Kien^-wen ti.
Le jeune prince Tchou Tch'ang-li J^^g;^, envoyé à Pékin en
1425, n'y séjourna guère qu'un mois, sans pouvoir faire long
usage de l'autorité partielle que l'empereur lui déléguait sur les
provinces du sud. Brusquement rappelé à la Capitale, il y succé-
da à son père sous le titre de règne Siuen-ié â -Si ®* ^® ^^^
dynastique de Siuen-tsong Jg ^ (1426-1436).
De Mailla relate (X, 208) qu'à la 6« lune de 1450, lors de
singulières perturbations de la nature, «on entendit à Nankin des
bruits souterrains pendant trois jours consécutifs ; le feu prit au
(1) Totmg-pao, avril 1890, II.
$ III. ÉPHÉMÉRIDES. 201
palais des Ming qu'il réduisit presque entièrement en cendres. »
D'autres rangent ce désastre parmi les premiers événements du
règne de King-tsong (aliàs King-tai ^ ^ 1450-1458). On y
ressentit encore en 1484 les tremblements de terre qui, alors,
désolèrent Pékin si affreusement.
De fait, pendant ces deux siècles, ciel et terre parurent
conspirer à la fois contre la fortune nankinoise ; les Chroniques
locales sont encombrées des mentions réitérées de désastres de
tout genre. Outre la liste, très fournie, des tremblements de
terre, dressée à la page 94, nous y glanons encore les éphéméri-
des calamiteuses qui suivent :
1449, (6® L.) Violent orage pendant lequel sont brûlées les trois
salles Kin-chen tien H JI* ^, Hoa-kien tien Ip ^ ^ et
Fong-tHen tien ^ ^ SSi-
1454, (l^^e L.) Neige pendant 40 jours. Incendie terrifiant.
1457, (2® L.) Une bourrasque déracine les arbres du ifiao ling
^ ^. Les animaux en pierre du Tombeau du prince
héritier /-wen T^ai-tse ^^ ^ :k -f Y sont avariés.
1460, (3®L.) Le temple du rc^'ao-rienfeongf ^ ^C'êP^st incendié.
1466, La famine est si affreuse qu'on se nourrit de chair hu-
maine en ville.
1473, (7® L.) Un ouragan passe sur Nankin, causant d'immen-
ses dégâts aux Terrasses du Ciel et de la Terre, ainsi
qu'aux Temples du Hiao ling,
1480, (1) (8® L.) Un coup de vent ravage encore les plantations
du Tombeau des Ming,
1482, Un tigre dévore plusieurs personnes aux environs de
Nankin. ,
1483, (11° L.) Incendie de l'École nationale, le Kouo-tse Kien.
,, (12® L.) Incendie de la manufacture des vases de porce-
laine. Le feu détruit ausgi la résidence de la famille du
Ga-l Teng Yu % '^, Prince Ning-ho wang ^ ^ïj 3E-
1485, Un coup de vent arrache les arbres du Temple T'ai miao
^ J^, Les bêtes en pierre de la Ville impériale (Hoang
tch'eng g J|J) et celles dressées en avant de la salle Ta-se
tien ^ jE Jg, sont aussi partiellement brisées pendant
l'orage. Alors, dit KHen-long (Delamarre, op cit.). Nankin
est encore une des deux capitales.
1488, (3° 1.) Incendie dans le Jardin intérieur, Nei-hoa yuen
ft ?B H- A la 5® lune (comme en 1388), la foudre fendit
la tête «de la bête en pierre» de Hong-ou men ^ jlÇ P^. La
même tempête ravagea les arbres de la grande avenue du
Tombeau des Ming.
(1) 1478, la femme d'un officier, nommé Tch^en Seng-eul ^ fa -S ? met au
mond e le même jour trois garçons et une fille, disent les chroniqueurs.
202 GH. XI. DYNASTIE DES MINO (suITB), 1368-1644.
1489, (4* 1.) Le tonnerre renverse le Temple Tsou^che tien jjjg
IK fl à C/ien-Io hoan |l^ m ||. Cette dernière pagode est
incendiée elle-même quelque temps après.
1490, (7" lune) La foudre renverse les murailles à l'ouest de
la porte Ou men âfi p^.
1493, (4* 1.) Incendie nocturne de Tancien palais du Ou wang
,, (12 lune) Le tonnerre dévaste encore les plantations du
Htao ling.
1494, L'orage ruine plusieurs monuments publics.
1495, (5" 1.) A la suite de pluies prolongées, un pan de mur au
nord de Tch'ao^yang men s'écroule.
1502, Une violente tempête d'équinoxe ravage l'habitation des
eunuques au Hiao ling, arrache les arbres, renverse les
murs et les balustrades des ponts. Le Yang^tse kiang dé-
bordé reflue dans la ville, où il y a jusqu'à cinq pieds d'eau.
1522, (?• 1.) Nouveaux débordements du Kiang et tempêtes
furieuses ; murs de la ville, palais et temples s'écroulent.
1523, Longue sécheresse, suivie de famine.
1534, (6® 1.) Dans un incendie au T'ai miao, la cuisine rituelle
et les salons latéraux furent détruits.
1553, (S** L.) Incendie du Kong-yuen J| ^.
1586, (5^ L. ) Pluie torrentielle de 10 jours, avec inondation
subséquente. Les barques naviguaient en droite ligne de
Kiang^tong men jï }|[ P^ à la porte San^chan men ^ [Ij
P5 (Choei-si men).
En 1617, 1619 et 1642, des myriades de souris franchirent
le Yang-tse kiang, en s'^puyant les unes sur les autres.
Arrivées à Nankin, elles dévorèrent la récolte et les pro-
visions de riz.
Credat Judseus Apella !
1618, Chute d'un énorme bolide rouge à l'occident.
1623, (7° L.) Incendie des constructions de l'ouest à l'ancien
Palais impérial.
1626, (5® L.) Nouvel incendie au Tch'ao-t'ien kong,
1643, (11® L.) Une poudrière saute en ville; plus de 30 person-
nes succombent par suite de l'explosion.
L'usurpateur, dont le pouvoir se légitimait et s'affermissait
chaque jour, outré de la résistance d'abord, puis de la sourde
opposition de Yng-Vien fou f^Ji)^ (Nankin), délaissa cette ville
au commencement du XV' siècle, pour établir sa Cour à Choen-
t'ien fou JH 3Ç ^ (Pékin). A l'encontre de nombreux auteurs,
nous ne voulons point ici introduire de dates précises, autres que
celles déjà fournies. Mais à Pékin, l'on répara la muraille aux
premiers voyages de' l'Empereur, qui fît commencer la construc-
tion du palais vers 1421. Sous les Ming, ville départementale,
elle commandait à deux sous-préfectures. En effet, par respect
i m. PÉKIN CAPITALE. 203
pour l'œuvre du fondateur de la dynastie, Yong-lo n'osa ravir à
Nankin le titre que cette ville tenait de Hong-ou, son père. Il lui
laissa même ses six grands Tribunaux (Lou-pou "f^ |p) et il revint
plusieurs fois dans la vieille capitale disqualifiée.
Pour être exact, il faut donc affirmer que le transfert de la
Capitale officielle au nord ne s^accomplit que progressivement, et
que plus d'un lien rattacha longtemps les deux cités, comme
l'ancien régime au nouveau. «Les Ming qui habitaient Nan-
kin, en arrivant dans leur capitale du nord, regrettèrent leurs
rizières, leurs lacs de nénuphars, leurs splendides eaux du sud;
ils voulurent en avoir l'image, et creusèrent le Che-tch^a hai
+ ^J M^^ (M^^ Favier, Pékin, p. 351). C'est un vaste lac, hors
de la porte Heou men, et dont les aménagements, qui simu-
lent quelque paysage nankinois, ne furent terminés que sous
Wan-li IS H.
Les Mongols avaient réparé l'enceinte de Pékin en 1274.
Hong-ou «rasa deux de ses portes, du côté du midi, pour la
dégrader. Yong-lo, qui en rebâtit les murs en 1409, ne leur
donna que quatre lieues de tour.»
La ville chinoise eut des murs en terre en 1524; plus tard
on lui accorda des murailles et des portes en briques, puis elle
fut réunie à la ville tartare ou capitale (Mém. concem. les Chinois
II, p. 153).
En 1437, on revêtit les murs de Pékin d'un parement de
briques. Ils avaient 47 li de tour (27 kilom.) et neuf portes
comme aujourd'hui. En 1543, les faubourgs du sud (ville
chinoise actuelle) furent entourés d'une muraille de 28 H (17
kilom.) de longueur (1).
Ainsi Nankin, découronné encore une fois, resta capitale
honoraire de 1406 à 1644, année qui consomma sa déchéance, à
la chute de la dynastie des Ming. Elle attend depuis lors le
retour problématique de son ancienne splendeur, cette restauration
de sa vieille gloire, que plusieurs lui prophétisent d'une vague
manière. Elle faillit recouvrer inopinément, il y a trente ou
quarante ans, cette dénomination de capitale, sous la domination
sanglante des T'ai-p'ing >fç 2p. En temps et lieu nous exposerons
comment le fatidique présage se réalisa temporairement alors.
Quant à l'avenir, plus que jamais il egt à Dieu !
Les scènes paisibles, presque idylliques, du roman des Deux
Cousines, le Yu Kiao-li 3Ê j^ ^^ connu surtout en France par la
traduction de Stanislas Julien, ont pour théâtre le pays de Nankin.
Plusieurs des personnages sont nankinois. . L'époque choisie est
celle de Tchen-t'ong ]£ jg^, nommé après sa mort Yng-tsong ^ ^
(1) Cf. Bretschneider, Becherches historiques ... traduction C. de Plancy. Cf.
supra, Introduction.
204 CH. XI. DTNA8TIB DBS MIN6 (SUITB), 1368-1644.
(1436-1450), et les allusions historiques abondent dans cet ouvrage
écrit vers 1450 (1).
Plus d'un auteur indigène se plaît à décrire la vie élégante,
raffinée, libre aussi et dissolue, de la société nankinoise, au
déclin de la dynastie des Ming. Le barbare de Tartarie guettait
cette proie riche et facile.
En 1441 nYng-tsong ^ ^ (1436-1450) établit dans les
deux capitales du nord et du sud, Pékin et Nankin, des écoles
spéciales pour Tinstruction littéraire des militaires.» (Biot, Essai. ..^
p. 444) Cette double fondation témoigne de Timportance relative
conservée par Nankin. On appelait Ou-hio |ë^|pt ces écoles; cha-
cune avait ses officiers instructeurs, chargés de former à la littéra-
ture, peu technique, cent jeunes «cadets» militaires (ibid, passim).
Comme T'ien-tsin, Ou-tch'ang fou et plusieurs autres villes,
le Nankin actuel possède ses collèges pour le recrutement des
officiers de terre et de mer, outre une «École de langues», le
Tchou-ts'ai hio-t'ang ^ ^ ^ ^, récemment ouvert.
En 1507, on rétablit la charge d'Intendant des Soieries impé-
riales: Nan^king Tc/ie-fs'ao $ ]l^ M^ j^* Un mandarin tartare en
est encore le titulaire.
D'effroyables malheurs s'abattaient sur l'Empire. D'autre
part, l'expansion asiatique, comprimée, éprouvait même un mou-
vement de recul; notamment en Europe, la gloire mélangée des
conquérants de race jaune entrait dans la pénombre d'une phase
d'éclipsé, qui, malgré quelques lueurs d'éclat fugitif au 18*
siècle, se prolonge encore aujourd'hui. Yvan-le-grand de Russie
(1462-1505) refoulait les Mongols et fondait chez lui un empire
moscovite-. De nos jours, par un retour offensif, il s'extravase sur
la frontière ouest, nord, et est de la Chine, en attendant qu'il
absorbe une zone du vieux Cathay, dans une mesure impossible
à prénostiquer. Sort inéluctable, auquel semble se résigner une
trop large fraction du monde mandarinal !
Les pronostics d'un avenir mystérieux ne doivent pas nous
faire oublier notre enquête historique à travers le passé.
Pendant Tannée 1519, Tch'en Hao ^ ^, Prince Ning wang
^ ïî ^"î s'était révolté à Nan^tch'ang au Kiang-si, s'était
assuré la complicité de l'eunuqUe Lieou Lang ^ ^, occupant le
poste de Nan-king Cheou-pei ^ J^ *3F "ffll- Mais leurs projets
séditieux étaient surveillés par Klao Yu ^ ^, le Préfet de la
Chambre des armées Ping-pou chang-chou ^ ^ fS^ ^- Grâce à
son sagace dévouement, on s'empara sans bruit de plus de 300
affidés secrets, et on les mit à mort. La sédition projetée avorta
de ce fait, à Nankin.
(1) Cf. la traduction de S. Julien, t. I. p. 7, note. L'épisode du chapitre VI se
déroule dans une pagode de Kiuyong, à 14 lieues est de la grande ville.
$ m. MORT DE OU-TSONG, 1521. 205
A la 7® lune, Tempereur Ming Ou-tsong ^ ^ ^ (Tcheng-té
jE J^) marcha en personne contre le prince Ning-v^ang, A la 12®
lune, se trouvant dans sa Capitale du sud, il ne logea pas dans
l'ancien palais, mais habita un hôtel préparé pour lui, près du
Nan men. Selon la coutume, il profita de ce voyage pour se
rendre au Hoang ling (1520, 1^^^ lune); les sacrifices terminés, il
fît donner des représentations scéniques. L'été suivant, on lui
ménagea une excursion (6® lune) à Nieou^t'eou chan ^ |g [Ij, où
il habita dans un Temple funéraire, bâti sur le pic de Touest.
A la 8® lune intercalaire, on lui amena des prisonniers, provenant
des bandes rebelles levées par le Prince Ning wang ^ ^
au Kiang-si, En quittant Nankin, sa Majesté se livra au plaisir
de la pèche à la ligne, auprès de Long-kiang k'eou f| Jï CI
[Hia-koan),
Ou'tsong ^ ^ (Tchou Heou-tchao ^ ^ ^, Tcheng-té ]£
^ 1506-1522), onzième empereur des Ming, en cours de visites
dans les provinces du sud, vint passer une dizaine de mois à
Nankin, sa seconde capitale ; il s'y trouvait présent en octobre
1519 et la ville lui donna une série de fêtes à cette occasion.
Peut-être entendait-il fuir les incursions audacieuses des Tarta-
res, qui l'inquiétaient sans cesse à Pékin. Il y rentra pourtant au
début de Tannée suivante, et y mourut en février 1521 (1).
Vers 1531, Che-tsong jjl: ^ imposa au Tse-kin chan (abritant
les sépultures dynastiques de Nankin) son nouveau et emphati-
que vocable de Chen-lié chan ipf ^^l llj . Les collines qui dominent
le TsoU'ling U ^ de Fong-yang fou, et celles du Hoang-ling à
Nankin reçurent de semblables appellations. Tout fut ruiné, ou
à peu près, sous le dernier des Ming: la 8® année de Tsong-
tcheng ^ |j|, les bandes tartares prirent Fong-yang et incen-
dièrent les temples de son Hoang-ling, sépulture des ancêtres
de Hong-ou, fondateur de la dynastie expirante (cf. de Groot,
p. 1275.)
(7® 1. 1555) Des pirates japonais, remontant le Yang-tse,
comme les Normands nos fleuves de France sous les Carlovin-
giens, n'osèrent attaquer Nankin, à la vue, dit-on, de la bonne
garde qu'on y faisait. Ainsi parle la tradition. Toutefois, l'his-
toire moins apprêtée et d'accord avec les Chroniques régionales,
si elle maintient l'exactitude de l'incident en général, le présente
sous un jour moins glorieux pour Nankin. Ces pirates, montés
sur 72 barques, n'y arrivèrent qu'après avoir pillé les villes de
Hoei-tcheou fou ^ )i{ J^ ^t de Ning-kouo fou ^ ^ J^. Les sol-
dats de la capitale du sud, qui se hasardèrent à leur barrer le
chemin, furent honteusement battus, perdant quatre officiers.
Par bonheur, les forbans japonais se retirèrent bientôt sur
(1) Cf. de Mailla, X, 297, et Bretschn'eider, Mediœval Eesearchea. vol. II, p. 318.
206 CH. XI. dtoàstir D19 MiNO (suitb), 1368-1644.
Pan^A'tao Hgi m (non loin du Yang-Ue, à 20 li de Nankin, sur la
route de T'ai^p'ing fou). La grande ville respira; mais la peur
d'un retour offensif fit établir, en 1592, de solides garnisons à
Hia^hoan, pour y défendre le passage de Lon^-feiangf ftoan H JH
H contre une invasion japonaise (1).
Une insurrection militaire avait éclaté, à la 2® lune de 1561,
au camp de Tchen-ou yng ^ H^ ^i établi durant l'hiver de
1545. Plusieurs chefs furent massacrés ; on supprima ce camp
en 1557.
A la 10* 1. de 1604, un magicien nommé lAeou T'ien-siu
JRI 3^ ^ fomenta aussi une sédition. Suen K'oang if:^, préfet du
tribunal militaire à Nankin, le fit emprisonner et décapiter, noua
reviendrons sur ce fait.
L'an 1600, on avait réparé la pagode de Pao-ngen ae et son
principal ornement, le Pao-ngen t'a, la fameuse ♦•Tour de porce-
laine".
L'hiver de 1616, Ting pin "J* ft recreusa le canal envasé de
la TsHn'-hoai ^ f{|.
Nankin exerçait alors une singulière fonction: on y relé-
guait les fonctionnaires dégradés pour fausses dénonciations et les
Grands convaincus de quelque méfait irrémissible. Ainsi, en
1505, des eunuques tout-puissantSi accusés de corrompre le jeune
empereur Ou^'lsong et disgraciés, demandèrent cette ville comme
lieu d'exil (2).
Cette capitale secondaire était, sous les Ming, la résidence
attitrée d'un Chef des eunuques, maître du Palais, préposé à la
garde des portes de la ville et jouissant du cumul de plusieurs
charges lucratives. En général, ces eunuques (ils étaient plusieurs
milliers) se posèrent en ennemis décidés des missionnaires,
pour entraver leurs efforts d'évangélisation. Toutefois, les apôtres
de la vraie foi nouèrent d'excellentes relations avec plus d'un et
l'on compta quelques conversions solides parmi cette classe de
gens néfastes, si pernicieuse encore à la Chine d'aujourd'hui :
Nous aurons occassion de reparler de ces rapports (3).
L'autorité et l'influence, régulière ou usurpée, de ces eunq^
(1) V. de Mailla X. pp. 326-327, incursions japonaises au Tchê-hiang, Kiang-nan^
Ghan-tong etc.
(2) De Mailla, X, p. 267, 273, 392. Les plus fameux de ces eunuques étaient Lieou
Kin ^ Jm (exécuté plus tard), Li Fang 2J& ^Ç? Wang Yoy Hoang Wei, Tchang Yong
SS ^' Aux environs de Yu-hoa t*aiy en dehors de T*ai-j7**w^ wen et surtout dans la
direction de Nieou-t^eou chan^ au sud de Nankin, les tombeaux d'eunuques abondent.
Nous nous en oocuperons dans un travail spécial.
(3) Voir Trigault, De Gkristiana Expeditione, livre IV, eh. VIII, p. 858, sur la
rapacité des eunuques. Le P. Martini témoigne avoir visité les Temples du Ciel et de la
Terre à Nankin, quand «ils étaient sous la garde d'un- eunuque de haut rang, devenu
chrétien,» Novus Atlas sinensia p. 98. Amsterdam, 1654.
i III. RBVOLTBS AU NGAN«*HOEI. 207
ques n'était pas moins étendue que redoutable ; il importait
extrêmement de les ménager tout autant que jadis sur les rives
du Nil et de TEuphrate. Les collines aux abords de Nankin
conservent de nombreux vestiges de leurs sépultures, parfois
somptueuses.
Ironie de l'histoire ! Hong^oUj lisant l'avenir dans les souvenirs
du passé, avait pourtant interdit à tout eunuque de se mêler des
affaires de l'état, d'entrer dans l'armée, même d'apprendre à lire.
Lettre morte que ce décret si sage comme tant d'autres ailleurs
qu'en Chine !
Lq P. de Magalhaêns prévenait ainsi ses lecteurs de l'exis-
tence anormale des deux capitales chinoises : «Durant le règne
des Ming, on comptait treize provinces et deux Cours ; parce que
la ville de Nankin était Cour comme celle de Pékin, et avoit de
même six suprêmes Tribunaux, et tous les autres qu'on voit en
cette dernière (1).» La coexistence et les attributions respectives
de S. Pétersbourg et de Moscou, de Vienne et de Buda:Pesth,
donneraient une idée .approchante de l'anomalie d'une capitale
ainsi doublée ou dédoublée (2).
L'alerte fut des plus vives à Nankin quand, en 1637, Tchang
Hien^tchong ^Jl^^S (un vulgaire chef de brigands, ou le héros
malheureux d'une revendication politique et nationale, selon les
opinions conservatrices ou avancées des chroniqueurs) réussit à
s'emparer de Ngan-k'ing ^ ^, la capitale du Ngan^hoei, L'orage
passa sans causer d'autre mal que la peur. Ainsi en fut-il lors de
la prise de Ho-tcheou ft ji\ par des rebelles (1642), dans cette
même province. Ces tentatives maintenaient Nankin sur le qui-
vive ; l'on veillait surtout aux portes plus voisines du Yang-tse
Kiang,
Nous reviendrons à loisir sur ces révoltes. Le premier
personnage, empereur au Se-tch^oan, favorisa, puis persécuta
les missionnaires; il fut tué par les Tartares en 1649. Le second,
Li Tse-tch'eng ^ g J^ parvint à gouverner pour un temps le tiers
de l'empire et finalement prit Pékin en 1644; son rôle appartient
dès lors à l'histoire de Chine.
En dehors de ces événements presque locaux, de ces parti-
cularités sans retentissement général ou limitrophe, rien de
saillant pour l'ensemble de cette période transitoire ; l'intérêt se
porte ailleurs. Endormie dans sa quiétude, la **Cour du sud",
peuplée de jouisseurs inactifs et satisfaits, se voit de jour en jour
préférer sa rivale du nord, aux mains d'une race plus agissante.
Une lente et sourde évolution prépare l'avènement, avec la sujé-
tion à un peuple étranger, de l'âge actuel, moderne du moins :
(1) Nouvelle relation, p. 202.
(2) En 1897, on proposait à l'Italie de prendre Florence pour capitale effective tout
en laissant à Rome la prérogative de capitale Whonneur.
208 CH. XJ. DTNASTIB DBS M1N6 (SUITB), 1368-1644.
accident gros de conséquences pour les destinées ultimes de la
Chine contemporaine. Un duel s'engage entre le conservatisme
rétrograde et Tactivité entreprenante des nations occidentales :
nul n'en peut prévoir le dénouement.
«»
NANKIN. VILLE IMPERIALE,
MONTOIR EN PIERRE.
Le dessin a environ 25* de haut (relief).
Il y en a un autre de même dessin en face.
CHAPITRE XII.
DYNASTIE DES M/NG.— RICCI.
§ I
AERIVÉE DE RICCI, 1595.— ÉTABLISSEMENTS, CIMETIÈRES.
8IU ZO^^TG^-^-'J. — PERSÉCUTION. (1)
— «K>}©«0«
Bien que mis au fait de la déchéance politique de Nankin,
le P. Mathieu Ricci (1552-1610), arrivé en Chine dès 1583, ne
tarda pas à s'acheminer vers ses murs. Nankin restait pour
lui la capitale de la civilisation, la métropole historique et
légendaire, la patrie chinoise de la culture intellectuelle et
policée, le séjour habituel de la société élégante et des classes
influentes. Il y fît son entrée le 31 mai 1595, y revint Tannée
suivante, puis en 1599. Aux deux premiers voyages, on lui
refusa l'autorisation de demeurer intra muros ; il habita dans sa
barque, au milieu d'un des faubourgs occidentaux, tous plus po-
puleux jadis qu'aujourd'hui. Grâce à ses précieuses relations
avec les classes lettrées et mandarinales, séduites par son savoir,
sa vertu, et si abaissées depuis lors, il tenta, non sans succès,
d'y établir la base provisoire de ses opérations apostoliques, avec
le centre des chrétientés de la Chine moyenne.
Son plan, sagement mûri, était de tout ménager en cette
ville pour aborder Pékin, la récente capitale de fait, but ultime
de ses lointains voyages. S* François Xavier n'avait-il pas nourri
le même espoir ? Epuisé par des années d'escarmouches victo-
rieuses autour de la place, il avait succombé (1552) à 47 ans,
aux portes mêmes de l'imprenable citadelle du paganisme chinois.
(1) Nous trouvons dans le Kou-kin-ta^o-lio o ^ ffi| PC » abrégé de l'histoire du
sel, ancienne et présente, . un détail fort curieux. C'est la note de la quantité et de la
qualité du sel consommé à la Cour de Nankin à l'époque des Ming.
Chaque année on dépensait :
1*^ pour les sacrifices aux idoles, 2000 livres de sel gris et 400 000 livres de sel blanc.
2® pour les gardiens des tombeaux dans la nécropole de la famille impériale, 3000
livres de sel blanc.
3^ pour les princes vivant à la Cour, 200 000 livres de sel gris et blanc.
4" pour les serviteurs de ces princes, 3500 livres.
5" pour les sacrifices aux mânes des ancêtres, 190 livres 6 onces de sel blanc le
plus pur,
6* pour les musiciens de service à ces cérémonies, SOOOflivres de sel gris.
Tout ce sel provenait des salines de la Hoai.
14
210 GH. XII. DYNASTIE DBS MINa.-— RICCI.
Sur Ricci, sagement conseillé, Nankin exerçait une indéfinissable
attraction par son passé plus encore que par son présent. Au
reste, il n'y voyait qu'une étape pour monter à Pékin.
Le P. Trigault (1) a consigné en un latin, plud sémillant que
précis, de curieux détails sur ces rapports de Ricci, à Nankin,
avec rélite de la société nankinoise : Présidents des six Tribu-
naux, Princes du sang, noblesse indigène et locale (2), lettrés de
marque, bonzes diserts et influents, eunuques hautains et tyran-
niques, grands mandarins tant civils que militaires. Ces derniers
se montrèrent souvent, alors comme de nos jours, moins réfrac-
taires que leurs collègues de la Littérature à l'influence chré-
tienne. Hommes d'action énergiques, ils ont moins subi Tinfatua-
tion déformatrice d'un système d'études vaines, insuffisantes et
arriérées.
En juin 1598, Ricci quitta donc Nankin pour monter par
terre à Pékin. Il venait de passer dix jours à Kin-^yong ^ jgS, la
patrie d'origine des Ming, dans le palais du vice-roi du Kiang-nan
Tsao Sin^tang. Dénommé vice-roi de Sou^tcheou (rancienne Kou^
sou j^ im), le haut fonctionnaire ne résidait pas à Nankin, Cour
royale^ et son séjour à Kiu-yong explique partiellement la splen-
deur relative de cette petite ville toute en ruines aujourd'hui (3).
Wang Tchong-ming était alors Président du Tribunal des Rites,
et Ricci sut gagner sa faveur.
Au retour, de Pékin, il passa par Sou'-tcheou, puis par
Tan^yang, où son fidèle ami Kiu TaUsou le soigna dans une
grave maladie. En janvier 1599, Ricci traverse Tcken^kiang et,
rentré à Nankin (6 février), y revoit Wang Tchong^ming et le
vice-roi. Au mois de mai suivant, il achète à demi-prix un
tribunal que Ton dît hanté et, de ce fait, inhabitable. Cette
maison, située non pas sur l'emplacement de la Mission ca-
(1) Trigault vint à Nankin au courant de 1611. Il y revint après un voyage à Hang-
tcheou et à Pékin : il quitta Nankin en 1612 pour aller à Maoao et en Europe. P. Havret.
Si-ngan fou. II p. 87.
(2) Cf. de Chrittiartà eœpeéUtionej chap. 5, 6, et 7» du livre IV. — La noblesse dont
il s'agit plus haut et qui "seule représente notre noblesse d'Europe" était en partie
formée de la descendance directe des généraux anoblis par Hong-ou. Le P. Ricci
fut invité par le jeune chef de la plus opulente de ces familles (au train quasi royal) à
visiter son merveilleux jardin; on le taxerait aujourd'hui de truqué à la chinoise, (cf. op.
cit. p. 856.) La romanisation latine de Trigault désigne ces nobles héréditaires par le
vocable de Qmocww; faut-il l'identifier avec celui de Kouo-kong? et s'agit-il du jardin
de Su Ta^ sis, d'après les plans indigènes, tout auprès et au sud-est de la mission catholi-
que actuelle ? Ou bien n'est-ce pas simplement le nom d'un particulier Kouo^ suivi de
Tappellatif Kong S Monsieur ii, Li-kong; Monsieur Kotio, Kouo-kong 135 ^ etc.
(3) Kiu-yong est situé à une petite journée -de marche à l'est sud-est de Nankin. —
Un peu plus tard, à Nankin même, le P. Sambiasi eut occasion d'exposer les vérités du
Christianisme aux mandarins de la suite du vice-roi, venu de Kiu-yong, sur ordre impé-
rial, pouc présider les sacrifices rituels au Tombeau dynastique de Hong-ou.
s t. Èicoî À NÂNitm. 211
tholique actuelle, mais à Hôiîg-men kang, aVaît été bâtie par le
Président des Travaux publics. En arrivant, l'actif missionnaire
avait logé avec son ami dans les dépendances de la Pagode Tchéng*-
ngen se ^ ,@, ^ (1), au centre de la vieille cité, à quelques pas
au sud-est du pont Nei kHao ^ :f§. Deux frères coadjuteum
chinois Jean et Sébastien Fernande^: raccompagnaient dans ces
tentatives d'installation.
Est-ce là qu'il reçut la visite du brillant lettré de ChangAiài>
admis, deux ans auparavant, à Pékin, en tête dô la liste des
licenciés, et dont la conversion ultérieure devait avoir un si du*
rable retentissement, au profit de la diffusion moderne du Chris-
tianisme en Chine (2) ?
Les données historiques dont nous disposons nous apprennent
seulement que Siu Koang-k'i ^ 3È gt, candidat au doctorat, de
passage à Nankin en 1600, y vit Ricci pour la première fois et
recueillit de sa bouche les notions préliminaires, concernant la
religion occidentale.
Ricci partit de cette ville le 18 mai de la même année, y
laissant installés les Pères Cattaneo et de Rocha, au milieu d^utie
cinquantaine de néophytes, répartis principalement en deux em-
bryons de chrétientés, l'une au Han-si men, l'autre vers Kiang^
long men. Le plus âgé des deux Pères Emmanuel Diaz, les Visita
en 1603. Deux ans après, on agrandit la modeste résidence du
poste central par l'acquisition d'un terrain avoisinant. L'on venait
de baptiser trois princes de la famille impériale, soUs les noms
significatifs de Gaspar, Melchior, Baltha^ar, prémices de cette
gentilité.
En 1605 sous Chen-tsong ( 1573-1620), il se produisit une tett-
tative d'émeute que le P. de Mailla, (X. p. 394) expose ainsi. «A la
11® lune, les mandarins de la cour de Nan-kin^ devant aller en corps
à la sépulture impériale (de Hong-ou) faire les cérémonies accou-
tumées, un certain Lieou THèn^ôiu îfj ^ j^, de Fong-»-yang fou,
secondé par neuf brouillons comme lui, rassemble plus de 10»0ÔO
(1) On releva cette pagode d'importance secondaire en 1896. Jadis hôtel d'un eunu-
que de la Cour, l'empereur King-tai (^ ^) le transforma en temple et lui donna le nom
qu'elle conserve. {Cf. Kiang-ning fou tche flQ ^ /jj j© Kiuen X. p. 14.) Les auber-
ges pour voyageurs abondent encore en ce quartier affairé. Des morceaux de fitèles frag-
mentées, épars Aux environs, laissent encore lire quelques traita relatifë ati délèbt^
eunuque.
(2) La famille de ces Siu f^y fixée aujourd'hui ^ Chwttg-hai et aux enVironë,
habitait le pays de K^aûfongfou au début de la dynastie des Song (960-1280). La ville
de Chang-hai montre un temple et un portique d'honneur, p^ai-leaUj élevés à la mémoire
de Siu Koang-kH. Sa tombe mandarinale se voit près de la route qui mène à Zi-ka-wei
(Siu-kia-hoei). Annales delà Prop. delà Foi. Lettre de M. Faivre, Lazariste miss, à Nan-
kin, déo. 1842 p. 306. Visite au tombeau de Siuko-lao (de la femme et de la fille unique)
description des animaux en pierre.
212 GH. ZII. DYNASTIE DBS UIHÙ. — ^RIGGI.
séditieux : il vouloit profiter du moment de cette cérémonie pour
faire main basse sur eux, et se rendre maître de Nanking ; mais
le Tribunal de la guerre, instruit de leur dessein, avertit les man-
darins de ne pas sortir de la ville : on ferma les portes, et la
garnison prit les armes contre cette multitude, qui fut bientôt
dissipée. On arrêta Lieou T'ien-siu avec ses neuf complices et
quarante des principaux. Gomme ces quarante étaient moins
coupables, ils eurent la tête tranchée : Lteou T^ten-siu et ses
neuf camarades furent condamnés à être exposés la cangue au
col et à mourir de faim. L*Empereur confirma cette sentence,
qui fut exécutée dans toute sa rigueur.»
A cette date de 1606, le P. Vagnoni séjourne à Nankin.
Toutefois il ne devait être nommé Supérieur-général des Missions
que trois ans plus tard.
En 1607, une centaine de baptêmes y sont conférés par ce
dernier, aidé de trois collaborateurs, les PP. Ribero, de Silva et
de Rocha. Ce dernier quitte la ville en 1609, après y avoir bapti-
sé Paul SiuKoang-kH; Tillustre néophyte revint auprès des Pères
passer la fête de Noël en 1610, année (ou 1611?) où ils posèrent
la première pierre d'une église publique, qu'une croix de marbre
allait bientôt dominer. Ce fait indique le chemin parcouru en
quinze ans.
Plusieurs mandarins furent alors admis également au baptê-
me. Nous verrons de leurs descendants rester noblement fidèles
au dernier des Ming réfugié au Koang-si, lors de l'invasion de la
dynastie tartare, encore régnante. Parmi eux Ton signale le
chrétien Martin Tsin, général des troupes de l'infortuné monar-
que, le dernier des empereurs chinois^ si l'on exclut de la liste
le souverain des T'ai-p'ing et son fils, qui, pendant onze ans, fi-
rent de Nankin le siège de leur gouvernement insurrectionnel.
(1853-1864).
En 1611, Vagnoni Supérieur-général, se retrouve à Nankin,
ainsi que le P. Nicolas Trigault, auquel il prescrit de rédiger les
notes manuscrites du P. Ricci, décédé en 1610 à Pékin. C'est
l'origine du précieux ouvrage De christianà expeditione ad Sinas,
où sont consignés tant de renseignements inédits, mêlés de judi-
cieuses appréciations.
Cette année aussi, à Pékin, Paul Siu usait de son crédit
grandissant pour faire confier une première fois aux missionnaires
la réforme du Calendrier de l'empire Hoang^li, ou « Calendrier
jaune (1).» Il faut entendre cette mesure en ce sens que les
Pères furent autorisés à aider les Docteurs chrétiens Paul Siu
et Léon Li chargés de cette besogne.
(1) Mesny's Ch. Miscellany p. 260, n° 1292, appelle Hoang-li le calendrier jaune
"the Chinese impérial calendar, as issued annually by the^Board of impérial astronomy.
Peking".
s I. ACCUSATIONS DE CHEN-KIO, 1616. 213
Trigault partit en 1613 de Nankin; envoyé en Europe, il
l'atteignit par les Indes et la Perse ; il devait en revenir après
7 ou 8 ans d'absence pour mourir à Hang^tcheou, qui garde
sa tombe.
Sémédo vient alors se faire le collaborateur de Vagnoni
dans ses œuvres de zèle à Nankin, que les P. Rodriguez et de
Spira ne font que traverser. En 1615, Vagnoni et Sémédo sont les
seuls étrangers habitant cette ville. Ils ont avec eux les deux
frères chinois Jean et Sébastien Fernandez.
La sinistre année 1616 évoque la date de la terrible persé-
cution qui faillit ruiner à jamais les consolants résultats de tant
d'efforts. L'église et la résidence courent les plus imminents
dangers. Le haineux Chen-kio ff^ JH, (1) l'un de ces confucianistes
pharisaïques dont la lignée est si loin de disparaître, se trouvait
alors Vice-président du tribunal des Rites à Nankin. Les mots
de vertu aux lèvres, mais le cœur débordant du fiel de la moins
excusable iniquité, il présente à la Cour son premier acte d'ac-
cusation contre le Christianisme.
La Cour hésite à persécuter. Dans un deuxième factum aussi
éhonté, il reproche à Vagnoni, parmi d'ineptes accusations,
«d'avoir établi sa demeure devant le palais du fondateur de la
dynastie des Ming.» Ce détail topographique est accompagné
d'un autre : En dehors des remparts, Vagnoni possède encore
une maison de campagne, située directement en face du tombeaq
du même fondateur de la dynastie régnante. Là une colline a
été choisie pour être la demeure du "dragon impérial": peut-on
permettre à ces rats méprisables d'en souiller le sol (2)?
De ces accusations retenons ceci: les missionnaires possé-
daient alors une maison de campagne, une chapelle probablement
(avec un Kong-souo, ou centre de réunion pour les chrétiens),
auprès du bourg de Hiao-ling wei, sur la route de Tchen-kiang^
presque au sortir de Tchao-yang men, en vue du Hoang ling, ou
sépulture des Ming. La partie sud proprement dite de ce tombeau
impérial et dynastique se trouvait occupée par les vastes Temples
du Ciel et de la Terre, dont il reste si peu aujourd'hui.
En outre, l'acte d'accusation en témoigne aussi, la Mission
occupait en ville, tout auprès de Hong-ou men, au bord ouest de
la belle avenue dallée, Yu-lou ^ 0, qui relie cette porte au
palais impérial, un établissement à l'ouest du tertre modeste (un
remblai plutôt), connu encore, dans la ville tartare, sous le nom de
(1) Il était originaire de Hang-tcheou (Tché-kiang).
(2) Mémoire adressé par Chen-kio à l'Empereur Wan-li, mai 1616. Le Pien-kU
5/f fS ' apologie chrétienne par le P. de Pantoja (1571-1618) réfute ce grief que les
missionnaires «habitent à Nankin une maison près du Kong-pou Jl pP Bureau des
Travaux publics.»
ta CH. XII. DYNÀtTIB DS8 MINA. «<** CHRISTIANISME.
Honç'OU hang ^ jK BQi ou Butte de Hong'Ou (1).
Pour résumer ce qui regarde les anciens établissements des
missionnaires à Nankin : Riooi avait logé en 1599 à la pagode de
Tch'eng^ngen se ^ ,g, ^, au milieu de la partie de la ville où
la population est des plus denses. Il acheta, à cette date, une
maison ou hôtel, près de Hong^ou men, intra muros^ et y installa
une résidence, confisquée par Chen^kio en 1616. Le P. de Hocha
avait un poste-annexe, avec un oratoire, h, Hiao-^ling wei, a
proximité du tombeau de Hong-ou. Le P. Sambiasi put ensuite
acquérir en 1637, grâce aux libéralités de trente chrétiens, le
terrain du cimetière de Yu^hoaV^i, au sud du Nan men 2), et un
autre emplacement, contigu sans doute à celui acheté par le P.
Ricci, de la Mission catholique actuelle. Cet établissement serait
donc un des plus anciens subsistant en Chine, et encore en mains
européennes. On dressa à la porte une dalle portant gravé un
éloge de la religion chrétienne, composé pour cette église, par un
lettré célèbre de Nankin. Enfin, Tan 1641, Sambiasi, profitant
de ses bonnes relations avec le vice-roi, acquit en ville la colline
HoU'-chen ohan 8| jji|l [i|> au sud-est de Ts'ing^liang chan; il y
éleva une chapelle, sur la façade de laquelle il inscrivit ces trois
caractères mêmes, dont le sens est «Montagne de TÂnge gardien.»
Les catholiques n'y possèdent plus qu'un cimetière, auprès de
la pagode Hou-kiu koan J^ |B N> ^^ ^^^ missionnaires y ont
leur pépuUure.
(1) Yu-lou oa Yu-iao "la route précieuse" désigne une voie impériale ; tout ce qui
appartient ou a trait à l'empereur est qualifié de Yu «impérial» ; Hotig-ou kang peut
Ûguifier pratiquement le bourg de Hong-ou men. (Non loin de Ta-Ming men).
«In eminentiorî situ civitatis fluminis alluyionem' illudebat. . Ërat in primario
totius urbis vico, cujus latitudo fere in jactum lapidis exteuditur... Régis palatium,
magistratuum tribunalia circumcirca conspiciebat . . . Cubicula, aul«e, decem ferè Nostris
Buffioiebant... E vico ad alterum vicum longitudine (est-ouest) sua penetrabat et habebat
in utrumque egrediendi commoditatem.wTrigault, "de Chriatiana Bœpeditione" ; libr.IV.
c. VIII. p. 380 ou 371.
D'après les indications complémentaires du Pou-sié-tsi Qt W S » on s'accor-
de à placer cette résidence de Ricci (mai 1599) en ville, auprès de Hong-ou men^ entre
deux rues qui aboutissaient à l'est au Yu-lou la "route précieuse" partant du sud de la
ville impériale.
Confisquée, elle fut rachetée 150 taëls en 1616 par un Li Tch'eng ^ J^ . Elle était
dans la rue Tch'ong-li Mai ^ H ^, quartier occidental Si-ynglB S » au n'» 3 8an-pou
Zl W et présentait sept chambres de façade orientée au sud. Une tradition persistant
chez les catholiques d'aujourd'hui témoigne de la parfaite installation de cette demeure,
ot affluait le monde mandarinal et lettré.
Je suis redevable an R. F. Colombel de ces renseignements et de plusieurs «autres
concernant cette époque.
(2) On y inhuma sans [retard plusieurs missionnaires décédés ailleurs ces années
précédentes.
i II* ^BRSBGUTION W Cl|BN<*i.lO. 2lS
§ II.
EXPULSION DES MISSIONNAIRES— RÉPOBME DU CAL^iNDRIBB.
L'orage avait pourtant grondé au milieu de cette atmosphère
si sereine. Le 30 août 1616 était parvenu à Nankin Tordre (expédié
dix jours avant de la Capitale, au nom de Wan^li) d'emprin
sonner, puis d'expulser les Pères, c, à d. outre le frère Sébastien
Fernandez si méritant, les Pères Longobardi, Aleni, Vagnoni et
Sémédo. * Avertis à temps, les deux premiers, attachés à la rési-
dence de Pékin, s'esquivèrent sans retard. Vagnoni est incarcéré
le lendemain, avec le F. Fernandez (châtié de 35 coups de bambou
en deux fois), et les gens de la maison, soit quinze arrestations
en tout.
Plusieurs chrétiens furent abominablement torturés ; puis
deux succombèrent, dans la geôle même, par suite des supplices,
se refusant à renier leur foi.
Le décret de Wan-h' fut promulgué le 14 février 1617; il
bannissait les Pères (1). Le 16 mars suivant, Vagnoni et Sémédo
sont mandés au tribunal de Chen-kio. Sémédo malade y est porté
sur des planches, une porte de maison peut-être, et on daigne
l'exempter de la bastonnade. Vagnoni reçoit dix coups seulement,
mais si cruels que ses plaies mirent un mois à se cicatriser.
Revenu chez lui, il subit une nouvelle perquisition mandarinale,
et on le ramène en prison avec Sémédo. Condamnés à l'exil, on
les introduit dans une cage trop étroite (2), où on les enchaîne,
(1) L'on a osé insérer le document suivant, contre la religion catholique, dans le
nouveau T^ong-tchs Ohang-yuen et Kiang-ning hien tcke ^fa JBf» îS ' édition
1874 des Chroniques des deux sous-préfectures de la ville de Nankin (Kiu^n 8, page 10).
«La 9* année de Wan-li ^ jR) Li Ma-teou ^ 9 K pénétra en Chine; et ses
disciples l^ang Fon^-sou (Vagnoni) et Yang Ma-nao (B. Di&z junior) deux portugais,
habitèrent à Nankin pour propager et prêcher la religion perverse du Seigneur du Ciâl
(Christianisnie). Il y eut, en fait, des gens qui se laissèrent tromper par eux. 8iu Jou-kou
W iO liîF) agent du Bureau des Bites fS 1]S 11^ ^t* f expulsa ces prédicateurs. La
46* année du susdit empereur, ces européens quittèrent la ville. Mais Wang Fongsou^
ayant changé son nom, y rentra plus tard et en séduisit le peuple de nouveau.» Une note
indique que ce texte est tiré de l'Histoire des Ming.
Le nom de Wang Fong-sou ï H JJ fut en effet remplacé par celui de f^ao Z-
tche f^ ""^ >iîi»*
(2) J'ai rencontré parfois dans les rues de la ville, quelqu'une de ces cages des-
tinées au transport des grands criminels. Construites en barreaux de bois grossier et tout
à jour, elles mesurent environ 1 mètre de large, autant de longueur et !■» 50 de hauteur.
On n'y peut demeurer qu'accroupi. Quatre hommes les transportent, comme des palan-
quins, au moyen de longs bambous, engagés sur les côtés. Le voyage s'exécute à petites
journées, et sur la route, le peuple a tout loisir de satisfaire sa curiosité ou son animosité
(Ph. XXXV).
216 GH. XII. DTNA8T1B DBS MIN&. «—CHRISTIANISME.
(30 avril 1617); puis on les emporte par voie de terre à Canton,
qu'ils atteignent après un mois. On ose à peine relater leurs
souffrances au cours de ce voyage.
En 1618, ils furent reconduits avec quelques égards à Macao.
Vagnoni mourut au Chen-si eh 1640. A Nankin, Ton avait torturé
les frères Sébastien et Jean Fernandez.
L'Église avait été renversée avec la résidence, et une partie
de l'argent provenant de la vente des matériaux fut affectée à la
réparation du tombeau de l'eunuque Hoang'kong.
La tempête fit place à une courte accalmie. En 1620, le P.
de Spira (Van Spiere, de Douai) revenu à Nankin, y passa presque
un an, dans une maison achetée par les chrétiens. La persécution
portait ses fruits surnaturels : il y baptisa 50 adultes.
L'année 1622 ramena une recrudescence de sévices. On
affecta de confondre les chrétiens avec les rebelles du Chan-tong,
embrigadés dans la Société secrète du Pé-lien kiao â iS Sit ^^
Nénuphar blanc. Trente-quatre néophytes sont jetés encore en
prison et torturés. Un vieillard du Kiang-si, nommé André,
mourut à Nankin même, des suites de tourments horribles. En
parcourant les rues de cette ville, le souvenir de ces épreuves
glorieuses a bien souvent envahi notre pensée!... Chen-kio, f)j^ ^
devenu iiCo-^ao |9 ^ ^ Pékin, pouvait assouvir sa haine contre
les convertis de Nankin, malgré la courageuse attitude et les
efforts intelligents des mandarins baptisés (1).
Tout a une fin; le 27 sept. 1629 un édit impérial enjoignait
à Paul Siu de procurer la réforme du Calendrier. Gomme il
gardait la présidence du Bureau, dont il avait à choisir les
membres, il en profita pour s'adjoindre quelques docteurs chrétiens,
puis les PP. Lohgobardi et Schreck, beaucoup plus connu sous
son nom latinisé de Terrentius, parfois travesti en Terrenz ou
Terrence. Adam Schall et Jacques Rho leur succédèrent. Hong-
ou, fondateur des Ming, avait introduit les méthodes de calcul
des mahométans dans l'élaboration de ce calendrier ; mais, aux
mains d'opérateurs ignares, peu au fait des théories spéculatives,
le mécanisme s'était détraqué, affolé. Sans plus fournir les ré-
sultats pratiques, uniquement convoités, il se trouvait hors de
service et d'usage. Nul ne savait désormais exploiter les procédés
empiriques, appliquer les formules utilitaires, léguées par les
directeurs d'antan. Et même au jugement d'une science trop
courte pour les remettre au point, en état, elles se trouvaient
(1) Cf. Behaisne (Vie du P. Trigault... p. 155) qui cite ou traduit quelques docu-
ments originausi Voir surtout les notes érudites du 2* vol. consacré par le P. Havret à la
Stèle de Si-ngan fou (Var-sin. n** 11), On y trouvera (en attendant la publication d'une
histoire plus détaillée, que j'ai lieu de croire en préparation immédiate), de précieux
renseignements sur la physionomie du Nankin catholique à cette époque.
s III. JÉSUITES OCCUPÉS À RÉFORMER LE CALENDRIER. 217
inexactes, fautives, menteuses, sans objet, puisqu'elles induisaient
en erreur.
Ainsi les horloges portées à la Cour s'étaient-elles arrêtées,
quand les donateurs n'avaient plus été là pour les remonter.
Ainsi d'ingénieux automates gardèrent-ils des poses éternellement
figées ! Ainsi encore, et plus tard, s'obstruèrent les conduites
des Choei^fa ;f(C ^ ou travaux hydrauliques du P. Benoist au
Yuen-ming yuen, dès qu'ils furent confiés aux soins exclusifs de
l'incurie chinoise ; des porteurs d'eau durent bientôt en alimenter
les réservoirs ; puis tout fut délaissé et ravagé.
Contraints par l'embarras d'une situation inextricable, mis
en demeure de réparer un organisme qui ne fonctionnait plus et
qu'ils n'avaient jamais bien compris, incapables de mener à bien
la réforme urgente, réclamée en haut lieu, les mathématiciens
de Pékin avaient donc suggéré à l'empereur de faire appel au
savoir astronomique des missionnaires. D'après le P. de Mailla
(X. 397), «le chrétien Pierre Li Tchi-tsao ^ je ïl président du
Tribunal des Rites de la Cour à Nankin,» adressa un mémoire à
Wari'li, la 41® année de son règne (1613) pour lui proposer
d'employer les PP. de Pantoja, Longobardi, 8. des Ursiiis et
Emm. Diaz le jeune, à la réfection du calendrier en détresse (1).
On sait comment le conseil fut suivi ; pendant plus d'un siècle,
des jésuites, puis d'autres missionnaires, demeurèrent chargés à
Pékin de ce service officiel. Entre-temps, le P. Sambiasi avait
reçu (1634, sous Tien^ki) l'ordre de déterminer la position géo-
graphique de l'ancienne Capitale du sud. De Mailla.
Les autorités de Nankin reçurent notification officielle, par
les soins de Siu Koang-k'i, qu'il déléguait le missionnaire en
cette ville, au nom de l'empereur. Le service du Tribunal des
Mathématiques y réclamait sa présence : on avait notamment à
prendre la hauteur du pôle, pour en déduire la latitude de Nankin;
l'observation de quelques éclipses, ce qui impliquait un assez
long séjour, permettrait en outre de vérifier la longitude du lieu.
Siu Koang^k'i mourut sur ces entrefaites ; son successeur, Li
THen-^king ^ Ji j^, n'en prorogea pas moins sa mission officielle
au P. Sambiasi, délégué impérial, et dûment accrédité auprès
des mandarins. Lors d'une éclipse de soleil, le Père traça devant
eux, par avance, sur une feuille de papier, une sorte de graphique
des phases successives du phénomène. L'heure venue, l'ombre du
style d'un cadran improvisé suivit docilement la courbe anticipée,
dessinée par le missionnaire astronome. Quelques centaines de
conversions, dont celle d'un eunuque du palais, vieillard de 75
(1) Le "Docteur Léon," baptisé en 1610 par Bicci, et originaire du Tché-kiang, figure
dans les relations sous les noms de Li Tche-tsao ^ Z SI» J^i Ngo-ts^oen ^ ^ ^î
Li Tchen-tche ^ ^ Z f Li Liang-ngan * tR ^' Beçu docteur en 1598, il remplit
à Nankin une charge au Bureau des Travaux publics.
XXI stèle des Han à Li-ehoei. pp. 33, 276.
XXXVI Parade.
s III. JÉSUITES OCCUPÉS À RÉFORMER LE CALENDRIER. 217
inexactes, fautives, menteuses, sans objet, puisqu'elles induisaient
en erreur.
Ainsi les horloges portées à la Cour s'étaient-elles arrêtées,
quand les donateurs n'avaient plus été là pour les remonter.
Ainsi d'ingénieux automates gardèrent-ils des poses éternellement
figées ! Ainsi encore, et plus tard, s'obstruèrent les conduites
des Choei-fa ;}( ^ ou travaux hydrauliques du P. Benoist au
Yuen-yning yuen, dès qu'ils furent confiés aux soins exclusifs de
l'incurie chinoise ; des porteurs d'eau durent bientôt en alimenter
les réservoirs ; puis tout fut délaissé et ravagé.
Contraints par l'embarras d'une situation inextricable, mis
en demeure de réparer un organisme qui ne fonctionnait plus et
qu'ils n'avaient jamais bien compris, incapables de mener à bien
la réforme urgente, réclamée en haut lieu, les mathématiciens
de Pékin avaient donc suggéré à l'empereur de faire appel au
savoir astronomique dés missionnaires. D'après le P. de Mailla
(X. 397), «le chrétien Pierre Li Tchi-tsao ^ je -ïl président du
Tribunal des Rites de la Cour à Nankin,» adressa un mémoire à
Wan-li, la 41® année de son règne (1613) pour lui proposer
d'employer les PP. de Pantoja, Longobardi, S. des Ursihs et
Emm. Diaz le jeune, à la réfection du calendrier en détresse (1).
On sait comment le conseil fut suivi; pendant plus d'un siècle,
des jésuites, puis d'autres missionnaires, demeurèrent chargés à
Pékin de ce service officiel. Entre-temps, le P. Sambiasi avait
reçu (1634, sous Tien^ki) l'ordre de déterminer la position géo-
graphique de l'ancienne Capitale du sud. De Mailla.
Les autorités de Nankin reçurent notification officielle, par
les soins de Siu Koang-h'i, qu'il déléguait le missionnaire en
cette, ville, au nom de l'empereur. Le service du Tribunal des
Mathématiques y réclamait sa présence : on avait notamment à
prendre la hauteur du pôle, pour en déduire la latitude de Nankin;
l'observation de quelques éclipses, ce qui impliquait un assez
long séjour, permettrait en outre de vérifier la longitude du lieu.
Siu Koang^kH mourut sur ces entrefaites; son successeur, Li
T'ien-king ^ ^ j^, n'en prorogea pas moins sa mission officielle
au P. Sambiasi, délégué impérial, et dûment accrédité auprès
des mandarins. Lors d'une éclipse de soleil, le Père traça devant
eux, par avance, sur une feuille de papier, une sorte de graphique
des phases successives du phénomène. L'heure venue, l'ombre du
style d'un cadran improvisé suivit docilement la courbe anticipée,
dessinée par le missionnaire astronome. Quelques centaines de
conversions, dont celle d'un eunuque du palais, vieillard de 75
(1) Le "Docteur Léon," baptisé en 1610 par Ricci, et originaire du Tché-kiang^ figure
dans les relations sous les noms de Li Tche-tsao ^ JZ SI) -^^ Ngo-ts^oen ^ ^ ^f ?
Li Tchen-tche ^ 'SkZ,^ Li Liang-ngan^Sp iff^ ^« Reçu docteur en 1598, il remplit
à Nankin une charge au Bureau des Travaux publics.
218 CH. XII, DYNABTIS DU lflN&.«-<€HRIBTIAMIBtE.
ans, fort influent alors, furent les récompenses les plus appréciées
de son zèle perspicace.
Il appartiendrait à l'histoire d'exposer avec quelle haineuse
ténacité les adversaires du nom chrétien et de Tinfluence occiden-
tale s'employèrent en haut lieu, le plus souvent par d'inavouables
procédés, à contrecarrer les travaux scientifiques des mission-
naires. Qu'il nous suffise de renvoyer le lecteur, curieux de
ces particularités, au Choix de documents officiels du P. S.
Couvreur, qui a reproduit et annoté nombre de pièces sur la
question (1).
Le P. de Mailla (X. 447) explique ainsi l'entrée en scène des
jésuites astronomes: «Gomme il y avait eu, le 1^^ de la 5^ lune
(1629)' une éclipse de soleil, dont le calcul, fait selon la méthode
de Ko Cheou-king, astronome de la dynastie des Yuerij ne con-
cordait point avec l'observation, Siu Koang*k% assesseur du tri-
bunal des mandarins de l'empire, proposa» les missionnaires
«pour aider à réformer l'astronomie.»
Ce Kouo Cheou^king ^^^i né en 1231, fut présenté à
Kou'bi'lai en 1262. Il suivait «la méthode d'occident.» Astronome
mécanicien et hydraulicien très inventif, comme son père, il
confectionna de nombreux instruments pour l'observatoire de
Pékin. Le P. Ricci, qui examina les deux qui subsistent, «en
parle comme de répétitions de ceux qu'il vit à Nankin,» sur le
Pé-ki ko.
Il semble que les anciens instruments de Nankin et de Pékin
furent fondus à K'ai^fong fou (latitude 36*) et se trouvèrent con-
séquemment inutiles pour la plupart sauf eomme instruments de
démonstration. L'observatoire actuel de Pékin fut bâti en 1279.
Verbiest l'enrichit et le remania en 1678. Celui du Pé-ki ko da-
terait peut-être de 1280, quand Kou-bi^-lai «fit fondre 13 exem-
plaires des mêmes instruments pour être distribués dans tout
l'Empire.» Les chroniques de Nankin paraissent le rajeunir d'un
(1) Choix de Documenta. Ho-kienfou^ 1894. Cf. p. 83. Réforme du Calendrier.
Mémoire de Tang Koang-sieny Président du KHn-tHen kien SK j^ ffi (Tribunal des
Mathématiques), contre Verbiest et ses projets de réformes. Janvier 1619.
— p. 87. Verte réplique de Tempereiir K*ang-hi blâmant le mémoire susdit.
— p. 89. Béponse de Verbiest (janvier 1669) et communication de ses corrections
au calendrier de 1669, le 29 déc. 1668.
— p. 91. Béponse ambiguë des Ministres d'État accusant réception du rapport de
Verbiest, et concluant à son renvoi à une Commission d'examen. 1669.
— p. 93. Réponse de cette Commission en faveur de Verbiest (1669) et li4 confiant
la rédaction de tout le calendrier pour la 9® année de K*ang-hi (1670).
— p. 93. Destitution de Yavg Koang-sien; justification de Verbiest; itemàe Ou
Ming-hiuen :^ Çq fel » vice-président du Tribunal des Mathématiques.
Plus, trois autres documents en ce sens. Yang Koang-sien était originaire du Hoei-
tcheou fou, Ngan-hoei.
{ III. FIN Dsg; MiNa. 219
siècle, et faire honneur de sa fondation à Hong^ou (1).
De Mailla, à propos des instrunients de K^ai^-fong fou, avait
cité (IX. 407) un mémoire indigène «où l'on dit (1280) que depuis
les Han l'astronomie chinoise avait été changée jusqu'à 70 fois.
En dépit de ces adaptations et réformes, la nécessité d'une refonte
ne s'en imposait pas moins. Les missionnaires jésuites y pour-
vurent alors avec assez d'ingéniosité pour que leur œuvre ait
pu jusqu'ici, se passer, de retouche essentielle.
§ m.
Sous Wan-li ( Chen-tsong jjjjf ^ 1573-1620), les Japonais
avaient infligé d'humiliants échecs à la Chine débilitée, impuis-
sante, incapable d'en tirer vengeance. Sa dynastie sénile semblait
dès lors pencher vers sa ruine.
Koang-tsong ^ ^ (1620-1621 Tc^ou Tch'ang-lou ^ ^ ^,
fils de Wan^li) promettait de faire meilleure figure: après
quelques mois de règne, il est empoisonné par les eunuques, aux
dires des missionnaires contemporains, bien renseignés sur les
intrigues du Palais.
Sous T'ien-kH 5Ç JBfc (1621-1628) les progrès des Mandchous
s'accentuent au nord ; Tindigne empereur, maintenu en tutelle
par Wei Kong-hien, l'un de ces eunuques, meurt de débauches
à 23 ans.
Tch'ong-tcheng ^ ||[ (1628-1644) auquel le P. Schall avait
réussi à faire observer une éclipse de soleil à Pékin (1642), clôt
la liste officielle et dynastique des Mingj émigrés de Nankin, et
les derniers souverains chinois.
Les missionnaires eurent à lui improviser une artillerie mal-
gré leurs répugnances bien naturelles, qu'on interprétait pour
des sympathies envers les envahisseurs du Céleste Empire. Auprès
de Koan-yn men, parmi les premières maisons du village, une
(2) Cf. A. Wylie, The Mongol astronomical instruments in Péking^ Leide, Brill,
1878, p. 36.
Item. P. Colombel, S. J. Missions Catholiques 1888, pp. 102-104.
Trigault, de Christiana Expedit. Le P. Colombel décrit d'après les vieilles relations
les 4 instruments fondus à K^ai-fong fou et étudiés à Nankin par le P. Ricci. Il suppose
qu'ils ont disparu sous K*ang-hi, quand le P. Verbiest fit prévaloir les méthodes euro-
péennes. Quand K^ang-hi vint visiter le Pé-hi ko en mars 1689, cette colline n'était plus
qu'un lieu de promenade, v. infra sous K^ang-hi.
Pékin avait conservé deux de ces vénérables reliques qui se voyaient dans la
.grande cour de l'observatoire avant l'insurrection des Boxeurs. J'ignore si elles ont pris
le chemin des pays étrangers en compagnie d'autres antiquités. M»* Favier en donne de
belles photogravures. Ed.
220 CH. XII. DYNASTIE DBS MING. CHRISTfANISME.
stèle, dressée par ce Tch'ong^tcheng , défend d^exploiter les
richesses minéralogiques du voisinage, pour ne pas nuire au
forxQ'^hoei, aux heureuses conditions climatériques et telluriques
de la ''Capitale et des sépultures Impériales/' Il ne prévoyait
pas qu'en 1897, sous une dynastie tartare, Ton penserait à ex-
ploiter, à une demi-lieue de là, des Glons d*anthracite pierreuse
et qu*il serait question d*y employer un outillage européen (1).
Cependant, les Tartares s'enhardissent au point d'installer
chez eux un Empereur (1635), sur les confins de la Mandchourie,
avec les six grands Tribunaux, rivaux de ceux de Pékin. Les
rebelles, prétendants à l'Empire, surgissent simultanément par-
tout, dans la Chine disloquée, avide de réformes et déchirée par
les factieux. L'un d'eux, Tchang Hien-tsong S JR ^ (^^ Mailla,
XI. p. 17), menaçant les villes de Ngan-k'ing et de Yang-tcheou,
fait trembler Nankin, dont il ravage les abords. Bientôt, refoulé
partiellement, il se déclare empereur au Se-tch'oan. Ce monstre
de cruauté, qui favorisa, puis persécuta les missionnaires, appelés
à sa Cour, périt de la main des Tartat;es en 1649 (2).
A Nankin, la religion chrétienne jouissait d'une tolérance
moins précaire vers cette époque. La famille Ts'in |R, descendant
(1) Quelques puits d'essai sont percés (avril 1897) dans les collines, hautes au plus
de 200 mètres, qui avoisinent les "12 grottes" Che-eul fai tong. Voir au sujet de ces
tentatives d'exploitation des richesses du sons-sol dans la région de Nankin, le North
China Daily News du 28 janvier 1896. Il traduit un long passage de la Gazette de Pékin
(22 sept. 1896) insérant un Mémoire collectif du vice-roi Lieou K*oen-i et do Tchao
ChoU'k^ao jSwiS^ Gouverneur du Kiang-aou, sur les dépôts de fer et de charbon
trouvés autour de Nankin et de Tchen-kiavg.
(2) de Mailla XI. p. 26. an. 1649. Tchang Hien-tchwtg fsjt tuer au Se-tch*oan
( Tch^e^ig-tou) GOO.OaOh., 400.000 femmes et 25.000 bonzes dans cette Province. Les PP. de
Magalhaens et Buglio y baptisent des enfants, à cette occasion.
Louis Buglio, S. J. Li Lei-ae Tsai-h^o TJ ^ »S S Pj !•«' apôtre du Se-tch*oan,
y baptisa en 1640 le D»" Pierre de sang royal, qui convertit tous les membres de sa famille.
Le P. de Magalhaens alla l'y aider. De ses mains fut baptisé un mandarin militaire,
Thomas Jen Tou avec toute sa famille dans une chapelle qu'il avait dédiée à la S** Vierge
au milieu de sa propre maison.
A l'arrivée du terrible Tchang Hien-tchovg en 1643, les Pères s'enfuient et sont
rejoints et ramenés : On les introduit au palais en 1644. L'usurpateur, extrême en qua-
lités comme en vices, les fait mandarins, leur commande des sphères célestes et terrestres.
Lors des massacres, * les PP. sauvèrent beaucoup de monde et le P. de Magalhaens
baptisa une douzaine d'enfants moribonds, tout en courant pour lui-même les plus
grands dangers. Le tyran" se fit couronner à Tch^eng-tou en 1646, "Boi et Empereur de
toute la Chine." Les PP. baptisèrent plus de 150 personnes, entre autres le beau-père du
tyran, qui était venu de Nankin pour accompagner sa fiUe. Il reçut le baptême avec son
fils aine, et ils furent nommés Pierre et Paul. Bientôt ses 2 autres fils suivirent son
exemple, ainsi que sa mère, ses 2 filles et toute sa maison de 32 personnes. Notes du'
P. Pfister p. 298. Le tyran, malgré sa frénésie de cruauté, reconnaissait la valeur de notre
Beligion. Souvent les PP. lui tinrent tète héroïquement. Il fut tué le 3 janvier 1647 d*une
flèche reçue an côté dans une escarmouche contre les Tartares. Les PP. faillirent être
! III. PRISE DE PÉKIN ET MORT DE TCHOANO LIÉ TI, 1644. 221
d'un Ts'in ^ baptisé en cette ville par Ricci en 1600, conservait,
quarante ans plus tard, le monopole du transport à Pékin d'une
part du tribut impérial, prélevé alors comme aujourd'hui, sur la
récolte du riz. Le convoi, d'environ 500 barques, se formait vers
Long-t'an H jÇ, au bord du Yang-^tse kiang (rive sud), à quelques
lieues au nord-est de Nankin. Une croix rouge s'enlevait sur le
champ jaune (impérial) du pavillon des jonques chrétiennes ; leurs
équipages possédaient vraisemblablement une chapelle, centre de
réunion des mariniers, dans une des grandes îles du Kiang à
cette hauteur. P. Colombel, IIP fascicule, 362.
En 1642, Li Tse-tch'eng ^ g j^, un autre tyran (un autre
patriote, si Ton veut), qui parvint à imposer son autorité au tiers
de l'empire s'empare de K'ai-fong fou. Il s'improvise également
empereur, Tannée suivante, à Si-ngan fou |f $ /j^p (dynastie Ta
choen ^ |||, nom de règne Yong^tch'ang :â^ ^ ) et grend Pékin
en 1644, date mémorable dans l'histoire moderne de la Chine.
Tch'ong-tcheng se pendit à un arbre de son parc, sur le Meichan
^ lll "colline de charbon", après avoir tenté d'immoler sa fille.
Il ne réussit qu'à lui abattre la main gauche, et elle survécut ainsi
mutilée. L'impératrice et les grands mandarins se suicidèrent (1).
Li Kong *'fit mettre en pièces le cadavre de l'empereur Tch^ong-
tcheng^ et tuer deux de ses fils, 1628-1644. L'aîné seul fut
sauvé (2).
On avait conseillé à ce malheureux souverain, dernier des
Ming, de se réfugier à Nankin, berceau de sa dynastie. Dédai-
gneux de cet avis, il préféra attendre l'ennemi dans sa capitale du
nord, pour y finir par un lâche trépas. L'un de ses généraux,
massacrés et ne durent leur salut qu'à leur qualité de frères "du P. Schall T'ang Jo-
wang". Après diverses épreuves, ils arrivèrent à Pékin au début de 1648, bâtirent en 1653
le Tong-t^angj dédié au Sauveur, ^ftce aux largesses impériales.
Le P. Buglio enseignait aux p<?intres chinois la méthode "de dessiner et de peindre
les objets européens". Succès en pt^rspective. Du Halde III, 267. K^ang-hi les protégea.
Buglio mourut à 76 ans, en 1682, à Pékin.
(1) On enterra Tchong-tcheng aux Se-ling i@l|^i ^ la place qu'occupait le cadavre
de T^ien 03 ^î concubine de premier rang. A ses côtés, on mit l'impératrice, qu'il
avait obligée à se suicider la veille de son propre suicide. Non loin de là se trouve la
sépulture de l'eunuque Wang tch^eng-ngen, Inspecteur des Rites, qui défendit Pékin et
se tua quand il apprit le suicide de l'empereur, de Groot p. 1233.
(2) A. Favier, Péking, 148. — Mesny (op-cit. I, n° 311) appelle aussi Li Tch^oang-
wang ^ US î» "Li Hap hazard Prince", ce Li Tse-tch^eng. — Consulter le Tableau
synoptique mis en tête du T. X. du P. de Mailla. Il résume les compétitions des divers
candidats à l'empire, lors de l'avènement de la présente dynastie mandchoue ; on y lira
avec surprise : «1637. Interrègne durant lequel on établit le gouvernement Républicain.
Durée 7 ans.» Cette lacune se place entre les deux Empereurs Mandchous Tai-isong
(années de règne Tien-tsong Tc IfiB 1627-1636 puis Tch'ong-té % ^ 1636-1644) et Choen-
tche JIS ^ ï son neveu, 1" souverain de la dynastie actuelle, soit entre 1637 et 1644.
tu OH. XII. DTNAfiTîS DSS MING.'MIHRIBTIAHIBMB.
Ou San-^koei ^ H #> ^^ garnison à Chan-hat koan \li%ffH, fait
appel aux Tartares, en vue de reconquérir Pékin : ils le repren-
nent si eflicacement qu'ils le retiennent encore, sous le titre
dynastique des Ta-^tfi'ing ^ j||, actuellement régnants (1).
A la 3* lune de Tannée 1644, affirment les Chroniques Nan-
kinoises, on avait entendu, — présages des pires calamités ! r—
des pleurs mystérieux au Hiao Ung ^ m, ou Hoang ling ^ ^,
sépulture officielle des Ming, et tombeau du fondateur.
Li Tse'tch'eng a)E g jj£ fut tué après deux mois de règne.
On devinerait avec peine, à défaut de relations circonstanciées,
ce que les missionnaires jésuites, disséminés dans les Provinces,
souvent accaparés à la cour des prétendants plus ou moins in-
fortunés qui les élèvent, les persécutent et les exploitent au
gré des événements ou de leurs caprices, eurent à souffrir dans
les fluctuations des partis en guerre, tour à tour triomphants ou
vaincus. A ces missionnaires d'occident, il était interdit de rester
neutres ; en pratique, on les mettait en demeure de se prononcer
et de servir, malgré leur désintéressement de toute compétition
dynastique. L'histoire prouve du moins qu'ils firent tout, dans
les camps les plus opposés, pour promouvoir au premier rang
les intérêts de la gloire de Dieu, parla conversion de la Chine.
A la nouvelle des graves événements survenus à Pékin, que
venait d'enlever le chef des révoltés Li Tse-tch'eng ^ ^ ^ (1644),
à l'annonce surtout du suicide de Tch*ong-tcheng ^ ||[, Tempereur
légitime, les principaux mandarins de Nankin enrôlèrent de
nombreux soldats, rangés sous les ordres de Che K'o-fa ^ pj
g^, pour la défense du Trône national (4** 1. 1644.) (2). Bientôt
même (12 de la 4® lune), ils conçurent l'espoir, moins désintéressé,
de restaurer la puissance impériale dans leur propre pays, long-
temps délaissé par la Cour souveraine.
Dans ces vues, le vice-roi de Liu-tcheou fou iS M /Sf ^^
Fong-yang fou ^ ^ J^, nommé Ma Che-yng Se i ik^ ^^** venir
de Hoai-ngan f^ ^, Tchou Yeou-song J^ ^ j^, Prince Fou wang
(1) «En 1644, le 26 mai, les Chinois introduisirent les Mandchous dans la Chine
par les gorges de Chan-hai Koan^ et le 6 juin, ils arrivèrent devant Pékin.» De Mailla
Tableau synoptique en tête du X« volume.
Du Halde. I. p. 446. Le roi Tartare Tsong-ié amena 80.000 soldats jl Ou San-koei qui
résistait au rebelle Li Tae-tch^eng. Ce Tsong-tê ^ @ mourut presque aussitôt, nom-
mant pour successeur son flls Choen-tche ^ jp placé sous la tutelle de son frère à lui, A
ma Wang. C'est probablement le temps de cette tutelle que le P. de Mailla t. X regarde
comme Bépuhlique.
(2) Avec Che K^o-fa K Pf ^ ? l'on nomm^ aussi Kao KHé Jg J5| parmi les
défenseurs de Nankin ; ils opposèrent aux Mandchous, dans le Ho-nan^ les généraux Lieou
Bong-kij Hiu Ting-kouo WV^ fS et Wang Tche-kang. (De Mailla, T. X). L'ennemi
battu, Hiu Ting-kouo rallia l'armée du Général Kao-KHé^ qui le tua dans une querelle au
milieu d'un festin, et passa aux Tartares après ce meurtre.
f m. H0NG-K0AN4 (ît)tI-WANft), 1644. 223
JH 2, fils de Tchou rch'angi-ôiun :^ ^ |fi| et arrière-petit-fils
de l'Empereur Chen-tsong If ^ (1573-1620). On l'attira à Nan-
kin, je ne sais sous quel prétexte, et on lui persuada de ceindre
la couronne de ses ancêtres. Arrivé à Nankin le 2 de la 5® lune
(1644) le Prince Fou-wan^f jjg ^ visita le Htao ling ^ ^ pour
donner plus de corps à ses revendications familiales et dynasti-
ques. Trois jours après, il prit possession de l'ancien palais,
occupé par l'eunuque gouverneur militaire de Nankin, le Nan-
king cheou'pei ^ ^ *3P Hf- Puis il monta sur le trône dans la
salle Ou-yng tien ^ ^ ^. Il se constitua des gardes du corps,
pour sa sûreté personnelle et choisit, comme premier ministre,
l'eunuque Li Kouo^fou ^ 9 |$. Le nouvel empereur devint
Che-tsou hoang ti Ift H M ^ » ^vec le titre de règne Hong^koang
m 5b' ^ ^^ ^* lune, dans la salle Fong-sien tien $ 3fc H
(réparée au début de 1645), il sacrifia à toute la série des
empereurs, ses aieux, depuis Ming T'ai^tsou ^ ^ U jusqu'à
Tch'ongAchen ti (1368-1644).
A la 8® lune, il avait offert en personne le sacrifice automnal
à Oonfucius ; il dénomma T^'e^hi tien ^ jp| ^ le palais occiden-
tal Si'kong H HT) ^ peine achevé. Du Ho^-nan }^ ^, il avait
fait venir Tcheou-che fj^ ^, la «reine-mère»; par piété filiale, il
lui assura un rang conforme à sa propre ambition.
En définitive, le nouveau potentat dépensa le meilleur de son
activité à organiser son harem et sa maison (1) ; il lui restait trop
peu d'énergie pour dominer les cabales et les dissensions dont
Nankin était le foyer {cf, de Mailla X,. 511). Les historiens chi-
nois font ressortir combien ses mœurs privées et sa politique
(1) Sur Bon ordre, on assembla les plus belles jeunes allés dans la salle Yuen-lioei
tien et il s'y composa un assortiment de concubines à son gré. C'est à peu de chose près
(sans rappeler Assuérus, ni le Livre d'Esther), le honteux privilège de la Cour tartare de
Pékin, où PImpératrioe-mère pourvoit encore le y^ •?» "Fils du Ciel." «Outre celle
qui était décorée du titre d'Impératrice, le cérémonial, dit le lA-hi, accordait à un
Empereur trois Reines ou concubines de l®*" ordre, neuf du second ordre, 27 du 3® et 81
du 4*. En outre les servantes de ces femmes sont en nombre illimité. Sous Tch^en Heou-
tchoUj dernier Empereur de la petite dynastie qui précéda celle des Soeif le nombre des
femmes renfermées dans le palais se montait à plus de 10.000. » Mémoires concernant les
Chinois V. p. 126.
Après cela, après ce que nous avons tous vu et entendu partout en Chine, depuis
longues années, qu'un agréable farceur surnommé Tcheng Ki-tong^ vienne nous vanter
la pureté des mœurs, la fidélité des époux etc. Qu'un soit-disant attaché d'ambassade
nous assure que la polygamie est défendue en Chine (Echo de Chine, 3 oct, 19(X)) : nous
saurons qu'en penser. Il est vrai qu'après tout le vol est aussi défendu, peut-être môme
le mensonge ! Ce plaisant article, après avoir nié l'existence de la polygamie, nous parle
de... femmes auxiliaires ! 1 ! Ed.
Lire à la Gazette de Pékin 19 sept. 1895 : le mémoire d'un Censeur dénonçant un
Gouverneur du Kiang-si pour ^^excessive connuhiaUty** v. Dail. News du 28 nov.
224 CH. XII. DYNASTIE DBS MING.— CHRISTIANISME.
tranchaient avec celles de son actif compétiteur de Pékin, qui
allait être le chef de la dynastie actuelle.
Ebauchons ici le résumé sommaire d*incidents d*un autre
ordre, dont Nankin se vit aussi le théâtre.
L'Empereur Hong Koang 5/. 5b G® ^'ou-wang H ï) y résidait.
Perdu dans d'inextricables difficultés au dedans et au dehors
de sa capitale, il y manda le P. Sambiasi (9 j^ HI ^ |j^) qu'il
avait su apprécier à K'ai'fong fou, puis à Hoai-ngan f^ ff.
Il se mit en tête d'en faire un de ses ministres et de le députer
en ambassade à Macao, pour y négocier la coopération des Por-
tugais contre les envahissements tartares. Telle était la préoccu-
pation constante de chacun de ces prétendants à cette époque:
attacher à leur personne comme à leur fortune quelque jésuite,
pour bénéficier de ses conseils et s'assurer la faveur portugaise,
en vue de consolider leur branlant pouvoir.
L'empereur nankinois promettait d'embrasser le christianis-
me, quand il aurait expulsé les Mandchous. Sambiasi déclina
pour lui-môme tout honneur; mais avec l'assentiment de ses
supérieurs, posant à son maître de prudentes conditions, bientôt
acceptées, il résolut de seconder ceux des projets impériaux,
qu'on ne pouvait taxer de criminels. Muni de pouvoirs suffisants,
dûment accrédité et pourvu d'une escorte considérable, il quitta
Nankin, en mars 1645, pour se rendre à Macao. La prise de
Pékin par les Tartares avait ruiné d'avance toute chance de succès.
Nankin perdait encore une fois celle de refnonter au rang de ca-
pitale, et les événements prirent le cours que l'on sait. Quant au
P. Sambiasi, qui mettait ailleurs ses espérances, il redescendit
avec allégresse aux plus nobles et moins décevantes fonctions de
la vie strictement apostolique.
Dans les derniers jours de 1644, on avait jeté en prison un
bonze atteint de folie, qui était venu frapper une nuit à la porte
Hong^ou men ^ |gÇ f^ en se proclamant l'empereur Tch^ong-
tchen Hoang-ti. Mœurs chinoises: le pauvre maniaque fut exécuté
deux mois après (1).
A la 3* lune de 1645, Wang Tche^ming 3E i W "i^ inconnu,
venant du nord, se donna encore pour le fils de Tch'ong-tchen
H, le suicidé, et son héritier au trône; il fut emprisonné. Enfin,
une femme, nommée Tong che^J^ se présenta au public coihme
(1) En cette année 1900, peu avant la révolution des BoxeurSy alors que le pauvre
Koang-siUf au pouvoir de l'Impératrice-Douairière, avait déjà vu révoquer ses édits un
peu précipités de réforme, le bruit courut dans les journaux que Sa Majesté avait réussi
à quitter Pékin où sa vie n'était pas en sûreté. On affirma l'avoir vu à Han-k*eou. Il
s'agissait d'une simple ressemblance. EUe coûta cher à l'inoffensif jeune homme, objet
de ce quiproquo. Emprisonné par ordre de Tchang Tche-tong qui voulait s'en tenir à
une simple détention, il dut être exécuté pour satisfaire l'austère loyalisme de Li P^in-
heng alors Commissaire-Général dans les Provinces du sud. V.N.C.D.N. 1900. Ed.
! m. ANARCHIE 1 NANKIN 1645. 225
r épouse d'un prince et tenta de jouer un rôle séditieux et poli-
tique en ville. On dut ainsi l'enfermer par prudence; 11
devenait urgent de refroidir l'ardeur contagieuse de cette ambition
épidémique.
En effet, Tsouo Liang^yu 2£ S H se révolta contre le Prince
Fou Wang jjg J, ''l'Empereur de Nankin", qui envoya Che K'o-fa
contre lui ( 4® 1. 1645). L'armée du compétiteur s'empara de
Tong-lieou ^ ^ une sous-préfecteure du Ngan-'hoei, On poussa
le plus activement possible les préparatifs de la défense j Yuen
Ta-tch'eng ^ ;^ $|( restant spécialement chargé de garder les
rives du Yang^tsCj à la hauteur de Nankin.
Le Prince Joei TeHn^wang ^ ^ £, principal ministre au-
près de l'Empereur tartare, avait tenté d'amener le souverain
nankinois à reconnaître le pouvoir installé à Pékin. Il députa à
Nankin le Fou-tsiang (1) Han Kong-wei gij ^ ^ ^ IK^ porteur
d'une lettre habilement rédigée pour Che K'o^fa, le plus influent
des généraux de cette ville. Ce dernier répondit en justifiant
les prétentions de son maître au trône de Chine : « Ce. prince a
sur l'Empire un droit incontestable: il est petit-fils de l'empereur
Chen-tsong, cousin germain de l'empereur Koang'tsong 56 ^
1620-1627, et par conséquent proche parent du dernier em-
pereur Tchoang-lié ti, fils de ce Koang^lsong . Aussi notre choix
a-t-il été également approuvé du Ciel et des hommes» (de Mailla
X, 512).
Le Tartare recourut à la force, ultima ratio regum. Ses
troupes battirent les généraux Che K'o-fa A PÏT & ®* ^^^ ^^^
M fil) commis à la défense de Nankin et de ses abords. Dans
cette ville, l'empereur s'était fait amener du Tché-kiang l'im-
posteur Wang Tche-ming ^J^BB, qui exploitait sa ressemblance
avec le Prince héritier et se faisait passer pour lui. Nombre de
mandarins et de généraux embrassèrent sa cause, ce qui accrut
outre mesure la difficulté de la situation. Les Tartares en profi-
tèrent et prirent Yang^tcheou^ où Che iiC'o-/a défait se tua. Une
trahison leur livra Tchen-^kiang mollement défendu (5 de la cin-
quième lune, 1645.) (2) Quand la nouvelle de leur approche parvint
à "l'Empereur à Nankin" : il était ivre. Il ne recouvra assez de
raison que pour s'enfuir éperdu, par la porte Tong-tsi men, vers
(1) D'après le Mesny's misceUany^ le titre de Fou-taiang 3!| j^ équivaut sensi-
blement au grade de Général de Brigade ou Contre-amiral.
TJne note de l'Hist. de de Mailla (X. p. 462) traduit Fou-taiang par «Major-général,»
et Tsong-ping SB :^ par «Lieutenant-général.»
(2) De Mailla rapporte (X. 359) que le fameux Tcheng Tche-longlict infrà) donna
l'ordre à son parent, l'amiral Tcheng Hong-koei fl) fSl S) gardant le passage du
Ycmg-tae devant cette ville, d'y laisser traverser le fleuve aux Tartares. «Le premier
soin du prince de Fou, en montant sur le trône impérial de Nankin, avait été d'él ever
Tcheng Tche-long à la d^ité de Pe.»
15
226 CH. XII. DTNA8TIB DB8 MINe.— -CHRISTIANISME.
T'aUpHng fou. La populace tira de prison Wang Tche^-ming, son
idole, pour racclamer successeur 'des Ming (de Mailla, X, 529.)
Mais le mandarin-gouverneur Tcheng Tche^long ne ratifia point
l'élection populaire ; il dégrada le monarque improvisé, qu'il con-
traignit de fuir à son tour par la porte Hong^ou men ^ £ P^'
Le 14 de la 5* lune (1645), les Mandchous, commandés par le
Prince Yu 'wang ^ q^» arrivèrent sous les murs de la ville,
abandonnée par ses empereurs. «Nankin n'attendit même pas qu'on
le sommât de se rendre», dit le P. de Mailla (X. 529). Kao Tcho
iSS W (président du bureau des supplices) fut tué. Les mandarins
Tchao Tse-long j® ^ H, Siu Yun-tsio ^ ^ ft et Wang To ^$f
se signalèrent par leur précipitation à trahir ; ils livrèrent Nankin
à l'armée des Ta^ts'ing (dynastie actuelle), dès que son avant-
garde apparut en vue des Terrasses des sacrifices au Ciel, au
S.B. de la ville. Le Prince Yu 'wang Si £ fit son entrée dans
la Capitale du sud. Tchao Tse^long fut créé comte, sous le nom
de P^ing^houo Kong ^ H &•
Quant à l'Empereur Hong^hoang (Fou Yeou^song,) il courut
chercher un refuge vers T^ai-p^ing fou, à quinze lieues S. E. de
sa capitale; mais on refusa de lui en ouvrir les portes. Il se
dirigea sur Ou^hoUj un peu plus loin, et tenta d'y passer le Yang^
tse ; quand un de ses officiers, Vong Tse^kH S ^ ^' 1® voyant
en danger de tomber aux mains des Tartares, le saisit à bras-le-
corps et l'entraîna dans les flots, où il périt avec lui (1). Nankin
n'avait abrité qu'un an cet essai de restauration impériale par un
des descendants de ses vieux Ming. Les Tartares firent de
l'immense cité, très forte pour le temps, une solide base d'opéra-
tions militaires, en vue de réduire la Chine centrale.
Les mandarins nankinois, fidèles au passé, jetèrent les yeux
sur un autre rejeton des Ming (de Mailla X, 531), Tchou /-/lai
^ £1 ^) Prince de Lou @, qui, à la mort de Hong^koang, se
trouvait à Hang-tcheou. Le Prince de T'ang J|f se rendit auprès
de lui pour le décider à accepter le trône. Très populaire, et, à
Il avait donné en mariage à sou fils une princesse du sang. Afin de l'attacher plus
solidement à sa fori;une, il avait créé lieutenant-général des troupes de l'Empire son
parent Tcneng ITong-koei. Mais dès lors, Tcheng Tche-long méditait de trahir les Ming
de Nankin et de passer aux Tartares.
(1) Les Chroniques locales relatent que Hong-koang fut pris quelques jours après
la chute de Nankin, dans le voisinage de la ville, et envoyé au nord. Du Halde '(I, 466)
dit qu'il fut étranglé à Pékin. Nous suivons le récit de de Mailla (X, p. 530). Naturelle-
ment le Tableau synoptique en tête du volume adopte cette version sur celui qu'il appelle
le dernier Empereur des Ming, mort dans les eaux du Tang-tse, à la $• lune de l'an 1645.
En général, les historiens chinois l'excluent de la liste officielle des Souverains. Toutefois
certains auteurs comptent Che-taou Tchang tij ou ^Hong-koang (antérieurement Tchou
Teou-song ^ ^ 7^^ Prince de Fou JS) pour le 17«, ou même le 18« Empereur des
Mingt dont il clôt, disent-ils, la dynastie.
s III. 8A1CBIA8I AMBASSADEUR À MAGAO. !^27
divers points de vue, recoin mandable, le nouveau souverain né
se mit pourtant pas en peine d*enrayer les progrès incessants
des Tartares, qui, retranchés dans leur boulevard de Nankin^
avaient, suivant une politique fort avisée, confirmé dans leurs
postes les mandarins de la dynastie vaincue. Pour mettre fin à
la guerre civile, le Prince de Lou, enfermé bientôt dans /fang-
tcheou, he livra aux Mandchous qui le mirent à mort. Ils lui
avaient pourtant promis la vie sauve (de Mailla, X. 545).
Tout le pays de Tch^ang-tcheou, Sou-tcheoUj Song^kiang et
Chang-hai avait accueilli les vainqueurs ; leurs habitants «les reçu^
rent avec la même affection qu'ils auraient fait les troupes chinoises»
(de Mailla X, 531). Mollesse de caratère ou indifférence pour la
dynastie indigène des Ming, la région du bas Yang-tse a depuis long-
temps pris son parti de la domination étrangère. Le cas échéant^
elle accepterait avec la même apathie le joug d'une puissance
européenne.
L'histoire mentionne quelques autres essais avortés de
restauration impériale en faveur des Ming, qui, après 276 ans de
règne, ne pouvaient se résigner à abandonner la partie;, par
ambition ou patriotisme, quelques-uns de leurs descendants firent
une assez belle défense. Les provinces du sud, qui leur restaient
fidèles, firent venir de SoU'^tcheou au Fou^kien un membre de
cette famille Tchou Yu^kien ;^ ^ || prince de T^ang ^ (De
Mailla le nomme Tchou Tsin^hien), Aidé de Tcheng Tche^long
IK ^ tl [jadis condamné à la prison perpétuelle sous Tch'ang
Tcheng pour rébellion, et délivré par l'amnistie générale accordée
par Hong^koang au début de son règne à Nankin], il se laissa porter
au trône en 1645. Il donna à la ville de Fou-tcheou (Fo-kien) le nom
de T'ien^hing fou 5'^ ^ /iï et celui de Long-ou |^ HÇ aux années
de son règne.
Le prince de Lou ^ (au Tché-kiang) et celui de Siùrt-kiang
lï te (^u Kiang-si), protestant contre cette élévation au trône,
prirent le titre de «Protecteurs de l'Empire», lequel comptait au
moins quatre compétiteurs. Battu par les Tartares et victime
d'une défection quasi-générale, le Prince de Lou se retirera plus
tard aux îles Tcheou-chan ^/^ llj.
Le prince de T^ang Jg^, successeur des Ming, bien qu'il ap-
partint à une branche indirecte de la famille impériale, brigua
aussi le concours du P. Sanfibiasi, qui lui avait jadis rendu plus
d'un service à Tch'ang^tcheou ^jjtl près Sou-tcheou. Le mission-
naire déclina personnellement toute distinction honorifique; mais
il fut assez heureux pour obtenir des édits favorables au christia*
nisme. Officiellement accrédité pour la circonstance, il fut envoyé
à Macao, avec l'eunuque Achillée P'an, baptisé à Pékin, et fidèle
serviteur des Ming, sous les derniers règnes. Sa mission con-
sistait, on le pressent, à entamer des pourparlers avec les
Portugais, en vue d'une entente dont Sambiasi devait préciser la
nature et spécifier les conditions. Les Mandchous complétèrent,
228 CH. ZII. DTNA8TIB DBS MINa.-HIHRISTIANISMB.
sur ces entrefaites, l'envahissement méthodique des provinces
méridionales. Abandonné par Tcheng Tche^long, Long''OUj Prince
de T'an^, abdiqua. Puis, en fuite vers le Kiang-si, et sur le point
d'être atteint à Ting^tcheou ff jlH, il se jeta dans un puits en
1646. Sa femme fut décapitée à Fou-tcheou, Son frère Tchou
YU'yué ^ $ 09 ^"^ proclamé Empereur de Chine (sous le nom
de C/iao-ou) mais son règne doit être considéré comme mort-né
ou non-avenu (de Mailla, X, 560).
L'année précédente, les Chinois du Tché^hiang (d'abord à
Chao^hing ffj^ ^), firent preuve d'un courage voisin de l'héroïsme
en face de l'étranger envahisseur. 'Il s'agissait pour eux de
défendre leur chevelure; on leur imposait la tresse à la tartare et
l'obligation de se raser partiellement la tête, mode qui triomphe
encore aujourd'hui, pour rappeler aux «Fils de Han» leur ser-
vitude, avec la perte de leur indépendance politique. Depuis la
conquête, seules les femmes chinoises conservent le costume
national, qui ne parait guère plus que sur la scène des comédies
historiques (1).
Au Koang-st, Kiu Che^^se i^ ^ fg le fils, vice-roi du Koang^si,
un chrétien mieux connu dans les relations de l'époque sous le nom
de Docteur Thomas, fit nommer empereur le 4 de la 10" 1. 1646,
(pour succéder à Long^ou, Prince de T'ang J|f ) le Prince de
Yong^ming wang ^ |S BE) ^^ Tchou Yeou-lang ^ ^ ijff, petit-
fils de Wari'li H J| (Chen''tsùng jjf ^). Le nouveau monarque
prit le titre de Prince de KoeUlin jf^ :^, localité du Koang-si
H If (de Mailla, X, 561.) Yong-li ^ J^ resta le titre officiel
de ce règne de 15 ans. Le souverain écrasa d'abord, à Canton,
l'un de ses rivaux, comme lui issu des Ming. Ce Yong-li,
qui tenait sa cour à Tchao-k'ing fou ^ Jft J^ , écoutait vo-
lontiers les conseils des Pères, spécialement de Sambiasi,
et ceux- d'Achillée P'an, de Thomas Kiu Che-ze S ^ îg (2)
(1) En août 1897, les joumanx rapportèrent que les Japonais, inquiets du grand
nombre des immigrants chinois qui rentraient à Formose, pensaient à contraindre les
indigènes de couper leur tresse occipitale. Parmi les rumeurs circulant à Nankin, lors de
la saisie par l'Allemagne de la Baie de Kiao-icheou J^ t\ (ziov. 1897), je recueillis
celle-ci : ces barbares d'Allemands poussent la tyrannie jusqu'à obliger les Chinois du
Chantong à se débarrasser de leur "queue" t Les Busses ne sont pas moins cruels à Port-
Arthur et au lÀcLo-tong !
(2) Thomas Kiu se montra toujours très fidèle à l'empereur Yong-li %i jR (1646-
1669 au sud de la Chine). D fut tuéjpar les Matidchous en 1650, 11« lune, k 9t t\ m
après une défaite. D'après les Yu-p'i lié-té t'ong-kien-tsi-lan, Kiuen 119, p. 18 W
^ JB s fS jE ) après l'entrée des Mandchous, lui seul avec un officier nommé
Ts4é Liang-hiuen jQ| AMO restait dans la ville. Celui-ci l'exhorta à s'enfuir et. lui offrit
pour cela sa monture, mais il la refusa. Le généralissime des armées de Yong-li^ nommé
Tchang T'ong-chang SR 1^ flt étant arrivé, Thomas Kiu lui dit qu'étant seul chargé
de garder la ville, il devait mourir, mais que les autres pouvaient prendre la fuite^
Tchang T'ong-chang lui répondit qu'il voulait partager son sort. A ces mots Thomas Kiu
sourit et lui oSrit une coupe de vin. Il fit venir son officier Siù Kao wA et lui remit
$ III. BOYM ET KOFPLER AMBASSADEURS k ROME, 1652. 229
et de Lucas Ts'in ^, nankinois, généralissime de ses troupes.
Par leur entremise, il avait gagné Tappui des Portugais de
Macao, qui lui fournirent (1649) quelques secours en armes et
en soldats.
Les Tartares avaient pris Canton en 1647. Ils éprouvèrent
pourtant de sensibles échecs au Koang^si que les mandarins
chrétiens conservèrent plusieurs années à Tindigne empereur,
Prince de KoeUlin (1647-1648). Le P. Kofïler, en grande faveur
auprès de lui, travailla en vain à le convertir. Son ministère
eut un plus consolant succès parmi le personnel de la cour, en
particulier auprès de la reine-mère, la Princesse Hélène et
rimpératrice, baptisées avec quelques autres dames. L'héritier
présomptif, fils légitime de Tchou Yeou-la.ng, reçut également le
baptême, du consentement de cet empereur, en 1648, sous le
nom symbolique de Constantin. Il était né d'une mère chrétienne
à iVan-ningf fou, Yong-li députa les PP. Koffler et Boym en
ambassade au Pape Innocent X. Ayant traversé la Perse et le
Levant, ils se trouvaient à Venise à la fin de 1652. On a raconté
comment, au milieu de tracas sans nombre, Boym remit ses
lettres impériales au pape Alexandre VII et repartit pour la
Chine (1) (1656). Sambiasi était mort à Canton, en janvier 1649.
Cette année même, Yong-li assistait à Tchao-kin fou à une messe
dite par le P. Sémédo en la chapelle du palais.
Canton reconquis se rend encore • aux Mandchous (1652)
après un an de siège. Ils envoient à leur tour Sémédo conduire
des négociations et faire des propositions d'entente aux Portugais
de Macao. (Le P. revint mourir à Canton en 1658.) Puis les
Tartares envahissent le Koang-si et le P. Koffler périt dans la
bagarre (1652).
Yong-li s'enfuit au Koei^tcheou jl j|î^, au Yun^nan (1654) et
plus tard (1662) en Birmanie (Mien-tien ^ %) (2). Livré alors aux
Tartares, il se pend dans la capitale du Yun^nan, la «18* année
ses sceaux officiels afin qu'il les rapportât à l'empereur Tong-li ^ JJB* Us passèrent
ainsi toute la nuit. Le lendemain, quelques cavaliers Mandchous étant survenus, Thomas
Kiu leur dit "Nous avons attendu la mort trop longtemps". Conduits auprès du chef
tartare, ils s'asseoient par terre. * On leur commande de se soumettre : ils le refusent.
On leur ordonne de se raser et de se faire bonzes ; ils résistent. Alors on les conduit dans
une prison où ils restent plus de 40 jours> s'occupant de poésie. Enfin conduits au
supplice, ils se montrèrent tout rayonnants de joie et on leur coupa la tête. Thomas Kiu
reçut de la dynastie actuelle le titre de Tchong-siuen i% JgL î on peut donc l'appeler
Kiu Tchong-siuen kong M «S* S &'
(1) Boym S. J. (1612-1659) polonais, mort sur les frontières du Koang-si, 22
août 1669.
(2) Cf. E. Rocher, La Province du Yun-Tian, p. 185. Le Prince de Koei, arrivé en
165i, serait resté 7 ans en Birmanie, essayant de faire valoir ses prétentions au trône.
Pour de Mailla (XI-p. 34 et 46), le Mien-kouo est le Royaume à*Ava.
230 Cfi. ZII. DtNASTIB DBS MINa. -^HRISTUmBlfS .
de son règne». Le petit prince Constantin, son Hls, baptisé à sa
naissance, disparait vers Tftge de 14 ans, dans ces terribles péri-
péties, et les princesses chrétiennes de la Cour sont conduites
avec égards à Pékin.
En 1649, pour mieux résister à ces membres de la famille
des Ming, les Tartares établissent trois princes vassaux, [sorte
de lieutenants-généraux du royaume. L'un des plus marquants de
ces Chinois fut K'ong Yeou*té Ji^^» prince de Kin-c/ian ^ |lj,
descendant de Confucius et Tun des premiers ralliés aux Mand*
ohous. Il reçut le titre de Ting^nan -wang 3É ^ 3Ei «Prince
pacificateur du sud." En fait, il y alla combattre le Prince de
Koei 4É) des Ming, que soutenait Tamiral Tcheng Tch'eng^kong
M JA^ (flls de Tcheng Tc/ie-long), avec le général Tchang T'ong*
chang ^ ^ jR et surtout le chrétien Kiu Se^se. Ces deux derniers
furent pris par Kong Yeou'-té, qui tenta vainement de les gagner
aux Tartares, puis leur enjoignit de se raser la tête, au moins
de s'habiller en bonzes. Sur leur constant refus, ils furent exécu-
tés en 1650 (de Mailla, XI, 34).
Le P. de Mailla (X. 545 et seq.) accumule les détails sur la
vie militaire, maritime et politique du turbulent et ambitieux
amiral Tcheng Tche^long qui, ayant successivement aidé ou
trahi les empereurs éphémères de Nankin, du Tché-kiang et du
FoU'kien (Prince de T'ang), finit, à la suite d'aventures drama-
tiques, par se soumettre aux conquérants mandchous. Amiral,
pirate, chef de bandes ou d'escadre, ces qualificatifs lui convien-
nent également. La carrière complexe et mouvementée de Lieou
Yong^fou 9i ^ÎH ^^^ ^^ continent chinois, au Tonkin et à Formose
ces 15 dernières années, donnerait quelque idée de la sienne (1).
Natif du Fou-kien, domestique chez les Portugais de Macao,
il y avait été baptisé sous le nom de Nicolas-Gaspard. Son
oncle établi au Japon lui légua une part de sa fortune, part qu'il
augmenta par son aptitude au commerce. Bientôt il acheta des
navires, qu'il arma contre les pirates ; insensiblement transformé
en corsaire, commandant à 3.000 jonques, retranché à Amoy
où il s'était bâti une forteresse, il s'arrogea un contrôle sans
appel sur tout le cabotage maritime. L'immense personnel
à son service et sous ses ordres comprenait des Cafres
(chrétiens?), esclaves noirs libérés. Redouté des mandarins,
cet écumeur des mers fut reconnu par eux grand Amiral des
(1) En dépit du rôle piteux joué naguère par Liêou Tong-fou S| :^ j£ (étemel
bonheur: Hao — Yong-ting ^ S ou bien Lieou I) à Formose, où il évita toute ren-
contre avec les Japonais et abandonna ses propres troupes, le vice-roi de Canton parlait
(janvier 1898) de l'envoyer à Hai-nan ^ ^» défendre cette île contre les projets
éyentuels de la France. Entré en 1882 dans l'armée chinoise, né en 1836 au Koang-si. —
Mesny. n? 669.
$ III. TGHBN& TGHB-LON& OU COXINGA. 281
côtes de Chine, à charge d'envoyer annuellement un tribut subs-
tantiel à Pékin. Ainsi encore Lieou Yong-^foUj l'ancien chef de
pirates du haut Fleuve rouge au Tonkin, transformé en soutien
du trône impérial, protégera le Céleste Empire contre la France
et le Japon (1).
Tcheng Tche-long, créé par les Tartares lieutenant-général,
avec le titre de «Pacificateur du Midi» PHng-nan wang, 1648,
fut perfidement attiré à Pékin, où on Tinterna avec des protes-
tations de déférence hypocrite. Il y mourut en prison, peut-être
exécuté (1661) (2). Son fils Tcheng Tch'eng-kong §5 J$ J^d, pour
lequel il avait osé rêver la succession au trône des Ming, (3) jura
de le venger et tint parole. Nous indiquerons quelques pages
plus bas ce que les Mandchous, spécialement la ville même de
Nankin, eurent à souffrir de ce ressentiment filial (4).
Les années 1675 et suivantes avaient vu échouer la nouvelle
tentative de restauration en faveur du Prince de Koei, descendant
des Ming, rappelé de Birmanie ou du royaume d*Ava. Ou San^^koei,
rallié aux Mandchous, qu'il avait introduits à Pékin, fit étrangler
au Yun-nan ce dernier compétiteur et son fils, pensant avoir
enfin exterminé tous les membres de la famille de Hong^ou.
En fait plusieurs membres subsistent (L'un d'eux, converti au
catholicisme, est mort jésuite) ; mais leur condition sociale ne
saurait porter ombrage, pour Tinstant, aux souverains tartares.
La Chine comtemporaine encourt pourtant un danger latent et
(1) Yu man-tse n'a-t-il pas vendu sa soumission plus ou moins sérieuse, au prix
d'un grade de colonel de l'armée régulière ? Au reste, le Gouvernement de l'Impératrice
qui devait 2 ans plus tard faire cause commune avec les Boxeurs, ne voyait-il pas d'un
bon œil les efforts de ce chef de brigands pouî* chasser les Européens du Se-tch'oan ?
(2) Voir dans les fascicules autographiés du P. A. Colombel S. J. II« P. (1644-1840)
p. 148. et 149,1e détail des relations du P. dé Magalhaens à Pékin avec ce Tcheng
Tche-long.
(3) On s'en souvient, Hong-koang l'avait déjà marié à une princesse du sang des
Ming de Nankin. Le Prince de T*ang, de la même famille, ne laissant point d'héritier,
Tcheng Tche-long tenta de lui faire adopter son fils, sous le nom* de Tchou Tch^eng-kovhg
"TPi wL ^ 6^ ^6 l'introduire ainsi, selon le code chinois, dans la lignée impériale. Le
plan paternel souleva la plus vive opposition (Le jeune homme fut nommé Tcheng
Tch^eng-kong). Outré, le père mit son épée au service du Prince de Lou, un autre compé-
titeur issu des Ming. D'après les chroniques, en 1659, ce même Tcheng Tch'eng-kong
SP wL ^ f connu comme célèbre pirate, attaque la ville de Nankin, mais il est repoussé
par le colonel Liang Hoa-fong :^ w ^ Tu lH > et ce fut à cette occasion que le
nom de la porte Chen-tché men JpÇ J^ f J (porte du calcul divin) changea en celui de
Té-cheng men ^ Jw il (porte de la victoire).
(4) Les Japonais appelaient ce Tcheng Tch^eng-kong (fils de Tcheng Tche-long et
d'une japonaise) du nom de Coshinga, Kosenga et Koxinga, corruption de K<mo Sing-yé
(ou Kok 8eng-ya, en dialecte du Fou-Men. cf. Imbault Huart, op-cit). Des relations
européennes le désignent par Cogsing, latinisé en Quoiaingtu. (cf. Historia Tartaromn.
nova, authore Francisco de Rougemont S. J. Lovanli, 1673.!
232 GH. ZII. DYNASTIE DBS MING. — OHRISTIANISlklB.
perpétuel du fait de courber la tôle sous un joug étranger; des
fauteurs de désordres et des chefs de sociétés secrètes savent
trop perfidement exploiter cette situation. Pour plusieurs écrivains
chinois, le Prince de Koet est réellement le dernier empereur
des Ming, qui auraient ainsi duré jusqu'en 1659, 16* année de
Choen^tche (1).
Ou San^koei se révolta en 1673, reprit Thabit chinois, souleva
le C/icn-si, le Yurt'^nan, le Koei^tcheou, le Se-tc/i'oan et la moitié
du HoU'koang, soit le tiers du Céleste Empire (2). D'autres
insurrections anti-dynastiques se produisirent aussi au Koang-tong,
au Fou-fticn, en Mongolie (en faveur des Yuen ou des Ming),
et à Formose. K'ang^hij occupé par la guerre des Eleuthes,
dut faire face à tout. C'est en ces conjonctures qu'il enjoignit
au P. Verbiest de lui fondre des canons. Le Général Mesny
nous confie à la page 52 de sa compilation (vol. I. 1896.) qu'il
a vu quelques-uns de ces canons sur les murs de la ville de Yuri"
nan fou (3). Il témoigne qu'ils sont, à tous égards, supérieurs
à ceux que les Chinois peuvent usiner avec leurs méthodes
propres. Mais il a tort de supposer «que la haine invétérée,
vouée depuis les jours de R'ang^hi à tous les missionnaires
chrétiens, soit principalement le fruit de l'assistance, fournie par
les Jésuites aux Tartares, contre les Chinois.» Forte de cette
artillerie, la dynastie actuelle aurait, en 1678, comprimé les
(1) De Groot, vol. III, mentionne l'ouvrage de Mao KH-lin ^ "^F w ' contempo-
rain de Koti Yen-ou ffi ^ JÇ ©t auteur d'une série de mémoires 8\jr les Ming, publiés
sous le titre T*ong-che Che-i-ki Jj^ £ fp JS K '
(2) Son fils avais été retenu comme ot|ige à Pékin ; lui-même y fut mandé. Juste-
ment défiant, il répondit : aSi l'on me presse, j'irai, mais à la tête de 80.000 hommes.»
Poussé à bout, il abandonna la cause des Mandchous. Son fils fomenta en vain une sédi-
tion à Pékin ; il mourut dans les supplices.
(3) N. C. D. N. 2 fév. 1898. Relation des 3 bicyclistes. — Sur les murs de Yunnan-
seng ''two of thèse cannons were cast in the old days by the Jesuits, who blessed them
(qu'en savent-ils?) and had across affixed in relief a nice ^i appropriate design to put
on murderons instruments !»
Celarvaut bien V.R. (Victoria Begina), ou la bouteilleTde Champagne que l'on brise
en lançant un croiseur ou un torpilleur à l'eau !
Une lettre de M. Faivre, lazariste, missionnaire à Nankin, où il arriva le 20 juill.
1840, raconte (Ann. de la Prop. de la Foi, t. XVI. Lyon 1844, p. 290) qu'il vit à Kiu-
teheou fou W !/M Jn- ^^ Tché-kiang, parmi les curiosités de la ville une dizaine de
canons qu'on dit avoir été fondus par les missionnaires européens; quelques uns d'entre
eux sont au moins des pièces de 24.»
Il vit aussi le cimetière des X«« à 2 lieues de la ville. "Il a au moins 200 pieds de
long. sur 80 de large." Les missionnaires d'autrefois sont dans le caveau d'une antique
chapelle. Bans le plus grand, dans des urnes, sont les cendres de 10 jésuites : dans celui
de gauche, les Cadavres de 2 jésuites, les 2 derniers qui aient évangélisé le Tché-kiang.
Bans celui de droite, deux catéchistes (cantonais) des Pères.
5 III. MORT DE OU 8AN-K0KI. 233
rébellions du sud et du sud-ouest. Quoi qu'il en soit de cette
dernière allégation, j'affirme que cette animosité (qu'on exagère)
a pour cause première les excitations de la caste mandarinale et
lettrée. L'ignorance populaire, l'orgueil de la race, la haine
instinctive et nationale de Tétranger, d'autres intérêts inavouables
font le reste (1).
Ou Sa,n-koei mourut paisiblement au Yun-nan, qu'il avait reçu
des Mandchous à titre dé principauté, et transmit ses conquêtes
à l'un de ses fils. Ce dernier, vaincu par les troupes impériales,
se pendit en 1680, dans la capitale de cette province, qui est
encore habitée par des familles venues du Yang-tse moyen, avec
Ou San-koei (2).
Bien qu'ils aient tous recherché les conseils et tâché d'exploi-
ter l'influence, vraie ou supposée, des missionnaires d'occident,
aucun de ces compétiteurs de la famille des Ming nankinois ne
réussit à asseoir solidement sa domination souveraine, ni même
à faire prévaloir sans conteste son autorité sur quelques provinces
de l'empire. Cette dynastie indigène était irrévocablement
perdue ; le sceptre de Chine passait aux mains de non-chinois et
d'envahisseurs étrangers. Le mouvement T^ai p'ing ^fc ^ lui-
même (nous le verrons en son lieu) devait avorter, deux siècles
plus tard, dans la revendication de ces droits nationaux, avec
Nankin pour capitale (3). «La Chine aux Chinois !» reste un cri
séditieux, anti-dynastique, dans les provinces et près la Cour de
Pékin, où trônent les Tartares-Mandchous. Toute lutte pour l'au-
tonomie, pour l'indépendance politique, prendra fatalement le ca-
ractère insurrectionnel d'une révolution, qui réserve peut-être à
Nankin quelque rôle plus digne de son passé (4).
(1) V. The Jesuits in China, by E. C. Jenkins. London 1894. L'auteur, ministre
protestant, montre de la sincérîté, malgré plusieurs injustices dues peut-être à l'ignorance.
(2) Sur ces mouvements de Ou San-koei^ cf. E. Rocher, La Province chinoise du
Yun-nan^ p. 180 et seq. — Ce général entreprenant avait reçu à.' Ama-wang ^ régent pendant
la minorité de Choen-tche, avec la vice-royauté de Si-nganfou^ le titre de PHng-si Wang
^ H 3E «Pacificateur de l'occident,» titre remis plus tard en honneur par les T^ai-
pHng de Nankin, pour un de leurs ^ Wang ou Princes feudataires.
(3) de Groot. p. 1185. "En 1699, K^ang-hi de passage à Nankin, fit rechercher les
descendants des Ming, en vue de pouvoir en nommer un comme "Chargé des sacrifices
au tombeau de Hong-mi^ avec un titre mandarinal."
«En 1724, un Ming^ Tchou Tcho-lien, fut élevé à la dignité héréditaire des Hieou
du 1*' rang. Ses descendants vivent encore à Pékin," p. 1185.
(4) A la chute des Ming^ vers 1644, la Chine propre comptait environ 70.000
chrétiens. Actuellement l'Empire compterait plus d'un demi-million de catholiques.
Nankin possédait deux églises avec 600 chrétiens (P. Couplet), cf. Var. n** 12, p. 99.
234 CH. XII. DTNA8TIB DBS MINa.— GHRISTIANISIIB.
§ IV.
CARTE ^ — MURAILLES — PORTES.
Notre excursion parmi les événements dont Tempire fut le
théâtre, lors de la révolution dynastique qui renversa les Ming,
ne doit pas nous faire perdre de vue les changements topographi-
ques, accomplis à cette époque dans Nankin et ses faubourgs.
Nous Tavons montré : Hong-^ou, le fondateur de la dynastie
chinoise, avait sans retard agrandi cette ville et Tavait prompte*
ment transformée en capitale, selon les idées traditionnelles du
Céleste Empire. Le commentaire historico-géographique qui accom-
pagne la carte N*" XII «Nankin sous les Aftng», nous permet de
compléter ainsi les précédentes remarques.
A. — Les murailles demeurèrent telles qu'on les voit encore aux
Nan mertj Ta-si men, C/ioei-si men : on se contenta de les dénom-
mer respectivement Tsiu-pao merij Che^tch'eng men (Han-si men)
et San-c/ian men (Choei-si men). On combla, partiellement du
moins, les fossés de la ville, Tch'eng~hao, auprès de Fancienne
porte de Test; le mur fut prolongé vers Torient dans cette direc-
tion, et l'on y réserva les portes du Tong-si men et du Tcheng^
yang men (Hong-ou men) (1). Un peu plus à l'est, la muraille
remonta vers le nord, et ce front oriental fut percé, sensiblement
au milieu, de la porte Tchao^yang men. Aux pieds des ramifica-
tions de la montagne Tchong chan ou Mont S. Michel (aliàs Tse^
kin chan) et à la base nord-est de la colline Long-koang chan,
comprise en ville, on créa T^ai^p^ing men. Le mur fut continué
jusqu'à la butte de Fou-tcheou chan, à ï'ouest de cette porte, à
laquelle on accède du dehors par une haute levée en remblai.
Plus loin, la muraille endigue au sud le lac Yuen-ou hou, aliàs
Heou hou, et, pour cela, elle utilise pendant quelques centaines de
(l) M. Henri Cordier {Bibliotkeca sinica p. 239) mentionne un plan de Nankin
annexé (manuscr. de la Bibliothèque de la ville de Lyon) aux Aiifiales de Chine j 2* vol.
(abrégé de la grande Histoire du P. de Mailla, d'après Se-ma tsi*en).
Le mss. du P. de Mailla est à la Bibliothèque Nationale. Un bienveillant corres-
pondant me fait savoir, après examen, que ce plan insignifiant, étranger au manuscrit,
n'a aucune valeur positive; dessiné après coup, c'est une vue plutôt qu'un plan.
La relation de V Ambassade hollandaise (1655-1657), publiée par Nieuhofif en' 1665,
spécifie que le voyage se fit par eau de Ou-hou à Nankin, où l'on entre par leV'Suisimon"
(Choei-si Tnen). La ville avait, y est-il dit, un million d'habitants, 40.000 Tartares, 13
portes et une muraille de 20 milles d'Italie. Beaucoup de documents de cette relation
sont de seconde main, parfois... de fantaisie.
Le chemin, qui s'embranchait immédiatement au sortir de Tchao-yang men et
longeait le mur quelque temps vers le sud, passait le pont (ruiné) de Kou-hio k^iao (visi-
ble à la morte-eau) pour aboutir à Ts^ang-po men sur la Grande Enceinte.
' /
I IV. TOPOGRAPHIE. — MURAILLES. 235
mètres, l'ancien mur, plus haut, plus large, plus imposant et de
meilleure facture, dont nous avons parlé plus haut. Le rempart
du sud rivalise seul avec celui-ci.
Ensuite, longeant à Touest le lac dans une direction septen-
trionale, il arrive au nord de la «colline des Bambous violets,
Tse-tchou liny) ^ ft ^, d'où il s'infléchit vers Touest, îpercé, sur
ce parcours, des deux portes Chen-tché men et Kin-tch'oan men (1).
Puis, il enclôt au nord, dans une boucle irrégulière, la butte de
Che-tse chan «la colline du Lion», ou encore Lou-long chan, ména-
geant deux portes en face et à 400 m. l'une de l'autre : Tsong-
feou men (Siao-^tong men) fermée, à l'est, et I-^fong men, à l'ouest,
qui laisse passer la route carrossable.
De là, au sud, la muraille rejoint la porte occidentale de
l'ancienne ville, antérieure aux Ming, par dessus les deux portes
condamnées de Ting-hoai men et Ts^ingmang men. En addition-
nant les vieilles et les nouvelles portes, on arrivait au chiffre de
12 ou 13.
B. — «L'enceinte mesure 96 li (58 kilom.) et enferme la Ts'in
hoai,y> L'ouvrage chinois d'où nous tirons ce texte et nos cartes,
insère ici quelques remarques topographiques, très générales. Il
expose avec assez de justesse les dimensions relatives, longueur et
largeur des deux parties sensiblement rectangulaires, dont la jux-
taposition constitue Taire totale et actuelle de Nankin. Elles sont,
de fait, comme soudées l'une à l'autre, dessinant un étranglement
prononcé, à la hauteur du Pé^ki ko et de Ts'ing^lianq chan. On
l'a vu, les plans indigènes respectent en général assez mal cette
configuration, d'où résultent, pour la ville, des proportions si
allongées. Presque toujours (est-ce économie de papier?) ils la
représentent beaucoup trop ramassée (2).
C. — La muraille extérieure, Tou^tch^eng j^ JJ «enceinte
en terre», la «grande enceinte», s'appuie au nord sur le
Yang-tse kiang et les buttes voisines^ à l'ouest sur les canaux
affluents ; au sud elle gravit les collines et à l'est elle traverse
la plaine. On remarquera qu'au nord-est elle enserre tout le
massif de Tse-kin chan en l'incorporant dans le système défensif
de Nankin.
(1) Plusieurs plans récents indiquent, à l'ouest de Chen-tch^é-meny d'abord 88 |S
xR il P^is ^ jl| fj toutes deux murées, indépendamment de la "porte d'eau"
nommée W ^ BB* Comme aucun passage n'est pratiqué aujourd'hui entre Chen-tch'é
men et I-fong men, soit sur un développement mural de 6 kil., on entrevoit les inconvé-
nients qu'entraîne cette absence de voies de communications possibles, de ce côté, entre
la ville et la campagne. Cette porte ne serait-elle pas simplement la poterne (murée)
ménagée au coin ouest de la barbacane de Ch&ng-t^sé-men f
(2) Ces dimensions, notablement exagérées, doivent se réduire à 38 kilom. ou
9 lieues environ, pour l'enceinte continue des murailles. Une ligne d'une douzaine de
kilom. mesurerait la plus grande longueur (nord-sud) de la ville.
236 CH. XII. DYNASTIE DBS MINa. CHRISTIANISME.
La grande muraille, sur son parcours de 180 H (115 kil. ou
29 lieues) dit la Glose, est percée de 16 portes (1) (où générale-
ment se groupe quelque bourg ou village, orné parfois d'une
arcade fortifiée ou d*une simple porte cochère ou d'une arcade
entre deux collines).
YaO'fang men j* *& PI
Sien^ho men llll tt P?
5 à r est: { KH'ling men - tt H PI
rs'angf-p'ouo men ^ jft PI
KaO'k'iao men 19 "tflf PI
Chang-fang men Jt "fi f^
Kia-kang men 31'S M P^
Choang-k'iao men tt 4# PI
au sud : ^ Fong^t'ai men HL 3Ë N
ra-ngan-té men ^ ^ A 1^
Siao-ngan^té men >J^ $ IB H
Siun-siang men VU 1^ P*!
1 à Touest : Kiang-^tong men ÎL M f^
IChang-yuen men Jl 7C f^
Fou-ning men ft W PI
Koan-yn men K ^ P?
Nous avons dit précédemment que cette enceinte (2), réduite
le plus souvent à une simple levée en terre, constituait un boule-
vard de défense extérieure, une levée fortifiée, une route stratégi-
que, un chemin de grande communication par endroits, une ligne
d'avant-postes reliés entre eux, munie de quelques ouvrages,
portes ou tètes de ponts, à la traversée des canaux ou des voies
principales (3),
(1) D'après 'Williams, le mur actuel de Nankin, fini la 3* année de Song-ou, avait
13 portes. Le môme auteur affirme que le but de Hong-ou était de renfermer Purple
Mountain dans la ville.
(2) Tch^eng-kouo JBf S* enceinte intérieure, ordinairement en briques; Tou-
tch^eng jt ÎR enceinte extérieure en terre ; Wei-tcWeng flî JK mur, rempart entourant.
Sur la liste des portes de la grande enceinte des Tche, Che-tch^eng Koan men 5
Wk BS r J est au nord de Kiang-tong men^ à l'ouest de Che-t^eou tch^eng.
(3) Kelevons dès maintenant deux singularités irritantes pour notre curiosité
sur la Carte N* XII : 1") De l'angle nord-est de l'enceinte crénelée, se détache un rempart
moins considérable, allant rejoindre, vers l'est, les hauteurs de Cken-lié chan ^ ^jlUJ j
sur la route de Tchen-hiang. Cette levée, je n'ose dire cette muraille, qui semble faire
partie du Tombeau des Ming, au nord, est percée des deux portes Kin tnen et Hong men.
Je reviendrai sur ce point trop singulier dans l'étude sur la sépulture de Hong-ou. — 2*)
Un autre tronçon se dirige vers le sud et réunit Tong-tai men à la grande enceinte. Il
part du Tong-tsi KHao et l'on y distingue le Choang-k^iao men «la porte des ponts
jumeaux». De ce dernier mur ou rempart, il ne reste que des traces bien incertaines;
je me propose d'examiner aussi ailleurs ce problème géographique d'intérêt local.
CHAPITRE XIIL
DYNASTIE RÉGNANTE (XXIP) DES
TA TS<ING :^. îfi (1644)
CAPITALE PÉKIN.
ORGANISATION SOUS LES TS'ING.-CARTB ^,\\.
Nankin, trop solidement occupé, résigné à sa déchéance, ou
bien estimant sa destinée très sortable, s'abstient de prendre une
part trop active aux nombreuses révoltes des provinces contre les
nouveaux dominateurs. Dès 1645, à la 5® lune, le prince Yu
Wang ^ ^ (Che To -jft ^, titre de règne Choen-tche ^ f^),
premier des TsHng ^, avait reçu la soumission des fonctionnai-
res et des troupes de Nankin. Les Mandchous désignent deux
eunuques, l'un directeur, l'autre son second, pour garder le
ifiao ling ^ ^, ou Tombeau de Hong-ou gt ^, le fondateur de
la dynastie chinoise qui venait de succomber. On leur adjoignit
quarante personnes avec leurs familles, dont les descendants
occupent en partie le village ruiné de Hiao-ling wei ^ ^ ^.
Cette mesure conservatrice ne manqua point son effet local et eut
un heureux retentissement dans l'empire, encore à pacifier (1).
A peine intronisé (2), le jeune empereur tartare, devenu
l'Empereur dé Chine, changea Nan-king, "Cour du sud", en
province du Kiang-nan ; la préfecture de Yng-t'ien fou s'appela
(1) «Les Mandchous ont délaissé Nankin, capitale naturelle de la Chine et se sont
établis à Pékin, ville excentrique, ayant moins d'avantages naturels que Nankin, parce
que les Mandchous étaient des conquérants, et non des libérateurs, et qu'il est dangereux
pour un conquérant d'être trop, loin de sa base d'opération.» Cosmos, 1898. p. 722, article
signé H. C, explique le sens de Nankm, Pékin, Tohio (capit. de l'est), Kyoto (capit. de
l'ouest).
n n'en reste pas moins vrai historiquement parlant que ce sont les Ming qui
ont choisi Pékin (gradatim) et que les Mandchous ont attaqué et pris Pékin capitale avec
son Empereur qui y résidait.
La province du Tche-li, où se trouve Pékin, s'appelle quelquefois Pé-tche-li, par
opposition au Ncun-tche-li, que portait le Kiang-nan lorsque la capitale était à Nankin.
{Tclie-li p. c. q. l'administration directe, centrale, s'y exerce). G<*« Encycl. au mot Chine<^
(2) "Je crois pouvoir dire d'un poste éminent et délicat, qu'on y monte plus aisé-
ment qu'on ne s'y conserve." La Bruyère. Caract. Cette maxime s'applique fort bien aux
dynasties chinoises.
238 CH. XIII. DYN. RÉGNANTE {XXII») DES TA TS'iNG, 1644.
le Kiang-ning fou. Les deux sous-préfectures qui se partagent
la ville restèrent distribuées comme sous la dynastie renversée :
Chang-yuen hien Jl 7C JR et Kiang-ning hien (1645).
. De même la muraille urbaine et Tenceinte extérieure Tch'eng--
kouo Jd 115 et T'oU'tch'eng j^ |j| demeurèrent ce qu'elles étaient
sous les Ming. On ^e contenta de fermer les quatre portes :
Ts'ing-liang men J} J^ P^, Ting-fioai men JE TÏI PI» Tchong-feou
men ft ^ P^ et Kiïi'tch'oan men ^ )\\ p^, condamnées jusqu'à
ce jour.
Je suggérais un jour à Tun des soldats, gardiens du poste
militaire, qui fainéantent sur une de ces portes supprimées, que, vu
l'augmentation incessante de la population urbaine, il serait expé-
dient d'ouvrir cette baie, pour la commodité de la circulation.
«Cela ne se peut,! reprit-il mystérieusement. — «Et pourquoi?...
Sous les Ming, toutes ces portes étaient ouvertes...» — «Si on le
faisait, il y aurait trop de maladies au Nanmenl»
Un lettré chinois me donnait cette autre raison pour ne rien
rouvrir: «Les voleurs entreraient en ville!» — «Ils en pourraient
tout aussi bien sortir,» répliquai -je.
A la première lune de 1646, Tchou /-ié ^ |f j]^, le soi-
disant Prince Choei^tch^ang v;ang 3^ ^ £« probablement quelque
descendant des Ming, ébaucha un commencement de révolte. Le
mandarin tartare K'ang Ngo j^ |£ n'hésita point à emprisonner
trente de ses complice^. Puis, à la 9^ lune, il se saisit du conspi-
rateur et le fit exécuter.
L'année suivante (1647), on établit à Nankin un «Vice-roi
du Kiangf-nan», avec autorité sur les trois provinces: le Kiang-
nan it ^i le Kiang-si flC M et le Ho^nan JîJ ^. Dès 1649, la
dernière fut détachée, et la juridiction de ce Gouverneur-Général
se trouva limitée aux provinces du Kiang-nan et du Kiang^si.
Choen-tche, qui avait 14 ans à la mort du chef du conseil de
régence, tuteur Ama-wang (le ''Père-Prince*'), le Prince Tse-tcheng
v^ang, changea le moins possible aux us et coutumes des Chinois,
quand il prit en mains les rênes du gouvernement. Il ne permettait
pas même aux indigènes «d'apprendre la langue tartare, sans
une dispense particulière. Il conserva les six Tribunaux souve-
rains, mais il voulut qu'ils ne fussent qu'à Péking; ainsi ceux de
Nanking furent supprimez» (du Halde, I, p. 470).
En 1649, la ville impériale nankinoise et ses alentours,
réservés jusque-là à ces Grands Tribunaux, se transforment en
Tchou-fang g gjjjf, ville ou casernement des Tartares. ^Une de ces
casernes s'élevait aussi alors à T'ai-yuen fou "jta ^^ }^ (capitale
du Chan-si [Ij U) dénommé Pé-king ;[t J^, en- 742, par. la
dynastie de T'ang,
La glose de la Carte ^j «Nankin sous les Ts'ing Jj|,» nous
fait savoir qu'alors (1659) on reconstruisit les murailles de la
ville tartare, dans la pastie est de la TsHng-hH ^ g|, depuis
f I. MURAILLES. 239
l'est de la porte T'ai-pHng men, le long des murs de la cité im-
périale (Hoang-tch'eng ^ j^) de la dynastie précédente, jusqu'au
T'ong-tsi men au sud, en y ménageant deux portes. Outre les
deux baies indiquées par la carte XIII, comme percées dans la
muraille ouest de la ville tartare, les plans récents en indiquent
une troisième (détruite) en face du ^rand pont existant encore et
nommé Fou^tch^eng k'mo ^J^^, qui livre passage au prolonge-
ment de la nouvelle route carrossable, ma-Zou. Cette porte s'appe-
lait Fou'tch'eng men tSL^f^- La même carte indique Siun-stang
men, la porte des éléphants apprivoisés, entre San^hong k'iao et
Siao-ngan^té men, au nord de cette dernière porte.
Les canaux, les rues, les ponts, poursuit la glose, subsistèrent
comme sous les Ming ; on ajouta seulement le pont LUché k'iao
jpj g^ ;fg, à l'endroit fameux dit Tao-yé tou i^^^, au confluent
des canaux en ville, à la vanne multiple de T^ong^tsi men.
Notre plan figure plus exactement le vrai tracé de l'enceinte
détruite de cette ville tartare. En fait, la carte N° XIII dessine
simplement un mur tout droit, courant sans inflexion du nord au
sud, de T'ong^isi men à T^ai-pHng mon et percé de deux portes,
l'une à Tchen-hoai k'iao j|| JH îf^, l'autre à Ta^tchong k'iao ^ rfi
1^. Le nouveau ma-lou emprunte et recouvre une partie de ce
parcours, de Si^fang se à T'ong-tsi men. Aucune indication non
plus, sur le plan sus-nommé, de la branche nord de la muraille,
qui suivait une direction est-^ouest et était percée de la porte Pé-
ngan men ^[^ 5f P^? ®^ ^^^® rapide de démolition, puisqu'il ne
reste plus que deux ou 3 assises des pieds-droits (plus rien en
l'hiver de 1897-98). Je pourrais témoigner que j'ai assisté aux
progrès semestriels de ce vandalisme, depuis 7 ou 8 ans, comme*
au dépècement du peu qui subsistait de ce mur septentrional. La
grossière inexactitude -signalée se relève aussi sur la carte N®
XVII «Nankin sous les rs'insf.» Cette portion de la ville a-t-elle
subi des remaniements essentiels qui nous échappent ? Il nous
semble que non.
Les Chroniques S Jl ît W /fiP î8? «lentionnent qu'en 1660
l'on répara la muraille extérieure de T'ai-pHng men à T'ong-tsi
men (les détails plus circonstanciés font défaut). Les Chroniques
(12* Kiuen, f* 2) donnent environ 3 kil. 1/2 à cette portion de
murailles refaites et leur attribuent une hauteur de 7 à 8 mètres.
Dans la période de transition, caractérisée par la passage de
Nankin sous le joug tartare, on signale la création de nombreuses
charges mandarinales (1). Un nouveau régime se substituait
(1) Notamment celles de Préteur du trésor et du rizj sous le titre de Kiang-nan
Pou-tcheng che-sc iL m ^ WC ^^^ celle de Grand Juge de la Province, Kiang-
nan Ti'hing ngan-tchai che-se f£ ^ &Jti ^ ^ ^^j celle de Préfet de la
Gabelle, les Procureurs des approvisionnements et des voies publiques, pour transmettre
les dépèches officielles, Tou liang tao V tt S ' etc.
240 CH. XIII. DTN. RÉGNANTS (XXII') DBS TA TS^ING, 1644.
insensiblement à Tanclen, peu regretté. On avait soif de paix,
d'ordre, de tranquillité. Au cours de Tannée 1651, le Koup-tse
kien H <? £f rÉcole nationale des Ming, fut transformé en École
préfectorale ou régionale. Celle de la préfecture Yng-t'ien fou,
de la même dynastie, devint TÉcole des deux sous-préfectures
C/ianp-yuen et Kiangf-ning (1).
Au spectacle de la domination tartare qui évinçait progres-
sivement celle des Chinois, le P. de Magalhaêns s'écriait: «Tant
il semble que Dieu ait pris plaisir à confondre Torgueil incroya-
ble de cette nation, en Tassujettissant à un petit nombre de
barbares, pauvres, rustiques et ignorans : de même que si, pour
punir TEurope, Dieu la livroit au pouvoir des Cafres d'Angole ou .
de Mozambique!» (Nouvelle Relation de la Chine. — p. 204.)
Si bien assise que parût la domination étrangère, Nankin
voyait pourtant de temps à autre sa quiétude menacée. Tcheng
Tch-eng-hong, fils de Tamiral Tcheng Tche-long, devenu l'irré-
conciliable ennemi des Tartares, pour tirer vengeance du sort
qu'ils avaient fait à son père, séquestré à Pékin, opérait avec sa
flotte à l'embouchure du Yang-tse. Son quartier- général était à
Amoy (g P^) pris en 1653. En 1656, le terrible Koxinga avait
conquis Tîle de Tch'ong^ming ^ ^, qui recelait ses magasins
et arsenaux à l'entrée du grand fleuve, en vue de Tinvasion du
Kiang^nan. T^ong^tcheou JJ jft|, sur la rive nord, succomba en
1657; puis il enleva les villes de Tch'ang-tcheou '^ ji\ et de
Tchen-kiang ^ f£ sur l'autre rive. Bientôt, remontant jusqu'à
Nankin, il entreprit le siège de cette ville! De Mailla évalue sa
flotte «à plus de 800 voiles;» du Halde lui donne «3.000 bâti-
ments» (2). Des ferments de révolte couvaient dangereusement
dans la ville dégarnie et mal approvisionnée. Le Commandant
tartare, qui ne disposait que de 6.000h., projeta de massacrer
par surprise la population mâle en état de porter les armes.
Le jeune vice-roi chinois, administrant Nankin et la province, le
dissuada de mettre à exécution cette mesure extrême et hasar-
deuse. «Du reste, avait-il dit, voici ma tête; je serai la première
victime.»
Le siège durait depuis 20 jours. Dans une fête, pour
l'anniversaire de la naissance de Tcheng Tch^eng-kong, les assail-
lants firent ripaille et s'enivrèrent : les tartares et la garnison
nankinoise, sous les ordres de Liang Hoa-fong ^ fb M.) ^^
profitèrent pour opérer une sortie nocturne. Enlevant tentes,
butin et artillerie, ils tuèrent 3.000 hommes à l'ennemi, dont la
flotte dut redescendre le Yang~tse. C'est de cette époque et par
allusion à un épisode du combat, que Chen-tch'é men jpl|l ^ P^
(1) Martini, atlas sinensis, 1655 (L'approbation est de 1654) donne à Nankin une
population d'un million d'âmes, sans compter une très forte garnison tartare. p. 98.
(2) De Mailla, XI, 44. — Du Halde, I, 471.
Si. tcheng tch'eng-kono (koxinga). 241
prit son second nom (moins usité) de Té-cheng men # JIE^ P^ ou
«Porte de la victoire» (1657); Koxinga avait essayé en vain delà
forcer.
Les chroniques de Nankin (12® Kiuen^ fol. P) s'en expliquent
ainsi : Quant aux portes, vers la fin des Ming on ferma iiTin-
tch^oan men, Tchong^feou men et I-fong men, toutes au nord; de
même, au début de la dynastie actuelle, Chen^tch^é men et
TsHng^liang men furent également condamnées. Pourtant, la 16*
année de Choen-tche J^f^ (1659), des pirates attaquèrent Nankin.
Le colonel (||| ^) Liang Hoa-fong ^ flî S. ^^ rouvrir Chen-tch'é
men (probablement fermée par peur de Tassaillant), combattit
Tennemi et le défît. A Toccasion de cette victoire, le nom de
Té'Cheng men fut assigné à cette porte, qui resta ouverte, comme
celle d'I-fong men, rouverte alors par les autres généraux. Les
trois susmentionnées demeurèrent fermées.
Ting-hoei men est la 4® des portes condamnées à Nankin ;
en effet on exclut généralement de la liste celle de Heou-hou
siao men ^ ^ ij^ P^, cette poterne (près de Ki-ming se à la
jonction des deux murailles) que nous avons signalée plus haut
à propos du vieux mur de T^ai'tch'eng,
Mieux instruit par le danger de cette alerte sur Timportance des
forces navales de Tcheng Tch'eng^kong, le gouvernement tartare
équipa enfin une flotte capable de tenir tête à la sienne (165j9),
qui subit un grave échec sur la côte du Fou-kien (17 juin 1660).
L'amiral partisan des Ming n'en saisit pas moins les Pescadores
(archipel des îles P'ong^hou jg Jfl) et occupa partiellement et
temporairement les meilleurs points de l'île Formose, aux mains
des Hollandais (1). Il travaillait à transformer sa conquête en
province chinoise, et projetait d'expulser les Espagnols des
Philippines, quand il mourut le 2 juillet 1662. Son fils Tcheng
king (mort en 1681) ne sut ni poursuivre l'exécution de ces plans,
ni rien conserver des acquisitions paternelles. Les petits-fils de
Koxinga se montrèrent encore plus incapables. Vers 1683, la
Chine reprenait possession de Formose, au moins des régions
maritimes de l'île ; l'intérieur montagneux resta toujours à peu
près indépendant.
K^ang-hi avait élevé un temple à Tcheng Tch^eng-kong, ou
(1) En février 1626, une flotte espagnole, sur l'ordre du Gouverneur de Manille,
sortit de Cavité, pour tenter par surprise la conquête de Formose. Cette "Belle-Ile"
orientale, devenue enfin japonaise après quelques jours de république, excita périodique-
ment les convoitises européennes. Pauthier (Chine moderne^ I, 119) cite un mémoire
présenté au Gouvernement anglais lui exposant les avantages commerciaux et stratégi-
ques de la grande île et des Pescadores. L'auteur rappelle dans une note (ihid) que Louis
XVI s'était ouvert à La Pérouse de projets dans le même sens.
En 1714, le P. de Mailla vint avec le P. Régis lever la carte de la partie méridionale
de Formose, occupée par les Chinois et celle des Iles P^ong-hou.
16
S42 CH. XIII. DTM. RteNAXn i^nV) DBB TA n'ofci, 1644.
Koxinga. Le 15 février 1875, sur le rapport au trône du Com-
missaire impérial Chen Pao^tchen {t fl^ ^Ulf Tempereur régnant
lui en fit dédier un autre à T'at-wan fou ^ flf ]^, la capitale de
Formose. Koxinga canonisé devint comme le dieu tutélaire de
Tile. L'on constate une fois de plus que les Chinois sont encore
moins regardants que nous pour meubler leur panthéon historique:
temples ou statues sont élevés souvent aux plus indignes. Les
Japonais, maîtres de T'at-wan fou, y vénéreront-ils la mémoire
du héros qui eut pour mère une japonaise? (1).
Les derniers tenants de la dynastie des Ming pékinois ou
nankinois avaient enfin mis bas les armes devant la politique
résolue, habile et tenace des Tartares. La résistance ne céda
pourtant que peu à peu. «Pour réduire un fameux pirate,
nommé Kouo^tch*en (2), les (quatre) régents (du jeune K*SLng''hi)
n'hésitèrent point à tout brûler sur le littoral du FoU'kien, qui
tenait encore pour les Ming,ii (A. Favier, Pékin, p. 170). Macao
fut épargné à la requête des missionnaires, A. Schall et Le
Faivre; v. de Mailla, Pfister.
Je lis à la page 54 du Mesny's Chinese Miscellany (I, n® 321)
que King Cheng-tan ^MW^ (1627-1665), grand lettré, forma
une société politique à Nankin, vers cette époque, pour renverser
la dynastie présente. Il fut décapité avec 16 ou 17 de ses com-
plices, sur un ordre de K'ang-'hL, secrètement adressé au vice-roi
du Kiang-nan (3).
Pendant la minorité de K'ang^hi, en 1662, les quatre
régents (4) exclurent à jamais les eunuques de toute part au gou-
vernement. Le chef de cette engeance audacieuse, coupable de
malversations excessives, fut condamné à mort. Des milliers
d'eunuques, chassés du palais, furent renvoyés chez eux. Nous
ignorons si ceux de Nankin encoururent aussi cette disgrâce,
longtemps méritée. «La régence fit graver sur une plaque de
fer, du poids de mille livres, qui subsiste encore aujourd'hui, une
loi, en vertu de laquelle la nation Mantchéou s'engage à ne plus
élever d'eunuques aux emplois et aux dignités. Cette loi est
(1) Nous avons dit qne son père fut baptisé à Formose, sons les noms de Nioolas
Gaspard. Un Nm nombre de ces détails sont extraits de Vile Formose, d'Imbanlt-Hoart,
qui trace (p. 83) un brillant portrait de Koxinga, anssi extraordinaire par ses talents que
par ses vices.
V. Ohina Bevi&w vol. XIII, p. 67. Life of Koxinga. Baptisé, élevé à Manille chez les
Espagnols et à Formose chez les Hollandais, il motirat à T^ai-wanfou le 23 juillet 1662.
de Bongemont, Historia Tartaro-sinioa, pars 1^ .
(2) Il s'agit encore évidemment de Koxinga (Ko-sing yé).
(3) Le Oénéral Mesny dit avoir occupé on de ses descendants, comme secrétaire,
an Koei-tcheou, et renvoie au Chinese reader's de Mayers, p. 85, n* 270.
(4) C'étaient 4 chefs de Bannières, choisis parmi les plus influents. Les Chinois
traduisent ou figurent ainsi leurs noms tartares : So-ni fj^ J^ * SourJct-sa-a JK 3E
S P^i Eo-pi-long -^ ^ |^i Ngao-pai îf ff -
I II. Ï'AKCNUI à KAfmm. ?<fe
toujourë en vigueur.» De Mailla, XI, p. 56.
L'empereur K'ang-^hij au cour» de flon ÎOttg fègtiè de 61 Mè
(1662-1723) (KHeU'^long 1^ |S régna 60 ans et Louis 3tlV 72), 8è
tendit trois fois, c. à d. en 1670, 1683, et 1699, à Moùkden, berceau
des Mandchous, qui conterve aussi les sépultures de leurfl ftncêtred.
Nankin fut plus souvent encore favorisé de la Visite deTAMlf
monarque.
5 n.
VISITÉS DE K*ANG-HI X NAÎîKîN.— HËLAÏIONS avbc les ;tÊSXTÎÏËÔ.
Le premier Jour de la 11* lune 1684, 23' année dé êôn règ^e,
il y habita chee le Tsiâng-^hinn {ff ^, vice-roi ou Maï^échal tar-
tare, sacrifia le lendemain au Tombeau .de Hôfig^^u §| |$, puis
visita rObservatôire de Pé^ki ko i^ jfS p^ I^om de Cette vii^ité,
l'empereur, charmé de la vue splendide que Ton d de là sur le
lac Heou^hou et la vaste cité, écrivit les oftractèree K^oang^
koan H H^ <ivue étendue» pour orner un pUn ou ihsoHption
suspendue dans le kiosque de l'Observatoire. Il ne i^Bte j^Iue
qu'un fragment de Cette inscription Impériale, brisée par leS T^ai-
p'ing ^ 2|5 il y a quelque. trente ans, et relevée depuis sOUS- le
kiosque actuel (1).
Le souverain se rendit aussi au champ de Mars, le fà-ftiao-
tchang ^ ^ JE, pour y recevoir les hotntnageâ des riianâ&rins et
du peuple (1684)-
Il reçut également à sa résidence le F* Oftbiani et le P.
Valat qui lui expliquèrent, sur son désir, la sig^iiâcation symboli-
que et figurative de leur crucifix (cf. Var. ëin., n* 3).
Le P. de Fontaney demeurait à Nankin en 1688, avec le P.
Gabiani (2), Mg^ de Basilée OU Lotiô TchôU-kiao j|i ^ jR (DOttl
Orégoire Lopez, chinois et dominicain), le P. Jean-^^ançolS de
Léonissa, franciscain, devenu ensuite évéque de Bérite, puis le
P. Basile de Olémona et VlP^ Tévêque d'Argolis. OeS déixx
derniers, religieux franciscains aussi, demeurèrent plue d'un an k
Nankin (cf. Lettrés édifiantes, p. 427).
Le Péhîng de Ms^ Favier reproduit le portrait de M^ LOpesi
qui tomba malade en cette ville, tl fut enterré au cimetière de
(1) Cf. he« MiêêionB eathoUqttes, 1688, p. 102, article Ûtx f. A. OoloUthél str l'Obgèf-
vatoire de Nankin, auP^-A;i kot On y trdttveM uti deflsin dmiHAhi tiiié idé» de VêitsÀ Acttjôl
des lieux. La stèle qui gît renversée à l'est en entrant, mentionne l'érection de la pierre
qui porte ces caractères (21^ an. dé K'ang-hi).
(2) Le P. A. Pfister S. J. a réuni de nombreuses et int^:«88anteâ nottoes ma Ut PP.
de la Compagnie de Jésus en Chine, recueil autographié. Le P. H. Havret en a inséré
plusieurs aU n" 12 des Var. sin.
244 CH. ZIII. DTN. Ri0NANTB (ZXII*) DBS TA TS^ING, 1644.
yu-/ioa Vai et avait légué aux franciscains la maison qn'il possé-
dait, non loin du 7'ong-tst men, k l'endroit où s^élève, dit-on, la
«Pagode du Feu», le Hotio^hen miao 9C Wf A*
Mer Giceri S.J. US lU (1637-1704), sacré à Macao en 1696,
vint s'établir aussi à Nankin et y mourut en 1704; on Tenterra,
comme Ms^ Lopez, au Fu-hoa rat. C'est la raison qui fait parfois
nommer ce cimetière «le Cimetière des évéques», aux Chrétiens
nankinois. Neuf missionnaires jésuites y reposent, dans le terri-
toire (ou aux environs) conservé par la Mission catholique, sans
compter W^ Lopez. V. Nankin port ouvert.
La pagode élevée sur la triple arcade du Kou^leou ^ ;|||, à
cheval sur le Afa-tou, la route européenne, abrite une belle stèle,
dressée sur une lourde tortue. L'inscription qu'elle porte a trait
' à cette visite impériale ; elle relate les circonstances du voyage
impérial et les conseils donnés par l'Empereur aux Nankinois :
«Éviter la prodigalité, les dépenses inutiles, et se défaire de leur
nonchalance paresseuse.» Au dos (nord) sont les noms des manda-
rins, La stèle en bel état de conservation, ornée d'une jolie
bordure [de |dragons mesure 1" 47 de largeur sur 3" 15 de hau-
teur, sans le couronnement. Elle a été élevée par le vice-roi
Wang Sin^ming BE tf ^-
En 1689 (25* jour de la 2* L), K'ang-hi était revenu à
Nankin. Il y entra par la porte T^ong^tsi men^ Le P. Gabiani
alla à sa rencontre avec le P. de Fontaney (1643-1710) arrivé en
cette ville le 31 mai 1688. Les deux Pères se tinrent à genoux
sur le pont Chang'-fang k'iao Jl jjT 'Bl (pont sur la Ts'in hoai, au
s.e. de Tenceinte, entre Kao^kHao men "^ ^ f^ ^t Kia-kang men
^ M P9)* L'empereur chevauchait, entouré de ses gardes-du-
corps et escorté de deux ou trois mille cavaliers. On le reçut
splendidement; sa visite occasionna des frais considérables. Le
Tribunal de Tlntendant des soieries impériales lui servit de
Hing'kong fî #, ou Hôtel de passage.
«Pendant le séjour de l'Empereur à Nankin (du 26 au 30
de la 2* lune), écrit le P. de Fontaney, nous allâmes tous les
jours au palais, et il nous fit Thonneur d'envoyer aussi tous les
jours chez nous un ou deux gentishommes de sa chambre. Il me
fit demander si Ton voyait à Nankin le Canopus; c'est une belle
étoile du sud que les Chinois appellent Lao-jen sing JE A M
(Fétoile des vieillards, ou des gens qui vivent longtemps) ; et
comme je répondis qu'elle paraissait au commencement de la nuit,
sur ce, Temperçur alla un soir à l'ancien observatoire Koan^sing
Vai 1^ £ ^, uniquement pour la voir» (1).
(1) Cf. Lettres Édifiantes. Le Koan-sin^ Vai W S 3K est le Pé-hi ho actael.—
Le VidUa/rd ^S A » OanoptiSj est nne étoile de première grandeur, VAlpTia de la
constellation: le Navire d*Argo. Cette brillante planète resplendit sur le gouvernail
de la figure astrologique.
— ^
I II. &'ANGh-HI ET LES JÉSUITES. 245
R'ang-hi quitta Nankin le 22 mars 1689 (!•' de la 3» lune)
pour rentrer à Pékin. Sorti par T'ai^p'ing men, il s'embarqua à
Yeu'-tse ki ^ ^ fl|) ^" village de Koan-yn men jR "B^ P^- Les
Pères arrivèrent après lui à ce petit port, sur un faux bras du
Kiang : la barque impériale descendait déjà le grand fleuve.
Ils la suivirent jusqu'à I^tch^eng j|| ^, soit une quinzaine de
lieues, puis ils la devancèrent à Yang^tcheou. A Wang-teou,
l'empereur fit amarrer leur barque à la sienne, pour la remorquer
quelque temps, pendant qu'il les entretenait amicalement dans
sa demeure flottante. «Nous l'attendîmes, au bord d'une rivière
(après Wang-teou), poursuit le P. de Fontaney. Il nous aperçut
et eut la bonté de faire approcher notre canot, que sa barque
traîna durant plus de deux lieues... Ce grand prince nous traita
dans cette dernière visite avec beaucoup de familiarité..., et,
après avoir fait mettre dans notre canot du pain de sa table,
et quantité d'autres provisions, il nous renvoya comblés d'hon-
neurs» (1).
Que les temps sont changés! s'écriera-t-pn à la lecture de
ces particularités à peine croyables. Deux siècles seulement nous
en séparent; changement n'implique pas nécessairement progrès!
L'on rapprochera utilement du récit ci-dessus abrégé ces
lignes qui figurent dans le Troisième voyage (1691) du P. Gerbillon
en Tartarie : «Le soir, dit ce missionnaire, l'Empereur s'étant
rendu dans l'appartement d'Yang-sin tien ^ t^ ^ où j'étais, il
me parla d'une manière fort obligeante, en me demandant l'ex-
plication des usages d'un thermomètre et d'un baromètre qui
étaient là, et que le P. de Fontaney lui avait donnés à Nankin» (2).
Le 3* voyage en Tartarie eut lieu en 1691. Le 22 mars de
1692, parut un édit impérial, par lequel K'ang-hi, après une
consultation motivée du Li^pou JH ^ ou Tribunal des rites,
autorisait le libre exercice de la religion chrétienne dans la Chine.
L'an 1699, troisième visite du souverain à Nankin. Gomme
en 1689, il résida à l'Hôtel de la rue Ki-siang kiai ^ fj^ ^, où
il avait établi son Hing-kong ff '^ provisoire (3). On l'y revit à
la 2® lune de 1703; il députa le prince héritier pour sacrifier au
Tombeau des Ming, où on lit encore l'inscription due au pinceau
impérial et envoyée à cette occasion : Tche-long T'ang Song f^
m j|ç 5^. «Le règne de Hong-ou rappelle celui des T'ang et des
Song.yy
(1) Lettres Édifiantes IX. p. 429, En outre, plusieurs de ces souvenirs sont em-
pruntés à l'ouvrage chinois du R. P. P. Hoang, JE SC $ *•
Cf. Parva adumbratio et Lettres de Jersey, déc. 1890 p. 201, d'après le travail^
du P. Hoang.
(2) Du Halde, IV. p. 341. L'ouvrage parut à La Haye en 1737.
(3) Le Ta-hing-kong est le kong-Tcoçm que l'on croise en allant du Yangrou-hiu
(palais des affaires étrangères) à 8e-hoa men^ au carrefour où se tient le marché. Mur
d'honneur. Murs peints en rouge. Servait en 1895 fku pao-kia-kiu fljs ^ J^*
944 CH. XIII. DYN. liA^MAIITS (XXU') M9 T4 TB'lNO, 1644.
Cinquième yisitQ de rBmpereur en 1705 (3* lune). Il choisit
le même logement qu'en 1689, 1699 et 1703. Lhéritier présomptif
fut encore délégué pour lee faorifioe» funéraires au Htao ling
B|. Le 18 de la même lune (3*, 1705), anniversaire de la naissance
49 K'wg^hh fut un jour de réjouissances publiques. Le monarque
ordonna même nux académiciens de convoquer les bacheliers au
Kong^yuen Jf K (local des examens littéraires) pour célébrer
cette date illustre. Puis, il fit en personne cinq promotions au
grade de licencié. Le Ming^tao c/iou-yuen W El # R ^^9^^
fûors de lui un Pten jg (inscription horizontale) Tsi^Vong^lien^
Sixième visite impériale en 1707. La résidence Hingmkong
rcstf &%6e au même Hôtel. K'angr-hi va sacrifier au Hiao ling
ift fSt devant la Tombe de Hong^u et distribue aux vieillards les
plus honorables de la ville des cadeaux de mets et d'étoffes. De
sa main il transcrivit de« vers du philosophe Tchou Hi ^ M
pour les offrir à Tchao Lien-tsHé jg m ^, sous-préfet du Clian0*
yuen hi$n, une partie de Nankin et de ses faubourgs (1).
(1) S^trAot from Bohinuùn Onttoe, pp. 456 uid 457.
First WQ went ten da3r8' jonmey to Nanking, a oity well worth leeîng ; they say
\% hM 1^ nuUiqp of people Ux it : it i« regaUurly built, and the ttreets are ail atraigbt, and
0¥PIW one aRoth«r in direct linea. But wben I compare the miierable people of thew
Wnntri©a with ours, tbeir fabrîcs, tbeir manner o| Uving, tbeir govemment, tbeir religion,
tbeir wealth, and tbeir glory, as some oaU it, I mnst oonfess ihat I soarœly tbink it
wortb my wbile to mention tbom bere. We wonder at tbe grandeur, tbe pomp, tbe
cérémonies, tbe gQvemment, tbe manufactures, tbe commerce and conduct o{ tbese
péoples ; not tbat tbere in really any matter for wonder, but because, baving a true
notion of tbe barbarity of tbose countries, tbe ignorance and tbe rudeness tbat prevail
tbere, we do not expect to find any sucb tbings so far off. Otberwise wbat are tbeir
buildings to tbe palaces and royal buildings of Europe ? Wbat. tbeir trade to tbe
unlversal commerce of England, Holland, France, or Spain? Wbat are tbeir clties
lo ours for wealtb, strengtb, galety of apparel, rich fumiture, and infinité variety?
Wbat are their ports, suppliéd witb a few junka and barks, to our navigation, our
merebant fleets, our large and powerful navies ? Our Gity of London bas more trade
ihan half tbeir mighty empire ; one Englisb, I>uteb, or Frencb men-of-war of eighty
gims wonld be able to flgbt almoit ail tbe sbipping belonging to Obina; but tbe greatness
of tb«r vealtb, tbeir trade» tbe power ol tbeir govemment, and tbe strengtb of tbcâr
f^muei m»y be a Uttla surphsing tQ us because, as I bave said, we do not expeot suob
tbingB among them, considering tbem as a barbarous nation of Pagans, little better tbsu
savages. But ail tbe forces of tbeir empire, tbough tbey were to bring two millions of
men into tbe field together, would be able to do notbing but ruin tbe empire, and starve
tbemselves ; a million of tbeir foot could not stand before one embattled body of our
infantry, posted so as nôt to be surrounded, tbough tbey were not to be one to twenty in
yiumber ; nay, I do not boast if I say that thousand German or Englisb foot, and ten
thousand horse, well managed, could defeat ail the forces of China. Nor is tbere a
fortified town in China that could hold out one month against the batteries and attacks
of a European Army. They bave firearms it is true, but tbey are awkward and uncertain
t II. M^B DE TOURNON k NAN&IH. S4T
Abordons un autre ordre de souvenirs moins glorieux. «Le
22 nov. (1706) écrit M^ Pavier, dans son beau Péking, à Haè-^
nan près de Nanking, malgré les protestations du légat, M^ de
Tournon rentrant à Canton, on arrêta M^ Appiani (1663-1732),
(lazariste) qui l'accompagnait; on le chargea de chaînes et on le
conduisit à Péking pour y être jugé» p. 195. Après avoir été
conduit enchaîné au Se-tch'oan où il avait été missionnaire, il
fut ramené à Pékin. Il fut ensuite relâché provisoirement à la
prière des jésuites français, puis exilé à Canton où il mourut
prisonnier en 1732.
Signalons le court séjour (17 déc. 1706 au 17 mars 1707) à
Nankin, de Ms^ Charles Maigrot, vicaire apostolique du Fou^kUn,
évêque de Conon, vicaire-général du Patriarche, dont le nom
résonne si souvent dans les controverses sur la Question des
Rites, Il partit de Nankin pour se rendre à Canton par la voie
de terre (1).
C*est de Nankin même que M@^ de Tournon lança le 22
janvier 1707 son «célèbre mandement de Nankin, promulguant
le décret de Clément XI, qui condamnait les rites chinois. x> (À.
Pavier, Péking).
Il avait sacré évêque le jésuite Antoine de Sylva, ^ ^ ^.
L'Archevêque de Goa s'empressa de faire valoir son titre 4le
Primat des Indes, et exigea la démission de ce dernier, qui
redevint simple missionnaire de la mission catholique de Nankin.
Lors de la violente persécution de Yong-tcheng ^ Jg,
notre église fut confisquée (1724) et deux ans plus tard on
transforma en grenier public notre résidence, dont une portion
subsistait encore en 1846. Le dépôt de riz actuel (g^ ^)
in their going off ; and their powder bas bat little strengtb. Their anmes are badly
disoîpllned, and want sldll to attaok, and temper to retreat ; and tberefore I must con-
feas, it seemed strange to me wben I oame home, and heard onr people aay snoh fine
tbings of tbe power, glory, magnificence and trade of tbe Cbineae ; becanse as far as I
saw, tbey appeared be a herd of ignorant sordid slaveSi snbjected to a govemment
qualifled only to raie sucb a people ; and were not its distance inconoeivably great from
Muscovy, and that empire in a manner as rade and ill-governed as they, tbe Ozar of
Mnscovy migbt witb ease drive tbem ail ont of tbe country, and oonquer tbem in one
campaign ; and bad tbe Czar (wbo is now a growing prince) f allen tbis way, instead of
attacking tbe warlike Swedes, and eqnally improved bimself in tbe art of war as tbey
say be bas donc ; and if none of tbe Powers of Enrope bad envied or interrapted bim,
be migbt by tbis time bave been Emperor of Cbina, instead of being beaten by tbe Elng
of Sweden at Narva, wben tbe latter Wfis not one to six in nnmber.
(1) Cf. de Mailla XI, 311. Voir anssi B4 Robert 0. Jenkins, ''The Jesuita in China**
London 1894.— On lit p. 118, que le légat Me de Tonraon écrivit : «Le 17 décembre 1766,
le jour même de mon arrivée à Nankin.»
Cbarles Maillard de Tonrnon patriarcbe d'Antloohe, né à Turin en 1667, parti
le 2 juillet 1701, arrivé à Pondicbéry en nov. 1703, à Canton en avril 1705, à Pékin le
4 déc. de la même année.
248 CH. ZIII. DYN. RSGNANTB (xXir) DBS TA TS'ING, 1644.
avoisinant aujourd'hui au nord la Mission Catholique, marque à
peu de chose près le site de rancien établissement dont le terrain
fut partiellement restitué aux chrétiens en 1864 en exécution du
traité, v. «Nankin port ouvert» p. 231.
Vers 1727, une tartare chrétienne de la famille impériale se
trouvait mariée à un fils du vice-roi de Nanlcin. Répudiée, je ne
sais pour quelle cause, elle est renvoyée à Pékin, tandis que des
princes chrétiens sont exilés dans ce Kin^ling ^ [^ qu'elle
quittait.
De terribles inondations désolent le Kiang^^nan en 1734 et
1736; le voisinage du Yang^tse dut cruellement se faire sentir
dans la région nankinoise, à en juger par le régime hydrogra-
phique de la contrée.
§ m.
K»IEN-LONG (1736-1796) VISITE NANKIN.
A la 3* lune de 1751, nous trouvons à Nankin l'empereur
K'ien-long |Ê Bl ; il y avait suivi sa mère, originaire de Soi«-
tcheou (1).
Avec elle, il se rend alors, comme K^ang^hi, son père, au
tombeau de Hong-ou, L'Impératrice présida un examen des
lettrés au Tchong^han chou-ynen H lll # (^, dont elle enrichit
la bibliothèque d'ouvrages imprimés pour la Cour. Elle assista
également à une grande revue militaire au Siao^yng >J% tf) le
Ohamp de Mars actuel.
Nankin revoit Tlmpératrice-mère dans ses murs en 1757
(2* lune), 1762 (3« 1.), 1765 (3* 1.). A peu près à chacun de ces
voyages, ce sont les répétitions monotones de visites au Hoang
ling, de revues au Siao-yng, d'examens au Tchong-chan chou-yuen,
de promenades en barque sur le lac Heou hou. A la dernière
date mentionnée, la Souveraine se rendit à Ling-kou se ^ ^ ^
où elle composa des vers sur les paysages de Nankin et' son
passé historique.
(1) D'après le P. Hallerstein, en 1761, la 26" année de K'ien-long^ la population
totale de la Chine montait à 198 millions. Dans le recensement qu'il cite, je trouve :
/Ngan-hoei„ 22 761 030,
I Kiang-aou , 23 161 409.
( Kiang-fd .11 006 646,
56 929 085,
pour la Lieutenance-générale de Nankin.
(Cf. Mémoirea concernant les Chinois^ IX. p. 440).
le
éà
XIX Rationals des 4 premiers degrés
XXIV Bambctia peints par Koan Yu
OF *
k
s III. k'ien-long à nankin. 24&
Les îles dû lac Heou hou étaient alors fort fréquentées par les
oisifs en quête de divertissement. Ces promenades en bateau
sont restées dans le goût chinois, surtout au sud du Yang-tse.
Tchong chan jS. llj, notre «Mont S. Michel», jouit également alors
d'une grande célébrité ; ses nombreuses pagodes et les magnifi-
ques sépultures impériales brillaient encore de toute leur splendeuré
Aujourd'hui, c'est un des points les plus sauvagement ravagés.
En 1763, à sa 3^ visite, K'ien~long examina lui-même les
candidats aux degrés littéraires. On sait que cet empereur, dilet-
tante épris de littérature et fort érudit en la matière, décora
d'élégantes inscriptions tout le Kiang-nan et Nankin, fier d'en
posséder encore plusieurs (1).
Il y revint en 1766, puis en 1781.
Venu à Nankin en 1785 (3® 1.) le vieux monarque s'acquitta
des sacrifices habituels au Hoang ling, présida les examens au
Tchong^chan chou-yuen, et dans son voyage de retour, s'arrêta à
Si-hia chan #^ S lll* ^^ site célèbre, au bord du Yang-tse, à 20
kilom. à l'est, en aval, conservait alors en bel état sa riche
pagode bouddhique et ses précieuses antiquités délabrées aujour-
d'hui. Amateur d'archéologie et d'épigraphie, il ne voulut point
sans doute laisser échapper cette occasion tardive de visiter l'un
des plus curieux centres bouddhiques de la région, vers leqtiel le
guidaient plus ses préférences de lettré que sa dévotion person-
nelle. Les chroniques nous apprennent du reste qu'il s'y était fait
construire, la 22® année de son règne (1759), un palais, fj"^, un
pied-à-terre, une sorte d'Hôtel de passage^ à l'extrémité nord de la
rue Hoa-p'ai'leou, au nord du Long-hoang miao.
Le 2 juin 1768, deux jésuites, le P. Collas ^ ^ ^ et le P.
Bourgeois £ ^ ^ firent une courte apparition dans Nankin, où
quelques chrétiens se tenaient cachés. Les Pères visitèrent sur-
tout la Tour de porcelaine. Les Mémoires concernant les Chinois
(VIII, 291, et IX, 438) nous offrent deux lettres du dernier mis-
sionnaire relatives à ce voyage. Elles dénotent, chez le voyageur
et dans le public, une singulière préoccupation au sujet de l'éten-
due et de la population de Nankin, «la plus grande ville du
monde.» La partie habitée, écrit le P. Bourgeois, ne représente
qu'une ville de trois lieues de circuit. «L'erreur vient de ce qu'on
n'a pas assez distingué la prodigieuse enceinte de Nanquin, d'avec
la partie de Nanquin habitée. A force de dire: la ville de Nanquin
a 16 lieues de circuit, on s'est accoutumé à croire que Nanquin
remplissait tout Tespace contenu entre ses murs.»
La lettre est datée de Pékin 1777.
Nankin fut une dernière fois favorisé de la visite impériale
en 1789 (3*1,). KHen^long, sept ans avant sa mort (1796), y reparut
(l) A TaHng-liang chan (1757). Tchao-t^ien-hong (1762 et 1780) et à un endroit hors
du.Han-8i men (1757) on trouve de ces stèles de KHen-long. A Koan-yn men (1751, 1757,
1762), au. Kong-yuen pas de date.
250 CH. XIII. DYN. RimANTB (xXli») DBS TA TS'iNG, 1644.
et se rendit aussi bien au Hiao ling qu'au Tchong^chan chou^^uen.
Le programme de ces visites traditionnelles ne changeait pas.
Mais les mœurs chinoises se sont modifiées. Les Empereurs
mandchous étaient, il y a cent ans, moins sédentaires, moins
obstinément, casaniers que ceux de notre époque. Quel émoi,
dans l'Empire et en Europe, si Koang^siu j( j^, le souverain ré-
gnant, annonçait soudain sa détermination de faire un pas hors
des chemins familiers de sa Capitale ! «LK^ien^long, ai-je lu, inter-
dit à ses descendants les voyages dans les provinces chinoises, à
cause des dépenses énormes qui en résultent, et qu'il avait cons-
tatées par lui-même.» Ordre trop obéi, désir trop respecté ! Les
hauts satrapes, qui maintiennent leur souverain en tutelle, veil-
lent, pour des raisons inavouables, à ce qu'il n'y soit point dérogé.
L'an 1787, mourut à T'ang-fta hang # 9|c ^i non loin de
Chang-hai, Me^ de Laimbeckhoven l6 flf tl tt lli jésuite autri-
chien, évéque titulaire de Nankin.
La capitale tombée s'efface, s'éclipse de plus en plus aux yeux
de l'historien. Elle ne conserve guère qu'une vie pâlie dans les
souvenirs historiques et littéraires de l'époque. Ainsi, le roman
Jou^lin wai-c/ie JK ^ ^ |k contient une description de notre cité
à la fin du siècle dernier, où se passent des scènes de jeux,
d'examen et de sorcellerie. Quelques ouvrages révèlent des
habitudes de luxe assez licencieux dans le Nankin d'alors (1).
(1) Nous prenons dans le N. C. D. N. du 4 sept 1896 la traduction, par M. E. H.
Parker, des lettres de K^ien-lonç (sept. 1793) à Georges III d'Angleterre, pendant que
l'ambassade de Lord Macartney se trouvait à Jehol (222 Idl. au N.E. de Pékin). Le
noble lord et sir George Staunton, l'historiographe de l'ambassade, furent admis à l'au-
dience impériale le 4 du mois cité. Dix-neuf jours après, l'Empereur fit paraître "un
ordre au roi anglais."
"So then, thou King, far away over many océans, thou hast indined thine heart
towards civilisation, and hast made a point of despatching envoys to respectfully bear a
submissive address. Crossing the seas, they hâve arrived at Court, and hâve offered their^
devout prayers for our Impérial welfore, besides submitting articles of local production,
by way of evincing thy heartfelt sinoerity. We hâve opened and perused the address, the
language of whiob is suffioiently honest and eamest to bear witness, G King, to the ge-
nuineness of thy respeotful submission, and is hereby right well commended and appro-
ved. As to the ohief and assistant envoys, bearers of the address and the tribnte, in oon-
sideration of the fatigue they hâve undergone in carrying out the duties of their distant
mission, We, in the exercise of our grâce and courtesy, hâve already commanded dur
Ministers to introduoe them to the privilège of audience ; hâve bestowed a banquet upon
them ; and bave conferred upon them repeated gratifications, in order to make manifest
our love and tenderness. As to the six hundred or more of officers and menials in charge
of the ship who bave retumed with it to ChusaUf though they bave not been to the metro-
polis, we hâve also bestowed libéral présents upon them, so that they also may bave a rich
share in our gracions kindness, and one and ail be equal récipients of our benevolence."
Having thus begun in a tone of magnificent superiority which the Emperor*s
advisers to-day would be only too glad to adopt if things had not gone badly with China
in the last half-century, the Emperor deals with the request of England tp be allowed to
hâve a résident Envoy at Peldng. "This," he says, "is quite oontrary to the poUoy of tibe
{ m. LBTTRIB PIB K^IESN^-LON^ k WOKQt^S UI, 1743. 251
Le regretté G. Imbault-Huart a donné, dans le journal de la
Soc. aaiatiq. de Chang-hai, une étude sur Yuen Tse-'ts'ai ^ ^ :f
1716-1798, «Un poëte chinois du XVIIP siècle.» On rappelle aussi
Yuen Met ^ ft, Yuen Kien-tchai ^ I9 «, ou jg H 3fc ^ ^oei-
yuen sien-cheng à cause de son célèbre jardin de Nankin.
Celestial Court, and posltively oannot be allowed." He explains that some foreigners
(missionaries) hâve been allowed to réside in Peking, in the Impérial service (the JeauiU
and other priests imparted geographical, mathematioal and astronomical knowledge), bnt
they were oonflned to the Mission Hall, and never allowed to retum to their own coon-
tries. An Bnvoy would not aooept snch terms, and his présence in Peking would be
useless "as it would be impossible to allow him to move freely to and fro, and to commu-
nioate information witb regularity." Moreover, his language^and his costume would be
incompréhensible to the people, for he could not be expected to wear Chinese clothes as
the missionaries do, and there were no quarters in Peking suitable for him. "Besides, the
coun tries of Europe are very numerous, thy kingdom not being by any means the only
one ; if ail of them were to pray, as thou dost, King, for permission to députe a man to
remain in the metropolis, how would it be possible to grant such permission to each one
of them in tum ? This matter it is most positively impossible to allow." The Emperor
then points ont that it is unneteessary as far as trade is concemed, becanse foreign traders
hâve always been treated in China with every considération ; and a man residing at
Peking would be nearly three thousand miles away from the commercial centre of Macao'
As to the suggestion that the Envoy proposed would be able to study the arts of civilisa-
tion at Peking, the Emperor points ont that "thy kingdom naturally possesses customs
and régulations ol its own, and would never be able to follow those of China ; ao that
even supposing the person really understood the knowledge thus aoquired, he would be
nnable to make any proper use of it." The Emperor adds that he does not want the
King's. présents, as there is nothing that he does not already possess, but he aooepts them
"in considération of thine honest heart and the great distance they hâve been carried,"
but the King is not to send any more, and he is to acoept with déférence the présents the
^mperor sends in retum.
A farther command deals with the preposterous request of Bngland for the opening
of more ports. China, says the Emperor, does not require any productions of outer
barbarians ; but as the tea, silk, and porcelain of China are indispensable to Europe, "We
bave in our grâce and commisération established the foreign hongs at Macao." Now
Bngland asks to be allowed to trade at Ningpo, Chusan, Tientsin, and Canton. But
there are no hongs and no interpreters at thèse ports, and the request can in no sensé be
entertained. The next request of England is to be allowed to establish a commercial
dépôt at Peking, after the manner and précèdent of Bussia. This is impossible ; " the
metropolitan city is the cynosure of the empyrean for ail parts of the world ; its étiquette
is as severely exact as its laws are of striking majesty; never bas there been such a
thing there as the establishment of mercantile hongs by foreign dependencies." Macao
is quite sufflcient for the purpose; Bussia had a temporary dépôt at one time at
Peking, but it bas since been removed to Kiaohta, and the position of Eiachta.is ana-
logous to that of Macao. Thirdlyy England aaksfor a Utile ialand in the Ckuaan group,
for. a dépôt. This is also impossible ; Chnsan has no oon veulent f acilities ; there is no
précèdent for giving away Chinese territory ; and if England got an island, every
kingdom of the outer barbarians would want one. Fourthly, England would like a
little place near Canton for a settlement, or the right of travel between Maoao and
252 GH. XIII. DYN. RÉGNANTE (XXII*) DBS TA TS^ING, 1644.
Originaire de Hang-tcheou il devint sous-préfet de LUchoei
ÎSî TfC» Chou-yang \i^ ^ etc. puis se retira à Nan-kin pour culti-
ver la poésie dans le jardin qu'il racheta et embellit, dont il fit
un nouveau jardin d'Académus, où Ton se réunissait pour lire des
poésies en buvant le vin.
Son tombeau est à la descente des 100 pas de Ou-t^ai chan.
Les fragments de lions en pierre qui restent sur ce plateau sont
peut-être des restes de ses jardins. Il avait fait promettre à ses
fils de conserver 100 ans cette propriété à laquelle il tenait tant!
Je ne résiste pas à la tentation d'emprunter à M. Huart la tradu-
ction d'un extrait de ses Essais : SiaoAs'ang-chan-fang wen-fsi ij^
j& lll ^ i ^1 où il décrit son cher jardin.
«A deux il à l'ouest du pont de la porte septentrionale de
Nanking, je trouvai le Siao-ts'ang chan )J> ^ |1|, la Colline du
Grenier. Se détachant de la montagne Ts'ingAiang chan ^\%}^
cette hauteur formait deux pics et venait mourir au pied du pont :
longue et étroite elle faisait mille zigzags. Au centre était un
étang limpide entouré de champs humides : son nom vulgaire était
Kan-ho ^ flj (Rivière sèche). Le Ts*ing-liang chan était jadis la
résidence d'été des empereurs des T'ang méridionaux (1). Du
sommet de la Colline du Grenier on aperçoit tous les lieux et sites
renommés de Nanking et de ses environs : au nord-est le Ki-ming
se Ifl^l^) Temple du chant du Coq; au sud-est le Mo-tch'eou hou
M M M^ ^^^ sans chagrins; au nord le Tchong chan j£ jlj,
Canton. This also is contrary to précèdent ; foreign trade has been very pirofitable at
Macao, and the restrictions as to travel imposed on foreigners hâve prevented disputes
with the natives, and there must be no change now. Fifthly, the English demand for
a réduction of taxation (probably on re-exports or unsold cargoes) is quite inadmissible.
In his sixth paragraph the Emperor shows that there is no necessity for a tariflf of duties,
that fixed by the Canton Hoppo being ail that is wanted ; and that it is more impossible
than anything else to allow barbarian men to preach their faith in China. "The Sacred
Emperors and Illustrions Kings of the Celestial Court hâve, ever since the création of
the world, handed down the teachings which they hâve instituted from time to time ; the
earth's millions hâve a standing guide provided for them to follow herein, and would not
venture to befool themselves with outlandish doctrines." The Emperor adds that the
Jeauits and others who are allowed to réside in Peking in the Impérial service, "are not
allowed to form connections with the people of China, or to wantonly propagate their
faith.
This summary is enough to show the tone which the Emperor of China felt him-
self able to assume towards the King of England a hundred years ago. Thèse letters
were intended, of course, to finally check foreign encroachment ; but the flood from the
West was not to be kept out by such a breàstwork of sand as this. Meantime, they are
very interesting as showing what the views of the then Emperor of China were ; views
which no doubt his présent successor still cherishes in his heart ; and we hâve to thank
Mr. Parker for making them so accessible.
(1) A l'époque des £ T\ Ou-t^ai ou cinq dynasties, les ^ ® Nan T'ang ou
T'ang méridionaux ont régné de 923 à 936 de notre ère.
s III. DESCRIPTION DU SOEI-YUEN. 253
Mont de la Cloche ; au sud le Fu-hoa t'ai M ?B ï' Terrasse des
fleurs qui tombent en forme de pluie, etc., etc. Là, au temps de
Tempereur K'ang-hi, un certain Soei pj^, directeur de la fabrique
impériale des soieries, avait élevé un pavillon sur le pic septen-
trional de la colline, avait planté autour des arbres, des arbustes,
et avait circonscrit le tout d'un mur. Tous les habitants de Nankin
venaient se promener et admirer la nature dans cet endroit : on l'ap-
pelait Soei-yuen P^' 9 ) jardin de Soei, du nom de son propriétaire.
Trente ans plus tard, lorsque je fus nommé Tche^hien à
Nankin, ce jardin était presque entièrement détruit et le pavil-
lon s'était transformé en un vulgaire cabaret où les charretiers et
les porteurs de chaises se disputaient tout le jour. Les oiseaux
ne voulaient plus résider en ce lieu, les fleurs elles-mêmes, mal-
gré les zéphyrs du printemps, se refusaient à fleurir. A cette vue
j'eus le cœur serré ; je pris ce jardin en pitié et demandai le prix
du terrain : il était de trois cents taels. Il m'en coûta un mois de
mes appointements ; je devins acquéreur du jardin que je fis incon-
tinent entourer d'un nouveau mur. Sur les hauteurs j'élevai des
pavillons : dans les bas-fonds je plaçai des kiosques entourés
d'eau ; dans les parties resserrées je fis faire des ponts ; là où
l'eau coulait, je mis un bateau ; puis je disposai des grottes ça et
là, etc., etc. En somme tout fut fait selon la disposition naturelle
du sol : d'où j'appelai ce parc Soei-yuen Hm, jardin de Soei (1).
«Lorsque le jardin fut achevé, je me dis en soupirant: — «Si
je restais fonctionnaire à. Nankin, je viendrais ici une fois par
mois; si je demeurais à Nankin, j'y viendrais tous les jours. Or,
comme cela ne peut être, je vais donner ma démission et prendre
lé jardin J^ g.» Dans la suite, je demandai un congé pour cause
de maladie, puis avec l'aide de mon frère cadet Hiang-t'ing §
Ç et de mon neveti Mei~kiun Jg ê, je transportai au Soei-yuen
ma bibliothèque j'échangeai donc ma place contre ce jardin :
on peut voir par là combien celui-ci devait être beau» (2) !
(1) Ynen-tse-ts'ai ajouta le radical ^ an caractère ùxl nom de l'ancien pro-
priétaire (PS*) et forma ainsi un nouveau mot dont le sens est "selon, avivant, suivre,*'
d'après lui; BB H signifierait donc "jardin construit suivant la disposition des lieux."
Quarante ans plus tard, Yuen découvrit dans une inscription poétique du temps des
Ming, que ce nom de ffi H était véritablement l'ancien uom du jardin du directeur
pS» Chose étrange, dit-il dans le 1$ fp ^ )S Che-koa pou-i, Supplément à ses
notes, livre I, le nom que j'avais donné au jardin était le môme que celui qu'il avait
autrefois.
(2) De Mailla XI p. 88-89. — du Halde I, 480 et seq. donnent la liste des calamités
plus remarquées.
10 sept. 1679. Tremblement de terre à Pékin. 400000 victimes.
4 janv. 1680. Incendie du palais à Pékin.
11 juin 1720. Tremblement de terre à Pékin. 1000 personnes périssent.
Incendie général du palais à Pékin.
30 nov. 1731. Tremblement de terre à Pékin.
CHAPITRE XIV.
DYNASTIE DÈS rS'/NG— GUERRE DE LOPIUM.
SI.
ÉPHÉMÉBIDBS. RELATIONS AVic lb MONDE EXTÉBIBUB.
EXPÉDITION ANGLAISE. TRAITÉ de NANKIN.
Nous abrégeons la nomenclature des menus faits dont Nankin
fut le théâtre sous les derniers règnes, pour arriver à Tépoque con-
temporaine, d'un intérêt plus immédiat aux yeux de nos lecteurs.
Voici tout d'abord quelques éphémérides, avant d'en venir à
un résumé rapide de l'expédition anglaise de 1842 contre Nankin:
140 — 86 A. C. Voyages de Tchang KVen 5§ m (envoyé de
Han Ou ti) en Bactriane etc (1).
58— 76 P. C. Les Juifs en Chine.
100 — 200, Ptolémée et Arien connaissent les Sères etc.
166, Marc-Aurèle (-$ St) envoie une ambassade, suivie de
plusieurs expéditions commerciales (Terrien de Lacouperie).
399 — 414, Fa Hien ^ Jg( voyage aux Indes (traduit par
Rémusat).
628—645, Hiuen Tchoang 3g ^ voyage ibid. (traduit par 8.
Julien).
671—695, / Tsing H ^ voyage ibid. (traduit par M. B.
Ghavannes).
750, Marché à Canton (Arabes).
850—877, Récits des Arabes Wahab et Abu-Zaid.-^Mahomé-
tans, Juifs, Chrétiens massacrés à Canfu (Hang^tcheou).
781, Érection de la stèle de Si-ngan fou par les Nestoriens
(On a lieu de croire qu'ils ont pénétré en Chine vers le
début du 6« siècle).
1245, Jean du Plan de Carpin, ambassadeur d'Innocent IV
près de Gayouk-khan, part de Lyon (16 avril 1245), arrive
à Sira-Ordo, à une demi-journée de Karakorum — Revient à
Avignon en 1247.
(1) China review 1901 p. 103. Th. Kingsmill, Han-wu-ti. Le récent ouvrage de
M. £. H. Parker "China" Londres, 1901, résume toutes ces notions aussi bien que tout ce
que nous savons à cette heure sur la Chine ancienne et moderne. Le savant et très érudit
auteur a mis là un epitome de son immense savoir. Nous tenons & l'en remercier et féli-
citer au nom de tous ceux qui s'intéressent aux choses de Chine. Cartes, tableaux et table
des matières permettent de trouver en un moment le renseignement précis dont on est
en quête. Inutile de faire remarquer que fioUB iréserrons nos appréciations sur la
question de Religion, [note de l'éditeur]
I I. âPHÂMâRIDEB. 255
1248, S* Louis, à Chypre, reçoit une ambassade des Mongols
de Perse.
1254, Guillaume de Rubruk, envoyé de S* Louis, à Karakorum,
y trouve un nombreux clergé (nestorien).
1271, Marco-Polo quitte Venise en compagnie de son père
et de son oncle, qui depuis 20 ans voyageaient en Asie —
Églises à Ho-kien fou, Yang-tcheou, Tchen^hiang, etc. —
revient en Europe en 1295.
1277, Ambassadeurs franciscains de Nicolas III à Koubilai-khan.
1289, Édit de la 26® année de Tche-yuen ^ tc, réglant le
Culte chrétien.
1292, Jean de Monte-Corvino, dominicain, établit le Catholicisme
à Khambalik.
1307, Monte-Corvino nommé archevêque, avec 7 suffragants
(frères mineurs).
1308, Monte-Corvino sacré archevêque- — Évêché fondé à Zaï-
toun (FoU'kien, TsHuen-tcheou).
1322, Odoric de Pordenone, franciscain, trouve à Yang^tcheou
(Kiang^sou) un couvent de son ordre.
1328, Mort de Monte-Corvino.
1336, Ambassade de Choen H à Benoit XII, à Avignon.
1342, Jean de Marignoli, franciscain, arrive à Pékin.
1362, Jacques de Florence, 5® évêque de Zaîtoun (Fou-kiêh),
y est massacré.
1371, François de Podio, légat à Pékin.
Avec les Mongols, décline et disparaît la Religion qu'ils
avaient favorisée (1).
. • ■» - ■ ■ —
(1) Cf. Var. sin. n<» 7. 12.
Bretschneider, Medifcval researches.
PaUadius, Traces of Christianity (Chinese Recorder 1875, p. 105).
Devéria, Notes d'Epigraphie.
H. Cordier, Odoric de Pordenone. Introduction.
E. H. Parker, China's intercourse with Europe.
Hirth. China and Eoman Orient.
Wells Williams, Middle Kingdom II p. 433 et seq.
Grande Encyclopédie. Canton, Chine (H. Cordier).
Voir aussi la longue table que donne Terrien de Laoonperie. Westefti Origin
of the early Chinese civilisation, p. 381. Il ouvre la liste par Hoang-ti arrivant de Pouest
en 2282 A. C. Puis viennent Tao en 2061, le Grand Yu en 1954; Chang Tai-mou Hf >lc
f^ en 1553; voyages de Tcheou Mou wang^ 8 3E à Eashgar en 966. — Vers 680-642»
arrivée à Ki<w-tcheoii des marchands venus de Pocéan indien.
Bn 473, fondation de Koei-ki s ^ près de Scmg-icheou: commerce avec les
navires venant de la mer Erythrée.
En 327, fondation de MoUy grand marché près de Ningpo.
Vers 325-310, fondation de Tong-yé (Fou-tcheou),
237 f Relations avec le Turkestan.
220, Arrivée de moines bouddhistes : leur mission échoue.
Nous laissons à l'aventureux auteur toute la responsabilité de ces dates et de ces
identifications.
256
CH. XIV. DYN. DBS TS'iNG— GUERRE DE L*OPIUM.
1510, Âlbuquerque parait devant Groa.
1517, Première^ Ambassade portugaise à Canton (Pires et An-
drade) — Établissements à Sancian, Ning-po, Amoy.
1543, L'Espagnol Legaspi s'empare de Manille.
1552, S^ François Xavier meurt à Sancian (2 déc).
1557, Le Portugal achète par un tribut de 500^ le droit de
rester à Macao.
1580, Mendoza, ambassadeur espagnol, emprisonné par les
mandarins, relâché à la prière des Portugais.
1583, Ricci arrive en Chine.
1596, Elisabeth d'Angleterre envoie une lettre à la Chine pour
ouvrir le commerce.
1602« Benoit Groès S.J. passe de Caboul, Yarkand, au Kan-sou.
1622, Les Hollandais attaquent Macao ; s'établissent aux
Pescadores.
1624, Fort bâti à Formose par les Hollandais.
1625, Anglais établis au Japon commercent avec Ning-po.
1634, Premiers vaisseaux anglais en Chine. Weddel prend les
forts de Bocca-Tigris.
1655, Ambassade hollandaise à Pékin (Nieu-hofT).
1657, Koxinga attaque Formose.
1660, Thé chinois en Angleterre.
1664, Seconde ambassade hollandaise à Pékin (Van Hoorn).
1684, Établissement anglais à Canton.
1689, Gerbillon conclut un traité entre la Russie et la Chine.
1690, Ambassade russe à Pékin.
1697, Compagnie française commerce à Canton.
1719, Compagnie des Indes fondée.
1722, Co-Hong.
1723, Magalhaens, revenant en Chine avec la réponse du Pape
à K^ang-hi, est mis à la tête d'une Ambassade portugaise.
Allemands à Canton.
1727, Mission russe permanente à Pékin.
1758, Dernière ambassade portugaise — Expédition suédoise
(Osbeck).
1784, Premiers Américains à Canton.
1793, Macartney, ambassadeur à Pékin (21 août).
1796, Ambassade hollandaise à Pékin (Van Braam).
1816, Lord Amherst, avec Ellis et Staunton, à Pékin (28 août).
1821, Engagement naval à Bocca-Tigris.
1834, La Compagnie (anglaise) des Indes cessant d'exister.
Lord Napier, surintendant anglais, arrive à Canton ;
meurt de tristesse à Macao.
$1. ÉPHÉMÉRIDES. 257
1839, Le Commissaire Lin Tsé-siu ^ g(] ^ saisit et détruit
20.283 caisses d'opium, qui lui sont livrées par le capi-
taine Elliot au nom de son Gouvernement.
Elliot quitte Canton et se retire à Hong^kong (août).
Combat naval à Tch'oan-pi (3 nov.).
1840, Blocus de Canton (Sir Bremer).
1841, 26 février, Bocca-Tigris pris par les Anglais.
31 mai, Canton se rachète au prix de, 6.000 000$
27 août. Prise d'Amoy (Sir Hugh Gough, Am. Parker) (1).
29 septembre, Prise de Ting-hai (Tcheou-san).
13 octobre, Ning-po est pris.
1842 (2).
Après avoir pris les forts de Tcha-p'ou '^ i|§ (7 mai), (3)
l'expédition attaque ceux de Ou-song (16-19 juin), puis remonte à
Chang-hai (19 juin) qui se rachète pour 300.000 dollars. L'expé-
dition anglaise dirigée contre cette ville était forte de 4.000 hom-
mes, sous les ordres du vice-amïral Sir William Parker; 130 canons
défendaient la rive sud du fleuve, entre Ou^song et Pao-chan.
Dans les forts de Ou-song, on s'empara de 175 pièces; à Chang-
hai on en prit 406, dont une centaine en bronze. La ville fut
rendue après 4 jours d'occupation (4).
On résolut de frapper un coup plus décisif et Sir Henry
Pottinger décida de se porter à Nankin. Le 6 juillet 1842
«une expédition composée de près de 80 voiles (15 navires
de guerre, 10 steamers, 50 transports) ayant à bord 9.000 h. de
débarquement, partit de Ou-song et remonta le Yang-tse kiang vers
Nankin» (5). 170 milles (70 lieues) séparent Ou-song de Nankin.
Après deux heures de lutte, la ville de Tchen-kiang fut
emportée (22 juillet 1842) ; elle était intrépidement défendue par
la garnison tartare (2.700 h.) que 3 colonnes attaquèrent sur 3
(1) Une escouade anglaise, envoyée à Ts'ong-ming pour y chercher des provisions,
y est maltraitée.
(2) Le 11 juillet de cette année, débarquaient à Chang-hai les PP. Gotteland (1808-
1866), Estève (1807-1848) et Brueyre (1810-1880), les trois premiers Jésuites de la nouvelle
Mission du Kiang-nan, demandés par M*» de Bési, vicaire apostoliq. du Kiang-nan.
cf. PP. BrouUion, Pfister, Colombel.
(3) Taha-p^oUf port de Hang-tcheou à 40 milles de cette ville et aussi de Ning-po.
{Ghapu, Ohofioo).
(4) Cf. MaeleUftn, The Story of Skang-hai. Shanghai 1889.
(5) Le Capitaine W. H. Hall, R. N. l'auteur de l'ouvrage «The Nemems in China,
3* édit. Londres 1846,» dit le 23 juin. Il nomme, comme faisant partie de l'escadre:
BUmde^ Belle-islCy Proserpine, ComtocUliSj Endymion^ Dido, CalUopej Ghilders,
Modeste...; le Marions parmi les transports; les steamers Phlegethùn, Médusa^ PlutOf
Nemeais, Vixen... Deux navires français s'adjoignirent bientôt à l'expédition :' VErygove
(cap. Cécile) et la Favorite (cap. Le Page).
17
25t CH. XIT. DTN. DIS T8'm»>-««&niimB DB L*OPtnif.
points difîérents (1). Les Anglais avouèrent 37 morts et 131
blessés. Refoulés par les troupes étrangères, les Mandchoux mas-
sacrèrent leurs familles et se tuèrent eux-mêmes ensuite, malgré
les efforts des vainqueurs pour les sauver. «On a estimé, dit
Sinibaldo de Mas, que sur une population mandchoue de 4.000
âmes, il n'a pas survécu plus de 500 individus; la plus grande
partie des morts avaient péri de leurs propres mains.»
Un affreux pillage suivit, honte de cette expédition; les
troupes anglaises et les contingents indiens, unis à la populace
chinoise, accomplirent des horreurs sur lesquelles il nous répu-
gnerait d'insister.
Des forces navales et une partie du corps de débarquement
furent laissées à Tchen^kiang et l'expédition poursuivit son objectif
principal : menacer Nankin (2). En conséquence, le 5 août 1842
Tescadre anglaise apparaissait devant Hia-koarij au confluent du
canal et du Yang^tse. Le général en chef, sir Hugh Gough, avait
remonté le fleuve sur le transport Marion, remorqué par le vapeur
Queen.
Les négociations s'ouvrirent sans retard (3)» Pour appuyer
les réclamations du plénipotentiaire, la Blonde bloqua le canal,
grossi des eaux de Tété, et s'embossa presque en face de la
porte de l'fong men (4) pour enfiler les batteries de la muraille,
concurremment avec le ComwalliSj resté dans le Kiang, au nord
de la colline du Lion (Che-tse chan). Un système de barrages
flottants étages fermaient en cet endroit la route aux navires; ils
étaient conçus de façon qu'ils devaient se substituer l'un à l'autre
(1) L'ouvrage du Cap. HaU décrit en détail les opérations militaires contre Tehmi-
kiang.
(2) Uhe partie de Teacadre anglaise passa, dit-on, entre Vile d*or, Kin chan s [Il
et la rive sud du Tang-ise Kiang; le grand fleuve se frayait encore (ainsi qu'au temps de
Macartney, 1792) un chenal navigable entre la rive droite et cet *'tlot," rattaché depuis
à la terre par l'alluvion.
(8) Dès le mois d'août 1841, l'amiral EUiot et le C. Elliot étaient remontés jusqu'à
l'embouchure du Pei ho et avaient ouvert des négociations aveo K^i C?ian, vice-roi du
Tche-li. D'un commun accord on décida de les reprendre à Canton, où elles n'aboutirent
pas, grftoe à l'opposition de Lin ^ et des autres mandarins.
(4) Allonij China iUuairaied (t. IV, p. 41) mentionne brièvement ce fait. AiUeurs
(vol. I. p. 74. — Vol. Il, p. 16, 32), il parle plus explicitement, mais en termes généraux,
de "Nankin, de ses tours et de ses temples."
Voir dans Wells Williams, m The nUdéUe Kingdoniy^le résumé de l'action des
Anglais le 14 août 1842. L'on faillit assister de nouveau durant l'automne de 1895, à
la reprise d'hostilités analogues, lors de la démonstration avortée de l'escadre anglaise
dans le Tang-ise kiang. La Chine céda aux temps : mais Tchang Tehe-tongt prétextant
une indisposition, refusa la visite de l'Amiral Buller, le 4 octobre. La France, le 29
juillet 1S95, avec Vlaly^ V Alger et le BeatUempa-Beaupré, ainsi que l' Allemagne au début
de juin 1896, avec le Prineess WUhehn et VlUia, prirent également une attitude mena-
çante an mouillage de Hia-ÎÊoan.
f I. LBB AK&LAtll b8TAtl¥ NÀÏIlLIN. 2S9
et remonter à la surface de Teau, quand le raddàu sUpérieUt
aurait été rompu et mis en dérive.
Le 5 août (1), les mandarins offrent d'abord 300.000 dollars,
puis le double, si les navires consentent à redescendre le Pleuve.
Naturellement, l'escadre anglaise s'y refusa, formulant avec une
ferme modération ses exigences méthodiques, sagement calculées.
Le 6, l'amiral Keppel arrive sur le Comtallis escorté de quelques
navires. Le gros de Tescadre ne rallia que le 9 août, et l'on
disposa l'artillerie à bord de façon à ouvrir la brèche, près HtV
^oan^ au cas où il deviendrait nécessaire de recourir à cette
extrémité. Sir Henry Gk)Ugh disposait de 3.400 hommes, plus
les officiers, pour réduire Nankin; mais son effectif était notable*
ment affaibli par une forte proportion dé malades.
On reconnut que, de Koan^yn men (grande enceinte), unfe
route, d'accès facile et presque sans défense, conduisait directe-
ment à T'ai'pHng men o. à d. à la ville* En conséquence, le débar»
quemènt principal du matériel et des troupes s'opéra dans ce
petit port de pèche, havre de refuge, à l'abri du rocher de
Yeri'-tse ki. La Nemesis fournit à elle seule mille hommes.
Cependant, le 10 août, les troupes de Lord Saltôun occupent
le village de Hia-'koan, sous les murs mêmes, et y débarquent
quatre obusiers, placés Sous les ordres du Colonel Montgofflerie.
Au Général Bartley était dévolu le périlleux honneur d'y com-
mander la colonne d'assaut^ pendant que la brigade de Lord
Sakoun attaquerait T'aUp'ing men et en ferait sauter la porte.
On avait ordre de se porter simultanément par Tchao^yang men,
sur la garnison mandchoue, retranchée dans la * 'ville tartare"(2).
Ce plan fut modifié dans sa première partie, car le capitaine
Pears avait, en débarquant le 10, découvert que des marécages,
alors plus qu'aujourd'hui, défendaient naturellement les abords
de I»fong men, où Ton projetait de livrer l'assaut principal.
Peu à peu les murailles de Nankin s'étaient couvertes de
tentes et garnies d'une nombreuse artillerie indigène. Sous des
abris improvisés, on avait amassé de la chaux pulvérisée pour
aveugler les assaillants. Le 11, une reconnaissance fut organisée
en personne par Sir H. Gough (lieutenant-général sous Sir Henry
Pottinger également à bord), à la suite de laquelle la brigade de
Lord Saltoun s'établit au village de « Afaftur-feeow », c. à d. à
Mai'kao kHao «S Jlb "fS entre Xoan-yn men et Chen-tch'é men (3).
(1) Capt. G. Loch, «The closiDg évente of the campaign in China.» Ne pas le
confondre avec Sir H. Lock, secrétaire privé de Lord Elgin, qni fut fait prisonnier et
emmené k Pékin avec Sir Harry Parkes et 2 Français.
(2) «The Chinese war : an account by L* John Ouchterlony. London, 1844.»
(3) Une route peu fréquentée, dont la direction générale est sensiblement orientée
nord-sud, conduit de Ten-tse ki, petit port de débarquement (Ko€m-yn men), à T*ai-j^Hnif
men. Elle emprunte au sud une partie de la large voie (sorte de remblai de chemin dé
260 GH. XIT. DTN. DBS T8*ING--*0UBRRB DB L'OPIUM.
Le 11 et le 12, la mise à terre des batteries s^exëcuta à '*Ma-tan
keang'* dit le texte anglais où nous puisons ces détails. Le 13 au
soir, un formidable parc d'artillerie se trouvait constitué à Mat-fcao
k'iao, où le régiment de Madras vint aussi le rejoindre (1).
La population des environs n'accusait aucun symptôme in-
solite de défiance, ni d'hostilité; elle semblait peu au fait des
éventualités redoutables qui se préparaient, ou bien peut-être elle
se désintéressait du conflit, dans lequel les deux gouvernements
lui paraissaient seuls acteurs en cause. Â Mai-kao k'iao pourtant,
devenu quartier-général, les habitants avaient fui en partie. Les
ouvrages cités plus haut nous décrivent ce village comme bien
différent de ce qu'il est maintenant. Il renfermait, détail invrai-
semblable aujourd'hui, des demeures d'une extrême et élégante
opulence, dont les richesses devinrent la proie des troupes qu'on
y tint consignées pendant ces quelques jours. C'est actuellement
à peine un hameau, à cheval sur la routé, non loin et au nord
de C/ien-tc/i'ë men et ne contenant au plus qu'une vingtaine de
boutiques; simple relai pour accommoder les âniers de passage.
Le programme de l'autorité militaire avait fixé au 14 août
l'attaque contre Nankin ; nous avons dit qu'elle devait avoir lieu
aux environs de T'ai-p'ing mertj près de la colline intérieure de
Long-koang chan, récemment couronnée de casemates et d'artille-
rie. Une large chaussée en remblai conduit à cette porte, dont un
pétard, une cartouche explosive, aurait aisément raison. Aux
abords s'élevaient encore quelques maisons, promettant aux
compagnies de débarquement un abri opportun, pour tirailler,
fusiller les crêtes. des murs, couvrir et appuyer une troupe qui
tenterait une pointe en avant. Mais surtout, des hauteurs très
voisines qui dominent immédiatement une étendue considérable de
l'enceinte, des pièces mises en batterie devaient foudroyer presque
sans danger le rempart, avant d'ouvrir une brèche aux assaillants,
fer) qui mène à cette porte et elle tourne bmsqnement an nord-onest, avant d'arriver à
Ko€M-yn tnen; non loin de ce coude, il se détache de la route un embranchement vers la
porte de Chen-tck^é men, par McÂ-leaa k^icto. Les Anglais avaient donc pertinemment
choisi et assuré leurs voies de communication, du fleuve aux remparts à attaquer.
(1) Il y avait en août 1842 à Nankin, 6000 Tartares et 9.000 Chinois, et l'expédition
anglaise amenait 4.500 hommes. China by Murray, II p. 496.
«En 1842, la garnison do Nankin comprenait près de 9000 Tartares armés avec
environ autant de Chinois. Des renforts arrivèrent de Tchen-kîang, après la prise de cette
ville, sans compter d'autres secours. D'après les documents chinois, le 29 juin 1847, la
flotte anglaise quitte Ou-8ong : le 29 et 30, alarme à Ts'ong-ming. Le 9 juillet, elle est à
IAing-oh€nn. Un officier chinois de la rive gauche est cassé pour avoir donné la nouvelle.
Le 10, avant-garde à Kiang-yn..., Le 13, deux vapeurs éprouvent une résistance
sérieuse à Ohunshan et sont arrêtés. Le 14, la flotte passe.» Chinese .Bepositcry, 1841;
vol XI, p. 476. V. ibid p. 512 la circulaire de Sir H. Pottinger aux sujets anglais.
s I. SIB6E DE NANKIN. 261
lancés en colonnes d'attaque. Les officiers en effet n'avaient
pas tardé à remarquer qu'à l'angle aigu de l'extrémité nord-est
de l'enceinte, des pièces qui battraient la muraille ou des troupes
qui la saperaient, ne seraient guère exposées qu'au feu d'un seul
mauvais canon, placé et servi du reste dans des conditions très
désavantageuses. Là est un des points faibles de la place; les
Impériaux, comme nous le montrerons ailleurs, devaient égale-
ment le reconnaître et en bénéficier au mois de juillet 1864.
A vrai dire, les Nankinois finissaient par s'inquiéter peu à
peu de ces préparatifs menaçants, et, tactique chinoise, ils s'in-
géniaient à gagner du temps. Tchen^kiang leur avait envoyé des
défenseurs de circonstance, exaspérés par le massacre, mais
ébranlés aussi, par le désastre, dans leur confiance en l'efficacité
de leurs ressources militaires.
D'heure en heure plus pressants, les Anglais écartaient im-
pitoyablement tout subterfuge, tout faux-fuyant et affirmaient leur
inébranlable résolution d'ouvrir le feu à la date, à la minute
fixée. Aussi, trois heures avant ce moment décisif, les hauts
mandarins ahuris firent-ils savoir à Sir Henry Pottinger qu'ils se
trouvaient nantis des pouvoirs nécessaires (point nié jusque-là),
qu'ils consentaient enfin à parlementer utilement. Le 16 août, K*i
Yng, nommé commissaire impérial le 10 avril, demanda un armis-
tice. Il vint à bord le 20 août avec son collègue «/-li-pou» (1).
Vers le milieu d'août 1842, la même semaine peut-être, dans
l'île de Formose, 197 naufragés des navires anglais Ann et
Nerbudda étaient décapités après une fort cruelle captivité. On
excusera les implacables exigences de l'expédition britannique, si
on a lu, dans le Chinese Repository de 1845 (p. 298) le «Journal»
de leur détention, tenu par M. Gully et le Capitaine Denham.
Le 24. Sir Henry Pottinger rendit la visite avec son état-major.
On lui servit à dîner dans une très ordinaire pagode (2) (Ts'ing^
hai se?) non loin du mur, au bord de la nouvelle route actuelle,
à peu près au point où elle s'engage en ville. L'escorte présente
raconta l'effarement plaisant des convives chinois quand, à la fin
du repas, ils ouïrent éclater les ' accords du God save national,
(1) "I-li-pou était pour la paix" D. C. Boulger, "A short history of China", Londres
1893. Les autres commissaires étaient K'i Yng et Nieou Kien, vice-roi des deux Kiang.
«Le 20 août, six petites canonnières amenèrent les trois commissaires, en costume fort
simple, ce dont ils s'excusèrent, prétextant qu'ils étaient trop affairés. Une troisième
visite officielle eut lieu le 26 août dans le Collège hall^ au centre de Nankin» p. 226.
(2) Il s'agit peut-être de la pagod^ rebâtie sur l'emplacement du célèbre et riche
monastère de Ts'-ing-nai-ae. Tout à côté, à l'est, s'élève encore une belle stèle (très ornée)
sur une tortue, datant de Yong-lo^ et provenant du T^ien-fei kong, temple élevé en l'hon-
neur de la déesse de la mer. Cet empereur rédigea l'inscription de la stèle, pour remercier
la déesse d'avoir protégé ses ambassadeurs (la 14* année de son règne), durant leur
voyage aux Indes.
36S GH. XIV. DTN. PSS T8'ING dUBRIiS DE L^OPIUM.
tnlevé par la musique anglaise. Quoi qu'on en écrive, la muiique
chinoise, même avec son tapage de gongs et de timbales, n'atteint
pas aux sonorités de la nôtre.
Le 26 août, le ministre plénipotentiaire, pourvu d'une bril-
lante escorte aussi, entra dans la ville par I^fong men et fut reçu
par les mandarins. Ce furent là les seuls Anglais qui, durant
toute l'expédition, pénétrèrent dans Nankin. Comme les fonction-
nalises chinois étaient frappés du bel air des montures des officiers
et des soldats, on leur offrit deux des plus beaux chevaux arabes
pour l'empereur. Les mandarins, redoutant quelque dénonciation
de corruption, aisée à formuler, déclinèrent cette offre aussi
tentante qu'imprévue.
Enfin, le 29 août, K'i Yng monta à bord du Comy/^alUs, le
24* de la 7* lune de la 22* année de Tao-^oan^f^ pour signer avec
H. Pottinger le «Traité de Nankin», qui peut se résumer en
ces termes: La Chine accordait «la cession à la G^^ Bretagne
de rUe de Hong-hong (1), Tabolition du monopole des négociants
Hongs à Canton, le paiement au gouvernement anglais d'une
indemnité de 21 millions de dollars, indépendamment des 6
millions déjà pergus devant Canton (2) ; et l'ouverture au
commerce étranger des ports d'Amoy, Fou^tcheou, Ning-^po et
C/iangr-Ziai» (3).
(1) Lire la Benue française de 1895 (p. 189) pour voir ce qu'est devenu entre des
Duine anglaises, dans l'espace d'un demi-sièele, cet îlot extorqué par le Traité de Nankin.
Si« à 9000^ du continent, dominé par un pio de 1.000»'' et couvrant 80 kilom. carrés, l'tle
4e Hianff-kia/ng ^ ^, Song-kong en cantonais, «fait plus d'un milliard d'échanges avec
l'Angleterre et ses colonies, soit les >/> * ^u commerce extérieur de la Chine, entrées et
sorties (mouvement maritime) en 1893 : 14, 350.000 tonnes (plus que Londres et Liver-
pool), ade sorte que Hong-hong est devenu, en 50 ans, d'un rocher désert, le premier port
du mondes. CJiang-hai occuperait le 9* rang. L'île renfermait alors 230.000 h. dont
10.000 européens, avec une garnison de 2.000 soldats, recevant 7. 500.000 de solde aimuelle.
Les Anglais y ont créé plus de cent écoles, coûtant 250.000 francs.
(2) Ces 6 millions avaient été exigés en compensation partielle des 20.289 caisses
d'opium, valant près de 11 millions de [dollars, que le Commissaire Lin avait contraint
les étrangers de lui remettre à Canton, en 1839, et dont il avait ordonné la destruction,
plus légitime que légale (28 mars 1839).
(3) «Invité à assister à la conclusion du Traité qui fut signé à bord du Oomwallia^
le C* Cécile remonta sur une jonque à Nanking, et fut présenté par l'amiral anglais (Sir
William Parker) aux commissaires impériaux». (Vice-amiral Jurien delà Gravière,
Voyage de la corvette la Bayonnaise dans les mers de Chine 3* édition, 1S72. Tome 1, p.
83). Bientôt la corvette la Favorite (C Page) «vint jeter l'ancre au milieu de la flotte
britannique» peu de jours après la signature du traité. Voir dans cet ouvrage l'intéressant
résumé des négociations poursuivies alors par la France (de Bosamel, de Batti-Menton,
de Lagrené...) pour conquérir aux Chinois la tolérance religieuse. Une convention pro-
▼isoire, échangée le 10 sept. 1843, prépara le Traité Lagrené, signé le 24 oct. 1844, sur la
corvette VArehimèdef à Wampoa (Canton). Cf. sur ce Traité si important pour l'évangé-
lisation de la Chine, le Chinese Becorder d'octobre 1888 et «Nankin port ouvert».
s I. TRAITE QB NANI^IN. {68
Au Bogue ^ devant Canton, on signa le 8 octobre 1842 un
traité additionnel, réglementant les droits de tonnage %, l'importa-
tion et à l'exportation.
Officiers et soldats se transformèrent, pendant deux ou trois
semaines encore, en Nemrod et touristes pour explorer le Tom-
beau des Ming, la Tour de Porcelaine et autres curiosités presque
disparues aujourd'hui.
Les Nankinois pouvaient aussi respirer; le siège par les
armées barbares leur aurait du reste été probablement moins
calamiteux que ceux que la vieille capitale avait subis si souvent
au cours de sa longue histoire. Et des jours plus sombres lui
étaient réservés encore (1).
En décembre 1842, la flotte ramena aux Indes plus de
5.000 h.; on en laissait derrière soi 4.800 à Hong-kong, à Kou^-
la,ng'S0U (près Amoy) et à Tcheou-chan. «Les pertes des Anglais,
pendant toute la durée de la guerre, s'étaient élevées à plus de
S.OOOh., morts soit de blessures, soit de maladies.» (S. du Mas,
IL p. 52) (2). •
Les Chroniques de Nankin, pas plus que les documents
étrangers, ne nous révèlent rien de marquant sur les années
suivantes. Je mentionnerai seulement l'incident du consul anglais
Alcock, bloquant le port de Chang-hai^ arrêtant avec le Chiltem
et VEspiegle, les jonques chargées de riz pour Pékin, et dépêchant
à Nankin ce dernier navire pour exiger du vice-roi la réparation
de sévices commis par des pirates contre M.M. Medhurst, Loc-
kart et Muirhead. h'Espiegle mit dix jours pour arriver à Nankin.
Le taO't'ai de Chang-hai fut cassé (mars 1848).
En 1848, les missionnaires jésuites, renouant un passé trop
lointain, avaient repris l'administration de la chrétienté nankinoise
(v. Lettres de Jersey, août 1887 p. 156 (P. Colombel).
(1) Koa-tclieou JBSL VH' au nord de Tchen-kiang, dut payer 3.000.000 de francs pour
éviter d'être occupé par l'expédition anglaise de 1842. Jurien de la Gravière. Voyage en
Chine, 3 édit. p. 72.
(3) Le D' Ernest Martin (L'opium^... p. 86) représente comme trop rapide et trop
aisément obtenue la reddition de Nankin. P. 24, un lapsus (rectifié plus loin, p. 86)
donne à tort le 29 avril, au lieu du 29 août, comme la date du traité de Nankin, ratifié
à Chang-hai le 26 juin 1843.
«Les Barbares anglais lurent apaisés à Kiang-ningui^ disent les chroniques
chinoises, à la 6* luue de 1842.
Les Chinois rougiront plus tard de cette rédaction et de quelques autres plus
compromettantes encore.
Cf. C* Elliot Bingham. «Narrative of the Expédition to China» Londres 1643 (il donne
200 pieds à la Tour de Porcelaine). Comparons le texte de l'article VI. du Traité: «The
Government of Her Britannic Majesty having been obliged to send out an expédition to
demand and obtain redress for the violent and unjust proceedings of the chinese High Au-
thorities, the Emperor of China agrées to pay the sum of 12.000.000 dollars.» Hent. p. 7.
264 CH. XIV. DYN. DBS TS'lNO OUERRB DE L*OPIUM.
S II.
A l'exemple des notices qui accompagnent les dernières
Cartes (n" XIV (districts), XV (montagnes), XVI (cours d'eau),
XVII (Nankin sous les dynasties successives, Cartes comparatives);
nous formulerons quelques remarques relatives à la Concordêince
des noms anciens et des noms nouveaux,
A. — Autant qu'on en peut conjecturer d'après les vieilles
annales du pays : 1*/ La ville de la préfecture (non la capitale
ou le palais) était sous les Han au sud de la Ts'in hoai, — 2®/ Sous
les Lou'-tch'ao, Six dynasties, elle était au nord, auprès de la
colline Fou-tcheou c/ian^ à l'ouest de T^ai-p'ing men, — 3'/ Sous les
Tch'en, les Soei et les T'ang, au N.O. de la Ts'in hoai, auprès
de Ts'in^liang chan. — 4*/ La dynastie insurrectionnelle, ou plutôt
le Royaume de Ou, et les dynasties subséquentes jusqu'aux Ming^
occupèrent les territoires au nord et au sud de la TsHn hoai,
jusqu'au Tsiu-pao chan, près Fu-Zioa t'ai et le Nan men. — 5*/ Les
Ming agrandirent la ville jusqu'aux limites énumérées plus haut. —
6®/ Enfin la dynastie actuelle, sans aucun changement notable,
en fit la capitale des provinces du ICtang-nan et du Kiang-si.
B. — ^La capitale des Lou-tch^ao (6 dynasties, cf. Carte n* VI) avait
cette étendue : ra-sc-mamen :k^^f^^ ïa porte précédant le palais,
était juste en face de la porte Siuen-yang men ^^ f^, à un peu
plus d'un kilomètre. A 3 kilom. plus au sud et tout droit, on rencon-
trait Tchou-tsio men ^ ^ p^, porte, non pas de la ville, mais du
faubourg, ou plutôt de la rue impériale, sur la Ts^in hoai, au
nord de Tchou-tsio hang :^^^^ qui se trouvait probablement au
nord-est du pont actuel de Tchen^-hoai k'iao. La porte de Siuen-
yang men était au pont de la rue 7chong-fc/ieng kiai r^ J£^, La
porte de Ta-se-ma men dut être au nord de cet endroit, tout
auprès, à l'ouest de la grande rue qui, vers l'est, arrive au Si-hoa
men d'aujourd'hui.
Ping-tch' ang men ZjS ^ f^, la porte nord, au delà du palais,
a dû s'ouvrir au sud de la rue actuelle Tch'eng^hien kiai JS^ g ^;
le petit ruisseau Tchen-tchou ho ^ J^ \pf coulait dans l'enceinte
du palais.
La partie nord du Si-che-pa-wei M + A î& ^**** 1* partie nord
de la capitale Pé-tch'eng ; la partie est de la capitale Tong-tch'eng
se trouvait là où, sous les Song, était le camp SiAieou yng ^^ §,
et aussi le Tribunal de la sous-préfecture Chang-yuen hien.^ La
iepart ouest de la ville Si-tch'eng allait jusqu'au nord de l'École
militaire, Ou-hio, établie sous les Ming.
C. — Le palais des Nan T'ang s'ouvrait au sud vers le pont
actuel Nei'kHao (celui où commence réellement la partie septen-
trionale de la rue du Nan men); il avait à l'ouest le pont actuel
^^^
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1^
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( ^^ * J
$ II. IDENTIFICATIONS. 265
Cheng-p'ing kHao ^ ^ >t6» ^ ^^^^ le pont actuel Tanche ft*iao ^
ïfl ;^ et au nord le pont actuel SUhong k'iao H ËC IÉ* Le pied-
à-terre de l'Empereur, son hôtel de passage sous les Song, était
ce palais même des Nan T'ang. La grande rue du Nan men,
du Nei k'iao ft 1^ (au nord) au Tchen-hoai k'iao i||fïl|î6 (a« sud)
correspond à la «rue impériale» Yu-kiai ^ ^ de cette dynastie.
La rue de la préfecture Tan^yang-kiun-tch'eng (cf. carte
n** III) était dans l'angle actuel des murailles au sud-est ; à l'est
de TsiU'pao men (Nan men), au sud du pont Li-c/ié ft'iao ^ ^ f^
(près le T'ong-tsi men) au sud-est de Tan-yang^kiun-tch'eng
J^ I^ 85 ^1 s'étendait sous les Tsin, la petite ville de Wang-han
ou-tch'eng ï'â'Sél- ^.^ sud-est de la première, et au sud-ouest
de la dernière, se trouvait jadis la préfecture Yang^tcheou i^ )i{,
D.^-Sous le royaume de Tch'ou ^, la ville bien modeste de
Kin-ling i ^ ^ â (^^- carte I) s'abritait sous les contreforts de
Ts'ing-liang chan au pied de C/ie-t'eou tch^eng. Au nord de cette
ville, se groupait sous les T^ang le bourg muré de Han Hoang
Ou'tch'eng |?;[^HiÈ (c^- carte VI), et un peu au sud-est d'icelui,
on voyait sous les Soei, la ville de Tsiang-tcheou tch^eng ^ ^
^ (cf. carte VII) ; Yé-tch^eng était à Test de cette ville. C'est
aujourd'hui Tch'ao-t'ien Kong (cf.carte I). Si-tcheou tch'eng "gf j^
j^ (cf. carte V) et la butte qui l'avoisine au nord étaient à l'ouest
de là, au pont actuel de Si-tcheou kHao ; sous les T'ang elle
possédait la préfecture du Chang-yuen hien,
E. — Au nord du pont Hia-feou k'iao If ^ |jg, c. à d. auprès
de «la porte d'eau» (sous les murs) de Choei'Si~m.en c/ioei-feoan^ on
remarquait le kiosque Chang-sin tHng jlt ijl^ ^i à l'ouest duquel
s'élevait celui du Tché-Heou tHng ^>|^ $• En dehors de cette
porte d'eau, ou vanne, l'île de Pé^lou tcheou ^ ^ ^commença
à apparaître sous le royaume de Ou (époque des trois Royaumes
San-'kouo) et elle s'accrut jusqu'au temps des Ming, Elle s'allonge
aujourd'hui jusqu'à Hia-koan,
Dans cette île on voit la pagode de P^ou^hoei se ^ ^ ^ où
se trouvait la maison de campagne du célèbre et jovial poète Li
T'ai-pè, villa qui s'appelait Li Pé isieou-leou 4^|â.t5>HI' Cette sorte
de '• vide-bouteille" avoisinait le Mo-tch'eou hou ^^^ actuel. La
villa Cheng-yuen ko #7C^ ^**lt ^i" sud de la portion des murailles
du midi, un peu plus élevées là qu'ailleurs; un peu au nord de ce
Cheng-'yuen ko on place le Fong-hoang t'ai, M. S 2 actuel; puis,
un peu à l'ouest, la pagode Kien^tch'ou se ^ ^ ^; enfin, à l'ouest
de cette pagode, se trouvait le village encore existant de Hing-hoa
ts'uen ^ ^ ff .
F. — En dehors de la porte Tsiu~pao men est le hameau de
Tch'ang^kan-li -^ nP M- Yué~tch^eng j^ ^ exista jadis à l'est de
ce bourg (cf. Carte I), et un peu plus au sud s'éleva la ville de
Mo-ling /iien|^^J|| (cf. Carte II). Kouo-men (cf. Carte VI) était
au sud-est de cette ville. Entre la porte de Tcheng^yang men
266 CH. XIT. DTN. 0S8 TS'lKO^i-aUSRIiS DE l'oPIUM .
et celle de T'ong'-ttd men, sous les Lou^teh'HO (6 dynasties), oçi
voyait la ville de Ou-tch'eng % ^ (cf. Carte VI). A Test du pont
T^'-tchong k'iao ^^Mk on avait élevé le kiosque Tong^yé t'ing ^
]jg 4^. A Touest de la rue Tch'ang^ngan kiai :g^^i s'étendait le
palais des Song (une des 6 Dynasties), appelé Song Yong-ngan Hong
5|c ^ ^ ^* Au nord, il rejoignait le palais Kin-hoa hong ^ H ^•
Au nord du palais des Six Dynasties, là où se trouve le
collège de la préfecture, on avait ménagé une place au Jardin
impérial, Yuen^ou, à Tépoque de ces Lou-tch'ao. Le jardin
Chang^lin yuen Jl ék^ devait être à Touest du petit camp militaire
Siao-ftiao tch'ang >J^ jp^ ^ (Tsing-ling yuen Hf ^ |E est au nord
de la ville impériale, intra muros). Le jardin Lo^yeou yuen |j|
Ig |g a dû être au Tsiang^Vai jf| jK ^^ Siao^yn actuel, sorte de
blockhaus où le Général en chef fait flotter son pavillon quand il
préside les exercices militaires et les concours pour la licence.
Au sud-ouest de la pagode Tsiang^wang mtao (1) était la résidence
Chang^piao koan |Sl Sfi tll) ^^ nord-ouest de laquelle fut le
Ts'in^ts'an kong jK S ^, palais où l'Impératrice en personne se
livrait aux travaux ayant trait à la soie.
Ces renseignements topographiques sont puisés dans divers
ouvrages indigènes.
Avant de clore ce chapitre, je suggérerai quelques remarques
sur la Carte |^ intitulée Cours d'eau.
La TsHng'k% après sa jonction avec la Ts^in hoai près du
T'ong^tsi men, coule ensuite vers Touest, contourne au midi le
rc/i'ao-fien hong, et se décharge finalement dans la TsHn hoai^
auprès et au sud du Han-si men, à «la porte d'eau» caractérisée
par une arcade surbaissée, qui surmonte une porte (murée). Les
plans chinois exagèrent l'importance de ce cours d'eau
La TsHn hoai coule en ville à partir du T'ong^tsi men,
auprès du Kong'-yuen (Local des Examens civils), décrit une
énorme courbe, bombée vers le Nan men, parvient à la «porte
d'eau» aChoei'Si men Choei^koany>, au sud et auprès du Choei^si
men. Le large canal bordant la muraille au sud, à Touest et
au sud-ouest, est coté : fossés; mais le plan indigène restreint
trop la largeur de ces douves canalisées.
Le lac Yuen^ou jjc ^ (Heou hou), au nord du Pé-^ki ko, se
décharge par deux émissaires. — 1^, au sud-est par la Ts^ng^U'i,
sous la muraille, près de T'ai-p'ing men (comme aujourd'hui) ; le
ruisseau sinueux qu'on y rencontre est probablement le reste de la
coupure à ciel ouvert qui existait avant l'exécution du remblai
formé pour asseoir cette porte, sous Hong-ou. C'est le relief du sol
(1) Cette pagode Ttiang-wang miao est au bord de la route de T^ai-p^ing men, à
une demi-heure au nord de cette porte, hors ville, en face du JSi-t^ai (kiosque à comédie)
qui avoislne la sépulture de Li Wen-tchong, sur les pentes ouest du Mont S. Miohel,
Te^ng Ati«n.
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268 CH. XIV. DYN. DBS TS^INO GUBRRB DB l'OPIUM.
qui est en somme le plus sûr guide à suivre pour ces restitutions. —
2*) A Touest, du Pé-ki ko à Che^tse chan (Hia^koan), le lac se
déchargeait vraisemblablement, nous l'avons dit, par un canal
longeant extérieurement les murailles, et passant devant les
portes de Chen^tch/é men 1$ 5Gf P?> Kin-tch'oan men ^ }\\ f^ et
SiaO'tong men >I> HC P^^ c. à d. par ce qui servait de fossés sous
les Ming^ fossés dont les fragments, interrompus sont utilisés
aujourd'hui pour des rizières. Sur ce point, la carte est d'une
inexactitude monstrueuse en fait de proportions relatives (le Pé^ki
ko est en plein est de l-fong men)
Dans le bassin du Han-si men, ou d'un point un peu plus à
l'ouest de cette porte, c. à d. devant 1-hôpital américain (Philan-
der Smith mémorial hospital) un court affluent de la Ts'ing-kH
dévale des pentes sud de Ou-t*ai chan Ji^ lli- Nous avons suggéré
ailleurs que ce cours d'eau oblitéré pourrait être jalonné ou à
peu près par le ponceau (1) resté sur la rue du Han-si men k la
Mission Catholique, par le maigre ruisseau fuyant entre les
établissements protestants groupés autour de l'hôpital susnommé,
enfin par le pont que franchit l'avenue dallée menant du Han-si
men au Temple de Confucius.
Sur notre carte du Nankin actuel, on reconnaîtra aisément le
Hou'long ho ^ f| {iiT, unissant la Ts'ing-k'i (à l'est de Ki-long
chan) aux anciens fossés canalisés, passant par Pé-men k'iao, et
la base nord de Ou-rai-chan.
Sur cette carte ^, on ne relève aucun indice de commu-
nication entre Ts'ing-liang-chan et ces fossés. Aujourd'hui l'eau
se fraie péniblement un passage vers le canal extérieur auprès
du ts'e-t'ang (temple funéraire) et du P'aiAeou des icFilles et femmes
vertueuses» aux bords de l'étang (Siao-si hou), orné d'un îlot
portant un kiosque, par derrière le ts'e-t'ang (2) du vice-roi Chen
Pao-tcheng. Par là, le ruisseau-fossé Kan-ho-yen ^^fj^ déverse
son trop-plein dans le canal du Han-si men.
(1) Le lac Heou hou est bordé au sud, depuis T^ai-pHng men jusqu'au Pé-ki ko*
d'un remblai, contournant les buttes, pourvu d'un haut quai en pierres, qui soutient les
tL-rres et sur lequel s'étage la muraille proprement dite.
Le vice -roi Lou St IK iR (1849) aurait voulu creuser un canal de décharge du
Heou-Ju)u débordé au Kiang,pour débarrasser la région de Koan-ynmen de son excès d'eau,
le peuple s'y opposa, ce serait gâter le fong-clioei. De même, Nankin serait perdu si l'on
rouvrait les portes, condamnées. Ce fut Mei Pé-yen >|Ç fB B qui écrivit une longue
lettre au vice-roi pour lui exposer les dangers d'une si téméraire entreprise. Il préconisait
l'emploi des norias! Pé-hia-souo-yen K. 9. p. 9 — 11.
(2) Ce Ts^e-t^ang est précédé d'un p^ai-fang dressé récemment à la mémoire des
vierges, jeunes filles, femmes mariées et veuves du Chang-yuen Men, qui ont donné des
exemples de vertu jugée héroïque : dévouement, continence, chasteté, désintéressement
ou même suicide ! Le Kiang-nivg hien, Pautre sous-préfecture urbaine, a ses monuments
analogues dans le fort de Yu-hoa t^ai.
s II. COURS d'eau. 269
Le Yun^tou ho ^ ff[ ^ est suffisamment indiqué en ville
au sud-est du Tch'a.o-Vien kong : plusieurs ponts le traversent
aujourd'hui.
Remarquer le tracé du ruisseau (très exagéré sur le plan
chinois) longeant la route de Siao-ng an-té men et descendant
du sud au faubourg extérieur du Nan men. Il existe encore et
se trouvait jadis dans le voisinage d'opulentes et vastes pagodes.
La carte figure encore un ruisselet, sans importance, débou-
chant du sud, hors ville, auprès de l'arsenal (1).
Les fossés de Tchao-yang men à Hong-ou men sont nettement
tracés.
Item le cours d'eau venant de l'étang extérieur du Yen^tsio
hou (près du Hoang-lin), entrant en ville par le bel ouvrage
hydraulique voisin de Sié Kong toen |^ ^ i^ et longeant le mur
est de la ville impériale jusqu'aux cinq ponts bombés en dos
d'âne (2)^ au point marqué Yu ho au sud du palais des Ming.
Les canaux sillonnant la plaine de Kiang^tong men n'offrent
aucune particularité saillante.
Avec ces remarques, nous voulons clore ici brusquement
notre premier fascicule. Le prochain aura pour principal objet le
récit détaillé des vicissitudes de Nankin, occupé onze ans par
liV Insurrection T'ai-p'ingn ^ ^. .
(1) Cette mAme carte XVI présente au sud-ouest de Kiang-fnng men :
Ifia-sinho T Sf (Pf
Tchong-sin //o •f* ï^f ÎRT
Chaiig-sin /?o Jl jfT |R|
Ce dernier est communément appelé Chavg ho.
Hia-koan, village en aval, par opposition à Chavg-konn qui existe, moins connu,
en amont.
(2) Les Chinois disent en effet beaucoup plus poétiquement : (des cinq ponts
en forme de dragons» aOu-long hHaoy). Ailleurs est le pont «en dos de chameau» Lovo-
t^ouo kHao.
S70
LES 40 VUE$ DE KIN-LING.W
1* ft lijt Tchong c/ian; au N.E. de la préfecture. Jadis, plus
de 70 pagodes. Tombeau des Ming (Tse-kin ehan).
2. ÇMW» Che'^tch'eng kHao; 2 li O. de la préf. Sous les 3
Royaumes, le Kiang qui passait là, faisait de ;^ m
^J Ghe-t^eou chan une place importante ; c'est le
pont proche de Han-si men.
3. ^'^[I], NieoU'Cheou chan; 30 {t sud de la ville; appelé
jadis NieoU't^eou (|g) chan,
^' ÙHM^ Pé'lou tcheou; 8 H S.O. de la préfect. ; célébrée
par les vers de ^ -jls;^ ^ hi T^ai-pé; 15 li de tour.
5. 3f EP llj, T'ien-yn chan; Sceau du Ciel: 40 li S. de la ville ;
1.160 pieds de haut; 27 li de tour. Sa forme carrée
l'a fait appeler aussi jjf [[j Fang chan.
6. H ^ lli. Che-tse chan; 20 li O. de la préfect. ; haute de 360
pieds; 5 li de tour; au midi, Pagode des bambous
violets H^ tl* ^ f«$ fê* Construite par le bonze gg
^ Tchoan Yu.
7. S.SLS' Fong-hoang t'ai; 2 li S.O. de la préfect. Chantée
par ^ Ê ^* P^' On y voit la stèle |è :t^ ^.
8. ^iS JSSS, Mo-tch'eou hou; en dehors de la porte H lU PI {^^
iK 19 P^) ^^^^ ^^^ ^^^ ^ celui d'une courtisane.
9. ^ ;jj ;g|, Tch'é'Che ki; 2 li est en dehors du Nan men. Lieu
de réunion des barques. But de promenade en été,
rendu agréable par les saules qui le couvrent.
10. m ^ ^1 Sié-kong toen; 5 li ouest de la préfect. Le poète
Li T'at-pë a chanté ses alentours. Au printemps et
en automne, on y vient respirer Tair frais de la nuit.
Là se trouve le monastère ^ J| ^ Yong-k'ing se,
sur le |g ^iï î^.
11. j^SliSi Lo-sing kang ; 9 li N.O. de la préfect., appelée j^
^i^ Lo-sing toen. D'autres collines à 30 li O. et à
50 II S.O. de la ville portent aussi ce dernier nom.
12. tlll llj, Ki-long chan; 7 li N.O. de la préfect.; appelée
ainsi de sa forme.
13. jlS S lli» Si'hia chan; 50 li N.E. de la ville. Beaucoup d'her-
bes médicinales capables d'aider (^) la vie ; de là
son autre nom de ^ [Ij. Habitée sous les >S; ]||
par ^ fg^ |g Ming Seng^chao dont la demeure fut
ensuite convertie en un monastère célèbre.
(1) Tirées des chroniques de Nankin J^l f^ ÎL m JS ^^'
271
^^' M ^ S- Yu'hosi t'ai; 3 H de la préfeCt. ; eti dehors de la
porte m 30f P^ TsiU'pao men. C'est là que sous
^ ^ Ou ti fondateur des Liang, le bonze Yun
Koang ^ ^ expliquant les livres sacrés obtint du
Ciel une pluie de fleurs; de là, le nom de cette
terrasse.
15. :H^ @^- Pé-ki ko. Avait autrefois 10 pagodes. Dans le creux
qui sépare cette colline de celle de Ki-long chan, se
trouveraient les tombes de quatre Emp. de -g Tsin,
16. iK -^ 9, Fen-tse ki; au N. de la ville, en dehors de |g -^f^
Koan-yn men. Magnifique vue sur le Kiang.
17. -g^H, Tch'ang^kan-li; au S. de la ville, en dehors de la
porte TsiU'-pao men^ auprès de Fu-hoa t'ai, hors du
Nan men. Endroit très fréquenté.
18. â j$}||, Ta-moT'ong; à côté de;|^jj|^ ilj Mo^fou-chan. Sous
Ou ti des Liang, Ta-mo j^ j||, venu d'occident,
se serait arrêté là en traversant le Kiang.
19- H ^ S"» San-sou-yen ; à 20 H N. de la Préfect., près ifia-
Aoan, hors de I^fong men, dans Tenceinte du mo-
nastère ^ j^ ^ Tsing-hai se. Sous les Jjç, ^ jj^
35[ ayant défait l'armée des ^ à ^ ;jj, revint à
Nan-king et mouilla trois nuits auprès de ce rocher;
d'où lui est venu son nom.
20. ^îS^i TsHng^liang se; sur l'emplacement de l'antique JjJ
M M Che-Veou tch'eng.
21; ^ JSB) Heou hou. Lac en dehors de la porte >fc ^ P^ T'ai-
p'ing men; 40 ii de tour.
22. j^ ^ ^, Tao-yé tou. Ce bac, ainsi appelé du nom d'une con-
cubine àe ^ ^ ;^ et placé à l'embouchure de la
Ts'in hoai, fut ensuite remplacé par un pont.
23. :^ l^fti Village auprès de Fong-hoang t'ai; lieu de prome-
nade très fréquenté.
24- îê ift' Yè'tch'eng; à 2 ti O. de la Préfecture. C'est là que
le roi de Ou ^ avait établi une fonderie d'épées.
Sous la dynastie présente, on y voit le monastère
Taoïste ]||J 55 §, aujourd'hui de Confucius.
25. ^;lï lU, Mo-fou chan; à 20 h N.O. de la Préfect. Quand
7C S& des ^ passa le Kiang, c'est là que le roi de Ou
^ dressa ses tentes. Appelée aujourd'hui 5 ^ llj.
26. Tjjif^lf^, Chen-lo koan; en dehors de JE ^ P^, à 3 ti. Non
loin^ se trouvent les anciens autels (^ jg) des
grands sacrifices (;^ jjE) des Ming.
27. ]K ^ ijg^, Hien-hoa yng ; au sud-est de 4=- #•
28. ^ ^, TsHng-kH; Canal ouvert par les ^ Ou; communi-
que après neuf détours (3^ ^) avec le J|g ^ Tch'ao-
keou ; sert de décharge au lac Heou hou.
29.
«1*8*.
30.
M lU.
31.
32.
ÈîLm:
33.
««#,
34.
mmm^
272
YeoU'Sise; Pagode à TO. de 4^ •g' [Ij Nieou-cheou
chan.
Tong chan ou j^ jlj T'ou chan; k 30 li S.E. de la
Préfecture.
Tch'ang k'iao; à 2 h* S.E. de la Préfecture.
Long-kiang koan ; au S.O. de la ville, hors de
l'fong men.
Ling^kou se, au S.E. de Tchong chan : pagode bâtie
sous les Ç (voir la monographie).
Ki'tché tch'e; à 35 li S.E. de la Préfecture; la mon-
tagne a 500 pieds de haut et 40 li de tour. C'est là
que sous les Song le bonze Lieou Song jflj 5tc expli-
quant le Fa-/ioa king (^4^fi|)i apparut une source
qui devint célèbre par son efficacité pour ceux qui
y venaient prier (jjjf W ^ S) î ^^ P®" ^" ^^^^ ^^
Chang-fang men,
3'^' JE ÎB» Hou-Vong; à 40 h* S.E. de la Préfect. Insignifiant,
simple trou.
36- ^8IP T^» Fongf-tsi se; à 45 h N.E. de la Préfect. La grotte
est tout près du village de Koan-yn men.
^^- J& ^ ^î Kia-chan se; à 3 /i hors de Cheng-tch^é rfien.
38. !^ ]§Ç.^, T^ien^kiai se; sous Hong-hou, transporté en dehors
de Tsiu~pao men...
39. li fH, rs'in Hoai; à 3 ii S.E. de Chang-yuen hien. (Voir
monographie).
*0- ^ >® ^ï Pao-ngen t'a. En dehors do Tsiu-pao inen ^/f.^
Tour de porcelaine.
273
LISTE DES EVEQUES
ET VICAIRES APOSTOLIQUES DE NANKIN,
D'APRÈS LE P. PPISTBR, S.J.
(continuée).
ii(<#Cot
1) I&NAGE CoTTOLENDi, Français, des Missions Étrangères. Ëvêque
de Métellopolis, vie. apost. de Nankin, Pékin, Ghan-
tong, Chansi, Chensi, Honan, Corée, Tartarie. Mort
en 1662, en route pour la Chine.
2) Grég. 'Lopez (m), Dominicain chinois. Évêque de Basilée,
vie. apost de Nankin, avec administration de Pékin,
Chantong,. Chansi, Chensi, Honan, Corée. Nommé en
1674, consacré en 1685, mort à Nankin en 1692.
3) J.Fr. deLeonissa (^), Franciscain. Évêque d'Argolis, provicaire
de M^ Lopez et son successeur désigné.
4) Alex. Ciceri S.J. (jU), Milanais, premier évêque titulaire,
consacré le 5 février 1696 (à Macao), arrivé à Nankin
la même année, mort vers 1704.
5) Ant. DE SiLVA S.J. (^), Portugais, nommé évêque de Nankin
en 1707 par M&^ de Tournon, il donna bientôt sa dé-
mission.
6) Emm. DE Jesu-Maria, Portugais, Carme ou Franciscain, nommé
évêque de Nankin en 1723.
7) Eugène de Trigueiros, 7® évêque de Nankin, vers 1738, réside
à Macao.
8) Fr. de Ste. Rose de Viterbe ( j^), des Frèires Mineurs. Nommé
évêque en 1742, consacré à Lisbonne en 1744. Entré
dans son diocèse en 1746. Mort le 2 mars 1750 à
Zang-zo.'
9) G-X. DE Laimbeckhoven S.J. (fg), né à Vienne. Nommé évêque
de Nankin le 15 mai 1752, consacré à Macao le 22
juillet 1755. De 1757 à 1780 administrateur du diocèse
de Pékin. Mort à T'ang-ka-hang en 1787, enterré à
Tsang-tseu,
Nathanael Burger, O.M. nommé coadjuteur avec future
succession en 1779, mourut en 1783, avant Tarrivée
des Bulles.
10) EusBBE GoMEz DE SiLVA. Portugais, nommé le 14 juillet 1789,
mourut à Goa en 1790 avant d'avoir pris possession
de son siège.
18
274 LISTE DES ÊVÈQUBS.
•
11) Alex, de Goutba, Portugais, du tiers-ordre de S. Françoiff.
Évéque de Pékin en 1780, administrateur du diocèse
de Nankin en 1790. Mort en 1808.
12) Gajetan Pires-Pereira (J|t), Lazariste portugais. Nommé évéque
de Nankin le 20 août 1804, mort en 1838, administra-
teur du diocèse de Pékin depuis la mort de M^ de
Gouvea.
13) Louis de Besi (]§), de Vérone. Évéque de Canope en 1840,
consacré au Chansi le 14 mars 1841 et nommé admi-
nistrateur du diocèse de Nankin la même année. Mort
en 1871 en Europe.
14) Fr. Maresca (jg), Napolitain, de la Sainte-Famille. Évéque
en 1847, administrateur apostolique en 1849, mort à
Naples en 1855.
15) Gblestin Spelta (^), Piémontais, des Mineurs réformés.
Évéque de Thespies, consacré coadjuteur avec droit
de succession le 11 septembre 1848, administrateur
apostolique en 1855, transféré au Houpé en 1856,
visiteur apostolique de la Mission de Chine en 1860.
Mort au Houpé en sept. 1862.
16) Andrâ Borgniet, S.J. (if). Provic. apost. le 2 avril 1856,
évoque de Bérisse, Vicaire apostolique de Nankin,
consacré le 20 juin 1859, mort au Tcheli le 31 juillet
1862.
17) Adrien Languillat, S.J. (^). Nommé le 20 mai 1856, évéque
de Sergiopolis et vie. apost. du Tcheli S.E., consacré
le 22 mars 1857, transféré au vicariat de Nankin le 6
septembre 1864, arrivé à Changhai le 22 mars 1865,
mort à Zi-ka-wei le 29 novembre 1878.
18) Valentin Garnier, S.J. (|^). Nommé le 21 janvier 1879, évoque
de Titopolis et vie. apost. de Nankin, consacré le 27.
avril 1879, mort le 14 août 1898.
19) J.-B. Simon, S.J. (j|||). Nommé le 24 janvier 1899, évéque de
Circesium, consacré le 25 juin 1899, mort le 10 août
1899.
20) P. Paris S.J. (^). Nommé le 19 avril 1900, évéque de
Silando. consacré le 11 novembre 1900.
NOTICES ÉPIGRAPHIQUES.
175
(1)
SCEAU DE KOAN YU
Ph. I. et p. 41.
Les deux caractères superposés et entourés de dragons au
haut de la tablette (^ ^) indiqueraient que Tinscription a été
composée par un empereur. Cependant il n'en est rien. Tout au
plus peut-on dire que la stèle a été érigée conformément au désir
de K'ienAong qui avait recommandé de garder précieusement «le
sceau de Koan Fu». Cf. le texte de K'ien-Jongf, p. 41 en note.
Les six caractères du sceau Hari Cheou-Ving heou tche yn
sont répétés deux fois: en haut, sur la ligne horizontale, puis,
au-dessous, en deux colonnes verticales.
L'inscription proprement dite, œuvre de Ou Kong'*tch'$n, se
compose de deux parties, placées de chaque côté du sceau; celle
de gauche donne l'histoire et celle de droite est une poésie rimée
en phrases de huit caractères, appelée tsan fjj^. En voici le texte
et la traduction :
m fsim, ± 1^ t it
^n fê mn mm
^^m+ BiJ A il ^
mtMB m^^^
m Jr m is^NïSH
mm fumai*
(1) Les frotti-calques que noue donnons et expliquons ici font partie d'une
ooUection réunie par le P. Mathias Tchang, S. J. qui compte publier prochainement
son oataloguB,
276 NOTICES ÉPIGRAPHIQUES.
La destinée du Ciel et de la Terre a été secondée par vous,
ô héros ! C'est pourquoi on vous a donné le trésor du royaume
(sceau, symbole de règne) ; et grâce à vous, TÉtat est redevenu
prospère. Vos travaux ont ouvert le jade de King ^ (aujour-
d'hui King-'tcheou fou au Hou-pé, alors occupé par Yuen Tchou,
puis reconquis par Koan Yu pour le compte de Lieou Pei), Votre
colère a terrifié la cour de l'usurpateur {Ts'ao wei f ^).
Le règne fini, le brigand (T&'ao Wei) reparut terrible : le
sceau fut caché et Thomme (Koan Yu) divinisé. La terre est
fertilisée : un esprit sait la protéger de son souffle puissant. Les
nuages s'arrêtent, c'est Tépoque sainte ! Le sceau reparaît ! La
mer se calme et le Fleuve (jaune) est tranquille!
La 3* année de Hong-tche (1490), le 18 de la 10« lune, en
creusant un canal à Yang-tcheou, on a trouvé ce sceau en jade.
Y compris l'anneau du haut, il pèse deux livres et quatre onces.
On y lit les six caractères ^^^ ^ i, Çfi «sceau du marquis
de Cheou^t'ing des Han», en lignes horizontales et verticales.
Ou Kong^tch'en, de Tchen-kiang, a resffectueusement com-
posé cette inscription.
Au-dessous de l'inscription, se voit le sceau de l'auteur de
l'image, Ho&ng Hoei,
STÈLE DES HAN À LI-OHOEL
Ph. XXI et p. 33.
La stèle est haute de 1 mètre 40 cent. — L'inscription a 16
lignes, chacune de 27 caractères. — Au bas de la stèle, à droite,
sont écrits sur trois rangées les noms des lettrés qui ont con-
tribué à son élévation.
Traduction.
L'an 387 de la dynastie des Han... (181 après J.-C.) (carac-
tères effacés) jusque... (carac. effacés) furent gravés sur cette
stèle les mérites de Pan-kHen. Voici l'éloge.
P'an^k'ien (note 2) (surnommé Yuen-tcho), sous-préfet de
LUyang (Li-choei) était né au royaume de Tch'en (aujourd'hui
Tch'en-tcheou-fou |$ ji{ )^ au Honan), dans la sous-préfecture
Tch^ang-pHug (aujourd'hui SUhoa-hien |î ^J|^, dans le T'chen-
tcheon^fou). Il descendait de P'an-tch'ong, grand ministre du
royaume de Tch'ou (Cf. ^ ||. P'an-tchong y est cité comme "j^^au
STÈLE DES HAN X LI-CHOEI. ' 277
lieu de :jfc jÇ. H doit y avoir erreur). — Doué d'un talent extraor-
dinaire (note 3), orné des dons célestes, dès son enfance il se
livra à l'étude avec diligencç, il apprit les livres classiques, et il
reçut comme en héritage et commenta le Che-king et le I-king,
dont il approfondit les arcanes profonds. Il parcourut aussi les
autres auteurs.
Tous le proclamaient Témule des anciens sages (note 4).
Homme aux vastes vues, et d'une conduite supérieure à celle du
vulgaire, il sut oublier ses intérêts pour le bien commun; il
n'entra en charge que pour aider Tempereur. Dans sa sous-préfec-
ture, poste déjà assez important, sa fermeté toute guerrière se
révéla, ses sentiments de haine contre les méchants se dévoilèrent.
Aux mauvaises mœurs, il déclara une guerre à outrance
(note 5). Dans les causes criminelles, il poursuivit les princi-
paux coupables. Transféré à la sous -préfecture de K'iU'-ngo (au-
jourd'hui Tan^yang^-hien dans le Tchen~kiang~fou, au Kiang-sou),
il fit saisir et mettre à mort les criminels coupables d'infamie;
ce qui mit fin au brigandage et fut pour les bons un sujet de
joie (note 6). Il imita l'intégrité de Kou-'tchou; il eut la pureté
de Kong-i, L'œil fixé sur la probité de ses subalternes, au
nombre desquels il n'admettait point les superfluités (note 7),
il sut par sa fermeté les rendre intègres et réservés (note 8).
Il implanta dans les mœurs les vertus d'humanité et de justice;
il fit renaître les traces de (deux caract. effacés). Ses réformes
s'étendirent jusqu'à Ki-tcheou (au Chen-si)] et les effets de sa cha-
rité jusque... (car. effacés, probablement Li-yang) (note 9). Ami
dévoué des sages il promut les cœurs droits et se défît des
dépravés. Son gouvernement respirait la douceur, sa personne
et sa conduite l'amabilité. Dans les prisons, pas une plainte ac-
cusatrice; à la campagne, pas un reproche ni une douleur poi-
gnante (note 10). Père des orphelins, soutien des vieillards, il
sut aussi récompenser (par des monuments) la piété filiale et
la chasteté.
A ses yeux la justice était tout, l'intérêt rien. Sa juridiction
s'étendait sur 600 familles, mais il n'exigea aucune des corvées
légitimes; sans y être forcé, on les accomplissait de plein gré.
Le peuple était dans la joie, tandis que les petits mandarins ne
perdaient rien de leurs attributions effectives. Aussi à peine les
étrangers eurent-ils entendu le bruit de sa renommée, que, dési-
reux de s'attacher à lui (comme l'ombre à son objet), ils voulu-
rent recevoir de lui une habitation (s'établir près de lui?) [^ ^ :
M^ J^). A leur arrivée, il leur prodigua ses soins. A son ser-
vice, on restait trois ans. Il leur enseigna la saine doctrine
(comme dans les Pan-kong); il remit en rigueur les cérémonies
tombées en désuétude (note 11). C'est lui qui fit bâtir l'école
publique, centre de perfection et attrait pour la vertu.
C'était le calme; c'était la paix. Les cibles furent tendues
278 N0TIC18 ftPiailAPRIQUBB.
(note 12), les vases de eaorifloes exposés, et
les flôohes volèrent, dirigées vers le but.
La joie était peinte sur les figures, mais
pleine de retenue. Cloches et chaloophones
se suspendirent (pour la témoigner).
Alors fut composée la pièce (rimée) qui
suit (note 13) :
L'auguste empereur, plein de miséricor-
de, répand ses faveurs sur le peuple. Il nous
donna maître P'an, pour administrer LU
yàng. Lettré distingué, guerrier courageux,
P'an protégea le faible et sut résister au
puissant. Il brisa Tarrogance, exila Tiniqui-
té, fit briller la fidélité. Il consulta dans ses
doutes les vieillards vénérables, et s'entou-
rant de sages, il en fit ses amis. Il éleva
une école pour la jeunesse, qu'il travailla
sans cesse à polir et à cultiver. Oh ! sage
envoyé par le ciel, présage de la gloire pro-
chaine des //an! Chang et Tan {Chang, i. e.
Ghe-chsLUg-fOH t^ IjSi ^^\ Tan, i. e. Tcheou-^
kong Tan JQ ^ £) furent donnés à Tanti-
quité; et lui, il fut donné à notre époque.
Puissent cette tortue et ces brins d'à-
chillée (note 14) le faire arriver à la dignité
de san^teang (note 15)1 puisse dans des siè-
cles sanâ fin se perpétuer sa race (note 16)!
puissent toutes les nations célébrer ses louan-
ges (note 17), et tous ses descendants se
couvrir de gloire î
(Signé) Tchao Hhin, surnommé Man^
pé, sous-préfet de Tche, dans le royaume
de P'éi (dans le Fong-yang-fou au Ngan-hoei,
à 45 li 8.-0. de Sou-tcheou î| fi\).
Ki Tong^ping, surnommé Kong-fang, premier vice sous-préfet
de Ho'-nei (dans le HoeUking^-fou, Ho-^nan, au S. -0. de la ville
Ou-fc/ie*/iîen) .
Tch^eng Yang, surnommé Hiao^soei, second vice sous-préfet
de Nan^tch'ang (dépendance de Yu^tchang, aujourd'hui iVan-
tc/i'angf-/ifen dans le Nan-tchang^fou, au Kiang^si).
Noms des futurs mandarins (aspirants) :
Yang Hoei, secrétaire du tribunal des revenus.
Lei TsieoUj secrétaire du sénat.
Mei Koex, secrétaire du sénat.
Ho ? , notaire du tribunal des revenus.
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STÈLE DBS HAN k LI-CHOEI. 279
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m M"^ M m ± & Â m^m m ^ m M B.
Heou-'tsoUj sous-secrétaire.
Ou Tch'âOj grand secrétaire.
Ou Hiun^ candidat secrétaire.
Ou Siang, ,, ,,
Che KHeoUj ,, ,,
Stèle (note 18) érigée au jour Ki-yeou, le 21 de la 10** lune,
dont le premier jour fut Ki-tcheou, la 4® année Koang-houo (181
après J.-C.)
280 , NOTES ÉPIGRAPHIQUBS.
NOTES SUR LA STÈLE DES HAN À LI-CHOEL
Dans le Kin^che^ts'oeUpien ^ ^ $ fl|« ^î^^^ ^'^i nous
trouvons plus de onze auteurs qui ont étudié cette stèle. En Tétat
actuel, la stèle est vraiment peu lisible ; mais avec Taide du Lt-
che ^ i|p, du C/ie-'wen de Chan /^î IP || jf^ $f du Kin^hiaiMn--
iawfif ^ fl 3# 3^» d^ Fen-fc/ieou-chan-jen siu-feao ^ jH| |Ii A
m j^, du Ki-che wen-tee-Ai ^ Ç 3SC ? lEi ^^ Kin-che-lou pou
^ ;^ ^ ^, du KiaO'koan^pei k'ao de Wang K'i £ # ^ "^ 9^
^, du Kin^che ts'uen ^ Ç ^« du Liang-Han kin-che ki de
Wong Fang-kang ^'tfMWm^^^^ ^" rsHuen-yen^t'ang
fein-c/ie-wen pa-wei {^'B'f^&^iï^K^) et du Cheou-t'ang
hin-^che pa ^ ^ ^ Ç Ki nous avons tenté une restitution moins
incomplète que les précédentes. Celle du Li-che ^^sl de grands
mérites. Pourtant le frottis que Hong King^pé s'est procuré n'est
pas si parfait que celui d'autres auteurs, qui, dans la suite, par
diverses voies, ont obtenu des frottis excellents. Tout ancien
qu'il est, il a pu se tromper aussi. Il y a d'ailleurs des erreurs
évidentes dans le Li-che ^ j^. Par ex : g JJ ^ ^ Q il JH. Com-
ment expliquer ce passage? n'est-il pas bien obscur? Le Liang^
Han kin-che^ki affirme qu'il faut lire S^^ï&||;2^Jt, et
nous le préférons aussi.
Nous avons dressé une liste des 23 caractères ancienne forme :
esprit.
union de cœur.
pour jyf chen
^ kH
^Ij tchan couper.
^ chan bon.
Jt iiCou{'-ichouj nom d'un royaume,
gg kié pureté.
§è tche eau serpentante, superflue.
^ fou en.
^ hien sage.
i& t'ai reculer.
ye
hiong
^ tche
^ nien
han
^ heou
^pien
campagne.
poitrine.
reprocher, frapper.
année.
espèce de renard.
cible en toile de 10 pieds de côté.
corbeille en bambou, vase de sacrifice
dans lequel on met des fruits,
exposer.
peuple aux cheveux noirs,
afin que.
grand.
STÈLE DES HAN k LI-CHOEI. 281
pour H long administrer.
,, ^ fang maison.
Notes.
1. Oe caractère |^ lei, en soi et d'ordinaire, signifie éloge
funèbre : ici, non, par exception, suivant l'explication du Ts'ieri'-
yen-t^ang ftin-c/ie-wen pa-wei ^©f^^^jJ^J^M' ®* ^®^^®
du Cheou't'ang kin-che pat ^ ^ ^ yj^ ^'
Voici ce qu'ils disent : «D'après le Che-wen ^ 35^ (explica-
tion des caractères), H, ,^ 4; M ?!l S V flï É iâl 4 ^^^ si-
gnifie combler, en comblant de louanges on raconte les mérites,
et les vertus des anciens (ancêtres, défunts). A l'origine le |^
n'était qu'une oraison funèbre ; ici le peuple appela du nom de
lei 1^ la louange adressée à son sous-préfet. Sans doute ce fut
encore une narration des vertus de P'an K'ien, mais ce ne fut
plus dans le sens primitif.» Et le Cheou-Vang kin^che pa g ^
^ >5 fô représente que ce n'est pas un caractère mal choisi :
«D'après le Tcheou-li j^j H, dit-il, le t'ai-tcheou -j^ jjJJ (grand
sacrificateur chargé de lire les suppliques pendant le sacrifice)
emploie six espèces d'oraisons pour établir communication de
sentiments entre les hommes et les esprits, les proches et les
éloignés mm, ±mi^i^mj^m±y^mmm'^)- l*
sixième espèce s'appelle lei |^, et le commentaire ajoute immé-
diatement: i*|i||m^JS||fTjy^;t^±^^l3 4-
Toutes ces formules sont composées pour les vivants, non pour
les morts. Donc le nom de lei f^ n'est pas seulement employé
pour les morts, mais aussi pour les vivants. De plus, au sujet
de ce passage du Luen-yu : |^EIjJi^J5^±TJiifjriS^ i^ous
demandons au lecteur : Confucius était-il donc déjà mort? Non,
sans doute; à ce même endroit K'ong JL commente ainsi ce pas-
sage : «1^, j^ ^ ^; lei, c'est le nom d'une prière.» Voilà pour-
quoi, quand l'auteur de la stèle donne au récit des actes de P^^an-
k'ien le nom de lei |^, il ne commet aucune erreur, comme le
croient à tort quelques modernes peu avancés dans les études.»
2. On se demandera si cette stèle a été élevée avant ou
après la mort de P'an KHen. En effet dès le commencement de
l'inscription on trouve l'expression J^^ S'^S^H^IË^TC^-
Le monument fut-il donc élevé après la mort du sous-préfet? Non.
Lieou Pao-nan ^Ij Jf j^ dans son Han-che-li '^ /Q ^\ (règles de
l'épigraphie des f/an), au kiuen 4°, cite plus de dix stèles dans
lesquelles on trouve le caractère hoei |ç: pour ming ^ (c'est-à-
dire durant la vie de ceux à qui ou pour qui on a élevé le mo-
nument).
Voici ce que dit Lieou Pao-nan :
^ ff I? ^J (règle sur le hoei donné aux vivants) :
282 NOTBS éPiaiUPHIQDBS.
âêSEJiam^ = « M t ^ :gn s ^ fâ 1^-
Et ailleurs, dans le Pei^paLti-hoang-li i| )K Mf M par Wang
K'i-suen ï iS «. on lit : « i| ï* # jR ÎJ ;ffi ffi i JHf «1«
stèle de Keng Hiuen fut élevée au moment où Keng Hiuen était
en charge», et ^ a| ï^ f^ jjft âl ± 'g' ;2: tt «!« «^^le de Tchang
Ts'ien fut élevée après la sortie de charge de Tch&ng T^sien,»
Cependant on trouve sur la stèle de Keng Hiuen W^ :S 1^ M ^
fé 3^; et sur celle de Tchang TsHen ^ H S ? S :#• V^^**
assez de documents pour conclure que notre stèle put être élevée
du vivant de P'an K'ien.
3* ï^ S- Cf. ji. ^ ji où on lit le texte suivant : ^ j^ ftr
lU.~«lSa#.H(ftM:ê.iltt^l8l,««Sîl5*- Donc
Ileng^chan (au Hou-nan) est le nom du Nan-yo f^ ^; ici dési-
gne un grand talent.
4. ^ pour ^ : donc ^ ^ $ S- Dans le texte, le Lt-c/ie
^^, le C/ie-wen ^ ^ et beaucoup d'autres prennent ^j| pour ^;
mais Wong Fang-kang |ï ^ HB a reconnu que c'est ^, non pas
^Jl; nous le constatons aussi sur la pierre.
5. 1^ pour j^] ISÊ & -Se ^ «guerre à outrance contre les
mauvaises mœurs».
6. Ici tous les auteurs ont lu ||||^ chan «bon», hoan «joie»;
cependant, sur le frottis, ces deux caractères ne sont pas clairs;
et ils ne sont certainement pas ^ fj^^ car c/ian-hoan ne s'accorde
pas avec le texte parallèle k'eou-si ^ ,g, «les ennemis se cal-
ment»; je propose tao-cheou ^ JjJ[ «les brigands se cachent».
7. ^ pour ^: ^ ^^ M ^^i^ examine l'intégrité des subal-
ternes, et il retranche les aides inutiles».
8. Tous les auteurs ont écrit )fj JS^ ^ ^; mais un examen
attentif du frottis nous force à lire ^ JS JH ^; d'ailleurs ^ JH
jl ;^ n'a pas la structure annoncée par la phrase précédente ; il
est difficile à expliquer.
9. Ici tous les auteurs ont lu jjg g| H /^; nous trouvons
sur le frottis que ce n'est pas ]5K ^ H j^, mais ^ ^ ^ /$•••
N'est-ce pas plus facile à expliquer? n'est-ce pas aussi plus con-
forme au parallélisme avec le texte précédent ^ ^ j^C /$ i^^ iS^
10. pp ^ pour pp m; voir le m ^;- ■ IV WW SI « J5,
kiuen 5, paragr. 8. p* 4.
STÂLE DES HAN X LI«GHOEI. 283
11. Les deux caractères che-chou ^ ^ sont peu sûrs d*après
le frottis.
12. ^ ^ pour If ^. Cf. ^ j^ où on lit : ± Jil S ^ It
13. Le caractère §Jj siu est souvent écrit J^ «préface, avant-
propos»; mais ici, c'est plutôt «conclusion, post-face», par une
exception assez rare sur les stèles des if an; voir le ^ JH ^ /^
|g. Sur les autres stèles, ce serait 75 fÉ ® H? ^" ^ fÉ UC H»
ou iS H, ou ï^ ;è a If H etc..
^^' Mi 3ÎLî deux caractères difficiles à expliquer; écrits,
pensons nous, pour ^ ^ «tortue et brin d'achillée», qu'on em-
ployait pour consulter le sort. On pourrait aussi les expliquer
^ 3^ au sens de ^ ^ ou ^ ^ «sceau dont le bouton était en
forme de tortue». Dans le |f ;^ ^ fjf on lit le texte suivant :
Mm^ÛMrM'iCMB^t ±^' «Ceux qui se soumet-
taient dès le commencement, parmi les rois ou chefs du Thibet
ou de l'Asie centrale, étaient comblés d'argent, et ils recevaient
le sceau d'argent en forme de tortue».
15» ^ ^, litt. «trois bordures», un chapeau de cérémo-
nie à trois bordures, insigne du premier degré pour les comtes
et les marquis. Cf. le Han^chou dans le Yu^fou-tche j^ 5R J§
(costumes des mandarins des if an). «Le chapeau de cérémonie
tsin^hien-koan jH H ^ pour les comtes et les marquis a trois
bordures; depuis les tchong-eul-isHen-che 4" ^ ^ ^ jusqu'aux
porche "!§ i il a deux bordures; depuis le po-c/ie jusqu'aux let-
trés privés, il n'en a qu'une seule. |f| ^ M^S^ ^ ^ M^^ Zl
^ S £t T S tS i> ^ ^. S tS ± Ja T S >I^ â fZ # m
17. J5 A ^ 5i pour j5 A J3r 88.
18. Cette stèle est intitulée ^ '^ ii ^ Kiao-koan-tche^pei
«stèle du mandarin Kiao-^koan ou Hiao^koanyy . D'après le Heou-
Han chou ^ ^ ^ l'empereur Yong-'pHng ^x. ^ (58-76 ap. J.-C.)
vint à Nan-yang ^* [^ (Nan-yang fou au Ho-nan), et il visita
les Kiao-koari'-ti'tse ^'^f^^ «jeunes gens de l'école publique».
P'an K^ien était sous-préfet de Li-yang, il dirigeait en même
temps l'école publique de sa sôus-préfecture. Dans le Han-chou
Siun^lUtch^oan M ^ % H 1» on lit ^ ^ ^ HQ ^ *^ ^,
*^, Voilà 1 origine du titre de notre stèle.
284 NOTICES fiPiaRAPHIQUBS.
PETITE STÈLE DANS LE TEMPLE DE TCHOU-KO LIANG
À NANKIN PRÈS DE L'ÉTANG SIAO-SI-HOU.
Ph. XXII et p. 37.
Traduction.
Nankin, temple de Tchou-ko Ou-heou (Tchou-ko Liang, mar-
quis, du nom posthume Ou) :
Hymne pour la cérémonie de réception et d'adieu de l'esprit
(de Tchou-ko Liang), précédée d'une introduction.
^ mn^m^mmAU Wi m t.
-t m Ml m ^ i& "Km ^ g^nic
^ m ^ m m m % m w^ji ©sb^
^ m T^^n m "^ m ^ n ^^ m iê ^
i:iljfeiR*5«*«Ê«»ltSl i. "^ ^
it»#titMtPi#n. Q m '^ ^
m m.n^ M m % :k m^ *. :^ a
:6 ^ m n ^n n m #f^.i
■ ^,^ m n M ^ ^ ni^jK
Mon ancien compagnon d'examen Sié Wei-nong |p ^ JR
natif de Ts'iueri'tsmo ^ i^ (Ts'iuen-tsiao hien au Ngan-hoei)
fut chargé de l'école publique Tsuen-king chou-yuen ^ i^ ^
^, à Nankin; il fixa sa demeure à côté de l'étang Ou^long-t^an
M il ?§ (étang du dragon noir) dans le Long-p'an-li (groupe d'ha-
bitations, du nom de Dragon roulé en spirale). En face de l'étang
se trouve une colline très agréable. Interrogés sur le nom de la
colline, les vieillards du pays répondirent qu'elle s'appelait «col-
line de la descente de cheval» : d'après la tradition, le ministre
Tchou-ko Liang y était autrefois descendu de cheval, d'où son nom
de Tchou-ma-pouo U ,^ :^- Sié Wei-nong dit alors en soupirant:
«Ce ministre fut fidèle à son prince, il fut grand; et de plus ses
STELE DE TCHOU-KO LIANG k NANKIN. 285
vestiges restent encore ici; serait-ce donc convenable de ne pas
lui sacrifier au printemps et à l'automne? Ce ne serait pas non
plus la manière d'enseigner à la jeunesse la fidélité envers le
souverain et la piété filiale. Aussi moi, à qui incombe le soin des
lettrés du pays, pourrais-je en connaissance de cause ne rien faire
de ce côté?»
Il fit donc bâtir un temple. L'arrivée de Tchou-ko Liang à
Nankin, objecte-t-on, n'a aucun fondement, tant dans les chroni-
ques du pays que dans celles de sa vie.
Il reçut, il est vrai, de son roi Lieou Pei l'ordre d'aller
demander des secours militaires au roi de Ou; mais passa-t-il
alors par ici^ c'est ce qui n'est pas écrit et n'est pas sûr. Pourquoi
donc lui offrir des sacrifices?
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Je réponds : «A la vérité, les travaux de Tchou-ko Ou-heou
se sont accomplis au Se-tch'oan, et c'est là qu'on lui sacrifie;
mais ses services rendus au jeune prince en propageant la grande
loi du devoir mandarinal dans tout l'empire, jusqu'à risquer sa
propre vie, ont maintenu dans l'ordre partout et pour toujours le
cœur de l'homme : ce mérite reste-t-il confiné au Se-tch^oan, et
dans une seule époque? L'esprit de Tchou-ko Ou-heou se trouve
partout; partout donc on peut lui sacrifier. Non, vraiment, il n'est
pas nécessaire qu'il soit descendu ici de cheval, pour y avoir
droit à un sacrifice.»
Cette manière de voir de Siè Wei^nong est raisonnable.
Aussi je compose pour lui l'hymne du Dragon couché 01 H |8Cî
286 N0TI0B8 |l»iaiUPRI0UB8.
elle servira d'hymne de rëoeption et d'adieu en l'honneur de
l'esprit, et ne sera pas sans utilité pour le sacrifice.
La voici :
1. Le dragon couché (Tchou-ko Liang) est immobile : le ciel
et la terre en sont comme opprimés ; le vent souffle avec violence ;
le soleil et la lune refusent leur lumière. Gomme dans un hiver
rigoureux, les hommes portent sur leurs traits l'empreinte de la
souffrance.
2. Mais le dragon couché vient-il à s'agiter, le brouillard
de se dissiper aussitôt, et une pluie bienfaisante, tombant en
abondance, suffit à soulager les misères du peuple. Tous sont
contents, comme aux jours d'un printemps délicieux.
3. Voici une coupe de nectar parfumé, et voici quelques
fruits (lilt. quelques figues) que nous vous offrons. Pures sont
nos victimes, et odoriférantes les fleurs que nous brûlons. Les
mains (litt. les manches) levées çn l'air, nous prions en attendant
que vous daigniez venir.
4. Lorsqu'enfin le dragon arrive, un nuage empourpré lui
tient lieu d'étendard, le vent (FEsprit) lui sert d'avant-garde, et
par derrière suit la pluie (l'Esprit). Sa voix retentit terrible et
sonore : pour fouet, il prend Téclair et le tonnerre.
5. Si je n'étais pas sûr qu'il habite ici, mon cœur se rem-
plirait de chagrin. Quand le fauve et le vautour se croisaient
en chemin, quel fut le héros qui sauva le monde? qui fut le
nouveau Yu^ le nouveau Tsi?
6. Nous réclamions la présence de Chen (^ fg) et de Fou
[fijf llj 1^) : le ciel les fit descendre de la montagne Song^ pour
aider TEmpereur, et purger le pays de la peste des méchants
enracinés dans le crime. ^Dragon, lève-toi : c'est le temps;
n'enfouis plus dans la boue ton corps et tes talents.
Composé et écrit par Han Ti-yuen de Tan-Vou; gravé la
7* année de Kosing^siu (1881), le 16 de la W lune.
STÂLB DES OU. 287
8TÉLE DES OU, BRISÉE EN TROIS MORCEAUX. '
Ph. XXIII et p. 39.
Largeur : deux mètres.
Stèle d'importance calligraphique et historique. Souvent
étudiée. Outre Hou T&ong-che fij ^ 6j|î et Che Yu.:Q ^ (tous
deux des Song)^ qui ont fait graver des appendices ^ à Tinscrip-
tion, nous comptons vingt auteurs qui parlent d'elle. Cf. ^ |]j
m^mm^^, :km-u^^^ m±^Mm
iB> ï a^a ^ « ¥ a, nc itiiF s -è ::
L'auteur semble être Hoa. Ngo ^ ^ (Ministre de Suen-liao),
d'après Hiu Song |^ ^^ T'si Koang ^ ^, le Ta-ming i-tong-
tche :J^^R -^ ^ >^, Hoang Tch'ang-joei ^ ^^ ^, Tchang Pei
^ ^, Tong Yeou g ^i||, et Wang Tch'ang ;£ f^fl.
Kou Hien-ou H ^ ^y il est vrai, objecte que Hoa Ngo,
ministre honnête, ne pouvait consentir à flatter son souverain en
termes tels que sceau d'argent tombé du ciel, etc., que d'ailleurs
il cessa d'être ministre (275) un an avant l'érection de la stèle, et
qu'il ne suffît pas pour fonder cette attribution, de la mention
^ ^ v^ tong-koan-ling, titre qui peut s'appliquer à un autre
mandarin que Hoa Ngo. Mais Wang Tch'ang répond par la men-
tion faite d'un ^ Ngo {Hoa, NgOj pense-t-il), trouvé parmi d'autres
noms sur une stèle Chan-ko-chan-pei f§ ^ [Il ï$. érigée à I-hing
hien ÎÊ ^, et par cette conjecture que, même sorti de charge,
le ministre sera resté près du maître et que, prié de composer
cette inscription, il n'aura pas refusé.
L'écriture, fort admirée, par Hoang Tch'ang-joei, TsH Koang
et Wang Tch'ang. Elle est de Hoang Siang ^ ^, disent Hou
Tsong-chCj le Ta-ming i^tong-tche, Tchang hoeUhoan jg *g JJ,
Wang Tch'ang et Ts'i Koang; — de Sou Kien ^ {^, opposent
Tcheou Hoei ^ Bf et Tcheou Tsi-siuen ^ ^ ^. Voici l'éloge
qu'en fait Hoang Tch'ang^joei dans son Tong-koan yu-luen j|[ |^
^ (^ • «L'écriture de Hoang Siang est très rare. A Nankin seule-
ment on la trouve sur la stèle de THen-fa-cheng-sien pei 3Ç ^
jjflf fS& ^ (Le ciel donnant son oracle mystérieux), dont la forme
ressemble à l'ancienne ^ et à la demi^ancienne ^. Le coup de
pinceau s'y montre très vigoureux». TsH Koang dans le TsUMn-
288 NOTICES ÉPIGRAPHIQUES.
sou-tche Kl JK m ^? juge récriture de Hoang Siang vrai-
ment belle, parce qu'elle seule est mêlée des deux formes ^ et
Ht; il la placerait aussitôt après celle des tambours des Tcheou
(^ S I 5 IS 3fiC ^ Sl'-ngan fou), et quelques stèles des TsHn
H (par ex. Ili m ï|, H m ;ff ^ au Chan-iong).
Lecture. Fort pénible. 22 lignes ou colonnei^ qui conservent
respectivement 5,5,11,11,5, 13,7,14,14,13, 12,17,15,13,14, 15,
16,9,0,7, 7,5 caractères lisibles.
Abrégé. Lignes 1-5 : le ciel promet au grand Ou prospérité.
— La ligne 5 porte que ce qui précède est oracle du ciel. — Lignes
6-18 : Tempereur Suen Hao Jg 6S désigne douze officiers lettrés
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pour déchiffrer et expliquer l'oracle. — La ligne 19 est vide. —
Suivent les noms de personnages qui probablement contribuèrent
à l'érection de la stèle (1).
Traduction fragmentaire.... 3. Grand Ou, seul [? dominateur
des] dix mille pays; (l'année?) Kia-ou (264), (ou le mois Kia-ou :
7e lune d'une année telle que 277 ou 272 ou 282), un jour ping...
(1) L'infortuné Stien Hao, destiné à perdre le trône, ne reçut pas, dit-on, moins de
mille présages [aiang-joei Jf^ ^) aussi flatteurs, et en sema partout le témoignage
lapidaire.
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I
STÈLE DES OU. 289
4. Le mérite et l'humanité au milieu, moi [seul] homme,
le premier manifestant parmi les montagnes et rivières...
5. Tel est l'oracle envoyé du ciel.
6. Première année THen-sié (276 ap. J.O.), septième lune(l),
dont le premier jour fut Ki-yeou, le 14® jour j'en [siu ;^], [? on
envoya ît ^ ^^ ^ yang]
7. ou-tchong-lang-tsiang (général) marquis de Tan-yang
(Nankin), nommé [? Koang] au mont [Yen ^
8. on fît graver. Koang reconnut que c'était oracle du ciel
[Pour] Koang [? il y eut ^] plusieurs caractères qu'il ne pouvait
lire. Il ne comprit que
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9. douze caractères; c'est pourquoi, le même septième mois,
au 23® jour, on envoya [? le mandarin à son tour chargé] de re-
connaître cette extraordinaire écriture.
10. Che Kien-tchong et Tch'en Tche, natif de Koei-ki (Chao-
hing fg ^, au Tché-kiang), général tchong-lang-tsiang qui
expliquèrent encore
(1) Au sujet de ^. pour 'fc «7», cf. au >|^ 2S >fc S fm, ce texte : ^ ^
^ 10c. Et sur un tam-tam de la période Wang-mang '^ ^ (6-23 ap. J. C), cette
inscription de son poids : E S "f* ^ JT «il Pèse 57 livres».
19
290 N0TIGB8 ÊPI0RAPHIQUBS.
11. treize caractères. Tch^en Tche représentant qu'il y avait
encore des caractères inexpliqués, alors le premier jour de la
huitième lune,
12. l'empereur ^Suen-/iao^ députa le grand général, président
de la cour, marquis de Koan-nei, natif de KieoU'kiang,
13. Fei Yu, pour aller voir (l'oracle); il trouva de nouveau
[trente-] deux caractères, en tout 57. Fei Yu,
14. avec le sous-lieutenant fsi-pou-ftiao-wetj maître Kiang (?)
et d'autres officiers inférieurs de la garde impériale, Mei Fn,
15. Tchang Hien, Li Kiai, Houo [? Siun, fils de Houo Chao
5|5], Ou Tchong, le sous-préfet de Kien-i (Nankin) Hiu [? maître
(Hiu)], le vice-sous-préfet P^ou Yo (non Fan, ni Pan |}),
16. etc., en tout douze personnes, et leur suite; et tous
regardèrent de près et examinèrent attentivement... présage d'éter-
nelle prospérité pour
17. le grand Ou, Le ciel très haut décrète manifestement
(tchao [jen ^ ^]).- Les lettres du règne prospère sont claires et
brillantes; le céleste [? oracle îJj] demeure
18. sur la pierre. C'est pourquoi [? près de Fen-c/ian] on fît
graver pour durer cent mille ans.
19. ligne vide.
20. Le préfet de la bibliothèque impériale [maître X.] de
Sou'tcheou,
21. K'iaO'kong (nom d'homme? ou «ouvrier habile»?), Tchou,
de Kieàu^kiang.., du Kiang^tong.
22. Kong (sens?), Hia Heou (?) de Tong-hai {ï^tcheou-fou
^ j^, AU Chan-tong).
BAMBOUS DE KOAN YU* 291
BAMBOUS PEINTS PAR KOAK YU
d'après une gravure sur pierre a song-kiang-fou (1728).
Ph. XXIV et p. 41.
En haut à droite, on lit les cinq
caractères Koan-fou-tse cheou-pié. «Tra-
cé au pinceau par Maitre Koan.»
A gauche, notice par Wang I-jen :
L'écriture de Maitre Koan est rare.
On ne trouve de lui que ces deux bam-
bous (formant des lettres), gravés sur
pierre (d'après son tracé) à Pékin, dans
la pagode (de Koan Yu) près la porte
Tcheng-yang.
Mandarin (à Pékin), je n'ai pu, fau-
te de loisir, aller calquer cette gravure.
Mais rentré chez moi, en retraite, j'ai pu
me procurer un frottis. Je fis alors,
d'après ce modèle, dresser une stèle
près du pont Tsing^t'ou en la pagode (de
Koan Yu, à Song-kiang), afin que ce
souvenir vieux de mille ans fût propagé
jusqu'au sud-est (au Kiang-sou). C'est
vraiment un objet digne de mémoire.
Année meou-chen jr|ç ^ de Yong-
tcheng (1728), moi, Wang I-jen, grand
examinateur du Koei-tcheou, puis sous-
précepteur (du fils héritier impérial), né
en ce pays, et, surnommé Tche^chan, je
rédige cette notice.
Yang T'ien^i, graveur, né à Wan-
ling [Siuen-tch^eng hien m.^ au Ning-
kouo fou Jg |g, Ngan-hoei).
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CLOCHE DU TEMPLE DE KOAN YU À NANKIN.
Ph. XXV. et p. 43.
Pondue en 1873 par ordre de Li Hong^tchang, alors vice-roi
de Nankin.
On lit sur cette cloche quatre caractères ^ ]^ ^ ^ Ou"
miao-'yong'tchong. «Cloche musicale du temple militaire» {Koan
292 NOTICES ÉPIORAPHIQUES.
Yu est dieu de la guerre). Cf. Zottoli, Cursufi, vol. II. tabula
VIII. à droite en bas, cloche, et Couvreur, Dict. c/iin. 1890.
p. 242.
D'après le dictionnaire de K*ang~hi le caractère yong f^
veut dire «grande cloche» : elle est ainsi nommée, parce qu'elle
est plus grande que d'autres cloches musicales dont on don-
nera les photographies prises dans le temple de Weii-tch^ang
i ^ * Nankin.
N.B. De 1864 à 1873, Tcheng Kouo-fan ff g ^, Li Hong^
tchang ^ ^ ^, Ma Siii-i ,S| j|lf 5& relevèrent successivement
les anciens temples ofliciels de Nankin, avec l'aide du grand-juge
Li Hong-i ^ fj^ ^ et de l'intendant (tao-t'ai) Koei Song-kHng
STÈLE DE PIEN K*OEN
DEVANT SON TOMBEAU.
Ph. XXVI. et p. 56.
Très rugueuse, grossière. Hauteur : 1 m. 70; largeur 0.50.
Tombeau de maître Pien, natif de Tch^eng-yang grand mi-
nistre (1), le premier vice-général en chef (2), honoré, (après sa
(1) Cf. "W W W ^ ili*» où on lit que le chanychou-Hng avait rang île dignitaire
recevant mille che,\e sceau en cuivre, la ceinture noire, lo chapeau tsin-hien à deux bordures
avec toile nei-yen-tche ; et selon les cinq saisons, l'insigno drs visites à l'empereur, savoir
le jade bleu, couleur d'eaui; pension mensuelle de TiO fou ^- ('fpj ^ '^ï ^ ^ Ç*
<s ffl fp M n^ m^'Âm^ m^mm m,^ # ib JiB.is *
^ 3Eî â $' -^ ïf- "f" m/' Ailleurs sur une stèle tomb.de de Tdiou Yuen 1^
^ dressée par \yang Kien ï fè, on lit : -^ j^ l^ï # ^, "Éf ^ ^ ^•
Chang-chou-hng d'aujourd'hui et anciennement grand ministre.
(2) Cf. § W W 'B il!'- On y lit sur l'oriû^ine du titre linq-kinn taiang-kiun
ce qui suit: 4» M * ^ MM t 4>ïl '^ « 4p,|| ^ ^ ^
^ u.^' ^^%mw.^^m:i'^-^^ &^ mm m
m-n n% t^ ^M % ^ a 4».®: + ^ + ^ n,^
"^î^ 'S ^ ® -?• L'3 tchohg-ling-kiuu tisi nf,-.\inn, et-l un man.arin des JVei
(227 ap. J.-C. 205). En 199, Ts'ao Tsao W J| tlonna d'abord ce titre ^ ^ ^ ^
!Ç à Ts'ao Hieou flf ^ (fils d'un des cousins de Ts'ao Tsao). Wei Wen-tl (220-227)
le c\i^ïi%%2LQJiling-lduii-tsiing-kiun ^ !|^ tUF >S (titre que nous avons ici) et il le donna
encore au même Ts^io Hicou ^ \^ chargé des trois camps OuKiaOj Tchong-lei et Ou-wei.
XXVI stèle de Pien K'œn. pp. 56. 292,
XXVn stèle de Pao-tche kong. pp. 97, 294.
STELE DE PIEN Bl'OEN. 293
mort), des titres de che-tchong (1) (grand chef du cortège impérial)
et pHao-k'Utsiang-kiun (2).
Au commencement des Tsin, sous Om-<i (266-290), on chargea Yang Hou ^ )Iîp, général
tchoiig-kiun-tsioug-kiun t' ^ tJÇ ^, de plusieurs camps ; c'est ainsi qu'on le nom-
mait général en chef p^ î^ • Vers 307-313, on changea le ichong-kiun 'f' !5 en tchong-
lingkiun 4? h1 ® J en 322, on le changea en ^X3-Av«n tchong-heou 4t î? T* ^»
quelque temps après, on rétablit le titre Ung-kiun kH -Çî sous l'empereur Tch'eng-ti
(326-313), de nouveau on prit le titre tchong-heou 'y' 1^-» P^i», de nouveau et dé-
finitivement, celui de ling-klun pJ3 !?•
(1. Cf. W » Ji t iê- # 4»,*,* îfî fl# a S :^ f# ^f*.
*5 ii :^ 1^ fé i: ffi,^- ® i§f ^,S: f# +>^ S ±' ± M
ffi, B«J ^ H f# 4» ^ ii,iE îi f# 4» ft S.fê m^^m M^n
>P« A l'époque de Hoang-ti (2697-2597 av. J.-Ci le ministre Fong-heou avait ce titre
che-tchong ; sous la dynastie des Tcheou (1122-246 av. J.-C.) ce fut un autre titre tck^ang-
V^ ft fpî équivalant à c/<c-<c/ion<7; la dynastie des T«m (246-206 av. J.-C), qui aimait
les anciens noms, employa do nouveau ce titre che-tchong ; la dynastie des Han (206
av. J.-C. — 227 ap. J.-C.) le conserva; de même les Wei |!fe (227-265) et la
dynastie Tsin g" (265-420). Quand l'empereur sort, le second che-tchong protège la
voiture impériale, et lo premier che-tchong prend le sceau impérial; quand ils s'asseoient
tous les deux avec l'empereur, ils ne prennent pas avec eux leurs glaives ; d'autres man-
darins les suivent à cheval; quand l'oni])ereur monte sur son trône, le che-tchong à
gauche, et le san-kl-tchUing-chc ^ j^ ^ Y^ à droite guident les pas de Sa Majesté.
(2) i^ St ^ -S est un ancien titre militaire donné après la mort du man-
darin, corr. spondant à kien-wei tsiang-kiun ^ j^î W -B> titre posthume accordé
aujourd'hui aux mandarins militaires du 1" degré jE *~" pp • Cf. jR TV ^ g ^
l>-àr Hoang Fen-ki ^ 7^ ^, kiuen G^ , fol. 19.
294 NOTICES BPiaïUPHIQUBS.
STÈLE DE PAO-TCHE KONG.
Ph. XXVII et p. 97.
Hauteur : 1 mètre 70 cent.
Triple inscription.
1. En haut, quatre grands caractères ^ J: ^ ^ Tsin t'ou tche
nan «Boussole de la terre pure, c'est-à-dire du paradis boud-
dhique (sukhâvati)y>^ écrits par l'empereur K'ien-long en 1757.
2. Au-dessous :
A droite, quatre caractères en ancienne forme ^ 0| — - jiti
«un vrai sauveur du monde entier».
A gauche, les mots sanscrits ^ ^ ^ 1$t ^ Siddhârta pâla
«Bouddha protecteur» (?).
Entre deux :
Peinture de Ou Tao-tse (712-756).
Composition de Li T'ai-pé (703-763).
Écriture de Yen Tchen-k'ing (718-784).
Recopié par Chen Che^fong.
3. Enfin au bas (moitié inférieure), des deux côtés de l'image, le
Chant des heures par Pao-tche kong : Jîà^#@|+^B#^ ^^o
kong pou-sa che-eul che-ko, — écriture de Tchao Men-tHao (1253-
1322), célèbre calligraphe des Yuen; — puis le récit par Tchao Men-
Viao des circonstances de son propre travail ; enfin le récit par
le bonze Cheou-fa ^ ^ de cette troisième reproduction sous
KHen-long,
Pao-tche kong est représenté portant ses insignes : crosse,
bracelet (talisman), ciseaux et règle de tailleur, éventail.
ÉLOGE PAR LI T'AI-PK.
La lune qu'on voit dans l'eau, on ne peut la saisir. Elle n'a
pas de substance (litt. elle est sans cœur). Elle est vide, éloignée,
sans consistance. Muni de [? souliers de soie],rastre (ou Pao-kong,
qu'il représente), a ses doigts comme des ongles d'oiseau ,I^;H(1).
Par ses actions incomparables il surpasse les hommes. Il fut cou-
teau (de tailleur) pour la maison de Ts% et règle (de tailleur) pour
la dynastie des Liang; vivement se déployait sa parole, comme se
déploie et se meut l'éventail. La sainte figuro d'azur et de ver-
millon, où habite-t-elle? et où va-t-elle?
(1) D'après le Eao-scjig-tch'oan ^ f^ ^ Pao-tche kong naquit dans un nid
d'épervier; ses mains ressemblaient beaucoup îl des pattes d'oiseau.
STÂLE DB PAO-TGHB KONG. 205
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la phrase fort obscure. 9. ^ ^ M. 10. 'fiË- 11-91'
294 NOTICES iPiaïUPHIQUBS.
STÈLE DE PAO-TCIÏE KONG.
Ph. XXVII et p. 97.
Hauteur : 1 mètre 70 cent.
Triple inscription.
1. En haut, quatre grands caractères ^ J: ^ }& Tsin t'ou tche
ntin «Houssole de la terre pure, c'est-à-dire du paradis boud-
dhique (fiukhnrntt)n, écrits par Tempereur K'ieii'long en 1757.
2. Au-dessous :
A droite, quatre caractères en ancienne l'orme ^ 91 --' -fi^i
«un vrai sauveur du monde entier».
A gauche, les mots sanscrits ^ {§. ^ i|9! H Siddhârta pâla
((Bouddha protecteur» (?).
Entre deux :
Peinture de Ou Tao-tse (712-756).
(Composition de Li T'ai-pé (703-763).
Écriture de Yeii Tclien-k'iyKj (718-784).
Recopié par Chen Che-fong.
3. Enfin au bas (moitié inférieure), des deux côtés de l'image, le
Chant des heures par Pao-tche kong : 5lfS#S+^Wf^ ^^^
kong pou-sa che-eul che-ko, — écriture de Tchao Men-t'iao (1253-
1322), célèbre calligraphe des Yuen; — puis le récit par Tchao Men-
t'iao des circonstances de son propre travail ; enfin le récit par
le bonze Cheou-fa ^ f^ de cette troisième reproduction sous
K'ien-long.
Pao-tche kong est représenté portant ses insignes : crosse,
bracelet (talisman), ciseaux et règle de tailleur, éventail.
ÉLOGE PAR LI T'AI-PÉ.
La lune qu'on voit dans l'eau, on ne peut la saisir. Elle n'a
pas de substance (litt. elle est sans cœur). Elle est vide, éloignée,
sans consistance. Muni de [? souliers de soie], Tastre (ou Pao-kong,
qu'il représente), a ses doigts comme des ongles d'oiseau J^^(l).
Par ses actions incomparables il surpasse les hommes. Il fut cou-
teau (de tailleur) pour la maison de Ts'i, et règle (de tailleur) pour
la dynastie des Liang; vivement se déployait sa parole, comme se
déploie et se meut l'éventail. La sainte figure d'azur et de ver-
millon, où habite-t-elle? et où va-t-elle?
(1) D'après le Kao-seng-tch^oan ^ Th ^ Pao-tche kong naquit dans un nid
d'épervier; ses mains ressemblaient beaucoup îl des pattes d'oiseau.
STÂI'E DB PAO-TCHB KON&. 295
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Vabiantes: (Cf. p. 298). 1. S- 2. ®. 3. ^. 4. JK» mot moins juste, semble-t-il,
que^. 5. ^. 6 et 7. ^, synonyme vulgaire du fS bouddhique. 8. tHF; rend
la phrase fort obscure. 9. ^ /Jî S- 10. i|Ë. H- 91'
^96 NOTICES iPiaïUPHIQDBS.
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ob8ci^20. ®^. 21. "m- Et W sur la stèle est certainement une faute. 22- ||.
23. ^. 24. j)B. 25.^; leçmi moins ou peu poétique. 26. ^ ; moins bon que ^.
27. f!P;i|^iUeurque ^-28. Ml moins bon. 29. jÉ ; moins bon. 30. "^ ; moins
bon. 31. :M; mais une note avert^de corriger en ^. 32. ^ 3Ï; mais l'annotateur
nous avertit de lire iLv fi- 33. ^1 ; meilleur que ^. 34. f^ ^; meiUeur. 35. g[
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STÈLE DE PAO-TCHE KON&.
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RÉCIT DE TCHAO MEN-T'IEN.
Yen Lou kong jadis écrivit Téloge de Timage de Pao^tche
kong, composé par Timmortel exilé [Li T'ai-pè, surnommé ainsi
à cause du génie du poète, que sa mère, avant de concevoir, avait
vu en songe sous la forme de l'étoile T^ai-pé sing >fc Ê S ^® P^^"
cipitant dans son sein).
Lorsque les paroles furent gravées sur la stèle, Yen Lou kong
fit aussi graver de petits caractères en forme ancienne (c'est le
chant de Pao-tche kong). On estimait beaucoup cette stèle réputée
extraordinaire. Au cours des guerres civiles, la stèle fut détruite ;
il y a longtemps. Alors le bonze nommé Kio-l ^ |^ fit graver
un facsimilé, et comme les caractères du chant manquent, il me
prie de les écrire. Mais moi, incapable, comment oserais-je me
comparer avec l'ancien sage (Yen Lou kong)?
298 NOTICES ÉFiaR4PHIQUB8.
Moi Tchao Men-t'iao, natif de Ou Hing ^ ^ (aujourd'hui
Ou^tch^eng-hien du Fou^tcheou-foii au Tché^kiang, ^ fL M i^ J^
â S JR)» mandarin fong-^tche-ta-fou 3(t îê ;^ ^ (5^ degré), tsi-
hian-hio-che IK K^pl dbf disciple des trois religions (H3RI6 "?)♦
je Tai écrit avec respect.
RÉCIT DU BONZE GHEOU-FA.
Le portrait de Pao Tche kong, dans la pagode Lin-ko se,
fut peint par OuTao^tse; on le grava sur la pierre sous la dynas-
tie des T'ang. A Tépoque des Yuen (vers 1253-1322) on le grava
de nouveau. Vers 1426, la pagode Lin-ko se subit un incendie,
et la stèle fut détruite. En 1757, au printemps, l'empereur K'ien-
long arriva à Nankin pour la seconde fois. Moi, bonze, nommé
Cheou-fa, je suis allé offrir à Sa Majesté un ancien frottis.
Sa Majesté dans sa bonté m'a accordé la faveur de faire graver
un troisième facsimilé. En même temps, de son pinceau impérial,
elle a daigné tracer au haut de la stèle quatre grands caractères
Ts'in t'ou tche nan ^ J: ^ $• Vraiment ce fut un événement
important et très mémorable dans l'histoire de la littérature de
Nankin, outre l'honneur rendu au portrait de Pao Tche kong.
Moi, CheoU'fa, bonze gardien de la pagode, je fais cette no-
tice avec respect.
Le Chant des heures est une poésie bouddhique que je ne
saurais quant à présent traduire mot à mot. Je l'ai reproduit
cependant, à raison de sa brièveté et des variantes que me fournit
le Choei-yué'tchai tche-yné-lou pfC ^ jS ^ M âc de K'iu Jou-tsi
tt ^ ^ (feiuen 2) ; le texte de notre stèle se montre supérieur
dans l'ensemble. — Voici l'indication des 12 heures : Aurore.
Lever du soleil. Au déjeûner. Le soleil au signe i%. Midi. Déclin
du jour. Au goûter. Coucher du soleil. Soir. Tous reposent.
Minuit. Au chant du coq.
BRIQUE DES TSIN g ?§.
Ph. XXIX et p. 102.
Sur une tranche on lit en 9 ou 10 caractères renversés :
^Myt^^MUtBim'^) «1^"' année Yong-k'ang (300), le
20 de la 5® lune». Sur une autre tranche on lit : S: ^ ^ Et i^)
î J^ S" (^)- ^® *°^* ayant trait, semble-t-il, aux circonstances
de fabrication.
Enfin, à noter, empreintes de sapèques et de la toile qui
servit à mouler Targile.
STELE DE S0NG-KI4Na. 299
STÈLE DE SONG-KIANG EN MONGOL ET EN CHINOIS.
Ph. XXXII. et p. 155.
Cette stèle se trouve près de la porte intérieure du temple
de Confucius à Song-kiang^fou ^ ^L ]^ (Kiang-sou). Au dessous
des quatre caractères Hoang^ti tchao^chou- ^ ^ ^ ^ «décret
impérial», on distingue trois inscriptions : l'une, supérieure, en
mongol est un décret de l'empereur Yuen Tch*eng-tsong (1295-
1308) (1); celle du milieu est la traduction, et non pas, pensons-
nous, l'original, du même décret, en chinois insolite par endroits;
la troisième, en bas, est un éloge adressé à l'empereur par
Tchang Tche-han ^ ;2l ^ » préfet de Song-kiang, et par Ma Yun-
tchong ,B| ^ +, maître des lettrés de la même préfecture.
C'est par hasard que nous avons, en juillet 1899, dé-
couvert cette stèle poudreuse et presque entièrement délaissée
des amateurs de frottis, qui n'en connaissent pas la valeur.
Les Chroniques ont signalé une autre stèle mongole à Xiw-
yong ^ § (près Nankin), dans le temple de Confucius; mais le
Père Fr. Zi, prié de Taller voir, m'assure qu'elle a disparu.
DÉCRET (traduit DU CHINOIS).
Par la faveur du ciel, nous, empereur (^rc/i'ensf-fchongj, nous
informons tous les mandarins officiels indigènes ou étrangers.
La doctrine de Confucius s'ofïrant en leçon à tous les siècles
mérite d'être respectée et honorée de tous ceux qui gouvernent.
En ce qui regarde les propriétés des temples ou des écoles publi-
ques à K'iu-feou jfy J^ (Chantong), à Pékin, ainsi que dans toutes
les préfectures ou sous-préfectures de chaque province, qu'on
suive l'ordonnance de notre prédécesseur Che-tsou (1260-1295),
qui défend à tous les mandarins, et à leurs subalternes lettrés
ou militaires de descendre au temple de Confucius, de s'y assem-
bler pour procès, querelles, festins, travaux publics, et d'y dé-
poser les meubles ou autres objets mandarinaux.
Quant aux biens destinés à l'entretien des temples et des
écoles, que personne ne se les approprie, et que les produits de
ces biens soient employés pour les deux grands sacrifices de
printemps et d'automne au premier jour ting, ainsi que pour les
sacrifices de chaque nouvelle lune et pleine lune. Que les revenus
en soient réservés en outre à l'usage des maîtres d'écoles et des
lettrés pauvres révérés de tout le monde; à ceux-ci qu'on donne
(1) Monté sur le trône en 1294, , dès la 4« lune, il n'institua le nien-hao
^ 3E Yue7i-tcheng yQ j^ que Tannée suivante.
300 NOTICES 6PI6RAPHIQUES.
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tous les mois le salaire nécessaire pour les soutenir dans leur
besoin. Qu'ils soient appliqués aussi à la réparation des temples
et à renseignement des jeunes gens. Ces derniers, il faut les
instruire sérieusement, leur expliquer la doctrine, leur enseigner
des métiers, de sorte qu'ils deviennent savants. S'il s'en montre
d'éminents en vertu et en science, que les mandarins locaux
les signalent au grand juge; et que celui-ci examine si leur
réputation s'accorde avec la réalité, afin de les distinguer et
de les promouvoir. En tout cas que le grand juge de chaque
province chargé en même temps des lettrés fasse briller l'enseigne-
ment, qu'il encourage les choses de l'éducation. Des autres offi-
ciers des temples et des écoles, nul ne pourra s'opposer au grand
juge. Ainsi tout ce qui regarde les affaires des écoles, on l'exécu-
tera d'après le décret déjà donné. Si ces officiers écoles, s*ap-
puyant sur leurs titres, agissent de façon irrégulière, qu'ils
sachent que le gouvernement a ses lois déterminées pour les
punir : n'en concevront-ils pas une juste crainte? Que tout soit
fait d'après cela!
31e année Tche-yuen, 7e lune (1294).
STÈLE
DE SONG-KIANG. 301
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Éloge par Tchang Tche-han et Ma Yun-tchong. A la 4® lune
de l'année où Sa Majesté l'empereur régnant monta sur le trône
(1294), il donna immédiatement un décret en l'Honneur des lettrés
et en faveur des sciences. Ses brillantes paroles, comme fils de
soie aux reflets de diverses couleurs, comblèrent de joie tout
Tempire. Autrefois l'empereur Han Ou^ti, en la cinquième année
Kien-ou (29 ap. J.-C.) alla visiter sa grande école nationale,
et il distribua aux maîtres et aux élèves différents présents;
alors l'éducation nationale commença à fleurir. De même l'em-
pereur T'ang T'ai-tsonçf (627-650), en la sixième année Tcheng-
koan (632), agrandit les bâtiments de l'école publique nationale,
et il augmenta le nombre des bacheliers; c'est alors que
prospéra l'enseignement des lettres : car en général les hon-
neurs que les deux monarques rendirent à notre ancien Maître et
Sage, ne commencèrent qu'après cinq ou six ans de règne. Peut-
on les comparer avec noire présent empereur qui, dès le commen-
cement de son règne, se préoccupa de l'instruction à ce point?
N'est-ce pas que son gouvernement et sa sollicitude pour l'ins-
truction publique surpassèrent de beaucoup les Han et les T'ang?
302 N0TICB8 ftPIGRAPHIQUBS.
Moi, petit mandarin, voyant avec joie un si grand événe-
ment, oserai-je ne rien célébrer de Sa Majesté? C'est pourquoi
avec le maître des lettrés nommé Ma Yun^tchongj nous gravons
cet événement sur la stèle afin de perpétuer le souvenir jusqu'à
dix mille siècles. Voilà l'hommage rendu à 8a Majesté par nous
ses humbles officiers.
Moi, Tchang Tche^han et mes collègues, nous tressaillons
de joie.
3r année Tche-yuen (1294), le 15 de la 9* lune.
Tchang Tche^han, tch'aO''li'la''fou 48 3^!l I^ ^ (correspon-
dant au moderne fong^tche-ta-fou 3^ Ê :fc ^ 5" degré), préfet
de Song-kiang, avec le titre de kien k'iuen^nong che |fE Ift Jft ^
(encourageant le labourage, titre correspondant au moderne & ^
pfC fd T^ Q ^ jS)« j'écris cela au bas de la stèle avec salutation
et prostration.
Moi aussi, maître des lettrés de toute la préfecture Song"
kiang-fou, nommé Afa Yun-tchong, avec cent prostrations j'élève
cette stèle.
STÈLE DE YONG-LO. 30S
STÈLE DE YONG-LO. 1416
Ph. XXXIV. et p. 197.
A Nankin, près la pagode Tsing^hai se. Autour de la stèle
se voient encore les bases d'un kiosque qui Tabritait. Les chroni-
ques locales ne disent pas à quelle époque fut incendiée la pagode.
Ce fut sans doute lors du long séjour des T'ai-p^ing près de
Hia^koan.
ABRÉGÉ.
Stèle de la pagode de la déesse T'ien^fei, grandement clé-
mente, universellement secourable.
A. Successeur de Hong-ou, je Timite en envoyant mes am-
bassades civilisatrices.
La première d'entre elles fut surprise en mer par une tempête
(longuement décrite), et sauvée par une apparition de T'ien^fei,
B. A cette déesse je conférai les titres de hou'kouo pi-
min miao-ling tchao-yng hong-jen p'ou-tsi «protectrice du
royaume, bienfaitrice du peuple, mystérieusement puissante,
manifestement fidèle, grandement clémente, universellement se-
courable». Je lui dédiai un temple hors les murs, sur la rivière
du Dragon (ainsi nommée de Lou-long chan ^ H [1], plus tard,
colline du Lion, à Hia-koan).
C. Depuis, la déesse a favorisé les ambassades venues ici
de l'étranger, d'innombrables miracles sur mer. D'elle viennent
la paix et le bonheur de mon peuple. Je lui dois une stèle avec
ces vers :
D. «La belle âme de la fille divinisée de Mei-tcheou (1) se
promène le matin dans le jardin bleu (2), le soir dans les îles
P'ongf-lei et Yng-tcheou (3); elle relève les chancelants, elle secourt
— _ * ■ ■'
(1) Mei-tcheou ^ iHl patrie de la naissance de THen-fei; d'après le Tch^ong-
tseng cheou-cheng-ki S ^ ^ W fB) THen-fei était née d'une famille Lin ffC,
près du bord de la mer, à Mei-tcheou J§ inli dans la sous-préfecture Fou-t^ien-hien de
Hing-hoa-fon au Fou-kien {ÎM M M it È W^B M ^ M M W "W R
i, ià' Cf. p. Hoang, Tsi-choiLo tsHuen-tchen ^ ^ ^ iB^) fol. 169.
(2) Hiuen-pou £ @ «jardin bleu». D'après le Choei-king-tchou !^ ÎKB ^5
la montagne K^oen-luen ^ -^ lU a. selon la fable, trois cîmes : la première,
s'appelle Fan-t'ong 3| fl3, alias Pan-sowgr ^ ^; la seconde Hiuen-pou £ H,
alias Wen-fong ^ JSl ; la troisième, et la plus haute, Tseng-tch^eng Jg |K , alias THen-
tHng ^ ^. A » ^ «
(3) Cf. Ghe-kiy histoire de TaHn Che Hoang £,ffi^^S /Z(Çffi»oùon
lit que Siu Che f^ ïn trompa l'empereur TsHn Che Hoang en lui enseignant les faux
noms de trois îles fabuleuses dans la mer orientale, savoir : P*ong-lei ^ |jç , Fang-
tchang JJ P^ et Yng-tcheou {([ Jt| , toutes trois habitées par des immortels ^ A.
sien^en.
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304 NOTICBS ftPieRAPHIQUBS.
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les faibles et les réconforte. Appelée, elle répond à l'instant;
priée elle entend aussitôt.
Chang-ti lui confie le gouvernement des mers; elle ordonne,
et les esprits malins sont dissipés. Vent, pluie, tonnerre,
éclairs, tout est enfermé dans son sein : à elle, selon son gré, de
les lancer ou de les retenir en leur temps.
Les immenses flots, les grandes vagues deviennent calmes
et immobiles; les voyageurs traversent la mer tranquillement,
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comme s'ils se promenaient sur une plaine. Tous les peuples
étrangers, enfants du même père, à la peau tatouée, aux habits
multicolores, après avoir passé par plus de dix mille royaumes,
tous viennent me visiter. Notre déesse les protège, sa puissance
très grande et très universelle s'étend jusque-là; elle les dirige,
elle les assiste ; n'est-ce pas évident?
Voyez, déesse! votre temple si majestueux, si haut et si
grand, bâti pour vous récompenser de vos mérites. Les sacrifices
qu'on vous offre, sont purs et odorants.
20
306 N0TICI8 iPI01IAPHIQ1fBS.
Quand la déesse arrive, elle suspend à ses oreilles de beaux
pendants sonores; sur sa voiture précédée de nuages colorés qui
lui servent de bannières, elle vole rapide. Quand elle s'asseoit,
elle a pour écrans, derrière elle, des nuages, et par devant, les
brouillards. Elle monte en un instant au ciel, d'où regardant
la terre, elle bénit son peuple : celui-ci vit heureux, dans la paix
que donne la déesse. Les vagues de la mer ne se soulèvent plus;
l'univers vit en prospérité. Oh! que sa bonne renommée mira-
culeuse retentisse partout jusqu'aux milliers de siècles !
En la 14* année Yong-lo (1416), le 6 de la 4« lune.
FIN.
INDEX.
307
Abu-Zaïd 254.
A Kou-ta (O Ko-ta) P^^fl" ^^9.
Albuquerque 256.
Alains chrétiens 152. .
Alcock 263.
Aleni (J.) S.J. 215.
Alexandre VII 229.
Alexandre Sévère 47.
Allemands 228, 256.
Alligators 131.
Allom (Th.) 258.
Ama-wang (Père-Prince) ou Tse-
tcheng wang 233, 238.
Américains 256.
Amherst (Lord) 256.
Amoy 230, 240, 256, 257, 262.
Andrade 256.
André (Al.) S.J. 126.
Anglais 256, 262.
Annales de Chine 234.
Annales de Géographie 18.
Annam 71. Annamites 20.
Appiani, missionnaire lazariste
Arabes 197, 254. [247.
Arrien 254.
As'oka (A-yu-wang) 71.
Ava (royaume), ou Mien-kouo j||
g 229, 231.
Ayoh (As'oka) 71.
A-yu-wang-se Pi} W ï ^ ^^^'
B
Baber (E. Colborne) 57.
Bactriane 47, 254.
Bartley (Général) 259.
Balbi 11.
Beal (S.) 61, 67.
Benoist (M.) S.J. 217.
Benoit XII 255.
Bési (M^ de) 257.
Bingham (Elliot). 263.
Biot (Éd.) 2, 15, 48, 98, 190,
196, 2Ô4.
Birmanie (Mien-tien !H ^) 71,
229, 231.
Bocca-Tigris 256, 257.
Bodhidharma (Ta-mo ^ JÇ) 98.
Bogue 263.
Bonaparte (prince R.) 151,152.
Book of History (Chou king) 21.
Bouddhotchinga 61.
Boulger 261.
Bourgeois (Fr.) S.J. 249.
Boxeurs 224, 231.
Boyni (M.) S.J. 229.
Braam (Van) 256.
Brabandère (Père de) 185.
Bremer (Sir) 257.
Bretschneider 150,183,203.205,
215. 237, 255.
Broullion (Nie.) S.J. 257.
Brueyre (B.) S.J. 257.
Buglio (L.) S.J. 220, 221.
Buller (Amiral) 258.
Caboul 256.
Cachemir 61.
Cafres 230, 240.
Cambalu 150.
Canal Impérial 115, 116.
Canfu (Hang-tcheou IS; ^t|). 254.
Oanopus 244.
808 INDBX.
Canton JK ^ 61,153,229,256,
258, 262, 263.
Cattaneo (L.) 8.J. 211.
Cavité 211.
Cécile (Commandant) 257, 262.
Ceyian A |f 71, 197.
Chalmero (J.) 61.
Cha-mo ji^ g; 139, 153, 162.
Cha se g! ^ C. VI.
Cha tcheou ^ fH C XVI.
Cha-tcheou hiang ^ J|H|g5C.XI.
Cha-tcheou yu ^ |n| «^ C. XII.
Chan-che k'iao # tÉtt C. XVI.
Chan-hai koan lU M^ ■ 222.
Chan Hi jp H 33.
Chan-si ilj |f 21, 36, 41, 139,
152, 192, 238.
Chan-tch'oan tan ilj j|| H C. XII.
Chan-tch*oan tan kou-ti [I] J|| tt
■ffrfh G. XIII.
Chan-tong lU tR 17, 19,26, 36,
56,60,162,198,206,216,228.
Chan-yé se # H ^ 100.
Chan-yu k'eou 1^ ^ p C. X.
Chang i$ 22.
Chang-choei men ± * P? 0. IX.
155.
Chang-fang k'iao J:**BC. XII,
XVI. 244.
Chang-fang men J- * P^ C. XII.
30, 272.
Chang-feou k'iao Ji^lfC. VII,
XII.
Chang-hai _t m 18, 211, 227,
257, 261-263.
Chang ho J: îîif C. XII. 269.
Chang-i kiai ^ Hk % G. XIII.
Chang-k'o hiang 1 ^ ^ 0. XIV.
Chang-koan ± ^ 269.
Chang-lin yuen ±^mG. XVII.
83, 266.
Chang-piao koan 90, 266.
Chang- sin ho J: fr ST C. XVI.
269.
Chang-sin t'ing JJ ,g.¥ 0. XVII.
265.
Chang T'ai-meou |g Je JCÇ 255.
8|S,« 161.
(Ed.) 18, 60,
. X.
I C.
92,
60.
Siao
125.
Chang.yuen_h PC 121, 127, 133,
139, 141, 240.
Chang-yuen hiang h 5c IB C.
XIV.
Chang-yuen hien ±7C|| O.VIII.
27-29, 51, 57, 73, 81, 121.
133, 138, 159, 238, 246, 264^
268.
Chan^g-yuen hio J: pc ^ C
Chang-yuen men _h tt; P5
XII.
Chao-hing ig A 25, 65.
141, 228.
Chao-hing fou ig ^ JjJ 46,
Chao-ling se 98.
Chao-ling wang ^J^^cî
Luen 103, 105.
Chao-ou ig ^ cf. Tchou Yu-
yué 228.
Chao-yong
Chavannes
151, 152
Che-eûl tai tong 220.
Che-hingwang j^^ J cf.Tch'en
Pé-meou » fè ||[ 112.
Che-hingwang^^^ cf.Tch'en
Tao-t'an H[ ^ g(| 111.
Che-hingwang^^ j cf.Tch'en
Chou-ling p^ jR ^ 113.
Che-hoa pou-i |f fS ^ « 253
Che-hoei chan Ç Jç
Che-hou 5 ^ 57.
Che-k'ien tien 5^ |g
Che-kieou hou JjJ Q
Che kiué ;5 ^ 73.
Che K'o-fa ^ pj ^ 222, 225.
Che koan-yn se ;5 |g ^ ^ 96.
Che koei .^ {ï C. XV.
Che-koei chan'';5- j,'^- llj C. XVII.
Che Li-fang ^ ^ j^ 61.
Che-ma fang ;ff .B| iJJ 111.
Che-ma tch'ong ;& .^ ^ 111.
Che miao + JSg C. VII, XII,
XVII.
Che-ngan wang j|§ ^ 3E cf.
Siao Yao-koang 93.
Che-ou chan ;5 M |ll C. XIV.
il «25
J57.
C. XIV.
INDEX.
309
Che-san-pou tch'e-che + H SB
iW & 31.
Che-san yng + ^ ^ (Camps)
C. X.
Che-se yng + g C. X.
Che-tch'a hai + ^|| ^ 203.
Che Tcheng-tche ^ JE S. 145.
Che-tch'eng ;j5 J| 133.
Che-tch^eng fang ^B U ^ 0.
IX, XL
Che-tch'eng k'iao ^G ^^ C.
XII, XVI 270.
Che-tch'eng koan :& J$ gi 149.
Che-tch'eng koan men 5" j!$ 8|
Pg 236.
Che-tch*eng men :ff M P^ C. XII,
234. ^
Che To ifr ^ 237.
Che-tVeou 5 B^ C. I, XIV, XV
30, 44.
Che-t'eou chan Ç ® [Il 25,
150, 270.
Che-t'eou tch'eng Ç 5| j^ C.
XII, 24-30, 46, 108, et passim.
Che-tse $p ^p C. XV.
Che-tse chan p ^^ Qj C. XVI.
114, 235, 258, 270.
Che-tse kang ^:f^G. IV,114.
Che-tsi t'an jjîi ^ É 54, 161.
Che-tsong -jH: ^ des Tch'eou 132.
des Ming 182, 205.
Che Ts'ong ;& ^. 55.
Che-tsou (Yuen) :|: jl 153.
Che-tsou hoang ti "K Stt A ^
223-224.
Che-tsou Ou ti iB: jjl 1^ ^ 43.
Che-tsou Tchang ti -|H: H ^ ^
226, 227.
Che-yuen |i ^ C. VI.
Ché chan # llj C. III,XIV. 270.
Ché tch'eng :^ igR 116.
Chen che ^ J^ 84.
Chen Fa-hing gfc f^ ^ 119.
Chen-hou men j|^ ^ P^ 58, 98,
109, 112.
Chen-kao jjlf ^ 72.
Chen-ki yng jlji igl ^ C. XII.
Chen k'ing-tche ft $t ± 82,84.
Chen-kio ffc \t 213-216.
Chen-lié chan ^ M \l\ G. XII,
182, 205, 236.
Chen Lin-tse i* # ^ 67.
Chen-lo koan ii^ éfê ffl C. XII,
191, 202, 271.
Chen-long k'iué jjll^ f| H 100.
Chen-ou îf^ ^ 28, 73.
Chen-ou men jlf ^ P^ 103.
Chen Pao-lchen tk Û '>f^ 124,
242, 268.
Chen-si 1^ W 21, 34, 36, 119,
216, 232.
Chen-siao kong jjnf î? ^ 140.
Chen-sien-tchoan |l|l f|I| fi^ par
K'o Hong 103.
Chen-tch'e men jj# ^ P^ C.XII,
27,79,120,240,241,260,272.
Chen Tch'ong ^ -^ 55.
Chen-tou ^ ^ 62.
Chen-ts'iuen hiang ^ ^ ^ C.
XIV.
Chen tsong des Song jji^ ^ 42.
Chen tsong des Ming jp^ ^ 42,
211, 222, 225, 228.
Chen Wen-ki % jft; $ 93.
Chen-yen se jjjÇ || ^ 99.
Chen Yeou-tche f^fc ^^ j^ 86.
Chen Yng tfc # 49.
Chen yo-kiao yuen tfc 3^ 55 H
C. VI.
Chen Yué ^fc jg| 87.
Cheng (royaume) ^ 138.
Cheng-hien ^ g 44.
Cheng-hien men # g P^ C.IV.
Cheng-miao ^ j@ 166.
Cheng-p'ing-k^iao ^ Zp ^ C.
XII, XVI, 141, 265.
Cheng-tcheou ^ j+l 121, 127,
128, 133.
Cheng-tcheou kiun wang ^ jW
115 ï 138.
Cheng-tcheou koan tch'eng ^
#1 M M 137.
Chenir-tcheou Ta-tou tou-fou ^
310
INDU.
Cheng-tcheou tch'e ^ jt\ f^C.
VIII.
Cheng-t4é t*ang ^ M ||| 116.
Cheng-yuen ^ ^ 130.
Cheng-yuen ko 4» 7C BB 130,265.
Cheng-yuen se ^ ^ ^ C. X,
130.
Cheng-yuen tien ^ X JS 130.
Cheou-se-ting H & Sfl^ 40.
Cheou-tcheou % jHi 93, 105, 116.
Cheou-tch*oen ^ ^ 31.
Cheou-t'ing heou % t^ ^ cf.
Koan Yn 41, 172.
Oheou-wei-hien «^fi^JK 29il54.
Cheou-yang ^^ 93, 105, 116.
Choang f^ (Ts'in wang) 173.
Choang-k'iao men H :^ P^ C.
XII, 236.
Ohoei f a 5jt a 217.
Choei koan ;JC H C. XVII, 69.
Choei-si men :^ W P^ C. XL
45, 71, 100. 133, 154, 187,
270.
Choei-si-men choei-koan pf^ |f
P^ * K 265, 266.
Choei Tchang (Joei Tchang) 12.
Choei-tch'ang wang i$ ^ ^ cf.
Tchou Mé 238.
Choen ^ 26, 183.
Choen-hoa tchen i$ it ^ ^^O.
Choen-i jf H 142.
Choen-ling )R g! 132.
Choen-tche jlg ^ 101,157,221,
222, 232, 233,237, 238, 241.
Choen ti )^ ^ 153, 155, 162,
163, 255.
Choen-t'ien fou jlR 5$ ;gf 152,
195, 196, 202.
Chou ^ (province) 34.
Chou Han ^ ^ 34, 36.
Chou-king g: @ 17.
Chou tche ^ ^ Chronique de
Nankin 41.
Chou-yang ^^ ^ 252.
Chroniques de Nankin (Chou-
tche 41.
Chypre 255.
Ciceri (Mgr Al.) S.J. 244.
Clément XI 247.
Co-hong 256.
Collas (J.-P.) S.J. 23, 249.
Collège hall 261.
Colombel (A.) S.J. 18, 45, 149,
184, 214,219,221,231, 243,
257, 263.
Confucius (K*ong-fou-tse) ^ -^
23, 42, 64, 67, 78, 87, 166,
171, 184, 186, 230.
Constantin 229, 230.
Cordier (H.) 23,36,153,234,255.
Corée 71, 116, 171.
Corc^ens 20.
Cosmos 237.
Couplet (Ph.) S.J. 199, 233.
Courbet (amiral) 46.
Couvreur (S.) S.J. 13, 218.
Couyouk 152.
Coxinga (Tcheng Tche-long) 225-
231, 240.
Croix et Swastika 47, 97, 152,
166, 168, 186, 243.
D
Danishmend (Mollahs) 152.
Dante 163.
Decennial Reports (Douanes Im-
périales) 14.
Dehaisnes 216.
Delamarre 163,167-181,189-201.
Denham (Capitaine) 261.
Dennys 4.
Devéria (G.) 150, 152. 184-186,
255.
Diaz S.J. (Senior) 211.
Diaz S. J. (Junior) Yang Ma-no
215, 217.
Dioclétien 47.
Djengiskhan 150, 181.
Doolittle (J.) 90.
INBIX.
311
Du Halde S.J. 2, 41, 92, 101,
105, 106, 108, 112, 115, 136,
137, 140, 145, 150, 173, 180,
193, 221, 222, 226, 240, 245,
253.
E
Edkins (J.) 13,14,105,118,197.
Eleuthes 232.
Elgin (Lord) 259.
Elisabeth d'Angleterre 256.
EUiot (Amiral) 258.
Elliot (Capitaine) 257-258.
Ellis 256.
Espagnols 241.
Estève (Fr.) S.J. 257.
Etudes des Pères de la Compa-
gnie de Jésus 184.
Eul che se che t'ong-sou 157.
Eul-ya m m 18.
Examens littéraires 11, 166.
Examens militaires 10, 11.
Fa Hien ^p 67, 254.
Fa koang-ming king g 5È Ç8 8
111.
Faivre 211, 232, 242.
Fa-koang se ^ 3E ^ 0. VII.
Fa-pao se ^ If % C. XL
Fauvel 131.
Favier (Mff^A.) 1,7,15,36,41,98,
123, t25, 155, 161, 165, 180,
198, 219, 221, 242, 243, 247.
Fa-yuen se ^^ ^ 99.
Fan Li Jâ fl 25, 29.
Fan-li tch'eng S^ H ijg 29.
Fan-t'ai f§ ^ 154.
Fang chan ::Ô' lU C. XII, XIV,
30, 38, 86, 103, 191, 270.
Fang-cheng tch'e ]85[ ^ ife 124.
FangHiao-jou :Ô'#3i 189-192.
Fang k*ieou ^ j£ 161.
Fang Kouo-tchen 'fi Si ^ \62.
Fang Kouo-tchen j^ g 3^ 176.
Fang-lin yuen ^ # ^ C VI,
XVII, 90.
Fang-lo tien ^ M^ ^ 93.
Fang-ming Vam fi f^ jjf^ lid.
Fang-tchang j^ ^ 158.
Fei $ 70.
Fei hien H fg 53.
Fei-hong k*iao ^ fei <§ 0. IX.
Fei ti jg # 35, 39.
Feou-cha tcheou ^S^iW CXIV,
XVI.
Feou chan ^ [l] 117.
Feou k'iao j^ ^ C. XII.
Feou-ling wang î§ ^ 3E c^- Siao
Pao-kiuen ^ Jf^ Tong-hoen
heou IK # ^ 94.
Feout'ou ^ H (Bouddha) 62.
Fernandez (Jean et Sébastien)
S.J. 213, 215, 216.
Fo (Foë ou Fou) §i 61,125,152.
Fo-kien (Fou-kien) 20, 22, 170,
171, 230, 241,242.
Fong Cheng % j|p 172,176,181.
Fong Hiong-to M ^ 9$ 127.
Fong-hoang li g[, g M (Kien-
k'ang) 76.
Fong-hoang t'ai EUS O.VI,
X, XII, 76, 265, 270.
Fong-ngan hiang ^ ^ ^C.XVI.
Fong-pei ts'ang MME l*»-
Fong-sien se ^ ;5fc ^ C. XIII.
Fong-sien tien ^^JR 167,168,
223.
Fong-t'ai M. S ^' ^H, XIII.
Fong-t'ai chan H. S lÙ 121.
Fong-t'ai hiang'ES^ C.XIV.
Fong-t'ai men E fi PI 0. XII.
Fong-tch*eng hiang E ift ^ 0.
XIV.
Fong-tch'ong se ij ^ ^ CXI.
Fong-t'ien men ^ 55 P^ 194.
Fong-t'ien tien ^ 5Ç ^ 164,
193 201.
Fong Tsi-ou ii H fê 138.
Fong-yang E It 179, 205.
Fong.yang fou E S iJÏ 26, 93,
1
312
INDBX.
156, 158, 160, 164, 178, 183.
Fong-yang bien gl H H 157.
Fong Yuen-se 9| 5c H ^^■
Fong-yun hiang g.^^ O.XIV.
Fontaney (Jean de) S.J. 243-245.
Formose ^fH 228,230,232,241,
256, 261.
Fou Cheou H « 159, 172.
Fouhi ^ |i 183.
Fou-hien hiang jJS K |K C.
XIV.
Fou-hing se H ^ ^ 100.
Fou-hio Jiï ép C. X, XIII.
Fou I # « 61, 62,
Fou Its'ien tt J^ j|f 157.
Fou-kien H m 20, 22,170,171,
. 230, 241, 242.
Fou-kien ^ S 63.
Fou-kien chan :J^ S lU G. XV.
Fou-koei leou f|^ ft 4t <^- I^-
Fou-kong se fg j^ i^ 159.
FouKong-tchéH^I^ 119,120.
Fou Liang '|$ ^ 75.
Fou-long ho gf ^ Jiir C. X,XVI.
Fou-Iong-ho-tsiué toh'ou m H
M^gtC. XVL
Fou-ning men ^ ^ H C. XII.
Fou-tch'ai^H 18,22,23,24,29.
Fou-tch»eng k'iao ^ )SL 1^ G.
XII, XIII, XVI, 238, 239.
Fou-tch-eng men ^ J^ P^ 239.
Fou-tch'eng ts'ang ^ J5^ ^ C.
XIII.
Fou-tcheou ^ ^ 0. XV.
Fou-tcheou ^ ^ 19, 227, 255,
262.
Fou-tcheou chan ^ :^ il] G. I,
27,53,57,66,79,83,146,234.
Fou Tsai jf 1$ 114.
Fou-tse miao ^ ^ J® 166.
Fou-tsiang Han Kong-wei gij J{|
nmm 225.
Fou-tsiang tsong-ping H Je 225.
Fou-tsou h^ng jg j^^P C. XIV.
Fou Wang ?pg J cf. Tchou Yeou-
song et Hong-koang 222-226.
Fou Yeou-té % ;?è fê 171, 172,
176, 181.
Fou-yong hou 143.
Fou-yong se ^ ^ ^ 125.
G
Gabiani (J.-D.) S. J. 243, 244.
Gandar(D.) S.J. 115, 116.
Gaplan (Gobharana) 61.
Gaubil (A.) S.J. 15, 20, 163, 164.
Gayouk-khan 254.
Gazette de Pékin (King pao) 10,
43, 131, 138, 220, 223.
Georges III d'Angleterre 250.
Gerbillon (J.-Fr.) S.J. 245, 256.
Gêtes 62.
Gi-len fou (Kin-ling fou) 151.
Giles 43,61,151,181,194,195,
Glémona (Basile de) 243. [199.
Goa 256.
Gobharana 61.
Gobi 139. ,
Go-doshi (Ou Tao-tse) 97.
Gotteland (Cl.) S.J. 257.
Gough (Sir Henry) 259.
Gough (Sir Hugh) 257.
Grande Encyclopédie 237, 255.
Grande Géographie Impériale 71 .
Groot (de) 43,63, 101, 126, 156,
164,170,174,177,179,182,192,
200,205,221,232,233.
Grosier 2, 34, 178.
Guide for tourists to Peking
(Hongkong China Mail) 8.
Gully (R.) 261.
Gundry 3, 165.
H
Haenan (Hainan) 230, 247.
Hài-ling wang :f& ^ 3E (Siao
. Tchao-wen) 91, 92.
Hai-nan j^ ^ 230, 347. [58.
Hai-si kong ^ "B g» (Se-ma I)
Hall (W. H.) 257, 258.
Hallerstein (A. de) S.J. 248.
\
INDEX.
313
Hami 172.
Ham-palu (Cambalu) 150.
Han ^ 25-27, 40, 83, 219.
Han (Stèle des) ^ fê 'g' $| 33.
Han Che-tchong @ -ffl: ,g 140,
142, 143, 145.
Han-fou-kou-ti MJ^'&I^ CXH.
Han-hi-tsai-tché # K. H ^ C. X.
Han Hoang ^ 7^ 125.
HanHoang Ou tch'eng|[jf^£J(J
C. Vni, 265.
Han-k'eou ^ P 18, 224.
Han Kin-houlf^ Jt 114.
Han Kongwei ff || ^K 225.
Han lin ^ ^ 192.
Han Lin-eul ^ # ^ 160.
Han-lin se ^ !({ ^ 100.
Han-lin-yuen J^ *fc ^ 161.
Han-lin-yuen che-kiang ^ ^ fê
f^ fli cf.Fang Hiao-jou 192.
Han-lin-yuen Hio-che ^ ^ ^
J^ ± cf. Pien K-oen 56.
Han Ming-ti ^ HjJ •)§ 61.
Han Ngan-ti fi ^ # 62.
Han Ou-ti ^ gÇ -f- 32,60,254.
Han Pi-yuen |.| ^jg JC 37.
fian-si-men ^ |§ PT (^L IS PB)
23,38,100,^^3,112,148,149,
168,175, 187, 211, 234. 249,
266, 270.
Han-sin $| ^ 30.
Han-tch'ang tien "â" ^ ® ^9.
Han-tchao ti ^ BS ^ 35.
Han-tchong ^ tf» 192.
Han-té tien -â" El ^ 94.
Han Yu $% ^ 125.
Hang-tcheou ^^ 18,19,26,41,
60, 125.127,135,140,144,153,
210,213,226,252,255,256,257.
Hang-tcheou fou J^)^^ 18,55.
Hang-tchong fou 34.
Hao-tcheou î^ ^ 157, 160.
Harlez (Mgr. de) 19, 20, 185.
Havret (H) S.J. 3, 18,98, 123, 126,
151,179,210,216,243.
Hawks Pott 34.
Hélène (Princesse) 229.
Héliogabale 47.
Heng chan m [Ij 23.
Heng-yang ft |^ C. XV.
Heng-yang wang ft I^ î 79.
Heou-hou ^ jJ8 (Lieou I-ki) 23,
27,72,79,92,105,109,113,114,
137,146,148,165,166,172,243,
248,249,268.
Heou-hou siao men ^ ^ >J< f^
146, 241.
Heou-king ^ ^ 105-107.
Heou kiun yng (Camps)
C. XI.
Heou Li ^ ja 54.
Heou Ling-i ^ ^ f^ 124.
Heou Ngan-tou ^ $ ^ 111.
Heou Ou-tai ^ £ fÇ 126.
Heou T'ang 129.
Heou-tchao 57.
Heou-tcheou 173.
Heou-tchou-li men ^ j^ H P^
Heou-ti ^ ^ 100. [100.
Heou-tien ^ |g 110.
Heou Tsin ^ § 139.
Hertslet 263.
Hi-cheng souo H ^ ^ C. XH.
Hi Kien ||5 j^ 38.
Hi-t'ai ^ ^ 266.
Hi-tsai mou j» H If C. IX.
Hi-tsong ig ^.
Hi-tsou ffi jl 156, 179.
Hia Jl 22
Hia-choei men f jjçfg O.X,155.
Hia-chou tou 7 S É Cî. XIV.
Hia-feou k'iao f ^ i^ G. XII,
XVI, 265.
Hia-kiai k'eou f tf P C. XII.
Hia-koan f RJ 26, 30, 8Ô. 87,
102, 120, 146, 188, 190,258,
259, 269.
Hia-miao f Jg 87, 141.
Hia-sin ho "f Éf ^rT 0. XVI,269.
Hiang-chan hiang ^ [Ij ^ C.
XIV.
Hiang-kiang § f^ (Hong-kong)
Hiang-lin # |f: 87, 147. [262.
Hiang-lin se :§ ^ ^ 87.
\
314
IMOIX.
Hiang-ni se $ Jg ^ 100.
Hiang-t'ing ^ Jf 253.
Hiang Yu ]g f) (Pa wang) 26.
Hiao-hien-ti # gt ifî 33.
Hiaoihiang ^ H I9 C. XIV.
Hiao-k'ang M m (Hoei ti) 173,
174.
Hiao-k'ang (Tchou Piao ^ fg^)
189, 194.
Hiao-k'ang Hoang-heou j^ ^
ê J& (Tch'ang che) 189.
Hiao-king ^ $i par Yen Tche 58.
Hiao ling #B| C. XII, 169,182,
194,199-202,236,246.
Hiao-ling wei 0:^^ 213,214,
237.
Hiao-ou ti ^ ^ $ (Se-ma
Tch'ang-ming) 58, 64, 69.
Hiao-t'ang chan :# # llj 60.
Hiao-tse-lou ^ M M ^'^^•
Hiao tsong ^ ^ 143, 145.
Hiao-wen ti ^ ^ ^ 88.
Hien hio H îp: G. XI.
Hien-hoa yen R ;^ «(«)271.
Hien-ning ling fi ^ SI 113.
Hien-ou kong Jf(i£^ (SiaoYen)
Hien-ti ](( ^ 32, 46, 63. [95.
Hien-tsong ^ ^ 125.
Hien-yang tien |g 1% Jg 58, 75.
Hieou-p'ing ling f/jj:^^ 67,68.
Hinderer (R.) S.J. 180.
Hing-cheng kong ^^^ (Kong
No) 171.
Hing-hoa ts'uen $ ^ f# 265,
Hing-kiao se ®|jfc^l28. [271.
Hing-koang leou ^ "36 >ffi 92.
Hing-kong f} ^ 140, 244, 249.
Hing-kouo se ^ g ^ C. XI.
Hing-ning ling^fj ï^ il 75.
Hing-p'ing ling || ^ ^ ^^
Hing-pou jg ^ G. XII.
Hing-t'ai fj $ 0. XI.
Hing-t*ai chang-chou cheng fj
« 1ÏÏ # ig 122.
Hing-tsong J$ ^ (Tchou Piao)
Hio-kong êjjL ^ 166. [189.
Hiong-nou ^ j|X 60.
llirth 47, 197, 255.
Hiu-kong t^s H 37.
Hiu Ting-kouo ff: % H 222.
Iliuen-tchen hiang £ J| ^ C.
XIII.
Iliuen Tchoang 3g ^ 254.
Hiun-siang men (Siun-siang men)
187.
Hoai-ngan ff| ^ 222, 224.
Hoai-ngan (Prince de) fH ^ c.-à-
d. «I * ï (Yang-ou) 128.
Ho Chang-tche j^ï fj i 77.
Ho che jpf ^ 66.
Ho hoang-heou i^ ^ J^ 81.
Hokien fou fiif f^ j||f 218,255
Ho Jo-pi n^m 114.
Ho K'iu-ping H :=è ^ 60.
Ho-li-ma 195.
Ho-Iiu P^ eg 23, 25.
Ho-man jpf jS ^4.
Ho-nan ^ ^ 19,21,33,73,76,
105, 119, 139, 135, 144, 162,
222, 223, 238.
Ho-nan fou ftir ft ;jï 40,73,153.
Ho-pé j!î :ft 76, 143.
Ho Tch'eng-t'ien ^Sf ji^ 5Ç 77.
Ho-tcheou ifo ifH 57,105,176.207.'
Ho-ti jfo ^ 47, 96.
Hoa chan ^ [i] 143.
Hoa hang :Jg fj C. IX.
Hoa-kai tien ^ ^ JJ 207.
Hoa-koang tien ^ ib JS ^4.
Hoa-lin ^ i^ (Mo-lin) 27,28,79.
Hoa-lin yuen ^ :|f; S 64,74,79,
82,84,89,90,104, 110.
Hoa-p'ai leou :?g )}$ ;j|t 249.
Hoa-tch'eng se -ffc jjft ^ 100.
Hoai fi 18,52,45,116,129,149,
165, 209.
Hoai-choei fH jjc (Ts'in-hoai) 44.
Hoai-nan fH ^ 26.
Hoai-ngan ^ ^ 190, 222, 224.
Hoai-ngan fou fî ^ j^ 143.
Hoai-té ^ fê 50, 51, 73.
Hoai-té hiang '^ ^ #P C. XIV.
Hoai-té hien -^ ^ Ji 53.
Hoai-ts'ing k'iao B W ^ 192.
INDBZ.
315
Hoan-ti fi î^ 63.
Hoan Wen ijS fi 58.
Hoan Yuen J^ jç, 64-66.
Hoang (Père P.) 59, 245.
Hoang-choei H l^lfeftS G- ^^V.
Hoang-fou Ki-hiun ^'f^%,'^
Hoang ho||{iir 17,70,153. [136.
Hoang-kio se ^ 51 ^ l^^-
Hoang Koan ^ |g 190.
Hoang-kong ^ ^ 216.
Hoang-li ^ % 212, 269.
Hoang ling ^ Wi 47, 90, 164,
169, 173, 179, 182, 189, 285,
213, 222, 248, 249.
Hoang-long ^ É ^4.
Hoang-p'ou |Si ^ff (Wang-p'ou)
130, 131.
Hoang Siang ^ 1^ ^0.
Hoang-tch'eng ^ ^ 188, 201,
238 239.
Hoang'-ti % % 19, 32, 255.
Hoang-tien t'ang H 5^ ^ C.
XIV, 142.
Hoang Tse-tch'eng.
Hoang ts'i 65.
Hoang Wei 206.
Hoei-je se gl ^99.
Hoei-tcheoufou4Kilt|ii5f 205,218.
Hoei ti (Ming) '§, ^ (Kien Wen
ti) 189.
Hoei-t'ong k'iao #1^:^ C.XH,
XVI.
Hoei-t'ong koan # I^ f| C.XII.
Hoei-tsong (Song) ^ ^ 42,139,
140.
Hoei-wang "jg "^ (T'ou-t'ié mou-
eul li lllfi li m) 154.
Hollandais 241, 256.
Hong chan ^ iJj 23.
Hong-chanhiang i^ ilj ^C.XIV.
Hong-hi ^ .S 199.
Hong kiang )g[ Ùl ^^•
Hong k'iao ït ^ C. IX.
Hong Koang ^ % (Tchou Yeou-
song) 223, 224, 226.
Hong Koang (Ming Jen-tsong)
216, 224, 226, 227, 231.
I Hong-kong 257, 262, 263.
! Hong men jgn P^ C. XH, 236.
I Hong-men kang 211.
' Hong-ou gt ^ 47. 55, 97, 102,
I 148,157-183,192-194,207,210,
211,216,219,231,233,234,237.
Hong-ou (Ming T'ai-tsou) ^ jjg,
184-189. _
Hong-ou (Kao Hoang-ti) |^ ^
* 181.
Ancêtres de Hong-ou 164.
Fils de Hong-ou 167, 173.
28 Généraux de Hong-ou 168.
Tombeau de Hong-ou 243.
Hong-ou kang ^ ^ ^ 2U.
Hong-ou men ^ ^ P^ C. XII,
81,149,163,164,169,172,187,
188,191,201,213,214,224,226,
234, 269.
Hong Pao-pao ^^i^ 162,171,
Hong-tche ^ ^ 126. [177.
Hong-tché ^ ^ 165.
Hoorn (Van) 256.
Hosie 168.
i Hou-chen chan g| j|f [Ij 214.
i Hou-chou ^^ 31,50,70,73,79,
I WS 121
Hou-chou hiang |fl|^^C.XIV.
I Hou-chou hien M Ht M ^- "I<
I XVII.
I Hou-chou tchen ^^M 31,70.
; Hou-kiu koan ^gg^ C. XVII,
1 214.
Hou-koang ^ m 26,36,37,195,
Hou-long ho^^^iï 268. [232.
Hou-long ho-tch'eng g|f| î^ M
Hou-nan ^ ^ 107. [142.
: Hou-pé ji ^t 36,38,66,84,107,
I 151.
Hou-pen ts'ang ^ -ft ^ 148.
j Hou-pi-lié ^ ^ 1^ (Koubilai
khan) 151.
I Hou Ta-hai ^ :)z % 165, 177.
j Hou-teou tcheou fi S ÎW 107.
I Hou Tsong-che iSg ^ |S 39.
I Hou Wei-yong ^ ^^ M 169.
I Houo-chen miao jMC jpl jft ^44.
316
IMDBX.
Houo-i hiang % H #( C. XIV.
Houo-ning yuen %|â(: |^ C. XII.
Houo-tcheou kiai ^ji\^C.XlV.
Huot 2.
I
I-fong hiang ^ R J» C. XIV.
I-fong men fl| fr^ P^ C. XII, 25,
53,149,235.241,258,259,262,
268,272.
I-hien Jg R 100.
I-hien Vang ÎË R ^ 112.
I-hing kiai t 9t ^C, XIV.
Ili ^ ^ 185.
Mi-pou # E ;i^ 261.
Ming gg Jgt 132.
Mong H m (Song-wen ti 5|5 3SC
«)75.
I Mou (Sapèques) ^ ;g 200.
I-p'an se g fg ^ 99.
I-tch'eng bien 4| ^ f| 108.
I-tcheng kiai fit ^ Ifl C. XIV.
I-tch'eng îê J!# 245.
I-tcheou S ^ 36, 66.
I-tcheou fou 56.
I.tch*oan tao g| fl|f Jg C. XIII.
I-tou Wang ^Mï (Mong H g|)
I-tsing H îp (bonze) 254. [75.
I-tsou gS jjî 179. .
I Ts*uen.keou 62.
I wen t^ai-tse ^ -^ -j^ :f 170,
173, 194.
I-yang wang j| ^ ï (Lieou
Tcb'ang gij fg) 84.
Imbault-Huart 7, 43, 231, 242,
Indes 62, 254. [251.
Innocent IV 254.
Innocent X 229.
Jacques de Florence 255.
Jang Hoang g| ^ (Yang P'ou)
(cf. Ou Joei ti) 129.
Japon H 7^ 71, 231, 256.
Japonais 205,206,219,228-231.
Jéhol 250.
Jen-cbeou tien fz % SR ^^•
Jen Fong fif B^jf 56.
Jen-fou k'iué j|l|l ^^ H 100.
Jenkins 233, 247.
Jen Nong-fou f^ ft ^ 86.
Jen-sin biang t ft jft C. XIV.
Jent'ai biang jï if ^ C. XIV.
Jen Tcbong ft ,& 113, 114.
Jen Tou (Tbomas) 220.
Jen-tsong t ^ 152.
Jen-tsou (Cboen) t|ft 164, 179.
Joei Tcbang ^ ^ (Cboei Tcban)
12.
Joei-ti Yang-p'ou ^ ^ ji j$
Joei Ts'in-wang $ jR £ 225.
Joei-tsong Ç ^ 123.
Jong-se-beou yng jfe ^ ^ ^ C.X.
Jou-ban-leou A ^ #( 67.
Jou-lin-wai-cbe ^ i^ ^ ^ 250.
Jou-nan wang èî: S ï (T'o-pa
yué) 103.
Journal de la Société Asiatique
98, 151, 152, 185.
Journal of tbe C.B. of tbe R.A.
S. 131, 157, 251.
Jou-tcbe 150.
Jou-tcbeou biang ^ jW ^ C.X.
Jou-tsing J§ ^ 115.
Jou-yu wang f^ ^ '^ (Song
Cboen-ti) 86, 88.
Juifs 62,178,254,264.
Julien (Stanislas) 203, 204.
Jurien de la Gravière 262, 263.
K
Ka-siap Ma-tang 61.
K'ai-chan se H # ^ C. VI.
K'ai-chan-tao-tch'ang P^jiSJ^
C. VII, 132.
K'ai-fongfou M Èi J^ 126,218,
219,221,131,135,153,211,224.
K'ai-hoang pg ^ 120, 121.
K'ai-ma k'iao pg ^ ^ C. IX.
K'ai-yang men R It P^ C. V,
51, 72, 79.
Kambaligh 255.
INDEX.
317
Kan Hi fl- ^ 146.
Kan-ho ^ f^f C. XII, 252.
Kan-ho yen |^ Jpif tB> 148, 268,
270.
Kan-lou se H* S ^ C. XVII.
Kan-lou t'ing it S ¥ ^12.
Kan-sou ^ ^ 60, 183, 256.
K'ang-hi ^ ^ 256, 218-221,
232, 233, 241-246, 256.
K'ang-hi (Les régents de) 242.
K'ang-hi Kiang-ning fou tche ^
« Jlï ^ 46, 270.
K'ang Ngo ^ ^ 238.
K'ang Seng-hoei j^^# 38,48.
K'ang -wang (Kao tsong) J^ 3£
140.
Kao-che k'iao "^ ^ ^ 196.
Kao-k'iao men i| ^ P^ C. XII,
111, 165, 196, 244.
Kao Kié 1^ ^ 225,
Kao K'ié 222.
Kao-miao ^ J^ 111.
Kao-ning ling 5^ ^^ ^ 85.
Kao-p'ing ling lif ^ ^ 58, 59.
Kao Tche-hoei Ig ^ ^ 118.
Kao Tcho -^ \$. 226.'"
Kao-tch'oen hiang j^ ^ iP C.
Kao Tou ^ ^ 82.
Kao Tsong ]^ ^ 123.
Kao-tsou if ji. 68.
Kao Yué if jg 95.
Kara-korum 150, 254, 255.
Kashgar 255.
Kasiapa Matanga (K'ang Seng-
hoei) 67.
Keng-tan ^fflSl.
Keou-tsien ^ ^ 25.
Keppél 259.
Khambalik 250. 255.
Khans 152, 153.
Khitan ou K'i tan (Tartares) 139.
Khokand 183.
Ki Hi ^ $ 50.
Ki-Iié $ S 22.
Ki-long chan fH H lll C. I, 50,
77, 89, 160, 165,270, 271.
Ki-ming fH li| 0. XV.
Ki-ming chan 53, 97, 167, 172.
Ki-ming se II q| # C. XVII,
27, 42, 97, 101, 102, 106.
115, 128,147, 166, 241,252.
Ki
Ki
K'
K'
K'
K'
K'
K'
K'
K'
K'
K'
K'
siang kiai ^ jj^ ^ 245.
^ JPP # C. XII.
siang se
të 22.
chan iliJt ilj 258.
houo ^ ^ 57.
lin gtil 90,91,95,111.
-lin mènidiîlP^C. XII, 90,99.
tan ^ ^ 139.
-tché se if ^ ^ 98.
-tché tch'e if ^ flfe 272.
-tou se ^ É tF 0. VII.
Yng^^ 261,262.
yang wang(yî^2(Li Wen-
tchong ^ 3SC J&) 174.
Kia chan ^ jlj C. XIV.
Kia-chan se ^ # ^ 272.
Kia-kang men ^^f^ C. XII,
244.
Kia-k'ing ^ $t. 166.
Kia-k'ing Kiang-ning fou tche
ÏL%M^> 239.
Kia Se-tao ^ IS xt 1^1-
Kia-siang hien ^ ^ f| 60.
Kia-t'an ^ Jg 52.
Kia-tingfou ^:£;iï 71.
Kiai-t'o se ^ ^ ^ 99. •
Kiang Che Ùl Ï5 93.
Kiang-che chan HÇjIj C.XIV.
Kiang-cheng ^^ 30, 31, .50,
52, 66, 73, 113.
Kiang-cheng hien fL^%G- H,
VI, 30, 56.
Kiang-cheng p'ou ^^|J[ 30.
Kiang-hia wang (Lieou I-kong
#J « S) a S ï 84-
Kiang-hia wang (Siao Pao-hiuen
n « £) a s ï 93-
Kiang-ling ^ ^ (King-tcheou
fou) 26, 66, 67, 94, 95, 107.
Kiang-nan ^ ^ 17, 22, 30, 33,
39,46,128,138,180,206,237,
238,240,264;
318
IMDBX.
Kiang-nan tong-lou 2l ]fr HC ff
136.
Kiang-nan tong-tao 2ï $ HC Itt
122.
Kiang-ning H^ 70, 73, 111,
113, 121, 139, 141,240, 263.
Kiang-ning fou ^ ^ j|^ G. IX,
24.27,108,129,132,133,137,
238.
Kiang-ning bien fL^fSfi 0. VI,
27, 29, 49, 50, 122, 133, 154,
238, 268.
Kiang-ning hien-tch'eng |t Iff.
j||«29.
Kiang-ning hio ^ ^ 4P C. X.
Kiang-ning kiun jlC )|^ Hi 121.
123.
Kiang-ning tchen ft ^ ^ ^•
XVI, 70, 79, 94, 159.
Kiang-pé ùl :|fc 113.
Kiang-piao fL ^ (Kiang-nan ûl
■db\ 32,
Kiang-p'ou hienSc |f ||C.XIV,
Kiang Se ù: IB 93. [27.
Kiang-Bi ^H 27,36,56,77,180,
204, 216, 223, 227, 228, 238,
246, 264.
Kiang-sou JQ jj^ 17, 20, 21, 26,
157, 220, 248.
Kiang-tcheou iL ffl 78, 85, 124.
Kiang'tong ^n IR 37, 103.
Kiang-tong k'iao Jï ^||f C.XII,
XVI, 160.
Kiang-tong men ft ;^ P^ C.XIII,
29,45,46, 119,142, 160,165,
187,202,211,236,269.
Kiang-tsong tché ^ IR^ C.VI,
XVII.
Kiang-yn jï |i 143, 260.
Kiang-yn wang Ûl |^ î (Liang
King-ti mm^ 109' 110-
Kiao t'an % ^G.V, 101,147.
Kiao tch'ang jR ^ C. X.
Kiao tch'ang kou ti fjj; :^ ]3i: ^
Kiao-tcheou j{\ 19, 60, 61,
228, 255.
Kiao Yu g ^ 204.
Kien che JÊ ifî C. VI.
Kien-hing kiun j$ j| jRS C. VI,
113.
Kien-hing yuen j|^ ^ ^ 99.
Kien (Kan) ho tien ^ ifo JS 94.
Kien-k'ang ^ H 48, 50, 53,70,
74,114,113,121,125,138,140.
Kien-k'ang fou j^ j|| j^" G. X,
56, 140, 154.
Kien-k'ang hien j$ H H G.VI.
Kien-k'ang kong jlS ^ G.V.
65.
Kien-k'ang siuen-fou-se j^^ ^
m n 154.
Kien-k'ang hien j^H^t 30,116.
Kien-ngan j^ ^ 73, 113.
Kien-ngan wang ^ ^ î (Lieou
Hieou-jen «) fic fc) 85.
Kien-ning wang î^ îÇ I (Mou
Yng i% :%) 176..
Kien-ou Tsiang-kiun J^^^!^
(Lieou Vu ^ #) 66.
Kien-p'ing ling j^^^ 54, 55,
58, 59, 63.
Kien-p'ing wang J$ ^^ (Lieou
King-sou fdl ;S *) 86.
Kien-tchang kong % j|t ^ G.
VI. 84.
Kien-tch'oen roen j$ ^ P^ G.V,
51, 72.
Kien-tch'ou se JÉ flj # 0. IV,
38. 99, 103, 265.
Kien-tse k'iao j^- ? ^ G. XVI.
Kien-wen ti ^ ^Jt Sfî 108, 189-
193, 195, 196, 199, 200.
Kien-yé ^ i|5 G. IV, 39,46,50,
49, 44, 31. 38, 52.
Kien-yé hiang JiH^fG. XIV.
K'ien-long ^ H 11,41,156,163,
170,175-179,181,189,195,243,
248-250.
K'ien-tao ^ ^ 45.
K'ien-tao k'iao ^ ^ ^ 0. XI,
XVI.
K'ien yuen H; tc 121.
K'ien-yuen men ft 7C PI 130-
Kieou-hoa chan ^ $ il] 71.
INDBX.
319
Kieou-kiang ji^ 26, 78, 129.
Kieou-k'iu fang :fL ft ifî C. IX.
Kieou-long k'iao 5l H ^îl 69.
Kieou nei ^ p^ C. XII, 141,148.
Kieou-wang fou ^ 3E /JÏ 148,
159, 169.
Kieou yuen ^ ^ C. XII.
Kin (Tartares Niutchen) ^ 92,
139-143, 149. 150, 153.
Kin-chan ^ ilj 230, 258;
Kin-chan wang^[ll]ï ^^' K'ong
Yeou-té 230.
Kin Chen-t*an ^ H |ft 34.
Kin-chen tien É#iK 169,201.
Kin-hoa kong ^ ^ "§ C. VI,
XVII, 266.
Kin-lien ;;^; ^ (Nankin) 72.
Kin-ling ^ ^ 29, 30,122, 124,
127,128,132, 159,270.
Kin-ling fou (flj) 128,129, 133.
Kin-ling hien {^) 123.
Kin-ling i (g,) 25, 265.
Kin-ling kiun (|[J) 73.
Kin-ling kou-kin t*ou-k'ao ^^
Kin-ling se che pa king t'ou ^
It H + A :t H 2.
Kin-ling tch'eng {^) H8.
Kin men ^ pg 0. XII, 236.
Kin-t'an kiai ^ jJIfl C. XIV.
Kin tch'eng ^^G. IV, 63.
Kin-tch'oan men ^j|| P^ C. XII,
120,190,235,238,241,268.
K'in t'ien kien ^^^ 218.
K'in tsong ^ * 139, 140.
King Cheng-t'an # É Ht 242.
King-fou tien ^TJ^g^ 85.
King-hien ]?, (f 125.
King-k'eou :^ p 66, 86, 105.
King-ki tao ^, ^Ji C. XII.
King-ling wang ^ ^ ï (Lieou
Tan Sy 31) 82.
King-ling wang ;^ m (Siao
Tse-liang M ^M) 89, 91, 94.
King-ning ling :i: ^ gl 81, 83.
King-pao ^, il 42, 131, 138.
Kingsmill 254.
King-tai ;!: ^ 201, 211.
King tch'eng kiun tchou JH ^
SI5 ± 190.
King-tcheou ^ ^ 75, 86, 125.
King-tcheou fou #jfflji| 66,107.
King ti ;^ ^ (Suen Hieou) 35,
39, 48.
King-ting k'iao ^ ^ If C. XI,
XVI.
King ts'ing J^ f^ 192.
King tsong ^ ^ 201.
King-yang :t li 28.
King-yang chan ^f^ ]\l 79.
King-yang t'ai ^f;]^-^ C. VII,99.
King-yang tien Jt lt ® IH-
King-yang tsing :t ^ # 115.
King-yé se ^ H ^ 99.
Kiù-li chan ^ ^ [Ij 0. XIV.
Kiu-yong ^^ 3"!, 38,47.50,73,
122,127,133,139,165,204,210.
Kiu-yong hiang ^^^ C.XIV.
Kiu-yong hien -fij ^ ^ C. III,
XIV, 155, 122.
Kiu-yong koan JgJiiil50,151.
K'iu Ohe-se (Kiu Se-se) S^ffi
(Tchong Siuen — Docteur Tho-
mas) 228-230.
K'iu choei ^ jjc 56.
K'iu-feou ^ Jl. 171.
K'iu-o A ^ 30, 31.
K'iu-tcheou ^ ^ 56.
K'iu-tcheou fou flj ^Hj ^ 232.
Kiun {5 29.
Kiun ts'ang 3| ^ C. XII.
Kiun yng (Camps) H ^ C.XII.
Klaproth 67.
Ko (Kouo) Cheou-king US '^ M
218.
Ko Hong :§ g| 103.
Ko-sien hiang :g tll| ^ C. XIV.
Ko Yuen ^ yt 39, 103, 191.
K'o-han se || ^ ^ 100.
Koa-pou S $ 80, 84.
Koa-pou chan ;!R ^ ilj 0. XIV.
Koa-tcheou jR j^ 190, 263.
Koan -fou-tse^^-^, Koan Ou-ti,
Koan Kong 41.
320
INDEX.
Koan-kong pé-fong^5^jg3|t50.
Koan-sing t'ai ft £ lE 244.
Koan-ti miao H ^ Jft 42, 147.
165, 166, 169.
Koan-yn chan H ff [Il C.XIV.
Koan.yn men H # P^ C. XII,
57,87,98, 141, 165, i76, 187,
219,245,249,259,260, 271.
Koan Yng H ff 26.
Koan Yu Jljfî 34,37,41-43,172.
Koan Yu (Bambous peints par]
umn 41. i2.
Koan Yu (Cloche du Temple de)
Koan Yu (Sceau de) ^ ^ i^ JH
m 41.
Koan Yun-tch'ang fKoan Yu) H
8:^41.
Koang.k4 56 J» 121.
Koang-ling (Yang-tcheou) ^ Jg^
63, 82, 93, 127.
Koang-mo (mou) H ^28, 65.
Koang-mo men J| ^ f^ C. V,
79, 51, 57, 72, 73, 106, 146.
Koang-si || îff 162,199,212,228-
230.
Koang-tché se 36 ^ ^ 100.
Koang tcheou Jl ^ 64.
Koang-tcheou fou || j^l /iï 228.
Koang-té H ^ 78.
Koang-té tcheou || ^ ji\ 64.
141, 143.
Koang-té-tcheou kiai H -fê jlt| f§l
C. XIV.
Koang-tongH^ 20,27,64,135,
162, 232.
Koang-tsi hiang $i^^ C.XIV.
Koang-tsong jfc ^ (Tchou
Tch*ang-lou ^ ^ m) 219.
Koang-yang men J^ ^ P^ C.VI,
72.
Koang-yen tien 5È jS JR 104.
K'oang Koan 243.
Koei Wang ^ 3E 230, 232.
Koei-chan se ^ ^ ^ C. VI.
Koei-cheou hiang jg| ^ ^ C.
XIV.
Koei-fei JH JC (Yn Chou-i J^ ^
«1)83.
Koei-hoa hien fl| "ff^ f| 122.
Koei-ki ^ H 19, 26, 30, 46,65,
92, 255.
Koei-ki wang ^ H £ (Se-ma I
SI H «) 58.
Koei-ki wang # ff £ (Se-ma
Tao-tse ^ Ji 51 ^) 65.
Koei-ki wang (Suen Lin Jg ^)
Koei-ki wang # H 3£ 39, 40.
Koei-lien tch'eng hflkWi^^'
Koei-lin ;g :^ 228.
Koei men ^f^ 191.
Koei-ming heou ^ ^ ^ (Suen
Hao U ^) 49. [232.
Koei-tcheou J^ ^ 36, 177, 229,
Koei-yang wang ;g^£ (Lieou
Hieou-fan |f|j ffc iJÎ) ^5.
K*oei-kio k'iao #^ ;fi| C. XII.
K'oei koang * ^ 137.
Koffler (A.) S. J. 229.
Kong kiang ft îf C. V.
Kong men g f^ C. IX.
Kong ngao 26.
Kong pou X ^ 213.
Kong souo ^ ^ 213.
Kong tch'é ^^ 44.
Kong-tch'é men ^ iÇ P^ C. IV.
Kong-tch'en miao 7^ gjg 166.
Kong tch'eng § j^ 129, 188.
Kong-té choei îfjlgl :^ C. XVII.
Kong ti ^^ 68-70, 120. 152.
Kong ya-men ^^f^ C. XIII.
Kong yuen M^C. X,XIII, 35,
75,145,152,159,202,246,249,
266.
Kong-yuen ki 'g' ^ |E 118.
K*ong.fou.tse ?[ ^ ^ 59.
K'ong Koei-pin JL JJ ^ 144.
K'ong No Jl Ift 171.
K'ong-tse hiang JL^l C. VII.
K^ong Yeou-té ^L ^ fi 230.
Kou-bi-lai khan 150-152, 155,
218.
Kou-chou ^ Ht 55, 58, 65, 107.
Kou Hing-tsou jg ^ jÉ 177.
INDEX.
321
Kou-kin-ts'o-lio TÊT ^ ^ IH (His-
toire du sel) 209.
Koy-kio k'iao p! ^ ;fig 234.
Kou Koan-ch*ing (Kouo Tse-
^^s)m^m 158.
Kou kong ft è C. XI.
Kou-kong Tan-fou * ^ • ^
22.
Kou-kou-témour 162.
Kou-lang sou, près Amoy 263.
Kou leou il? « C. XII, 45-48,
53, 54, 98', 244.
Kou-ling ngan '^ ^ fH 148.
Kou-sou j^ JlH 210.
Kou tch*eng @ ift C 1,24, 25,
31.
Kou-tch'eng hou g^jJBO.XIV,
33.
Kou-tou 57.
Kou-tou yuen ^$^ ES 101.
Kou ts'ing-pé che ^T iS îffc îîï C.
XVII.
Kou-wang ^ ^ (Tchou Hoei
**«) 190.
Kou Yen-ou M^^ 232.
Kouo-heou g j^ (Tcheou-che)
132.
Kouo hio g $ 63, 75, 169.
Kouo men gp^ C. VI, XVII, 72,
100, 191, 265.
Kouo Tch'ang ||5 gj; 57.
Kouo-tch'eng HJ JS 1^^.
Kouo-tchou g i (Li Yu ^ jg)
136, 137.
Kouo Tse-hing |5 ^ ^ (Tchou-
yang wang j^ ^ ^ 158,
163.
Kouo-tse hio H ^ J|| 78, 79, 99,
161,164,166.
Kouo-tse kiai H ^ î^ C. XI.
Kouo-tse kien H^^ C.IX,XII,
166, 168, 201, 240.
Koxinga cf. Tcheng Tch*eng-
kong SU ^ :ft 240-242, 256.
Kuhnert (F. von) 13.
Kumâradjiva 63.
Kyoto 237.
Lacouperie (Terrien de) 18, 19,
35,47,60,61,62,131,255.
Lagrené (de) 262.
Lai-pin k'iao ^î K W 0. XVI.
Lai-sou hiang MMM ^- ^^^-
Lai-tchou hien M^M 24-25.
Lai-yang yen Jig R ^ C. XIV.
Laimbeckhoven (Mê^ de) 250.
Landresse 62, 67.
Lan-t'ai MS ^l-
LanYu ^ ï 171,172,174.
Lang-chan |î llj 260.
Lang-ya 383815 19,60,89.
Lang-ya wang 3Ô5 3ÏJ î (8e-ma
Joei 3 ,11 #) 52.
Lang-ya wang 3Ê8 ïffi ï (Se-ma
P'ei-aJiaE) 58.
Lang-ya wang Hf 3ffi 3E (Se-ma
Tao-tse Q ^ ^ ^) 64.
Lang-ya wang 3Ô5 Jï|5 î (Se-ma
Té-wen n^m^) 68.
Lang-ya ïftJJJ 50.
Lang-ya hiang Jftïffi^ 50.
Lang-ya hien }âi3ï|;|| C. V.
Lang-ya kiunJlpJïUJp 73.
Lang-ya tch'eng Jftlffiift 90.
Lang-ya wang JfJpJÊ (Se-ma I
3 M Si) 58.
Lang-ya wang ^.^ J (Se-ma
Yo n M «) 57.
Lang-ya wang ^flPï (Suen
Hieou |g flç) 39.
Lao-kiun ^ :g 123.
Lao-lao t4ng ^ ^ Ç C. XVII.
Laos 36.
La Pérouse 241.
Leang-hien hio MUII^ G. XIII.
Leao, Leao ^ 153.
Legall (St.), s.j. 144,145.
Legaspi 256.
Legge 18,21,22,186.
Lei-kong chan ®S llj 0. XIV.
Lei Ts'e-tsong g^^ 77.
Léon Li (Docteur) 212.
21
9ti
UfDBZ.
Léonissa (J. F. de) O.S.F. 243. l
Leou hou JUJtQ 113.
Leou kiang ^ f£ 264.
Lettres édifiantes 243-245
Li Chan-tch'ang $ # ^ 163.
Li che ^ J^ 65.
Li-ché k'iao m^^ (^- XIII,
XVI, 238, 265.
Li-choei ÎJ||;JÇ 24,30,31,33,121,
122,127, 133, 135. 139, 141,
158, 165, 252.
Li-choei yen if ;Jç^ C. XIV.
Li Fang ^ ^ 206.
Li Hiao-i ^^JS 118,124.
Li Hiao-kong ^^5^ 118, 119.
Li-hien koan JS S fê l^^-
Li Hiong ^ ^ 135.
Li Hong-tchang ^ |4 Jt 131-
Li-jen kiai M tl ^ C. XII, 142.
Li K'i ^ ^ 125.
Li Kié êft Dl 177.
Li K'ien-choen,roi de Hia,^$gjlg
Li King ^ Jf 129, 130. [139.
Li King-long 4£ ;S H 190.
Li Kong ^ ^ 221.
Li Kouo-fou ^ B m 223.
Li Long ^ m. 198.
Li Ma-teou fil 9 3| (M. Ricci)
203, 214, 215, 219, 256.
Li men ^ f^ C. VI.
Li Pé ^ Ô 270.
Li-pé tsieou-Ieou ^ â (S ^ ^>
VIII, 265.
Li Pien ^ ^ 129.
Li Ping-heng $ fH tf 224.
Li-pou |g[ ip 245.
Li 8e-lou 2^ ff: ig. 181.
Li T'ai-pé ^ikÙ 97,124,265,
270.
Li Tche-tsao ^tU 217.
Li Tch'eng ^ J^ 214.
Li T'ien-king m ^i & 217.
Li Tchoang wang 4^ Bg 3E
Li Tse-tcb'eng #gj5ft 207,221,
Li Té-tch'ou ^^^ 138. [222.
Li Tse-t'ong ^ ^ jj 119.
Li Tsing $ ^ 120.
Li Tsong-kia ^E |j§ * (Li Yu
$ S) 131, 132.
Li wang Jg I 23.
LiWen-tchong^^;^ 161-163,
167, 172, 174-177, 266.
Li Yang.^ |^ 56.
Li-yangîlRli 21,24,25,31,33,
50,57,73. 105,121, 127.133,
139, 141.
Li-yang hien f^^^ O.III.XIV.
25, 122.
Li Yang-ping ^ |i JK ^24.
Li Yu ^S (Li Tsong-kia) 129,
131, 132, 136, 137.
Li Yuen ^ jg| (Kao Tsou) 120,
122.
Li Yun-tche ^ ^ ^ 104.
Liang ^ 39, 116.
Liang-chan ^ \\i 82.
Liang Hoa-fong ^-ftjjg. 231,240,
241.
Liang King-ti ^ fl: ^ 109.
Liang-kouo kong ^^ B & {^^^
Yu ^ 3i) 174.
Liang Ou-ti |?6 JE ^ 28,73,96-
106, 116.
Liang Yuen-ti ^ yt 1^ 107.
Liao 5g 139, 153.
Liao-tong ^ ^t 139, 170, 229.
Lïao Yong-tchong |g ^jg 1^2,
Lié chan ^|lj C. XIV. [178.
Lien hoa k'iao a|?g|i| C. XII.
Lien Tse^ning 1^ ^ ^ 192.
Lieou Chao #J g]J 78, 80.
Lieou che ^ ^ 113.
Lieou Che-tche ^ 6$ ^ 112.
Lieou Chen fï fi 78.
Lieou Fou-t'ong gl] fg ji 160.
Lieou Hia $] ^ 55.
Lieou Hieou-fan S) '^ JH 85.
Lieou Hieou-jen Si] ||: ■£ 85.
Lieou Hiueh #J |jg 93.
Lieou Hong-ki gl S S 222.
Lieou I tî â 67, 85.
Lieou I-fou ^ H i}^ 68, 75.
Lieou I-k'ang SU ^ ^ (P'ong-
tch'eng wang ^ jiH) 76,78»
IHDBZ.
sn
Lieou I-ki |!||t$ 79.
Lieou I*kong gi) H 11^ 84.
Lieou I-8iuen |W UlT 82.
Lieou Jen-chen Sî fc Ht ^"^2.
Lieou Kia 9} J( 30,141.
Lieou-k'ieou ^^ 116,172.
Lieou Kin S) Jl 206.
Lieou King-sou SJ :^ ^ 86.
Lieou K'oen-i f|( j^ — 11, 12,
53, 220.
Lieou-li vfSLj^mX 125.
Lieou Lang j^ ^ 204.
Lieou Lao-tche |B| ^ i 65-
Lieou Mou-tche 81 9 ^ "^9-
Lieou Pang ^ ^ (Kao hoang-
ti) 26.
Lieou Pé-wen UfèS ^65, 188.
Lieou Pei $lj ^ 33-35, 41.
Lieou Pi 3(1 ÎS 30^
Lieou San-ou 9J jn W ^72.
Lieou Song fj ^ 272.
Lieou-song-pé.kiao 3|| tIî 4t 55
c. xvn.
Lieou-song-ts*in-ts'an kongÇJ ^
^ J5 § 0. XVIL
Lieou Ta-mo |ip JÉ jp 108.
Lieou T'ai ^ J ii6.
Lieou Tan fi] ^82.
Lieou Tchan flj ^ 124.
Lieou Tch'ang fij ^!| 84.
Lieou Tchoen ||J 3$ (8ong Choen-
ti) 86.
Lieou T*ien-siu fBJ 5Ç ^ 206,
211, 212.
Lieou Tse-loan S| ^ f| 84.
Lieou Tse-yé fIJ ^ H 83.
Lieou Tsiun SU ^ 78, 80.
Lieou .Ts'ong SU H 52, 53.
Lieou Tsuen-k'ao $IJ j^ ^ 80.
Lieou Yao SU H 52. .
Lieou Yeou SU £^ 32.
Lieou Yu SU :jg: (Kien-ou tsiang-
kiun Song-wang) 66-70, 68,
74, 84, 143. ^
Lieou Yuen gl] x 118.
Lieou Yuen-king ftp 7C ^ 84.
Lin #(IIJ#) 258, 262.
Lin-hai wang ft jRl £ (Tch»en
Pé-tsong Bt fÔ ^ <^« Toh'en
Fei-ti) 112.
Lin-ho wang ^ Jî ï (Si»
Tcheng-të II JE fô)T05.
Lin-hoai wang fi ft ï (T'o pa
yu#Bttâ)i02.
Lin-kiang hien U flC JB *^-
Lin-kiang k'iao tta» G. XIL
Lin-koang tien (S :3fc jR 89.
Lin i É tff C. XV, 50, 51, 73,
109, 121.
Lin-i hien gg îfî JK.C V.
Lin-kiang |$ jX 26.'
Lin-ngan gg ^ 135, 140, 145,
153.
Lin Tsé-siu # HlJ ^ 257.
Lin^yen (Lin-i) ^ Jf 113.
Ling m 54.
Ling-kou se 9^^ C.XII,124,
132, 137, 148, 195, 248, 272.
Ling-p'ing hien Ê ^ US 25.
Ling-ling wang !^ R 3E (Tsin
Kong-ti ^ S» ^) 68. [70.
Ling-ling wang kong ^M^'S
Ling-t'ai S S ^^-
Ling-yang H |i 72.
Ling-yang men^ R li F^ 51.
Ling.yng koan fi JE If^ C* 'f"-
Liu ohan jË lll 77.
Liu Pou g ;j^ 33.
Liu Seng-tchen g ft ^ ^^'
Liu-tcheou fou jf jH| É 222.
Liu-t'ong se SI ^ ^ 100.
Lo Koan-tchong JH ft ^^ 34.
Lo-ma kien ]j| || {g 0. VL
Lo-ngan tcheou a\ ^ jW *98.
Lo-sin kang » g W 270.
Lo-sing toen ^ M % 270.
Lo-t^ouo tchai J{f( SE S| (^* X*
Lo-yang fH |§ (Ho-nan) 34, 35,
39, 43, 52, 61, 118, 126, 135,
153.
Lo-yang hien flU B fE 73.
Lo-yeou yuen Ml iS 3E ^* VI,
XVII, 76,88,91,93,102, 104,
106, 112, 226.
324
JNDXX.
Loan-kia k'ou HH Jl|[ G. XII.
Lock (Sir H.) 259.*
Lockart 263.
Lolos 171.
Long-chan M lll ^3*
Long-kiang H 2t ^^3.
Long-kiang koan M 2C N ^^6,
Long-koang HA C. XV. [272.
Long-koang chan HjH }jj C. XII,
147, 234, 260.
Long-koang men |K ^ P^ 154,
260.
Long men H P^ G. X.
Long-ou K^ (Prince de T^ang
j|f:T cf. Tchou Yu-kien :£
$jj|227, 228.
Long-p'ing ling K^i^ 59,64.
Long.po-tse H Bf «? 147.
Long-âi men lllf P9 G. X, 133.
Long-siang se H f^ ^ G. XI,
Longt'an ||f( 221. [162.
Long't^ou-ko hio-che jK ■ ffi
*±56.
Long wan |g j^ C. III, XVI.
Long-wan k'iao ft JVf ifH C. X,
XVI.
Long-wan ho a itl M l^^-
Long-wan hou-k'eou tch'eng ^
» W P « 160.
Long-wang miao |t ï ift 130,
249.
Longobàrdi (N.) S.J. 215, 217.
Lopez (Dom Grégoire), évèque
de Basilée 243-244.
Lou ^ 26.
Lou (prince de) ^ ^ 227.
Lou-che se H M ^ C. XI.
Lou-fei hiang fl & ^ C. XII,
Lou hio Kfr II C. XI. [28.
Lou-ho -^ ^ 21, 77, 144, 190.
Lou-ho bien ^ -â" Il C. XIV.
Lou Hoei-lio 66, 67.
Lou-kiang a| Ûl 196.
Lou Kien-yng ^ % jft 268.
Lou-kouo >r; B 69.
Lou-Iong chan JtH jlj C.I,160,
235.
Lou pou :^ US C. XII, 203.
Lou Siun ^ H 66, 67.
Lou t'ai-heou K :i; Jg 81, 85.
Lou-tch'ao :^ an 27-29, 69,264,
266, 270.
Lou-tch'ao kou tch'eng "f^lU^
1A 0. VII.
Lou-yuen-se A % ^ G. VI.
Louis (Saint) T55.
Louis XVI 241.
Louo Tche-yuen B ^ M SI,
83, 176. *• -B «
Louo tchou-kiao jR £ jK (Me^
Lopez) 243.
Louo-t'ouo k'iao |2F |Ë 4| 148,
Lyon 42, 254. [269.
M
Ma JH 163.
Ma che j|| ]^ (Hiao-ts'e hoang
heou # 2S âJ&) 169, 173,
181, 189, 191.
Ma Che-yng JH ± ^ 222.
Ma heou jg j^ 158, 173.
Ma Hoang-heou Ji S JS* 1^0.
Ma Meou J|| :$ 38.
Ma ngan ^ ^ C. XV.
Ma Toan-lin ^ ff gg 20, 71.
Ma Yuen-tchong M ^j* ib 155.
Ma Yun Jg ^ 170.
Macao«|Bg(ai||n)210,216,
224, 228-23^, 256, etc.
Macartney 250, 256, 258.
Mac Carthy 196.
Macklin 144.
Maclellan 257.
Magalhaens (G.de) S.J. 132, 199,
207, 220, 231, 240, 256.
Mahométans 183, 254.
Mai-kao k'iao ^If^i^ 259,260.
Maigrot (Mgr) 247.
Mailla (A. de) S.J. 1,15,17,234,
241 et passim.
Maitilipala Ji 6^ M A «1 163.
Makur-keow (Mai-kao-kiao) 25,
Man-i S ^ 2S- [260.
.IHOBX.
325
Man-li tcheou g| JJ jW O.X.XIV.
XVI.
Man tch'eng jj| j^ (Ville tartare]
0. XIII, 188.
Mandchous (fi JM) 1^0, 222-233,
237, 258.
Mangou 152.
Manille 242, 256.
Mao-chan hiang ^ll] ^ CXIV.
Mao K'i ling % ^ fÈ 232.
Mao-kong tou ^^^ C. X, XII,
XIV.
Mao Pao % ^ 56.
Mao-tcheou ^ ^ 122.
Mao Yuen ^ % 81, 176.
Marc-Aurèle (Ngan-toen ■$ ^)
47, 254.
Marco Polo 150, 151, 155.
Marignoli (Jean de) 255.
Martin (W.A.P.) 11.
Martini (Ernest) 263.
Martini (M.^S.J. 2,3, 206, 240.
Mas (Sinibaldo de) 258, 263.
Mayers 3,10,137,138,158,185,
242.
Mechnikow 1.4.
Medhurst (W.H.) 263.
Mei-chan || [Ij 221.
Mei-kang ^^ 03 0. XVII.
Mei-kiun (^) jg ^ 253.
Mei-li ;|# M 23.
Mei Pé-yen ^^ fô 'i' 268.
Mémoires concernant les chinois
23,32,36,137,203,223,248,
Mencius (Meng-tse, Ya-cheng J£
J- SS H) 125, 152, 184, 186.
Mendoza 256.
Mesny 10,11,143,158,165,212,
221,230,232,242.
Milne 48, 59, 71, 195.
Mi-tse tcheou g|^^ C.X,XIV,
XVI.
Miao-hao Jl^ H 153.
Miao-tse "gf ^ 171.
Mien-tien iH fj] 229.
Ming m *2, 79, 156, 219, 226,
237, 238.
Ming-che ki-che pen-mo JH^ ^
JË |( JztC ^ 157.
Ming-i hiang Bg j||g5 C. XIV.
Ming Jen-tsong Ifl t ^ (Hong-
hi) 199.
Ming Kao-ti Hiao-Iing BQ ^ ^
# m 172.
Ming-ki pien-nien §S $ Il ^
157.
Ming-kou kong B^jH;^ C.XVI.
Ming-luen ta-tien flfij^^M l^^.
Ming-luen t'ang f^^'^ 166.
Ming Ou-tsong ^ iÇ ^ 205.
Ming Seng-chao RJ |t É 270.
Ming-t'ang ^ ^ 48, 83, 91, 99,
112.
Ming T'ai-tsou ^ jc lE: 223.
Ming-tao chou-yuen QS ^ $ j^
C. X, 246.
Ming-ti ^ ^ 61, 62.
Ming-t'ien ta-ti :§: 5Ç:^^ 185.
Ming-yang ^ ^ 44.
Ming-yang men ^ |^ P^ C. IV.
Ming Yu-tchen H 2 ^ 161-
Missions Catholiques (les) 18,
43, 45, 219, 243.
Missions en Chine et au Congo
185.
Mo-fou 3i ;jï C. XV.
Mou-fou chan ^ ^ [Ij C. IV,
VI, 30, 79, 271.
Mo-ling ^ ^ (Hoa-lin) 28, 29,
31, 37, 38, 49, 50, 73, 81.
Mo-ling hien ^HJi C. II, 29,
73, 96, 265.
Mo-ling p'ou è It îi 29.
Mo-ling tchen i^ @f i^ C. XIV,
29, 68.
Mo-ni> moniens 125.
Mo-tch'eou hou ^ fg^ ^ 175,
252, 265, 270.
MOllendorf (P. von) 14.
Momein 196.
Mong-sin-ni se S fg J£ ^ 99.
Mongolie (H •^) 232.
Mongols 150, 151, 153, 159,
255.
tn
nmix.
Mont Ttiang H |I|, Mont 8* Mi-
chel 28, 234, 249, 266.
Monte>Oorvino (Jean de) 255.
Montgomerie 259.
Mou-fou chan M fS \h 78, 84,
114.
Mou-hou pa 123.
Mou-ling m m 70. 99, 113.
Mou-ling koan fK H É 70, 99,
100, 109.
Mou Tch'oen % ig 178.
Mou Yn jk H 176, 177.
Mou Yng ^ ^ 171, 176.
Mou-yong Toh'a» S jfit j|i 66.
Moukden 243.
Muirhead 263.
Mumy 260.
N
Na-hai-toh'ou IRS t& 171,172.
Nan Han jH H 135.
Nan-hien chou-yuen lUf ff # K
C. XI.
Nan-hoang t'ang ](r £ 4^ 55. .
Nan-i men HS i^ f^ H^.
Nan k'ang heou j^ Sk ^ (Siao
Tse-k'io ji ^ fj^) 92.
Nan k'ang wang ^ i| £ (Siao
Pao-yong IT » «0 94.
Nan-kiao if ^^ 49, 54.
Nan-kiao t'an 1^ %it,S2.
Nank'ien tao )|f ^ ji C. XII.
Nan-king cheou-pei Jt ift «^F flî
198, 199, 204, 233.
Nan-king Tche-tg'ao Tt :^, H ig
204.
Nan-king Yng-t'ien fou ^ ]^ |g
3Ç Jff 195.
Nan-kiun wang )|f {K 3E (Lieou
I-siuen m m g)^l-
Nan-kiun wang f|f flS ï (Siao
Tch-ang meou îf ^ H) 88.
Nan Lang-yë kiun gf 301 9 QS
113.
Nan men ^ f^ C. 111,25,45,52,
71,100,121,133,142,145,275,
205,214,234,238,264.
Nan-ning (ou mUf. )ff 229.
Nan-pë tch'ao ft ft fil "^^^ ^^^
115.
Nan siu-tcheou if^iHI 30,111.
Nan Song ^ * 87, 149.
Nan T'ang ^jj|f: 55,67,133,136,
1S8, 264, 265.
Nan-fang kong 1^ BlS ^ IX,
XVII.
Nan-t'ang Lié (Li)-tsou {t j^ ^
Îl (Siu Tche-kao % 90 ta)
29, 130.
Nan-t'ang Yuen-tsong )tJÏ7C^
131, 132.
Nan-tch'ang ^ g 204.
Nan-toh'ao j$ IQ 71.
Nan-tch'ao kong HrlSÏT O.XVII.
Nan-tch'ao mo-ling bien îfif^l^
BIH G. XVII.
Nan-tche-li ^ ît H 237.
Nan Teh'en ^ (ft ^99.
Nan Tcheng bien if MS JH 36.
Nan Tch'eng ^ jtS C. XII,165.
Nan Ts'i ^ ^ 87.
Nàn-yang fou ^ |^ Jf!f 157.
Nan-yen ^ ii 66.
Nan-yen tcbeou 82, 83.
Nan-yo miao J^ Hft M 1^^-
Nan-yu tcbeou ^ H jHf S3.
Napier (Lord) 256.
Naval and Military Magazine 179.
Nei-boa yuen ^ :^ É ^01.
Nei k'iao P9 i^ C. XI, 44, 134,
148, 211, 264, 265.
Nei-tch'eng pq ^ 188.
Neng-jen se lË fc ^ 0. IX,XII,
Nestoriens 254. [172.
Ngai-king se St ^ ^ 105.
Ngan-bing biang ^^^C.XIV.
Ngan-hoei ^ H 18, 20, 37, 93,
160,165,190,218,225,248.
Ngan-k'ing ^ H 18, 190, 207,
220.
Ngan-koei hiang ^S$ ^ C.XIV.
Ngan-p'ing ling ^ ^ [f^ 58.
INDBX.
8Î7
Ngan-tch'a>che se ^ ^ fê ^
0. XIII.
Ngan-tch'eng wang $ J^ 3£
. (Lieou Tchoen ^ tf) 86.
Ngan-tch'eng wang ff J^ 3Ê
(Toh'en Hiu |$ i%) 112.
Ngan-té hiang ^ fê ||P C. XIV.
Ngan-té men ^ ^ P^ C. XII.
Ngan-ti ^ ^ 66, 69, 70, 74.
Ngan-ting kiun ^ S JP (Li
Tsong-kia ^ |8§ *) 131.
Ngan-tong hien ^ :^ H 143.
Ngan tun (loen) (Marc-Aurèle)
^ le 47, 254.
Ngeou-ning wangjg5^ ^(Tchou
Yun-hi ^ ;fc JB) 794.
Ngo-mei chan 1$iJm\ii C. XIV.
Ngo-tcheou ^ jtl 151.
Nicolas III 2.55. •
Nieou-cheou ^^fi -f 271.
Nieou-cheou chan ^ # Uj 270,
272.
Nieou-tchou 4^ jt 'iQ-
Nieou-t'eou chan^^llj 81,82,
100, 199, 205, 206, 270.
Nieuhoff 77, 234, 256.
Ning-ho wang ^ îflf 3E (Teng
Yu % t:) 177, 201.
Ning-kouo ^j^ g 18.
Ning-kouo fou Jg g j^ 21, 45,
149, 205.
Ning-po ^ ^ 19, 60,. 61, 255-
257, 261, 262.
Ning wang ^ ï (Tch'en Hao
:g gi) 204, 205.
North China Daily News 4, 5,
21,34,42,116,118,141,144,
170,185, 193, 197, 220. 223,
224, 232, 250.
Notes and Queries on China and
Japan 36.
Nu-tchen ^ J| 139, 141.
Odric de Pordenone 24, 152,
153, 255.
Ogodai (Ogotaï) 152, 153.
Ko-ta (A Kou-ta) ^Jff^idQ.
Omi (Mont) 57, 71.
Orembourg (Gouvernement) 19.
Osbeck 256.
0-yu if ^ 181.
Ou ^ 18, 22-25, 35-37, 40, 49,
265.
Ou {Stèle des) ^^ummn
39-40.
Ou-chan j^ \i\ 73, 113.
Ou che |S5 ^ 123.
Ou-fou 5 ^ C. XII.
Ou-heou ^ j^ (Tchou-ko Liang
^ « ?fe 36.
Ou-heou ^ Jt 123.
Ou-hing ^ A 55.
Ou-hing kiun ^ ^ ^ 30. .
Ou-hing ko # ft ^ 130.
Ou hio fS,^C. XII, 204, 264,
Ou-ho 5. ^ 129.
Ou-hou (5 lacs) 5 ji 143.
Ou-hou ni fJSg 18, 75, 77, 109,
126, .226, 234.
Oui hiang â ^ 1 0. V, XII.
Ou kang ft |S3 C. XV.
Ou-k'i chan S :i| lU C. XIV.
Ou kiang J| a C- XIV.
Ou King ^ JP: 32.
Ou kong ^ ^ C. XVII.
Ou kong-tch'eng ^ ff j^ 41.
Ou k'ou ^ ^ 104.
Ou-k'ou tsing fÇ H ^ 49.
Ou-kouo kong ^ g ^ (Tchou
Yuen-tchang ;:^ % W) 1^9.
Ou-li hiang j^ jfj ^ 0. XIV.
Ou-liang-cheou Fou siang Hf^H
« # 1i 100.
Ou-liang se ^ j^j^ 60.
Ou-lié-ti miao ^^^Jfl 0. X.
Ou-ling heou ^ |è É (SiaoTse
M B) 106-
Ou-ling wang $( H! £ (Lieou
Taiun i) J|^) 78, 80.
Ou-ling Wang f( fê 3^ (5e-ma
Tsuen ^ ^ ^) 66.
Ou-long k'iao ^ M M 269.
928
INDEX.
Ou-long tan j% H 2( G. XII.
Ou ma tou jSMIH C.XIV.XVI.
Ou-man k'iao ^ H 4| C. XII,
XVI.
Ou men Pp. ^ 168, 202.
Ou miao ]( M l^^-
Ou Ming-hiuen ^ ^ <g 218.
Ou-ngai fa hi-che U^^Mi^
Ou-ngai hoei MU # 103,111,
113.
Ou-ngai tien H H B 101.
Ou-pang te'uen J^## O.VIII.
Ou-p'ing ling f( ^ H^ 54-56.
Ou San-koei â H 4£ 222, 231-
233.
Ou-8i '% % 23, 143.
Ou-8i hou HAIS 143.
Oy Siun-ti 1l fT ^ 128.
Ou-Bong ^^ 157, 260.
Ou Ta ti ^ * * 6, 39, 44.47,
48, 59, 182, 191.
Ou t'ai jÉ lE 2^2-
Ou-t'ai chan £ S lU 252.
Ou Tao-tse ^ « ^ 97,
Ou Tao-yuen J^jt jc 9^.
Ou-tchang kang ^ il |iQ 79.
Ou-tchang yuen 36.
Ou-tch'ang g^ g 38,39,49,54.
Ou-tch'ang fou |( g J)|= 151,160,
204.
Ou-tché hoei UM$t 102, 104,
110.
Ou-tch'eng S ji 0. VI, 266,
Ou-tch'eng heou ,|^ |S ^ (Suen
Hao ^ 6S) 40, 49-
Ou-tch'eng p'ouo HjJIJt O.VIII.
Ou-tch'eng tou £ ij^l fll 0- V.
Ou Tchou %% (â 3^ 141-143.
Ou ti (dieu de la guerTe)f(^42.
Ou ti |Ç ^ 271.
Ou-ting k'iao |C £ W O.X.XII,
XVI, 31.
Ou-tsin IC îi 89.
Ou-tsong î§Ç ^ (Tchou Heou-
tchào) 205-206.
Ou Wang fC ï 37.
Ou Wang ^ï nommé Fa H^ 22.
Ou Wang * I(Li king ^ îi)
129.
Ou Wang ^ 3£ 177.
Ou-wei k'iao f^^iffi C. XVI.
Ou yé-tch'eng ^!jg jjt C- I-
Ou-yng tien ft % A 223.
Ou Yué ^ jM 127.
Ou Yuen ^ B 25.
Ou Yun ^ fri71.
Ou yuen-ki ^ >(g ffi 31.
Ouchterlony 259.
Overland China Mail 115-116.
Owen 131.
Oxenham 36,
Pa B 34.
Pa-ling wang'R SI ^ (Ho ti
*I «) 96.
Pa-ling Wang BRI (Siao
Tchao-cheou H Hg f|) 94.
Pa-wang Q £ (Hiang Yu) 26.
Page (Le) 257.
P'ai-fang H j$ 168, 268.
Paléologue 60, 97.
Palladius 255.
Pan-chan se ^|I|^ O.X,XVII,
137, 148.
Pan-k'iao igii^ 49, 79, 206.
P'an (Achillée) 227, 228.
P'an-keng ^ ^ 22.
P'an K'ien f$ ^ 33.
P'an-kong fp $ 166.
P'an-kou |i -^ 183.
P'an Mei ^ || 15.
P-ang-tch'eng f^ ^ C. XV.
Pantoja (D. de) S. J. 213, 217.
Pao-chan Hf if] 257.
Pao-kia kiu ^ ^ M 245.
Pao-kong t'a jjf ^ Jg 0. XVII.
Pao-kong yuen »SK O.VIII,
132.
Pao-ngen se ^Jg;^ G. XII, 29,
38, 40, 99, 103, 148, 206.
Pao-ngen-se lieou-li t'a ^ JB, ^
««««195.
moEz.
329
Pao-ngen-se fa «S ^ il 195.
Pao-ngen t'a ^ ,® ^ 206, 272.
Pao-ning se ^ ^^ ^ 0. X, 137.
Pao-t'a k'iao llf ^ ;ft 52.
Pao Tche-kong if fj ^ 97, 98,
132.
Pao Tche-kong t'a ff |g ^ ;g
TiO/L.
Pao-yuen kiu ^UM 161,168.
Parker (amiral) 257.
Parker (H.) 14,32,37,59,61-63,
67,92,102,115,116,250,254.
Parker (Sir William) 257, 262.
Parkes (Sir Harry) 259.
Pauthier 2,4,5,14,57,64,70,71,
81,98,151,452,241.
Pé chan ^ lll 0. XV.
Pé che fl: Ttr C. VI.
Pé-hia Ê T 84,85, 89, 92,93.
Pé-hia k'iao ÊT*I C.VIII,133.
Pé-hia tch'eng ÊTM 0. VIII,
78, 101, 105.
Pé-hia-souo-yen ÊT^SW) P^r
Kan Hi 8,27,87,125,146,147,
168,200,268.
Pé-hia f ing Ê T :?: C. VIII.
Pé-hia tsuen 123.
Pé ho ;)fc J^f C. XII.
Pé-hou fi: ^ 44, 53, 146.
Pé-hou k'iao â^^O.XII,XVI.
Pé-hou men éi&P5 0. IV.
Pé-i fi: ni 28.
Pé-i men fi: ^g[ pg 28, 114, 146.
Pé-kikofi:igS 27,46,56,77,
79,89,102,128,146,188,218,
235,243,268,271.
Pé-kiang fi: fL 18.
Pé-kiao t'an * ^g JH 82.
Pé k'ien-tao ^ |t ^ C. XII.
Pé-king fi: ]5r 36, 156, 195, 237,
238.
Pé-kou chan fi: @ ll| 90.
Pé-liang tien ^ ^ M H^.
Pé-lien kiao El É É 216.
Pé-lou tcheou Ô It ÎW 0. IV,
VIII, X, 45, 124, 265, 270.
Pé-lou t'ing El £ ? 0- X.
Pé-ma hiang â M ^ 0- XIV.
Pé-ma se ô M # 62.
Pé men ^ f^ 0. III.
Pé-men k'iao 4b F! ^ 0. XII,
XVI, XVII, 52, 79, 133, 142,
146-149, 268.
Pë-mou pei â TfC Kt 56.
Pé-ngan men:|l:^Pg C.XII,239.
Pé-p'ing fi: ^ 195.
Pé Song fi: ^ 135.
Pé-t'a fen ê II at 164.
■Pé-tche-li .1kli[# 139,196,237.
Pé-tch'e leou "g" R^ 0. IX.
Pé tch'eng ^b ^ G. XII, 264.
Pé-tch'oan k'iao ;g;i|# O.XII.
Pé-t'ou kang È ± 1^ H-*-
Pé-t'si * 3# 73.
Pé-tsié men J^ ^ f^ 73.
Pé-yen fâ M 151.
Pé yuen fi: ^E 0. IX.
Pears 259.
Pei-ho fi: fjif 131, 258.
Pei-wen-yun-fou fifl^Cli^ 83.
Pen-yuen-ni se ;4^ j^j ^ ^ 99.
Perny 2, 43, 198.
Perrigaud (P.) 8.J. 15.
Perse ({ft ^) 47, 151, 229.
Pescadores ^^2ii, 256.
Pétillon (0.) S.J. 33, 103, 127,
195.
Pfister (L.) S.J. 21, 220, 242,
243, 257.
Phagspa 150.
Philippines 241.
Phocéens 20.
Pi-fong se ^ ($ ^ C. XII.
Pi-lou se ^ Jt ^ *"' 98, 183.
Pi yong ]^ É '^8.
Piao ^ (Tchou Piao^^ ;g|) 173,
182.
Pié ïg (Ou Wang ^ 3E) 31.
Pien-kié j^ ^ 213.
PÏen K'oen -^ ^ 55, 56, 145,
161, 172.
Pien-liang '^ ^ 126, 131, 135,
153.
Pien miao -jc J^ 0. XI.
3S0
INDEX.
Pien mou 1? J C. XVII.
Pien Pin -j; i^ 56.
Pien-tchong-tchcng kong -j; ^
jH ^ cf. Pien K^oen, 55.
Pierre (A.) 8.J. 3.
Ping-ling-kong miao jtffK^tfi
C. X.
Ping-pou chang-chou |^{(fl^#
204.
P'ing k'iao ^ :|jjf C. XII.
P'ing-kou Wang ^ @ £ (Tsin
Ngan ti ^ 1t W ^•^•
P'ing-kouo kong ^H& (Tchao
Tse-long ffi ^ «) 226.
P'ing-ling bien ^^H CI, 25.
P*ing-nan wang ip$i (Tcheng
Tche-longJU ^ jj|) 225-231,
240.
P*ing-si wang 2ji'j53E (Ou San-
koei ^HM) 233.
P'ing-tch*ang ^ ^ 28.
P'ing-tch'ang men ^^p^ C.VI,
51,72.
P'ing.tch'eng Zp ^ 73.
P*ing-teng hoei ^ ^ ^ 102,
P*ing-yang zp|g 52,178. [103.
Piry 12.
Plan de Carpin 254.
Playfair 210.
Po ^ 33.
PO"Se 8e ajt »f * 123.
p'o-sié tsi ^a^ ^ ^ 314.
Podeo (François de) 255.
Pondichéry * * f& S 247.
P'ong-hou jg ïSÈ 241.
P'ong tch'eng ^ ^ 68.
P'ong-tch'eng wang 5^ JS î
(Lieou I-k'ang 9i B M) ^8.
Port-Arthur (Jg jg) 228, 229.
Portugais 224, 227-230, 256.
Pott (Rev. Hawks) 34.
Pottinger (Sir Henry) 260, 261.
Pou-tcheng-che se -î^ ï|5[ ® ^
0. XIII.
P'ou-hoa se ^ 4fc ^ 100.
P'ou-hoei se ^M^ C.XII,265.
P'ou-k'eou îf P 190.
P»ou.t<5 se 3^ Q ^ 0. XII.
P'ou-tM-wang miao # j& £ IR
P'ou t*ou ^ PË 71. [95.
P*ou-t8e-k*eou tch'eng M ^ Q
]^ C. XIV.
Pouo Wang yuen {Jl ^ |E C.VI,
XVII.
Pouo yang |J|S |^ 160.
P'ouo-ti-kiao tch'ang ^f|0CM;Jft
C. X.
Ptolémée 254.
R
Ratti-Menton (de) 262.
Reclus (É.) 3,5,9,10,14,17,18,
22, 59, 184, 196.
Régis, S.J. 180, 241.
Rémusat 62, 67, 153, 181, 183,
Rho (Jacques) S.J. 216.
Ricci S.J. (fj ^ 'g) 209, 214,
215, 219, 256.
Ritual services (Ming luen ta
tien) 16.
Robinson Crusoe 246, 247.
Rocha (J. de) S.J. 211, 214.
Rodriguez, S.J. 213.
Rosamel (de) 262.
Rougemont (F. de) S.J. 231,242.
Rubruck (Guillaume de) 255.
Russes, Russie 228, 256.
Revue de l'Extrême-Orient 150.
Revue de l'Histoire des Reli-
gions 43, 228, 256.
Revue des Question Scientifi-
ques, 19. •
Revue Française 262.
Revue Scientifique 138.
Richtofen (Bar. de) 5, 18, 21.
Sa-tou-la mm M 154.
Sai-kong k'iao ^ X ^ 0. XII,
XVI, 188.
Saltoun (Lord) 259.
Samarkande 183.
IMDBZ.
881
Sambiasi (P.) S.J. 210,214,217,
224, 227, 228.
San chan H lll G. II, 49, 80.
San-chan k'iai H (Il î^ 0. XII,
XVII.
San-chan k*iao £ [Ij |g G. XII,
XVI.
San-chan men H lU PI 0. XII,
133,160,172,202,234,270.
San-hoei king H S 8 ^0"^-
San .k4ao H ^ 100-
San-kong k4aoHS^^ 238,239.
San kouo HS 31,33,40,45,265.
San kouo tche H S lË 34.
San-mao chan H ^ lE C.XIV,
San-pou H M 214. [XV.
San-sou yen H#:ë* O.XII,271.
San-fch'a ho H 2^ ÎRÏ C. XII,
XVII.
San-tch'eng hou HMii O.XIV.
Sancian (H M ft) 256.
Sangabala 105.
Schall (A.) S.J. 216,219,221.
Schlegel (G.) 164.
Schreck (Terentius) cf. Terrenz
216.
8e-chan pien nienQ^^f^ 235.
8e-che-se yng H + S C.X.
Se-ho hiang igU ^ 0. XIV.
Se-hoei fou ^#/iï C. IX, 138.
Se-kou-tB4uen-chou B9 ^ ^ ^
Se-ling S m 221. [11.
Se-ma Chang-tche ^^'^:t 65-
Se-ma Chao ^ J|||3 (Tsin Ming-
ti « m ?fî) 43, 54-58.
Se-ma Hieou-tche ^.HflCjè 67.
Se-ma I ^ 1 gi 36, 54.
Se-ma I ^ >î| H^ (Koei-ki wang
# H 3E) cf. Hai-si-kong ^j:
W » 58.
Se-ma Jeou-tche fH^^^t, (Ts'i
wang ïl î) 65.
Se-ma Joei "g H Jp (Lang-ya
wang, Tsin Yuen-ti # 7C ^
52-54.
Se-ma Luen ^ ,|| jj| 52.
Se-ma P'ei "^ J^ ^ (Lang-ya
wang, Tsin Ngan-ti Ç ^ ^)
58.
Se-ma Tan ^,^K (Tsin Mou-ti
W ^ * 57, 58.
Se-ma Tao-tse Hl.^Ji'? (Lang-
ya wang) 28, 64, 65.
Se-ma Tcli'ang-ming ^ ,1 g BJ
(Tsin Hiao-ou t\ ^ ^ -^ ^)
58, 59.
Se-ma Tche 'S ,^ ^ (Tsin Hoai-
ti) 52.
Se-ma Tcheou 3 ,|| 'fù 49.
Se-ma Tchong % ^ M (Tsin
Hoei-ti W 1 ^) 52.
Se-ma Té-tsong ^ M fê ^ 64.
Se-ma Té-wen ^ ,§| -fâ ^ 68.
Se-ma Ts4en "^ ,^ 31 234.
Se-ma Yé ^ ,^ i|5 (Tsin Min-ti
^mm 52, 53.
Se-ma Yen % ^ ^ (Tsin
Tch'eng ti § J^#) 43, 55-57.
Se-ma Yo ^ ,|§ ^ (Lang-ya
wang,TsinK'angti§|§^)57.
Se-ma Yuen-hien ^j^tcS 65.
Se-p'ai leou Bf(^9 ^' XII.
Se-t'an kou ti JE É Éfe )fe 0.
XIII.
Se-tcheou f|gjH1 156,164,179.
Se-tch'oan ;i| 34-36,161,171,
174. 192, 195, 207,231, 232,
247.
Se-t'ien t'ai ^ 3^ S C. XII.
Se-tse kouo p-^^g (Ceylan) 71.
Se wang É ^ XV.
Semedo (A.de) S.J. 213,215,229.
Shanghai Mercury 157.
ShefSield (Rev. D.Z.) 35.
Si-chan k'iao ïf # ^ ^25.
Si-chan-tao yuen|filjJ|^^C.XI.
Si-che-pa wei H "f AÎU 0. XII,
44, 264.
Si-choei koan 'S ^K 155.235.
Si-fang se W J5r % 239.
Si Han 15 jH 34.
Si-hia chan :R H il] 21, 66, 70,
80,84,95,109,142,190,249,
270.
332
INDBX.
Si-hia se ^ IS ^ G. XVII.
Si-hoa W i^ 28-
Si-hoa men W $ n ^34, 175,
198, 245, 264.
Si hong k'iaoHJIttt G. XI, 265.
Si hou 9)11 41.
Si-i W m 28.
Si-i men H #t M C. VI, 51, 72.
Si-kin-sieou fang H HH îl ^ ^•
X, 154.
Si koan H tt S^-
Si kong Bf "ê 223.
Si-lieou fang ftl^ :$ G. XI.
Si-lieou yngln^fi C.X, 264.
Si men H R C. X, 133, 154,
Si-men chan 9 P^ lU C. XIV.
Si-ming men H^P^ G. VI, 51,
72.
Si-ngan fou H ^ jff 21, 26, 73,
115, 118, 122, 137. 173, 221,
233.
Si-ngan men H ^ H C» '^II-
Si-p'ing heou || i^ jg| (Mou
Tch'oen ^ *) 171, 178.
Si-tch'ang heou "S ^ ^ (^>^°
Luen if X) 91.
Si-tch'ang ligan H ê ^ 0. XII.
Si-tch'ang-ngan men HJ^^f W
164.
Si tch'e S % 63, 67, 85.
Si tch'eng S M C- XII, 111,
264.
Si-tcheou ® JH 89, 106, 107.
Si-tcheou k'iao 9 jHf H 265.
Si-tcheou tch'eng H jHÎ J|j| 50,
89, 121, 265.
Si tien |f ^ 75.
Si-t'ien se 9 51^ ^ G. XII, XIII.
Si Tsin W S 28.
8i-tsing t'an H S? Jl 99.
Si-yang chan W É lU C. XIV.
Si-yng (S ^ 214.
Si-yu H j$ 60, 151.
Si yuen W ^ 0. XII, 160.
Siam jgjp 116.
Siang-fang ^M 0. XII, 180,187,
188.
Siang-kong se JS Sf ^ C. VII,
XI, 85.
Siang-tch'eng pé H J|j| fjâ (Li
Long) 198.
Siang-tcheou jfg |||| 107.
Siang-tong wang jfgjfCÏ (Lieou
Yu 99 â) 84.
Siang-tong wang ^ )K £ (Siao
I if 1^ 107.
Siang-yang H |£ 143.
Siao-che J| J^ 75.
Siao Chen H fg 92.
Siao Fang-tche $fi "^^ ^ (Liang
King ti, Tsin-ngan wang §
« î) 108.
Siao-fou-tch^eng k4ao ij\ ||[ jg^
;fi G. XII.
Siao hang >]> JH 177.
Siao Hoei-li ff # S ^06.
Siao hong kiao è]% ft; ijgf C.IX.
SiaoI>J,2,22. IIII89. Hai
93. if m 107.
Siao Kang m ifH (Siang Yuen ti
IK ^ *) 103, 106.
Siao kiao tch'ang ^hlftJK (Liang
Kien wen ti |j| H ^Jt ^) G.
XII, XVII, 266.
Siao K4o ff || 106.
Siao Lien ff i| 90.
Siao Luen H ^ 91.
Siao Luen H |^ 103, 105, 106.
Siao-men i]> f^ 164.
Siao MQ-ho if J|IM 113.
Siao-ngan-té men i]\ ^ ^ f^
125, 177, 238, 239, 269.
Siao-ou chan )J> ^ Jj C.XIV.
Siao Pao-hiuen )jf 'jj ^ (Kiang-
hia wang ùl 5 ï) 9^
Siao Pao-kiuen 'ig '^J ^ (Tong
hoen heou ]([ -i: i|) 93.
Siao Pao-yn jj^ 'M "M 9'*'
Siao Pao-yong ff ^|6 (Ts*i Ho-
ti jaÇ ft ^) 9a^iJ5.
Siao Se ff g| 106.
Siao-si hou )f. W Wi 36,37,124,
268.
Siao sin *J^ -5^ 22.
INDEX.
333
Siao Tan-yang >J, j^ ^ 70,77.
Siao T'ah-tche If jg î 93.
Siao Tao-tch'eng MME. (Ts'i
Wang ^ D 85-88.
Siao-tch'ang kan-hiang >Jn g =p
^50.
Siao-tch'ang-kan-li ij» :ê nP M
29.
Siao Tch'ang meou ||;gjS| 88,
91.
Siao Tchao-tcheou H B8 ^94.
Siao Tchao-wen H BS $ (Hai-
ling Wang ii |t ï) 91. 92.
Siao Tchao-yé ff BB H 91.
Siao Tche # ig 89.
Siao Tcheng-té ff jEfô 105,106.
Siao-tchoang-yen se *J^ ^ j^ #
100.
Siao Tong il|f ^ (Yu-tchang
Wang) 106, 107.
Siao-tong men ^l^^f^ 149;235,
268.
Siao T'ong H ^ 99,100,103.
Siao-ts'ang chan >J^ ^ \l\ 252.
Siao Tse ^ |f 106.
Siao Tse-k'io If ^ f| 92.
Siao Tse-liang ^ ^f ^ 89,91.
Siao Yao-koang H ^ 36 93.
Siao Yen ^ fjj (Liang Ou-ti,
Kao-tsou Ou-ti) 93-96.
Siao-yng >J<g (Champ de Mars)
42, 248.
Siao Yng H^ (Yu-tchang wang
H * aE) 90, 248.
Siao Yng-tcheou H ^ ^93.
Siao Yuen 101.
Siao Yuen-mingffjg3BJ (Tcheng-
yang heou J[ ^ ^) 108.
Sié-chang tché g^ ^ ^ 0. VI.
Sié Hoei |H ^ 75.
Sié-kiao ^ ^ iSh.
Sié-kong chou H Sg C.XVII.
Sié-kong toen ^^Hk 103, 137,
269, 270.
Sié Ngan |^ ^ 63.
Sié Pei-tche ^ j^ i, 75.
Sié Wei-nong ^ i; H 37.
Sié Yuen fft x ^3, 77.
Sien-ho men \^ H ^ G. XII,
Sieou ling ^ ^ 106.
Sieou-ning ling ^ ^ ^ 85.
Sieou-p'ing ling ^ £|i f^ 65.
Simon (Eug.) 95.
Simon (Mgr. J.-B.) S.J. 131.
Sin feou k'iao ir î^ *l C. XII.
Sin-ho k'eou if ÎJÏ 13 C. XII.
Sin-kiang k'eou if Q: O.XIII.
Sin k'iao if ;^ 0. X, XVI.
Sin-leou Hou-yuen Wt M M M
89.
Sin lin if # C. VII, 80, 85.
Sin-lin p'ou if ^ji C. VI, 80,
104, 114.
Sin-lin yuen if |if: 2^ 91.
Sin-ngan hian if ^||5 C. XIV.
Sin-ngan se if ^ ^ 83.
Sin-ngan wang if ^ 3E (Lieou
Tse-loan fî ^ *(g) 84.
Sin-ngan wang if ^ ï (Siao
Tchao-wen H B3 ^) 91.
Sin-ngan wang if^J (Tch'en
Pé-kou It fé @) 113-
Sin-tch'eng if ^ 143.
Sin-t'ing if ? C. XVII, 80,
85, 86, 92, 93, 104.
Sin-t'ing Wang if^|^ C.XIV.
Sin ts'an kong if ^ ^ C. VI.
Sin-yang ^ ^ 56, 65.
Siu (Et. Zi) S.J. 10, 11, 166.
Siu Oheng f^ ^ 30, 38.
Siu Hiao-se # ^ |i 93.
Siu Hiuen-tché # ^ ^ 0, IX.
Siu Jou-kou # ^ ï^ 215.
Siu Kao ^ jg 228.
Siu-kia-hoei (Zi-ka-wei) ^MM
211.
Siu King ;^3f (Ou wang|$ï)
129.
Siu King-yé ^^M 123.
Siu Koang # H 64.
Siu Koang-k'i ^itB 183, 209,
21,1, 212, 216-218.
Siu Pei-tche ^ M, ± '^^^
Siu Se-hoei é M% 108-
884
IMDIX.
8iu Sien-tche ^ f| J^ 75.
Siu Ta (Su Ta ^ H) 160-162,
167, 170-177, 191, 210.
Siu Tche-kao|^^J$(Nan-T'ang
Lié-tsou ^JiMS Ts'i wang
kao^3ESf) 128-^130, 133.
Siu Tche-ngao # ft f^ 128.
Siu Tche-siun # ^ ^ 128.
Siu-tcheou ^ |f| 35, 50, 84.
Siu-tcheou fou ;^ ^ ;||f 68.
Siu Tsengcheou |^ jf # 190.
Siu Wen ^ {g 127, 128, 133.
Siu Yuen-yu # x; Si 9*-
Siu Yun-tsio ^ ^ # 226.
Siuen-fou tien ^ jj| JB 113.
Siuen Hoang-ti ^ è to ^^•
Siuen-ki tien 3$ HJS 111.
Siuen-ou t'ang ![ |( ^ 90.
Siuen-ou tch'ang £tJ(^ 79,82.
Siuen T'ai-heou JE ffc J& 64,
Siuen T'ai-heou S ic « (Chen
che et SSÙ 84.
Siuen-tch'eng-hien kiai £j|j|j||
SSL 0. XIV.
Siuen-tch'eng wang a SU 3E
(Siao Luen US et Ts'i Ming-
ti) 91.
Siuen-té g fô 8, 198. [99.
Siuen-té hoang-heou ^^^1^
Siuen-tsong g^ (Tchou Tch'an-
ki * d S) 198, 199.
Siuen wang g ^ 23.
Siuen yang g |g 28, 44.
Siuen-yang men 'MBf^ C. IV,
VI,28,50,51,55,64,72,94,264.
Siun-fou îS H 138.
Siun-hoa-tou tch'eng g^gjf i^l
144.
Siun-kiang (Prince de) ^ JQ ï
227.
Siun-sian men |MI ^ f? ^- ^^I'
100, 187, 188, 238, 239.
Siun-yang |jî [^ 85, 93.
Skertchly 4.
Soei ^ 114-120, 253, 264, 265.
Soei ning ling ^ % fê 88.
Soei-teiang-tcheou tch'eng|(f ^
M ^ C. XVII.
Soei Wen-ti R| X * 118, 119.
Soei Yang-ti Jf^ fê i» «l»-
Soei yuen gg H 253.
Soei-yuen sien-cheng Hl H ^ ^
(Yuen Tae-tB'ai) 251-253.
Song 51? 21,42,72,74,115,133,
138,147,153.
Song Chao ti ÇJJ *!> ifî 74, 75.
Song Chen-tflong 5|t ït ^ 137-
139.
Song Choen ti ^ J$l^ (Lieou
Tchen) 86.
Song Fei-ti 5^ J» * 84, 85-86.
Song Hiao-ou-ti 5|c#fÇifî (Ou-
ling wang, Lieou Tsiun) 80-
83.
Song hing-kong JjSfx'^ C.XVII.
Song Jen-tsong 5|£t^ 138,
Song Kao-tsong ^ 1^ ^ 140,
142, 144, 145.
Song Kao-tsou ^ "^ M. (Lieou
Yu) 74, 127, 141. [227,
Song-kiang igift, 18,21,41,155,
Song-kiang fou ^ft^ 41,155,
Song-kouo kong 5|c B & (Fong
Cheng M S^) 176,
Song Lien 167.
Song Ming-ti 5^ ^ ij? 85.
Song Ou-ti * IR il? 70.
Song T'ai-tsou é±îSL 135,136,
Song Tchen-tsong tI^JI^ 138.
Song Tch'eng ^ g^ 167.
Song Ts'i-k'ieou ^ ^ SU 128-
Song, Ts'i, Liang, Tch'en kong
*, m,m,mfs o. vi.
Song wang jjj^ (Lieou Yu) 68.
Song Wen-ti ^^H^ 28,67,74-
80,90.
Song Yong-ngan kong ^^^
g 266.
Soo-chow creek 18.
Sou I JIH a 56.
Sou Siun jjjl JUl 55-57.
Sou-tcheou ^ W (Kou-sou JÈ M)
18,22,23,46,47,119,127,129,
132,143,161,210,227.
INDEX.
335
Sou-tcheou fou jiH ^ ;|J 151.
Spira (P. de) (van Spiere) S. J.
213, 216.
Staunton (Sir George) 256
Su (Siu) Hoei-tsou #3l¥fl 191.
Su (Siu) Ta#^ 160-162,167,
170-177, 191, 210.
Suât 61.
Suen Hao ^ ât 39, 40, 49.
Suen Hieou W. W (^ing ti ^^
^) 39, 48.
Suen Ho ^, ft 39.
Suen Kiao ^ Ô^ 38.
Sûen Kien # M 41-
Suen K'ien ^ ^ (Yong-ngan
heou ^^ m) 39.
Suen K4uen ^^ 31,33.35-38,
44,47.
Suen K'oang ^ ^ 206.
Suen koei-fei ^ -^ jg 170.
Suen Liang ^ ^ 39.
Suen Lin U ^ 39.
Suen-ling kang. |g |^ ^ 55,90.
Suen Ngan 70,
Suen Ngen Jg ,g 65.
Suen-ou ^, ^ 28.
Suen Tan M M 39-
Suen Tch'e Jf, ^ 32.
Suen Teng ^, S 38.
Suen Yun #, ;fc 38.
Sydney Skertchly 4.
Sylva (A. de) S. J. 247.
Syrie 151.
Ta-che ;*: ïîi C. IV.
Ta-che k'iao ::;c ïîî ^ 265.
Tanche koan :/c J^. É ^- ^V.
Ta-chen koan :*: # H G. XIL
Ta-hang ^ ^ 44, 112.
Ta-hang men ;/^ '^ f^ G. IV,
51, 83.
Ta-hia men :J^ ^ f^ G. VI, 51,
Ta-hiang-lou M^A"^^^^ [72.
Ta hing-kong :^ fr g 245.
Ta kiai ;^ ;gf 44.
Ta kiang ;^ ^ G. I.
Ta-kiao-tch'ang (Champ de ma-
nœuvres) ;fc Jfe ;^ G. XII, 243.
Ta kMao É ^ C. XII.
Ta-kong fang ^ ^ ^ Mh,
Ta-kiun k'ou ^ !g jg G. X.
Ta-kiun ts'ang :^ |g ^ G. X.
Ta-li-ma ^ M Ift 171-176.
Ta-li se :^ 3g 4 C5. XII.
Ta Ming ^ 0J 153, 163.
Ta-ming i-t'ong tche :^ ^ -- Ég
îè 197.
Ta-ming men ^ ^ f^ 163,188,
214.
Ta-ma (Dharma) ^ J^ 98, 271.
Ta-mo t'ong ^ J^ p 271.
Ta-ou chan ;^ ^ llj G. XIV.
Ta-pan nié-p*an k'ing ^ f^L^
^ m 103.
Ta-se-ma :*: ^ ,^ 28.
Ta-se-ma men :^ pJ »B| P^ G.V,
51, 72, 73, 100, 264.
Ta-se t'an ;^ JE É G- XII.
Ta-se tien ;^ |E Jg 168.
Ta-si men ^ j^ pg 154, 234.
Ta-tch'ang-kan-li :^ # =P S
29.
Ta-tch'eng kiang ^ ^ P^ G.
XVI.
Ta-tchoang-koan ohan :^ JH: M
lll G. XVII.
Ta-tchoang-yen se :^ ^ H *
111.
Ta tchong kiai ^ t^ 1^ G. XII.
Ta tchong k'iao ;^ + i^ G.XII,
XVI, 133, 141, 239, 266.
Ta ti ;*: ^ 35.
Ta-ti miao ;^ ^ jg G. XI.
Ta tien ^ ^ 164.
Ta-t'ong ^ [g 164.
Ta-t*ong io\x ^ ^ ^ 73.
Ta-t'ong hien :/c j^ J^ 73.
Ta-t*ong men 9t IS P^ ^^•
, Ta-tou ;^ ip 150.
; Ta-tou fou ::^: ^ /jj cf. Yen-king
I (Pékin) 162.
I Ta-tou tou-fou :fc #fi^ /fip 122,
336
INDEX.
Ta-ts'in ae ^ $^ ^ 123.
Ta-ts'ing ^ JH 222, 226, 237.
Ta-ts'ing i-t'ong-tche :fc JU —
Tai-tch'eng lou ^ g^ H 116.
T'ai-che ±fBi (Lan Yu SBE) 174.
T'ai-cheou -j^ «^ 120.
T'ai-hio ± $ 53,112,130,166.
T'ai-ho kong :|c ft ^ C. IV.
T'ai-hou ± JM 18.
T'ai-ki tien ± HJg 56, 70, 80,
90, 99, 106, 109, 111, 113.
T'ai kiang Jc H 22.
T'ai-ning heou ^^Iff.^ (Tch'en
Koei K m) 195.
T'ai miao -j^, Jfi 58, 63, 64, 84,
88,99.110,129,144,161,164,.
168.171,201,202.
T'ai-pé H fé 22.
T'ai-p-ing ± 2p 40, 42, 48, 77,
81,166,177,203,212,233,243.
269.
T'ai-p'ing fou :^ îp * 21, 45,
49,77,93,108,143, 149, 153,
158,159-161,166,226.
T'ai-p'ing bien jc ¥ )l^ l^^-
T'ai-p'ing-hing-kouo se ^^^
B^ 0. X. 132, 154,167.
T'ai-p'ing k'iao ± ï^ i^G. X,
XII, XVI.
T'ai-p'ing men -jk 3^ f^ 44-46,
110, 148, 149, 160, 174, 188,
194, 206, 234. 238, 239, 245,
259, 260, 264.
T'ai-p'ing ti ic ¥ S C. XII,
XVII.
T'ai tch'eng ^^^G. XVII, 27-
29,44,46,56,72,78,93,94,128,
146.
T'ai-tch'eng $:J|J 50,73,79,241.
T'ai-tch'eng men * M H 27,
28, 146.
T'ai-tch'eng ts'ien-fou yuen ^
n^m^o.ix, 128.
T-ai-tch'ou kong -jk ^ "ë ^8,
44, 49.
T'ai-ting ti H JE ^ 154.
T'ai-ts'ing U ± jft £ 99.
T'ai-tsou che lou -M ÏB. "K M.
157.
T'ai-wan fou H Hjgf 242.
T'ai-wang K if 22.
T'ai-wang miao ■jk'î. M l^l-
T'ai-yuen ± J^ 54.
T'ai-yuen fou jfMjSf (Pé-king)
152, 238.
Tamerlan (Timour Leng) 183.
Tan-t'ou ^ ^ (Tcheng-kiang)
75, 80.
Tan-t'ou bien :J9- # H 36. 37.
Tan-t'ou kiai i^ ^ ^ G. XIV.
Tan-yang ^ |^ (Nankin) 31, 70.
Tan-yang ^ |i 12, 21. 26, 30,
38,47,50,73,77,79,106,107,
118,121,151.
Tan-yang cbe ^ |i| ifr C. XIV.
Tan-yang hiang ^^î^ C.XIV.
Tan-yang bien ^^^ C.III,50,
88.
Tan-yang kiai ^ ^^ ^G.IW.
Tan-yang kiun ^ ^ j^ 0. III,
31,50,52,64,73,77,113,118,
120,121,124.
Tan-yang-kiun tch'eng ^f^lgi
^ C. XVII, 265.
Tan-yang kong BM'ë 119-
T'an ji[ 110.
T'an Taotsi ft[ JE 81 77.
T'an tch'eng !fi| i^ C. V.
Tang-hong cha -^Ita^ C.XVI.
Tang-kong "M "^ "^S.
Tang-t'ou § ^ 77, 121, 124,
133.
Tang-t'ou bien !^ ^ H 153.
Tang-t'ou-hien kiai § g jR |fl
0. XIV.
T'ang IF 123,148,226,227,238,
265.
T'ang (Prince de) J|: ï 231.
T'ang Hiuen-tsong JgS^ 123.
T'ang Ho^ft 162, 176,177.
T'ang-ka hang m MM 250.
T'ang Kao-tsou B M ÏB. H^.
123.
INDEX.
337
T'angkiahiang^^^250.
T'ang Ou-tsong jI |Ç ^ 126.
T'ang Sou-tsong Jg If ^ 124.
T'ang T'ai-tsong H*^ 123.
T'ang-t'ou bien # # H 88.
Tao ^ 122.
Tao-koang ^ % 27, 262.
Tao-koang Kiang-ning-fou tchè
JS 56 iL ^ flï îè 100.
Tao-t'ai ^ ^ 154.
Tao Tchong-kiu ilj fifi $ 112.
Tao-té hiang JS ^ Éi G- XIV.
Tao Yen ^ f^^ (Yao Koang-hiao
m lï #) 170, 190.
Tao Yen-tche SJ ^ j^ 75.
T*ao Hong-king T*ong-ming ^
?/ :i: 3i m 103.
Tao K'an ^ ffil 56.
Tao-yé tou ^MM C.V,52,238.
239, 271.
Tartares 220-230, 260.
Tasset 48, 71, 195.
Tcha-p'ou ^ ?i 257.
Tch'an che lÊ :S' 117.
Tch^an-pé se || ^ ^ C.IX.
Tchang (M.) S.J. 155.
Tchang chan ^ llj C. XV.
Tchang che ^ ^ 112.
Tchang Che-tch'eng ^±|S 161.
Tchang Fei 5| ^ 34, 37, 41.
Tchang Hien % ^ 144.
Tchang Hien-tchong ^ j0( >&
207, 220.
Tchang Hin-t'ai ^ jjjf ^ 94.
Tchang Hoan 5^ ^ 94.
Tchang Hong-tch'e 5g ?/. ^ 99.
Tchang King-eul ^^% 85,89.
Tchang K^en ^ ^ 254.
Tchang-kiun $p jp (Nankin) 31,
29-31.
Tchang koei-fei ^ ^% 114.
Tchang koei-jen 5^ i A 6^-
Tchang-kong tcheou Ç|S^ 107.
Tchang pou jf: ^Jf 39.
Tchang Siun 5g î^ 143.
Tchang Tche-han 5| ;J: ^ 155.
Tchang Tche-tong 5| j^ j^ 10,
11, 52, 53, 224, 258.
Tchang-tcheou jf ffl 152.
Tchang-té fou 3^ :^ j^ 73.
Tchang-ti ^ % 49.
Tchang T'ong-chang 5^ 1^ g&
228, 230.
Tchang Tse-liang 51-?^ 125.
Tchang Tsi Si ^ 94. .
Tchang Wei 51 ^ 68.
Tchang Yong 5| ^tc 206.
Tch'ang-cha ^ g? 107.
Tch*ang-cha wang ^ 3? 3E
(Tch'enChou-kien) 113.
Tch'ang-che ^ ^ 189.
Tch'ang-ho K ffl 28.
Tch'ang-ho men TAMPI C. VI,
51, 72, 79.
Tch'ang kan :g=p C. IV,25,133.
Tch'ang-kan k'iao -^ ^ ^ C.
XVI, XVII, 133.
Tch'ang-kan H :^^M O.XVII,
Tch'ang-kan se ^ ^ ^ C. VI,
99, 114.
Tch'ang-kan t*a :g ^ Jf 195.
Tch'ang kuao ^ i^ 272.
Tch'ang-lo hiang #1^^31,73.
Tch'ang-lo k'iao ^^ig^ C. VIII,
31.
Tch'ang-lokong :gMI^C.VI,84.
Tch'ang-lo tou ^ |j| ^ 0. VII,
XVI.
Tch'ang-mao ^ :^ 40.
Tch'ang-ngan ^ If 26, 34, 43,
52, 115, 122, 123, 164, 190.
Tch'ang-ngan kiai -^^^ 164,
266.
Tch'ang-ngan men ^^P^ 164.
Tch'ang-ning hiang ^ ^ ^ 0.
XIV, 51.
Tch'ang-ning ling # ^ |^ 78-
81,90. •
Tch'ang-ta-pé-hiang :ê j;^ 4fc ^
C. XIV.
Tch-ang-t'ang hou ;g J| ^ C.
XIV.
Tch'ang-tcheou ^ % 152, 227,
240.
22
S88
IMBIZ.
Tch'ang-tcheou fou «^rif 30,
89.
Tch'ang-tcheou hien^^||56.
Tch'ang-tch'oen k'iao ##41
C. XI.
Tch'ang-yang kong ^g ^g ft C.
VI, 84,
Tch'ang Yu-tch'oen ^ S |F
161, 162, 174.
Tchao jffi 23, 61.
Tchao Chou-k'ao |g ^ fli 220.
Tchao Kao j^* ^ 25.
Tchao Ki-tsou jli fl| jJË 161.
Tchao-k'ing fou H H jj^ 229.
Tchao-k'ing fou ]g| K jjlf 228.
Tchao-kiun wang Ig ffi £ (Li
Hiao ^ # S) 119.
Tohao K'oang-yn jg^ g /^ (Song
T'ai-taou ^ ± U) 132, 135,
136, 139.
Tchao-lié ti W^ ^. $ 33, 35.
Tchao Lien-ts'ié ^ jj||t ^^6.
Tchao-ming T'aitse H^ Bfl ^ ■?
(8Iao T'ong jH f^) 100.
Tchao Tse-long jg^M (P'ing-
kouo kong i^ U &■) 226-
Tchao-yang kong BH NI flT 39.
Tch'ao-yang men^[g p^ C.XII,
55,175,190,213,234,259,269.
Toh'ao keou ^ fj| C. XVI, 271.
Tch'ao-t'ien kong ^^ç^ C.XII,
23,24,29,38,42,52,55,99,145,
154, 182, 187, 188, 202, 249,
265, 271.
Tch'ao-yang men||| m f^ 47,90,
202.
Tohe Jfe 149.
Tche ^ 236.
Tche fou S ^ 120, 154.
Tche-king tien jfi 99.
Tche-li îi ^ 36, 237, 258.
Tch«-t'ang # |t ^^•
Tche-tao kong ^ jg -^ 177.
Tche-té 5 ;J| 123.
Tche-tou it àt C. XV.
Tche-tou chan jt g| jlj 176.
Tche-yuen ^ JC 2^^-
Tch*e-ch»n # Ul 0. XIV, XV.
Tch'e-chan hou tl|( |lj JM C.XIV.
Toh'e k'ou M M 0. XII.
Tch'e tcheou j^ ^ 18.
Tch'e flng ^ Sfe C. XV.
Tché-kiang ^ a 18-21, 25-27,
35,36, 46. 65, 105,135, 143,
160, 180, 196, 199, 206, 228,
230, 232.
Tché-Ian men Wi M f^ l^^-
Tché-lieou t'ing fj^ ^ ^ C. X,
265.
Tch'é-che ki # J^ ff 270.
Tch'é-cheng tchong kiun 5R IP
^1 JH C. X.
Tch'é hien # H 141.
Tch'é-ou # Jl 44.
Tch'é-t'ang É itt ^' IV.
Tch'é.lan men flf M P^ C- ^H-
Tchen Gheng-t'an ^M9t 34,44.
Tchen-hai tchai ^H^^C.X.
Tchen-hoai kMao ^fltm O.XII,
XVI, 52,73, 145,289,264,265.
Tchen Ki-tong (Tseng Ki-t'ong)
95.
Tchen-kiang ^ H, 18,21,28,66,
84,86,105,111,122,128,142,
151-153, 158, 160, 210, 213,
220, 225, 236, 240, 255-261.
Tchen-kiang (ou ^ f^ J^ iid.
Tchen-ou yng tSk ^ 'St ^06.
Tchen-tchou ho 3^|^tjif O.XVII,
264.
Tchen-tchou k'iao l^^i^C.
XII, XVI, 89.
Tchen tcheou J( |^ 108.
Tch'en PK 71, 115, 264.
Tch'en Ghou-kien Mt^S H^*
Tch'en Chou-ling K H ft 118.
Tch'en Chou-pao |ft;^J|f (Heou-
tohou H i) 112, 113.
Tch'en Pei-ti ffi ^ 112.
Tch'en Hao % ^ (Ning wang
^ 2) 204, 205.
Tch'en Heou-tchou RÉIi 114,
118, 223. [93.
Tch'en Hiea-ts M ff |i 86,92,
IMDBZ.
389
Tch'en Hiu ^1^ (Ngan-tch'eng
Wang ^ jiiX 3E) 112.
Tch'en Hiuen ^ Jf 81.
Tch»en Hiun Jfjjf ^ 38.
Tch'en K'i ^ ^ 150.
Tch*en Koei ^ JJ 195.
Tch*en-ngan-té kong ^^^"^
o; VI.
Tch'en Ou-ti Sîffi^ ^1, 110.
Tch'en Pa-sien |S ^ ^ (Tch'en
Ou-ti) 107, 108, 109.
Tch'en Pé-kou E| fé @ 113.
Tch'en Pé-meou [5^ fÔ "32 (Che-
hin Wang ié JR I) H?.
Tch'en Pé-tsong Fît fè ^ 112.
Tch'en Seng-eul É ft Ci 201.
Tch'en Siuen-ti ^É^ 112,113.
Tch'en Tao-t'an fi Ji fl^ 111.
Tch'en Tchao-sien Hïel[£^ 158.
Tch'en Ts'ai [f ^ 111.
Tch'en Wen-ti ^$^ 111,112.
Tch'en Yao-tse ^ ^ ^ 132.
Tch'en Yun ^ ;fc 114.
Tcheng-cheng se @^^ C.IX.
Tcheng.fou tien JE 18 ^ 92.
Tcheng-Ho i|S ft 199.
Tcheng-koai k'iao ^fj||§C.IX.
Tcheng Hong-koei ^^^ 225,
226.
Tcheng-koang tien jE 56 Ig; 81.
Tcheng Pé-kiao BjR * 5JJ ^1-
Tcheng Tche-long i|S^|i (Ko-
xinga) 225*231, 240.
Tcheng Tch'eng kong ^ J^ 3^
Tchengté JE^ (Ming Outsong
m « ^) 205.
Tcheng-yang Jneou jll^^ (Siao
Yuen.ming ff «H BJ 108.
Tcheng-yang men JE (^ P^ C.
XII,41,149,163,188,234,265,
271.
Tcheng-yang t'ang jE IS ^ ^1,
111.
Tch'eng-cheou yng Fou-tsiang
i* ^ ^ SlJ «? 175.
Tch'eng hao (Fossés) j(S }g C.
XVI, 133, 234.
Tch'eng-hao-toan tch'ou JjJ ^
Br « C. XVI.
Tch'eng.hien kiai J^ K ^ 264.
Tch'eng-hoang j)fj |ig 166.
Toh'eng-hoangmiao"j|3|J3î167.
Tch'eng-kouo ^ ?|5 236, 238.
Tch'eng-ming men ^UJ^fH 79,
86.
Tch'eng-ngen se ^ ,gf, ^ G.
XII, 214.
Tch'eng-sien hiang jj^ f|Il ^ 0.
XIV.
Tch'eng.sin-t'ang Jgit;>^ 0. IX.
Tch'eng-t'ang j^g ^ 32.
Tch'eng-t'ien men 5|t?cP1 190.
Tch'eng tou ^ |p 34, 35, 36,
161, 220.
Toh'eng.yang j^ ^ 56.
Tch'eng Yen-sien ^ ^ 5fc 159.
Tch'eng Yeou-liang f^7^%^, 160.
Tcheou ^ 18,22,32,73,113-116,
123 178
Tcheoii-chan fy]J\ 71,227,257,
263.
Tcheou che fg^ J^ (Kôuo heou)
132, 223.
Tcheou Chen fSi fj 199.
Tcheou Hien wang j^ ]p £ 25.
Tcheou Hin Ji ^ 32.
Tcheou Hing-se ^ M SU ^^'
Tcheou K*an ^ ^ 54.
Tcheou King Wang ^^ï 26.
Tcheou-lang k'iao ^ ||) |î| C.
XIV.
Tcheou Mou wang ^ ® ï 265.
Tcheou-san ^ il] 71, 227, 257,
Tcheou Tcha ^ ;|;L 54. [268.
Tcheou-tch»ang ^ 3|î 22.
Tcheou Tch'ou t'ai ^/g J O.V,
XII.
Tcheou Tsi US $t 195.
Tcheou Yu ^ îSîlr 37,
Tcho King ^ ij^ 192.
Tchoan Yu jg /i| 27Û.
Tchoan-yun se H JH ^ 0. X.
Tchoang Lié-ti ^ 0'^ 221,226.
Tchoang ling ^ ^ 107.
340 INDBX.
Tchoang-tsong ^ ^ 1, 126.
Tchoang.yuen fang^TcttO.XI.
Tchong chan Q^ \ii (Mont S*
Michel et Tse-kin chan) C. I,
XIV, 26, 28,38,39,82,92,97,
105, 110, 130, 154, 161,219,
249, 234, 252, 270, 272.
Tchong-chan chou-yuen ttll|#
(S 248-250.
Tchong-chan fang JSL\iii^ G.IX.
Tchong-chan hiang M lll Itt 0.
XIV, 51, 53.
Tchong-chan wang + ih T (Siu
Ta) 175.
Tchong-feou men « ÔPq C.XII,
238, 241.
Tchong-hiao ko ,§ ^ gg C. X.
Tchong-hiao t'ang ^ :#^ 145.
Tchong-hing t'ang tf JR # 94.
Tchong-hing t'ing tf ^ if: 80.
Tchong hou + j^ 148.
Tchong-houo k4ao ^ %] flf G.
XII, XVI.
Tchong-i k'iao 1;||;N| C.XVI.
Tchong k'iao + ;f|J 115.
Tchong leou gf É C XII.
Tchong-sin ho rfi Jf ST 0. XVI,
269.
Tchong-tcheng kiai * jF ^ 0.
264.
Tchong tch'eng 4« M C. XII.
Tchong-tch'eng kiai f^jjji^ G.
Tchong-t*ong tp || Koubilai
150-152, 155, 218.
Tchong-tou 4t ip 178.
Tchong-tsao se ^ 5g ^ 99.
Tchong.yong fiji H 22.
Tchong.yun ko J; g ^ 104.
Tch*ong-hi wan-cheou se ^ jHf
lï # * 151-154.
Tch'ong-hien hiang S S ^ 0.
XIV.
Tch'ong-kiao hiang # ffe fp 0.
Tch'ong-li hiang #jg«|iC.XIV.
Tch'ong-li kiai ^^^ 214.
Tch'ong-ming ^^ 240.
Tch'ong-ning ling ^ $| g| 84,
85.
Tch'ong-p4ng ling ^ ^ gf 57,
63, 70.
Tch*ong-tao k'iao ^ J^ |j| C.
Xï, XVI.
Tch'ong-tcheng ^ |g 219-222.
Tch'ong-tcheng-ti ^ jjg ^223.
Tch'ong-té ^ ;jg 221.
Tch'ong-té hiang # |g |gS C.
XIV.
Tch'ong.yun tien M 9 SR 102.
Tch'oen-ts'ieou $ 5^ 23,24,29.
Tchou-fong it Kf ^38-
Tchou Heou-tchao ^]^M (Ou-
tsong ne ^) 205.
Tchou Hi :^ ^ 145, 246.
Tchou Hoei :^ ^ 190.
Tchou Mé ^tSiWl 238.
Tchou Kao.tch*e :|c îS fli 198.
Tchou kiai 1t ^ C. XI.
Tchou k'iao ft Ig C. IX.
Tchou k'iao ^ || C. IX.
Tchou-ko hiang %i^^ G. VII.
Tchou-ko kiang fjf i^ f$ C. V.
Tchou-ko Liang ^M^ 34,36,
37, 182.
Tchou-ko Liang (Stèle de) ^^
f^mm>hn 37.
Tchou-ko Liang se ^ Ig ^jc f^
148.
Tchou-ko tou tt U » C.VI.
Tchou-ko Ts'ing ^ ^ t| 39.
Tchou-ko K'ong-ming ^©JLW
36.
Tchou-ko Tsing g^ :g tE 49.
Tchou-ma pou g ,^^ 37.
Tchou-ma yen ^ ^ ^ 36.
Tchou Mai-tchen ^ jÉ( g 107.
Tchou-men hiang ^f^^G.XlY.
Tchou Piao ^i^ 163, 172, 173,
182, 189, 194.
Tchou-se ya-men || "^ ^ P^ C.
Tchou Tai ^ ;^ 189. [IX.
Tchou t'ai-heou ^icj§ 39, 57,
58, 59.
INDEX.
341
Tchou t'ang 1t ^ C. XV.
Tchou Tch'ang-li ^^^ (Siuen-
té, Siuen-tsong '^ ^) 200.
Tchou Tch*ang.lou ^ ^ j^
(Koang-tspng ^fc ^ 219.
Tchou Tch'ang-siun ^'^^ 223.
Tchou-ts'ai hio-t'ang ^i^^^
204.
Tchou Ts'i ^ sut 125.
Tchou tsio :^ ^ 28.
Tchou-tsio hang :^^J|ft C. IV,
52, 94, 106, 264.
Tchou-tsio heng :^ ^ ;fg 93.
Tchou-tsio k*iao ^^i^ G. VII
Tchou-tsio men ^ ^ f^ C. V,
28,51,52,58,73,83,104,264.
Tchou Yang wang ^[^^ (Kouo
Tse-hing ||5 ^ ^) 158.
Tchou Yeou-lang j^^^Bj (Yong-
ming wang, prince de Koei-
lin hien, Yong-li) 228, 229.
Tchou Yeou-song :^^ i^ (Fou-
wang) 222,223,224,226,227.
Tchou Yu-kien ^^^^ (Prince
de T'ang) 226, 227.
Tchou Yu-yué :^:$:g| (Chao-ou)
228.
Tchou Yuen-tchang :^ ^c ï#
(Hong-ou,Ming T'ai-tsou) 156,
158.
Tchou Yun-hi ^ ± © 194.
Tchou Yun-wen ^ JC^ îi (Kien-
wen-ti, Kien-wen Hoang-ti)
173, 180, 181, 189-191.
Tch'ou 5i 18,20,23,24,29,265.
Tch'ou kin-ling i S ^ ^ â
C. I.
Tch'ou kin-ling-i tch'eng ^ ^
1^ a ^ c. XVII.
Tch'ou Lin wang ^ H 3E '^^■
Tch'ou-ning ling |d^^ 75,77,
80,81.
Tch'ou-ning Ung ^$ ^ (Soei-
tao) 83.
Tch'ou4chen hiang ^ Sd M ^'
XIV.
Tch'ou tch'eng ^ J|S 0. III.
Tch'ou-tcheou ^ jHi 158.
Tch'ou-tcheou kiai M W 11 C.
XIV.
Tch'ou-yang }|| |^ 158.
Té-cheng men ^ j^ f^ C. XIII,
146. 231, 241.
Té-ngen se ^ Jg ^ C. XII.
Té-soei hiang ^ HB 1$ G- XIV.
Té-tsong ^ * 125.
Té-tsou ^ Ifl 179.
Té-yang ^ % 100.
Té-yang t'ang ;^,^^ 102,105.
Teng-fou chan %^ ^ 177.
Teng-wen kou S É SÏ ^65.
Teng Yu%-^ 162, 167, 177.
Teou-men =1- P! (^ F!) ^^^
Teou-men k'iao =|. p^ ;fg C. IX.
XVI, 142. [142.
Teou-men k'iao ^f^i^ C.XII,
Teou-men yuen É P^ É C. XII.
T'eou-t'ouo se pg ^ 99.
Thomas (Docteur) (Kiu Che-se
m^m 228.
Ti ping ^ ^ 152.
Ti t^an i§ j® 168.
T'i-tou-kiun-men H >& ÎÇ P? C.
Tibet (W iO 195. [XIII.
T4é Hiuen ^ ^ 191, 192.
T'ié-sing k'iao ^ M fil ^25.
T'ié-t'a se ^ ^ ^ C.VI, 142.
T'ié-t'a ts'ang ®è ;^ j| C. XII.
T'ié-ti t'ang IS Jg II 116.
T'ié-tch'ang k'iao ^^g^lf C.XII.
T'ié-tso fang ^ i^ ^ C. XII.
T'ié-yé keou ^ JE É 116.
Tien |g 129.
T4en-k4 Ji j^ 217, 219.
T'ien-kiai se 5^ M ^ 148.
T'ien-kien ^ J^ 97, 116.
Tien ko Jg |^ 136.
T'ien men ^Ç P^ (llj) 77.
T'ien Chen-kong ffl Jii# jçfj 125.
T'ien-fei 5^ jfi 197.
T'ien-fei kong 5Ç iË 'g' 261.
T'ien-heou ^ ^ 123.
T'ien-hi se ^ ^ ^ (Pao-ngen
se) C. X, XI, 40.
342 DTOZ.
T'ien-hfng fou ^ J| j|^ 227.
T'ien-k'i 5Ç jR 219.
T'ien-kiai se ^ IÇ, # C. XII,
166, 172, 272.
T'ien-k'ing koan Jz M9L^-^^
154.
T'ien k'iué 5Ç R C. XV.
T'ienkMué chan ^R lU C.XII.
T'ien ning se Jî ^ ^ C. XI.
TMen-tch'ang bien ^^JK 117.
T'ien-tch'anghien kiai ^ ^g H
jRl 0. XIV.
T'ien-tohou Je ^ 62.
T'ien-tsin 5ç ^ 204.
T'ien-tsin k'iao 3Ç ft tt 0- X<
141.
T'ien-ts'ong 5Ç M 221.
T'ien yn 5Ç ^J C. XV.
T'ien-yn chan 5Ç ^ lll 0. I,
XVII, 86, 191, 270.
Timour Leng (Tamerlan) 183.
Ting-hai )£ ff$ 257.
Ting-hoai men ;Ê flÈ PI C. XII,
235, 238, 241.
Ting-kiun chan !Ê 9^ il] ^^•
Ting Kou T H 39.
Ting-lin se JE 'Wc # 137.
Ting-ling « m 39.
Ting-nan wang S ^ ï (K'ong
Yeou-té ?L W 18) 230.
Ting Pin T % 206.
Ting-sin k'iao if Sf fl| C. XI,
XVI.
Ting-sin leou ^ ff * C. X.
Ting-tcheou jj W ^28.
T'ing chan ^ [1| C. XIV.
T'inghoei S g 174.
T'ing-song t'ang H g^ ^ 100.
T'ing t'ang jR 1^ 129.
To ba fÇ ^ 116.
To-pa Hong ^ # 5A 96.
To-pa To ffi ^ 3 76.
T'o-pa Yu iÇ ^ ^ 102.
T'opa Yué te fô fô 103.
Toan ^ 28.
Toan men Jg P^ 73, 91, 188.
Toan Sieou g # 55.
I Toan tsong ^ ^152.
Toen-sin hiang WcfH^ ^' ^V-
Tong chan |R |Jj 272:
Tong-cben kong }|^ f|l ^ C. XII.
Tong-choei koan "M^J/H 155.
Tong-tou Ht fff 28,66,85,89,90,
103,105,112, 113.
Tong-fou tch'eng HC^ffiK C. V,
XVII, 28,29, 50, 81, 84, 86, 91,
94,106.
Tong-bai wang HC j(| £ (8e-ma
I) 58.
Tong Han yH ^ 34.
Tong-hoa ]|[ || 28.
Tong-boen beou HC # l9l 3^-
Tong-hoen beou ^ ^ ^ (Siao
Pao-kiuen) 93.
Tong-hong k'iao [gtt^i CXI,
141.
Tong-i Ht ^ 28, 65, 100.
Tong-i men ^ftP^ C.V, 51,72-
Tong-kang H fji9 90.
Tong-kin-sieou fang ^ ft ft :^
C. X.
Tong kong IK -g 65,85,91,100,
112.
Tongli tsi -]K E. $^ ^^^
Tong-Iieou JH jt ^25.
Tong-ling koan ^ S |R 100.
Tong men T|[ f^ C. III.
Tong-ngan men Ht $ P^ C XII.
Tong-ngeou wang %SLî. (T'ang
Ho m ft) 176.
Tong-t'ang M 1t 55, 221,
Tong-tch'ang ngan 'fS.'fk ^ ^^
XII.
Tong tch'eng Jt ife C. XII, 264.
Tong-tch'eng hang %^^ C.V.
Tong Tcbo ]£ jft 33.
Tong-t'ien J|[ ffl 92.
T'ong-tsi k'iao %^ Hft 236.
T'ong-tsi men ^ -^ P^ 29, 30,
69,100,148,149,187,225,234,
236.
Tong Tsin f^ ^ 28, 69.
Tong-yang men % % f^ 0. V,
51, 72.
IMBU.
848
Tong-yé -^ }|g 19, 114, 255.
Tong-yé t'ing « îé ^ C V,
XVII, 63, 266.
Tong Yué -ga fg 32^
Tong-yuen koan ^tcR 39,103.
T'ong chan fJi lU C. XIV.
T'ong che Jt Ri 224.
T'ong-che che-i-ki ^ ^ |& Jg
œ 232.
T'ong-chou wan M ^ Wl O.XI.
T'ong-hia (^ J 73, 113, 121.
T'ong-hia bien m M M C VI.
73, 96.
T'ong-kiang k'iao â tH * C.
XII.
T'ong-kien ji ^ 200.
T'ong-kien kang-mou M^MU
117, 157.
T'ong-pao (T'oung-pao) 164,200.
T'ong-t'ai se |^ ^ # C. VII,
101-104, 128.
T'ong-tohe chang-kianghientche
mm ± jacJK^iie.
T'ong-tcheou j§ jHJ 240.
T'ong-t'ien koan M ^ îl ^8.
T'ong-t'ien t'ai M ^ S 83.
T'ong-t'ou kiao ^ È ^ 129.
T'ong-tsi k'iao M 9t Û C.XII,
XVI.
T'ong-tsi men ffl Sf PI C. XII,
53,133,134,155,172,175,238,
239,244,266.
Tonkin (Tong-king) ^ :^ 150,
230 231.
Tou-che se ^ 15 ^ C. XIII.
Tou Fou wei ij^ {^ ^ 119.
Tou Hé-li tt IR il 85.
Tou Hoang-heou i^ §t ]^ 57.
Tou-kou hoen Pf ^fll (Tartares)
75, 116.
Tou-kiué ^ f{ 150.
Tou-liang tao f| îft jt G. XIII.
Tou-mou tché ^ *^ ^ 8^' ^4,
110.
Tou-tch'a yuen ^ ^ |^ O.XII.
Tou Tcheng 140.
T'ou-tch'eng ± J^ 235.
Tou-tohengchan :|t||llj O.XIV.
T'ou chan ±|J[j C,XII,XV,272.
T'ou-fan Pi # 171, 177.
T'ou-tch'eng ±^ 165,235.236,
238.
T'ou-t'ié-mou-eul H ijifi fê 11
Prince Hoei wang) 154.
T'ou Wan-siu \li M j^ 118.
T'ou Yu tfc S "49.
T'oung-pao (T'ong pao) ^ %[
200.
Trigault (N.) 8. J. 4, 206, 212,
214, 216, 219.
Tsa-la men iHI #| P^ 149.
Ts'ai-che 5g :S 11^. 271.
Ts'ai-che ki 5^ ;& ft! 93, 114.
Ts'ai K'oan-fou ^ % ^ 145.
Ts'ai-tcheou ^ ^ 67.
Ts'ai Yn ^ ff 62.
Ts'ang-ou wang (Lieou I) Jf -fê
ï 85, 86.
Ts'ang-po men fl jgj P^ 0. XII,
234.
Ts'ang-tch'eng # ^ 0, IV,
XVII, 44.
Ts'ao-hiaikia iJ^^i^C.XII.XVI.
Ts'ao-kouo kong (Li wen-tchong)
174.
Ts'ao P'ei ff ^ 33.
Ts'ao Pin flf |^ 135-137, 172.
Ts'ao-t'ang ae :$.^^ O.XVII.
Ts'ao Teng ff ffig 35.
Ts'ao Ts'ao % J^ 33.35,37,46.
Tschepe (A.) S.J. 19,20,26,127.
Tse chouo ^ f^ 137.
Tse-kin chan i^^\\i 26,28,54,
109, 147, 165, 175, 182, 234,
235, 270.
Tse-kin tch'eng.^ ^ j^ 195.
Tse tchou lin ^ -^ ?^ 235.
Tse-tchou lin t'an-yuen l^ftM
# 270.
Tse Yen ^ i^ C. XV.
Ts'e-hi tien MU M 223.
Ts'e-jen hiang li t ^ 0. XIV.
Ts'e-ki kong^ ;g ^ C.X,128.
Ts'e-ki tien '^ i^ ^ il2, 223.
344
INDBX.
Ts*e.ngen se ]g ,Ç, ^ 100.
Ts'e t'ang fg j^ 159, 268.
Tseng Ki-t'ong ^ |a 1^ 95.
Tseng Kouo-fan tt g ÉF ^^3.
Tseng Kouo-ts'iuen % S^ '*'^-
Tseng Tchao 'g' ^ 138.
Ts'eng leou ^ ;BI C. X.
Tseou-yen 32.
Tsi-chan se |^ || -:^ 91.
Tsi-k'ieou Ip £: 50,51,70,73.
Tsi-k'ieou bien ÛH ÊIK C. V.
Tsi-k^ing m» 1597
Tsi-k4ng lou HJHK 158, 159.
Tsi-k^ing lou 1^ Jt i^ C. XI.
Tsi-k'ing lou HH K 154.
Tsi-k^ng-lou hio HJtJ^Jp 161.
Tsi-fang 61.
Tsi-mo ip ^s 19, 60.
Tsi-nou Tsiang-kiun jR §| )f| 35
(Fou Tsiun ^ ^) 32.
Tsi-tchao se ^ fflB ^ 100.
Tsi.t4en H ffl 89, 99.
Tsi-ya koan H H |R 99.
Ts'i H^ 23.
Ts'i che-tse kong ^-{ft ^ '^ C.
VI.
Ts4 Kao-ti WM ^ 56,58.
Ts4 kia JS ^ C3. XV.
Ts'i-kia chan |S ^ ll| 177:
Ts4 kong ^ ^ (Siao T:io-
tch'eng 1^ H ^) 86.
Ts-i-li chan -i: M llj 162.
Ts4-ming men ^ BJ P^ 130.
Ts'i Ming-ti ^ ^ # 91, 92.
Ts'i-ngan se ^ ^ % C. IX.
Ts4 Ou-ti S :K * 89-91.
Ts'i T^ai 5^ ^ 190.
Ts*i Wang ^ ï (Se-ma Jeou-
tche n ^ §k t) ^5.
Ts4 Wang ^ ^ (Siu Tche-kao
# ^ l§) 128.
Ts'i Wang ^ ï (Siao Tao-
tch^eng mm )&) 86. 88.
Ts'i yong k4ao ^^^ 196.
Tsiang (A.) S.J. 59.
Tsiang-chan ^ ilj C. III, 28. 70,
90,155.
Tsiang-chan H }^ Ul M 99.
Tsiang-chan long-wei ^lliffiM
109.
Tsiang-kiun fou }ftF'*J& C.XIII.
Tsiang ling ^^ 3T,39,55,182.
Tsiang miao ^ f$l G. XII.
Tsiang tcheou ^^ C. VII, 118-
124.
Tsiang-tcheou-fei-tch*eng ^ ^
« « C. VIII.
Tsiang-tcheou tch'eng ^ JH é)t
265.
Tsiang Tse-wen ^ ^ $ HO,
161, 172.
Tsiang-wang miao^IJ^ ^^0,
161,175,181, 182, 194,266.
Ts-iao wang^3£ (Se-ma Chang-
tche ^,B|éi)65.
Ts'ié chou (Chen che) 84.
Ts'ié Liang-hiuen j^Hfft 228.
Ts4en Fong ^ J^ 55.
Ts4en-fou ling ^- #fc -g C. XVII.
Ts'ien Leou ^ fP (Ou Yué
Wang ^Mï) 127.
Ts^en Ou-tai U 5. fÇ 120.
Ts4en.ts4eou ^ J^ 28, 72, 73.
78.
Ts4en-ts'ieou men f^f^ 146.
Tsin Ç 36, 43, 48.
Tsin-hiang ho ^ # Jpf C. XII.
Tsin Hiao-ou-ti # # |Ê ?^ (Se-
ma Tch'ang-ming M Mf ^^
58, 59.
Tsin-hoai-té tch^eng # «gf -^ ^
C. XVII.
Tsin Hoai-ti ^ ^ ^ (Se-ma
Tche m Mm) 52.
Tsin Iloei-ti § B ^ (Sema
Tchong ^ ,^ ^) 52.
Tsin K'ang-ti ^ J^ ^ (Se-ma
Yo m M *) 57. [58.
Tsin Kien-wen ti #^3JC^ 57,
Tsin kong § ^ C XVII.
Tsin Kong-ti # ^ ^ 68, 74.
Tsin-luen 47.
Tsin Ming-ti Ç ^ i^ (Se-ma
Yé) 52.
INDEX.
345
Tsin Ming-ti ^ fifi ^ (Se-ma
Tchao ^ 1 |g) 55.
Tsin Mou-ti § ^ ^ (Se-ma
Tan) 57, 58.
Tsin Ngai-ti Ç $ ^58.
Tsin Ngan-ti § $ ^ 64-68.
Tsin-ngan wang § ^ ^ (Sieou
Tse-kiun) 85.
Tsin-ngan wang ^ •$ ^ (Liang
Kien-wen ti) 106.
Tsin-ngan wang ^ ^ I (Siao
Fang-tche) 108.
Tsin ou-tch'eng ^^^ C.XVII.
Tsin Ou-ti ^ ic ^ 36, 49, 52.
Tsin Tch'eng-ti ^ ^^ 51,146.
Tsin Tch'eng-ti (Se-ma Yen) 55-
57.
Tsin wang § ^ (Yang Koang
^ if) 114, 115, 118.
Tsin-yang men ï^ ^ P^ C. VI,
72, 79.
Tsin Yang-ti ^ i& ^ 50.
Tsin Yuen-ti § 7C ^ (Se-ma
Joei) 50.
Ts4n ^ 20, 26, 30, 220, 221.
Ts'in (Lucas) 229.
Ts'in Che Hoang-ti ^ ^ ^ î^
25-31, 180.
Ts'in Hoai ^ ff 0. IV.
Ts'in-hoai-ho-mou tch'ou ^ JH
^&. ^0. XVI.
Ts'in Koei ^ tf 143, 144.
Ts'in tchang kiun ^ 5$ ^ 0.
XVII.
Ts'iiï-ts'an kong jj^ B ^ 266.
Tsing-joei kiun ^ ^ jg 0. X.
Tsing-kiu tien ^ Jg Jg 106.
Tsing-ling yuen ^ # ^ 226.
Tsing-ming se J^ ^ ^ 39, 83,
100, 176.
Tsing-ngan tchen i^^^ C.VII.
Tsing-ngan tou ^if Sl| C.XIV,
XVI.
Ts'ing chan ifr llj C. XIV.
Ts'ing-chou tien ^ ;§ ^ 64.
Ts'ing-hai se |p^^ 261,271.
Ts'ing-hoa che jg flj ïfî C. IX.
Ts'ing-hoa fang ^ it ^ 142-
Ts'ing-hoa hiang jfff-ffc^O.XIV.
Ts'ing-hoai tch'ou-kiang tch'ou
mmmîL M^- xvi.
Ts'ing-k'i H îi C. IX, XVI, 38,
44, 50, 56, 89. 134, 141, 148-
150, 238, 266. 271.
Ts'ing-k'i fang W M :» C. IX.
Ts'ing-k'i-ho-hoai tch'ou Jg ^
^mmO. XVI.
Ts'ing-k'i ko ^ ^ IS C. XI.
Ts'ing-k'i-kou tao jg ^ S; Jf
C. XVI.
Ts'ing-k'i tchong k'iao ^ ^ 4*
m 0- XVII.
Ts'ing-k'i-tsiué tch'ou î|- H ^
^ C, XVI.
Ts'ing-k'i-yun-tou-hô tch'ou ^
m S a 'â- n C. xvi.
Ts'ing-kiu se ^Jg^ 25,30,36,
43, 45, 46, 67, 102, 107.
Ts'ing-liang chan îf|îS llj 111,
124, 133, 150, 188,214,235,
249, 252, 268.
Ts'ing-liang se f|f 'it f^ C.XII,
235, 238,241.
Ts'ing-liang se ff J^ ^ C. VI,
XII, 271.
Ts'ing-lin yuen ^ ff: ^ C. VI,
XVII.
Ts'ing-long H H C. XV, 44.
Ts'ing-long chan if^iiiC.l,
24, 25, 116, 211.
Ts'ing-long k'iao W H lîl 0.
XII, XVI.
Ts'ing-long men H H P^ O.IV.
Ts'ing-ming ^ BQ 28.
Ts'ing-ming men f^BJP^ C. V,
51, 72.
Ts'ing-nai se ^ :J^ ^ 261.
Ts'ing-p'ing k'iao ^ ^ ;fl| C.
XII.
Tsio ^ 52.
Tsio hou ^ Î8î C. V.
Tsiu-wei 157.
Ts'iu pao iljf 0. XV. '
Ts'iu pao chan ^^fli C. 1,264.
846
imu.
TsMu-pao k4ao M Hit C.XII.
T6<iu-pao men |R # P? (^' ^^^
25, 133, 134, 142, 148, 149,
172, 234, 265, 271.
TaMuen-choei hiang ^ ^ lt( ^*
0. XIV.
Ts'iuen-tsiao bien ^ |tl H 37.
TB'iuen-tsiao-bien kiai 1^ |t[ Xli
SU C. XIV.
Tsoei Hoeiking M S 4t 93-
Ts'oei Hong H j^ 124.
Tsongkoan (ou JH ^ jff O.Xl.
Tsong-ming koan |ft W |[ 85.
Tsong Tché ^ j| 143.
Tsong-tchen souo Itif^f C.XI.
Teong-tcheng ^ |^ 205.
Tsong-té ^ Û 222.
Tsong-tou-pou yuen H ||p IQ K
C. XIII.
Ts^ong-chan hiang fi lU |K C.
XIV.
Ts^ong^minff V. Toh*ong-ming
m ^ 260.
Ts'ong-tao k*iao H^MIH O.XII.
Tsouo Hing-chen £ #( tf 92.
Tsouo-i 4 ^^ 44.
Tsouo-i men -4 jft W C. IV.
Tsouo Liang-yu ^ K ï 225.
Taouo-wei fou 2Ê ÎK /fif 76.
Tsuen-kiao hiang ^ ft lt( C).
XIV.
Tsuen-king chou-yuen # (E fF
fê37.
Tiuen-king ko ||! @ |)|| 40.
Ts'uen-tcheou ^ ^ 152.
W
Wa-koan % '^ 7i.
Wa-koan M K tT # C VI, 130.
Wade (Sir Thomas) 14.
Wai-kin-tch'oan men ^^)\\ H
C. XII.
Wai ou-long k'iao i4* £ H ^
187;
Wai-tch'eng ^ jd 165.
Wan-fou-ni ■« m H ^g «^ 99.
Wan-li U H (Cheng-tsong jMt
^) 213, 215. 217, 219, 228.
Wan-ling ^ g| 31.
Wan-ngan ling "g^ftWi 111.112.
Wan-tch'oen JK* 28,72,73,78,
146.
Wan-tch'oen men H |^ m 27.
146.
Wan-yen tien Jj| JJi JB 101.
Wang (roi, prince) î 138, 164.
Wang Chao-tche 3E ftf ^ 68.
Wang che ■£ ft 84, 95.
Wang fou ï flï 169.
Wang Han 3E ^ 55.
Wang han ou tch'eng 3E -^^ jE
jll C. V, 265.
Wang Hi-tche J <1 i 98.
Wang Hien-tche 3E f{ ;^ 271.
Wang Hiong-t'an £ ^ g| 119.
Wang Hoang-heou î ^ J& 59.
Wang Hong ^ 3^ 83.
Wang-hou t'ing Hfilj^tC.XVII.
Wang I-jen ï ^ t 41.
Wang-kiang bien S Ùl JR 200.
Wang-kiang leou S^H* C.XII.
Wang King-tché ^ (g^ gij 92.
Wang King-wen 3E :^ jSC 85,
Wang Kong ^ ^ 64, 65.
Wang Kouo-pao £ B HT ^'i-
Wang Lin 3E |^ 111.
Wang Ling-sieou 3E 4 H 94.
Wang Ngan-che 3E $5 137.
Wang Pi ï ^ 181.
Wang p'ou K ^ 130,
Wang Seng-pien ï » I* 107,
108.
Wang-Bié tché ï f» ^ C. V,
Wang'6ien hiang g|itiiMiO.XIV.
Wang-sien k'iao g Jijjifij C.XII.
Wang Sin-ming ^ JR ft 244.
Wang Siu î ig 64.
Wang Siun ï J| 40, 49.
Wang T'an-cheou ï i^ ij|- 83.
Wang Tao ^ % 54-56.
Wang Tche-ming ï ^ ^ 224-
226.
iNDnc.
847
Wang Tohen-ko ^ J^ g 94.
Wang Tch'eng.ngen^jj^,f,221.
Wang-tchong k'iao |S ^ <|j§ <^-
XII.
Wang Tchong-ming J*'^jg210.
Wang Té ï ^ 87.
Wang To ï ^ 226.
Wang Ts'ai-pé ï i^ ft 159.
Wang Ts'oen ï ^^ 138.
Wang Tsou ï J£ 116.
Wang Wei ^ |^ 171.
Wang Yen î ^ 92.
Wang-yeou yuen £ ^ JS l^^-
Wang Yong ï Ifc 91.
Wei m 20,36,37,40, 73, 80, 84,
116.
Wei Kong-hien H jg. R 219.
Wei-tch'ao H |g 35.
Wei.tcheng hiang <|f|. i^ ^
Wei-tch'eng ^ ^ 236.
Wei-ti Koei-ming heou ^ -^ M
35.
Wei Wang H ^ (Ts'ao Ts'ao
W H) 25, 35.
Wei-yang kong ^ Jj^ '^
Wen-cheng miao $ £ JtS 42.
Wen-hio yuen 3H; !«|l i4 33.
Wen Hoang-ti ^ M. '(0 '^^■
Wen Kiao jg If 56.
Wen Koei 188.
Wen miao ]it jj^ 166.
Wen Ou eul-ti 3^ ^ Il Ift 42.
Wen Ou miao ^ ^ ^ iî.
Wen-tch'ang T^ ^ (dieu des
lettres) 42.
Wen-tch'oan hou
Wen-té k'iao ^ fê ^f
Wen-ti ^ $ 35, 72.
Wcn-tsong ^ ^ 152,
Wen-wang ^ É 22.
Whampoa ï||f 262.
Williams 25,35,76,146,138,157,
159, 173. 175. 183, 196,236,
255, 258.
Wong (Vong) Tse-k'i H ^ i^
226.
Wright. China illustrated 258.
Y-tcheou S ffl 34.
Ya-chan ^ \\i 178.
Yatch'eng ^ ^ 129.
Ya-t'eou chan Ylilll G. XIV.
Yang Che-k'i # ± * 40.
Yangche k'iao ^ïfîlt C.XIII.
Yang Hien ^ ^ 167.
YangHing-mi# fr^^ 127.
Yang hou |t m 143.
Yang-hou ts'ang 3|^f C.XII.
Yang I ^ S 40.
YangKien ^ Sk 115.
Yang King ^ Jf 162.
Yang-k'iu |^É] 50, 51, 70, 73.
Yang-k'iu hien ffi ft || C. V.
Yang Koang 1^^ (Soei Yang-ti
PI *I ^) H4.
Yang Koang-sien H 3fc ^ 218.
Yang Koen :^||È 107.
Yang Long-yn ;^|t jf 127,128.
Yang Ming-t'ai ;^ |^ ^94.
Yang-ou kiu f^ fg J^ 177,245.
Yang Pang-i ^ ^J( 140.
Yang-pao ^i f$ ni?
Yang P'ouo ^ ^ 127-129,133,
149.
Yang p'ou (Joei-ti) $ # # $
Ou Joei-ti J^. ^ # 129.
Yang-sin tien §| ifi» ^ 245.
Yang Sou ^ ^ 145.
Yang.tcheou À jiV{ 18,27,31,32,
41,50,52. P, 64,85,90,111,
119.125,125,127-130,140,152,
158,220,225,245,255,265.
Yang-tcheou mou ^ j^ S^ hQ.
Yang-tcheou toh'e H ^ jg G.
III, VII.
Yang-tcheou tou-tou % ^^^
Yang-ti Jl ^ 119. [G. VIII.
Yang-tse k .:f 17,24,25,29,31,
38,46,57,71.
Yang-tse (Bouches du) 18.
Yang-tse-kiang S ^ a l'''» 18,
26,45,80,83,^02,
848
IMDBX.
Yao ^ 183, 255.
Yao-fang men j» J^ ^ C. XII,
Yao Hong j^%68. [28.
Yao Koan-hiao ^ K # 170.
Yarkand 256.
Yé chan îg il] C. II, 45, 48,
127 142
Yé tch'eng* }é M C. III, XV,
23, 24, 29, 89, 108, 128, 142,
165, 271.
Yë-tch'eng se Jg JJ # 111.
Yé Ts'ing-tch'en H §1 g 56.
Yé Wang H E 170.
Yeddats 197.
Yen (Mongols) ^ 139, 180.
Yen (Prince) 172.
Yen-chan gj^ ll| 39, 4a, 81, 83.
Yen-chan (Tsing-ming se fi^ ^
Yen Che-pé M&6i^ 84.
Yen-hi men MMf^ C.V, 51,72.
Yen-hiang se |R # # 125.
Yen-hien t'ang g R ^ 64, 75.
Yen ki i|( li G. XII.
Yen-king ^^^ (Pékin) 150,152.
Yen Liang g 41.
Yen Lou-kong É # S- 97, 148.
Yen Lou-kong se 0%S.1Îb|148.
Yen men H P^ G. XV.
Yen-si koan Jl #^ H 99.
Yen Tch'ang tien ^ g ® 91.
Yen Tche ^ ^ 58.
Yen-tohe Jg H" 155.
Yen-tche tsingBajg'^G.VI,115.
Yen Tchen-k'ing ^ JK H 124.
Yen-tcheou îfî iW (Chan-tong) 79.
Yen-tse ki i^S ^ « 57,245,259,
Yen-tsio |gi ^ 44. [271.
Yen-tsio hou ^H^ G. IV, 55,
147, 148, 269.
Yen-tsou yuen ^ f^ fê G. X.
Yen Wang p^ ï 190.
Yen-wang Tai p8|ï-@î 189, 190.
Yeou-chan hiang ^ jll ^ G; IV.
Yeou-i ;& i^ 44.
Yeou-i men :& ^^ P^ G. IV.
Yeou-kio tien # jï « 112.
Yeousi se m ;g^ ^ 272.
Yeou tch'eng siang^^^fg (Siu
Ta ^ m) 175.
Yeou-yen se |^ H ^ 100.
Yn chan |t ilj G. IV.
Yn-hang « fj C IX.
Yn-hang kiai :fy ^ 144.
Yn-hong k'iao ft *[ fl| G. VII,
145.
Yn koei-fei J|ï * & 83.
Yn-wang^ J (Tching-ching) 26.
Yn-tch'eng-hao-ho-hoai tch'ou
01 « gg ^ ft « G. XVI.
Yn-yun tao ^ -^ Jt G. XI.
Yng ^ (prince de Tch'ou) 61 .
Yng-kouo kong g ^ (Fou
Yeou-té ^ ;$ è 176.
Yng-ling ^ 1$ 164.
Yng-ling fang JÇ SI J^ G.XII.
Yng-tch'ang hiang ^ g ||1 G.
XIV.
Yng-t'ien fou mji)^ G.XII,37,
159,160,169,188, 202, 237,
240.
Yng-t'ien tch'eng Jg Ji H 161-
Yng-t'si ^ H 23.
Yng-tsong ^ ^ (Tcheng-t'ong
ÏE m 200, 203, 204.
Yng-yang wang ^ ^ î (Song
Ghao-ti 51? ^ ^) 75.
Yo Fei -g- ^ 142-144.
Yo-ma kien Ji H f® G. X.
Yo-tcheou ^ jHI 144.
Yo Yun ^ S 143, 144.
Yong-che hien ^ # H G. IV.
Yong-cheou kong ^^^ G. XI.
Yong-fou cheng ^ m '-M 106.
Yong-fou hiang ^jjg^ G.XIV.
Yong-k'ingse ^gt^ G.XII,270.
Yong-li àc m 228, 229.
Yong ling ^ 1^ 130.
Yong-lo ^ 1^ 167, .174, 175,
191-199.
Yong-lo-ta-tien -^^ ^M l^^.
Yong-long ^jc ^28.
Yong-ming wang ^B^ J (Tchou
Yeou-lang i^ È ») 228,229.
INDEX.
349
Yong-ngan heou -^ ^ ^ (Siao
K'io M m) 106.
Yong-ngan heou ^^^ (Suen-
k'ien M M) 39.
Yong-ngan bien ^ ^ ^ C.III.
Yong-ngan kong^^g C.V. 65.
Yong-ngan tch'eng ^ ^ ^ C.
XVII.
Yong-ning hiang iic^M CXIV.
Yong-ning ling ^^ ^ H2.
Yong-p'ing 7JC ^ 31, 50, 73.
Yong-p'ing ling ^ 2p ^ 58,66.
Yong-tch'ang iou -^ ^ ]^ 196.
Yong-tch'ang heou ^^^ (Lan
Yu ^ 5) 171.
Yong-tcheng H JE 12, 247.
Yong-tch'eng hiang à< JSS ^ C.
XIV.
Yong-tsi se ^ g| ^ 272.
Yu ^ 18, 21, 26, 255.
Yu che ^ lîj C. IX.
Yu-cheou tien 3Ê # ® 93.
Yu-chou 155.
Yu-hang hien # !£ M 55.
Yu ho 3Ê ^ C. XII, 269.
Yu ho ^ fpf C. XVI, 269.
Yu-hoa t'ai W ^ Û ^- VI,XII,
52,97,140,171,176,180,206,
214,253,264.
Yu Hoang-heou J^ M ^ 58.
Yu kiai (rue impériale) ^^ C.
V, IX, 264.
Yu-kiao-li "^ ^ ^ Roman des
deux cousines 203.
Yu-kiao-tch'ang îi& fî: :% C. X.
Yu-kong ^^ 17, 18, 21, 22.
Yu Liang j^ ^ 55, 56.
Yu-lin Wang % ^ £ (Siao
Tchao-yé ^ m M) ^i-
Yu-lou ^ jSg. 187.
Yu man-tse ^ ^ ^ 231.
Yu-ming fang'^ ^ J^ 0. XII.
Yu-ming fang 28.
Yu-ming-fang kiai ^ Mîi ^ ^
161.
Yu-mou tch'oan ;f^ ?(; ;i[ 198.
Yu Pé-liang i@^ fia 5 125.
Yu-p'i t'ong-kien-tsi-lan ^ ffi;
m&mft 228.
Yu-se lang lift |® Jg C. XII.
Yu T'ai-heou J^ ic © 56.
Yu-tchang wang ^ ^ 3E (Siao
Tong if m 106.
Yu-tchang wang ^ 1^ ^ (Siao
Yng M M) 90-92.
Yu Tchong-yuen "^ fi|«jê 33.
Yu-tchou tien 3Ê j® Jg 83.
Yu Toan-li j^ jg j^ 145.
Yu T'ong-hai ^ M S 177.
Yu wang ^ (Che To-Choen-
tche) 226, 237.
Yu-wen Chou #î ^ J8 114.
Yu-wen Hoa-ki ^^-fl: î^ 119.
Yu Yun-wen S^ ± ^ 21i.
Yué H 18-20, 23, 24. 27.
Yué-kiang leou ^ ^ ^ 167.
Yué-ou t'ang Rf^^ 81,94.100.
Yué t'ai jg ^ 25, 29.
Yué tch'ang kan tch'eng ^ ^
Yué tch'eng j^JJ C.II,III,XVII,
29, 31, 55, 100, 265.
Yuen (Mongols) yQ 184.
Yuen 7C (dyn.) 21,148,150,152,
Yuen che ^ J^ 78. [218.
Yuen-cheou tc ^ 31.
Yuen-chou ^ i^ 32.
Yuen-fong kieou-yu tche yQ ^
-fim^^ 138,J199.
Yuen-fong koan 7C M IK 1^8.
Yuen hio Tc * C. XVII.
Yuen-hoai k4ao TCft^ C.XII.
Yuen-hoei tien 223.
Yuen-i t'ai-tse 7d ^ ic î^ 1^2.
Yuen-i t'ai-tse kong 7C iB >fc *?
§C. X.
Yuen-kia x: £ 72.
Yuen Kien-tchai ^ |S ^S (Yuen
Tse-ts'ai ^ ^ :^) 251-253.
Yuen k4eou g £ 161, 165.
Yuen-kiu-ni se H jg ^ ^ 99.
Yuen Mei ^ ij^ (Yuen Tse-ts'ai)
251-253.
Yuen-mien man H^ }i$ ^ 79.
850
INDBX.
Yuen-miao koan yQ f^ ^ 154.
Yuen-ming yuen ||| 9^ ■ 217.
Yuen-ou hou ^ f( jM (Heou hou
234) cm, XIV, 44,52,76,79,
82, 83, 89, 90, 120, 129, 226.
234.
Yuen-ou k'iao x: JK Ifi C« ^^^
133, 147.
Yuen-ou koan PC iC tt C. VI.
Yuen-oumen7c^P^C.IV,51,72.
Yuen p*ou 5c ■ C. VI. XVII.
Yuen Ta-tch-ejig Kl * «f8 225.
Yuen-tchang yQ ^ (Hong-ou tt
a) 156.
Yuen Tch*an ^ ^ 86.
Yuen-tchen koan x; J(R O.XII.
Yuen-tcheng hiang ^ J| ^ C.
XII.
Yuen tch*eng^JftO. IV, 44,51,
56, 146.
Yuen Tch*eng-t8ong7CJ5ft^155.
Yuen Tien-fou |ft ffi * 86.
Yuen Tse-ts^ai ^ 4F :^ 251-253.
Yuen-tain tc î|t **•
Yuen-tsin k*iao X^^ C.XVI.
Yuen Wang yç; 'J^ 25.
Yuen wei yt jgj (To-ba) 73.
Yuen-yun tao x; il « O.XVI.
Yun chan H ÎU C. XV.
Yun-ho tch'ou-tch'é-tchai-men
tchou ii ii? ffi flm riis
C. XVI.
Yun klang Jg ff C. VI.
Yun Koang# :t 271.
Yun-koang fa-che # :^ & Sf 97.
Yun-liang ho ^ l|i fii{ 52.
Yun-long ^ i| 28, 73.
Yun-long men SUP^ 109,112.
Yunnan ^ ^ 36,171.176,177,
195,196,199,229-233.
Yun-nan ion ^ ^ f^ 232.
Yun-nan seng p if ijt 232.
Yun-t'al hIang iCtiuM CXIV.
Yun-tchong ^ t^ IZ.
Yun tou a ai C. IV, 38, 44.
Yun-touho li iK flif C.XVI. 45,
Yun-yang S |t 47. [269.
Zi (Et. Siu) 8.J. 166.
Zoltoli (A.) 8.J. 22, 32-36, 90,
110, 115, 120, 154, 193.